Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 13)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Il est tout à fait vrai que Melchisédech a présenté du pain et du vin, pour les offrir à Dieu en sacrifice, parce qu’il était le prêtre du Dieu très-haut, et qu’en agissant ainsi, il a représenté la figure de notre sacrifice, par lequel nous offrons à Dieu, sous les espèces du pain et du vin, le corps et le sang du Christ. Cela, tous les anciens l’affirment, grecs ou latins. Comme Clément d’Alexandrie dans le livre 4 de ses stromata, Eusèbe de Césarée dans le livre 5, chapt 3 de sa démonstration évangélique, Épiphane dans hérésie 79, saint Jean Chrysostome dans son homélie 35 sur la Genèse, saint Cyprien au livre 2. épitre 3, saint Ambroise au livre 4, chap 3 des sacrements, saint Jérôme dans son commentaire de Matthieu, chap 26, saint Augustin au livre 17 de la cité de Dieu, chap 17, et Eucherius au livre 2 de la Genèse, chap 18. Ensuite, dans le psaume 109, on dit du Christ : « Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech », comme l’expose saint Paul aux Hébreux 5 et 7. Et pourquoi le Christ est-il prêtre, et selon l’ordre de Melchisédech, si ce n’est parce qu’il offrit du pain et du vin, c’est-à-dire lui-même, sous les espèces du pain et du vin ?

Le cinquième extrait est celui des Nombres, dernier chapitre, où nous avons : « Tous les hommes prennent pour épouses des femmes de leur tribu et de leur parenté, et toutes les femmes prennent des époux de leurs tribus ». Ce passage ce n’est pas Kemnitius qui le relève, mais Osiandre dans ses annotations, et harmonie des évangiles. Car ce précepte semble être contredit par plusieurs passages de l’Écriture. Car Josabeth, fille du roi Joram de la tribu de Juda a été l’épouse de Jojada, pontife de la tribu de Lévi, 2 parlip 22. Ruth la Moabite fut la femme de Booz de la tribu de Juda (Ruth 4). Michol de la tribu de Benjamin fut la femme de David de la tribu de Juda (1 rois 18). Ajoutons que tous les Hébreux ont juré (Juges, à la fin) de ne donner pour épouses à aucun Hébreu de la tribu de Benjamin des femmes provenant de leurs fils. On peut en conclure que s’il n’y avait pas eu de serment, il aurait été permis de se donner des épouses d’une tribu à l’autre. Et la bienheureuse Marie qui était de la tribu de Juda était cousine d’Elisabeth de la tribu de Lévi (Luc 1).

Cette traduction serait donc contraire au texte hébreu où tout ce que l’on trouve c’est que les femmes qui héritent des biens paternels ne peuvent épouser que des hommes de leurs tribus. Les hommes et les femmes qui n’héritent pas ne sont donc liés par aucune loi. Abulensis dit, en commentant ce passage, que cette loi ne s’applique pas à la tribu de Lévi, ni aux femmes étrangères en cas de nécessité, et qu’on pouvait en accorder la dispense aux princes et aux rois. C’est ainsi qu’il répond aux exemples allégués. Mais personne ne pouvait dispenser d’une loi divine. Et quand David prit Michol pour femme, il n’était pas encore roi, et son mariage avec Michol n’était pas obligatoire au point de justifier la dispense d’une loi divine.

Cano donne une meilleure réponse au livre 2, chap 4, même si son explication n’est pas entièrement satisfaisante. Le sens de la loi, autant dans la vulgate latine que dans le texte hébreu, est le suivant. Quand une femme manque de frères, et est donc héritière, elle ne peut pas épouser un membre de n’importe laquelle tribu; et aucun homme ne peut l’épouser, même s’il le désire, à moins d’être membre de sa tribu. Il y a donc une loi qui régit les hommes et les femmes, mais à cause des biens des femmes. Que cela soit le vrai sens de la loi, la fin de la loi le démontre, car la fin que l’on poursuit est de ne pas mélanger les héritages, et de les empêcher de passer d’une tribu à l’autre. En conséquence, pour obtenir cette fin, il n’était pas nécessaire d’interdire les mariages en dehors de sa propre tribu, mais seulement quand la future épouse était héritière. Et c’est ainsi qu’on satisfait à tous les exemples allégués.

À l’objection voulant que le texte hébreu s’exprime autrement, je réponds que c’est faux. Car la loi qui est donnée aux femmes dans le texte hébreu est claire même en latin. La loi donnée aux hommes, qu’ils prétendent ne pas exister en hébreu, est présente dans le texte en toutes lettres (phrase en hébreu). « Les fils d’Israël conserveront chacun pour soi les possessions de la tribu de leurs pères ». Les adversaires prétendent que « conserver » se rapporte à « possessions », et que le sens est : « ils conserveront les possessions ». Mais il n’en est pas ainsi, car il se réfère à « épouse ». C’est-à-dire : « ils contracteront des mariages, chacun d’entre eux, dans la possession de sa tribu, à savoir en ne passant pas, par le mariage, à la possession des biens d’une autre tribu. Que ce soit cela le sens on le découvre par ce qui suit : « Et toute fille héritant d’une possession s’unira à un homme de sa tribu ». C’est ainsi que comprirent ce passage Eusèbe de Césarée dans le livre 1, chap 6 de son histoire, Épiphane à l’hérésie 78, saint Ambroise au chap 3 de saint Luc, saint Jean Damascène au livre 4, chap 15.

Le sixième se trouve dans Esdras 1, 9, où il est dit que nous avons « sa paix », là ou nous devrions avoir « un étançon ». Je réponds que cela aussi est une erreur des copistes. Car le texte hébreu a « étançon » ou « clou »; et plusieurs codex latins ont « étançon ». Le septième est dans Job 5 : « Appelle pour voir s’il y a quelqu’un qui te réponde, et tourne-toi vers un des saints ». Kemnitius veut que ce lieu soit contaminé, et qu’on ait traduit ainsi pour prouver l’invocation des saints. Je répons qu’il était peut-être ivre quand il écrivit cela, car cette phrase est en hébreu en toutes lettres (phrase en hébreu). Traduite littéralement, cela donne : « Apelle maintenant, s’il y a quelqu’un qui te réponde, et regarde un des saints ». Et si on cherche vraiment quelque chose qui soit exprimé clairement en hébreu, on ne pourra trouver mieux.

Le huitième est dans les Proverbes 16 : « Poids et balance sont les jugements de Dieu. et toutes ses œuvres sont les pierres du siècle ». Mais dans l’hébreu on voit : « les pierres d’un petit sac, ou d’une bourse ». Je réponds que nous avons plusieurs lectures différentes de ce texte, et que la bonne traduction est celle qui donne « petit sac » au lieu de « siècle ». Le mot « siècle » vient d’une erreur de copistes. Le neuvième est le passage de l’Ecclésiaste où il est dit que « personne ne sait s’il est digne d’amour ou de haine ». Kemnitius veut voir une corruption dans ce passage, qui autorise un doute sur la foi dans la rémission des péchés. Calvin avait écrit la même chose dans son institution chap 5, 28.

Je répondrai que notre traducteur a très bien traduit le texte, non littéralement il est vrai, mais en en rendant bien le sens. Voici ce que dit le texte hébreu (phrase en hébreu) : « l’homme n’est connaissant ni de l’amour ni de la haine, mais de toutes les choses qui sont devant leur face ». Voici le sens que saint Jérôme découvre dans ce passage dans son commentaire de ce verset : « J’ai trouvé que les œuvres des justes sont dans la main de Dieu, mais qu’ils soient aimés par Dieu ou non, ils ne peuvent pas le savoir maintenant. Ils le sauront donc dans le futur, et dans leurs visages toutes choses sont ». Ce qui veut dire : « quand ils sortiront de cette vie, ils en auront la connaissance, car alors ce sera le jugement, maintenant le combat ». Comme il est vrai qu’on ne pouvait pas mieux rendre le sens de cette phrase que par ces mots : « Nul ne sait s’il est digne d’amour ou de haine, mais toutes les choses incertaines sont réservées pour le futur ».

Mais que quelqu’un n’objecte pas que les impies se savent dignes de haine. Il faut se rappeler que l’Écclésiaste ne parle que des justes, qui, bien que conscients d’aucune faute, ne peuvent pas savoir avec certitude, tant qu’ils vivent sur la terre, s’ils sont justes ou pas. Il s’ensuit donc qu’ils ignorent s’ils sont dignes d’amour ou de haine. Le dixième est de l’Eccles 5 « du péché expié par un sacrifice propitiatoire ne sois pas sans crainte ». Ce passage Kemnitius veut aussi qu’il soit corrompu, puisqu’il démontre l’incertitude de la rémission des péchés. Je réponds qu’il existent plusieurs lectures de ce texte, comme Corneille Jansenius le démontre. Quelques codex ont : « d’un péché pardonné », d’autres : « de la propitiation », d’autres : « de l’expiation du péché ». Cette dernière traduction semble meilleure parce que plus proche du grec.

Mais ici on se convainc qu’est faux l’enseignement des hérétiques qui ordonne que l’homme se croie sûrement juste, ou qu’il sera juste s’il le croit, car ou le sage parle d’un pardon déjà obtenu (le sens étant le même dans expiation d’un péché ou péché expié), et alors il est faux que l’homme doive être sur de son pardon, comme ils l’enseignent; ou s’il s’agit d’un pardon à obtenir dans le futur, et il est faux, là aussi, que l’homme doive être sûr de l’obtenir. Mais nous parlerons de ces choses en leur lieu.

Le onzième est dans l’Ecclésiastique 16. « La miséricorde fera un lieu à chacun selon le mérite de ses œuvres ». Kemnitius se plaint de ce que nous ayons ajouté le mot mérite qui ne se trouve pas dans le grec, et que nous ayons ainsi corrompu ce texte pour prouver les mérites des bonnes œuvres. Calvin s’en était plaint avant lui, au chapitre 10, 52. Je réponds que dans le grec le mot « mérite » ne se trouve pas, parce que c’est un mot latin, et que les Grecs écrivent en grec. Cependant, il y a quelque chose qui a le même sens et qui s’exprime très justement par le mot mérite. C’est le « kata erga ». Personne qui connaisse la langue grecque un tant soit peu ne pourra nier que kata erga signifie en latin : pour les mérites des œuvres.

La douzième est dans Joël 2 : « excellent sur la malice ». Kemnitius dit que ces mots ne signifient rien, et qu’on les chante dans notre église sans les comprendre. Je réponds. Saint Jérôme a donné une explication de ce texte. Que Kemnitius supporte patiemment que nous fassions passer l’interprétation de saint Jérôme avant la sienne. Il dit que « praestabilis surper malitia » signifie : « excellent en ayant pitié, et en pardonnant la peine », ce qui convient proprement à Dieu. C’est la même chose que : « se repentant sur la malice », ce qui est une traduction littérale de l’hébreu. Cette traduction pourrait ne pas être mauvaise si on pense à : « excellent sur la malice », au sens de : meilleur que la malice, par laquelle il ne peut pas être vaincu. Cela est très vrai car aucune monstruosité ou aucune quantité de péchés ne peut jamais l’emporter sur la bonté infinie de Dieu.

Le treizième est de Michée, 5, où nous lisons : « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es petit parmi les milliers de Juda, de toi me sortira celui qui sera le dominateur en Israël. » Osiandre veut que ce texte soit corrompu, dans ses annotations à l’harmonie des évangiles. On doit corriger ce passage comme suit, selon lui : « Petit, il importe peu que tu sois dans les milliers de Juda ». Car il dit que le traducteur incompétent ne s’est pas rendu compte que les Hébreux n’aient pas de genre neutre, et qu’à sa place, ils mettent un masculin ou un féminin. En conséquence, bien que le mot hébreux (qu’il cite) soit du genre masculin, on doit le traduire en latin par un mot neutre, non masculin : « peu », et non « petit ». Et il pense le prouver en disant que ce qui suit (de toi me sortira) ne concorde parfaitement avec ce qui précède, qu’à moins de dire : « peu ». Je réponds que notre traducteur a bien traduit. Car le texte grec et le texte chaldéen proposent une traduction semblable. C’est aussi la lecture de saint Jérôme qu’il présente dans ses commentaires. Et ce qui est plus important, saint Matthieu, au chapitre 2, a traduit « tu es petite », et non « il est peu ». Et s’il est vrai que les Hébreux emploient les genres masculin et féminin à la place du neutre, ils ne le font pas toujours. À la raison qu’il a donnée, je réponds que ce qui suit concorde parfaitement avec ce qui précède, si on lit ce qui précède sous une forme interrogative, comme le fait saint Matthieu. Et il a traduit avec la négation : « Tu n’es pas la plus petite », parce qu’il avait lu « tu es petite ». On pourrait répondre encore mieux. Saint Matthieu ne traduit pas les mots, mais le sens. Car Bethléem était une petite cité quant à la petitesse de ses murailles et du nombre de ses habitants, comme le dit le Prophète. Cela l’évangéliste ne le nie pas. Mais elle était une très grande ville par le privilège de la nativité du Christ. C’est ce que laisse entendre le prophète quand il dit : « De toi me sortira celui qui régira mon peuple Israël. Et c’est cette grandeur que regarde l’évangéliste quand il ajoute le « car ». « Car, de toi me sortira ». Mais cette interrogation : « es-tu petite », on ne la trouve dans un aucun codex, ni grec, ni latin, ni hébreu.

CHAPITRE 13 La défense des psaumes qui, selon Calvin, ont été mal traduits.

Venons-en maintenant aux textes que, dans son antidote au concile de Trente, Calvin a déclarés viciés et corrompus. Même si Guillaume Lindanus, dans son livre de la meilleure façon de traduire, a réfuté judicieusement ses accusations, il ne semble pas inutile de voir les calomnies des hérétiques dénoncées par plusieurs.

Voici donc le premier texte : « Apprenez la discipline » (psaume 2). Calvin prétend que le traducteur a vicié ce texte en le traduisant ainsi, puisque le texte hébreu donne : « embrassez le Fils ». Cette erreur ne peut pas venir des copistes, parce que ces deux mots n’ont aucune lettre en commun. Je réponds que le texte hébreu dit bien : « embrassez ou adorez le fils », mais que le sens de ce verset a été bien rendu par : « apprenez la discipline ». Car c’est ainsi qu’il est traduit en grec, et en chaldéen. Et c’est ainsi que le lurent tous les anciens pères grecs ou latins. Car, il faut observer que, quand on dit « embrassez le fils », le sens en est : « reconnaissez que le Fils de Dieu est le vrai Roi et le vrai Messie, en lui baisant la main, comme marque d’honneur ». C’est ce qu’a expliqué saint Jérôme dans son livre 1 contre Ruffin. Et voilà pourquoi on peut aussi traduire : adorez le Fils. Mais reconnaître que le Fils est Roi et Messie nous ne le pouvons pas sans la foi et sans accepter sa doctrine. Et qu’est-ce d’autre « apprenez la discipline » si ce n’est « recevez la doctrine du Fils de Dieu ?

Le second texte (psaume 4). « Fils d’hommes, jusques à quand serez-vous d’un cœur lourd ? » Calvin trouve en faute ce texte parce que, en hébreu, on ne trouve rien de semblable, mais plutôt : « ma gloire pour l’ignominie ». Je réponds qu’il est très vraisemblable que le texte hébreu ait été corrompu par la faute des copistes, car en changeant les points (lettres hébraïques), on obtient « cœurs lourds ». Et c’est ainsi que l’on lu les septante, que tous les pères grecs et latins ont suivi, à l’exception de saint Jérôme, qui, lisant autrement, traduit autrement : « mes glorieux ». Le sens demeure, pourtant, toujours le même. Et cela suffit pour la vérité de la traduction. Dieu, en ce lieu, se plaint des hommes, qui après avoir négligé les choses éternelles, aiment les temporelles. Et, en conséquence, selon la traduction grecque et latine, il les appelle « lourds de cœur », parce qu’ils sont tels par leur vices propres. Selon le texte hébreu, comme nous l’avons maintenant, Dieu appelle sa gloire ses élus, parce qu’ils sont tels par le bienfait de Dieu, si nous considérons en eux l’image céleste, non leurs vices propres. Ensuite ce mot hébreu (mot hébreu) peut être un participe passif du verbe ou un nom verbal.

Le troisième se trouve dans le psaume 31. « Je me suis changé en misère, pendant que perce l’épine ». Calvin fait aussi des reproches à cette traduction, parce que, en hébreu, il y a d’autres mots et un autre sens : « mon suc est sans humeur, et ma vigueur est changée en sécheresses estivales ». Le sens de notre traduction est : Je me suis tourné vers la pénitence au temps de la misère et de l’affliction, pendant que l’épine de la calamité a commencé à me piquer ». Le sens de la vérité hébraïque est : « tous mes biens ont péri, comme la vigueur et l’humeur dépérissent et s’assèchent, l’été, par l’ardeur du soleil ».

Je réponds qu’on ne peut pas blâmer notre traducteur pour ce passage, car il n’a pas traduit de l’hébreu, mais du grec au latin. Le texte grec, en effet, correspond parfaitement bien avec notre texte. Il semble que les septante aient lu un autre texte que le nôtre. Il a donc pu y avoir une erreur de copistes en hébreu. Car, il suffit de faire quelques petits changement en hébreu pour aboutir à notre traduction (il en fait la démonstration avec des mots hébreux). Quand nous voyons que, en latin, une erreur des copistes a facilement pu se glisser à cause de la ressemblance des lettres, pourquoi, dans les mêmes circonstances, ne devrions-nous pas attribuer une erreur aux copistes hébreux ?

Le quatrième est dans le même psaume : « serre avec un mors les mâchoires de ceux qui ne s’approchent pas de toi ». Calvin voudrait qu’on soit obligé de lire : « qu’ils n’approchent pas de toi avec leur mors qui serrent ». Je réponds que, dans ce cas-ci, grande est son impudence, car les septante, saint Jérôme dans sa lettre à Sophrone, et tous les Pères ont toujours lu ainsi. Et il est facile de montrer que les mots hébreux ont le même sens. Le cinquième est le psaume 37 : « parce que mes reins sont remplis d’illusions ». Et qu’est-ce que nous comprenons, demande Calvin, par des reins remplis d’illusions ? Je réponds que le mot hébreu signifie de l’ignominie et de l’ardeur. Voilà pourquoi David parle de cette ardeur de la libido qui, pendant tout le temps qu’elle existe dans le corps, fait naître des illusions dans l’esprit. Le traducteur grec, que le chaldéen et le latin ont suivi, a pris l’effet pour la cause, ce qui n’est ni nouveau ni surprenant.

Le sixième est dans le psaume 67 : « qui fait habiter dans sa maison des gens d’une seule manière de vivre. » Calvin voudrait qu’on doive lire : « qui fait habiter les uniques dans sa maison », c’est-à-dire qui enrichit d’une famille les stériles et les solitaires. Je réponds que les mots hébreux peuvent recevoir plusieurs sens qui sont tous vrais. Un premier sens est : « qui dans sa maison, qui est l’Église, fait habiter des hommes d’une seule manière de vivre, c’est-à-dire d’une seule foi, d’une seule espérance, d’une seule volonté, comme le racontent les actes : « le cœur de la multitude des chrétiens était une seule chose et une seule âme ». Car, ceux qui sont d’une foi diverse, ou d’une volonté différente, comme les hérétiques et les schismatiques ne peuvent pas demeurer dans l’Église, mais ou ils sortent d’eux-mêmes, ou ils en sont expulsés. C’est ce sens qu’ont exprimé les septante, et le traducteur latin, ainsi que presque tous les pères grecs et latins. Ce sens ne s’éloigne pas non plus du texte hébreu, car (mot hébreu) vient du verbe (mot hébreu) qui signifie unir. Et de là « uni », ou « un composé de plusieurs choses ». Et parce qu’il signifie aussi unique et solitaire, l’autre sens est également vrai : « qui fait que les hommes abandonnés et solitaires, qui n’ont rien pour se défendre, habitent quand même en sécurité dans leurs maisons, l’aide divin les protégeant ». C’est ce que semble avoir compris saint Jérôme qui traduisit « solitaires ». Le troisième sens est également vrai, sans détruire les autres : « qui fait habiter dans la maison les gens seuls, c’est-à-dire les stériles ou les solitaires », c’est-à-dire, posséder une grande famille.

N’est pas absurde non plus la compréhension de ceux qui traduisent : « il fait habiter les solitaires dans la maison », c’est-à-dire : « il fait en sorte que quelques-uns, par amour de la contemplation céleste rejettent la société, et se dirigent vers des lieux déserts, et y habitent seuls. », comme autrefois Élie, saint Jean Baptiste, saint Paul, saint Antoine, saint Hilarion, et tant d’autres. Le septième se trouve dans le même psaume : « qui habitent dans des sépulcres ». Calvin prétend qu’il faille traduire : « dans un lieu aride ». On ne peut nier que le mot hébreu désigne un lieu aride et desséché. Mais on ne peut pas penser que le traducteur ait pu ignorer cela, alors qu’il s’agit d’un mot très connu. Le traducteur a donc cherché à exprimer l’horreur du désert d’où Dieu a tiré son peuple, en disant qu’il semblait être semblable à un sépulcre. Nous voyons un Ezéchiel lui-même se servir de ce mot, quand il appela la captivité babylonienne un sépulcre.

Le huitième se trouve dans le même psaume, où il est dit : « Dieu donnera aux évangélisateurs une parole avec une grande force, Le roi des vertus divise les dépouilles du bien-aimé. Si vous dormez entre les clercs, les plumes de colombe argentées, et sa queue et de la couleur d’ivoire ». Calvin blâme ce passage plus que tous les autres. Il dit que le traducteur a transformé le texte clair de David en énigmes qu’aucun Œdipe ne pourrait résoudre. Il veut, lui, qu’on lise : « Les rois des armées ont fui, ont fui, et les habitantes de la maison se sont partagées les dépouilles. Si vous avez dormi au milieu de marmites, vous serez comme les ailes de la colombe, qui est recouverte d’argent, et dont les plumes sont de couleur d’or ». Je réponds qu’on ne peut reprocher au traducteur latin d’avoir fidèlement rendu en latin ce qu’il avait trouvé en grec. Et bien que, dans la langue latine, ce passage soit très obscur, il l’est également dans le grec, et même dans la traduction que propose Calvin.

J’ajoute qu’on peut facilement rapprocher le texte hébreu du nôtre. Car thesebaoth signifie « les rois des vertus », comme le hébreu (mot hébreu) signifie « roi de justice ». Et le mot hébreu qui signifie « ils fuient », les septante, après avoir changé une lettre, l’ont entendu au sens de « aimé, ou choisi ». Nous avons ce mot dans le titre du psaume 44 où il signifie : « le cantique du bien-aimé ». Ce mot hébreu (mot hébreu) signifie habitantes d’une maison, et non habitante, comme le traduit faussement Calvin. Il signifie en fait une femme belle et délicate qui demeure presque toujours dans sa maison. Et voilà pourquoi, dans la traduction, nous trouvons les mots beauté et charme. Car, saint Jérôme, en cet endroit, a traduit « beauté’, ainsi qu’il l’a fait ailleurs. Ensuite, le mot hébreu ne signifie pas marmites, comme le pense Calvin, car il est d’un chiffre double, et il signifie donc, pour cette raison, quelque chose de double, car c’est ainsi que sont employés ces chiffres doubles en hébreu. Les marmites existent en grand nombre. Ce mot signifie deux lèvres, deux termes ou deux ordres. Car le mot hébreu qu’il cite signifie mettre de l’ordre. Saint Jérôme traduit ici : « entre des termes », et les septante : « entre des clercs », c’est-à-dire des sorts, des héritages, comme si on disait : « entre les termes de deux sorts ». La lecture que nous avons n’est donc pas étrangère au texte hébreu.

Le sens des autres mots, comme on le tire de saint Augustin et des autres Pères est tel : le Seigneur donnera la parole aux évangélisateurs avec une grande force, c’est-à-dire que le Seigneur donnera aux prédicateurs de l’Évangile la parole et une sagesse à laquelle ne pourront résister et que ne pourront contredire leurs adversaires. Car ce qu’ils diront, ils le confirmeront par des miracles et des prodiges. Le roi des vertus, de l’aimé, de l’aimé, ce Seigneur que nous appelons le roi des vertus est le roi très puissant, le Seigneur des nombreuses armées de milliers d’anges, et en même temps le père de l’aimé, envoyées à son bien-aimé, Il donnera aussi de diviser les dépouilles de la belle maison, c’est-à-dire qu’il donnera aux prédicateurs de diviser les dépouilles des Gentils qui se convertiront au Christ, dans la beauté de sa maison qui est l’Église. Ce mot beauté est au datif, speciei, et a la même signification que l’accusatif :ad speciem. Si vous dormez au milieu des clercs, c’est-à-dire, si vous, o prédicateurs et pasteurs d’église, demeurez entre deux sorts, deux héritages, le céleste et le terrestre, de façon à ce que, tant que vous vivrez, vous ne soyez pas complètement accaparés par les choses temporelles, ni par l’action, ni non plus par la contemplation, mais dans un juste milieu, alors l’Église sera comme une colombe très belle, ayant des ailes argentées et le dos doré.

Le neuvième se trouve au même endroit. Voici : « pourquoi soupçonnez-vous les montagnes conjointes ? » Calvin veut que l’on lise : « pourquoi enviez-vous les montagnes fertiles ? » Mais comme ce mot hébreu ne se trouve pas uniquement dans ce passage, et qu’il peut revêtir plusieurs sens, il y a autant de traductions de ce mot que de traducteurs. Pourquoi, je le demande, devrions-nous suivre le sens de Campensis plutôt celui des Septante ? Calvin n’a certainement pas pu confirmer cette traduction de Campensis par d’autres passages similaires. Donc, comme il est nécessaire de s’en tenir au jugement des traducteurs, qui ne voit qu’il faille donner la préséance à la traduction des septante, si l’on considère surtout qu’elle a été approuvée par un si long usage de l’Église ?

Le dixième est au même endroit : « Car ne croyant pas que le Seigneur Dieu habite à l’intérieur ». Mais Calvin dit qu’on doit lire : « Et ceux qui contredisent que Dieu habite à l’intérieur ». Le désir de contredire est manifestement trop grand chez lui, puisque, de toute évidence, le sens est le même. Et les mots de la vulgate sont même meilleurs, car c’est de l’hébreu qu’ils ont été traduits par saint Jérôme. Le onzième est au même endroit : « Je me tournerai vers les profondeurs de la mer ». Mais Calvin enseigne que l’hébreu donne juste le contraire : « je retournerai des profondeurs de la mer ». D’abord, on peut traduire correctement le mot hébreu par « vers les profondeurs ». C’est R. David qui l’affirme en montrant qu’une lettre est prise pour une autre. Ensuite, les traductions grecques et latines sont très différentes les unes des autres. Là où certains lisent « vers », d’autres lisent « dans ». Cette dernière traduction semble plus vraie, car elle concorde assez bien avec le texte hébreu. Car qu’est-ce autre «je me tournerai vers les profondeurs de la mer » que « ceux qui sont dans les profondeurs de la mer, je les en retirerai, et je l’ai convertirai ? » C’est ainsi que Bède le vénérable, saint Augustin. Euthimus et beaucoup d’autres l’ont présenté.

Le douzième est aussi dans le même psaume : « Là Benjamin, dans un excès de son esprit ». Calvin se demande à quoi pouvait bien penser le traducteur pour traduire ainsi puisque le texte hébreu donne : « leur dominateur ». Je réponds que ce mot peut signifier « leur dominateur » du verbe (mot hébreu), et aussi « dormant profondément », du verbe (mot hébreu). Les traducteurs grec et latin ont traduit de la dernière façon, mais chaque traduction est vraie, et aucune ne détruit l’autre. Par Benjamin, les commentateurs catholiques, à la suite de saint Augustin, entendent l’apôtre saint Paul, qui fut dans une élévation de l’esprit si profondément endormi qu’il ne savait pas s’il était avec son corps; et il fut le premier maître, ou le prince spirituel de l’Église des Gentils.

Le treizième est dans le psaume 131 : « je bénirai en bénissant sa veuve ». Calvin et Kemnitius considèrent que ce verset a été corrompu, puisque dans l’hébreu on lit : « son vainvu ». Il pense qu’on a confondu « d’ pour « c,t ». et qu’après avoir ajouté la lettre a, on trouvé le mot « veuve ». Cette erreur, prétend-il, était si subtile que personne n’a pu sans rendre compte. Je réponds que Calvin profère deux mensonges en cet endroit. D’abord quand il dit que personne n’a pu voir la différence entre les lettres, car l’ont notée cette différence saint Jean Chrysostome, saint Hilaire, et saint Jérôme dans la Genèse. Et même plusieurs commentateurs modernes, comme Cajetan, Titelmanus, et d’autres. Ensuite, quand il dit que c’est un regard myope qui a corrompu ce passage, car c’est dans le grec que se trouve cette diversité de sens, non dans le latin. Dans presque tous les codex grecs se trouve le mot « veuve », et c’est ce qu’on lu saint Ambroise, saint Augustin, saint Hilaire, saint Jean Chrysostome, Prosper, Cassiodore et les autres. Je dis donc que si erreur il y a, c’est dans le grec qu’elle se trouve, là où xeran et terran ne diffèrent que pas une lettre. Il a donc facilement pu arriver que des copistes aient mis une lettre à la place de l’autre. Car, même aujourd’hui, certains codex grecs ont encore Xeran, et saint Jérôme, dans son psautier, a traduit « chasse ». Et c’est ce sens qu’expliquent saint Jean Chrysostome et Théodoret dans leurs commentaires des psaumes.

Puisque le sens est presque identique, et que les églises latine et grecque ont toujours lu et chanté « veuve », je ne crois pas qu’il faille modifier la traduction de ce passage. Car saint Jérôme nous avertit sagement (dans sa lettre à Sunia et Estrella) que les choses qui, dans le texte latin, ne semblent pas correspondre au texte hébreu, doivent être notées et expliquées par les doctes, mais qu’il ne faut pas pour cela modifier des textes qui ont été en usage pendant tant de siècles, et qui ont conquis une telle autorité. Ce conseil Calvin ne l’a pas du tout suivi, lui qui a tout modifié et changé, au point d’en faire presque un nouveau psautier.

Il semblerait bon, à la fin, de faire nôtres les paroles de Conrad Pellicani, adepte de Zwingli, pour pouvoir vraiment dire de notre traduction ce que Moise disait du Dieu vrai : ce n’est pas notre traduction, comme leurs traductions à eux, et nos ennemis en sont les juges. Car celui qui a édité deux fois le psautier traduit par lui à partir de la vérité hébraïque, rend ce témoignage à notre psautier dans sa préface, en l’année 1534. « Nous découvrons dans la traduction vulgate du psautier tant de dextérité, tant d’érudition, tant de fidélité, tant de ressemblance avec le texte originel, que nous ne doutons pas que le traducteur ait été un homme très érudit, et très pieux, et vraiment doté d’un esprit prophétique. Même si elle diffère parfois sur certains points avec les codex en usage chez les Hébreux, lesquels ont pu être différents autrefois, car il suffit de changer quelques lettres ou quelques points pour en modifier le sens ». Cela devrait suffire pour l’ancien testament.

17 mars 2017 à 17:53

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24 mars 2017 à 17:56

CHAPITRE 14 La défense de textes du nouveau testament que les hérétiques jugent corrompus

Dans le nouveau testament aussi Calvin et Kemnitius ont signalé des textes qu’ils estiment corrompus. Le premier passage est de Matthieu 9 : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». Cette belle phrase a été, selon Kemnitius, mutilée en latin, car le mot « pénitence » fait défaut. Je réponds qu’on trouve ce mot dans certains codex latins; qu’il est probable que ce mot soit superflu en grec, car on ne le rencontre pas dans les codex corrigés. Saint Jérôme, en effet, ne le lit pas dans son commentaire; et pourtant c’est consciencieusement qu’il a traduit du grec au latin, et qu’il a corrigé le latin à partir du grec. Que ce mot ne soit pas nécessaire, cela saute aux yeux, car appeler les pécheurs et non les justes, cela signifie clairement que sont appelés à la pénitence ceux qui en ont besoin, et non ceux qui n’en ont pas besoin. Ce que Jésus avait illustré peu avant par l’exemple du médecin.

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