Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 150)
Troisièmement. Par le jugement de tous, les faussaires méritent la mort. Or, les hérétiques sont des faussaires de la parole de Dieu. Quatrièmement. Par la raison donnée par saint Augustin dans son épitre 50. Ne pas conserver sa foi en Dieu est, pour un homme, plus grave que ne pas conserver la foi jurée à sa femme. Mais le dernier est puni de mort, pourquoi pas le premier ? Cinquièmement. Il y a trois raisons pour lesquelles il faut tuer des hommes. Elles sont très bien décrites par Galenus dan un livre dont le titre est que les mœurs de l’âme dépendent du tempérament du corps. La première cause. Pour que les méchants ne nuisent pas aux bons, et pour que les innocents ne soient pas opprimés par les coupables. Et c’est à cause de cela que, au jugement de tous, sont, en toute justice, tués les homicides, les adultères et les voleurs. La deuxième. Pour que, par les supplices de peu, beaucoup se corrigent; et pour que ceux qui n’ont pas voulu, de leur vivant, être utiles à la république le soient en mourant. Nous voyons aussi que c’est, au jugement de tous, en toute justice que les nécromanciens sont punis d’une mort horrible, même s’ils n’ont nui aux autres que par l’exemple, afin que tous comprennent que ces crimes sont sataniques, et que personne n’ose en commettre de semblables. La troisième. Ces hommes qui tuent, il est souvent utile qu’ils soient tués, quand ils ne font qu’empirer, et quand il n’y a plus de probabilité qu’ils recouvrent la santé de leur esprit.
Toutes ces raisons nous persuadent de tuer les hérétiques. Car, quand ils tuent les âmes, ils nuisent aux autres beaucoup plus que les pirates, et les voleurs de grand chemin. Bien plus, ils enlèvent le fondement de tout bien, et remplissent la république de tumultes qui proviennent nécessairement de la diversité des religions. En conséquence, leur supplice est avantageux pour beaucoup. Car, un grand nombre, que l’impunité plongeait dans la torpeur, sont réveillés par la perspective des supplices, qui leur font réfléchir à ce qu’est l’hérésie. Ils redoutent de finir misérablement la vie présente, et de ne pas pouvoir parvenir à la béatitude future. Voilà pourquoi, comme l’atteste saint Augustin (dans l’épitre 48), plusieurs se sont convertis quand les lois des empereurs ne laissèrent plus les hérétiques vivre dans l’impunité. Et c’est ce que nous voyons tous les jours dans les lieux où se trouve l’inquisition. En conséquence, pour les hérétiques endurcis, c’est une bonne chose que la vie de ce monde leur soit ôtée. Car, plus longtemps ils vivent, plus ils inventent d’erreurs, plus nombreux sont ceux qu’ils pervertissent, et plus grande est la damnation qu’ils acquièrent.
CHAPITRE 22
On répond aux objections
Il nous reste à résoudre les arguments de Luther et des autres hérétiques. Le premier argument. L’expérience de toute l’église. « L’église, dit Luther, depuis le tout début jusqu’à aujourd’hui, n’a brulé aucun hérétique. Bruler quelqu’un ne semble donc pas être la volonté de l’Esprit.» Cet argument prouve éloquemment non la science, mais l’ignorance et l’impudence de Luther. Car un nombre infini ont été ou brulés ou tués autrement. Cela Luther l’ignorait, et il est un béotien, ou il le savait, et il est convaincu de mensonge et d’impudence. Car, que des hérétiques ont été souvent brulés par l’Église, il est facile de le montrer en pigeant quelques exemples dans le grand nombre. L’hérésiarque Priscilien, et ses adeptes, ont été mis à mort par l’empereur chrétien Maxime, comme l’atteste saint Jérôme dans sa vie des hommes illustres). Et dans son livre 3 contre Parmenius, Optatus rapporte que des donatistes ont été tués. Basile le mage, et donc hérétique, car c’est à peine si on trouve des mages qui ne sont pas hérétiques, a été brulé à Rome par le peuple romaine chrétien et catholique, comme saint Grégoire l’atteste (livre 1, chapitre 4, dialogues). De plus, un autre Basile, auteur de l’hérésie des Bogomiliens, a été brulé sur un bucher publiquement par l’empereur Alexis Commenus, comme l’écrit Zonaras, dans la vie d’Alexis.
C’est au temps de saint Bernard que les hérétiques étaient punis du dernier supplice, comme il l’atteste lui-même dans les cantiques des cantiques (sermon 66). Au temps d’Innocent 111, furent brulés sur un bucher 180 hérétiques albigeois, que, par ses paroles et ses miracles, saint Dominique avait auparavant convaincus. Il avait aussi converti beaucoup de leurs compagnons. Saint Antonin raconte le tout (3 part tit. 19, chapitre, verset 4 de son histoire.) Pour en omettre un grand nombre d’autres, Jean Huss et Jérôme de Prague furent brulés par l’empereur Sigismond au concile de Constance. Voici ce que répond Luther à ce dernier exemple. Je parle moi des hérétiques. Huss et Jérome de Praque ne furent pas des hérétiques. Bien au contraire. Mais les prisciliens, les bogomiles et les albigeois furent, eux, des hérétiques.
Or, Jean Huss fut un hérétique pour nous catholiques, et pour Luther également. Qu’il l’ait été pour nous, cela est archi connu. Qu’il l’ait été aussi pour Luther, nous allons le prouver. Car, Luther dans son livre contre le roi d’Angleterre, affirme que « c’est une impiété et un blasphème de nier que le pain est vraiment dans l’eucharistie avec le corps du Christ; et que c’est être pieux et catholique de nier, dans l’eucharistie, la conversion du pain dans le corps». Or, Jean Huss, jusqu’à la fin de sa vie, fut d’un avis contraire. Et il a protesté qu’il mourait dans cette foi, c’est-à-dire, en croyant fermement en la conversion du pain dans le corps du Christ, dans la transsubstantiation, comme le rapporte Jean Coahlaeus (livre 2, page 76 de son histoire des Hussites. »
Le deuxième argument. L’expérience montre qu’on ne tire aucun profit des tortures. Je réponds que l’expérience montre le contraire. Car les donatistes, les manichéens et les albigeois ont déposé les armes et sont disparus. Saint Augustin (épitre 48) atteste la même chose. Un grand nombre se sont convertis par crainte de la punition. Le troisième argument. L’Église tolère les Juifs, pourquoi ne tolèrerait-elle pas les hérétiques ? Je réponds d’abord que les Juifs n’ont jamais reçu la foi chrétienne; les hérétiques, eux, l’ont reçue. Ensuite, les Juifs pratiquent une religion instituée par Dieu lui-même, un moins pour un temps; les hérétiques ont adopté une religion inventée par le démon. Troisièmement. La secte des Juifs est utile à l’Église, car leurs livres sont des prophéties du christianisme, et leurs cérémonies sont des figures de nos mystères. Ce sont leurs livres qui nous permettent de prouver aux Gentils que nous n’avons pas imaginé des prophéties qui sont conservées par nos ennemis eux-mêmes. Enfin, les Juifs ne s’efforcent pas, en général, de pervertir le christianisme, comme le font les hérétiques. Voir le concile de Tolède 4, (chapitres 55 et 56), et saint Augustin dans le psaume 59. Saint Bernard dit la même chose dans l’épitre 322 aux Spiréens, et 323 à l’évêque de Mogunt.
Le quatrième argument, il le tire d’Isaïe 2 : « Ils transformèrent leurs glaives en charrue et leurs lances en faux ». Je réponds que c’est hors de propos. Car, comme l’explique saint Jérôme, le prophète décrit le temps de l’avènement du Messie, et dit que le temps qui viendra dans l’avenir sera un temps de paix tel que les hommes convertiront les instruments de guerre en instruments d’agriculture; que, pendant un long temps, ils ne s’appliqueront pas à faire la guerre. Or, cette période est survenue au temps de la nativité du Christ. Car, jamais il n’y eut, comme au temps d’Auguste, une paix si durable dans tout le monde.
De plus, s’il est vrai, comme le prétend Luther, qu’il n’y aura jamais de guerres dans l’Église, il est manifeste que, chez les luthériens, l’Église n’existe pas, car ils ont soutenu entre eux et contre les catholiques des guerres cruelles, comme fut celle qu’ils ont livrée à Charles Quint, au cours de laquelle fut fait prisonnier le duc de Saxe. Cinquième argument. Isaïe 11 : « Ils ne tueront pas et ils ne nuiront pas dans toute ma montagne sainte. » Je réponds que cet argument se retourne contre Luther lui-même, car le prophète ne dit pas que les catholiques ne tueront pas les hérétiques. Il dit plutôt le contraire : que les hérétiques ne tueront pas les catholiques, et ne leur nuiront pas. Car, le prophète parle de lions, d’ours, de serpents, et d’autres bêtes venimeuses, desquels il avait dit : « Et l’enfant qui est encore allaité s’amusera dans le trou de l’aspic; et dans l’antre du serpent il mettra la main ». Par ces bêtes, il signifie le démon et ses ministres, les hérétiques, comme saint Jérôme et saint Cyrille l’expliquent. Il dit donc qu’ils ne tueront pas et qu’ils ne nuiront pas dans toute l’église. Car, bien que les hérétiques semblent lui nuire, ils ne lui nuisent pas en réalité, car, ils l’exercent, et la font croitre en sagesse et en patience.
Le sixième argument. Matthieu 18. Le Seigneur a déclaré qu’il fallait non pas bruler les hérétiques, mais les considérer comme des païens et des publicains. Et saint Paul à Tite 3, ordonne d’éviter l’hérétique, non de le tuer. Il n’est donc pas permis de tuer les hérétiques. Je réponds que, dans ces passages, le Christ et saint Paul n’ont pas prescrit de bruler les hérétiques, mais ils ne l’ont pas interdit non plus. On ne peut donc rien prouver avec ces textes. Et c’est, d’ailleurs, la conclusion que Luther avait coutume d’en tirer. Car, au livre 2 contre Carolstad, à Carolstad qui lui demandait pour quelle raison il interdisait d’appeler sacrement les choses que le Christ n’a pas prescrit d’appeler ainsi, Luther répondait : et pourquoi interdis-tu, toi, d’appeler sacrements les choses que le Christ n’a pas interdit d’appeler ainsi ? De plus, le Christ et Paul n’ordonnent jamais de tuer les adultères et les faussaires, de pendre les voleurs, de bruler les voleurs de grand chemin, et pourtant cela se fait, et en toute justice. Et Luther n’osera pas dire le contraire.
Le septième argument. Saint Martin, selon Sulpice Sévère (livre 1, vers la fin de son histoire sacrée), rabroua les évêques Idace et Itaque qui incitèrent l’empereur chrétien à mettre à mort l’hérétique Priscillien. Et Sulpice les accuse d’être coupables d’un grand crime. Je réponds que c’est à juste titre qu’ont été accusés ces évêques. Pour au moins deux raisons. La première. Quand Priscilliien fut accusé devant un concile, il en appela du concile à l’empereur, et les évêques le lui permirent. Faire appel d’un concile à un empereur était, pour saint Martin, quelque chose de nouveau, d’inouï, et de néfaste, car c’était remettre entre les mains d’un juge séculier une cause ecclésiale. La deuxième. Parce que ces évêques jouèrent le rôle d’un accusateur dans une cause de sang. Car, même si c’est le rôle des évêques d’excommunier les hérétiques, et de les remettre au juge séculier, et même d’exhorter les juges de remplir leur devoir, il ne convient pas à un évêque d’agir en accusateur. Que Sulpice pensait que c’est justement que Priscillien avait été tué avec ses adeptes, ses propres paroles nous en donnent la preuve : « C’est de cette façon, que des hommes indignes de la lumière du jour, ont été tués en donnant un très mauvais exemple. »
Le huitième argument. 1 Corinthiens 11 : « Il faut qu’il y ait des hérésies pour que soient manifestés ceux qui sont approuvés. » Il ne faut donc pas les extirper. Je réponds que le sens de ce texte est le suivant. Si on tient compte, comme il se doit, de la méchanceté du diable qui sème toujours des hérésies, de la nature corrompue de l’homme qui tend vers le mal, ainsi que de la permission divine, il est nécessaire que se trouvent dans le monde des hérésies, comme on dit qu’il que, dans un champ il est nécessaire qu’il y ait des mauvaises herbes, e comme le Seigneur a dit (Matth 18) : « Il est nécessaire que viennent des scandales. » L’apôtre n’ordonne donc pas que nous semions des hérésies, ni non plus que nous n’essayons pas de les extirper de toutes nos forces. Il prédit tout simplement, que, les choses étant ce qu’elles sont, il y en aura toujours. C’est de plein droit que nous nous efforçons d’enlever les scandales, et d’éradiquer du jardin les mauvaises herbes, même si nous savons pertinemment que nous ne pourrons jamais les enlever toutes.
Le neuvième argument. Luc 11. Aux disciples qui désiraient jeter le feu sur les samaritains, le Seigneur répondit : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. » Je réponds d’abord que, entre les hérétiques et ces samaritains, il y a une très grande différence. Ils ne promirent jamais de conserver la religion du Christ qui leur était offerte pour la première fois; et ils ne devaient pas être contraints de l’accepter. De plus, ce n’est pas tant par le zèle du salut des âmes que par un désir de vengeance que Jacques et Jean demandaient que soient brulés les samaritains. Ils méritaient donc une réprimande de la part de leur maître.
L’Église, elle, c’est son zèle pour le salut des âmes que pervertissent les hérétiques qui la fait persécuter ces mêmes hérétiqes hérétiques, le même zèle avec lequel Jésus a chassé à coups de fouet les vendeurs du temple (Jean 2, et Matth 21). C’est avec le même zèle que Pierre a tué Ananie et Saphire (actes 5), que Paul (1 Cor 5) livra un fornicateur à Satan pour la mort de la chair. Pour ne pas parler de Moïse, de Phinees, d’Éilie, de Matathias et des autres qui, par zèle de Dieu, tuèrent plusieurs personnes.
Le dixième argument. Matthieu 13 : « Laissez-les croitre tous les deux jusqu’à la moisson. » Le Seigneur, ici, parle clairement des hérétiques, et il interdit de les tuer, comme saint Jean Chrysostome l’expliquent, en commentant ce passage, et saint Cyprien (livre 3, épitre 3 à Maxime), Et Urbain qui dit, en parlant de cette parabole, qu’à Dieu seul est concédé de casser les vases de terre, et d’arracher la zizanie. Je réponds que par le nom de zizanie on n’entend pas seulement les hérétiques, mais tous les hommes mauvais, comme l’explication donnée par le Seigneur nous le fait comprendre. Il dit, en effet, que la bonne semence ce sont les fils du royaume, et que la zizanie ce sont les fils d’iniquité. Et plus bas : « Car, comme on ramasse la zizanie et on la jette dans le feu, la même chose se reproduira à la consommation du siècle. Le fils de l’homme enverra ses anges, et ils ramasseront tous les scandales qui sont dans son royaume, et jetteront dans la fournaise de feu tous ceux qui commettent l’iniquité. » Quand Dieu interdit d’extirper les mauvais, il n’interdit pas qu’un tel ou un tel soit tué, mais il défend aux bons d’extirper partout tous les mauvais, et de ne permettre à aucun d’eux d’exister, car une pareille chose ne peut se faire sans un grand massacre des bons. Et c’est ce que veut dire le Seigneur quand il ajoute : de peur que, en même temps, vous n’éradiquiez le froment. Cette parole a donc un sens général, et enseigne seulement qu’il n’arrivera jamais que, avant la fin du monde, tous les mauvais soient éliminés.
Quand la question porte sur des cas particuliers, sur les hérétiques, les voleurs, ou d’autres méchants, quand on se demande s’ils doivent être extirpés, on regarde, si selon la règle donnée par le Seigneur, cela peut se faire sans causer de tort aux bons. Et quand cela peut se faire, il faut, sans aucun doute, les extirper. Si on ne le peut pas, soit parce qu’ils ne sont pas encore assez connus, et qu’il y a danger de confondre les innocents avec les criminels, soit parce qu’ils sont plus forts que nous, et qu’il y a danger que, si on leur livre bataille, les nôtres soient tués en plus grand nombre que les leurs, il faut alors rester calmes. C’est ce que répond saint Augustin (livre 3, chapitre 2, dans sa lettre contre Parmenius), en expliquant ce texte que lui avaient objecté les donatistes. Saint Jean Chrysostome n’enseigne pas autre chose, quand il dit : « Le Seigneur défend d’arracher la zizanie, de peur d’enlever du froment avec la zizanie. Car, si alors les hérétiques avaient été tués, c’est une guerre atroce et irréconciliable qui en serait suivie. » Voilà pourquoi saint Cyprien voit dans cette parabole non des hérétiques, mais des mauvais chrétiens. Elle n’interdit pas non plus de tuer les scélérats, mais elle dit que la distinction finale entre les bons et les mauvais ne peut être faite que par Dieu.
Le onzième argument. Quand beaucoup de ses disciples s’étaient retirés, le Seigneur (en Jean 6) dit : « Voulez-vous, vous aussi, vous en aller? C’est donc ainsi que l’Église doit faire. Je réponds que je nie la conséquence. D’abord, parce qu’ils ne s’étaient pas engagés à demeurer, comme, par le baptême, se son obligés de faire les hérétiques. Ensuite, parce qu’il convenait que le Christ qui venait non pour juger mais pour être jugé, ne venge pas lui-même ses propres injustices, mais les laisse venger par ses fils spirituels. Nous en avons une figure en David qui, tant qu’il vécut, n’a pas voulu tuer Semei qui l’avait maudit, mais qui, à sa mort, prescrit à Salomon de ne pas laisser ce péché et cet affront impunis.
Le douzième argument. La foi est un don de Dieu, personne ne peut donc contraindre quelqu’un à croire. Je réponds qu’elle est un don de Dieu tout en étant un acte du libre arbitre. La chasteté et les autres vertus sont aussi des dons de Dieu, et pourtant c’est en toute justice qu’on punit les adultères, les homicides, les voleurs, et qu’on les force à vivre chastement et honnêtement. La sagesse aussi est un don de Dieu, et pourtant, il est écrit dans les proverbes 29 : « La verge et la réprimande apportent la sagesse. » En conséquence, la foi est un don de Dieu, mais Dieu conserve ce don de différentes façons, dont l’un est la correction.
Le treizième argument. Le Seigneur a attribué à son Église le glaive spirituel qui est la parole de Dieu, non le glaive du fer. Bien plus, quand Pierre (Jean 18) a voulu défendre le Christ par son glaive, il a entendu cette réponse : « Rentre ton épée dans le fourreau.» Je réponds. L’Église a des princes ecclésiastiques et séculiers qui sont les deux bras de l’Église, le spirituel et le matériel. Quand donc la main droite ne peut pas convertir un hérétique avec le glaive spirituel, elle invoque l’aide du bras gauche, pour contraindre les hérétiques par le glaive de fer. Et c’est peut-être ce que le Seigneur a voulu dire quand il interdit à Pierre, qui était le futur prince des ecclésiastiques, de se servir du glaive de fer.
Saint Bernard (livre 4 de la considération) s’exclame : « Quoi donc, tu tentes de nouveau à usurper le glaive, qu’on t’a commandé une fois de remettre dans le fourreau ? Mais ceux qui nient qu’il est tien ne me semblent pas considérer suffisamment la parole du Seigneur, qui lui a dit : retourne ton épée dans le fourreau. Il est donc tien lui aussi, et il doit être dégainé peut-être par ta volonté s’il ne l’est pas par ta main. Car s’il n’appartenait en aucune façon à toi et autres apôtres, le Seigneur n’aurait pas répondu aux apôtres qui lui disaient : voici deux glaives, ça suffit, mais c’est trop. L’un et l’autre glaive, le matériel et le spirituel donc appartient à l’église, mais l’un doit être dégainé pour l’église, l’autre par l’église : ceelui du prêtre et celui du soldat, avec l’autorisation de l’église, et sur l’ordre de l’empereur. »
Le quatorzième argument. L’Église n’épargne les hérétiques qu’une fois, alors que saint Paul à Tite (3) ordonne d’épargner les hérétiques au moins deux fois. Je réponds que les codex latins et grecs ont constamment : « Après une et l’autre correction ». Cependant, autrefois, certains codex grecs autant que latins n’avaient que : « Après une correction, évite-le. » Comme on le voit dans saint Irénée (livre 3, chapitre 3), dans Tertullien prescription), dans Cyprien (livre 3, chapitre 78), dans Ambroise et Jérôme, dans leurs commentaires de ce texte de l’Apôtre.
C’est Jérôme qui approuve davantage notre propre interprétation, lui qui dit qu’elle plaisait davantage à saint Athanase. Voilà pourquoi je dis que l’apôtre ne parle pas du pardon à donner à un hérétique converti, mais de l’admonition qui est présentée à un hérétique avant qu’il soit excommunié par sentence du juge. Cela l’église le conserve non seulement pour les hérétiques, mais pour tous ceux qu’elle excommunie, en leur donnant toujours, avant, deux admonitions. Le quinzième argument. Les hérétiques sont en dehors de l’Église, or saint Paul a dit (1 Corinth 6) : « Nous n’avons rien à voir avec ceux qui sont en dehors. » Je réponds qu’ils sont à l’extérieur de l’église, mais avec le devoir et l’obligation de demeurer à l’intérieur. On peut donc les forcer de rentrer, comme des brebis qui ont fui le troupeau.
Le seizième argument. C’est contre la mansuétude de l’église de vouloir la mort des hérétiques. Je réponds d’abord que ce n’est pas contre la mansuétude de l’Église, car elle doit avoir pitié de ses fils, et que ce serait cruel d’aimer mieux épargner les loups que les brebis. Je réponds ensuite que l’Église doit avoir tenté toutes les solutions avant de pouvoir en arriver à la décision d’imposer la peine de mort. Car, au début, comme nous l’avons dit plus haut, elle ne faisait qu’excommunier. Ensuite, constatant que cela ne suffisait pas, elle ajouta une peine temporelle, la perte de tous les biens ou l’exil, avant d’en arriver là, comme nous le révèlent les différentes lois portées contre les hérétiques. Le dix-septième argument. La foi est libre. Je réponds qu’on peut entendre la liberté de deux façons. Une première, la liberté de l’obligation, comme quand on dit qu’on est libre de vouer la chasteté, d’entrer en religion. Or, on n’est pas livre de violer son vœu, de quitter la vie religieuse. Et, de cette façon, la foi, en ceux qui ne l’ont jamais reçue, est libre de toute obligation humaine de droit, mais non de droit divin. Voilà pourquoi les hommes ne contraindront pas quelqu’un que Dieu punira. Mais pour les choses qui sont professées dans le baptême, la foi n’est pas libre de toute obligation, ni de droit divin, ni de droit humain, et c’est pour cela qu’on force les hommes à la conserver.
On peut prendre la liberté dans un autre sens, en distinguant le libre du nécessaire. Et dans ce sens on est libre de ne pas croire, comme on est libre de commettre d’autres péchés. Mais cette liberté n’empêche pas que ceux qui agissent mal soient punis. Bien plus, elle exige qu’ils soient punis. Car, si on est livre de croire ou de ne pas croire, on peut donc croire et demeurer dans l’église, comme on le doit. Et quand on ne le fait pas, on est puni. C’est ainsi que répond saint Augustin (dans sa lettre 50 à Boniface, et dans le livre contre l’épitre de Gaudence, chapitre 11. Voici ce qu’il dit : « Est donné à l’homme un libre arbitre, de telle sorte que s’il agit mal, il devra supporter des maux. » Le dix-huitième argument. Les apôtres ont-ils jamais invoqué le bras séculier contre les hérétiques ? Saint Augustin répond (épitre 50 et ailleurs) que les apôtres n’ont pas fait cela parce qu’il n’y avait pas alors de prince chrétien à qui demander secours. Car alors s’accomplissait cette partie du psaume 2 : « Les rois de la terre se levèrent et se rassemblèrent en un seul corps contre le Seigneur et contre son Christ. » Et après l’époque de Constantin, commença à se réaliser l’autre partie du psaume : « Et maintenant, rois comprenez et instruisez-vous, vous qui jugez la terre. Servez le Seigneur dans la crainte. » Et bientôt après, l’Église implorera l’aide du bras séculier.
FIN DE LA DEUXIÈME CONTROVERSE GÉNÉRALE
Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 18 mars 2019.
Robert_Bellarmin_Controverse_sur_le_purgatoire
JesusMarie.com+Saint Robert Bellarmin SAINT ROBERT BELLARMIN SIXIÈME CONTROVERSE GÉNÉRALE L’ÉGLISE QUI EST DANS LE PURGATOIRE Expliquée en deux livres
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PREFACE
LIVRE PREMIER
CHAPITRE 1Â : le nom de purgatoire
CHAPITRE 2Â : les erreurs sur le purgatoire
CHAPITRE 3 : on prouve que le purgatoire existe par les écrits de l’AncienTestament
CHAPITRE 4-8 : on prouve aussi qu’il existe par les écrits du NouveauTestament
CHAPITRE 9 : on le prouve par les témoignages des conciles
CHAPITRE 10 : par le témoignage des pères grecs et latins
CHAPITRE 11 : on prouve la même chose par la seule raison
CHAPITRE 12 :on réfute les objections tirées des Écritures
CHAPITRE 13 : on réfute les objections tirées des pères
CHAPITRE 14 : on réfute les objections tirées de la raison
CHAPITRE 15Â : la confession du purgatoire fait partie de la foi catholique
LIVRE SECOND
DES CIRCONSTANCES DU PURGATOIRE
CHAPITRE 1 : les personnes à qui convient le purgatoire
CHAPITRE 2 : dans le purgatoire, les âmes ne peuvent ni mériter ni pécher
CHAPITRE 3 : on répond aux objections
CHAPITRE 4 : les âmes du purgatoire sont certaines de leur salut éternel
CHAPITRE 5 : on répond aux objections
CHAPITRE 6Â : le lieu du purgatoire
CHAPITRE 7 : y a-t-il, pour les âmes justes, après la mort, un autre lieu que le ciel et le purgatoire ?
CHAPITRE 8 : les âmes des défunts peuvent-elleshabiter des lieux qui les retiennent ?
CHAPITRE 9Â : le temps que dure le purgatoire
CHAPITRE 10Â : quelle est la peine du purgatoire ?
CHAPITRE 11Â : le feu du purgatoire est corporel
CHAPITRE 12 : on ne peut pas savoir comment un feu corporel peut brûler une âme
CHAPITRE 13 : les âmes du purgatoire sont-elles torturées par les démons ?
CHAPITRE 14 : la gravité des peines
CHAPITRE 15 : les suffrages de l’église sont profitables aux défunts
CHAPITRE 16Â : combien y a-t-il de genres de suffrages ?
CHAPITRE 17 : qui peut aider les âmes ?
CHAPITRE 18Â : Ã qui profitent les suffrages ?
CHAPITRE 19 : la sépulture
PRÉFACE
Nous avons disserté, jusqu’à présent, de cette partie de l’Église qui se trouve sur la terre. Nous devons maintenant disputer de celle qui se trouve sous la terre.Nous disputerons ensuite de celle qui demeure dans les cieux. Et comme les fidèles défunts, non encore béatifiés, sont corps et âme sous terre, en différents endroits, nous parlerons d’abord du lieu des âmes; ensuite du lieu des corps, c’est-à -dire de la sépulture.
Mais, avant de parvenir à ces questions, il faut faire trois observations préliminaires. La première : qu’entendons-nous par le mot purgatoire ? La deuxième : quelles erreurs ont été faites sur le purgatoire ? La troisième : dans quel ordre devra se dérouler cette &dispute.
Ont écrit sur le purgatoire
Jean Roffensis [Joannes Roffensis] contre les articles de Luther,
Jean Eck [Joannes Eckius], livre IV sur le purgatoire,
Jean Bunderius [Joannes Bunderius] dans son résumé, titre 18,
Jean Garetius [Joannes Garetius], livre sur la prière pour les défunts,
Jacob Latomus [Jacobus Latomus], explication du sixième article des Louvains,
Jodocus Clicthovaeus [=latin], dans son livre sur le purgatoire,
Bernard Lutzenburg [Bernardus Lutzenburg], un livre unique sur le purgatoire,
Alphonse de Castro, sur le mot purgatoire,
Martin Paresius Ajala [Martinus Peresius Ajala de traditionibus], sur les traditions,
Claude Coussord [Claudius Coussord] contre les Waldenses,
Cajetan, tome 1, traité 23 et 24,