Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 138)
Il y a aussi Scot et Paludan (4, dist, 38) et Cajetan (22, question 88, article 7) et toute l’école des jurisconsultes, comme le rapporte Panormitanus (au chapitre rursus). Tous ceux-là sont d’avis que le mariage est nul par le seul droit ecclésiastique. Ils disent donc que saint Augustin et saint Jérôme ont parlé du vœu simple, ou du solennel selon les règles du droit divin ou naturel. Car le décret ecclésiastique qui rendait inaptes au mariage ceux qui avaient fait un vœu solennel n’était pas encore parvenu à leur connaissance. L’une ou l’autre sentence est probable, et ce n’est pas notre intention de trancher ici ce débat. Au troisième je dis que saint Augustin ne comparait pas, dans ce passage, la virginité en soi avec le mariage en soi, mais la virginité d’une personne avec le mariage d’une personne. Même si, dans l’absolu, la virginité l’emporte de loin sur le mariage, comme saint Augustin l’enseigne souvent ailleurs, (livre du bien conjugal, chapitre 23), cependant, il peut arriver que la virginité soit unie à un homme d’une moindre humilité, d’une moindre charité, et le mariage uni à un homme d’une plus grande charité ou humilité. On ne peut donc pas mettre plus haut un homme vierge qu’un homme marié, à moins de savoir qu’ils étaient semblables dans la pratique des vertus.
Au quatrième je dis que saint Augustin parle là de la même manière qu’avait parlé saint Jérôme (dans son épitre 47), à savoir que, pour celui qui a fait un vœu simple, c’est un moindre mal de se marier publiquement que de forniquer toujours secrètement. Comme vingtième témoignage, il présente un texte de saint Léon le grand tiré de l’épitre 87 (ou 85) aux évêques d’Afrique : « Selon l’enseignement de l’apôtre, on trouve, parmi les différentes règles du christianisme, qu’on ordonne comme évêque un homme d’une seule femme. On a toujours considéré comme sacré le précepte suivant : pour élire la femme d’un prêtre, on doit maintenir la même condition. » Ce que saint Léon semble vouloir dire ici c’est que l’on peut ordonner évêque non seulement quelqu’un qui a eu une épouse, mais même quelqu’un qui en a une. Et aussi qu’un évêque qui n’a pas d’épouse peut en prendre une, s’il le veut. Mais à ce témoignage j’ai déjà répondu dans ma dispute sur le célibat des prêtres. Car, nous admettons qu’il peut arriver que soit nommé évêque un homme qui a une épouse, pourvu qu’il ait la volonté de s’en abstenir. Qu’un évêque puisse prendre femme saint Léon ne l’a jamais pensé ni jamais écrit. Dans les codex plus amendés, nous ne trouvons pas : de l’élection de la femme d’un prêtre, mais de la femme de celui qui doit être choisi comme prêtre. Car saint Léon prescrit que soit éloigné du sacerdoce non seulement celui qui a plusieurs épouses, mais aussi celui qui n’en a qu’une, qui avait appartenu à un autre auparavant. Consultez l’épitre 84 à Anastase, où saint Léon enseigne longuement que doivent être non mariés ou continents non seulement les évêques, mais aussi les prêtres, les diacres, et les sous diacres.
Le dernier texte des pères que nous oppose Pierre le martyr vient du livre 1 de l’épitre 42 de saint Grégoire, dans lequel il écrit ceci : « Il y a trois ans, les sous diacres de toutes les églises de Sicile ont été contraints de ne pas, comme c’est la coutume à Rome, faire l’acte du mariage avec leurs épouses. Il me semble ultra sévère et incompétent (Pierre le martyr a lu impie au lieu d’incompétent, pour rendre la chose plus repoussante) que celui qui n’a pas découvert l’usage de la continence, et n’a pas promis la chasteté soit forcé de se séparer de son épouse, et que Dieu l’en garde, de tomber dans quelque chose de pire. » Le martyr déduit de ce texte plusieurs choses qui semblent militer contre les catholiques. La première. En interdisant aux sous diacres de s’unir maritalement avec leurs épouses, le pape a agi contre le synode de Nicée, qui, sur l’insistance de Paphnutius, a décrété qu’on ne devait pas interdire aux prêtres les relations sexuelles avec leurs épouses. Cette fable paphunitienne, nous l’avons, je pense, bien réfutée dans notre dispute sur le célibat des prêtres. De plus, si un pontife romain a fait preuve d’incompétence en imposant un précepte un peu trop rigoureux, son successeur l’a bientôt après adouci, ce précepte.
La deuxième chose est que, à ce moment, un vœu n’était pas annexé à un ordre sacré. Car, saint Grégoire lui-même dit qu’il lui parait sévère d’obliger les sous diacres à observer une chasteté qu’ils n’ont pas promise. Si en Sicile, ils ne faisaient pas cette promesse, faut-il en conclure qu’ailleurs on ne la faisait pas ? Il faut plutôt dire que ne pas promettre la chasteté représentait un abus. Voilà pourquoi saint Grégoire, au même endroit, prescrit qu’on avertisse les évêques de n’ordonner au sous diaconat que ceux qui font le vœu de la continence.
La troisième. Cette tyrannie a commencé dans l’église romaine. Dans l’église grecque ou orientale, cet usage n’a jamais existé. Mais c’est un mensonge effronté de soutenir que, avant le temps de saint Grégoire, n’ait pas été en usage la continence des sous diacres et des ordres supérieurs. Enseignent le contraire en toutes lettres Épiphane (hérésie 59), saint Jérôme (livre contre Valentien), Léon (épitre 84), et les autres que nous avons cités dans notre dispute sur le célibat des prêtres.
La quatrième. « Même s’il était superstitieux, Grégoire avait vu que c’était sévère et étranger à la piété, et il a essayé d’y apporter de la modération. Mais, à cause des canons et des décrets, il n’a pas pu faire ce qu’il voulait ». Appeler superstitieux un si grand et un si saint homme, seul un Pierre martyr peut se le permettre. Quand il ajoute que saint Grégoire a vu que le vœu de continence était étranger à la piété, il ment, comme à son habitude. Il n’a pas dit que le décret de son prédécesseur manifestait de l’impiété, mais de l’incompétence. Quand il dit ensuite qu’il a essayé d’adoucir les canons de ses prédécesseurs, mais qu’il n’a pas pu faire ce qu’il voulait, il délire, ou il rêve éveillé. Car, saint Grégoire jouissait d’un plein pouvoir et d’une liberté absolue dans les choses qu’il voyait appartenir à l’honneur de Dieu et à l’utilité de l’Église.
D’autres ajoutent un autre témoignage, celui du pape Gélase. Dans son épitre 1 aux évêques de Lucanie, chapitre 23, sur les veuves qui avaient fait vœu de continence, il écrit : « À de telles femmes, nous ne devons tendre aucun piège, mais seulement présenter des invitations à la récompense sempiternelle, et rappeler les peines du jugement divin, et pour que notre conscience ne nous reproche rien, et pour que leur conscience rende des comptes à Dieu sur ce qu’elles ont à choisir librement. »
Je réponds que le piège dont parle Gélase n’est pas, comme ils le pensent, la prohibition du mariage pour ceux qui ont fait des vœux, mais pour ceux qui n’en n’ont pas fait. Car, Gélase avait dit, juste avant, que ceux qui avaient fait des vœux ne pouvaient pas se marier sans péché. Voici ce qu’il dit : « Selon l’apôtre, ceux qui ne pouvaient se contenir n’étaient nullement empêchés de se marier. De même, ils doivent conserver la promesse de chasteté faite à Dieu après mure délibération. » Gélase veut donc ici ne pas forcer les veuves à faire de vœu. Il se contente de leur expliquer qu’il y a des récompenses pour celles qui font un vœu et l’observent jusqu’à la mort, et des supplices pour celles qui font des promesses sans l
CHAPITRE 35
Les plus jeunes peuvent faire des vœux.
Vient ensuite la quatrième dispute qui porte sur ceux qui peuvent s’engager par vœu. Il y quatre sortes de personnes auxquelles, en plus des autres, les adversaires nient la capacité de faire un vœu. La première. Celle des plus jeunes. La deuxième, celle des fils à l’insu de leurs parents. La troisième, celle des époux, en vertu d’un consentement mutuel. La quatrième, celle des époux, avant que le mariage ne soit consommé.
Les plus jeunes. Luther (dans son livre sur les vœux monastiques) dit qu’on ne peut pas admettre à des vœux monastiques des hommes qui n’ont pas encore soixante-dix ou quatre-vingts ans. De même, dans la confession augustinienne, (article 27), il déplore qu’on permette à des enfants de devenir religieux. Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 19), dit qu’il n’était pas permis autrefois d’admettre une femme au vœu de continence avant soixante ans. Le martyr Pierre (dans le livre sur le célibat et les vœux), renouvelle la même restriction. Ils donnent comme preuve les paroles de saint Paul ( 1 Timothée 5) : « Détourne de ce projet les veuves les plus jeunes. » Ou, comme c’est écrit en grec : rejette. Et : « Je veux que les plus jeunes se marient et soient mères de famille. » Ils disent pouvoir présenter deux anciens canons. Le concile romain sous Sylvestre (canon 10) défend de voiler les vierges avant l’âge de 72 ans, et le bienheureux Grégoire (livre 3, épitre 11) interdit aux vierges de prendre le voile avant l’âge de soixante ans.
Nous disons, néanmoins, deux choses. Pour prononcer les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, n’est requis que l’âge où l’on a l’usage du libre arbitre. Quand cet âge est atteint, il est permis à quiconque de s’engager par vœux. On le prouve d’abord par l’Écriture, Thren 3 : « C’est un bien pour l’homme d’avoir porté le joug depuis son adolescence. » Mattieu 19 : « Laissez les jeunes venir à moi ! » On le prouve ensuite par des exemples. Car, saint Jean-Baptiste a vécu dans le désert depuis son enfance. La bienheureuse vierge Marie a fait vœu de continence perpétuelle dans son adolescence, comme nous l’avons démontré plus haut. Antoine, Paul l’ermite, Hilarion, Benoit, Bernard, François et beaucoup d’autres se sont faits moines dans leur adolescence, comme nous le rapportent Athanase, Jérôme,Grégoire et Bonaventure, dans la vie de leurs saints respectifs. Pour une raison semblable, presque toutes les vierges, que l’Église vénère publiquement, ont voué leur virginité dans leur adolescence, comme Thècles, Agnès, Cécile, Agathe, Lucie, Claire, Catherine , et d’autres innombrables.
On le prouve ensuite par les pères. Saint Athanase (dans l’humanité du Verbe) dit que les enfants ont reçu du Christ l’enseignement de vouer leur virginité à Dieu. Saint Basile (dans les questions longuement expliquées, question 15) se demande à quel âge on doit recevoir des hommes aux vœux monastiques. Et il répond qu’on doit recevoir des enfants dans le monastère, mais qu’on ne peut pas leur permettre de prononcer des vœux avant qu’ils aient le libre usage de leur raison. Saint Ambroise (livre 3, sur les vierges) écrit : « Il ne faut donc pas rejeter un âge qui a plus de fleurs que de fruits, mais examiner l’âme. Il est certain que Thècles n’était pas vieille, mais sa vertu a servi de garant. C’est pourquoi il ne faut pas ergoter davantage, puisque chaque âge capable de Dieu est perfectionné par le Christ. Il ne faut pas s’étonner non plus de voir des adolescents faire profession, quand on lit que des enfants ont subi le martyre. Ou doutons-nous que l’enfance qui a confessé Dieu jusqu’à la mort, ne puisse pas, quand elle deviendra adolescence, le suivre jusqu’à la continence ? »
Saint Jérôme (dans l’épitre à Eustochius sur la virginité) écrit que, en son temps, dans les monastères cénobitiques, il y avait des hommes de tous âges : des enfants, des adultes, des vieillards. Saint Augustin (dans son livre sur la sainte virginité, chapitre 36) écrit : « Mais contemple les armées des vierges, des enfants, et des saintes jeunes filles. Dans ton église, ce genre de vierges est bien connu. Là bas, il a pullulé depuis les mamelles des femmes, ton nom a été prononcé en apprenant la langue, il est, comme le lait sucé, dans ton enfance. De ce nombre, personne ne peut dire avoir été d’abord un blasphémateur ou un persécuteur. Bien plus, ce que tu n’a pas ordonné mais que tu as seulement proposé à ceux qui voulaient l’entreprendre en disant « que celui qui peut comprendre comprenne », ils s’en sont emparé, ils en ont fait le vœu, et se sont castrés pour le royaume des cieux, non parce que tu les as menacés, mais parce que tu les as exhortés. »
Nous disons ensuite qu’on doit s’attendre à ce qu’on fasse aussi profession publique de continence à l’âge prescrit par les lois de l’église, qui sont différentes selon la diversité des temps et des lieux. Car, le concile de César auguste (chapitre ultime) et celui d’Agathe (canon 13) ordonnaient d’attendre que les femmes aient quarante ans avant qu’elles puissent émettre une profession publique. Le concile de Carthage 111 (canon 4) ordonnait d’attendre qu’elles aient vingt-cinq ans. Ce que l’on présente du concile de Milet (canon 26) doit s’entendre ainsi : à moins qu’une nécessité ne nous force à voiler une vierge avant le temps. Saint Grégoire (livre 1, épitre 48,) ordonne que, dans des îles où la vie est plus molle, on ne reçoive personne à la profession solennelle avant l’âge de dix-huit ans. Les canonistes en déduisent qu’on pouvait, en d’autres lieux, les recevoir à un âge plus jeune, même à quatorze ans. Cet âge est fixé par plusieurs canons, comme le ad nostram, et le chapitre significatum. De plus, le concile de Trullo, (canon 40) et le concile de Tribur (canon 24) permettent la profession religieuse avant l’âge de 12 ans. Et, de notre temps, le concile de Trente a statué que la profession religieuse ne devait pas se faire avant l’âge de 16 ans. C’est cet âge qu’avait choisi saint Basile, comme l’atteste le concile de Trullo (chapitre 40). De toutes ces citations, il appert clairement que jamais, dans l’église, il y ait eu une coutume ou une loi ordonnant d’attendre jusqu’à l’âge de 60 ou 80 ans, avant de faire une profession religieuse.
Nous répondons maintenant aux arguments. Cette phrase de saint Paul : « les plus jeunes détourne-les de ce projet, ou rejette-les », s’applique au nombre de veuves que l’église nourrissait, non au vœu de continence. L’apôtre a voulu que soient nourries aux frais de l’Église celles-là seulement qui avaient atteint la soixantaine, c’est-à-dire quand elles ne pouvaient plus se suffire à elles-mêmes. Mais, rétorque Pierre le martyr, si c’est à cause du péril d’incontinence que l’apôtre éloignait les plus jeunes veuves de l’assemblée des veuves nourries par l’Église, pourquoi n’ont-elles pas été, pour la même raison, tenues éloignées du vœu ? Je réponds que celles que l’Église nourrissait faisaient aussi le vœu de continence. Il aurait été, pour celles qui étaient nourries publiquement par l’église plus honteux de déchoir que pour les autres.
À ces mots : « je veux que les plus jeunes se marient », nous opposons (1 Cor 7) : « je veux que tous soient comme moi », c’est-à-dire continents. Comme ces deux volontés sont contradictoires, il faut en conclure qu’aucune ne formule un précepte, mais que l’apôtre aurait aimé abstraitement que tous se contiennent. Mais, comme à certaines faisait défaut la bonne intention, il s’est mis à désirer que les plus jeunes, qui avaient peu de chance de persévérer, se marient plutôt que de faire des vœux. Voir ce que nous avons dit là-dessus plus haut, au chapitre 30
Au sujet de ce concile de Rome, je dis d’abord que le texte a été corrompu, et rendu inintelligible Et à la place du chiffre 72, peut-être devrions-nous en mettre un autre beaucoup moins vieux. Je dis ensuite que ce concile ne parle pas de toutes les vierges, mais de celles-là seules qui avaient demandé un mari avant de faire un vœu, comme les mots eux-mêmes du concile le déclarent, car les unes semblaient être testées plus longtemps que les autres. Au sujet de saint Grégoire, je dis qu’il ne parlait pas seulement de l’abbesse : « Nous interdisons catégoriquement que des jeunes filles deviennent abbesses » Car, il disait aussi : « Que ta fraternité ne permette de recevoir le voile qu’à une vierge d’au moins soixante ans, à celle que l’âge et les mœurs recommandent. »
CHAPITRE 36
Il est permis à des fils d’entrer en religion malgré leurs parents
Le second. Luther se demande s’il est permis à des fils d’entrer en religion malgré leurs parents, et il répond (dans son livre des vœux monastiques) que les fils, même majeurs, ne peuvent pas entrer en religion sans le consentement de leurs parents, s’ils sont encore vivants. Les magdebourgeois enseignent la même chose (centurie 4, chapitre 10, colonne 1304, et chapitre 6, colonne 354. Ainsi que le martyr Pierre (dans son livre du célibat et des vœux. » La première raison qu’ils invoquent est que le précepte d’obéissance aux parents oblige à tout âge, et comme il n’est permis à personne de faire le vœu de ne pas obéir à ses parents, il n’est pas permis non plus de vouer quelque chose malgré soi.
La seconde. Une épouse ne peut pas entrer en religion sans le consentement de son mari, ni un esclave sans le consentement de son maître. Un fils ne le peut donc pas sans le consentement de ses parents. Et on le confirme par le concile de Gangrens (chapitre 16) : « Que les fils qui s’éloignent de leurs parents sous prétexte d’un culte à rendre à la divinité, et ne leur rendent pas le respect qui leur est du, soient anathèmes ! » Saint Thomas enseigne le contraire (2.2.question 88, art 8, ad 2,) et l’avait prouvé avant par son propre exemple : il avait fait profession dans l’ordre des prédicateurs, en dépit de l’opposition de sa mère et de ses frères.
Nous répondons brièvement qu’il est permis d’entrer en religion à l’insu des parents, et en dépit de leur opposition. Mais sous deux conditions. La première, d’avoir atteint l’âge de la puberté. Or, chez les hommes la puberté arrive à l’âge de quatorze ans, et chez les femmes, de douze, comme nous l’avons dit au canon puella 20, question 2. L’autre condition est que les parents ne soient pas dans une nécessité telle que, sans l’aide de leurs enfants, ils ne puissent pas survivre. Car, alors, ils sont tenus par le précepte de Dieu de se rendre présents à leurs parents.
On prouve cette sentence d’abord par l’Écriture (Genèse 12): « Sors de ta maison, de ta parenté et de la maison de ton père. » Et (Deutéronome 33) : « Celui qui a dit à son père ou à sa mère : je ne vous connais pas, et de ses frères : je les ignore, ont gardé ta parole et observé ton pacte. » C’est l’endroit où Moïse loue les lévites pour avoir abandonné leurs parents et leurs frères, afin de s’adonner plus librement aux choses de Dieu. Le même psaume 44 : « Oublie ton peuple, et la maison de ton père, et le roi convoitera ta beauté. » De même en Matthieu 10 : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » Et en Luc 9, le Seigneur ne permit pas à celui qu’il appelait à sa suite de retourner à sa maison pour saluer ou ensevelir son père
Deuxièmement, par les canons sacrés. Dans le concile de Tolède X, dernier chapitre : « Il ne sera permis aux parents de livrer leurs fils à la religion que jusqu’à l’âge de quatorze ans. Après cela, il sera permis aux fils d’entrer en religion, ou avec le consentement de leurs parents, ou en faisant seuls un vœu de dévotion. » De même (20, question , question 2, canon puella, lequel est tiré du concile de Tribure, canon 24) : « Si une jeune fille veut prendre le voile sacré avant l’âge de douze ans, les parents ou les tuteurs peuvent immédiatement faire annuler cette démarche, s’ils le veulent. Mais si, dans un âge plus vigoureux de l’adolescence, elle choisit de servir Dieu, les parents n’ont pas le pourvoir de l’empêcher. » De même, dans le chapitre cum virum, sur les religieux), Clément 111 déclare, en parlant d’une fille nubile : « Parce que, alors, elle se sert de son libre arbitre dans le choix d’un mode de vie, elle n’est pas obligée de suivre la volonté de ses parents. »
Troisièmement. Par les témoignages des pères. Saint Jean Chrysostome (à la fin de son livre contre les vitupérateurs de la vie monastique), « Si, dit-il en parlant aux parents, s vous empêchez vos fils qui sont dotés d’une grande vertu, de parvenir à cette philosophie monastique et à jouir des joies éternelles, vous vous préparerez des croix infinies. » De même, dans l’homélie 84 sur saint Jean : « Quand les parents mettent obstacle aux choses spirituelles, on n’est plus obligé d’en tenir compte. » Il dit des choses semblables (dans le chapitre 6 de l’épitre aux Éphésiens). Commentant la phrase : « Fils, obéissez à vos parents dans le Seigneur. » Il veut que « dans le Seigneur » ait été ajouté parce que nous ne devons pas leur obéir quand ils empêchent la piété. » Theophylacte (au chapitre 13 de saint Jean), commentant : « voici ta mère », dit : « Il ne faut pas obéir aux parents qui mettent des obstacles à la piété. Mais il faut servir en tout ceux qui ne l’empêchent pas. »
Saint Ambroise (au livre 3 sur les vierges) parle de celles qui ont fait profession malgré leurs parents. Il ne leur reproche rien à elles, mais aux parents qui ont cherché à imposer leur volonté par la force. Il dit qu’ils sont pires que les Gentils qui, par des récompenses, incitaient les filles à choisir la virginité. Voici ses propres paroles : « Là-bas, elles étaient détournées du mariage par des présents; ici, elles sont forcées de se marier par des injures. Là-bas, on leur fait violence pour qu’elles choisissent la virginité; ici, on leur fait violence pour qu’elles n’en profitent pas. » Et la patience des prêtres peut-elle aller jusqu’à ne pas venger le sacrifice de l’intégrité, même par la mort, si nécessaire ? »
Saint Jérôme (dans son épitre de suspecto contub) écrit : « Si quelqu’un te blâme d’être chrétienne, d’être vierge, de ne pas te soucier d’avoir abandonné ta mère pour vivre, parmi les vierges, dans un monastère, ce genre de reproche est ta plus grande gloire ! Car, cette cruauté-là est de la piété, puisque tu as préféré à ta mère celui que tu dois préférer même à ta propre âme. » De même à Héliodore (la première lettre de toutes) : « Même si un bébé s’accroche à ton cou, même si, en s’arrachant les cheveux et en déchirant ses vêtements, ta mère te montre les mamelles qui t’ont allaitée, même si ton père s’étend de tout son long sur le seuil de la porte, passe par-dessus le corps de ton père, et vole vers l’étendard de la croix. Être cruel dans ce gendre de choses c’est être pieux ».
Il raconte la même chose dans la vie de Malchus. Quand il était, par des caresses et des menaces, forcé de se marier, il s’est dirigé vers un monastère, sans attendre leur consentement. Saint Augustin (dans l’épitre 38 à Létus qui était empêché par sa mère de choisir l’état de la vie parfaite) dit : « Mais que dit-elle ? Qu’est-ce qu’elle allègue ? Peut-être les dix mois pendant lesquels tu as pesé lourd dans son sein, les douleurs de l’enfantement, les labeurs de l’éducation ? Mets un terme à ces gémissements par une parole salutaire. Perds ta mère ici-bas pour la retrouver dans la vie éternelle ! Souviens-toi de cela, pour la haïr dans cette vie mortelle, si tu l’aimes vraiment, si tu es un disciple du Christ, si tu as posé un fondement à ta tour.»
Saint Grégoire de Tours (dans la vie de Léobard et de Pappula) loue ceux qui, come lui et comme elle, ont fait profession dans la vie religieuse malgré leurs parents. Dans son homélie 37 sur les évangiles, saint Grégoire dit, en commentant la phrase : « Celui qui ne hait pas son père » : « Ceux qui, dans la voie de Dieu, nous font souffrir comme des adversaires, nous ne les connaissons pas, en les haïssant, et en les fuyant. » De même, saint Bernard (dans l’épitre 3 au nom du moine Élie à ses parents), dit : « La seule raison qui ne nous permet pas d’obéir à nos parents, c’est Dieu. Car, c’est lui-même qui a dit : « celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi ».
Si vous m’aimez vraiment comme de bons et pieux parents, pourquoi inquiétez-vous celui qui cherche à me plaire, moi, Dieu, le père de tous, et pourquoi tentez-vous de le retirer du service de celui pour qui servir est régner ? Je comprends vraiment maintenant, que les ennemis de l’homme sont ses parents. Nous ne devons pas en cela vous obéir, car, en cela ce ne sont pas des parents que je reconnais, mais des ennemis. « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez parce que je vais à mon père et au vôtre, bien plus, au père de tous ». Qu’y a-t-il, en effet, entre vous et moi ? Qu’est-ce que je reçois de vous, si ce n’est le péché et la misère ? »
Quatrièmement. On le prouve par le raisonnement de saint Ambroise (dans le livre des vierges) : « Celle à qui il est permis de choisir un mari, pourquoi ne lui serait-il pas permis de préférer Dieu. » Ou, s’il est permis à des fils de contracter un mariage sans le consentement de leurs parents, pourquoi ne leur serait-il pas permis aussi de professer la continence sans le consentement de leurs parents ? De plus, il est permis à un homme, sans le consentement de son épouse, de passer du mariage à la religion, quand le mariage n’est pas encore consommé, comme nous le voyons dans le canon verum, et le canon ex publico. Il serait donc encore beaucoup plus permis sans le consentement du père.
De même. Tout jeune, après les années de sa puberté, relève de lui-même quant aux choses qui se rapportent à sa personne et à son état de vie. Car, c’est en cela que diffèrent les esclaves des hommes libres. Ensuite, « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (actes 5). Dieu (en Matthieu 19), a conseillé la vie parfaite à tous en général, et à quelques-uns, par une inspiration interne particulière. Si donc les parents résistent à ce conseil, il ne faut pas les écouter.
Les arguments amenés pour prouver le contraire sont sans force. Le premier. Dieu ordonne d’obéir aux parents et de les honorer (Éphésiens 6). Je réponds que les enfants doivent deux choses à leurs parents : l’obéissance et l’honneur, c’est-à-dire des aides temporelles. Au sujet du premier argument, je dis en me servant des commentaires de saint Jean Chrysostome, de Theophylace, de saint Jérôme et d’autres, de ce texte, que l’apôtre a ajouté intentionnellement « dans le Seigneur », pour que nous comprenions que nous ne devions les écouter que dans les choses qui ne s’opposent pas à la piété.
Au sujet de l’autre, je dis que des préceptes de ce genre qui sont affirmatifs n’obligent qu’en cas de nécessité, comme, par exemple, quand un père ne peut pas vivre sans être secouru par son fils. Mais, s’il est riche, ou s’il a d’autres fils qui peuvent le prendre en charge, le fils n’est pas obligé de rester près de lui, comme l’enseigne clairement le Seigneur en Luc 9 : « Laisse les morts ensevelir les morts ! » Car, comme l’explique Theophylactus, celui qui avait dit : permets-moi d’aller ensevelir mon père, ne voulait pas dire que son père était mort et qu’il lui fallait l’ensevelir. Ce qu’il voulait dire c’était plutôt : permets-moi de demeurer avec mon père jusqu’à sa mort. Quand il cessera de vivre, et après que je l’aurai enseveli, je te suivrai.
Le second argument était : « L’homme n’a pas de pouvoir sur son corps, c’est la femme qui en a, (1 Cor 7). Et l’homme ne peut pas disposer de sa personne sans le consentement de sa femme. Les fils, eux, après les années de puberté, sont libres de disposer de leurs personnes. C’est pourquoi saint Augustin (épitre 36 à Letus) dit que les fils peuvent suivre le chemin de la perfection, même si leurs parents s’y opposent. Il dit dans la lettre 199 à Édicie) qu’une femme ne peut pas faire cela sans le consentement de son mari. Pour une raison semblable, un esclave n’a pas de pouvoir sur sa personne, seul sont maître en a. Il ne peut donc pas en disposer à son gré. Saint Thomas ajoute (2.2. question 189, article 6) que la sujétion servile est une peine du péché, mais non la sujétion filiale. Il ne semble donc pas que ce qui est refusé aux esclaves doive l’être aussi aux fils.
Troisième argument tiré du concile de Gangre, chapitre 16. Je réponds qu’il fut un temps où quelques-uns qui, comprenant mal les paroles du Seigneur en Luc 14 (si quelqu’un veut venir après moi et ne hait pas son père, sa mère etc.) abandonnaient, sous ce prétexte, non seulement leurs parents, mais leurs épouses, leurs enfants, et n’en prenaient aucun soin, même s’ils manquaient de tout. Ce sont ceux-là que le synode anathématise. Voilà pourquoi l’anathème 14 parle des époux qui abandonnent leurs épouses, et le chapitre 15, des parents qui abandonnent leurs fils, et le chapitre 16, des fils qui abandonnent leurs parents.