Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 168)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Enfin, par la pratique des saints qui, pendant les disettes et les famines, faisaient fondre les vases et les vendaient, comme l’atteste saint Ambroise (livre 2, chapitre 28, des devoirs). Car, si en temps de nécessité, les pasteurs ont raison de sortir des églises les ornements, il est certain qu’on a encore plus de raison de ne pas donner à l’église ce qui serait enlevé, s’il était donné. L’obole de la veuve ne représente pas pour nous une objection, car elle n’a pas donné à l’église la nourriture de ses parents ou de ses enfants, mais la sienne propre. Et celle d’un jour, non de plusieurs jours. Car, elle ne pouvait pas, en deux minutes, se sustenter longtemps.

Quant au lieu, il est certain que tous les lieux ne requièrent pas la même ornementation. Dans les grandes villes, où affluent un grand nombre de fidèles, il doit y avoir des temples splendides. Mais, dans les lieux déserts, fréquentés par les seuls anachorètes, il ne semble pas convenir qu’on fasse un étalage de grandes richesses dans les temples. Et c’est ce que saint Bernard reproche surtout dans son apologie à Guillaume, que les moines de Cluny voulaient avoir des oratoires si grands et si ornés qu’ils seraient semblables ou même supérieurs aux cathédrales et aux basiliques les plus somptueuses. Il leur reprochait aussi de sculpter sur le plancher et d’y peindre des images des saints, de telle sorte que ceux qui étaient forcés de cracher auraient à cracher sur la face des anges ou des autres saints.

Quant à la manière, on pèche quand les ornements des églises sont inutiles ou mondains, et satisfont plus à la curiosité qu’à la piété. Tels étaient les ornements de l’église de Cluny, selon saint Bernard : « Que fait ici cette ridicule monstruosité ? Que font ces immondes singes, ces lions sauvages, ces centaures monstrueux, ces demi-hommes, ces tigres tachetés, ces soldats qui combattent, ces chasseurs qui sonnent du cor ? Tu verras plusieurs corps sous une seule tête, et un seul corps avec plusieurs têtes. On voit un quadrupède avec une queue de serpent, et sur un boa une tête de quadrupède. Ici un cheval avec le derrière d’une chèvre, et là un animal cornu avec le derrière d’un cheval. Une si grande variété de formes diverses apparait partout qu’il est permis de lire davantage sur les marbres que dans les livres; qu’on peut employer une journée entière à admirer toutes ces merveilles, plutôt qu’à méditer la loi de Dieu.

Quant à la personne, quelqu’un pèche quand il veut orner un temple d’une façon qui est au-dessus de ses revenus et de sa condition sociale. Car si quelqu’un qui est un pauvre de profession, et qui mendie son pain, voulait édifier un temple de marbre, et l’embellir avec de l’or et des pierres précieuses, même si, avec des aumônes il pouvait le faire, il ne convient pas à sa profession qu’il agisse ainsi. Car la magnificence n’est pas une vertu des moines, mais des rois. C’est donc avec raison que saint Bernard reprochait aux clunisiens leur somptuosité et leur magnificence, avec lesquelles ils se faisaient l’émules des rois.

Il nous reste encore à répondre aux arguments présentés au début. A celui qui est tiré d’un texte de Jérémie (ne professez pas des paroles mensongères en disant : le temple de Dieu, le temple de Dieu), je réponds que, dans ce texte, le prophète rabroue les Juifs qui, mettant leur confiance dans le temple externe, se croyaient saints comme le temple, et aimés de Dieu; étaient surs que n’arriveraient pas les maux prédits par les prophètes parce qu’ils avaient près d’eux le temple, même si, en vivant mal, ils étaient les temples des démons. Cette réprimande du prophète n’a rien à voir avec la construction et l’ornementation des temples. Car, même si on reproche une trop grande confiance dans le culte externe des temples, surtout quand on néglige le culte interne de l’âme, il ne faut pas en conclure que, à cause de cela, il ne faut ni construire ni orner des temples. Au témoignage de saint Jérôme il faut répondre la même chose. Il blâme ceux qui, ne se souciant pas de devenir des temples de Dieu en vivant bien, se croient en totale sécurité s’ils édifient ou ornent des temples externes.

Le deuxième qui est tiré des paroles de saint Jérôme. Pour pouvoir y répondre plus commodément, il faut faire quelques réflexions préalables. Remarque, d’abord, que le dessein de saint Jérôme est de blâmer ceux qui prennent plus de soin du temple matériel que du spirituel. C’est-à-dire, qui ornent les édifices matériels, mais qui ne se demandent pas s’ils sont dignes de remplir les fonctions sacrées pour lesquelles ils ont été élus. C’est ainsi que commence le reproche qu’il adresse à l’ornementation des temples : « Plusieurs élèvent des murs, dressent des colonnes dans les églises, les enrichissent de marbre, font resplendir les lambris avec de l’or, rehaussent les autels avec des pierreries, alors que leur élection comme ministres de Dieu est nulle. » Ce qu’il dit là est vrai, et l’a toujours été. Note ensuite que l’ornementation du tabernacle et du temple des Juifs fut, en quelque sorte, typique et cérémoniaire. Car le tabernacle et le temple avec toutes ses ustensiles ont été des figures de l’église chrétienne, comme le montre le discours de Jacques (actes XV), où il applique à l’Église les paroles d’Amos : « Après cela, je reviendrai, et je réédifierai le tabernacle de David, et je l’érigerai de nouveau après qu’il aura été détruit. »

Paul dit la même chose à 1 Corinthiens 10 : « Toutes ces choses leur était arrivées en figure. » On voit la même chose dans cette description très minutieuse du temple faite par Ézéchiel (40 et suivants), et dans ce qui a été dit à Moïse (Exode XXV) : « fais tout selon l’exemplaire que tu as vu sur la montagne ». Donc, parce que le temple et le tabernacle étaient des figures, il était nécessaire qu’elles soient telles qu’elles ont été, car, autrement, elles n’auraient pas bien représenté. C’est la même chose dans l’Écriture. Si on change une seule lettre, le mot ne signifie plus ce qu’il signifiait auparavant.

Et comme les figures de l’ancien testament sont révolues, et la loi cérémoniale abrogée, celui qui estimerait qu’est nécessaire maintenant un temple semblable à celui des Juifs, serait superstitieux, comme le sont aujourd’hui les Juifs qui pensent qu’il n’est permis de sacrifier que dans un temple semblable à celui de Salomon. Et c’est dans ce sens que saint Bernard blâme les ornements des temples. Car, même s’il n’y a aucun chrétien qui pense que les temples ont nécessairement besoin des ornements que les Juifs jugeaient essentiels, cependant, ils mettent avant l’élection ministérielle et l’édifice spirituel, le soin de l’édifice matériel. Ils semblent, par leurs actions, être proches de la superstition des Juifs. C’est ce que saint Bernard a noté dans son apologie à l’abbé Guillaume : « Ils me rappellent, en quelque sorte, la manière antique de penser des Juifs. »

La troisième note. L’ornementation du tabernacle et du temple des Juifs ne fut pas seulement cérémoniale et typique, mais morale. Car, même si elle n’avait été la figure de rien, la raison naturelle elle-même aurait dicté que la maison de Dieu devait être ornée. Et, de cette façon, c’est à bon droit que nous voyons dans l’ornementation du tabernacle et du temple un exemple de nos temples. Saint Jérôme, en effet, n’a jamais reproché cela, il même dit explicitement dans sa lettre à Démotriade : « Je ne le condamne pas, je ne l’interdis pas. »

À la troisième objection tirée d’Ambroise (que Calvin présente dans la préface à ses institutions), je dis que dans les paroles de saint Ambroise, il y a beaucoup de choses contre nos adversaires, mais rien contre nous. Car, tout d’abord, saint Ambroise dit que les vases en or de l’église ne doivent pas être aliénés, à moins d’une grande disette. L’Église se servait donc à cette époque de vases en or. Ensuite, s’il devient nécessaire d’aliéner des vases de l’église, il faut chercher avec soin s’il n’y a pas des vases qui n’ont pas encore été initiés, et si on en trouve de ce genre, on ne laissera pas toucher les vases initiés. Les vases étaient donc consacrés avec un certain rite. En troisième lieu, il dit que s’il devient nécessaire de vendre des vases initiés, on ne doit pas les vendre intégralement, mais les faire fondre, et en vendre des parties. Qu’on doive faire tout cela, nous l’admettons, nous.

Mais ces choses s’opposent aux hérétiques de notre temps qui ne veulent pas que les vases soient sanctifiés et consacrés par un certain rite. Quand donc saint Ambroise dit que les sacrements ne cherchent par l’or, il ne veut pas dire que les sacrements ne requièrent l’or en aucune façon, mais qu’ils ne le requièrent pas nécessairement, même s’ils les requièrent pour des raisons de convenance, quand il est possible de s’en procurer. Et quand il ajoute qu’ils ne se plaisent pas dans l’or et qu’ils ne sont pas achetés par l’or, cela ne veut pas dire que l’or leur déplait plus qu’une autre matière, mais qu’ils ne plaisent pas plus parce qu’ils sont administrés dans l’or. Si l’or leur déplaisait, ou s’il ne plaisait pas plus qu’une autre matière, saint Ambroise n’aurait pas conservé ces vases tant qu’il n’aurait pas été obligé de les vendre. Bien plus, jamais il ne s’en serait servi.

À la quatrième objection qui est celle d’Acace, je dis que les paroles de cet évêque ont le même sens. Car, comme l’église avait en abondance de ces sortes de vases (comme l’écrit Socrate), quand se présenta une nécessité subite de racheter des captifs, ce saint évêque vendit une partie de ses vases pour racheter cinq mille captifs. Et ces paroles (notre Dieu n’a besoin ni de patènes ni de calices, parce qu’il ne mange ni ne boit) signifient que, pour Dieu, ces vases ne sont d’aucune utilité, et que, quand une occasion se présente qui les rendrait plus utiles s’ils étaient vendus, il faut les vendre, parce que ce sera ainsi plus agréable à Dieu et plus honorable. Car, comme le dit saint Ambroise, c’est une belle louange qu’on rend au Christ quand on peut dire que le Christ a racheté des pauvres; ou que le calice du Christ n’a pas racheté des captifs seulement par le sang qu’il contient, mais par le prix de sa valeur marchande. Car, le calice rachète de l’ennemi ceux que le sang a rachetés du péché.

À la cinquième objection tirée d’un texte de saint Hilaire, je réponds que ces paroles ne se rapportent pas au sujet que l’on traite. Car, il ne s’agit pas là de l’ornement du temple. Il réprimande ceux qui, dans un temple, écoutaient parler l’évêque hérétique Auxentius, parce qu’ils pensaient que la vraie église et le vrai évêque étaient là où se trouvait un temple consacré à Dieu. Ils n’avaient pas remarqué que bien souvent de vrais temples étaient occupés par de faux évêques; et que les vrais catholiques étaient souvent forcés d’aller prier dans des granges, des cavernes ou des déserts. À la sixième objection tirée de Lactance, je réponds que Lactance voulait prouver que c’était en vain que les Gentils offraient des dons aux idoles, c’est-à-dire à des dieux qui ne sentent, ne voient et n’entendent pas : « C’est en vain, dit-il, que les hommes fabriquent des dieux et les ornent d’or, d’ivoire et de pierres précieuses, comme s’ils pouvaient tirer un plaisir quelconque de ces choses. À quoi peuvent bien servir les dons les plus précieux à ceux qui ne sentent rien ? » Il prouve cela en imitant Perse, qui a écrit sagement qu’on ne doit pas apporter des vases en or dans les temples, comme si pouvaient s’en réjouir des dieux en bois et en marbre qui ne sentent rien. Mais qu’il faut plutôt offrir au Dieu vivant, comme il le dit : « l’observation de la justice, la beauté de l’âme, et de saintes actions. » Il ne condamne donc pas l’or des temples quand il est employé à bon escient, c’est-à-dire pour inspirer des sentiments de piété. Il le réprouve seulement quand il est offert à Dieu en tant qu’être corporel, un dieu qui se délecte corporellement de ces choses.

À la septième tirée de saint Bernard, je dis que saint Bernard ne condamne pas les ornements d’église en soi, mais ceux que les moines de Cluny étalaient dans leurs temples. Car, comme nous l’explique l’apologie, saint Bernard reproche d’abord à des moines, qui sont des pauvres de profession, d’ériger des églises aussi grandes que des basiliques ou des cathédrales. Ce qui ne convenait pas à leur vœu de pauvreté. Il leur dit qu’en ornant ainsi leurs temples, ils montrent qu’ils sont faibles et charnels. Car les ornements et embellissements des temples conviennent principalement à ces églises où le peuple a coutume de se présenter en foule, les hommes simples ayant besoin de ces choses. Voilà pourquoi il dit au même endroit : « Autres sont les raisons qu’ont les évêques d’orner leurs églises, autres les raisons qu’ont les moines. Nous savons très bien, en effet, que, étant les débiteurs et des savants et des ignorants, ils ne peuvent pas exciter la dévotion d’un peuple charnel par des moyens spirituels, mais seulement par des ornements corporels. » Il leur reproche aussi d’orner les temples pour des motifs d’ordre pécuniaire, pour qu’ils soient plus nombreux à faire des offrandes; d’injurier les saints en sculptant leur images sur les dalles; de gaspiller dans ces ornements luxueux l’argent qu’ils reçoivent pour les pauvres nécessiteux; de peindre ou sculpter des choses profanes ou mondaines, qui, loin de porter à la piété, ne peuvent nourrir que la curiosité.

À la huitième objection tirée de saint Jean Chrysostome, je réponds qu’il ne nie pas qu’il soit licite de construire ou d’orner des temples. Il réprouve seulement qu’on fasse passer la fièvre de l’ornementation avant le zèle envers les pauvres. Mais Théophylacte, disciple de saint Jean Chrysostome, semble enseigner le contraire. Il n’est pas difficile, cependant, de les concilier. Il faut donc savoir que, absolument parlant, il est préférable d’honorer Dieu en soi-même que dans les pauvres, car la charité envers Dieu doit toujours passer avant la charité envers le prochain. Néanmoins, parce que Dieu n’a besoin de rien, et que les choses que nous lui offrons il veut qu’elles nous soient utiles à nous plutôt qu’à lui, on honore Dieu davantage, et on lui fait quelque chose qui lui plait davantage, quand ce que nous lui offrons est plus utile aux hommes.

Voilà pourquoi quand les temples se portent assez bien, et que les pauvres souffrent notablement de faim et de froid, il est préférable de donner aux pauvres en aumônes les embellissements que l’on ajouterait aux temples. Et c’est de cette situation que parle saint Jean Chrysostome. Car, il voyait des hommes qui étaient prompts à offrir de grands dons aux églises, mais qui fermaient les yeux sur les besoins des pauvres. Et c’est dans ce sens qu’il faut entendre la fameuse parole d’Osée, chapitre V1 : « Je veux la miséricorde, et non le sacrifice. » C'est-à-dire, je préfère la miséricorde aux sacrifices.

Le contraire est également vrai. Si, à quelque part, les pauvres sont assez bien traités, mais les temples informes et repoussants, et que, à cause de cela, la piété et la dévotion sont en baisse, il est alors préférable de donner de l’argent pour l’entretien et l’ornementation des temples, car cela est plus utile au prochain, dont la piété et la dévotion sont aidées par ces ornements. Et, c’est dans ce sens que parle Theophylactus. Quand sont égales l’indigence des temples et celle des pauvres, --pourvu qu’elle ne soit pas extrême--il semblerait préférable de donner au temple plutôt qu’aux pauvres, car il faut faire plus pour l’indigence spirituelle que pour l’indigence corporelle, et parce que l’ornement d’un temple est un bien plus durable et plus communautaire, qu’une aumône faite à un pauvre; et parce qu’on donne plus immédiatement à Dieu.

À la première raison, je réponds trois choses. La première. Le Christ a été pauvre, et, tant qu’il a vécu sur la terre, il n’a exigé ni pompe ni délices. Cependant, il n’a pas récusé les marques d’honneur et de respect qu’il voyait comme nourrissant et augmentant la dévotion des pieux, comme son entrée à Jérusalem sur un âne nous le montre. Il a accepté aussi de bon cœur (Matth 21) qu’on étende des vêtements sur la route où il devait passer, vêtements que les ânes foulaient aux pieds et déchiraient probablement. (Matth XXV1 et Jean X11). Je dis ensuite que le Christ fut pauvre, qu’il a aimé une étable, des vêtements usés, des mets rudimentaires et grossiers, car tout cela convenait au temps de sa mortalité. Car, il venait pour souffrir, pour racheter le monde par les labeurs et les douleurs. Et maintenant, après sa mort et sa résurrection, il convient, puisqu’il règne glorieux dans le ciel, de lui ériger des demeures magnifiques et splendides.

Ajoutons, en troisième lieu, que les temples sont dédicacés au Christ surtout en raison de sa divinité. De ce point de vue, il a toujours été roi des rois et seigneur des seigneurs. C’est donc en toute justice et rectitude qu’on lui construit des temples magnifiques, tels qu’ils conviennent à Dieu, même si, dans sa forme d’esclave, il a enseigné l’humilité et la pauvreté par la parole et par l’exemple. Au deuxième, je dis que les ornements ne sont pas inutiles, parce qu’ils sont des signes de révérence et de piété envers notre Dieu, et parce qu’ils excitent les âmes à la dévotion. Donc, à la question de Perse : dites aux pontifes, que fait l’or dans le saint lieu, je réponds qu’il fait beaucoup de bonnes choses que j’ai ai déjà énumérées.

Au troisième, je dis que ces ornements n’ont pas pour but de distraire, mais d’inspirer la dévotion; et que si quelques-uns sont distraits par eux, la faute revient à ceux qui abusent des bonnes choses. À moins que ces ornements soient mondains et profanes, et tout à fait inappropriés. A la quatrième objection qui portait sur le soin à donner aux pauvres, j’ai déjà répondu. Ajoutons que, si à cause des pauvres ordinaires, il n’était pas permis de construire et d’orner des temples, il serait encore moins permis d’orner des palais, d’organiser des festins, de posséder des chevaux, des serviteurs, etc. Si, pour conserver le train de vie des nobles, ces choses sont permises, en dépit de la multitude des pauvres, pourquoi ne serait-il pas permis d’orner des temples pour préserver la majesté des temples sacrés, en dépit de la multitude des pauvres ?

À la cinquième (Matth 25), je dis qu’on énumère les œuvres mineures pour pouvoir plus facilement comprendre ce qu’il faut penser des majeures. Il dit, en effet : « Allez dans le feu éternel, parce que j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger. » Il ne dit pas : allez dans le feu éternel parce que vous vous êtes emparés de choses étrangères, mais on déduit cela facilement de ce qui a été dit. De même, il ne dit pas : allez dans le feu éternel parce que vous n’avez pas édifié de temple, mais on peut le déduire de ce qui a été dit. Car, s’il est damné celui qui ne fait pas d’aumône, quand il est tenu de la faire, il sera condamné encore beaucoup plus celui qui n’a ni édifié, ni réparé ni orné un temple quand il était tenu de le faire. Quels sont ceux qui sont tenus et ceux qui ne sont pas tenus, c’est une autre question, et qui n’ajoute rien à la dispute présente. CHAPITRE 7 : La bénédiction de l’eau, du sel, des cendres et des cierges.

Les premiers qui ont commencé à rire de ces bénédictions sont les Waldenses, comme il appert d’un fragment de l’œuvre de Reynerius, (que l’on trouve à la fin du livre de Claude Coussord contre les Waldenses). Au témoignage de ce Reynerius, ils ont apparus ces Waldenses, en l’an du Seigneur 1170. Après eux, vinrent les flagellants, en l’an du Seigneur 1350, (au témoignage de Bernard du Luxembourg, dans son catalogue). Ils avaient mis toute la piété dans le baptême du sang par la flagellation spontanée; et affirmaient qu’ils avaient reçu simultanément la fin de tous les sacrements : le baptême, la confirmation, la pénitence, et toutes les bénédictions de l’au, du seul, et des cendres. Voilà pourquoi le goupillon avec on lequel on asperge d’eau bénite les fidèles, ils l’appelaient clef de la mort; et les gouttes d’eau, étincelles infernales. Après eux, les Wicléfistes (selon Thomas Wlaldensis, tome 3, dernier titre, chapitre 68) affirmaient que les bénédictions d’eau, de sel, de vin, de pain, de cierges et d’autres choses semblables étaient de la vraie nécromancie. Enée Sylvius (livre 3, chapitre 35 de l’origine des Bohémiens) écrit la même chose sur les hérétiques qui se développèrent en Bohème.

Martin Luther (dans son livre sur la vision de Daniel contre Ambroise Catharinus) condamne, lui aussi, toutes ces bénédictions. Les magdebourgeois (centurie 2, chapitre 6, colonne 121) disent que la consécration de l’eau est attribuée par les catholiques à Alexandre, pape et martyr, comme étant son auteur. Mais, il serait plus juste de l’attribuer à un pontife des Gentils, parce que le rite est païen, comme l’est l’aspersion d’eau lustrale. Calvin (livre 4, chapitre 10, verset 20 parle contre l’eau bénite. Il dit d’abord que les catholiques se contredisent quand ils prétendent que la bénédiction de l’eau est d’origine apostolique, tout en référant son institution au pape Alexandre, qui fut le sixième successeur de Pierre.

Il dit ensuite que cette institution est beaucoup trop récente pour être attribuée à Alexandre ou aux apôtres. Car, saint Augustin (épitre 19, chapitre 118) dit que les catholiques ont omis la cérémonie du lavement des pieds le jour de la cène du Seigneur, pour ce que ce lavage de pieds ne semble pas appartenir au sacrement du baptême. Il est donc clair qu’en aucun temps il n’y eut, dans l’église, une ablution religieuse en dehors du baptême. Il dit, en troisième lieu, que l’institution de l’eau lustrale ne provient en aucune façon de l’Esprit reçu par les apôtres, puisqu’elle n’est qu’une profanation et une répétition du baptême.

Au dernier chapitre de sa confession, Brentius réprouve ces cérémonies, car, selon lui, elles n’ont pas le droit de jeter de l’ombre sur les mystères de foi, quand l’évangile brille déjà dans tout l’univers. Puis, Tilmann Heshushius (dans son livre des soixante erreurs des papistes, au leu 27) place parmi les erreurs, l’eau lustrale qui a le pouvoir d’effacer les péchés véniels, et de mettre en fuite les démons, et les maladies. Et il le prouve d’abord par 1 Jean 11 : « Le sang du Christ nous purifie de toute faute. » Donc, même de la faute vénielle. Il dit ensuite qu’il n’a jamais été écrit qu’il fallait consacrer de l’eau pour mettre en fuite les démons. Il cite aussi qu’il est écrit dans l’Exode : « Tu ne prendras pas le nom de ton Dieu en vain. » « Qu’il n’y ait ni maléfice ni incantation parmi vous. » Or, c’est de la magie pure et simple de se servir des créatures plutôt que de la parole de Dieu pour chasser les démons.

Nonobstant toutes leurs objections, voici la première proposition. Il est licite de bénir l’eau, l’huile, le pain, les cierges, les cendres, les rameaux etc. On le prouve d’abord par l’Écriture qui contient l’exemple et le document. L’exemple est celui du Seigneur (Matt 14, Luc 9) qui, sur le point de multiplier les pains, leva les yeux au ciel, et les bénit. Et c’est avec cette bénédiction qu’il les multiplia. On ne peut certes pas reprocher au Seigneur ce qu’il a fait. Le document est celui de Paul, qui a dit (1 Tim 4) : « Toute créature de Dieu est bonne, et il ne faut rien rejeter de ce qu’on prend avec actions de grâces. Car elle est sanctifiée par la parole de Dieu et la prière. » Commentant ce texte, saint Jean Chrysostome et Theophylactus écrivent que l’apôtre parle à partir de l’hypothèse suivante : toute créature est bonne et pure, et même si elle était impure, elle pourrait facilement être sanctifiée par le signe de croix et la prière. Si donc des choses immondes sont sanctifiées par le signe de la croix et de la prière, à plus forte raison les choses bonnes deviendront-elles meilleures et plus saintes par le signe de la croix et la prière.

On le prouve, en second lieu, par la tradition des anciens. L’eau d’abord. Qu’on ait coutume de la bénir depuis le temps des apôtres, innombrables en sont les témoignages. Clément (livre 8, chapitre 35 de la constitution apostolique) présente le rite de la consécration de l’eau. Denys (dans sa hiérarchie ecclésiastique, chapitre du baptême) dit « que la croix est consacrée par de saintes invocations. » Alexandre 1 (dans sa première épitre) prescrit lui aussi de bénir l’eau. Saint Cyrille (catéchèse 3) : « Comme les mets purs deviennent impurs par une invocation du diable, de la même façon l’eau ordinaire devient sainte par l’invocation de Dieu. » Saint Cyprien (livre 1, épitre 12 : ) : « Il faut d’abord que le prêtre purifie et sanctifie les eaux. » Saint Ambroise (livre 4, chapitre 5 sur les sacrements) enseigne que « l’eau doit être consacrée ». Et, dans son livre sur ceux qui sont initiés aux mystères, chapitre 3), il dit que l’eau n’a aucune utilité dans l’église « à moins d’avoir été sanctifiée par le signe de la croix ».

Saint Basile (dans son livre sur le Saint-Esprit, chapitre 27) dit que la consécration de l’eau « est une tradition apostolique » Épiphane (hérésie 30, et Theodoret (livre 5, chapitre 21 de son histoire) se souviennent de l’eau bénite. Saint Augustin (homélie 27, tirée du livre des cinquante homélies, et au livre V1 contre Julien, chapitre 8) dit « que dans l’Église, l’eau est consacrée par le signe de croix. » Ajoutons le concile de Nicée (canon) qui ordonne à tout prêtre qui visite les malades, d’asperger d’abord les malades avec de l’eau bénite, ainsi que l’appartement.

Les objections de Calvin ne valent rien non plus. Je dis d’abord que l’institution de l’eau lustrale n’est pas attribuée à Alexandre, mais aux apôtres. Alexandre a prescrit qu’on fasse souvent ces cérémonies. Je dis à l’autre objection que saint Augustin ne condamne pas la cérémonie du lavement des pieds, mais qu’il ne fait que rapporter différentes opinions. Il ne dit pas non plus qu’il y en avait certains à qui déplaisait la cérémonie du lavement des pieds pour elle-même. Tout ce qu’il dit c’est seulement qu’il déplaisait à certains de laver les pieds des catéchumènes le jour de la cène du Seigneur, de peur que cette ablution parusse nécessaire au baptême. Voilà pourquoi il dit ailleurs qu’il a plu de rapporter le lavement des pieds au huitième jour après pâque. Et saint Ambroise (dans son livre 3, chapitre 1 sur les sacrements,) défendit la cérémonie du lavement des pieds.

À la troisième je dis que, par l’eau bénite, on ne répète pas le baptême. Car, le baptême diffère de l’aspersion de l’eau sainte par la forme, le ministre, l’intention et l’effet, comme il va de soi. Mais je n’irais pas jusqu’à nier que, par l’eau bénite, est ravivée la mémoire du baptême, et que sont avertis les chrétiens de se souvenir qu’ils ont été purifiés par l’eau, et ont contracté un pacte avec Dieu contre le diable.

Au sujet de la bénédiction de l’huile, nous avons les témoignages de Clément, de Denys, de Basile, et de saint Augustin (traité 118 sur Jean). Au sujet de la bénédiction du pain en dehors de l’eucharistie, nous avons le témoignage de saint Augustin (livre 2, chapitre 26 des péchés et des mérites), et de Paulin (ses épitres à Alipius, et à Romanianus, 35, 36, que l’on trouve parmi les épitres de saint Augustin). Au sujet de la bénédiction du cierge pascal, nous avons le témoignage de Strabon (chapitre 30) et du concile de Tolède 4, (canon 8) et du pape Zozime (pontifical ou livre des pontifes romains, que l’on trouve dans les tomes des conciles). Prudence a aussi composé un hymne remarquable sur le cierge pascal. Au sujet de la bénédiction des cendres et des palmes, nous avons le témoignage de saint Maxime, dont nous possédons encore les homélies prononcées le jour des cendres et le dimanche des rameaux.

La deuxième proposition. C’est à bon droit qu’on utilise de l’eau, de l’huile et d’autres choses consacrées par une bénédiction pour signifier et produire des effets surnaturels. » Il est à noter que les choses dont nous parlons sont bénies dans l’église pour trois raisons. La première. Pour signifier des effets surnaturels. Car, l’aspersion de la cendre signifie la pénitence, celle des palmes la victoire, celle du cierge pascal la gloire de la résurrection. L’objection de Brentius importe peu, car ces significations ne sont pas proprement des esquisses des choses futures, mais des représentations externes des choses surnaturelles invisibles présentes, ou aussi de choses passées qui sont très aptes à produire un effet. Autrement, il faudrait rejeter aussi le baptême qui selon l’apôtre (Romains, chapitre 6) contient une représentation de la mort et de la résurrection du Christ, ainsi que de notre mort et de notre résurrection par le Christ. Voilà pourquoi saint Augustin (épitre 119) dit que, les dimanches, de la Pâque à la Pentecôte, les chrétiens ont coutume de prier debout pour signifier, par cette position, la résurrection du Christ.

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