Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 157)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La huitième objection. 2 Corinthiens 5 : « Si la maison de notre séjour terrestre est détruite, nous avons, dans les cieux, une demeure non faite de main d’homme, mais éternelle.  On a donc raison de dire que, après leur mort, les hommes sont transférés au ciel sans passer par le purgatoire ». Je réponds que saint Paul ne déclare rien d’autre ici que c’est après la mort, et non avant la mort, que nous avons une demeure céleste. Que tous les hommes soient transportés au ciel immédiatement après leur mort, il ne le dit pas ici, mais il dit plutôt le contraire quand il ajoute : « si toutefois on les trouve vêtus et non nus. » Par cette image, il indique ceux qui sont revêtus de mérites et de vertus, et qui ont donc fait une pénitence parfaite dans cette vie. Ce sont ceux-là qui sont conduits immédiatement dans le ciel. Le même saint Paul dit que les autres sont sauvés, mais comme à travers le feu (1 Corinthiens 3).

La neuvième objection. 1 Corinthiens 5 : « Nous nous tiendrons tous devant le tribunal du Christ, pour qu’il rende à chacun ce qu’il a fait en bien ou en mal dans son corps. » Or, si après cette vie, des péchés étaient remis, et qu’il y avait place pour une purgation, chacun ne recevrait certes pas selon ce qu’il a fait dans le corps. Je réponds que la sentence de saint Paul est très vraie. Car, même ceux qui trouvent un lieu de rémission et de purgation dans l’autre vie, ne reçoivent que ce qu’ils ont fait dans leur corps. Car, ceux-là on mérité, en persévérant dans la foi et la charité jusqu’à la mort, de pouvoir être purgés et aidés après leur mort. Même si les saints ne méritent rien après leur mort, ils obtiennent de Dieu ce qu’ils demandent, car ils avaient mérité aussi en vivant saintement d’être exaucés par le Seigneur après cette vie. Voir ce qu’on enseigne dans le livre de la hiérarchie ecclésiastique de Denys (dernier chapitre par. 3), dans les dialogues de saint Grégoire (livre 4, chapitre 39.) C’est de la même manière qu’il faut entendre le passage : il rendra à chacun selon ses œuvres. Romains 2 : « Chacun portera son fardeau. » Et Galate 6 : « L’homme récoltera ce qu’il a semé. »

Dixième objection. Apocalypse 14 : « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur. L’Esprit dit déjà : qu’ils se reposent déjà de leurs travaux, car leurs œuvres les suivront. » Les hommes pieux meurent dans le Seigneur; ils se reposent donc tous après leur mort. Il n’y a donc personne qui soit tourmenté dans le purgatoire. Je réponds avec le commentaire de ce passage donné par saint Anselme. Le amodo ne signifie pas depuis la mort du chacun, mais depuis le jugement suprême, de qui parle saint Jean dans tout le chapitre. Voici donc quel en sera le sens : bienheureux les morts qui dorment dans le Seigneur, car, déjà, c’est-à-dire depuis la fin de ce jugement dont je parle maintenant, ils se reposeront de leurs travaux pendant toute l’éternité. Ou bien, si cela ne plait pas à quelqu’un, nous pouvons répondre avec Richard de saint Victor et Haimon, dans leurs commentaires de ce passage, que saint Jean parle des hommes parfaits, et surtout des saints martyrs, (car il voulait les consoler par ces mots) qui meurent exclusivement dans le Seigneur, et qui n’apportent rien avec eux qui ait besoin de purgation. Car, ceux qui décèdent avec des péchés véniels, ou avec la dette d’une peine temporelle, ces gens-là ne meurent pas exclusivement dans le Seigneur, mais en partie dans le Seigneur en raison de leur charité, et en partie non dans le Seigneur, en raison de leurs péchés qu’ils apportent néanmoins avec eux. Il ne faut pas s’étonner que nous disions que certains meurent en partie dans le Seigneur, et en partie non dans le Seigneur. Il suffit de lire les deux lettres de saint Augustin contre les pélagiens (livre 3, chapitre 3). Il dit là que ces hommes sont, pendant la vie, en partie des fils de Dieu, et en partie des fils de ce siècle. Que cela suffise pour l’Écriture.

CHAPITRE 13

Réfutation des objections tirées des saints pères.

Brentius présente d’abord saint Cyprien (traité 1 contre Demetrianus, à la fin) : « Quand il sera sorti d’ici, il n’y aura plus de lieu pour la pénitence, la satisfaction n’aura aucun effet. » Je réponds qu’il parle ici de la satisfaction pour la faute qui précède la justification. Car les pères distinguent clairement deux sortes de satisfaction. Une avant la justification qui apaise Dieu comme il se doit et qui incline à la rémission de la faute, dont parle Daniel (4) : « Rachète tes péchés par l’aumône. » Une autre après la justification, qui donne, comme il se doit, une satisfaction à Dieu pour la peine. Que saint Cyprien parle ici de la première justification, ses paroles précédentes nous le laissent assez clairement entendre : On nous exhorte « de satisfaire à Dieu tant que quelque chose de séculier restera, et d’émerger de la profondeur de la superstition ténébreuse, à la lumière candide de la vraie religion ». Il dit la même chose dans ce qui suit : « Ici, la vie est ou perdue ou maintenue. »

En second lieu, il présente saint Jean Chrysostome (homélie 2 sur Lazare), qui parle ainsi : « Quand nous sortons d’ici, il n’y a pas de lieu assigné à la pénitence, ni à la rémission des fautes commises. » Et encore : « Car ceux qui, en cette vie, n’auront pas effacé leurs péchés ne pourront, dans l’autre vie, trouver aucune consolation. » Je réponds qu’il parle ici de la rémission des péchés mortels. Car, par l’exemple du mauvais riche qui était tourmenté dans l’enfer, il nous avertit de ne pas renvoyer notre conversion à l’autre vie. En effet, aucun docteur catholique n’enseigne que des péchés mortels sont remis dans le purgatoire. Ils présentent ensuite saint Ambroise (chapitre 2 du livre sur le bien de la mort) : « Celui qui, ici-bas, n’aura pas reçu la rémission de ses péchés, n’ira pas, là-bas, dans la patrie des bienheureux. » je réponds que saint Ambroise parle de la rémission des péchés mortels. Car, voulant expliquer, il ajoute : « Il n’en sera pas ainsi. Il ne pourra pas parvenir à la vie éternelle, puisque la vie éternelle est la rémission des péchés. » Il appelle ici vie éternelle la grâce de la justification qui est une certaine vie éternelle commencée. Car, si nous ne commençons pas par cette vie éternelle, nous ne parviendrons jamais à la gloire des bienheureux.

Quatrièmement.

Pierre martyr nous oppose ce même saint Ambroise qui (au chapitre 23 de Luc, sermon 46) dit : « Je lis les larmes de Pierre, je ne lis pas la satisfaction. » Je réponds que, dans ce passage, il appelle satisfaction une excuse. Car, nous avons coutume de dire familièrement : je le satisferai, c’est-à-dire, je purgerai par mes paroles le crime qu’on m’objecte, et je montrerai que je suis accusé injustement. Saint Ambroise loue ici saint Pierre pour n’avoir pas cherché d’excuses à son péché, comme avait fait Adam, mais d’avoir confessé et de s’être accusé par ses larmes. Car il ajoute après : « Saint Pierre a bien agi en pleurant et en se taisant, car ce qu’on a coutume de pleurer, on n’a pas coutume de l’excuser, et ce qui ne peut pas être défendu, peut être absous ». Et il avait dit plus haut : « Je trouve qu’il a pleuré, je ne trouve pas qu’il ait dit quelque chose, car Pierre ne dit rien pour se purger. » Cinquièmement. Calvin nous oppose un traité de saint Augustin (49 sur Jean) :

« Quand elles sortiront de ce siècle, toutes les âmes auront des réceptions différentes. Les bons auront la joie, les mauvais des tourments. Mais quand aura eu lieu la résurrection, la joie des bons sera plus grande, et les tourments des damnés plus grands, quand ils seront torturés dans leurs corps. » Et plus bas, il dit, en parlant de la joie des bons : « Le repos qui est donné tout de suite après la mort, sera reçu par chaque défunt, s’il en est digne. » Je réponds que le repos et la joie sont donnés tout de suite après la mort de ceux qui décèdent dans la charité. Car tous seront vite certains de l’éternel salut, qui apporte une énorme joie. Cependant, cette joie n’est pas donnée à tous de la même façon, mais diversement, c’est-à-dire selon la diversité des mérites. À quelques-uns elle est donnée sans être unie à la douleur, et à d’autres avec l’ajout de peines temporelles, comme le même saint Augustin l’enseigne souvent.

Sixièmement, on nous oppose son livre contre les gnostiques, passé le milieu. Saint Augustin écrit : « La première chose que croit la foi catholique de par l’autorité divine est l’existence du royaume des cieux, ensuite de la géhenne, où tout apostat, tout étranger à la foi du Christ expérimentera d’éternels supplices. Nous ignorons absolument un troisième lieu, et nous ne trouvons pas dans l’Écriture qu’il y en a un autre. » Il dit la même chose dans le sermon 14 sur les paroles de l’apôtre, et au livre 1, chapitre 28, sur les mérites des pécheurs, et la rémission.

Je réponds. Il parle des lieux éternels. Car, il écrit contre Pélage qui avait trouvé un troisième lieu pour les petits enfants non baptisés. Ces enfants il voulait qu’ils soient heureux d’une béatitude naturelle en dehors de l’enfer, et en dehors du ciel. Saint Augustin, ou l’auteur de cette lettre, n’a pas nié l’existence d’un troisième lieu temporaire après cette vie. On le comprend facilement parce que la foi catholique enseigne que, en plus du ciel et de l’enfer, il y avait, avant la passion de Notre-Seigneur, « le sein d’Abraham », (Luc 16) où demeuraient les âmes des saints pères.

La réflexion que fait Érasme dans son annotation à ce passage est inepte, Il dit : « Nous ignorons complètement un troisième, le purgatoire. C’est comme s’il disait que le purgatoire est un troisième lieu que la foi catholique ignore. Septièmement. Pierre le martyr nous objecte encore saint Augustin, dans son commentaire du psaume 31 : « Bienheureux ceux dont les péchés sont couverts. » Saint Augustin dit : « S’il a couvert les péchés, c’était pour ne pas les apercevoir. S’il ne veut pas les apercevoir, il ne veut pas en tenir compte. S’il ne veut pas en tenir compte, il ne veut pas punir. Il n’a pas voulu les reconnaitre parce qu’il veut les pardonner. » Je réponds qu’il parle de la peine éternelle. Car, au sujet de la peine temporelle que requiert Dieu, voir les lieux cités (traité 124 sur saint Jean et sur le psaume 50 »

Huitièmement. Ils nous présententl’épître 54 à Macédoine de saint Augustin, où il dit que, après cette vie, il n’y a pas de lieu de correction des mœurs. Je réponds que ce passage ne se rapporte pas à notre sujet. Car, même si, après la mort, il n’y a pas de lieu où les criminels se convertissent, et corrigent leurs mœurs, il y en aura quand même où les péchés plus légers des justes sont purgés, et où sont infligées des peines temporaires pour des crimes déjà pardonnés. Neuvièmement. Ils nous opposent la lettre 80 de saint Augustin à Hesychius : « L’état dans lequel le dernier jour d’une personne trouvera quelqu’un, sera le même que celui dans lequel le trouvera le dernier jour du monde, car chacun sera jugé en ce jour-là tel qu’il était le jour de sa mort. » Je réponds que saint Augustin veut dire que, après cette vie, les mérites et les démérites ne croitront pas, et que tous seront donc jugés pour la gloire ou pour la géhenne, pour de plus ou moins grandes récompense ou punitions d’après les œuvres qui ont été faites avant la mort.

Dixièmement. On nous objecte Theophylactus qui (au chapitre 4 de Matthieu) dit : « Après être sortie de son corps, l’âme n’erre pas, car les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Celles des pécheurs sont amenées là, comme celle du mauvais riche. » Je réponds. Theophylactus indique que les âmes ne se promènent pas à leur gré de par le vaste monde, comme le font les démons, mais sont renfermées dans leurs demeures. Et même s’il ne parle ici que de deux lieux, il n’exclut pas les autres. Les âmes qui sont amenées au purgatoire on peut les rappeler de n’importe lequel des deux lieux qu’il nomme. Car, parce qu’elles sont justes, on peut dire qu’elles sont dans la main de Dieu, même si elles ne sont pas encore dans le royaume. On peut dire aussi qu’elles sont en enfer, parce que le purgatoire est une partie de l’enfer, ou un lieu tout proche.

Onzièmement. Ils nous opposent saint Jérôme qui (au chapitre 9 d’Amos) parle ainsi : « Quand l’âme libérée des liens corporels, obtient la liberté de voler où elle veut, ou est forcée d’aller, ou est conduite aux enfers, dont a dit : en enfer, qui te louera ? ou est élevée aux cieux ». Je réponds que saint Jérôme ne parle pas de la mort naturelle mais de la séparation de l’âme du corps par spéculation. Car, il dispute, en cet endroit, sur l’âme impie qui, à quelque endroit qu’elle tournera sa pensée, trouvera le Dieu vengeur : Car, après avoir dit : ou elle sera soulevée jusqu’aux cieux, Il ajoute : « Là où sont les iniquités spirituelles dans les cieux. Et si elle veut revendiquer la science de la circoncision, et si, après avoir eu des pensées d’humilité, elle veut habiter dans les montagnes, même là elle ne pourra pas échapper à la main scrutatrice de Dieu. Si, désespérant de son salut, elle essaie d’éviter les yeux du Seigneur, et si elle parvient aux derniers termes des faux flots, même là le Seigneur enverra le serpent tortueux et antique, qui est l’ennemi et le vengeur, et il la mordra. SI elle a été attrapée par les vices et les péchés, et est frappée par le glaive du Seigneur, elle reviendra au Seigneur ou par les châtiments ou par les supplices. »

CHAPITRE 14

On réfute les objections tirées de la raison.

Enfin, les arguments tirés de la raison. Le premier. Après la rémission de la faute, aucune peine ne reste. Car, la rémission de la faute se fait par les mérites de la passion du Christ, qui sont infinis et qui suffisent à eux seuls pour enlever toute faute et toute peine. Il ne reste donc rien à purger après la justification. Je réponds en retournant l’argument. Car, si le Christ a satisfait pour toute faute et toute peine, pourquoi, après la rémission de la faute, souffrons-nous tant de choses et mourrons-nous ? Et pour qu’ils ne disent pas que ce sont des châtiments paternels en remède d’un péché futur, pourquoi les enfants baptisés sont-ils infirmes ou malades, ceux surtout qui ne sont pas capables d’un péché actuel ? Je dis donc que la mort du Christ a suffi pour enlever toute faute et toute peine, mais qu’elle doit être appliquée pour être efficace. Autrement, tous les hommes seraient sauvés.

Or, l’application se fait par nos actes et les sacrements. Dieu a voulu, en effet que, après le baptême, soit, par la contrition et la confession avec l’absolution du prêtre, appliqué le mérite du Christ pour effacer la faute, et que par des actes de satisfaction soit enlevée la peine temporelle. Car la peine éternelle est changée en temporelle quand la faute est remise. Quand la faute est remise, l’amitié est rendue, et, en conséquence, le droit à la gloire est donné. Elle ne peut donc plus être punie pendant toute l’éternité, car, alors, elle ne parviendrait jamais à la gloire. Et, cependant, la justice exige que le péché soit puni d’une certaine manière, et c’est pour cela que la peine éternelle est muée en peine temporelle. On en a parlé longuement plus haut, et on en reparlera encore dans la dispute sur la satisfaction.

La deuxième raison. Si on prend le sacrement de pénitence dans son intégralité et au sens catholique du terme, en tant que comprenant la contrition, la confession et la satisfaction pleine et déjà parfaite, on peut accepter tout l’argument. Si on n’y voit que la seule absolution, dans laquelle le sacrement consiste principalement, on nie la conséquence. Car, il y a une grande différence entre le sacrement de l’ablution (baptême) et le sacrement de l’absolution (confession). Et c’est cette ignorance qui est la cause de toutes les erreurs sur la satisfaction, les clefs, les indulgences, et le purgatoire.

Nous disons donc que, dans le sacrement de baptême, Dieu agit libéralement, et applique le mérite du Christ par l’action de l’ablution, de façon à enlever toute faute et toute peine dans le siècle futur, c’est-à-dire, autant dans l’enfer que dans le purgatoire. Mais les peines temporelles de cette vie, le baptême lui-même ne les enlève pas, comme on le voit chez les enfants baptisés malades ou infirmes. Dans le sacrement de l’absolution, Dieu contracte sa main, et applique le mérite du Christ pour enlever la faute et la peine éternelle. Mais il requiert encore des œuvres de pénitence, par lesquelles nous rachetons les peines temporelles. C’est ce que l’on voit dans Hébreux 6. L’apôtre dit : « Il est impossible à ceux qui ont déjà été illuminés (c’est-à-dire baptisés), d’être renouvelés de nouveau pour la pénitence. » (baptismale), car Dieu n’use qu’une fois de cette libéralité. Et dans le chapitre 10 : « À ceux, parmi nous, qui pèchent volontairement après avoir accepté la vérité connue, (c’est-à-dire, après l’illumination du baptême), il ne reste pas d’hostie pour le péché. » C’est-à-dire qu’il ne reste plus d’autre Christ patient et mourant, avec lequel nous puissions mourir par le baptême. C’est ainsi que les Grecs et les Latins expliquent ces deux passages.

Ce qui nous donne un argument tout à fait valable pour le purgatoire. Car, tout de suite après, est placé le « mais », qui indique le contraire : « mais l’attente du jugement est terrible, et l’émulation du feu qui consumera les adversaires. » Car si ce feu ne signifiait que le feu de l’enfer, il s’ensuivrait ou que tous ceux qui pèchent après le baptême doivent absolument être damnés, ou que saint Paul parle pour ne rien dire. Car, on n’a pas de justes raisons de dire qu’à celui qui pèche après le baptême n’est pas laissé un autre baptême, si, après le baptême, il y a d’autres remèdes, comme il y en a, en réalité. Il faut donc dire que par feu, saint Paul entend le feu en général, ou de la géhenne, ou du purgatoire, de façon à ce que le sens soit le suivant : à celui qui pèche après le baptême il ne reste pas de baptême, ni d’autre remède équivalent, c’est-à-dire, aussi facile, qui libère de toute peine. Mais il reste un feu nécessaire et perpétuel, si l’homme ne se convertit pas, temporaire, s’il se convertit. Mais ce feu temporaire du purgatoire aura lieu dans l’autre siècle, à moins que le feu de l’affliction volontairement assumé ne purifie l’homme dans cette vie. Et c’est ce que nous appelons satisfaction.

On voit la même chose chez les Pères qui, pour cette raison, appellent le baptême un baptême facile, et ils le comparent à un navire qui vogue sur les vagues. Mais la pénitence, ils l’appellent un baptême laborieux, larmoyant, un feu, et une seconde arche après le naufrage. De plus, la raison elle-même nous le persuade. Car, celui qui pèche après la première réconciliation, pèche d’autant plus qu’il est plus ingrat, et qu’il a eu une plus grande lumière et une plus grande aide. Voir saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières), et Theodoret (dans son tome des divins décrets, chapitre pénultième), et saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10).

La troisième raison. « L’honneur du Christ doit demeurer intact, car lui seul est notre rédempteur et notre libérateur. Or, si nous satisfaisons, nous divisons l’honneur avec le Christ. Car, nous sommes nous aussi, en partie, nos propres rédempteurs, et nous ne devons pas la totalité de notre salut au Christ, mais seulement une partie ». Je réponds. S’il s’agit de mots, l’Écriture dit clairement : « Rachète tes péchés avec des aumônes. » Et Philippiens 2 : « Opérez votre salut avec crainte et tremblement. » Dans ces passages, l’homme est appelé le sauveur et le rédempteur de lui-même. Mais, pour autant, aucune injure n’est faite au Christ, puisque toute la vertu de nos œuvres et de notre satisfaction dépend du sang du Christ. Nous le faisons cela par son Esprit qui nous a été donné, ou plutôt c’est l’Esprit du Christ lui-même qui l’opère en nous. Exemple. Rien n’est enlevé à Dieu du fait qu’il agit par des causes secondes. Ne pas agir seul, mais donner aux autres le pouvoir d’agir est plutôt un ajout à sa gloire, parce que, par là, apparaissent davantage la puissance et l’efficacité de Dieu.

La quatrième raison. «  Si la satisfaction du Christ nous est appliquée par nos propres œuvres, ou il y a deux satisfactions conjointes, celle du Christ et la nôtre, ou une seule. S’il y en a deux, on est donc puni deux fois pour la même faute, et deux peines correspondent à une seule faute. S’il n’y en a qu’une, ou c’est celle du Christ, et nous, nous ne satisfaisons pas, ou c’est la nôtre, et alors on exclut le Christ, ou nous divisons l’honneur avec le Christ, car lui absout de la faute, et nous de la peine. » Je réponds qu’il y a trois manières d’en parler. La première est de ceux qui déclarent qu’il n’y en a qu’une seule, celle du Christ, et que nous, nous ne satisfaisons pas à proprement parler. Nous faisons quelque chose à la vue de quoi Dieu nous applique la satisfaction du Christ. Ce qui signifie que nos œuvres ne sont que des conditions sans lesquelles la satisfaction du Christ ne nous serait pas appliquée, ou tout au plus, des dispositions. C’est ce que pensait Michaël Baïus (dans son livre sur les indulgences, dernier chapitre). Cette sentence me semble être erronée, car l’Écriture et les pères appellent souvent nous œuvres des satisfactions et des rédemptions de pécheurs. De plus, si l’homme juste peut, par ses œuvres, mériter en justice la vie éternelle, pourquoi ne pourrait-ils pas satisfaire pour la peine temporelle, qui vaut beaucoup moins ?

La deuxième est de ceux qui soutiennent qu’il y en a deux, mais que l’une dépend de l’autre. Ce qui ne me semble pas improbable. Car, même si une seule suffisait, cependant, à la plus grande gloire de Dieu, à qui est faite la satisfaction, et au plus grand honneur de l’homme qui satisfait, il a plu au Christ d’unir la nôtre à la sienne. Une goutte du sang du Christ aurait suffi pour racheter tout le monde, et pourtant, il a voulu répandre tout son sang, pour que sa rédemption soit encore plus riche. Il en est ainsi pour l’homme juste adulte. Il a droit à la même gloire à un double titre : un, provenant des mérites du Christ qui lui sont communiqués par la grâce, et un autre provenant de ses mérites propres.

La troisième semble plus probable. Il n’y a qu’une seule satisfaction actuelle, et c’est la nôtre. Ce qui n’exclut pas le Christ, ou sa satisfaction. Car, c’est par sa satisfaction que nous avons la grâce qui nous permet de satisfaire. Et c’est de cette façon que l’on dit que nous est appliquée la satisfaction du Christ, non que sa satisfaction enlève immédiatement la peine temporelle qui nous est due, mais qu’elle l’enlève médiatement, en tant que c’est d’elle que nous recevons la grâce, sans laquelle notre satisfaction ne vaudrait rien.

En plus de ces objections des hérétiques, discutons, pour qu’apparaisse plus clairement la vérité de la chose, de deux autres objections que les théologiens ont coutume de se faire..

La cinquième raison. Dans le purgatoire, il n’y a pas de mérite. Il n’y a donc pas, non plus, de satisfaction, car c’est la même chose qui est requise pour mériter et satisfaire; et toute satisfaction est méritoire. Je réponds en niant la conséquence. Car sont requises certaines choses qui sont communes au mérite et à la satisfaction, mais aussi quelques autres qui leurs sont propres, par l’absence desquelles apparait un mérite sans satisfaction, et une satisfaction sans mérite. À l’un et l’autre est requise la grâce sanctifiante. Cela ne suffit-il pas ? Non. Car, à la satisfaction est requise une œuvre pénale, ce qui n’est pas requis pour le mérite. Au mérite, est requise la liberté, que suit la louange, ce qui n’est pas requis à la satisfaction. Car, celui est forcé par un juge de rembourser sa dette, satisfait vraiment, même s’il est contraint de le faire. Est requis, en plus, pour le mérite, l’état de la voie. Car Dieu, l’organisateur des jeux olympiques, a voulu que le temps de notre stade soit la vie présente. Voilà pourquoi les âmes qui séjournent dans le purgatoire, qui sont donc dans un état intermédiaire entre les voyageurs et les bienheureux ou les damnés, peuvent satisfaire, mais non mériter, alors que, nous, nous pouvons l’un et l’autre; et que les bienheureux et les damnés ne peuvent ni l’un ni l’autre.

La sixième raison. Le purgatoire a été constitué en partie pour la rémission de la faute vénielle, en partie pour la satisfaction de la peine. Mais aucune de ces choses n’arrive après la vie. Car celui à qui il appartient de se relever de la faute, est tombé dans le péché. Mais, après cette vie, les âmes ne peuvent pas commettre de péché véniel. De plus, tous les péchés sont remis par la pénitence, mais, après cette vie, il n’y a pas de pénitence. Car la mort est, pour les hommes, semblable à la chute des anges, comme saint Jean Damascène le dit (livre 2, chapitre 4). Les anges, par leur chute, ont été fixés dans le mal. De plus dans cette vie, puisque l’homme juste peut mériter l’augmentation de la grâce, il peut aussi mériter la rémission des offenses vénielles. Or, après cette vie, il n’y a plus de mérite. Au sujet de la peine, on donne la preuve suivante. La peine est causée par la faute, et au fur et mesure que croit la faute, la peine croit. Et quand décroit la faute, la peine décroit. Donc, si on enlevait la faute, on enlèverait la peine.

Je réponds que ne manquèrent pas ceux qui, à cause de ces arguments, nièrent que le péché véniel pouvait être remis après cette vie, comme saint Thomas le rapporte (4 dist. 21, question 1, article 2). Mais ils disaient que tous les péchés véniels étaient remis à la mort par la grâce finale. Mais, ils se trompaient car l’Écriture et les Pères enseignent clairement que des péchés légers sont remis après cette vie. Et leur fondement n’est pas solide, car la grâce finale ne peut remettre un péché qui plait encore, ou qui ne déplait pas encore suffisamment. En effet, quelqu’un peut mourir en se complaisant dans un péché véniel, ou ne posant aucun acte, comme quelqu’un qui meut subitement, comme un épileptique, ou un dormeur, ou celui qui est victime d’un ACV foudroyant. D’autres, comme Scott (4 dist, 21, question 1) disent que le seul péché qui reste dans l’homme, quand l’acte est passé, c’est la culpabilité de la peine, et que c’est pour cela qu’on dit que le péché véniel est remis au purgatoire, car c’est là qu’il est entièrement puni. Car, à moins que, dans ce monde, la culpabilité de la peine éternelle ne soit changée en culpabilité de la peine temporelle, et qu’ainsi, commence ici la rémission, elle ne pourrait pas être purgée là-bas.

Cette sentence est fausse, d’abord, parce que, sans aucun doute possible, le péché laisse dans l’homme en plus de la culpabilité de la peine, une tache, ou quelque chose de semblable, par laquelle l’homme est dit formellement pécheur, et digne d’une peine. Et aussi parce que, de cette façon, on ne pourrait pas dire que les péchés véniels sont remis dans le purgatoire, car on ne remet pas ce qui a été entièrement puni. Car la rémission sonne comme un pardon. L’autre opinion est celle de Scott au même endroit. Il soutient que les péchés véniels sont remis au premier instant de la séparation de l’âme et du corps, et qu’ils sont remis à cause des mérites précédents. Car il dit que toute bonne action qui plait davantage à Dieu que ne lui déplait le péché véniel, remet les péchés véniels. De plus, tant que l’homme vit sur cette terre, les péchés véniels ne sont pas tous remis par ces bonnes œuvres, car la complaisance dans le péché l’empêche. Une fois cet empêchement écarté, ce qui se fait au premier instant après la mort, le péché est aussitôt remis. Cette opinion ne plait pas, car il n’est pas probable que les péchés véniels soient remis par toute bonne action, à moins que ne soit présent un déplaisir au moins virtuel de ces péchés.

De plus, il s’ensuivrait que, après cette vie, ne serait remis qu’un seul péché, celui dont l’acte est continué jusqu’à la mort, et c’est ce qu’il admet. Mais c’est contre les Écritures et les Pères, comme il appert des textes cités. Enfin, car il n’y aurait pas lieu de prier pour les défunts afin que leurs fautes vénielles soient effacées, comme l’Église le fait dans ses prières, comme nous le montre Denys (dernier chapitre de la hiérarchie ecclésiastique.) et les prières de l’église, par lesquelles nous demandons que leur soit pardonné ce qu’ils ont contracté par fragilité humaine.

L’opinion vraie est donc celle de saint Thomas ( 4 dist 21, quest 1, art 2) selon laquelle les fautes vénielles sont remises dans le purgatoire par des actes d’amour et de patience. Car, cette acceptation de la peine infligée par Dieu, quand elle procède de la charité, être appelée une pénitence virtuelle. Et bien qu’elle ne soit pas proprement méritoire, parce qu’elle ne mérite pas une augmentation de grâce et de gloire, elle concourt à la rémission du péché. Pour le premier argument, on nie la majeure absolument, car elle ne porte que sur les péchés mortels. Et en ce qui a trait aux péchés véniels, l’âme peut, dans le purgatoire, être libérée des péchés véniels, parce qu’elle en a les moyens, c’est-à-dire les actes de charité contraires aux péché. Mais, elle ne peut pas tomber dans le péché véniel, parce qu’elle manque d’incitation, et surtout parce qu’elle est confirmée dans le bien.

Au second je dis. Après cette vie, il n’y pas de pénitence pour les péchés mortels, parce que les damnés sont confirmés dans le mal, et c’est ce que veut dire Damascène. Cependant, dans les âmes du purgatoire, peut très bien se trouver un déplaisir du péché, provenant aussi de la charité, et qui est donc utile. Au troisième je dis que les âmes du purgatoire ne sont plus en chemin, et que, pour cette raison, elles ne peuvent pas obtenir d’augmentation de la grâce et de la gloire. Mais elles ne sont pas rendues non plus au terme, et c’est pour cette raison qu’elles peuvent faire quelque chose qui se rapporte à la rémission du péché véniel. À l’autre partie de l’argument je réponds que la peine dépend de la faute dans le devenir, non dans l’être. Et c’est pourquoi, au sujet de cette décroissance de la peine qui suit la décroissance de la faute, si on la comprend au sens de « plus la faute est petite plus elle engendre une petite peine » on dit la vérité. Autrement c’est faux, car une peine est due même pour une faute passée.

CHAPITRE 15

La confession du purgatoire appartient à la foi catholique.

Il nous reste maintenant à discuter de la sentence de Pierre le martyr qui (dans le commentaire du chapitre 3 de la premièreépître aux Corinthiens), soutient que l’existence du purgatoire ne peut en aucune façon faire partie des dogmes de foi. Ce fut la première opinion de Luther, ou plutôt sa première erreur. Les raisons qu’il en donne sont au nombre de cinq.

La première. Parce que l’Écriture a fait silence sur le purgatoire dans les passages où se présentait la plus grande occasion d’en parler. Car, en Genèse, chapitre 49, on décrit les funérailles d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Sara, et de Rachel avec grand soin. Mais, par un mot sur le purgatoire. De même, dans le Lévitique, on institue des sacrifices de plusieurs genres pour diverses choses, et aucun n’y est institué pour les morts. Ensuite, saint Paul (dans la première épitre aux Thessaloniciens, chapitre 4) quand il parle explicitement des morts, n’a pas un mot à dire sur le purgatoire. Il dit seulement qu’ils vont ressusciter. Et il conclut : « Consolez-vous les uns les autres avec ces paroles. »

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