Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 172)
Et, on peut le démontrer en redescendant dans le cycle des lettres dominicales. Il appert, en effet, que dans la lettre B se trouve le 25 décembre, le jour où le Christ est né. Que le Seigneur ait ressuscité aussi un dimanche, l’évangile l’indique. Que l’avènement du Saint-Esprit eu lieu également un dimanche, la chose est claire, car ce fut à la pentecôte, c’est-à-dire le cinquantième jour après pâques, donc, nécessairement un dimanche.
De plus, le dimanche représente pour nous le jour de la naissance du Christ et de l’Église. Et de plus, le jour du Seigneur représente aussi le souvenir de la création du monde, non moins que le sabbat. Car, c’est le jour du dimanche que le monde commença à exister. Bien plus, c’est en ce jour qu’ont été faites les parties principales du monde comme le ciel, la terre, les anges, la lumière etc. Voilà pourquoi saint Justin (dans son apologie 2) et saint Léon (épitre 81 à Dioscore), disent que le dimanche est célébré autant en souvenir de la création du monde, que de la résurrection du Christ.
Quant à la signification des choses futures, il est clair que le sabbat a cessé, car les choses qui étaient signifiées par le sabbat se sont réalisées. Le Christ, en effet, s’est déjà reposé dans son sépulcre, et le repos sabbatique se fait par les âmes en Dieu. De plus, le repos des âmes dans le sein d’Abraham est déjà changé en gloire et en béatitude. Et le seul repos que nous attendons maintenant, c’est le repos glorieux. Or, la gloire est mieux signifiée par le dimanche que par le sabbat. Et , voilà pourquoi saint Augustin (dans son épitre 119) dit : « C’est à juste titre que le sabbat a été donné aux Juifs, eux qui, après la mort, ne s’en allaient qu’au seul repos. Aux chrétiens, a été donné le jour du Seigneur parce que la gloire de la résurrection dans le Christ est déjà révélée, et que ce qui précède dans la tête, le corps l’attend.»
Quant à la troisième, le rite dominical était quadruplexe. On se rassemblait d’abord dans une église pour la lecture, la prédication, l’oblation du sacrifice, et la communion, comme on le voit d’après Justin dans sa deuxième apologie. On s’abstenait ensuite des œuvres serviles, comme nous le montre saint Jérôme (dans sa lettre à Eustochius sur la virginité), et saint Grégoire (livre 11, épitre 3). Troisièmement. On ne jeûnait pas, comme le rapporte Tertulien (dans la couronne du soldat) et d’autres. Quatrièmement, on ne se mettait pas à genoux, mais on priait debout. Nous avons encore, à ce sujet, le canon 20 du concile de Nicée. Le même Tertullien avait enseigné bien avant dans son livre sur la couronne du soldat : « Le jour du Seigneur nous disons qu’il n’est pas permis de jeûner ou de s’agenouiller. » Disent la même chose saint Hilaire (dans sa préface aux psaumes), saint Ambroise (sermon 62), saint Augustin (épitre 119, chapitre 15) et Alexandre 111 (chapitre quoniam). Nous voyons que dans les trois premiers siècles, ce rite était observé par toute l’Église.
CHAPITRE 12
Pâque.
Il y a deux choses à dire sur ce sujet. La première : qu’est-ce que pâque ? La seconde : les erreurs sur pâque. La première : qu’est-ce que pâque. Quelques pères ont pensé que le nom de pâque venait du verbe paskein, c’est-à-dire a souffert, parce que, dans la célébration de Pâque, la passion du Seigneur est rappelée : « Car, le Christ, notre pâque, est immolé. » De même, saint Ambroise (dans son livre sur le mystère de Pâque, chapitre 1). Voilà pourquoi Tertullien (dans son livre contre les Juifs) dit : « la pâque du Seigneur signifie la passion du Christ. »
Cette interprétation saint Augustin l’expose et la réfute avec raison, parce que le mot pâque est hébreux, non grec. C’est en hébreux, en effet qu’on dit …..qui veut dire traverser. Son sens premier n’est donc pas l’immolation de l’agneau, comme l’enseigne, d’après saint Jérôme, l’auteur du commentaire du chapitre 14 de Marc. Il ne signifie pas non plus la traversée de la mer rouge par le peuple juif vers la terre promise, comme l’enseigne saint Grégoire de Naziance, (sermon 2 sur pâque) et saint Augustin (traité 55 sur Jean). Il ne signifie pas non plus le passage de l’ange à travers l’Égypte, comme semblent le vouloir dire les paroles suivantes (exode X11) : « Car c’est la pâque, c’est-à-dire le passage du Seigneur. »
Il signifie plus tôt une ascension en passant, et comme un saut sur les maisons des Juifs, comme on le voit pas la raison qui en est rendue dans Exode 2. Car, là où Moïse avait dit : c’est la pâque, il en ajoute la raison : car je traverserai par toute la terre d’Égypte , et, cette nuit-là, je frapperai les premiers-nés des Égyptiens. Le sang sera pour vous un signe sur vos maisons, et je verrai le sang, et je passerai outre, et ce ne sera pas pour vous une plaie. » Le premier « je traverserai » se dit en hébreux…..et le second….(un autre mot). C’est de ce mot-là qu’on dit pâque. La même raison est donnée trois fois dans ce chapitre, où le mot hébreux ….signifie toujours monter au travers, et non simplement traverser. C’est pourquoi, Joseph (livre 2, chapitre 13 des antiquités), dit que pâque signifie ascension en passant. Saint Jérôme enseigne la même chose (au chapitre XXV1 de Matthieu) ainsi que Theodoret (question 24 sur l’Exode).
Ce mot est traduit pour signifier trois choses. La première : le passage de l’ange. La seconde : l’agneau pascal lui-même, qui, par l’immolation, passait de la vie à la mort. D’où Luc XX11 : « Il était nécessaire que la pâque soit tuée. » La troisième : la traversée de la mer rouge du peuple libéré cette nuit-là de la tyrannie du Pharaon, pour aller dans la terre promise. Et c’est cette signification que reconnait saint Grégoire de Naziance (sermon 2 sur pâque), et saint Augustin (traiité 55 sur saint Jean). La quatrième : le jour lui-même de la fête, car Luc dit (XX!!) : « Approchait le jour de la fête des azymes qui s’appelle Pâques. »
Ces quatre sens du mot pâque existent chez les chrétiens à leur manière, c’est-à-dire comme exemplaires de ces types. Car, l’ange qui passe et tue les premiers-nés des Égyptiens en épargnant Israël, c’est le Christ, l’ange du grand conseil, qui, en passant de la vie à la mort, a sauvé tous ceux qui devaient être aspergés par son sang, laissant les autres dans les mains du dévastateur. L’agneau pascal est le Christ immolé pour nous. C’est, effet, le Christ que représentaient et l’ange et l’agneau, parce que le Christ a du tuer et être tué. L’agneau pouvait être tué mais non tuer; l’ange pouvait tuer mais non être tué. La traversée de la mer rouge signifie la traversée des peuples par l’eau du baptême. Et c’est pourquoi on baptisait ordinairement à Pâques les catéchumènes. Enfin, la fête de ces jours signifiait la fête de nos jours.
Quant au second, le premier fut Aerius qui niait simplement qu’il faille célébrer la fête de Pâque. Ce qui sentait son judaïsme. Cette erreur est rapportée et réfutée par Épiphane (hérésie 75). Nous ne parlons pas de la fête des juifs, mais de ce qui était signifiée par elle. Le second fut un certain Blastus qui, au témoignage de Tertullien (livre de la prescription), enseigna que Pâque devait être célébrée le jour même où les Juifs la célébraient, c’est-à-dire le 14 de la lune, qu’il soit ou non un dimanche. Plusieurs évêques d’Asie mineure donnèrent leur consentement à cette erreur, comme le montre le livre 5 d’Eusèbe (chapitres 24 et 25). Il nous présente là l’épitre de Polycrate, évêque d’Éphèse, au pape Victor, dans laquelle il déclare que tous ses prédécesseurs jusqu’à l’apôtre saint Jean ont célébré pâque le quatorzième jour. Ne manquèrent pas, par la suite, une foule d’autres à qui cette erreur plaisait, qui étaient appelés quatordécimans, selon Épiphane. Longtemps après, d’autres tombèrent dans la même erreur, qu’on appelait Audians ou Vadians (Épiphane, hérésie 70).
Cette erreur, à cette époque, a été réfutée par les conciles de presque toutes les églises, et par le pontife romain. Tous, d’un commun accord, statuèrent que la fête de pâque devait être célébrée le dimanche le plus proche du quatorzième jour lunaire après l’équinoxe du printemps, comme Eusèbe lui-même le rapporte. Comme cette erreur perdurait, le concile de Nicée statua, comme l’atteste Épiphane, (hérésies 50 et 70), statua la même chose. Il dit que, pendant le concile lui-même, a été composé par Eusèbe de Césarée un nombre d’or qui indique les nouvelles lunes. Sur cette question demeure encore la lettre du concile de Nicée (d’après Theodoret, livre 1, chapitre 8 de son histoire). Et saint Athanase se souvient de la même chose dans son épitre sur le synode d’Arménie et de Séleucie. Saint Ambroise (épitre 83 ) et Théophyle (livre 1 sur pâque).
De même, une lettre de l’empereur Constantin à toutes les églises (d’après Eusèbe, livre 3 sur la vie de Constantin), où Constantin prouve, par trois raisons, qu’il faut célébrer la pâque un dimanche. La première, pour que nous ne marchions pas avec les Juifs meurtriers. La deuxième, parce qu’il y a de la paix dans l’église quand il n’y a qu’une seule manière de célébrer pâque, et quand le petit nombre le cède au plus grand nombre. De plus, depuis les temps anciens, la ville de Rome, l’Italie, l’Afrique, la Gaule, l’Espagne, la Grande Bretagne, l’Égypte, la Lybie, la Grèce, Pont, la Cilicie, et une grande partie de l’Asie célèbrent pâque le jour du dimanche. Quelques Orientaux , contre tout le reste de la chrétienté, célèbrent la pâque avec les Juifs. La troisième. Il est absurde de célébrer deux fois pâque une année, et de ne pas la célébrer du tout une autre année. Car, cela arrivait à ceux qui célébraient pâque le quatorzième jour. Car, ils n’observaient pas l’équinoxe, mais seulement les douze mois lunaires , et célébraient pâque le quatorzième jour du premier mois lunaire, sans se demander si ce quatorzième jour était avant ou après l’équinoxe. Il arrivait donc parfois qu’une année, on célébrait pâque après l’équinoxe, et une autre année avant l’équinoxe, et donc deux fois dans la même année.
Ajoutons que l’argument repose sur un faux fondement. Car, ils pensaient suivre la loi des Juifs, et suivaient plutôt le délire des Juifs de leur temps. Car la loi juive (Exode X11) prescrit de faire la pâque après l’équinoxe du printemps, puisqu’elle ordonne de la célébrer le quatorzième jour du premier mois lunaire. Or, le premier mois était celui dont le quatorzième jour tombait sur l’équinoxe du printemps, ou le suivait de plus près. C’est pourquoi, même Joseph (livre 3, chapitre 13 de l’antiquité) enseigne que pâque se fait quand le soleil est dans le bélier, et est opposé à la lune. Or, d’après Épiphane (hérésie 70), les Juifs ne tinrent plus compte de l’équinoxe, et les chrétiens erratiques les suivaient comme des guides aveugles, quand ils célébraient la pâque avec eux.
À l’autorité de saint Jean l’évangéliste qu’ils apportent en leur faveur, Bède répond (livre 3, chapitre 25 de son histoire) qu’il célébrait pâque le quatorzième jour pour s’accommoder aux nouveaux Juifs convertis à la foi. Pour la même raison donc que saint Paul a circoncis Timothée. Cependant, c’est l’apôtre Pierre lui-même qui astatué à Rome que Pâque se célèbre un dimanche. Et c’est cet exemple qu’il faut suivre avant tout.
La troisième erreur fut celle des Cappadociens qui, au témoignage d’Épiphane (hérésie 50) célébraient toujours la Pâque le 25 mars, comme nous célébrons toujours Noël le 25 décembre. Parce qu’ils croyaient que c’était en ce jour que le Christ avait souffert, et ils pensaient qu’il fallait célébrer pâque le jour même de la passion. Semblable fut l’erreur des Gaulois, au début de l’Église, qui, au témoignage de Theophyle de Césarée (selon Bède, livre de la raison des temps, chapitre 45) célébraient toujours Pâque le 25 mars, parce qu’ils pensaient que c’était en ce jour que le Christ était ressuscité. La même erreur plait grandement à Luther (dans son livre sur les conciles, part 2). Il dit là qu’il veut célébrer ces jours de fête sans observer le cours de la lune, pour ne pas paraître judaïser.
Cette erreur est réfutée, d’abord, par le consensus de toute l’église qui a toujours statué que Pâque devait être célébré un jour de dimanche. Ensuite, parce que, selon certains, elle repose sur un faux fondement, car, comme ils l’enseignent, le Christ n’a pas pu souffrir ou ressusciter un 25 mars. En effet, il a souffert le vendredi, et a ressuscité le dimanche selon tous les évangélistes. Il appert, selon d’autres, que le Christ est mort et ressuscité la trente-troisième ou la trente-quatrième année de sa vie. Or, la trente-troisième année du Christ, le 25 mars ne fut ni un vendredi ni un dimanche, mais un mercredi. En l’an du Christ 34, le 25 mars a été un jeudi, comme on le voit dans la lettre dominicale. Car, en l’an du Christ 33, la lettre D était en cours; en l’an 34, la lettre C. Or, le jour du 25 mars est toujours dans la lettre G.
On le réfute enfin avec la lettre de saint Augustin (épitre 119) où il montre quelle différence il y a entre le jour de Noël et le jour de la résurrection. Le premier est célébré seulement de mémoire, et donc toujours à la même date, le 25 décembre; et l’autre est célébré de mémoire et en tant que mystère. Et c’est pour cela qu’il varie. Voir aussi sa très belle explication des mystères de pâque.
La quatrième erreur fut celle des Bretons et des Scots, selon Bède (livre 3, chapitre 25, livre 5, chapitre 22) qui, contrairement à l’usage commun de toute l’église, célébraient Pâque le premier dimanche après la lune du 13 mars, de telle sorte que parfois, ils célébraient Pâque à la lune du 14 mars, ce que ni les Juifs ni les chrétiens n’ont jamais fait. Car, pour les Juifs, jour solennel était le 15 de la lune, mais ils commençaient la fête le soir précédent, c’est-à-dire le soir du 14 de la lune. Car, pour eux, le premier jour solennel était le quatorzième, et comme ils commençaient aussi ce jour aux premières vêpres, ils le commençaient nécessairement le 13 de la lune. Mais, cette erreur n’a pas besoin de réfutation, car elle n’avait que l’ignorance pour fondement. Ils pensaient, en effet, que c’était ainsi que saint Jean avait coutume de célébrer la pâque.
La cinquième erreur est celle des novatiens qui, au témoignage de Socrate, livre 5, chapitre 20 de son histoire, ont émis un décret qu’ils ont appelé adiaphoron, parce que, en lui, ils avaient statué qu’il était libre à chacun de célébrer la pâque quand il le voudrait. Cette erreur plait aussi aux magdebourgois, comme on le voit dans la centurie 1 (livre 2, chapitre 6, colonne 504) et dans la centurie 2 (chapitre 6, colonne 119). Ils enseignent là que les apôtres et les hommes apostoliques n’ont donné aucune loi à l’église au sujet de la célébration de la pâque, mais on laissé aux chrétiens une entière liberté. Et c’est là qu’ils reprochent aux souverains pontifes d’avoir excommunié les asiatiques pour une chose indifférente.
Voici comment on réfute cette erreur. D’abord, par le canon 8 des apôtres, où on ordonne de déposer les évêques ou les prêtres qui célèbrent pâque avec les Juifs avant l’équinoxe. On le prouve ensuite parce que les anciens pères ont toujours tenus pour hérétiques ceux qui furent de l’opinion des asiatiques, à savoir que pâque devait nécessairement avoir lieu le 11 de la lune, comme on le voit par Tertullien (la prescription), Épiphane (hérésie 50), Théodoret (livre 3 sur les fables hérétiques), saint Jean Damascène (son livre sur les hérésies). Et pour que nous ne pensions pas que c’est pour une raison indifférente qu’ils étaient considérés comme des hérétiques, ils leur ont imposé le nom de quatordécimans. Ce n’est donc pas sans raison que les pontifes romains excommunièrent les asiatiques.
Troisièmement, si le choix de la date devait rester libre, et si la célébration de la pâque était une chose indifférente, les saints pères ne s’en seraient pas souciés. Mais ils s’en soucièrent énormément. Car, au tout début de cette controverse, partout des conciles provinciaux furent célébrés à ce sujet, comme le montre Eusèbe dans son histoire de l’église (livre 5, chapitres 23 et 25). Ce qui signifie qu’on prenait la chose fort à cœur. Ajoutons que, dans ces conciles, ils ne voulurent jamais en faire une chose indifférente, laissée aux libre choix de chacun. Car, (au livre 5, chapitre 23), Eusébius dit ceci : « Tous confirment le dogme ecclésiastique suivant : il n’est permis de célébrer le mystère de pâque que le dimanche, le jour où le Seigneur est ressuscité. » Et, au chapitre 25, il dit : « Voici quelle a été la fin du décret du concile de Césarée qui a eu lieu à cette époque sur la pâque : que des copies de notre lettre soient transmises à toutes nos églises, pour que nous ne soyons pas coupables des âmes qui s’immergent dans toutes sortes d’erreurs. »
Quatrièmement. Après la question de la foi contre Arius, le concile de Nicée n’eut rien de plus pressant que de déterminer le jour de pâque, comme nous le montre l’épitre de Constantin (Eusèbe, livre 3, de la vie de Constantin). Bien plus, saint Athanase (dans son épitre sur les synodes d’Arménie et de Séleucie, pas loin du début), dit que le concile de Nicée a été convoqué pour deux raisons. La première, à cause d’une controverse sur la pâque, et à cause de l’hérésie d’Arius. Épiphane (hérésie 70) dit, lui aussi : « Constantin a apporté deux grands bienfaits à l’église. Le premier, den se souciant de convoquer le concile de Nicée; le second, en voyant à ce que le concile termine la question de pâque.
Que le concile de Nicée ait formellement prescrit de célébrer pâque un dimanche, et ne l’ait pas seulement recommandé, comme Socrate semble vouloir le dire, on le comprend pas la lettre d’Athanase sur les conciles d’Arménie et de Séleucie : « Dans l’affaire de pâque, nul ne manifesta d’opposition. Il a semblé que tous étaient prêts à obéir. »
Cinquièmement. On le prouve avec le concile d’Antioche (chapitre 1) où sont excommuniés ceux qui n’observent pas la loi de Nicée sur pâque. Sixièmement, on le prouve par le grand soin qu’ont toujours eu les pères pour qu’on n’erre pas dans la célébration de pâque. Car, au temps de saint Ambroise, une difficulté était née, et on ignorait quel était le jour pascal selon le concile de Nicée. Des lettres d’évêques lui étaient envoyées d’un peu partout. Nous avons encore une très longue lettre de saint Ambroise sur cette question. Ensuite, quand, au temps d’Innocent 1, survint une difficulté semblable, Innocent écrivit une lettre (la onzième ) à l’évêque Aurèle de Carthage. Et lui-même, après avoir convoqué un synode, a discuté de la question, et lui a envoyé la décision du concile, afin qu’il puisse désormais déterminer le jour de pâque à la manière de tout le monde. De nouveau, au temps de saint Léon, une difficulté semblable s’est levée. Et saint Léon lui-même écrivit à l’empereur Martian, à l’impératrice Eudoxie, et aux autres. Voir épitres 63, 64, 65, et 95.
On le prouve ensuite par la providence générale de l’Église. Car, comme l’écrit saint Léon (lettre 64) à Martien, l’évêque d’Alexandrie reçut le mandat de supputer et de calculer le jour de pâque pour l’indiquer au siège apostolique romain. Et en suite, le siège apostolique prescrivait ce jour à l’église universelle. C’est ce dont se souvient le concile d’Arles, chapitre 1, et Innocent 1, épitre 11 à Aurélius. On le prouve enfin, par un témoignage divin, que rapporte Paschase, l’évêque de Lilibet, dans l’épitre à Léon (63, parmi les épitres de saint Léon). Il écrit aussi qu’au temps du pape Zozime, se posa de nouveau la question de pâque, parce que les occidentaux disaient qu’il fallait célébrer pâque cette année-là le 25 mars, et les orientaux le 22 avril.
De plus, dans une certaine église de la Sicile, à toutes les années, une fontaine sacrée, par un miracle divin, se remplissait d’elle-même la nuit de Pâque où les catéchumènes étaient baptisés. Or, cette année-là, comme, sur l’ordre du pape Zozime, pâque tombait le 25 mars, la fontaine demeura immobile et sans eau. Et ce n’est que le 23 avril qu’elle s’est remplie. Ce qui a fait penser que les occidentaux erraient dans la détermination de la fête de pâque. Ce miracle serait arrivé l’an du Seigneur 573, écrit Sigebert dans sa chronique. Il a noté aussi que, la même année, les fonts baptismaux, en Espagne, se sont miraculeusement remplis au sabbat de la vraie pâque, que les Gaulois observaient alors correctement, les Espagnols, incorrectement. Or, il est certain que si la chose était indifférente, le Seigneur n’aurait jamais démontré par un tel miracle qu’une erreur avait été commise.
Les magdebourgeois (centurie, 5, chapitre 6, colonne 692), disent que ce ne sont que des fables et des illusions ce que Paschase rapporte. Et pourtant, ce Paschase fut un évêque très célèbre, qui présida, au nom de saint Léon, le concile de Calcédoine, formé de 639 évêques. Ce qu’il a rapporté c’est une chose qu’il connaissait très bien, qui était arrivé de son temps, et dans un lieu tout proche. Et cette chose, c’est au pape Léon qu’il l’a racontée, lui qui n’a jamais pris pour un miracle les fables et les mirages.
La dernière erreur est celle dans laquelle plusieurs tombent, tout en le sachant et s’en prémunissant, mais malgré eux. Car, il faut savoir que le concile de Nicée a établi trois règles pour trouver le jour de pâque. La première, que pâque se trouve toujours après le 21 mars, jour de l’équinoxe du printemps, car pâque doit être célébré après l’équinoxe. La deuxième. Qu’après le 20 mars, on attende le quatorze de la lune, et que c’est après ce jour qu’on cherche pâque. Car pâque doit se trouver à la troisième semaine de la lune, c’est-à-dire du 14 au 22 exclusivement. Et, pour trouver la lune, ils ont composé le cycle du nombre d’or. Car, à chaque endroit où, dans le calendrier, se trouve le nombre d’or de cette année, là est la nouvelle lune. La troisième règle fut que, après le 14 de la lune, et après le vingtième jour de mars, on attendrait le jour du dimanche, qui serait lui le jour de pâque.
Ces règles, à cette époque, et dans les années qui suivirent, furent excellentes pour beaucoup. Car, alors, l’équinoxe du 21 mars et le nombre d’or indiquaient vraiment le jour de la nouvelle lune. Or, depuis un grand nombre de siècles, l’expérience enseigne que l’équinoxe n’est pas fixe, qu’elle n’a pas toujours lieu le 21 mars, mais qu’elle anticipe souvent, car elle a lieu maintenant le 10 mars. L’expérience enseigne aussi que le nombre d’or n’indique plus fidèlement la nouvelle lune. Elle a lieu, en effet, maintenant, quatre jours avant le nombre d’or. Nous en déduisons donc qu’au temps du concile de Nicée, on n’avait pas observé avec exactitude le mouvement du soleil et le mouvement de la lune. Mais l’église continue d’observer ces règles antiques, et elle est ainsi très souvent forcée d’errer, même sans le vouloir. Ainsi, l’an passé, pâque, en 1579, a été célébré le 19 avril, alors qu’il aurait du être célébré le 15 mars. CHAPITRE 13 : La pentecôte
Les magdebourgeois (centurie 2, chapitre 6, colonne 119), ne disent pas seulement que les apôtres n’ont fait aucune loi au sujet des fêtes, mais ils ajoutent que, dans les premiers siècles, on ne lit rien de précis sur aucune fête, sauf sur celle de pâque. Mais que cela est très faux, nous l’enseigne l’antiquité de la pentecôte. Car, tout d’abord, saint Paul se souvient de cette fête dans la première épitre aux Corinthiens, chapitre XV1 : « Je demeurerai à Éphèse jusqu’à la pentecôte. » Et aux Actes XX, saint Luc dit de saint Paul : « Il se hâtait pour pouvoir, autant que possible, célébrer la pentecôte à Jérusalem. » Et bien qu’il ne soit pas absolument certain s’il s’agissait de la pentecôte des Juifs ou de celle des chrétiens, Épiphane (dans hérésie 75) y voir la pentecôte des chrétiens. De plus, des auteurs très anciens font mention de cette fête. Saint Clément (livre 5, chapitre 21 des constitutions). Saint Irénée d’après Justin question 115, Tertullien (livre de la couronne du soldat), Origène (livre V111 contre Celse), saint Hilaire (préface sur les psaumes), Theophile (livre pascal 1), saint Jérôme (épitre à Marcellus sur les erreurs de Montan, et à Galates, chapitre 1V), saint Grégoire de Naziance, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, Maxime, Léon, et d’autres, qui ont écrit des sermons sur cette fête. Ensuite, saint Augustin (épitre 118), dit que, sans aucun doute, les fêtes de la passion, de la résurrection, et de l’ascension du Seigneur, de la pentecôte et les autres qui sont célébrées dans toute l’Église, viennent des apôtres ou des conciles généraux. Or, il appert qu’elles n’ont pas été instituées dans des conciles généraux, car on trouve mention d’elles dans Clément, Justin, Tertullien et Origène, qui sont venus avant tous les conciles généraux.
Une grave difficulté se présente. Agit-on correctement en célébrant la pentecôte le cinquième jour après la résurrection ? Car, il est certain qu’on célèbre cette fête à cause de l’avènement de l’Esprit Saint, comme saint Jérôme le dit (chapitre 1V des Galates), et les autres pères cités plus haut. Or, il semble que l’Esprit Saint soit venu le quarantième jour ou avant le quarantième jour après la résurrection du Seigneur, et donc, pas un dimanche, mais un samedi, un vendredi, ou un jeudi. Car, comme nous l’avons dans les Actes 11, l’Esprit saint est venu « pour compléter les jours de la pentecôte », c’est-à-dire le jour même de la pentecôte des Juifs. Car, on ne peut pas comprendre que Luc parle ici d’une autre pentecôte.
La pentecôte des Juifs était ou bien la fête de la loi donnée sur le mont Sinaï, comme le dit saint Augustin (épitre 119, chapitre 16) ou bien la fête des semaines, comme le veut saint Jérôme (chapitre 1V des Galates), ou bien les deux ensemble. Or, avant la passion de notre Seigneur Jésus-Christ, aucune ne semble être tombée un dimanche, car la fête du don de la loi se célébrait le troisième jour du troisième mois (Exode X1X). Saint Augustin en a déduit que les cinquante jours étaient comptés depuis la pâque des Juifs, c’est-à-dire depuis le quatorzième jour du premier mois inclusivement. Or, à l’année de la passion du Christ, ce jour de pâque tomba un jeudi. Donc la pentecôte était déjà complétée le jeudi, trois jours donc avant notre dimanche de la pentecôte.
Ensuite, la fête des semaines, qui s’appelait plus justement pentecôte, commençait à compter à partir du deuxième jour des azymes, comme on le voit dans le livre du Lévitique (chapitre 23) où il est prescrit qu’à l’autre jour du sabbat, on offre des prémisses. Et ensuite, on nomme sept semaines qui forment 49 jours avec en plus le jour suivant, ce qui fait qu’au cinquantième jour, ils célèbrent la fête. De plus, en cet endroit, par le nom de sabbat on entend le premier jour des azymes, qui était un jour solennel, et qu’on appelait du terme générique de sabbat, comme l’expliquent Liranus, Abulensis, Cajetan dans son commentaire de ce passage, et Joseph (dans le livre 111 des antiquités, chapitre 13). Donc, comme au temps de la passion du Christ, le premier jour des azymes fut un vendredi, si après lui, exclusivement, nous comptons cinquante jours, nous trouvons que la pentecôte (ou les cinquante jours) a été complétée un samedi, non un dimanche.
Quelqu’un ne peut pas s’en tirer en disant que le Saint esprit n’est pas advenu un dimanche, qui est le cinquantième jour après la résurrection du Seigneur, mais que c’est l’Église qui a voulu célébrer la mémoire de cet évènement un dimanche. Car Clément (livre 4, chapitre 21 des constitutions), Theophylus (livre pascal 1), saint Augustin (épitre 119), saint Léon (sermon sur la pentecôte), et d’autres, enseignent que c’est vraiment dix jours après l’ascension, et cinquante jours après la résurrection que le Saint-Esprit est venu.