Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 129)
Contre ces erreurs, nous prouverons que le vœu de chasteté a été annexé aux ordres sacrés de façon à ce qu’on ne puisse ni se marier après l’ordination, ni user des épouses acquises avant l’ordination. Et cela, de par un droit positif, mais très ancien et très équitable, qu’il ne convient en aucune façon de relâcher. On le prouve d’abord, par les Écritures. Saint Paul (épitre à Tite, chapitre 1) : « Il faut que l’évêque soit hospitalier, bon, sobre, juste, sain, continent. » Il est à noter que le mot grec que nous rendons pas sobre est sophôna. Ce mot, comme le dit saint Jérôme est ambigu. Il peut signifier prudent, sobre, chaste. Son vrai sens ici est chaste. Et parce que la chasteté est commune même aux époux, saint Paul ajoute continent. « Il s’abstient des embrassements de l’épouse », selon l’explication de saint Jérôme. De même (dans l’épitre 2 à Timothée, chapitre 2) : « Travaille comme un soldat du Christ Jésus ! Parmi ceux qui militent pour Dieu, personne ne s’immisce dans les affaires séculières. » L’apôtre prescrit à l’évêque de militer énergiquement pour Dieu. Personne ne nierait que les noces soient des affaires séculières. Car, comme saint Basile l’enseigne (dans la préface de ses constitutions monastiques) : « Les noces sont des fers aux pieds. » Le même apôtre (1 Corinthens, 7) ordonne aux époux de s’abstenir de relations conjugales de temps en temps, pour pouvoir s’adonner à l’oraison. Saint Jérôme en déduit donc (chapitre 1 à Tite, et livre 1 à Jovinien) qu’il prescrit aux évêques et aux autres hommes sacrés, de s’abstenir à perpétuité de l’œuvre du mariage, puisque c’est à chaque jour qu’ils doivent s’adonner à la prière.
Origène se sert de ce même argument (homélie 23 sur les Nombres), ainsi qu’Épiphane dans l’hérésie des Cathares.
De plus, dans l’ancien testament, nous voyons que la continence des femmes était requise pour qui s’approchait de Dieu, ou avait à régler une chose sainte quelconque. Car (dans l’Exode 12), on commande à ceux qui sont sur le point de manger l’agneau pascal de ceindre leurs reins, ce qui veut dire, comme l’explique saint Grégoire (homélie 22 sur l’évangile) « que doivent dompter les voluptés de la chair ceux qui mangent l’Agneau pascal ». Et, dans l’Exode 19, quand le peuple était sur le point de recevoir de Dieu la loi, Moïse leur dit : « Tenez-vous prêts pour le troisième jour, et ne vous approchez pas de vos épouses ! » C’est de ce témoignage dont se sert saint Ambroise (livre 1, de officiis, dernier chapitre), pour prouver la continence des clercs. De même, dans l’Exode, Dieu prescrit à Aaron et à ses fils de se vêtir de vêtements féminins des reins jusqu’au fémur (femora). En expliquant ce texte, saint Bède le vénérable (livre 3 du tabernacle, chapitre 9), dit que les prêtres du nouveau testament doivent être vierges, ou dissoudre les alliances contractées avec leurs épouses. De même (1 Rois 21) le prêtre Abimélech ne voulut pas donner à David et ses soldats les pains de proposition, avant d’avoir compris qu’ils s’étaient abstenus de tout contact avec leurs épouses. Saint Jérôme en déduit que (au chapitre à Tite), « est requise la continence perpétuelle aux prêtres, même à ceux qui vivent avec leurs épouses, parce qu’ils consacrent, mangent et distribuent le corps du Christ qui était représenté par ce pain de proposition. »
On apprend du livre 1 des paralipomènes, chapitre 24 et Luc 1, que les prêtres de l’ancien testament avaient coutume d’être ministres tout à tour; et qu’ils ne s’abstenaient de leurs maisons et de leurs épouses qu’aux jours où ils célébraient dans le tabernacle. Le pape Syrice (dans son épitre à Himericus), et Innocent ! (dans son épitre à Victricius), ainsi que Bède le vénérable (au chapitre 1 de saint Luc), font la déduction suivante. Si les prêtres de l’ancien testament s’abstenaient de leurs épouses les jours où ils avaient à officier dans le temple, il convient tout à fait que nos prêtres qui n’officient pas à tour de rôle, mais à tous les jours, s’abstiennent continuellement de leurs épouses. Jean Calvin s’efforce de désamorcer cet argument (livre 4, chapitre 12, verset 25) en disant que « les prêtres lévitiques étaient des images du Christ, et que c’est parce qu’ils ne pouvaient pas représenter exactement l’excellence et la sainteté du Christ, qu’on leur a ordonné de se purifier d’une façon qui transcendait les mœurs humains. Cette prescription ne s’impose donc plus maintenant, car par l’avènement du Christ, les figures et les ombres cessèrent ».
Mais que vaut cette explication de Calvin ? Car, comme les prêtres lévitiques étaient une figure du Christ à venir, les prêtres chrétiens représentent le Christ qui est venu. Car, quand il performe les saints mystères, le prêtre tient la place du Christ, et c’est pour cette raison qu’en sacrifiant, il ne dit pas : ceci est le corps du Christ, mais ceci est mon corps. Il est lui-même le Christ agissant en lui et par lui. Et c’est ce que représentent les ornements des vêtements sacrés. La première raison pour laquelle les prêtres lévitiques devaient s’abstenir de leurs épouses n’était pas parce qu’ils tenaient la place du Christ, mais parce que ils étaient les ministres du Seigneur. Exode 19 : « Que les prêtres qui accèdent à Dieu se sanctifient pour qu’il ne les frappe pas ! » Car, David a toujours été la figure du Christ, mais on ne lui a pas commandé de s’abstenir de femme que quand il s’apprêtait à manger du pain consacré, comme nous l’avons déjà dit. Si, parce qu’ils représentaient Dieu, ces prêtres durent se purifier d’une manière non humaine, à plus forte raison doivent se purifier ceux qui servent quotidiennement le Christ dans leur ministère.
On le prouve, en seconde lieu, par les témoignages des conciles antiques de l’Église universelle. Et d’abord, de l’église orientale. Nous avons le concile d’Ancyre, au canon 10, célébré il y a 1200 ans, où il est dit : « Les diacres qui, pendant leur ordination, ne protestent pas contre l’interdiction de se marier, ne peuvent pas prendre femme après leur ordination. S’ils protestent, ils peuvent se marier, car alors on considère qu’ils ont la dispense de leurs évêques. » De même, le concile néocésarien, célébré un peu après, dit au chapitre 1 : « Si un presbyte prend femme, il sera chassé de son ordre. » Le concile de Nicée 1, au chapitre 3, « interdit à un évêque, à un presbyte et à un diacre d’avoir une femme dans sa maison qui ne soit ni sa mère, ni sa sœur, ni sa tante ». Le mot épouse n’est pas prononcé, et c’est d’elle qu’on parlerait d’abord s’il lui était permis de vivre avec elle. De même. Pourquoi interdit-on aux clercs la cohabitation avec des femmes, s’ils peuvent avoir des épouses ? Les épouses ne peuvent-ils pas avoir des servantes dans la même maison ? Ensuite, le synode de Trullo (canon 6) « interdit aux évêques, aux prêtres, aux diacres et sous-diacres, de prendre femme après leur ordination ». Et le canon 48 interdit aux évêques de cohabiter avec leurs épouses.
L’église de Carthage nous présente un insigne témoignage. Car, voici ce que prescrit le concile carthaginois 11, canon 2 : « Il plait à tous que les évêques, les prêtres, les diacres, et tous ceux qui qui confèrent les sacrements soient des gardiens de la pudicité, et s’abstiennent même de leurs épouses. » Et il en donne la raison : « Pour que ce que les apôtres ont enseigné, et qu’a conservé l’antiquité, nous le gardions nous aussi. » Ce témoignage réfute non seulement les luthériens mais aussi les catholiques qui veulent que ce décret sur la continence du sacerdoce ait commencé par le pape Syricius. Or, ces pères témoignent qu’il date des apôtres eux-mêmes. Le concile de Carthage 5, canon 3, et le concile africain (canon 37) disent la même chose. Nous avons aussi le concile romain de l’Église italique, sous Sylvestre (canon 8) qui interdit aux sous-diacres d’oser prendre femme par un moyen quelconque. Pour les églises gauloises, nous avons le concile d’Arles 11, célébré il y a 1700 ans. Le canon 12 met en garde « de ne jamais mener au sacerdoce quelqu’un qui est déjà marié, à moins qu’il promette de pratiquer la continence avec son épouse ». De même, le concile de Tours 1, canons 1 et 2, et le concile de Tours 2, canon 20, celui d’Agathe, chapitre, et d’Aurélie 111, canon 2. : «Qu’aucun clerc, depuis le sous-diacre jusqu’au sommet, n’use de son épouse, s’il en a une à lui »
Nous avons aussi le concile d’une église d’Espagne qui a été tenu avant l’époque du pape Syricius (canon 33) : « Il a plus à tous que les évêques, les prêtres, les diacres et les sous-diacres s’abstiennent de femmes épouses, et n’engendrent pas d’enfants. » Les conciles de Tolède 2 (chapitre 1), Tolède 1V (chapitre 26) et Tolède 8 (chapitre 6) interdisent des épouses aux sous-diacres aussi. Pour ce qui en est des églises allemandes, nous avons le concile de aquisgranense au temps de Louis 1, (chapitre 6), celui de Wormaciense, (chapitre 9) : « Il a plu que les évêques, les presbytes, les diacres et les sous-diacres s’abstiennent d’épouses, et ne génèrent pas d’enfants. » Ensuite, le concile de moguntinus au temps de l’empereur Arnulphe, a statué au chapitre 10 « qu’aucune femme n’ait la permission d’habiter avec un ecclésiastique, à moins qu’elle ne soit sa mère ou sa sœur ». Il appert de tout cela que ce que Philippe a écrit dans la confession augustinienne (article 23)—à savoir que le célibat a été imposé aux clercs en Germanie il y a quatre cents ans,--est complètement faux. Car, les conciles cités, ont été célébrés en Germanie il y au moins 700 ans. Ce n’est pas un moindre mensonge ce qu’il dit dans son apologie, à savoir qu’aucune loi sur le célibat des clercs n’a été votée en concile général; et que les conciles romains présidés par le pape ont été les seuls à le prescrire.
On le prouve en troisième lieu par les témoignages des anciens pontifes. Saint Clément 1 (canons apostoliques, canon 27) : « Au sujet des noces qui se rapportent aux clercs, nous prescrivons qu’ils peuvent se marier s’ils le désirent, mais seulement les lecteurs et les chantres. » Ce que l’on dit des lecteurs et des chantres, il faut l’entendre également de tous les autres ordres mineurs, puisque la raison invoquée est la même pour tous. C’est ce qu’indique Calixte 1 (cité par Gratien, dist 27 canon des presbyteris), : « Nous interdisons formellement aux prêtres, aux diacres, aux sous-diacres et aux moines d’avoir des concubines ou de contracter un mariage. » Et, dans l’épitre à Himericus, chapitre 7 (que Calvin reconnait), il interdit à ceux qui sont dans les choses sacrées les relations sexuelles avec une épouse. Un peu après, Innocent 1 confirma la même chose (dans sa lettre à Victricius, chapitre 9, et dans sa lettre à Exuperius, chapitre 1). Ainsi que le pape Léon (épitre 82 à l’évêque Anastase de Thessalonique, chapitre 4, et dans l’épitre 90 à Rusticus Narbonensis, chapitre 3. Également, saint Grégoire (épitre 1, 42, livre 1, et épitre 34, livre 3). Ainsi que le pape Zacharie (dernière lettre à Boniface, évêque de Germanie, avant les années 800). Voilà qui met plus en lumière le mensonge de Philippe.
Mais j’ai le goût de rapporter les paroles du pape Léon dans son épitre à Anastase, car elle réfute non seulement les luthériens mais aussi les Grecs. Voici donc ce qu’il a écrit aux Grecs : « L’élection de tous les prêtres est si excellente que ce qui, dans les autres membres de l’église se fait sans faute, est pour eux illicite. Ceux qui sont établis en dehors de l’ordre des clercs sont libres de s’adonner à l’union du mariage et à la procréation d’enfants. Mais, pour conserver la pureté de la continence parfaite, n’est concédée pas même aux sous-diacres la cohabitation charnelle, pour que ceux qui ont soient comme n’ayant pas, et pour que ceux qui n’ont pas demeurent célibataires et non mariés. S’il convient, dans l’ordre qui est le quatrième en dignité, de se conserver ainsi, à plus forte raison dans le deuxième et le troisième, pour que soit estimé inapte au ministère lévitique, à l’honneur presbytéral ou à l’excellence épiscopale celui qui ne s’est pas montré capable de mettre un frein à l’assaut des voluptés. » Ajoutons à cela les témoignages formels des empereurs que l’on trouve dans le codex des évêques et des clercs.
On le prouve quatrièmement, par les témoignages des anciens pères grecs et latins. Origène (homélie 23 sur le livre des Nombres) : « Il est certain qu’est interdit le sacrifice perpétuel à ceux qui s’abandonnent aux voluptés conjugales. C’e qui me fait penser que seul est digne d’offrir le sacrifice celui qui s’est voué à une chasteté perpétuelle. » Eusèbe (livre 1, démonstration évangélique, chapitre 9) : « Il convient à ceux qui sont consacrés et qui sont chargés du ministère et de l’administration des sacrements, de s’abstenir de toute relation sexuelle avec une épouse. » Épiphane (à la fin de son œuvre contre les hérésies) : « On choisit pour le sacerdoce les vierges, ou les moines, ou, si ceux-là ne suffisent pas pour les besoins du ministère, ceux qui s’abstiennent des relations sexuelles avec leurs épouses. Et le veuf qui a été continent depuis le début peut aussi être choisi comme évêque, prêtre, diacre et sous-diacre. » Il dit la même chose (à l’hérésie 59, qui est celle des Cathares) : « L’Église ne choisit pas pour diacre, prêtre, évêque ou sous-diacre, un homme d’une seule femme qui élève encore des enfants, mais celui qui a vécu dans la continence avec une seule, ou qui est veuf. Surtout là où sont reconnus les canons apostoliques. Mais, tu me diras que, dans certains endroits, des prêtres, des diacres et des sous-diacres, continuent à élever des enfants. C’est vrai, mais ce n’est pas selon les canons, mais selon l’esprit des hommes qui s’alanguit avec le temps. »
Saint Jean Chrysostome (homélie 2 sur la patience de Job) : « Il a dit l’homme d’une seule femme, non de la façon dont cela est observé actuellement dans l’Église. Car, il faut qu’un prêtre soit orné de toute la chasteté. » Grégoire de Nysse (dans livre sur la virginité, chapitre ultime) : « Comment rempliras-tu la tâche de prêtre de Dieu, toi qui as été oint pour offrir le sacrifice ? Comment pourras-tu l’offrir à Dieu si tu n’obtempères pas à la loi qui interdit à un impur d’offrir les choses sacrées ? Et si tu t’attends à ce que Dieu t’apparaisse, pourquoi n’écoutes-tu pas Moïse qui a prescrit au peuple de se garder pur de toute relation charnelle pour jouir de la vue de Dieu ? » Saint Cyrille (catéchèse 12) : « Celui qui, auprès de Jésus, s’acquitte bien de son sacerdoce, s’abstient de la femme. Jésus lui-même comment aurait-il pu provenir d’un homme et d’une femme ? » Oecumenius (chapitre 3 de la première à Timothée, aux mots : un homme d’une seule épouse) : « Il n’a pas statué qu’un évêque dépende d’une épouse, ou qu’il ait nécessairement une épouse, mais que s’il en a une, il ne soit pas au moins bigame. Mais, une fois appelé à la charge d’évêque, il doit remplir parfaitement sa tâche, c’est-à-dire que ceux qui ont des épouses soient comme n’en ayant pas. »
Chez les latins, maintenant. Cyprien, ou un autre auteur éventuel, (dans le livre de la singularité des clercs) affirme qu’il lui a été révélé par Dieu que les clercs ne doivent pas avoir de femmes dans leurs maisons. Et c’est ce que prouve tout le livre. Il ne faut pas se scandaliser si, dans le dernier livre, (comme Pierre le martyr l’a noté), il parle ainsi : « Si quelqu’un a une mère, ou une fille ou une sœur, une épouse ou une tante, qu’il la garde pour qu’aucune servante ne soit présente. » Car, il parle d’une épouse qui a, en même temps que lui, voué la continence. On trouve quelque chose de semblable dans le concile 2 d’Arles, canon 3 : « Si quelqu’un des clercs, à partir du diaconat, présume garder près de lui pour sa consolation une femme autre que sa grand-mère, sa mère, sa sœur, sa fille, sa tante, ou une épouse qui s’est convertie avec lui, qu’il soit excommunié ! » Car, si saint Cyrille concédait une épouse aux clercs dont il pourrait user librement, il irait contre tout son livre, et même contre son titre : « de la singularité des clercs).
Saint Ambroise (livre 1, des devoirs, chapitre ultime) : « Le ministère doit être sans tache et immaculé, et vous saurez qu’il ne doit être violé par aucune relation conjugale, vous qui, dans un corps intègre, une pudeur non corrompue, étrangers même à l’union conjugale, avec reçu la grâce du saint ministère. Je me sens obligé d’en parler, parce que, dans la plupart des lieux éloignés, les prêtres élèvent des enfants en exerçant le ministère. » La même chose dans l’épitre 82 à l’église de Vercellensem : « Ayant des enfants, a dit l’apôtre, non faisant des enfants. » Et, dans le chapitre 1 de l’épitre à Timothée : « On leur défend de nouveau l’usage des femmes. » Saint Jérôme (dans son livre sur Virgilance, vers le début) : « Que dire l’église de l’Orient, de l’Égypte et du siège apostolique qui acceptent des clercs qui sont vierges, ou qui, s’ils avaient des femmes, cessent d’être maris ? » De même, dans la fin de l’apologie pour ses livres contre Jovinianus : « On élit des évêques, des prêtres, des diacres qui sont vierges ou veufs, ou qui deviennent continents après leur ordination. » Saint Augustin (dans le livre 2 sur les époux adultérins, chapitre 20) : « Nous avons coutume de proposer la continence des clercs à ceux qui ont été pris malgré eux pour porter le même fardeau, jusqu’à la fin qui leur est due. Avec l’aide de Dieu, ils persévèrent. » Lire tout le texte. L’auteur des question sur l’ancien et le nouveau testament, qui n’est pas saint Augustin, comme le titre l’indique, mais quelqu’un de plus ancien, ajoute à la fin : « Le mariage est une chose permise et bonne, pourquoi n’est-il pas permis aux prêtres d’avoir des épouses ? » Et il en donne longuement les raisons.
En plus des textes cités, saint Grégoire (livre 6, chapitre 1 du livre des Rois) dit qu’ils se trompent ceux qui, à cause des paroles de saint Paul, «que chacun ait une femme », pensent qu’il est permis aux ecclésiastiques d’avoir des épouses. » Grégoire de Tours (livre 4, chapitre 4 de son histoire) rapporte qu’ »un certain comte qui, après avoir renvoyé son épouse, s’était initié aux fonctions sacrées, désira ensuite retourner à son épouse, et fut excommunié par tous les évêques ». Saint Isidore (dans le livre des devoirs divins, chapitre 10) : « Il a plu aux saints pères que soient chastes ceux qui célèbrent les saints mystères, qu’ils s’abstiennent de toute relation charnelle avec leurs épouses, et qu’ils soient libres de toute immondice charnelle. » S’il dit cela des diacre, il enseigne à plus forte raison la même chose des évêques et des presbytes (chapitres 5 et 8). Ce texte nous permet de comprendre les paroles du chapitre deuxième : « Qu’ils conservent perpétuellement la chasteté du corps, ou qu’ils soient engagés par le lien d’un seul mariage. » Car cela est dit des clercs en général, tant majeurs que mineurs. Car, tous les clercs doivent ou être perpétuellement continents, s’ils sont initiés aux ordres majeurs, ou engagés par les liens d’un seul mariage, s’ils sont initiés aux ordres mineurs.
Saint Anselme (épitre 8,) affirme que le saint pape Grégoire V11 a eu raison d’interdire à tous les prêtres mariés de s’approcher des saints mystères. Bède le vénérable (livre 3, chapitre 9 sur le tabernacle) : « Personne ne peut recevoir le sacerdoce, ou se consacrer au ministère de l’autel, à moins de demeurer vierge ou de dissoudre le contrat de mariage qui le lie à son épouse. » De plus, pour omettre les plus récents, je rappelle à votre souvenir Arator, le sous-diacre du pape Vigile. Dans son livre sur les actes des apôtres, au chapitre 30, après avoir expliqué la raison pour laquelle les prêtres de l’ancienne loi avaient l’obligation de s’abstenir de leurs femmes seulement de temps en temps, ajoute : « La sainte foi de l’Église ordonne maintenant que seuls soient pontifes les pudiques perpétuels. » À ces témoignages, ils ajoutent leurs exemples. Car, au temps des apôtres, tous les évêques, presbytes et ecclésiastiques dont nous avons les vies, et que nous avons entendu loués unanimement, furent continents. Et on ne peut présenter aucun exemple d’hommes approuvés qui témoignent du contraire. Les magdebourgeois ont scruté attentivement tous les siècles pour trouver des hommes qui se seraient mariés après avoir reçu les ordres. Et ils en présentent plusieurs (aux centuries 4, 5, 6, 7, 8, 9, 19, et 11, au début du septième chapitre), mais sans réussir vraiment. Car, ou bien il s’agit d’épouses qu’ils avaient avant leur ordination, comme dans le cas de Grégoire, le père de saint Grégoire de Naziance, ou il est question d’ordres mineurs, ou, (ce qu’ils tirent du concile de Tolède 4, chapitre 42) ce sont des exemples de ceux que l’on blâme, (comme on le voit dans l’épitre de Zacharie à Boniface), ou ce sont des mensonges éhontés, comme ce que rapporte la cinquième centurie, chapitre 7, à savoir que le pape Innocent aurait attesté que les presbytes de Macédoine avaient des épouses. Le pape Innocent n’a jamais rien dit de tel.
Philippe dans son livre sur le célibat au roi d’Angleterre prouve que les anciens évêques avaient usé du mariage par une lettre de Polycrate citée par Eusèbe, livre 5, chapitre 24 de son histoire. Polycrate écrit que sept de ses parents ont été évêques, et qu’il était, lui, le huitième. Mais Philippe a été trompé par la traduction de Ruffin. Le mot grec que l’on trouve chez Eusèbe est sungenôn qui ne signifie pas des parents, mais des amis. Mais, concédons qu’ils ont été ses parents, peut-on en conclure qu’ils ont usé des droits du mariage ?
De cette nuée de témoins, on peut tirer trois conclusions. La première. Se trompent ceux qui, comme Clictovaeus et les autres pensent que la loi de la continence a été imposée aux clercs, en tout premier, par Syricius. Car, Clément, Origène, Eusèbe, Épiphane sont tous plus anciens que Syricius. La deuxième. La coutume des Grecs qui est en vigueur aujourd’hui, était inexistante dans les premiers six cents ans, comme le démontrent des auteurs comme saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, et saint Léon, aux lieux cités. La troisième. Calvin a menti effrontément et impudemment quand il a affirmé (livre 4, chapitre 12, verset 25 de ses institutions) que tous les anciens pères avaient approuvé le mariage dans l’ordre épiscopal. Car, plusieurs pères que j’ai cités, et plusieurs conciles ont déclaré juste le contraire. Et il ne peut citer aucun témoin de ce qu’il avance si imprudemment.
On le prouve, cinquièmement, par la raison. Car, puisque le mariage apporte des obstacles et des retardements aux devoirs ecclésiastiques, ce fut équitable d’interdire le mariage aux prêtres et aux autres hommes sacrés, car les devoirs ecclésiastiques consistent à prier, enseigner, exhorter, administrer les sacrements, prendre soin des pauvres, et autres choses semblables, qui ne peuvent pas être bien observées (comme le dit l’apôtre à Tite, chapitre 1), à moins que le prêtre ne soit hospitalier, bon, sobre, juste, saint, continent et docte. Le mariage rend difficile (comme saint Jérôme le dit au livre 1 contre Jovinien), le devoir de sacrifier, car une pureté suprême et une sainteté sont requises, come saint Jean Chrysostome l’explique dans son livre 6 sur le sacerdoce. On ne peut nier que, dans l’acte conjugal lui-même, ne s’infiltre une certaine impureté et une certaine pollution, non parce qu’elle est elle-même un péché, mais parce qu’elle est née du péché. Car même si Calvin vocifère contre Syricius qui appelle pollution le mariage des prêtres, ce n’est pas seulement le mariage des prêtres qui est un sacrilège et non un mariage, et qui ne peut s’exercer sans pollution et sans honte, mais aussi celui des diacres. La rébellion des membres et la honte humaine ont suffisamment été attestées dans cet acte qui requiert le secret, comme l’a noté saint Augustin (livre 14, chapitre 17, de la cité de Dieu).
Ensuite, le mariage refroidit le zèle de l’oraison et de la lecture, qui doivent être l’occupation principale du prêtre, Car, l’oraison requiert un esprit tourné vers les choses d’en haut, purifié et tranquille, tandis que l’acte du mariage, comme l’enseigne saint Augustin (livre, 14, chapitre 16 de la cité de Dieu), rend l’esprit hébété, et le rabaisse vers les choses de la terre, amène le trouble, et rend l’âme charnelle. Troisièmement. Elle met un frein à l’efficacité de la prédication, car, comme le dit saint Ambroise (dans 1 devoirs, chapitre ultime) : « Comment pourra-t-il exhorter efficacement les veuves et les vierges celui qui passe tout son temps à s’occuper des enfants »? Quatrièmement, il ralentit le travail pastoral, car celui qui a une femme et des enfants, ne pense toujours qu’à eux, et l’amour avec lequel il devrait prendre soin de ses brebis est consumé tout entier dans son épouse et ses enfants. Et pourtant, comme le dit saint Ambroise (livre 1, chapitre 7 des devoirs) « les fils spirituels doivent être aimés plus chèrement que les fils charnels ».
Cinquièmement, il paralyse le soin à porter aux pauvres, et cette hospitalité et cette bonté que recommande si chaudement l’apôtre. Car, celui qui a une épouse et des enfants doit mettre de côté de l’argent pour eux, et l’on trouve peu de gens mariés qui aient du superflu. Ajoutons qu’un clerc ne peut pas léguer d’héritage à des fils, et pourtant, tout père doit assurer l’établissement de ses enfants. Les plus avares seraient donc forcés de vendre les sacrements. Sixièmement, l’administration elle-même des sacrements en souffrirait. Car, alors, on distinguerait avec peine les prêtres des laïcs, et le prêtre serait semblable à un membre du peuple. C’est ce que l’expérience nous a montré. Car, au temps de Grégoire V11, quand les prêtres commencèrent, en Allemagne, à prendre femme, un tel mépris des sacrements a suivi que c’était parfois des laïcs qui administraient les sacrements, comme Jean Nauclerus et d’autres le rapportent. Épihane a donc raison de dire (hérésie 59) que la continence est nécessaire à cause de l’honneur qu’exige les sacrements. Il reste à répondre aux arguments. Nous réfuterons d’abord les objections de Calvin dans l’ordre où il les a présentées.
CHAPITRE 20
La pauvreté volontaire est licitement vouée à Dieu
Il reste la dernière partie de la question, dans laquelle, tel que promis, nous allons prendre la défense des trois vœux monastiques. Commençons par le vœu de pauvreté. Viendra ensuite le vœu d’obéissance, et, à la fin, celui de continence, qui ne pose pas un mince problème.
Qu’on a le droit de choisir la pauvreté volontaire et de la vouer à Dieu, on le prouve avec ces paroles de Matthieu 5 : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. » Il faut noter ici que les pauvres en esprit sont interprétés de trois façons. La première. On appelle pauvres ceux qui sont affligés, comme le veut le psaume 24 : « Je suis seul et pauvre. Les soucis de mon cœur se sont multipliés. » La deuxième. On appelle pauvres les humbles : « Qui regarderai-je si ce n’est le petit pauvre, celui qui est contrit, et qui tremble à ma parole ? » La troisième. On appelle pauvres, au sens propre, ceux qui ne sont pas riches, et cela de trois façons : en acte, mais non en pensée; en pensée mais on en acte; en acte et en pensée. On trouve cinq explications de ce texte. La première est celle de Calvin qui, par pauvres, entend les affligés. Mais cette interprétation n’est pas naturelle, car alors la première béatitude se retrouverait telle quelle dans la troisième, (ceux qui pleurent) ou dans la dernière, (ceux qui souffrent persécution. » Et de plus, ce n’est pas ainsi que l’interprètent les pères. Et il est certain que, en Luc 6, le Seigneur oppose les pauvres aux riches.
La deuxième est celle de saint Jean Chrysostome (dans son commentaire de ce passage) et de saint Augustin (livre 1 du sermon sur la montagne) qui, par pauvres, entendent les humbles. Ce sens est certainement vrai, mais ce n’est pas le sens premier, comme nous le montrerons un peu après. La troisième pourrait être celle qui proclame heureux ceux qui sont pauvres en acte mais non en pensée. Mais elle est fausse, et réprouvée par les pères. Voilà pourquoi le Seigneur ajoute en esprit. Les pauvres dont il parle sont ceux qui le sont volontairement, par choix, mais pas pour n’importe lequel motif. Pour un motif spirituel, comme le note saint Bernard (dans son sermon 1 sur la fête de tous les saints). Il y a eu, en effet, certains philosophes qui ont été pauvres, mais non volontairement, non en esprit, car ce n’est pas pour Dieu qu’ils aimèrent la pauvreté, mais par curiosité ou ostentation.
La quatrième. Ceux qui sont pauvres en esprit, mais non en acte. Cette interprétation est vraie, mais ce n’est pas celle qui est voulue en premier lieu, comme je le montrerai. Il reste donc la cinquième, celle de ceux qui choisissent volontairement la pauvreté pour Dieu, et donc aussi l’humilité. Sont donc appelés pauvres en esprit ceux qui sont pauvres volontairement, et humbles en même temps. Car, la plupart du temps, les richesses engendrent l’orgueil, et la pauvreté l’humilité. C’est ainsi que l’expliquent saint Ambroise (chapitre 6 de Luc), saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, Bède le vénérable, (chapitre 5 de Matthieu), et saint Léon (dans son sermon sur Matthieu 5). Tous ces auteurs parlent de la pauvreté volontaire accompagnée de l’humilité. On peut dire la même chose de Chromatius et d’Anselme, de saint Basile (question 205) de saint Bernard (sermon 1 sur la fête de tous les saints). Et parmi les auteurs les plus récents, Abulens, Lyre, Cajetan, Jansenius, et d’autres qui entendent le texte au sens d’une pauvreté volontaire. Car, d’abord, le mot grec pteôkos signifie proprement un mendiant. Et le mot latin pauper n’a pas coutume de signifier un humble, mais un indigent.
Ensuite, la récompense qui leur est promise : car « le royaume des cieux est à eux », répond proprement à la pauvreté réelle. De plus, en saint Luc 6, les pauvres qui sont béatifiés ne sont pas opposés aux orgueilleux, mais aux riches. Et le Christ a été pauvre en fait et en pensée, et, à n’en pas douter, c’est ce qu’il a fait qu’il a enseigné. Il a souvent dit aussi que les richesses étaient périlleuses, car, en Matth 13, il les compare à des épines qui suffoquent la semence, et, en Matth 10, il s’exclame : « Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume des cieux ! » Et : « Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. » Voilà qui nous permet d’argumenter en faveur du voeu de pauvreté. Car, on voue correctement à Dieu tout ce que, par son témoignage, on sait être bon, et lui être agréable. Or, la pauvreté volontaire, au témoignage du Christ, est bonne et agréable à Dieu, puisqu’il déclare que les pauvres sont bienheureux, et qu’il leur promet le royaume des cieux en récompense. Donc, c’est à bon droit qu’on voue à Dieu cette sorte de pauvreté.
Le deuxième témoignage est de Matthieu 19, où le Seigneur dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. » Et, au même endroit : « Voici que nous avons tout laissé pour te suivre, que nous arrivera-t-il ? » Que soit donné ici le conseil d’abandonner toutes ses richesses, nous l’avons démontré plus haut, dans la dispute des conseils évangéliques. Qu’il en résulte qu’on peut faire un vœu de pauvreté, l’argument précédent l’indique. Et de plus, de l’un et l’autre texte on déduit non seulement que la pauvreté peut être vouée à Dieu, ce qui suffit pour notre propos, mais aussi que le Seigneur nous exhorte à la vouer. Car, ce serait bien peu de chose de donner tous ses biens aux pauvres et de devenir pauvre en esprit, si on retournait ensuite à ses richesses, et à l’achat de biens somptuaires Voilà pourquoi les saints pères ont compris que, par ces deux témoignages, était recommandée la pauvreté parfaite, qui est choisie avec la ferme intention de la garder toujours.
Saint Augustin (épitre 89, question 4, et dans le psaume 103, sermon 3), réfère tout ce lieu à la profession monastique. Et saint Bernard (dans son homélie sur ce texte de l’évangile), dit : « Voilà les mots qui persuadèrent le monde entier du mépris des richesses et de la pauvreté volontaire. Voilà les mots qui remplissent de moines les cloitres, et d’anachorètes les déserts ». Le troisième témoignage est celui de Actes 4 : « La multitude des croyants était un seul cœur, et une seule âme, et nul n’appelait siennes les choses qu’il possédait, mais elles leur étaient communes à tous. » Que c’est de ce vœu que vivaient les premiers chrétiens de Jérusalem, saint Augustin l’enseigne (sermon 1 sur la vie commune des clercs). Il dit que lui et les siens ont voulu faire ce que les premiers chrétiens ont fait, selon les aces des apôtres, et cependant, il répète souvent, là, qu’il n’est permis à personne qui mène cette vie d’avoir quelque chose en propre. Car, c’est ainsi qu’il parle de l’un de ses prêtres, qui, contrairement à son vœu, avait retenu quelque chose, et avait fait un testament en mourant : « O douleur de cette société, o fruit né non de l’arbre qu’a planté le Seigneur ! Mais il a fait de l’église son héritière, dit-on. Je ne veux pas énumérer ses legs !
Je n’aime pas le fruit de l’amertume. C’est à Dieu, moi, que je le demande. Il avait fait profession à Dieu de vie commune. Voilà ce qu’il devait conserver, voilà ce qu’il devait présenter. S’il n’avait rien eu, il n’aurait pas pu faire de testament ! »
Le quatrième témoignage est celui des Actes 5, où Ananias et Saphira, son épouse, avaient semblé faire profession de vie communautaire, mais s’étaient réservé une part de leurs biens. L’apôtre Pierre a tout de suite détecté leur double jeu, et les a invectivés. Frappés invisiblement par Dieu, ils moururent. Ici, dans son livre sur les vœux, Pierre martyr affirme ne voir là aucun vœu. Car le péché d’Ananie et de Saphira en fut un, selon lui, de mensonge, d’ambition, d’avarice et d’hypocrisie. Mais nous pouvons facilement comprendre, par le contexte et les témoignages des pères que les deux avaient fait vœu, et que c’est en tant que coupables de sacrilège qu’ils ont été punis. Qu’ils aient voué à Dieu la vie communautaire, on le déduit de ces paroles : « Il a triché sur le prix du champ, avec l’assentiment de son épouse. » On n’aurait pas dit qu’il avait triché, s’il n’avait pas usurpé une chose qu’il était obligé de donner. Qu’il avait voué une chose non prescrite, les paroles de saint Pierre nous l’indiquent assez clairement : « Quand tu avais ton bien, n’étais-tu pas libre de le garder ? Et quand tu l’as vendu, ne pouvais-tu pas disposer du prix à ton gré ? » Qu’il avait fait un vœu à Dieu, et que la violation de ce vœu ait été un sacrilège, les paroles suivantes l’attestent : « Ananie, pourquoi Satan a-t-il tenté ton cœur pour te faire mentir au Saint-Esprit, et tricher sur le prix du champ ? » Car qu’est-ce que mentir au Saint-Esprit si ce n’est manquer à la promesse faire au Saint-Esprit ?
On aurait pu dire aussi qu’il avait menti au Saint-Esprit s’il n’avait dit un mensonge qu’à Pierre, dans lequel, sans aucun doute, était le Saint-Esprit. Mais, cependant, personne ne peut nier que mente plus spécifiquement au Saint-Esprit celui qui ne tient pas la promesse qu’il a faite à Dieu, que celui qui ne tient pas celle qu’il a faite à un homme. De plus, la punition extrêmement sévère que Dieu a infligée à Ananie et sa femme crie haut et fort que ce péché fut plus qu’un simple péché de mensonge, d’avarice, d’ambition ou d’hypocrisie. Car, cette faute pouvait-elle être punie plus atrocement ? Ce fut donc un sacrilège qui mérita une telle fin.
Se présente maintenant l’interprétation commune des pères. Saint Jean Chrysostome (homélie 12, sur les actes des apôtres). Il demande : « Pourquoi as-tu fait cela ? Tu voulais avoir ? Il te fallait au début posséder et non promettre. Maintenant, après que tu as consacré tes biens à Dieu, tu as commis un plus grand sacrilège. Car, celui qui s’empare des biens d’un autre, a été possédé par le désir des biens d’autrui. À toi, il était permis de garder tes biens, pourquoi en as-tu fait d’abord des choses sacrées, et les as-tu récupérés ensuite ? » Saint Jérôme (dans son épitre à Dimitriade, qui est la huitième du premier tome) dit : « Ananie et Saphira, dispensateurs timides, bien plus coupables de duplicité, et donc condamnés parce que, après avoir fait un vœu, ils retinrent comme leur appartenant et non appartenant aux autres, ce qu’ils avaient voué une fois pour toutes, et se réservèrent une partie d’un bien qui leur était devenu étranger. »
Saint Augustin (dans son sermon 27 sur les paroles de l’apôtre : « Quand il soutira une partie de ce qu’il avait promis, il a été condamné de sacrilège et de fraude en même temps. » Et dans son sermon 10 (ou 12 selon l’édition de Louvain), il dit : « S’il a déplu à Dieu qu’ils retinrent de l’argent qu’ils avaient voué à Dieu, quelle ne sera pas sa colère quand on voue à Dieu sa chasteté, et qu’on ne le conserve pas ? » Et plus bas : « On peut donc dire à une vierge consacrée qui se marie ce que Pierre a dit au sujet de l’argent : « Quand tu étais vierge la virginité ne dépendait-elle pas de toi ? Et avant que tu la consacres à Dieu, n’étais-tu pas libre de la consacrer ou de ne pas la consacrer ? »
Saint Fulgence (dans sa lettre sur le du conjugal), écrit : « À quel point il est mauvais et repoussant, après avoir consacré quelque chose à Dieu, d’en retenir une partie, ou de s’emparer de ce qui ne nous appartient plus, l’exemple d’Ananie et de Saphira ne le démontre que trop ! » Saint Grégoire (livre 1, épitre 33 à Venance) écrit : « Ananie avait voué à Dieu de l’argent dont, vaincu par l’astuce du diable, il avait gardé une partie. Mais de quelle mort il a été puni, tu le sais. » Arator (livre 1 sur les actes des apôtres) : « Mais ayant changé d’idée, il commit le crime d’un menteur, en retenant ce qui était cautionné par vœu. Il devait s’en ternir à ce qu’il avait promis, et ne pas violer une première action par une autre. » Dans le commentaire de ce texte, Oecumenius donne le nom de sacrilège au péché d’Ananie. Béde le vénérable dit que par l’exemple d’Ananie est né ce détestable genre de moines qui, tout en vivant de la vie monastique, veulent conserver quelque chose qui leur appartienne en propre. Voilà ce que dit l’Écriture du vœu de pauvreté.