Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 132)
De plus, pourquoi, je le demande, ces veuves ont-elles été considérées comme infâmes par les hommes, parce qu’elles voulaient se remarier, si elles n’avaient pas été liées par des vœux ? Si, pour un évêque, ce n’était pas une chose honteuse (comme ils le disent) de prendre femme, et de se remarier après la mort de la première femme, pourquoi était-ce honteux à une veuve qui ne pouvait pas se contenir, de se remarier? Et s’ils ne veulent voir ni infamie, ni légèreté ni honte dans les religieux et les religieuses de notre temps qui, après des vœux solennels, sont passés au mariage, comment osent-ils dire que ce fut une chose honteuse à des veuves de vouloir se remarier, puisqu’elles n’avaient rien, selon eux, qui les empêchait de le faire ?
CHAPITRE 25
On affirme la même chose avec les conciles
Nous allons maintenant prouver notre sentence par le témoignage de toutes les églises que les conciles anciens nous fournissent aisément. Le jugement de l’église orientale nous est montré par le concile d’Ancyre, (canon 18) : « Celles qui, au mépris de leur profession, ont trahi leur promesse de virginité, seront comme des bigames. » Le concile général de Chalcédoine (chapitre 16) : « Il n’est permis ni à une vierge qui s’est consacrée à Dieu, ni à un moine, de contracter un mariage licite. Ceux qui seront convaincus d’avoir péché ainsi, seront excommuniés. » Le jugement de l’église africaine, on le voit dans le concile de Carthage 3, chapitre 33, où il est ordonné que les vierges consacrées à Dieu soient gardées avec soin dans des monastères. Ainsi que dans le concile de Carthage 4, dernier chapitre, comme nous l’avons dit plus haut. Le jugement de l’église d’Espagne apparait dans le concile de Tolède, 4, chapitre 55 : « Il y a deux sortes de veuves, les séculières et les consacrées à Dieu ». Et, un peu plus bas : « Si les dernières se marient, elles ne seront pas, selon l’apôtre, sans condamnation, car, après avoir fait un vœu devant Dieu, elles ont rejeté ensuite leur promesse de chasteté. »
Le jugement de l’église des Gaulles apparait dans le concile de Tours 11, chapitre 16 : « Ceux qui sont entrés en religion après s’être convertis n’ont en aucune façon la permission de s’évader de leur monastère, ni, ce qu’à Dieu ne plaise, de se marier. S’ils prennent femme, ils sont excommuniés, et cette mauvaise union doit être rompue par un juge. Si le juge ne veut pas prononcer une sentence de dissolution du mariage, qu’il soit excommunié. Le malheureux moine qui est enchainé par une telle union conjugale, s’il s’efforce de se défendre par le patronage d’un grand, ils seront lui et celui qui tentera de le défendre séparés de l’Église jusqu’à ce que le défroqué marié retourne à son monastère, et qu’il fasse la pénitence qui lui sera imposée par son abbé. Ili ne reviendra en grâce qu’après avoir fait satisfaction. »
Le jugement de l’église d’Allemagne apparait dans le concile de moguntinens, au temps de l’empereur Arnolphe, dernier chapitre : « Celles qui ont fait vœu de chasteté qu’elles se tiennent constamment renfermées dans des monastères cloitrés, ou que, demeurant à la maison, elles gardent intégralement la chasteté de leur profession. » La même chose est confirmée dans le décret du concile d’élibertin, et dans le sixième décret du concile de Cologne, sous Charles Crassus, dans lesquels il est statué que les vierges consacrées à Dieu qui ont violé leurs vœux et ont perdu leur pacte de virginité, ne recevront la communion qu’à la fin de leur vie. Mais si elles persistent dans la recherche du plaisir, elles ne pourront même pas alors recevoir la communion. » Dans le concile de Moguntino, sous Raban, on trouve plusieurs choses sur la vie des moines et des religieuses.
Le jugement de l’église d’Italie apparait dans le concile romain sous le pape Sylvestre (canon 10), où il est interdit à un évêque de bénir une vierge qui s’est mariée, à moins que sa chasteté n’ait été longuement éprouvée. Le concile for julien du temps de Charlemagne : « De même il a plus au sujet des femmes de toute condition, vierges ou veuves, qui prononçant spontanément un vœu de virginité ou de continence, ont été consacrées à Dieu, et qui, en signe de leur continence, ont revêtu une robe noire , à la façon des religieuses, comme le veut l’antique coutume de ces régions, d’ordonner qu’elles persévèrent perpétuellement dans cet état, même si elles n’ont pas été consacrées par un prêtre. Si, par la suite, elles se marient privément ou publiquement, contraintes par la vindicte d’un jugement mondain, les époux seront séparés l’un de l’autre, et consacreront le reste de leur vie à faire pénitence. »
CHAPITRE 26
On le prouve ensuite par les réponses de souverains pontifes. Clément (constitutions apostoliques, livre 3, chapitre 1) : « Voilà pourquoi il ne faut pas faire profession témérairement, mais avec réflexion et considération. Car, il est préférable de ne pas faire de vœu plutôt que de promettre par vœu et de ne pas tenir sa promesse. » Il disait cela en parlant des veuves. Syricius (épitre 1, chapitre 6) Il dit : « Ni les lois publiques ni les droits ecclésiastiques ne permettent aux moines et aux religieuses de se marier après avoir fait des vœux perpétuels. » Innocent 1 (épitre 2, chapitre 12) dit : « Celles qui se marient après avoir prononcé un vœu sont adultères du Christ, c’est-à-dire des sacrilèges. » Léon1 (lettre à Rustique, évêque de Narbonne, 90, chapitre 13) : « La promesse d’un moine faite volontairement et librement ne peut pas être violée sans péché. Car, ce que quelqu’un voue à Dieu, il doit le lui rendre. »
Il dit la même chose, au chapitre suivant, des vierges consacrées à Dieu. Gélase (épitre 1, chapitre 22) : « Ceux que nous savons s’être témérairement joints à des vierges consacrées à Dieu, et, après s’être consacrés à Dieu, s’être immiscés dans des liens incestueux et sacrilèges, il est équitable qu’ils soient interdits de la sainte communion, et qu’ils ne puissent la recevoir qu’après avoir été éprouvés par une longue pénitence ». Il dit la même chose au chapitre 23, et il ajoute que les veuves pèchent si elles se marient après un vœu de continence.
Saint Grégoire (livre, 1, épitre 1, 33 à Venantius) : « Considère de quel péril tu deviendras digne dans le jugement divin, toi qui a as défroqué, après t’être voué à Dieu en revêtant l’habit monastique. » Et, dans l’épitre 40 à Anthémius, il ordonne aux moines qui se sont mariés, de renoncer à leurs épouses et de retourner à leurs monastères. »
Se présentent aussi à nous les réponses des chefs politiques. Eusèbe écrit (dans la vie de Constantin, livre 4), qu’a été abrogée par Constantin l’antique loi des Romains qui privait les stériles, ou les sans enfants, d’une succession héréditaire. Il écrit que la raison de cette abrogation était que la loi ne devait pas punir ceux qui, par une grâce religieuse spéciale, pratiquaient le célibat en vertu d’un vœu. De plus, quand, au temps de l’empereur Julien l’apostat, certaines vierges commencèrent à demander le mariage, l’empereur chrétien Jovinien, qui avait succédé à Julien, édicta une loi selon laquelle serait coupable de peine capitale celui qui demanderait à une vierge de se marier avec lui, ou qui la regarderait de façon impudique. » C’est Sozomène qui raconte cette anecdote (livre 6, chapitre 3 de son histoire). Et cette loi est toujours dans le codex (L, si quis, de episcopis et de clericis) Si cette loi avait été observée à notre époque, Martin Luther aurait eu, en toute justice, la tête tranchée, lui, et beaucoup d’autres.
CHAPITRE 27
On affirme la même chose avec les témoignages des pères. Saint Ignace dans son épitre aux chrétiens de Tarse, ordonne d’honorer les vierges consacrées à Dieu. Et dans son épitre aux chrétiens d’Antioche : « Que les vierges reconnaissent celui auquel elles se sont consacrées. » Denys (dans l’église hiérarchique, chapitre 6, part 2), dit, en décrivant le rite d’initiation des moines, qu’ils renoncent à la vie divisible, c’est-à-dire séculière. Car, le séculier est divisé, comme le dit saint Paul (1 Corinth 7) puisqu’il pense tantôt à Dieu, tantôt à son épouse. Martial (dans son épitre aux Toulousains (chapitre 8), dit avoir persuadé la vierge Valérie, de vouer sa virginité à Dieu, comme Matthieu qui a persuadé Abdias, et saint Paul Thècle, comme l’écrit saint Ambroise, (livre 2, des vierges), et Clément Flavie Domitilla, comme l’écrit saint Bède (dans le martyrologe, 7 mai), et aussi selon Eusèbe, dans sa chronique.
Tertullien (dans son livre du voile des vierges) s’écrie : « O mains sacrilèges qui ont profané une demeure consacrée à Dieu. Qu’aurait fait de pire un persécuteur s’il avait su que tel était le choix d’une vierge ! » Et, à la fin de son livre : « Tu t’es mariée au Christ, c’est à lui que tu as livré ta chair, à lui que tu as donné ta puberté. » Et ailleurs : « Pourquoi fera-t-il le vœu de continence ? » Et, dans le livre de la monogamie, passé le milieu : « Ayant reçu une condamnation parce qu’elles avaient résilié la foi première, elles ne voulurent pas persévérer dans l’état de viduité dans lequel elles se trouvaient »
Saint Clément d’Alexandrie (Stromates, 3, au début). Il dit : « La continence est le déplaisir d’un corps voué à Dieu au moyen de pactes et de conventions. Le Seigneur a dit que celui qui a épousé une femme ne la répudie pas; que celui qui ne s’est pas marié ne se marie pas; et que celui qui a fait vœu de vivre sans épouse persévère. » Origène (numéro 23, Nombres) : « Voilà pourquoi il me semble convenable que le seul à offrir un sacrifice perpétuel soit celui qui s’est voué à une continence perpétuelle. » Hilaire (dans le psaume 64) : « Il faut donc vouer à Dieu le mépris du corps, la garde de la chasteté, la modestie virginale, et la tolérance des jeûnes. » Eusèbe (livre 4 de la vie de Constantin) : « Après avoir embrassé la chasteté, la modestie virginale, elles se consacrèrent corps et âme à Dieu. »
Et, plus bas, au sujet de Constantin : « Il ne vénérait pas seulement le chœur des vierges, il estimait que là habitait le Dieu auquel elles s’étaient consacrées ». Saint Cyprien (livre 1, épitre 11 à Pomponius) : « Quand le Christ, notre Seigneur et notre juge, aperçoit une vierge à lui consacrée et destinée à sa sainteté, se tenir près de l’autel, elle provoque son indignation et sa colère, et il menace de la punir à cause de son union incestueuse… » Et plus bas : « Celle qui reconnait un tel crime n’est pas adultère d’un mari, mais du Christ. » Et (dans le livre de l’habillement des vierges) il dit : « Celle qui s’est consacrée au Christ, qui a voué à Dieu tant sa chair que son esprit, et qui persévère jusqu’à la fin dans son engagement est destinée à une grande récompense. »
Saint Athanase (dans le livre de l’humanité du Verbe) raconte que, de son temps, même les enfants avaient coutume de vouer la virginité perpétuelle. Et dans l’apologie pour sa fuite, il fait mémoire des vierges consacrées que les ariens avaient profanées. Pierre, le successeur d’Athanase, raconte la chose plus longuement dans une lettre qui a été conservée par Theodoret (livre 4, chapitres 20, 21, 22, de l’histoire de l’église). De même, Athanase (dans son livre sur la virginité) : « Quand tu as professé la continence, tu as consacré ton corps. » Saint Basile (dans la récompense réservée aux moines) : « Celui qui désire se libérer des chaines du monde, fuit les noces comme des entraves. Après avoir abandonné ces choses, il consacre sa vie à Dieu, voue la chasteté, pour qu’il n’y ait plus aucun moyen de se tourner vers le mariage. »
Et dans la dernière lettre qui porte sur une vierge tombée, il écrit : «Et comme un impie tombé dans l’abyme, méprise même les maux, tu nies avoir conclu un pacte avec le vrai époux, être une vierge, et tu cries haut et fort que tu n’as jamais rien promis. Souviens-toi de la profession honnête que tu as faite devant Dieu, les anges et les hommes. Rappelle-toi la congrégation vénérable, le saint chœur des vierges. Combien de lettres as-tu adressées à des saint pour leur demander de prier pour toi, afin que tu ne te laisses pas entraîner dans les noces humaines, ou mieux, dans une corruption ignominieuse, et que tu ne trahisses pas le Seigneur Jésus. » Il dit la même chose (dans le livre sur la virginité, pas loin du milieu) : « L’adultère d’une épouse du Christ est un sacrilège horrible. » Et, un peu plus bas : « Car, quel mariage solennel et légitime cet époux (le Christ) a contracté, l’attestent la robe de la virginité, les engagements, les pactes, et la profession religieuse. Et c’est comme ayant été anoblie par un mari de cette sorte qu’elle se montre en public. » Il dit la même chose dans les questions longuement expliquées; et dans les questions 14 et 15, il dit beaucoup de choses sur le vœu solennel des moines.
Saint Grégoire de Naziance, dans son sermon sur la mort de son père, passé le milieu : « Car, comme nous nous étions offerts à Dieu pour fuir le jugement de condamnation, nous nous offrons de nouveau pour éloigner tout péril du défunt. » Car, comme il l’écrit dans le poème de sa vie, saint Grégoire avait été consacré à Dieu par sa mère, avant de naître; et lui-même par après, quand, sur la mer, il était en danger de chavirer, émit de nouveau le vœu de continence et de religion qu’il a conservé fidèlement ». Saint Optat de Milet (livre 6, contre Parmenius), dit : « C’est un genre spirituel de mariage. Elles entrèrent en mariage par la volonté de l’époux, du fait de leur profession religieuse. » Saint Épiphane (hérésie 61, dite des apostoliques) : « Les saints apôtres de Dieu nous ont laissé cet enseignement que c’était un péché de se tourner vers le mariage après avoir voué la virginité. »
Et plus bas : « Si une veuve qui s’était consacrée à Dieu et qui s’est ensuite mariée est condamnée par le jugement de Dieu, parce qu’elle a rejeté sa première foi, la vierge consacrée à Dieu qui se marie en étant adultère du Christ, ne rejette-t-elle pas une plus grande foi, et n’aura-t-elle pas une plus grande condamnation ? » Et à l’hérésie 48, celle des montanistes, il dit : « Dieu se réjouit de la parole de ceux qui peuvent lui présenter un culte approuvé, et qui choisissent de pratiquer la virginité et la continence. » Saint Jean-Chrysostome (homélie 15 sur la première lettre à Timothée) : « Et la veuve qui fait profession de viduité, donne son consentement au Christ, c’est-à-dire l’épouse. »
Et plus bas : « Après s’être consacrées à Dieu, elles veulent se marier en obtenant la condamnation, parce qu’elles ont résilié leur première foi, le mot foi signifiant pacte. » Et, dans l’homélie 14, il décrit très longuement la vie religieuse et en fait de grandes louanges. Et plus clairement encore dans la lettre 6 au Théodore qui était tombé. Il dit : « Les noces sont honorables, mais il ne t’est pas permis à toi d’invoquer le privilège des noces. Autant de fois que tu leur donneras, toi, le nom de mariage, je les appellerai, moi, adultère, et pire encore. » Sulpice, (dans la vie de saint Martin, avant le milieu) : « Quand sa fille était consumée par une fièvre quarte, Arborius, homme fidèle et saint, déposa sur sa poitrine , là où elle souffrait davantage, une lettre de saint Martin, qui se trouvait là par hasard, et la fièvre tomba immédiatement. Arborius prit cette guérison miraculeuse tant à cœur qu’il consacra immédiatement à Dieu sa fille, et la voua à une virginité perpétuelle. Il se rendit même chez saint Martin, lui présenta sa fille, et il ne souffrit pas qu’un autre que lui imposât l’habit religieux, et la consacrât à Dieu.
Ruffin (dans le livre 10, chapitre 8 de son histoire), raconte qu’à Jérusalem, il y avait un monastère célèbre de vierges consacrées à Dieu, que la mère de Constantin, Hélène, avait coutume de servir à table de ses propres mains. Saint Ambroise (livre 3 de la virginité, avant le milieu) écrit : « Les filles initiées aux sacrés mystères, et consacrées intégralement à Dieu, tu leur défends de se marier. Puissé-je rappeler celles qui sont sur le point de se marier. Puissé-je changer la robe nuptiale en un voile de continence. Semble-t-il indigne que des vierges consacrées à Dieu ne soient pas tirées des autels vers les noces ? Et à celles qui ont le droit de se marier n’est-il pas permis de préférer Dieu ? « Et, plus bas : « Apprenez la quantité de vierges que l’église d’Alexandrie, de tout l’orient et de l’Afrique, ont coutume de consacrer à Dieu à chaque année ! Il répète souvent des choses semblables.
Saint Jérôme (dans l’épitre à Sabinianus) : « C’est la coutume en Égypte, et dans les monastères de Syrie, que les veuves aussi bien que les vierges qui se vouent à Dieu, et qui, renonçant au siècle, foulent aux pieds toutes les délices du siècle, offrent aux supérieures des monastères leur chevelure. Elles ne gardent pas, pour autant, contre la volonté de l’apôtre, leur tête découverte, mais elles la cachent sous un voile ». Les écrits de ce saint sont remplis de témoignages sur la profession et le vœu de chasteté. A un point tel que le martyr Pierre admet qu’aucun autre père ne s’oppose autant à leurs dogmes que saint Jérôme.
Saint Augustin (livre1, chapitre 24, des époux adultérins) écrit : « Ce qui était permis à quelqu’un avant qu’il le voue à Dieu, ne l’est plus quand il a promis de ne jamais le faire. Si, par exemple, il a voué ce qu’il devait vouer, la virginité perpétuelle. » Dans le psaume 75, il dit : « Une moniale, je ne sais trop laquelle, a décidé de se marier. Que voulait-elle ? Être sa propre supérieure ? A-t-elle voulu quelque chose de mauvais ? De mauvais, certainement. Pourquoi ? Parce qu’elle s’était vouée au Seigneur son Dieu. » Il dit la même chose ailleurs : «Que dit l’apôtre de celles qui ont fait un vœu qu’elles n’ont pas tenu ? Il dit qu’elles ont la condamnation parce qu’elles ont annulé leur foi première. Qu’est-ce que c’est que résilier la foi première ? Elles avaient fait un vœu, et ne l’ont pas tenu »
Fulgence (livre de la foi à Pierre chapitre 42) : « Ceux qui soit étant mariés, soit étant libres de se marier ont voué à Dieu la continence, sont grandement blâmés s’ils convoitent de nouveau le mariage, qu’ils avaient librement promis, de leur propre volonté, de ne pas répéter ou de connaitre pour la première fois. » Le même Fulgence, épitre 1, chapitre 6, écrit : « La vierge qui se marie ne pèche pas, si, avant de se marier, elle n’a pas voué dans son cœur sa virginité à Dieu. » Et (dans l’épitre 3, chapitre 4) : « Voici le Fils unique de Dieu, le Fils unique aussi de la vierge, l’Époux de toutes les vierges à lui consacrées, le fruit de la sainte virginité, l’honneur et la don céleste, que la sainte virginité a enfanté corporellement, avec qui se marie spirituellement la sainte virginité; par lequel la sainte virginité est fécondée, pour qu’elle persévère intacte, par lequel elle est décorée pour qu’elle demeure belle, par lequel elle est couronnée pour que, toujours glorieuse, elle règne perpétuellement. »
À ces témoignages des conciles, des pontifes et des pères, Pierre le martyr (à la fin de son livre) donne trois réponses. La première. Il dit que toutes ces citations ne sont que des témoignages humains, et que ce n’est pas le propre d’un chrétien d’aller chercher son devoir dans des témoignages humains. Voici ses propres mots : « En ce qui a trait aux témoignages des pères que nos adversaires (les catholiques), ont coutume de nous opposer dans nos controverses, et spécialement dans celle-là, je déclare que ce n’est pas le propre d’un chrétien d’être entraîné par des témoignages humains loin des Écritures de Dieu. Car, c’est une injure à faire au Saint-Esprit. Car, la foi vient de l’audition, l’audition, de la parole de Dieu, et non des pères. » Et il prouve longuement qu’on ne peut s’éloigner de l’Écriture pour aller vers les pères.
Mais, quand il dit cela, il me semble qu’il se laisse aller de la candeur à l’impudence, de la vérité au mensonge. Car, les docteurs catholiques n’ont jamais détourné les croyants de l’Écriture pour les diriger vers les pères, mais de l’interprétation de l’écriture de quelques séditieux au jugement d’un grand nombre de savants et de saints; ou du jugement d’un parti au jugement de ceux qui ne sont membres d’aucun parti. Exemple. Dans les litiges humains, quand deux plaident leur cause et qu’un juge est appelé, on ne détourne pas les belligérants de la loi vers un juge, mais d’une partie en litige vers un juge. Et si la décision du juge ne donne pas entière satisfaction, on ne les détourne pas de la loi, mais on va d’un juge à un autre dont on ne peut pas contester la décision.
C’est la même chose qui se passe dans l’Église. On regarde les lois divines qui sont reçues par tous. Si le litige ne cesse pas, on cherche un juge, non parce qu’on ne croit pas à l’Écriture, mais parce que c’est de l’Écriture qu’il s’agit. On est donc forcé d’aller de l’explication de la partie litigieuse, à l’arbitre des sages et des experts, qui ont vécu avant le début du litige en question. S’il arrivait que ceux-ci ne s’entendent pas ensemble, on s’en remettrait au jugement de toute l’Église, c’est-à-dire, du souverain pontife, ou à la définition d’un concile général.
Si quelqu’un voulait en appeler de ce jugement au nom de l’Écriture, il ferait comme quelqu’un qui, dans les litiges humains, en appellerait du préteur à la loi. Ce qui serait ridicule, puisque en appeler du préteur à la loi, quand il est question du sens d’une loi, c’est en appeler de la sentence d’un juge public à son jugement propre et privé. Mais, répond Pierre, tous les pères et tous les conciles, même s’ils sont tous d’accord entre eux, peuvent errer, à moins que leurs sentences ne concordent à la parole de Dieu. Je réponds que c’est vrai, mais que la supposition gratuite qu’il fait est fausse, à savoir que les tous les pères et tous les conciles approuvés par le pape peuvent ne pas concorder avec la parole de Dieu. Car, les exemples qu’il présente ne valent rien, et sont bons seulement à montrer que certains pères et certains conciles illégitimes et non approuvés par le pape ont pu se tromper. Car le concile d’Éphèse 11, et le concile sous Léon Iconoclaste, qui ignore ce qu’ils ont été vraiment.
Voici son autre réponse. Les pères ont vraiment affirmé ce que nous affirmons, mais on ne doit pas les écouter, parce qu’ils n’ont pas une juste raison de l’affirmer : « Ce que nous affirmons est certes vrai. Nous les considérons dans cette question comme des rigoristes. Car dès le temps des apôtres, on a commencé très tôt à attribuer une valeur excessive au célibat. Nous avons expliqué plus haut pour quelles raisons cela s’est produit. Il avait, en effet, assigné quatre causes. « Pourquoi, au début de l’église, a-t-on fait tant de cas du célibat ? Une des raisons pourrait être que le Christ a dit qu’il y a des eunuques qui se castrent pour le royaume des cieux…Les pères ont toujours eu cette parole en bouche, mais il aurait fallu se demander comment il fallait l’entendre. »
Et plus bas : « Une autre cause est que, à cette époque, il y avait de graves persécutions en plusieurs endroits, et qu’il était préférable, en cas de fuite, de se sauver seul ou avec une épouse et des enfants. » La troisième. « À cette époque, la religion chrétienne était sous le coup d’une grave infamie. Comme ils se réunissaient clandestinement de nuit, par peur des princes, pour des hymnes et des synaxes, le peuple s’est mis à les soupçonner de promiscuité, d’inceste, et d’orgies sexuelles.-- (Cette accusation a été lancée par les Juifs, comme le dit saint Denys dans son dialogue avec Tryphon)-- - Et, plus bas : « Et, pour cette raison, beaucoup choisissaient le célibat et la virginité. » La quatrième. « Un grand nombre des nouveaux chrétiens étaient des non juifs. Et ces gens avaient toujours tenu en haute estime la virginité et le célibat. »
Nous répondons à cela que la première cause, la principale et la plus vraie, est la parole du Christ. Ce que dit le martyr que les saints pères auraient du se demander comment il fallait entendre ces paroles, trouvera sa réponse dans la prochaine réponse. Car c’est demander à qui nous devons nous fier pour l’interprétation de ces paroles, aux pères anciens très saints, et très doctes, ou à Luther et à Calvin. Et, je ne vois pas du tout comment il y a pu avoir de l’ambiguïté sur cette chose. Car, si ces pères ont exercé le ministère tout de suite après les apôtres, ils les ont entendus prêcher et on pu les consulter; et ils ont certes mieux compris leurs paroles que ceux qui vivent quinze cents ans après les apôtres.
La seconde cause et la troisième ont pu jouer un certain rôle pour persuader certains d’opter pour la continence, mais elles n’en furent pas les causes principales. Car, quand les pères louent la continence et persuadent les chrétiens de l’observer, ils ne présentent jamais ces causes, mais uniquement les paroles du Christ et des apôtres. Voilà pourquoi Pierre le martyr reconnait lui-même que les pères « ont toujours eu en bouche les paroles du Christ et des apôtres ». Et il n’indique aucun témoignage d’un ancien père qui aurait rapporté qu’on avait voué le célibat pour fuir la persécution, ou pour réfuter les calomnies des païens. De plus, si ces causes avaient été les causes principales, l’estime envers le célibat aurait vite cessé, car ces causes ne durèrent qu’un certain temps. Or, le célibat consacré à Dieu n’a pas cessé après les persécutions, et il a toujours été de plus en plus florissant et en vigueur.
La quatrième cause est d’une grande fausseté, puisqu’ il est prouvé que le célibat dans l’Église n’a pas commencé chez les Gentils ou chez les Juifs. Car, le Christ lui-même était célibataire, sa mère était une vierge, saint Jean n’était pas marié, et tous les apôtres, après leur appel, ont été continents. Or, ils étaient tous nés de Juifs, non de Gentils. Et les premiers chrétiens qui, en Égypte, avaient voué la continence, (dont Parle Philo dans son livre sur la vie contemplative des suppliants), étaient venus à l’Église du judaïsme et non du paganisme. Ajoutons que le martyr Pierre a écrit le contraire (dans son commentaire du chapitre 7 de la première épitre aux Corinthiens), où il dit : « Nous ne considérons pas non plus que le célibat qui existe aujourd’hui ressemble à celui des païens ou des Juifs, qui était considéré peu honnête. Car, comme l’écrit Cicéron dans les lois, le célibat doit être prohibé. C’est le Christ qui a enlevé au célibat cette ignominie. »