Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 155)
Voilà pourquoi saint Jérôme (à la fin de son livre cotre Vigilance) dit que le Seigneur nous exhorte à faire des aumônes aux bons plutôt qu’aux méchants, pour que, par l’intercession des bons, soient sauvés ceux qui font des aumônes. Saint Ambroise interprète ce passage de la même façon, ainsi que saint Augustin (livre 21, chapitre 27, la cité de Dieu). Ils disent tous les deux que par amis il faut entendre les saints qui règnent avec le Christ, qui nous aident par leurs prières, et qui nous aideront à notre mort. Ensuite, c’est à cela que nous mène forcément cette comparaison. Car la parabole est tirée d’un certain intendant qui, chassé de son poste et devenu indigent, implorait l’aide de ses amis. Or, le Seigneur lui-même explique que perdre son emploi signifie mourir.
Ajoutons, en troisième lieu, que saint Augustin (livre 21, chapitre 27 de la cité de Dieu) se sert de ce texte pour démontrer le purgatoire. Il dit en effet qu’il y a certains saints qui, après leur mort, s’envolent directement au paradis, et qui non seulement se sauvent eux-mêmes, mais qui sont capables d’aider autrui. Qu’il y en a d’autres qui sont si mauvais qu’ils ne peuvent ni s’aider eux-mêmes, ni être aidés par les autres, mais qui descendent sans remède vers les peines éternelles. Qu’il y en aussi d’autres qui meurent de façon telle qu’ils ne sont ni dignes de la peine éternelle, ni dignes, par leurs mérites propres, de recevoir immédiatement le salut. Voilà donc quels sont ceux qui sont reçus dans les tabernacles éternels par les prières de leurs amis.
Pierre le martyr n’a rien à répondre à cela, mais il s’objecte à lui-même, au nom des catholiques, les choses qui viennent après cette parabole. Il dit que nous affirmons que le mauvais riche était dans le purgatoire, quand il demanda de l’aide à Abraham. Et cet argument, qui serait comme notre tendon d’Achille, il le réfute, et en déduit en même temps que les âmes ne peuvent pas être aidées par les vivants, puisque ni Lazare ni Abraham n’ont pu aider le mauvais riche. Et, par dérision, il se demande pourquoi le mauvais riche n’a pas demandé qu’on célèbre des messes pour lui. Mais presque tous les catholiques déclarent que le mauvais riche était en enfer. Le martyr ne fait donc que frapper de l’air, ou donner un coup d’épée dans l’eau.
Le septième passage est de Luc 23 : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. » Cet homme bon, inspiré par le Saint-Esprit, n’aurait jamais di cela s’il n’avait pas cru que les péchés peuvent être remis dans l’autre vie, que les âmes avaient besoin d’aide, et pouvaient être aidées. Il est certain que c’est avec ce passage que saint Augustin prouve que certains péchés sont remis après la mort. Le huitième est celui des Actes « Que Dieu a libéré des douleurs de l’enfer, parce qu’il était impossible qu’il soit retenu par elles. » Voici comment comprend ce passage saint Augustin (dans sa lettre 99 à Évodius, et dans le livre 12, chapitre 13 de la Genèse). Le Christ est descendu dans les enfers pour en libérer plusieurs des tourments de l’enfer. Comme on ne peut pas entendre ce passage des damnés, il est nécessaire de l’entendre de ceux qui se purgeaient. C’est aussi ce qu’affirme Épiphane au sujet de l’hérésie de Tatien (qui est la dernière de son premier livre). Il dit que quand le Christ descendis dans les enfers, il a libéré ceux qui avaient péché par ignorance, mais ne s’étaient pas éloignés de la foi en Dieu.
Et en plus de l’autorité des pères, on le prouve par ces paroles mêmes de l’Écriture. Car, les douleurs de l’enfer qui ont été abolies ne peuvent pas être celles du Christ, car les douleurs du Christ se sont terminées à la croix, comme il appert des paroles elles-mêmes du Christ au bon larron : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis ! » Elles ne peuvent pas être non plus celles des damnés, parce qu’ils sont condamnés à des feux éternels. Ni non plus les douleurs des saints pères, car ils ne souffraient aucune douleur, comme saint Augustin et saint Grégoire (homélie 22) l’enseignent aux lieux cités. Il reste donc qu’il s’agisse des douleurs des âmes du purgatoire. Tu diras que les Grecs ne lisent pas : les douleurs de l’enfer ayant été abolies, mais une fois abolies les souffrances tou thanatou,(de la mort) non tou adou.(de l’enfer). Ensuite, l’ancienne traduction latine va dans notre sens. La syriaque traduit de même : « Dieu l’a libéré, et a rompu les chaînes de l’enfer. » De plus, les anciens pères grecs et latins. Car, Polycarpe ( au début de sa lettre, citant ce passage, écrit : les douleurs de l’enfer ayant été éteintes. De même Cyprien, (dans son sermon sur la cène du Seigneur, au début) dit, en parlant de ce texte : « Le pieux maître voulait montrer qu’il était impossible que son âme soit retenue dans l’enfer. » On le prouve aussi par les paroles suivantes, car Pierre prouve ce qu’il avait dit en citant le psaume 15 : « Tu ne laisseras pas mon âme dans l’enfer, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption. »
Le neuvième texte est celui de Philippiens 2 : « Pour qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, et dans les enfers. » C’est de ce texte que se sert saint Augustin (livre 12, chapitre 33 de la Genèse), même si par ce mot enfers on peut entendre les démons. Un autre texte est celui de l’Apocalypse 5 : « Qui est digne d’ouvrir le livre, et d’enlever les sept sceaux ? Et personne n’a été trouvé digne ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre. » Par ceux qui sont dans le ciel on entend les anges, par ceux qui sont sur la terre on entend les justes, et par ceux qui sont sous terre on ne peut entendre que les âmes du purgatoire. Car on ne peut pas attribuer cela aux damnés. Et les pères qui étaient dans les limbes avaient déjà été libérés.
Les nôtres se servent de ce texte, mais il ne semble pas être très convainquant, car, il est probable qu’il faille l’entendre des saints pères qui étaient dans les limbes. Car, même si saint Jean a écrit après le temps où les saints pères étaient sortis des limbes, ils n’étaient pas encore sortis à l’époque dont il parle, car il parle du temps qui a précédé la mort du Christ. Car, voilà pourquoi il ajoute : « il a vaincu le lion de la tribu de Juda, de la racine de David… » Car, par sa mort, le Christ a ouvert le mystère du livre clos jusqu’à ce jour. De la même manière, le passage de l’apocalypse (chapitre 5) où il est dit que les créatures qui sont au ciel, sur la terre et sous terre louent Dieu, n’est pas non plus très convainquant. Car, on peut entendre ici, par créatures, des choses inanimées, comme le feu, la grêle etc, que l’on invite, dans le psaume 146, à louer Dieu. Surtout parce que saint Jean ajoute aussi « celles qui sont dans la mer ».
CHAPITRE 9
On prouve le purgatoire par les témoignes des conciles.
Le deuxième argument on le tire des conciles et de la coutume de l’Église. Voici, d’abord ce que l’église africaine pensait (concile de Carthage 3, chapitre 29) : « Et les sacrements de l’autel ne sont célébrés que par des hommes à jeun. Si au cours de l’après-midi une recommandation pour les morts doit être faite, qu’on le fasse seulement par des prières ». On trouve la même chose dans le concile de Carthage 4, chapitre 79). L’Église espagnole pensait la même chose. Le concile de Bracarense 1 (chapitre 34) ordonne de ne pas prier pour ceux qui se tuent, et, au chapitre 39, il ordonne de répartir entre les clercs les offrandes faites pour les prières aux morts. L’église gauloise pense la même chose. Le concile de Cabilon (la consécration, dist 1, canon visum est) dit : « Il a semblé bon que, en plus des messes solennelles, on prie le Seigneur en église dans un lieu idoine, pour les défunts. » Voir aussi le concile d’Aurélie 2, chapitre 14. L’église germanique pense de la même manière. Le concile de Wormat (canon 10) enseigne qu’il faut aussi prier et offrir des sacrifices pour ceux qui sont suspendus au gibet. L’Église italique. Le concile romain 6 sous Symmaque, enseigne que les sacrilèges privaient de prières les âmes du purgatoire.
De même l’église grecque, comme le montre les synodes des grecs rapportés par l’évêque Martin Bracarens (canon 69). Il semble même que certains grecs aient voulu trop aider les âmes du purgatoire, car au concile 6, (canon 83), on reprend les fidèles qui, à ceux qui étaient morts sans la sainte communion, mettaient une hostie dans la bouche.
Que s’approchent maintenant les conciles généraux de l’église universelle. Le concile du Latran, sous Innocent 111, canon 66. Celui de Florence (session ultime, décret sur le purgatoire). Celui de Trente (session 25, au début), et toutes les liturgies, celles de Jacques, de Basile, de Chrysostome, d’Ambroise. Dans toutes ces liturgies on fait des prières pour les morts. Pierre le martyr nous donne trois réponses au lieu cité. La première : « On a coutume de nous objecter que l’Église a toujours prié pour les défunts. Je ne le conteste pas, mais je soutiens que ce fait ne tire son autorité ni d’une parole de Dieu ni d’un exemple tirés des saintes lettres. Les hommes ressentent facilement de vifs sentiments de charité et d’amour naturel envers les défunts, qui leur font désirer de faire une bonne action, et les incitent à réciter quelques prières pour eux. Mais il faut prendre garde que cette affection ne devienne pas si véhémente qu’elle s’oppose à la foi et à la juste piété. » Par ces mots, Pierre le martyr prétend que c’est sans aucun témoignage de l’Écriture que l’Église prie pour les défunts, et qu’elle le fait par une affection déréglée envers les morts, qui répugne à la foi et à la vraie piété.
Saint Augustin répond à la première partie de l’accusation (dans le chapitre 1 de son livre sur le soin des morts) : « Tu ajoutes qu’on ne peut contester le fait que l’Église universelle ait coutume de prier pour les morts. » Et plus, approuvant la sentence de Paul auquel il écrit, il dit : « Dans les livres des Maccabées, nous lisons qu’un sacrifice a été offert pour les morts » Mais même si, dans l’ancien testament, on ne lisait rien de tel, l’autorité de l’église universelle qui est connue comme favorisant cette coutume ne serait pas d’un faible poids. Car, dans les prières du prêtre qui montent de son autel à Dieu se trouve aussi la prière aux morts. »
Il est facile de réponde à la deuxième partie de l’accusation. Car, ce qui, dans les prières pour les chers défunts, vient de l’affection humaine peut se trouver dans les prières privées, et qui sont dites en tout temps. Mais, dans les prières solennelles de l’Église, que l’on lit dans un livre, et qui ont été composées à tête reposée, et qui ont été approuvées par des conciles d’évêques, comment cela pourrait-il se produire ? À la troisième partie, répond Paul, quand il dit (1 tim 3) : « L’Église est la colonne et le firmament de la vérité. » Saint Augustin ne dit-il pas (épitre 118) que c’est d’une insolente stupidité de disputer contre ce que fait l’Église universelle. Ensuite, par la raison. Car si l’église universelle peut militer contre la vraie foi et la juste piété, comme le dit le martyr, l’église entière, peut, par son comportement, faire fi de la prédiction du Christ : les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Qu’est-ce qui est le plus croyable ? Que l’Église entière se retourne contre le Christ, que le Christ et Paul aient menti, ou que Pierre le martyr soit atteint d’une folie insolente ? J’en appelle au jugement de tout homme sensé.
La seconde réponse du martyr est que l’Église ne prie pas pour les défunts afin de les libérer du purgatoire, mais pour attester qu’elle se souvient d’eux, et pour qu’elle conserve leur mémoire le plus longtemps possible. Et il ajoute : « Il y eut peut-être une autre raison au sujet du purgatoire, pour que l’Église fasse des prières pour les défunts. Car, elle ne voulait pas que le nom et la mémoire des défunts tombent dans l’oubli. » Or, saint Augustin (dans le chapitre 1 de son livre sur le soin à apporter aux morts) traitait la question suivante : les prières de l’Église pour les défunts leur sont-elles profitables ? Et il répond qu’elles le sont pour ceux qui, dans cette vie, ne furent pas vraiment méchants, et qui ont mérité qu’elles leur soient profitables. Et cela répond à Pierre le martyr.
La troisième réponse du martyr : l’église remplit sa charge envers les morts comme s’ils étaient encore vivants, et elle prie donc pour ceux qui seront sauvés, comme le Christ a prié pour la résurrection de Lazare, même s’il savait qu’il avait déjà reçu ce qu’il demandait. Et Ambroise, dans son sermon sur la mort de Theodose, le félicite de régner déjà avec le Christ, et prie, cependant pour lui, pour que Dieu lui octroie le repos désiré. Et Épiphane (hérésie 75), dit qu’il prie même pour les saints patriarches, pour les martyrs, pour les prophètes et pour les apôtres.
Je réponds que s’il en était vraiment ainsi, l’Église prierait également pour tous, et même pour les martyrs. Mais elle ne le fait pas. Car, comme saint Augustin le dit dans son traité 84 sur saint Jean : « Voilà pourquoi, à cette sainte table, nous ne commémorons pas les martyrs de la même manière que nous commémorons les morts, qui reposent en paix. Nous prions aussi pour eux (les martyrs), mais surtout pour qu’ils prient pour nous. » Car il ne semble pas du tout convenable que quelqu’un demande ce qu’il a déjà . Et quand le Christ a prié pour Lazare, il n’avait pas encore reçu ce qu’il demandait, car Lazare n’était pas encore ressuscité. Autre est demander quelque chose quand nous savons qu’elle nous sera accordée dans le futur, et autre est demander quelque chose que nous avons déjà reçu. Saint Ambroise espérait que Theodose soit déjà dans le ciel, et c’est pour cela qu’il le félicitait; et, comme il n’en était pas sur, il priait en même temps pour lui. Épiphane n’a jamais dit que, dans l’Église, on priait pour les saints, mais il a dit qu’on faisait mémoire de tous les fidèles défunts, tant pécheurs que justes. Et il ajoute : « Nous implorons Dieu pour les pécheurs pour qu’il leur fasse miséricorde; et pour les justes, pour les séparer du Christ. »
Oui, nous séparons les saints du Christ, non comme le dit Pierre, parce que nous prions les saints et non le Christ, mais parce que nous offrons un sacrifice d’action de grâces pour les saints. Nous n’offrons rien pour le Christ, mais plutôt au Christ avec le Père et le Saint-Esprit. C’est ce que peut nous faire comprendre la liturgie des grecs, dont parle Épiphane, que nous trouvons dans le cinquième tome de saint Jean Chrysostome. Car là , est faite la commémoration de tous les saints, et l’on dit : « Nous t’offrons, Seigneur, ce sacrifice pour les patriarches, les apôtres, les prophètes, et les martyrs, et surtout pour la bienheureuse mère de Dieu. » Que ce sacrifice ne soit pas offert pour des péchés, mais pour leur gloire, la chose est évidente, car la liturgie ajoute tout de suite après : « À cause de leurs supplications, regarde-nous, Dieu. » Et ensuite, on ajoute une prière pour les autres défunts : « Et souviens-toi de tous les fidèles défunts qui se sont endormis dans l’espoir de la résurrection, et fais-les reposer là où l’on voit la lumière de ton visage. » On peut apprendre la même chose du traité 84 de saint Augustin sur saint Jean, et de la cinquième catéchèse de saint Cyrille de Jérusalem, et de notre liturgie qui est tout à fait semblable à celle que saint Augustin, saint Cyrille, et Épiphane décrivent.
&CHAPITRE 10
On prouve le purgatoire par les témoignages desPèresdel’Église ( Pèresgrecs etPèreslatins)
Saint Clément (livre 8, chapitre 47 des constitutions apostoliques) décrit une longue prière qu’on a coutume de faire pour les morts. Saint Denys (chapitre 7, par 3 de la hiérarchie ecclésiastique), dit : « Puis le vénérable ancien s’approche, récite la sainte prière pour les morts. Cette prière implore la divine clémence pour qu’elle remette tous les péchés reconnus par le défunt, et pour qu’elle le place dans la lumière, et dans la région des vivants. » Athanase, ou quiconque est l’auteur de la question 34 à Antioche, demande si les âmes tirent du profit des prières des vivants. Il répond : absolument. Saint Basile, dans sa liturgie, a composé des prières pour les morts. Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur Césaire vers la fin) dit  : « Nous recommandons à Dieu nos âmes et les âmes de ceux qui, marchant plus rapidement, sont parvenus avant nous à l’auberge. » Au même endroit, il prie pour l’âme du même Césaire. Et Ephrem dit, dans son testament : «Faites régulièrement mémoire de moi dans vos prières, car j’ai passé ma vie dans la vanité et l’iniquité. »
Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 5) : « Ensuite, nous prions pour tous ceux des nôtres qui ont quitté cette vie, croyant fermement que sont aidées les âmes pour lesquelles est offerte la supplication du saint et redoutable sacrifice. » Eusèbe (livre 4 sur la vie de Constantin) dit qu’ « il a voulu être enseveli dans le temple célèbre pour qu’il soit participant des nombreuses prières ». Épiphane, à la fin de son livre contre les hérésies, énumère parmi les dogmes de l’église les prières pour les morts, et, à l’hérésie 15, il range Aerius parmi les hérétiques parce qu’il niait cela.
Saint Jean Chrysostome (homélie 41 sur la première lettre aux Corinthiens) dit : « Le mort est aidé non par des larmes mais par les prières, les supplications et les aumônes. » Et plus bas : « Ne nous lassons pas d’apporter de l’aide aux morts, d’offrir des prières pour eux. » Homélie 69 au peuple : « Ce n’est pas témérairement qu’a été statué par les apôtres que, dans les mystères redoutables, on fasse mémoire des défunts. Car, ils savaient qu’ils en retirent un grand profit, une grande utilité. » De même (homélie 32, sur Matth, et 84 sur Jean, homélie 3 sur l’épitre aux Philippiens, et 21 sur les actes des apôtres). Theodoret (livre 5, chapitre 26) de son histoire) écrit que Theodose junior, « s’est prostré sur les reliques de saint Jean Chrysostome, et a prié pour les âmes de ses parents déjà morts : Arcade et Eudoxe ». Theophylacte (chapitre 12 sur Luc) écrit : « Je dis cela à cause des oblations et des distributions qui sont faites pour les défunts, qui ne sont pas d’un faible profit, même pour ceux qui sont morts après avoir commis de graves délits. » Saint Jean Damascène (dans son livre sur ceux qui ont migré dans la foi) prouve cette vérité par le témoignage de plusieurs pères : Denys, Athanase, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse, et d’autres. Voir aussi Pallade dans son histoire lausiaque, chapitre 41.
Venons-en aux latins. Tertullien, (dans le livre de la couronne du soldat)
énumère, parmi les traditions apostoliques, les suffrages pour les défunts. Et (dans son livre sur la monogamie, passé le milieu), il dit : « Qu’elle prie pour l’âme de son conjoint défunt, et elle lui obtiendra entre temps du rafraichissement, et une compagne à la première résurrection des morts; et qu’elle fasse des offrandes pendant tous les jours de sa dormition. Car, si elle ne faisait pas ces choses, elle le répudierait vraiment, en autant que cela dépend d’elle. » Il dit la même chose dans son livre sur l’exhortation à la chasteté, loin du milieu. Saint Cyprien (livre 1, épitre 9) : « Les évêques nos prédécesseurs ont statué que personne ne nomme clerc un frère qui se soustrait à la tutelle et à la garde de l’Église. Et si quelqu’un faisait cela, on ne ferait pas d’offrande pour lui, et on ne célébrerait pas non plus le sacrifice pour sa dormition. » Et plus bas : « Et c’est pourquoi, puisque Victor a osé, contre la directive donnée récemment en concile pour les prêtres, instituer prêtre l’acteur Germinius Faustus, il n’y a pas de raison pour que vous fassiez une oblation ou une prière pour sa dormition. » Saint Ambroise (livre 2, épitre 8 à Faustin, sur la mort de sa sœur), écrit : « C’est pourquoi j’estime qu’il ne faut pas tant la pleurer que la poursuivre par des prières, ni s’abandonner aux pleurs, mais plutôt recommander son âme à Dieu par des oblations. » Voir aussi les prières sur la mort de Theodose, de Valentin, de Satyre, dans lesquelles on supplie Dieu pour les âmes de ceux qu’on vient juste de nommer; et on promet d’offrir des sacrifices.
Saint Jérôme (dans l’épitre à Pammaque sur la mort de sa femme Pauline, avant le milieu) écrit : « Les autres maris répandent, sur les tombes de leurs conjointes, des violettes, des roses, des lys, et des fleurs empourprées. Notre Pammaque, lui, arrose avec le baume des aumônes la sainte dépouille, les os vénérés. C’est avec ces épices et ces odeurs qu’il favorise le repos des cendres, sachant qu’il est écrit : comme l’eau éteint le feu, l’aumône éteint le péché. » Saint Paulin de Noles, dans son épitre au même Pammaque, le loue de satisfaire aux besoins corporels et spirituels de sa femme, les corporels par les larmes, les spirituels par les aumônes. De même, (dans l’épitre 5 à l’évêque Delphin), il lui dit, en lui recommandant l’âme de son frère : « Fais que par tes prières il te soit accordé cela à toi aussi, et qu’une goutte de fraîcheur qui coule du plus petit doigt de ta sainteté l’asperge. » Et dans l’épitre suivante, (qui est la première à Amandus) il dit des choses semblables en recommandant la même âme à l’évêque Amandus.
Saint Augustin (chapitre 2 du soin aux morts) dit : « Dans le livres des Maccabées, nous lisons qu’un sacrifice a été offert pour les morts. Mais, même si on ne lisait jamais rien de tel, l’autorité de l’église universelle qui s’affirme dans cette coutume est loin d’être petite. C’est-à -dire que dans les prières du prêtre qui sont répandues au Seigneur Dieu sur son autel, trouve même sa place la recommandation des morts. » Et, au chapitre 4 : « Quand l’âme s’est recueillie sur le sépulcre d’un corps très cher, et que ce lieu est dédié à un martyr vénérable, elle recommande au même martyr l’âme aimé, et l’affection de celui qui s’en souvient et prie pour elle. Et comme cela est fait par des fidèles pour des défunts, il n’y a aucun doute que la chose soit profitable. » Et plus bas : « Il ne faut pas omettre les supplications faites pour les âmes des défunts, celles qui doivent être faites pour tous les défunts dans la société chrétienne et catholique. Même en taisant les noms de certains, l’église prie pour eux en termes généraux, pour que ceux qui n’ont pas de parents, de fils ou d’amis soient pris en charge par la mère pieuse commune. » Voir la même chose dans l’enchiridion (chapitre 110, livre 9. Confessions, chapitre 13, sermon sur les paroles apostoliques 17 et 34, livre 21 de la cité de Dieu, chapitre 24, et traité 84 sur saint Jean, question 2 à Dulcitium, et ensuite le livre sur les hérésies (chapitre 53) où il déclare hérétique Aetius, parce qu’il niait qu’il fallait offrir des sacrifices pour les morts.
Saint Grégoire (livre 4, chapitre 35), dit : « L’oblation de la sainte hostie salutaire a coutume d’apporter beaucoup de choses aux âmes après la mort, de façon telle que les défunts eux-mêmes semblent y compter ». Et, au chapitre 50 : « C’est une chose qui profite aux morts, dont les âmes ne sont pas grevées de péchés graves, d’être ensevelies dans l’église, car à toutes les fois que leurs parents se rendent aux lieux où ils ont été ensevelis, ils voient leurs sépulcres, ils se souviennent d’eux et répandent des prières pour eux à Dieu. » Isidore de Séville (livre 1, chapitre 16 sur les devoirs divins) : « Si l’église catholique ne croyait pas que des péchés sont remis aux fidèles défunts, elle ne ferait pas, pour le repos de leurs âmes, des aumônes, et elle n’offrirait pas à Dieu le saint sacrifice. » Victor (livre 2 sur la persécution des vandales) : « Qui nous ensevelira avec des prières solennelles à notre mort ? » Ensuite, saint Bernard (dans le sermon 66 sur le livre des cantiques), Pierre de Cluny (dans son livre contre les petrobrusiens) écrivit directement contre cette erreur. Malachie (d’après saint Bernard) : « Ce n’est pas un petit espoir que je place dans ce jour (le 2 novembre ?) où les défunts reçoivent tant de bienfaits de la part des vivants. »
Mais il vaut la peine d’écouter ce que Calvin et le martyr Pierre ont à répondre à cela. Pierre le martyr répond que, à ce sujet, presque tous les pères ont erré, et il énumère leurs erreurs. Et ils errèrent dans des opinions privées que d’autres réfutèrent, car ils ne peuvent pas errer tous ensemble sans que l’Église universelle n’erre et ne périsse. Jean Calvin, lui, dit quatre choses (livre 3, chapitre 5, verset 10 des institutions). La première : « Avant les années 1300, il fut d’usage de prier pour les morts. » Et un peu plus loin : « Mais tous, je crois, étaient tombés en erreur. » Cette confession suffit certes, à elle seule, pour condamner Calvin. Car, comment est-il crédible que l’Église soit, pendant 13 cents ans tombée dans l’erreur, et qu’il n’y ait eu personne, à par Aerius, pour la remettre sur la bonne voie, cet Aerius que les calvinistes et nous considérons comme un hérétique ?
La deuxième. Il dit ensuite que « les anciens ont prié pour les morts, non pour les aider, mais pour leur manifester une pieuse affection, et se consoler eux-mêmes ». Mais cela est un mensonge flagrant, car les pères cités disent clairement que les âmes sont aidées, et ils font la distinction entre les consolations des vivants et l’aide apportée aux morts. Surtout saint Augustin (dans enchiridion, chapitre 110, et dans son livre sur le soin des morts). La troisième. Le peuple chrétien a commencé à prier pour les morts en imitant les païens. Et les pères se sont accommodés de l’opinion du peuple, comme saint Augustin (livre cité). Calvin dit : « C’est ainsi qu’il dispute sur un ton douteux, hésitant et froid pour pouvoir éteindre par sa frigidité le zèle de ceux qui se battent pour le purgatoire. Qu’il ait prié pour sa mère, c’est parce qu’il n’examina pas à la lumière de l’évangile le vœu sénile de sa mère, et voulut être approuvé par tous dans son affection privée. »
Mais cela aussi est un mensonge. Car, dans les débuts, les pères ne furent jamais plus prompts à prohiber les rites des païens que quand un grand nombre de païens se convertirent. Il est certain que Tertullien et Cyprien furent de très sévères ennemis de toute superstition païenne. Et cela au point où Tertullien reproche âprement aux soldats chrétiens de porter une couronne à la manière des soldats païens. Et cependant, ces mêmes sévères censeurs les exhortaient à prier pour les défunts. De plus, non seulement les pères ne blâment pas cet usage, mais ils statuent dans leurs conciles qu’on doit agir ainsi, et ils précèdent les fidèles par l’exemple. Et de plus, beaucoup de ces pères déclarent qu’il s’agit là d’une tradition apostolique. Ils condamnent même Aerius comme hérétique parce qu’il pensait le contraire. Que pouvaient-ils donc dire de plus ? Saint Augustin, dans son livre sur le soin des morts, chapitre 4, explique longuement que, hors de tout doute possible, les âmes sont aidées par des prières et des aumônes; et dans tout le livre, il n’y a pas un mot ou même une syllabe qui insinue le doute dont parle Calvin. Que Calvin se moque du vœu de sainte Monique et des prières de saint Augustin, il n’y a pas là de quoi se surprendre. C’est une chose qui lui est coutumière de critiquer les saints, et d’en rire.
La quatrième. « Sur le purgatoire, les pères n’ont rien affirmé, parce qu’ils le considéraient comme une chose incertaine ». Cela aussi est une intolérable impudence ou une ignorance crasse. Car, d’abord, même s’ils n’avaient pas employé le mot purgatoire, on pouvait facilement comprendre ce que les pères en pensaient, du fait qu’ils disaient si clairement que les âmes des fidèles défunts sont rafraichies et aidées par les prières des fidèle vivants. De plus, il existe bel et bien des passages où ils parlent clairement du purgatoire. J’en donnerai quelques exemples. Saint Grégoire de Nysse (dans son sermon pour les morts, dépassé le milieu) dit : « Après avoir été purgé, dans la vie présente, par les prières et la ferveur de sa vie sage, ou, après avoir, après sa mort, expié ses péchés dans la fournaise du feu purificateur, il voudra retourner à la félicité primitive. » Et plus bas : « D’autres, après la vie, se purifient de la tache de la matière dans le feu purgeur. »
Saint Ambroise (psaume 36 : les pécheurs ont dégainé le glaive) : « Et si le Seigneur sauve ses serviteurs, nous serons sauvés par la foi, mais nous serons sauvés comme à travers le feu. Même si nous ne sommes pas consumés par le feu, nous serons quand même brulés par lui. Que certains demeurent dans le feu, que d’autres passent au travers, l’Écriture nous l’enseigne dans un autre passage, celui de la mer rouge. Dans la mer rouge, l’armée des Égyptiens a été complètement submergée, mais le peuple hébreu a traversé. Moïse a passé, le Pharaon a sombré dans les flots. Ce sont les péchés graves qui l’ont noyé, et c’est de cette façon que sont précipités les sacrilèges dans le lac du feu ardent. » Voir aussi son sermon 20 sur le psaume 118.
Saint Augustin (livre 21, chapitre 16 de la cité de Dieu), parlant des enfants baptisés mourants : « Non seulement il ne sera pas condamné aux peines éternelles, mais il ne souffrira, après sa mort, aucun tourment purgeur. » Et, au chapitre 20, parlant des fidèles adultes décédés avec de légers péchés véniels, il écrit : « Il est certain que ces personnes seront, avant le jour du jugement, purgées par des peines temporaires que subiront leurs esprits, mais qu’elles ne seront pas livrées aux supplices du feu éternel. » De même (dans l’homélie 16, livre 50 des homélies), il écrit : « Ceux qui méritent des peines temporaires passeront à travers un feu purgatoire. Celui dont parle l’apôtre quand il dit : «il sera sauvé, mais comme à travers le feu. » Et (au livre de la Genèse, contre les manichéens, chapitre 20) : « Celui qui ne cultivera pas son champ, et le laissera en friche, aura, pendant sa vie, la malédiction de sa terre dans toutes ses actions; et, après sa vie, il aura le feu purgeur ou la peine éternelle. »
Ensuite, au psaume 37 : « Parce qu’on dit qu’il sera sauvé, on méprise ce feu. Mais bien qu’il soit sauvé par le feu, ce feu est plus pénible que tout ce que l’homme peut souffrir dans sa vie. » Et quand saint Augustin (livre 21, chapitre 26 de la cité de Dieu, et chapitre 29 de son enchiridion), dit qu’on peut se demander si, après cette vie, les âmes sont torturées dans le feu purgeur, il ne doute pas de la peine des âmes, mais du mode et de la qualité de cette peine. Car, dans le premier passage, il se demande seulement si le feu purgeur est le même, en substance, que le feu de l’enfer, celui dont on parle en Matthieu 25 : « Allez au feu éternel ! » Dans l’autre texte, il se demande si, après cette vie, les âmes sont brulées par ce feu douloureux à cause de la perte des biens temporels, qui les tourmentait sur terre, alors qu’elles sont contraintes de se priver de choses qu’elles aiment chèrement. »
Saint Jérôme (à la fin de son commentaire sur Isaïe) : « Comme nous croyons aux tourments éternels du diable, et de tous les négateurs ou impies qui disaient dans leur cœur : il n’est pas de dieu, nous nous attendons à une sentence du Juge modérée, et tempérée par la clémence, pour les chrétiens dont les œuvres ont à être éprouvées et purgées par le feu. » Saint Grégoire (livre 4, chapitre 39 des dialogues) : « Nous croyons que, pour les légères fautes, il y a, avant le jugement, un feu purgeur. » Et (dans le troisième psaume pénitentiel, au tout début) : « Je sais qu’il arrivera que, après la sortie de cette vie, quelques-uns expieront par des flammes purgatives, et d’autres subiront la sentence de la condamnation éternelle. »