Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 164)
Le quatrième on le tire de ce que des chrétiens ont leur sépulture dans les temples des saints. Il s’ensuit que, en se souvenant d’eux, leurs amis se souviennent en même temps des saints dans le temple duquel ils sont ensevelis, et les recommandent à leur patronage. Parlent de cette utilité saint Augustin (chapitres 4 et 5 du livre sur le soin des morts), et saint Grégoire (livre 4, chapitre 50 des dialogues),
Voici maintenant ce qu’on peut répondre aux arguments. Le premier. Je dis avec saint Augustin (livre 1, chapitre 12 de la cité de Dieu), que le Seigneur parle de la douleur que peuvent ressentir les corps tant qu’ils vivent. Et c’est pour cela qu’il dit : « Après cela, ils n’ont plus rien d’autre à faire. » Car le corps des morts, qu’il soit scié, flagellé, ou brulé, ne ressent aucune douleur. Mais il ne suit pas de cela que ne soit pas une aumône l’accomplissement du désir d’être enseveli, qu’un homme a eu tant qu’il demeurait en vie, et qu’il a peut-être encore. Je dis ensuite que, dans cette décrétale sur l’utilité de la sépulture pour le salut éternel, le pontife a enseigné que, par elle-même, la sépulture n’aide ni ne nuit au salut éternel, quoiqu’elle le puisse par accident, à la prière des amis. Je dis en troisième lieu que saint Augustin enseigne seulement que, par elle-même, la sépulture n’est pas une aide qui serve à conquérir la vie éternelle, mais une simple consolation des vivants. Mais, que par accident, elle soit profitable aux morts, lui-même l’enseigne au même endroit.
Au sujet du concile Elibertinus, je réponds que ce concile a réprouvé et prohibé une cérémonie provenant de la superstition des Gentils qui pensaient que les corps des morts sentaient encore quelque chose. Après avoir repoussé cette erreur, ce n’est pas une mauvaise chose d’utiliser cette même cérémonie à une autre fin, c’est-à -dire pour signifier que les âmes vivent encore, et que, en leur temps, les corps aussi ressusciteront; et que nos défunts sont fils de la lumière, non des ténèbres. Quand le concile dit qu’il ne faut pas inquiéter les âmes des défunts, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas inquiéter leurs esprits pour vrai, mais qu’une erreur de ce genre leur déplait. Comme saint Ambroise (livre 2, épitre 8) qui dit qu’on ne doit pas, par des larmes, attrister l’âme de la sœur défunte.
Au troisième je dis que répéter les mêmes prières n’est pas un signe de manque de foi, mais de détermination, de confiance et de ferveur. Car c’est ce qu’a fait saint Paul (2 Corinh 12) quand il demanda trois fois la même chose au Seigneur. Et le Seigneur lui-même (en Matthieu 12), durant son agonie, a répété trois fois la même prière. Au sujet de saint Ambroise, nous avons déjà répondu (chapitre 15) qu’il ne parle pas des prières, mais des gémissements et des lamentations. Voici ce qu’il dit dans son sermon sur Valentinien : « Qu’ils soient bienheureux tous les deux ! Si mes prières ont quelque utilité, aucun jour ne passera sans parler de vous, aucune nuit ne se déroulera sans qu’elle soit remplie de mes prières. Je vous serai toujours présent par mes oraisons et mes oblations. »
À Matthieu 25, je réponds d’abord avec saint Jean Chrysostome (homélie 84 sur saint Jean), quand il dit que le Seigneur n’a pas ajouté : « J’ai été mort et vous m’avez été enseveli », parce que les hommes n’avaient pas coutume de faire spontanément cet acte de miséricorde, mais parce qu’ils dépassaient la mesure en le faisant. » Dans les bonnes choses, comme dans cet acte particulier, un abus s’était glissé selon lequel les riches étaient ensevelis revêtus d’habits somptueux. Il était préférable et plus utile pour les morts, comme saint Jean Chrysostome le dit ailleurs, de donner au pauvres le prix de ces vêtements, pour soulager l’âme de celui qui était enseveli. Pour corriger cet abus, et parce qu’il ne voyait pas nécessaire de recommander cette pratique, le Seigneur n’énuméra pas cet acte de miséricorde avec les autres.
On peut dire aussi que le Seigneur n’a pas parlé de cette sorte d’aumône, parce qu’elle est la plus petite de toutes et la plus obscure, comme saint Augustin l’enseigne (dans son livre sur le soin des morts, chapitre 3). Le Seigneur, dit-il, voulait montrer que c’est en toute justice qu’il récompenserait les bons et punirait les mauvais; et c’est sans doute pour cela qu’il n’a rappelé que les actes de miséricorde qui sont clairement, et selon le jugement de tous, véritablement des œuvres de miséricorde. Que cela suffise pour cette dispute sur le purgatoire.
Fin de la Sixième Controverse Générale : l’Église qui est dans le PurgatoireExpliquée en deux livrespar Saint Robert Bellarmin, s.j., Docteur de l’Eglise catholique romaine.
Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps
JesusMarie.comSaint Robert Bellarmin
Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.
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CHAPITRE 1 : Les erreurs sur les temples
CHAPITRE 2 : Faut-il construire des temples ?
CHAPITRE 3 : La forme
CHAPITRE 4 : La fin
CHAPITRE 5 : La dédicace et la consécration des églises
CHAPITRE 6 : La décoration des temples
CHAPITRE 7 : La bénédiction de l’eau, du sel, des cendres et des cierges.
CHAPITRE 8 : Les pèlerinages
CHAPITRE 9 : Les vœux que l’on fait aux saints
CHAPITRE 10 : Les jours de fête doivent-ils être célébrés par les chrétiens ?
CHAPITRE 11 : Le jour du dimanche
CHAPITRE 12 : Pâque.
CHAPITRE 13 : La pentecôte
CHAPITRE 14 : La septuagésime et les dimanches suivants
CHAPITRE 15 : Les autres fêtes du Seigneur
CHAPITRE 16 : Les fêtes des saints
CHAPITRE 17 : Les vigiles 2018 09 15 début
L’ÉGLISE TRIOMPHANTE
LIVRE 3 : DES CHOSES PAR LESQUELLES
L’ÉGLISE PÉRÉGRINANTE DE LA TERRE
REND UN CULTE
À L’ÉGLISE TRIOMPHANTE DU CIEL PRÉFACE Même si les questions qui portent sur les temples, les vœux, les pèlerinages, les fêtes et les vigiles qui se font en l’honneur de Dieu et des saints n’appartiennent pas seulement à ce livre mais aussi à d’autres, il a semblé bon de les traiter à fond ici, pour les raisons suivantes. Parce que, d’abord, les disputes sont si étroitement reliées les unes aux autres qu’il n’est pas facile de les séparer, et aussi parce que ce qui ne se rapporte pas strictement à cette question pourra être traité plus tard quand l’occasion se présentera. Je n’excepte que les vœux parce qu’on en a déjà beaucoup parlé ailleurs.
Nous commencerons par les temples. La dispute se déroulera en sept parties. La première. Les hérésies qui portent là-dessus. La deuxième. Faut-il ériger des temples. La troisième. De quelle forme ? La quatrième. Dans quel but ? La cinquième. La consécration et la dédicace des temples. La sixième. Leurs ornements. La septième. Les choses que l’on bénit dans les temples : l’eau, l’huile, les cierges, les palmes etc.
CHAPITRE 1 : Les erreurs sur les temples
Les temples de Dieu ont eu deux sortes d’ennemis. La première était formée de ceux qui détruisaient les temples non par haine des temples, mais par haine d’une nation ou d’une religion. L’autre, de ceux qui haïssaient les temples ou leur contenu parce qu’ils les considéraient comme quelque chose de mauvais. De la première sorte furent Nabuchodonosor, Antioche, Pompée, Cassius, Titus, qui profanèrent ou incendièrent le temple de Salomon non par haine du temple, mais par haine du peuple hébreu. Voir 1V Rois, 1 Macchabées X, Joseph «(livre 14 des antiquités, et livre 7 de la guerre judaïque), Cornelius Tacite (livre 21), et saint Augustin (livre 18 de la cité de Dieu).
Dioclétien a ordonné que les églises des chrétiens soient rasées non par haine des temples, mais de la religion chrétienne. (Eusèbe livre 8, chapitre 2 de son histoire de l’église). Julien l’apostat a voulu faire la même chose, comme le rapporte saint Jérôme dans son épitre à Riparius. Les ariens aussi et les donatistes profanèrent et spolièrent les temples des catholiques non par haine du temple, mais de la religion. Voir saint Athanase (dans son apologie pour sa fuite), Theodoret (livre 4, chapitre 10 et 20 de son histoire), et Optatus (livre 5 contre Parmenius).
À l’autre sorte appartiennent d’abord les manichéens. Car, Faust (saint Augustin, livre 20, chapitre 3 et 4) reproche aux chrétiens d’avoir des temples et des autels à la manière des Gentils et des Juifs. À la suite des manichéens, les messaliens exécraient tous les temples et tous les autels, et voulaient qu’on ne prie Dieu que dans les maisons, comme saint Jean Damascène le rapporte (dans les cent hérésies). À la même époque, Eustathius détestait tous les temples, et surtout ceux des martyrs, selon Socrate (livre 2, chapitre 23 de son histoire). Et il voulait que les assemblées se tiennent dans les maisons privées. Les petrobusiens détruisaient les temples, et riaient de la construction de nouvelles églises, d’après Pierre de Cluny, dans sa lettre contre les petrobusiens, et l’auteur de la vie de saint Bernard (livre 3, chapitre 5). Les albigeois enseignèrent la même chose, comme l’écrit Bernard de Luxembourg dans son catalogue. La même chose les Waldenses, d’après Claude Caussordius (dans son livre contre les Waldenses, chapitre 6). La même chose les Wiclefistes, d’après Thomas Waldensem (tom 8, tit 17, et 22). La même chose les Thaborites, d’après Énée Sylvius (de l’origine des Bohémiens, chapitre 35). La même chose les anabaptistes transylvaniens, dans les antithèses du vrai Christ, et du faux Christ, éditées à Albe Julie en l’an 1568.
Pour leur part, les luthériens et les calvinistes admettent des temples, mais seulement pour la prédication et l’administration des sacrements. Ils nous reprochent de faire des temples pour prier, de consacrer rituellement quelques-uns en l’honneur des saints, de les décorer somptueusement. Car les magdebourgeois (centurie 4, chapitre 6, colonne 407 et suivantes) disent beaucoup de choses contre la consécration des églises. Et, dans la préface de la centurie 6, ils reprochent aux chrétiens de construire des églises à grands frais, et de les faire en l’honneur des martyrs. Dans la préface de ses institutions, Jean Calvin blâme l’embellissement des temples avec de l’or, de l’argent, du marbre, et des pierres précieuses. Et (dans le livre 1, chapitre 2, verset 13) il veut que les ornements de temples ne soient que la prédication et l’administration des sacrements. Au livre 3 (chapitre 20, verset 30), il dit qu’on doit ériger des temples pour prier en commun, mais qu’il ne faut y voir aucune sainteté. Il dit en toutes lettres en cet endroit que les prières privées ne se font pas mieux dans un temple que n’importe où ailleurs.
CHAPITRE 2 : Faut-il construire des temples ?
Ceux qui ne veulent pas qu’on érige des temples ne peuvent apporter comme preuves que certains passages de l’Écriture où on lit que Dieu n’habite pas dans des bâtisses faites de main d’homme. Comme Matthieu 5 : « Le ciel est le siège de Dieu, et la terre l’escabeau de ses pieds. » Et Actes 11 : « Mais le Très Haut n’habite pas dans des temples faits par les hommes. » Les manichéens se servaient de ce passage (comme l’atteste saint Augustin dans son livre contre Adimante au chapitre 10), pour prouver que le Dieu de l’ancien testament, qui avait commandé qu’on lui construise un tabernacle et un temple, n’était pas le vrai Dieu mais un mauvais principe, et qu’il était en lutte contre le Dieu du nouveau testament. Saint Augustin les réfutait facilement, car les manichéens disaient que le Dieu de l’ancien testament avait voulu un temple, mais que le dieu du nouveau n’en avait pas voulu.
Or, c’est le contraire que nous lisons dans l’Écriture. Dieu dit dans Isaïe 66 : « Le ciel est mon siège, et la terre l’escabeau de mes pieds. Quelle maison m’édifierez-vous ? » Nous lisons aussi le contraire dans le nouveau testament. Le Christ, dit en Jean 11 au sujet d’un temple fait par l’homme : « Chassez ces chose d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de négoce. » Et en Matthieu 21 : « Ma maison sera appelée une maison de prière. » Le Dieu qui est le même dans l’ancien et le nouveau testament, approuve donc les temples dans lesquels il est adoré, mais n’approuve pas les temples dans lesquels on pense qu’il est enfermé, comme les idoles, c’est-à-dire comme les dieux des nations qui étaient vraiment contenus dans les temples.
CHAPITRE 3 : La forme
Nous ne dirons pas grand chose sur la forme des églises, puisqu’on peut encore aller voir des églises très anciennes. Il faut, cependant, noter deux choses. La première.
À la ressemblance du temple de Salomon, dans lequel se trouvaient l’atrium, la partie sainte, et le saint des saints, les églises ont presque toutes trois parties. La première. Le portique avant l’entrée dans le temple. que les Grecs appellent pronaon et nous vestibule, où demeuraient les pénitents. Ensuite était le naos, le temple, ou le navire. Enfin, bèma ou ierateion, c’est-à-dire le sanctuaire, qui était la partie intérieure du temple, là où était l’autel. Il était séparé du reste du temple par des degrés, des chandeliers et des voiles, ou des rideaux. N’y pénétraient que les prêtres avec leurs clercs ministres. En plus de ces parties du temple, il y avait aussi une petite maison annexée au temple qu’on appelait édicule salutaire, où siégeait l’évêque quand il se préparait à offrir le saint sacrifice. Voir Eusèbe dans la vie de Constantin (livre 3). Il décrit là le temple que Constantin avait fait construire au saint sépulcre. De même Théodoret (1, 4, hist, chapitre 20) où il décrit le sanctuaire, séparé par des rideaux du reste du temple, qu’avait construit l’empereur Valence. Dans le livre 5 (chapitre 17), il parle du sanctuaire et de l’édicule salutaire. Voir aussi saint Jérôme (dans son épitre sur la mort de Népotien), saint Augustin (livre 22, chapitre 8 de la cité de Dieu), et Walfrid Stabon (livre sur les choses ecclésiastiques, chapitre 4 et 6).
Autre chose. Les églises des chrétiens étaient pour la plupart tournées vers l’orient, et avaient quatre côtés tournés vers les quatre parties du monde. À l’exception de quelques-unes qui, en raison de la configuration du lieu, étaient construites autrement. Cela, on le sait en partie par l’expérience, et en partie par le témoignage des anciens. Car, Tertullien (dans le livre contre les valentiniens), dit, pas loin du début, qu’ils ont coutume d’aimer l’Orient. Walfride Strabon (choses ecclésiastiques, chapitre 4), dit que la plus grande partie des églises sont fabriquées de telle façon que ceux qui y prient puissent regarder l’orient. De même Paulin (épitre 12). Attestent la même chose saint Justin (question 118), Épiphane (hérésie 19, qui est celle des Esséniens), Origène (homélie 5 sur les Nombres), saint Basile (chapitre 27 de son livre sur le Saint-Esprit), saint Grégoire de Nysse (sermon 5 sur la prière dominicale), saint Augustin (livre 2, chapitre 5 du sermon sur la montagne), Germain (dans son livre sur la théorie des choses sacrées), saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 13 sur la foi), et tous les anciens auteurs qui disent que c’est une tradition apostolique de prier en se tournant vers l’orient. Cette chose est particulièrement conservée dans les prières solennelles qui sont dites dans les temples.
Les raisons de cette cérémonie sont au nombre de cinq. La première. Parce que le paradis terrestre était à l’orient, Genèse 11, selon la traduction des septante. La traduction latine de la vulgate a : Dieu planta un paradis dès le début. Le grec a ephuteusen paradison enden kata anatolas, et le mot hébreu peut certainement être traduit de l’une et l’autre façon, car il signifie à la foi avant et orient, qui est une partie antérieure du monde. Voilà pourquoi notre interprète, à Genèse 4, a traduit le même mot par région orientale. Nous nous tournons donc vers l’orient pour prier, parce que c’est de l’orient que le soleil se lève et commence à se mouvoir, et c’est pourquoi cette partie corporelle du monde est la plus excellente. En priant, nous tournons donc notre face corporelle vers le corps le plus excellent, soit parce que, comme le dit Justin, il faut donner à Dieu ce qu’il y a de meilleur, ou soit pour nous avertir de tourner la face spirituelle de notre âme vers l’esprit le plus excellent qui est Dieu, comme le dit saint Augustin. La troisième raison. Parce que le Christ que nous prions est la lumière du monde (Jean V111), et parce que « le nom de cet homme est Orient » (Zacharie V1). C’est donc pour signifier que dans la prière nous sommes illuminés par le soleil de justice qu’est le Christ, comme sont éclairés par le soleil corporel ceux qui regardent l’orient, que nous nous servons de cette cérémonie, comme le dit Walfride.
La quatrième raison. Puisque que, en mourant sur la croix, le Seigneur était tourné vers l’est, prier vers l’est c’est comme regarder la face du crucifix. Et parce que, en montant au ciel, il est monté en direction de l’orient (psaume 67) nous nous tournons vers l’est comme pour monter vers lui par nos vœux et nos prières. Et parce que nous croyons que c’est de l’orient qu’il viendra pour le jugement, (Matth 24 : « comme l’éclair qui va de l’orient à l’occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme »), nous prions vers l’Orient comme en attente de la venue du Seigneur, comme le dit saint Jean Damascène.
Nous pouvons ajouter une cinquième raison. Parce que les Juifs priaient et prient vers l’occident, comme le montre Exode 26, où il est dit que la porte du tabernacle était en direction de l’orient, et Ézéchiel 8 : « Voici que dans le temple de Dieu, entre le vestibule et l’autel, vingt-cinq hommes qui se tenaient debout, le dos tourné contre le temple du Seigneur, et faisant face à l’orient, et adoraient au lever du soleil. » Car l’Écriture blâme ceux qui, contre le rite de ce temps, adoraient vers l’Orient. Donc, nous regardons à l’est pendant que les Juifs regardent à l’ouest, pour montrer que leur lettre tue, et que notre esprit vivifie; que le voile demeure toujours sur leurs cœurs, et que avons, nous, déposé le voile en nous tournant vers le Seigneur.
CHAPITRE 4 : La fin
C’est pour quatre fins qu’on érige des édifices sacrés, et c’est de là que viennent les quatre noms qu’on leur donne. La première. Pour offrir des sacrifices à Dieu, et c’est de là que vient le mot temple. La deuxième. Pour prier, et c’est delà que vient le mot oratoire. La troisième. Pour conserver honorablement les reliques des martyrs, et c’est de là que vient le mot basilique, ou mémorial ou martyrium. La quatrième. Pour prêcher au peuple la parole de Dieu, et le paître par les sacrements, et c’est de là que vient le mot église. De ces quatre fins, les luthériens et les calvinistes ne reconnaissent que la dernière. Les anabaptistes et les Waldenses ne reconnaissent même pas celle-là. Car, que dans le nouveau testament, on ne doive pas ériger de temple pour offrir des sacrifices, les hérétiques de ce temps ont toujours cela à la bouche. Et ils le prouvent avec tous les arguments par lesquels ils ont coutume de prouver qu’il n’y a pas de sacrifice externe dans l’Église ou de sacerdoce. Lesquels arguments ne se rapportent pas à la question débattue.
Marloratus a trouvé un seul argument à opposer aux temples, le verset 21 de l’Apocalypse : « Je n’ai pas vu de temple en elle, car c’est le seigneur qui est son temple. » Il s’agit là de l’Église, comme le montre les versets suivants : « Les nations marchaient dans sa lumière, et les rois apportaient leur splendeur en elle. » Ces paroles, saint Jean les a empruntées d’Isaïe (chapitre 60). Or, il est certain qu’Isaïe parle de cette église militante, et on le confirme par la raison que Dieu a voulu que soit renversé le temple de Salomon qui avait été érigé pour offrir des sacrifices. On le confirme aussi par les pères. Car, les pères s’abstiennent habituellement du mot temple, quand ils parlent des églises des chrétiens. Bien plus, ils opposent les églises aux temples, comme saint Jérôme qui, dans l’épitre à Riparius, dit que Julien avait renversé les églises du Christ, ou les avait converties en temples. Et Cecilius, dans Minutius Felix, reproche aux chrétiens de n’avoir, comme les athées, ni temple ni autel. Et Optatus (livre V1) : « Qui parmi nous est entré dans un temple ? ».
Que les églises devaient être instituées pour prier, parce qu’il est préférable de prier dans un lieu plutôt que dans un autre, tous les hérétiques de ce temps le nient. Et ils prouvent ainsi leur assertion. D’abord, par les paroles de Matthieu 6 : « Toi, quand tu prieras, entre dans ta chambre… » et de Jean (4) : « Vient l’heure, et c’est maintenant, où vous n’adorerez le Père ni sur cette montagne ni à Jérusalem. Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. » La prière ne doit donc pas être obligatoirement liée à un lieu. Enfin, ils citent saint Paul, 1 Timothée 2 : « Je veux que les hommes prient dans n’importe lequel lieu en levant des mains pures. » Et puis : Dieu n’est pas plus dans un temple qu’il n’est ailleurs : « car il n’habite pas dans les temples faits de main d’homme, mais il remplit le ciel et la terre. » On peut donc invoquer et adorer Dieu partout.
Qu’on ne doit pas ériger de temples aux saints, ils le prouvent en disant que c’est de l’idolâtrie pure, car les temples appartiennent au culte de latrie. Saint Augustin enseigne (dans son livre contre le sermon des Ariens, chapitre 20, où il prouve que l’Esprit saint est Dieu par les paroles de l’apôtre aux Corinthiens 1, 6 : « Vos membres sont un temple du Saint Esprit. » Il dit : « Si les ariens lisaient que le temple de Salomon a été érigé au Saint-Esprit avec du bois et des pierres, ils ne nieraient pas qu’il est Dieu puisque la constitution du temple appartient au culte de latrie. Comment donc nient-ils que le Saint-Esprit est Dieu, puisqu’il a un corps de beaucoup plus noble. » Voilà pourquoi saint Augustin dit (livre 8, dernier chapitre de la cité de Dieu) : « Ce n’est pas non plus à ces martyrs que nous instituons des temples, des sacerdoces, des sacrements et des sacrifices. Car, ce n’est pas eux, mais leur Dieu qui est notre Dieu. » De même, dans le livre 1 contre Maximin, argument 11 sur le Saint-Esprit, saint Augustin : « Si à un ange très excellent nous faisions un temple avec du bois et des pierres, nous serions anathématisés par la vérité du Christ, et par l’église de Dieu, parce que nous présentons à une créature une adoration qui n’est due qu’à Dieu. Érasme avait noté en marge : « Cela se fait maintenant pour tous les dieux. » Qu’on ne doit pas ériger d’églises pour la prédication et les sacrements, les anabaptistes n’ont pour preuve que l’exemple du Christ, qui prêchait tantôt dans sur les monts, tantôt dans les déserts, tantôt dans le bateau de Pierre, tantôt dans les maisons privées. Il administrait le baptême dans l’eau du Jourdain, et il a institué l’eucharistie dans une maison privée et profane.
Pour réfuter cela d’une façon ordonnée, voici la première proposition : « On a le droit d’instituer certains lieux dans lesquels la parole de Dieu et les sacrements sont administrés au peuple. » Cette proposition va contre Eustathius, les Waldenses et les anabaptistes. On le prouve, d’abord, par l’exemple du Christ et des apôtres qui, même si, de temps en temps, selon les circonstances, semaient la parole de Dieu dans divers lieux, cependant, c’est dans le temple et dans les synagogues, les églises de leur temps, qu’ils le faisaient de préférence. En Matthieu XXV!, le Seigneur dit : « À chaque jour, j’enseignais, assis dans le temple, et vous ne m’avez pas arrêté. » Et Jean XV111 : « Moi, j’ai parlé ouvertement au monde. J’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent. Je n’ai rien dit en secret. » Les actes des apôtres 5. Quand un ange fit sortir de prison les apôtres, il leur dit : « Allez, et, debout dans le temple, dites au peuple toutes les paroles de cette vie. Ce qu’ayant entendu les apôtres entrèrent dans le temple et enseignèrent. » Les apôtres Paul et Barnabée (Actes X111), envoyés pour prêcher, entraient d’abord dans les synagogues, et c’est là qu’ils prêchaient.
Deuxièmement. On le prouve ensuite par l’exemple des premiers chrétiens. Car, que les premiers chrétiens aient eu des lieux de prière distincts des maisons, la première épitre aux Corinthiens le prouve (chapitre X1) : « Quand vous vous rassemblez dans l’église, j’entends dire qu’il y a des dissensions parmi vous. » Et que cette église n’était pas une maison privée, le montre ce qui suit : « N’avez-vous pas des maisons pour manger et boire, ou méprisez-vous l’église de Dieu ? » Et de nouveau : « Si quelqu’un a faim, qu’il mange dans sa maison etc… » Et, au chapitre 14 : « Que les femmes se taisent dans les églises. Si elles veulent apprendre quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison. »
On le confirme aussi par les pères les plus anciens. Car, Clément, (au livre X des reconnaissances, vers la fin), rapporte que, à la prédication de saint Pierre à Antioche, la maison de Théophile fut convertie en église, et que c’est là que fut instituée la chaire de Pierre, d’où il prêchait au peuple. Philon (dans la vie théorique des suppliants, que cite Eusèbe, livre 2, chapitre 17 de son histoire) écrit que les premiers chrétiens s’étaient constitué des maisons sacrées pour célébrer les mystères, et lire les saints livres. Justin (dans son apologie 2, vers la fin) dit que, au jour du Seigneur, les chrétiens se rassemblaient dans un certain lieu pour entendre la parole de Dieu et recevoir l’eucharistie. Tertullien, le plus ancien des pères latins, (dans son livre contre les Valentiniens, près du début), se souvient expressément des lieux sacrés où les chrétiens se réunissaient. Saint Cyprien, dans son sermon sur l’aumône, dit, en blâmant les femmes riches qui venaient à l’église sans rien offrir : « Tu viens au Seigneur sans sacrifice, et tu prends une part du sacrifice que le pauvre a apporté. »
Quand saint Grégoire le thaumaturge, l’égal de Cyprien, voulait construire une église, et n’avais pas suffisamment d’espace libre à cause de la proximité d’un rocher, il déplaçait ce rocher par ses prières, comme le rapporte Eusèbe (livre 7, chapitre 25 de son histoire). Au chapitre 26, ce même Eusèbe raconte que les catholiques étaient entrés en conflit avec Paul de Samosate au sujet d’un édifice sacré, et qu’ils avaient plaidé leur cause devant l’empereur Aurélien. Il importe peu que ce miracle de saint Grégoire le Thaumaturge ait été rapporté par Eusèbe de Césarée ou par son traducteur latin Ruffin : tous les deux sont des auteurs anciens.
Troisièmement. On le prouve par la raison. Le peuple chrétien doit nécessairement se rassembler de temps en temps pour participer aux saints mystères. Car, on ne pouvait ni prêcher ni administrer les sacrements à chaque personne en particulier. Et même si la chose avait été possible, elle n’aurait pas été convenable, car un rassemblement s’impose pour nourrir l’union des âmes. Il est donc nécessaire qu’un certain lieu soit établi pour que ces rassemblements s’opèrent. De plus, si nous avons des lieux déterminés pour d’autres ministères, pour les procès, les banquets et le sommeil, pourquoi pas aussi pour les saint mystères ?
L’exemple de Jésus ne prouve pas le contraire, car, de son vivant, l’église du nouveau testament n’était pas encore instituée. Elle était en train de se rassembler et de se constituer. Il n’y a donc pas à s’étonner qu’elle n’ait pas eu de lieux sacrés propres. Mais, dès que les chrétiens commencèrent à devenir un peuple, ils eurent des églises, comme il a été démontré.
La seconde proposition : « Les églises des chrétiens ont été instituées pour offrir des sacrifices, et c’est pourquoi on les appelle vraiment et proprement des temples. » On peut le prouver d’abord par tous les arguments qui démontrent que l’eucharistie est un sacrifice. Mais cela, comme je l’ai dit, relève d’un autre sujet. On va donc le prouver de la manière suivante. Les églises des chrétiens ont toujours eu des autels : elles furent donc de vrais temples, car un temple n’est rien d’autre que la maison d’un autel. Car, sans autel, on ne peut sacrifier, mais sans temple on le peut. C’est pourquoi, si pour exclure les sacrifices, les hérétiques nient le temple, ils devraient bien plutôt nier les autels. Or, on ne peut en aucune façon nier les autels, comme le laisse entendre saint Paul (1 Corinthiens X) : « Vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur et à la table des démons. »
L’apôtre oppose là la table de l’eucharistie aux tables des idolothytes, qui étaient de vrais autels. C’est pourquoi saint Ambroise emploie le mot autel en expliquant la table de l’eucharistie. Saint Paul dit aussi (dans Hébreux X111) : « Nous avons un autel duquel n’ont pas le pouvoir de manger ceux qui servent avec zèle dans le tabernacle ». Ce passage, les adversaires l’entendent de l’autel de la croix, comme si l’apôtre avait dit : nous avons la passion du Christ dont ne peuvent pas profiter ceux qui sont encore occupés à célébrer sa figure. Mais les pères l’entendent du sacrifice de l’eucharistie. Car, Theophylactus dit qu’il s’agit ici du sacrifice non sanglant. Enseignent la même chose saint Jean Chrysostome, Sedulius, Theodoret, Oecumenius.