Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 166)
Au quatrième argument, je concède que Dieu est partout d’une certaine manière, mais pas de toutes les façons. Car, si Dieu était partout dans ce monde comme il l’est dans le ciel devant les bienheureux, on dirait pour rien : notre Père qui êtes aux cieux. Et, pour réfuter ces paroles de Calvin, (livre 3, chapitre 20, verset 30), il faut savoir qu’il a parlé ainsi : « Il faut se garder de penser que le temple est l’habitation propre de Dieu, où il approcherait plus près de nous ses oreilles, comme on l’a pensé dans les siècles antérieurs. » Ou Calvin veut que Dieu n’habite pas au sens propre dans un temple de façon à y être enfermé, ou il estime qu’en aucune façon Dieu est plus présent dans un temple qu’ailleurs. Si c’est le premier cas, il a raison, mais il ment quand il ajoute que c’est ce qu’on a pensé pendant plusieurs siècles.
Car, les catholiques ne furent jamais stupides à ce point. Si c’est le deuxième cas, il parle manifestement contre les Écritures, car si Dieu avait été partout de la même façon qu’il était dans le temple de Jérusalem, c’est en vain qu’on l’aurait appelé la maison de Dieu (Isaïe 56) et ailleurs souvent. C’est en vain que saint Paul aurait dit que nous sommes le temple de Dieu parce que Dieu habite en nous. Et si Dieu ne parle pas et n’écoute pas plus dans un lieu que dans un autre, pourquoi, je le demande, dans l’ancien testament, les réponses n’étaient-elles données que du propitiatoire qui se trouvait au-dessus de l’arche ?
La quatrième proposition : « C’est à bon droit qu’on édifie et dédicace des temples non seulement à Dieu, mais aussi aux saints.» On prouve cette proposition par les conciles et les témoignages des pères. Le concile de Gangrene (dans son épitre aux évêques d’Arménie), réprouve Eusthatius comme étant un contempteur des basiliques des saints martyrs. Et au canon 20, il nomme les basiliques des martyrs. Le concile de Gabilone (au dernier canon), les appelle basiliques des martyrs. Le concile de Carthage 5, canon 14, interdit de construire des basiliques pour les martyrs, là ou ne se trouve ni le corps ni aucune relique d’un martyr, et où n’a pas habité le martyr. Car une de ces choses est requise pour qu’un lieu puisse être appelé mémorial d’un martyr.
De plus, les pères enseignent la même chose. D’ abord, les Grecs. Saint Cyrille de Jérusalem (dans sa catéchèse 16) se souvient de l’église des apôtres érigée à Jérusalem, au lieu où le saint Esprit était descendu. Saint Athanase (dans son épitre à ceux qui mènent la vie solitaire), nomme le temple de saint Quirinus. Saint Basile (dans le psaume 64), au tout début, invoque le temple sacré des martyrs. Saint Grégoire de Naziance, (dans son sermon1 contre Julien), écrit que Gallus et Julianus avaient commencé d’ériger à grands frais un temple pour le martyr Mamaeus; et il loue Gallus, parce qu’il fait cela avec un grand amour. Grégoire de Nysse dans son discours contre Theodore dit plusieurs choses sur un temple dédié à ce martyr. Saint Jean Chrysostome (homélie 28 au peuple) dit : « Pour les vraies églises royales, les vraies maisons des prière, et les temples des martyrs etc. » Et, dans l’homélie 66, il dit que Constantin, après sa mort, a été le saint portier du pêcheur, parce qu’il avait été enseveli devant les portes de la basilique de saint Pierre à Constantinople. Theodoret (livre 7 aux Grecs), dit que les anciens temples d’idoles sont maintenant des temples de martyrs. Eusèbe (livre 4, chapitres 58, 59, 60 de la vie de Constantin) dit qu’un très beau temple a été érigé à Constantinople en l’honneur des apôtres. Sozomène (livre 6, chapitre 18), se souvient du temple de saint Thomas érigé à Édesse. Socrate (livre 1, dernier chapitre) se souvient de l’église des apôtres. Évagre (livre 2, chapitre 3) se souvient du temple de sainte Euphémie, et (au livre 4, chapitre 8), de celui de Thècle, de grandes dimensions, construit par Zénon.
Nicéphore (livre 13, chapitre 37), se souvient du temple de Basiliseus. Saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 16) déclare qu’on doit construire des temples en l’honneur des martyrs. Et il nous reste encore le livre de Procopius sur les édifices de Justinien, où il énumère plusieurs temples de martyrs et d’autres saints.
Parmi les latins. Saint Ambroise (livre 1, épitre 5 à l’évêque Félix de Comes : « Il a été question d’une basilique qu’il a construite et qui doit être dédicacée au nom des apôtres ». Saint Jérôme (dans son livre contre Vigilance : « Entre dans les basiliques des martyrs, et il t’arrivera d’être purifié. » Au même endroit, et dans l’épitre précédente, il se souvient des basiliques des apôtres et des martyrs. Gaudence, l’égal d’Ambroise, dans son traité sur la dédicace de l’église : « Dieu nous a accordé d’avoir des reliques de martyrs à vénérer; et il nous a fait le cadeau de pouvoir fonder une basilique en leur honneur.
Saint Augustin, (dans le livre des soins à donner aux morts, chapitre 1), se souvient de la basilique de saint Félix : « Pour que soit placé dans la basilique du bienheureux Félix etc. » Et (dans le livre 1, chapitre 1 de la cité de Dieu) : « Attestent cela les lieux des martyrs, et les basiliques des apôtres. » Et (au livre 20, chapitre 21 contre Faust) , il écrit : « Le peuple chrétien célèbre les anniversaires des martyrs avec une solennité religieuse. » Et (au livre 8, chapitre 26 de la cité de Dieu), il dit : « Mais cela semble vous attrister que les basiliques de nos martyrs aient pris la place de leurs temples. » L’auteur du livre sur les dogmes ecclésiastiques (chapitre 73) dit qu’on va dévotement dans les basiliques des martyrs. Au premier anniversaire de la mort de Félix, Paulin dit désirer pouvoir « servir saint Félix en nettoyant et en gardant sa basilique ».
Victor Uticensis (livre 1 sur la persécution des Vandales) écrit que les Carthaginois avaient deux amples églises dédiées à saint Cyprien. Saint Grégoire (livre 2 chapitre 8 de ses dialogues) écrit que, par saint Benoit, sur le mont Cassin, deux temples d’Apollon ont été changés en oratoires des saints, l’un de saint Martin, l’autre de saint Joannis. Le livre pontifical atteste que Sylvestre a dédié des basiliques construites par Constantin, une pour Pierre, et une autre pour Paul, une troisième pour Joannis, une quatrième pour Laurent; Libère une à la bienheureuse Vierge Marie, Damase, une à saint Laurent, Innocent, une à Gervais et Protais, Sixte 11, une à Marie et à saint Laurent, Léon une à saint Corneille, Gélase une à Éphémie, Symmaque, une à saint André, Jean 1 une à saints Philippe et Jacques, Pélage 11 une à saint Laurent, saint Grégoire une à sainte Agathe, Boniface 4, une à la bienheureuse Vierge Marie, et à tous les saints. Tous ces pontifes, à l’exception de Grégoire et de Boniface, vécurent avant l’an mille.
En second lieu, on le prouve par une raison tirée du semblable. Le temple de Salomon n’a pas été érigé seulement pour les sacrifices et les prières, mais aussi pour la conservation de l’arche du Seigneur, comme le montre le livre de Paralipomènes, chapitre 17, où, voulant édifier un temple, David dit à Nathan : « Tu vois que moi j’habite dans une maison en bois de cèdre, et l’arche de Dieu dans une tente de peaux de bêtes. » De même, Paralip chap 28 : « J’ai pensé à édifier une maison dans laquelle reposerait l’arche d’alliance du Seigneur, l’escabeau des pieds de notre Dieu. » On le voit aussi dans Paralip, chapitre V, où, quand le temple fut construit, ils y introduisirent l’arche avec une grande solennité. Et dans le psaume 81, où il est dit que David avait le vœu d’édifier une maison pour l’arche de Dieu. On y lit aussi : « Entre, Seigneur, dans ton repos, toi et l’arche de sanctification. »
Or, le même honneur, ou un plus grand encore, est du aux saintes reliques du Christ et des saints. Car, saint Jérôme disait du sépulcre du Seigneur (épitre 17 à Marcella) : « Les Juifs vénéraient le saint des saints parce que l’arche de l’alliance s’y trouvait. Le sépulcre du Seigneur ne te semble-t-il pas plus vénérable ? » Donc, comme on a pu ériger une maison sur l’arche de Dieu, on peut en ériger aussi sur le sépulcre du Christ. Et si on le peut sur le sépulcre du Christ, on le peut certainement aussi sur les sépulcres des saints. Car c’est la même raison qui vaut pour tous, puisqu’ils ne diffèrent les uns des autres que par le plus et le moins.
De plus, que les reliques des saints soient aussi vénérables que l’arche de Dieu, on le prouve ainsi. Car, l’arche, en tant qu’elle était en bois, ne méritait aucun honneur. Elle était vénérée parce qu’elle représentait le siège de Dieu, et parce que Dieu parlait par elle. Or, les corps des saints furent des sièges vivants de Dieu, et des organes vivants par lesquels Dieu parlait. Car, à Corinthiens 1, 6, il est dit : « Vos membres sont le temple du Saint-Esprit. » Et à 11, Corinthiens 13 : « Le Christ qui parle en moi. » Il sera donc permis de construire des édifices sacrés pour orner et conserver les sépulcres des saints. Et c’est cela la dédicace des basiliques aux saints.
Tu diras que, au moins pour la Vierge et les saints, dont nous n’avons aucune relique, il n’est pas permis d’ériger de basilique. Je réponds que par le mot reliques, nous n’entendons pas des ossements et des vêtements, mais aussi des lieux où les saints ont souffert, où ils ont habité, et où ils ont fait quelque chose de remarquable. Et c’est de cette façon qu’ont été érigées les deux basiliques de saint Cyprien (selon Victor, livre 1), une à l’endroit où il a souffert, et l’autre où reposait son corps. C’est de cette façon qu’ont été érigées beaucoup d’églises de la sainte Vierge et des saints dans les lieux où ils apparurent, où ils firent des miracles.
J’ajoute aussi qu’on peut ériger des basiliques pour conserver la mémoire des saints à cause d’une image ou seulement d’un nom. On peut, par exemple, ériger une basilique à saint Pierre pour que, avertis par une image ou par le seul nom du temple, ceux qui entrent se souviennent de saint Pierre, et le vénèrent et le prient, dans ce lieu, comme patron. Et ce n’est pas contre le concile de Carthage 5, canon 14, qui statua qu’on n’accepte aucun martyrium, à moins que ne soient présentes les reliques d’un saint, qu’il n’ait souffert ou n’ait habité à cet endroit. Car l’intention du concile n’est pas de prohiber absolument toute construction de basilique de martyrs où ne se trouvent pas ses reliques, mais de ne pas croire que ces reliques sont des reliques de tel martyr sans le témoignage d’historiens crédibles.
À l’argument qu’on nous oppose, il y a deux solutions.
La première, celle des auteurs plus récents. Parce que, ne faisant pas de distinction entre temples et basiliques, ils estiment que les édifices sacrés ne peuvent être érigés que pour Dieu, puisqu’on n’offre de sacrifice qu’à Dieu. Mais comme la plupart des temples sont consacrés à Dieu, ils disent, pour pouvoir mettre entre temples et basiliques une certaine différence, qu’on leur donne le nom des saints non parce qu’ils sont érigés pour eux, mais parce que, dans ces temples, on conserve leur mémoire, et qu’ils y sont invoqués comme patrons. Quand donc on lit dans les auteurs anciens ou on entend dire qu’on donnait le nom de temple ou de basilique aux églises de saint Pierre, de saint Paul ou d’autres saints, ils disent qu’on doit donner l’explication suivante. Cette basilique ou ce temple est de saint Pierre, c’est-à-dire est un temple dédié à Dieu en souvenir et au nom de saint Pierre; ou est dédié à Dieu pour qu’on prie là par l’intercession de saint Pierre. Exemple. On dit la messe de saint Pierre, non parce que le sacrifice est offert à Pierre, mais parce qu’il est offert à Dieu en action de grâces pour la gloire accordée à saint Pierre, et pour que, en même temps, saint Pierre soit interpellé en tant que patron et avocat auprès de Dieu. Cette explication est surement bonne et conforme au rite de l’Église, qui est conservé dans la consécration des temples. Car, à toutes les fois que, dans cette cérémonie, le prêtre récite des prières, il dit qu’il consacre le temple en l’honneur de Dieu, et au nom de tel ou tel saint.
L’autre solution admet que les édifices sacrés sont édifiés vraiment et au sens propre du terme pour les saints. Non en tant que temples mais en tant que basiliques, ou martyriums. Car il faut observer que selon la doctrine des anciens pères les mots temple et basilique ne sont pas synonymes; et que même si on les emploie tous les deux pour désigner la même maison de prière, c’est dans un sens différent. Car un édifice sacré est appelé temple au sens propre, dans la mesure où il est érigé pour y offrir des sacrifices. Le même édifice sacré est appelé basilique, dans la mesure où il a été construit pour orner le sépulcre d’un saint, et offrir la possibilité de visiter ses reliques. Car le mot basilique n’a aucun rapport avec les sacrifices. En effet, on appelle basiliques les palais des rois (Esther 5). Bien plus, ce sont ces palais royaux qui sont appelé basiliques au sens propre, et c’est d’eux que vient le nom de basiliques de martyrs.
C’est ce que nous voyons aussi pour les autels. Car une seule et même pierre est appelé autel dans la mesure où on sacrifie à Dieu sur elle. On peut dire aussi la même chose des sépulcres. On donne ce nom dans la mesure où il touche les os d’un martyr. Car, tous les autels sont des sépulcres des saints. Et comme la pierre est dédiée à un saint non en tant qu’autel mais en tant que sépulcre, de la même façon, cette maison est dédiée à un saint non en tant que temple, mais en tant que basilique. Et comme ce serait de l’idolâtrie d’ériger des autels à des saints,-- et ce n’est cependant pas de l’idolâtrie de leur ériger des sépulcres de pierre,-- de la même façon, ce serait de l’idolâtrie d’ériger aux saints des temples en tant que temples. Et ce n’est cependant pas de l’idolâtrie de leur ériger des basiliques. Comme ce n’est pas non plus de l’idolâtrie de donner aux saints des écrins en or ou en argent pour y loger leurs reliques. Car les basiliques ne sont rien d’autre que de grands écrins dans lesquels sont enfermés de plus petits écrins, ainsi que des sépulcres. Il s’ensuit donc que c’est autrement qu’on dit messe de saint Pierre et basilique de saint Pierre. Car, la messe n’est offerte en aucune manière à saint Pierre, ni premièrement, ni secondairement. Mais la basilique, elle, est certainement édifiée à et pour saint Pierre, si non premièrement, du moins secondairement.
Qu’il existe une telle différence entre temple et basilique, on peut le prouver avec les pères. Car saint Augustin (livre 1 contre Maximin, et livre contre les sermons des ariens) atteste très clairement que l’érection d’un temple est un culte de latrie qui n’est du qu’à Dieu. Le même saint Augustin associe le temple avec l’autel et le sacrifice, au livre 8, dernier chapitre de la cité de Dieu. Cependant, dans ces mêmes livres, il reconnait que c’est à bon droit qu’on édifie des édifices en mémoire des martyrs. Et surtout au livre 12, chapitre 10 de la cité de Dieu, où il dit : « Nous, nous ne fabriquons par pour nos martyrs des temples comme à des dieux, mais des mémoriaux, comme à des hommes morts dont les esprits vivent auprès de Dieu. » Le même Augustin ne dit jamais des temples de martyrs. Et cependant, il dit souvent des basiliques de martyrs, comme les autres pères latins.
Les Grecs, eux, disent qu’on construit ou qu’on dédicace des temples aux martyrs, comme le montre saint Basile (psaume 64). Il l’appelle « ieron tôn marturôn ». Saint Grégoire de Nysse parle ainsi, et les autres. Mais il est certain qu’ils employaient le mot matériellement, c’est-à-dire cette maison qui est appelée temple, est fabriquée pour les martyrs; non en que temple pour offrir des sacrifices, mais en tant que basilique pour célébrer la mémoire des saints. Que même eux comprenaient que les édifices sacrés étaient construits pour Dieu mais aussi pour les saints, en souvenir d’eux, comme le sacrifice est offert à Dieu en souvenir d’eux, on le prouve ainsi. Car ils disent que les édifices sacrés ont été construits pour les martyrs, mais ils ne disent jamais qu’on offre des sacrifices aux martyrs. Au contraire, ils le nient explicitement. Comme Theodoret (livre 8 aux Grecs). Ils estimaient donc qu’autre chose était de construire des édifices sacrés pour les martyrs, et autre chose leur offrir un sacrifice. Le rite de consécration ne nous crée pas de souci, car, quand on dit que le temple est consacré en l’honneur de Dieu et au nom du martyr, il s’agit de la consécration d’un temple en tant que tel.
CHAPITRE 5 : La dédicace et la consécration des églises
Les magdebourgeois (centurie, 4, capitre 6, colonne 407 et suivants), reprochent trois choses aux dédicaces. La première. Nous érigeons des temples avec une grande allégresse, et nous les dédicaçons solennellement. Ce qui vient, selon eux, de la kakothèlia des Juifs, et ce qui n’est rien d’autre que réintroduire le judaïsme dans l’Église. La seconde. Que nous employions un si grand nombre de cérémonies dans la consécration des temples. Car, parmi celles-là, certaines ne peuvent pas être excusées de superstition et de magie. Car, d’abord, on peint douze croix, et devant chacune on allume des lampes. On frappe ensuite à la porte du temple, et on ouvre. Ensuite sur des cendres répandues sur les dalles à cette fin, on écrit, avec le bâton pastoral, l’alphabet grec d’un angle à un autre. Et ensuite l’alphabet latin d’un autre angle à un autre angle, de façon à former une croix. On fait ensuite une mixture avec de l’eau, du vin, du sel et des cendres, et on en asperge le temple. Puis, on oint les autels avec le chrisme. La troisième. Ils nous reprochent de penser que les temples sont des lieux plus saints que d’autres. Ce que nous reproche aussi Jean Calvin (livre 3, chapitre 20, verset 30). Nous ajouterons trois sentences à leurs reproches.
La première. C’est de plein droit que l’on dédicace les temples de Dieu dans la joie et solennellement. On le prouve d’abord par l’ancien testament, où nous lisons (Nombres V11) que la dédicace du temple et de l’autel s’est faite dans la liesse populaire, et dans une grande solennité. De plus, nous lisons trois fois que la dédicace du temple a été faite au milieu de la joie générale et avec pompe. La première fois, par Salomon (Paralip livre 2, chapitre 7); la deuxième fois, par Esdras (livre 1, d’Esdras, chapitre 6); la troisième fois par les Macchabées (chapitre 4). À cette solennité qui se renouvelait à chaque année, le Christ lui-même a assisté (Jean, chapitre X). Cet argument, nos adversaires pensent qu’ils jouent contre nous, parce que nous semblons judaïser quand nous faisons ce qu’ils faisaient dans des cérémonies de ce genre.
Mais, cet argument est plutôt en notre faveur. Car, les cérémonies propres aux Juifs, qui ont cessé et qui ne peuvent pas être conservées, sont celles qui avaient été instituées pour signifier quelque chose qui arrivera dans le Christ, ou dans l’Église. Si, en effet, elles étaient conservées, elles auraient une fausse signification, et seraient donc de fausses professions de foi. Parce que l’agneau pascal signifiait la passion future du Christ, celui qui l’immolerait maintenant selon ce rite professerait que le Christ n’a pas encore souffert, ce qui est contre la vraie foi. Or, les cérémonies qui sont fondées sur la raison naturelle, comme la flexion des genoux, la coulpe, ne sont pas propres aux Juifs, même s’ils se les étaient appropriées. Et elles ne semblent pas, non plus, appartenir à la loi cérémonielle, mais à la loi morale.
Que la dédicace du temple soit de ce genre de cérémonies, on le déduit de ce qu’on ne lit pas que ’est Dieu qui ait institué cette cérémonie; mais que c’est guidés par la nature, que Salomon, Esdras et les Macchabées, ont pensé qu’il convenait de rendre grâce à Dieu pour avoir parachevé ce temple, et ont prévu que c’est avec une grand joie que le peuple participerait aux cérémonies. En second lieu, parce que la nature elle-même enseigne que, quand de grandes œuvres sont terminées, on doit se réjouir et rendre grâces à Dieu; et que, quand on entreprend une nouveauté, on invoque Dieu et on s’attaque à l’œuvre avec joie. C’est ce qui se fait dans la dédicace d’un temple. Car, nous exultons et nous rendons grâce à Dieu en voyant une construction terminée; et c’est avec joie et pleins d’espoir, que nous commençons à nous servir du temple.
Troisièmement, car la nature enseigne de célébrer les jours de naissance des grands hommes. Cela, les païens eux-mêmes le faisaient. Et nous célébrons, à chaque année, la création du pontife suprême. De là viennent les sermons de saint Léon sur les anniversaires de son élection à la papauté. Pourquoi ne pourrait-on pas célébrer de la même façon la naissance d’un temple, chose publique, grandiose, et très utile à toute l’église ? Ajoutons enfin que Dieu lui-même semble avoir donné l’exemple d’une dédicace, lorsque, son œuvre terminée, il bénit et sanctifia le septième jour, et le fêta en ne faisant rien.
On le prouve ensuite par la pratique constante de l’Église et la tradition des anciens. Eusèbe (livre 9, chapitre 10 de son histoire), écrit : « Lors des dédicaces des églises, des fêtes étaient fréquemment organisées par les nôtres, dans les villes et en tout endroit, avec une grande joie et une grand exultation. Les prêtres se réunissaient, et même les plus grandes distances ne les empêchaient pas de venir, car le chemin ne paraissait pas long à leur charité. » De même, dans le livre 4 de la vie de Constantin, il écrit qu’il avait convoqué un synode universel à Tyr pour la consécration et la dédicace d’un édifice qu’il avait construit pour les martyrs à Jérusalem, la trentième année de son règne.
Athanase dans son apologie à Constance, dit : « Ceci a été fait par Alexandre de bienheureuse mémoire, et par d’autres pères, qui rassemblèrent le peuple, et qui, quand la construction fut terminée, célébrèrent la dédicace en rendant grâce à Dieu. Il faut, donc, empereur, que tu te complaises dans ces dédicaces. Car cet édifice nouvellement érigé requiert la présence de ta piété. C’est cela seul qui lui manque pour être parfaitement ennobli. Tu te feras un devoir de rendre à Dieu des vœux dans cette maison que tu lui as construite, comme tous le désirent et le souhaitent. » Au même endroit, en faveur des dédicaces d’églises, il présente l’exemple d’Esdras.
Saint Basile, au commencement du psaume 64, dit, pour expliquer pourquoi il était arrivé en retard pour la dédicace de l’église, où le peuple l’avait attendu de minuit jusqu’à midi : « S’il faut vous donner la raison de mon retard, et de ma longue absence, je vous dirai qu’étant chargé d’une autre église semblable à la vôtre, et qui n’en est pas tellement éloignée, j’y ai consumé beaucoup de temps. » Ce texte qui peut passer pour ambigu, les magdebourgeois eux-mêmes (centurie 4, chapitre 6, colonne 408) reconnaissent qu’il parle d’une dédicace de temple.
Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le neuvième dimanche ) commence ainsi : «Qu’il faut honorer les dédicaces de temples c’est une ancienne loi qui est excellente. » Saint Jean Chrysostome fait tout un sermon sur les dédicaces, (tome 3). Sozomène (livre 4, chapitre 13) écrit que Basile d’Ancyre a invité plusieurs évêques pour la dédicace d’un temple. Saint Ambroise (livre 1, épitre 5 à Félix) dit que lui et Félix sont invités par Bassianus à la dédicace d’une basilique. Et, dans l’épitre à sa sœur, que l’on trouve au milieu de ses sermons au numéro 92, il écrit : « Quand j’ai dédicacé la basilique, plusieurs ont commencé à m’interpeller d’une seule voix, en disant : « Feras-tu une dédicace semblable dans une basilique romaine ? » Et j’ai répondu : « Je le ferai, si je trouve des reliques de martyrs. »
Gaudence, dans le traité de la dédicace, dit que plusieurs évêques se sont rassemblés pour la célébration de la dédicace d’une église, qui avait été érigée à Brixe, en l’honneur des reliques de saint Jean Baptiste, de saint André, de saint Thomas, de saint Luc, de saint Gervais, de saint Protais, de Celse, et des quarante martyrs. Saint Augustin a donné cinq sermons au peuple pour célébrer la dédicace d’un temple (251, 252, 253, 254, 255. Et 256). Le pape Gélase (épitre 1 aux évêques de Lucanie et des Abruzzes, chapitre 6) écrit : « Qu’il n’ose pas dédicacer de nouvelles basiliques qui n’ont pas été érigées selon les prescriptions. » De même au chapitre 27, il a formulé d’autres prescriptions à observer lors de la dédicace des basiliques. Félix 1V, qui a vécu avant l’an mille, en parle longuement dans sa lettre décrétale, et il dit, entre autres : « Il faut célébrer à tous les ans les solennités des dédicaces d’églises. » Prosper (par 3 chapitre 38 sur les promesses de Dieu) atteste avoir été présent quand, à Carthage, à été dédicacé un temple célèbre, qui appartenait autrefois aux Gentils. Sur le frontispice, on a trouvé divinement écrites de grandes lettres en airain : le pontife Aurèle l’a dédié. Ce présage plongea tout le monde dans la stupeur, quand on vit que l’évêque Aurèle avait réalisé ce qui avait été prédit longtemps d’avance.
Saint Grégoire (livre 3, chapitre 30 des dialogues) raconte que, en son temps, une basilique a été dédicacée non sans grand miracles; et que ces miracles indiquaient clairement que cette dédicace avait plu à Dieu. Saint Bernard a fait cinq sermons sur la dédicace des temples. Rupert (chapitre 28 de la Genèse), prouve qu’on a raison de fêter les dédicaces. Hugues de saint Victor (livre 2, paragraphe 5, chapitres 2 et 3 sur les sacrements), Isidore (livre, chapitre 35 des devoirs), Raban (livre 2, chapitre 45, sur l’institution des moines), Amalarius (dans son livre sur l’ordre de l’antiphonaire), le bienheureyx Yves (dans son sermon sur la consécration des temples) Walfride (dans les choses ecclésiastiques, chapitre 9), tous ces auteurs parlent de la dédicace des églises comme d’une chose très antique, même s’ils sont eux-mêmes des auteurs anciens.
La deuxième proposition. L’Église a raison de consacrer les temples avec des prières et des cérémonies variées. On le prouve, d’abord, par des témoignages de l’Écriture. En effet, dans l’Écriture, nous avons la consécration d’un temple ou d’un autel dans l’état de la nature, de la loi et de la grâce. Dans l’état de nature. Au chapitre 28 de la Genèse, Jacob érigea une pierre où sacrifier. Il la consacra en répandant sur elle de l’huile, et appela ce lieu Bethel, c’est-à-dire maison de Dieu. Au chapitre 35, ayant été averti par Dieu de faire un autel, il érigea de nouveau une pierre, la consacra en l’oignant, et fit des libations. Cela n’appartient certainement pas à de la magie, car tous louent cette action, et il appert qu’elle plait à Dieu. Elle n’appartient pas non plus aux cérémonies de la loi juive qui n’existaient pas encore. Pourquoi ne nous serait-il pas permis de faire la même chose ?
De plus, dans l’état de la loi, nous voyons Moïse (Exode chapitre 40, Nombres, 7) consacrer, avec de l’huile sacrée et d’autres cérémonies, un tabernacle, un autel et tous ses vases. Il est certains aussi que ces cérémonies ne furent pas magiques. Et bien que ces cérémonies aient appartenu à l’ancien testament, tout en ne lui appartenant pas en propre, puisqu’elles étaient fondées sur la prière, rien n’empêche que nous puissions, nous aussi, y avoir recours. Dans l’état de la grâce ou de l’évangile, nous n’avons pas de témoignages aussi limpides. Mais nous pouvons déduire quelque chose d’approprié des paroles de saint Paul. Au chapitre 11 de l’épitre 1 aux Corinthiens, il leur reproche de manquer de respect envers l’église, en mangeant dans l’église. Ce qui laisse suffisamment entendre que l’église était une sorte de lieu sacré. Car pourquoi accuserait-on de profanation d’église quelqu’un qui fait une chose licite, si ce n’est à cause de la consécration de ce lieu ? Et on le confirme par Denys l’aréopagite qui vécut au temps des apôtres. Dans son livre sur la hiérarchie ecclésiastique (chapitre 5, partie 1), il enseigne explicitement que les autels doivent être oints d’une huile sacrée, et consacrés par un évêque.