Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 173)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Cette porte de sortie étant fermée, je réponds que la fête des semaines et la fête du don de la loi ancienne, furent une seule et même chose; et qu’on avait coutume de la célébrer tantôt en mémoire du don de la loi ancienne, et comme une figure de la loi nouvelle donnée par l’avènement du Saint Esprit, tantôt aussi en action de grâce pour la collecte des fruits. Et c’est cette fête unique, qui l’année de la passion du Christ, tombait un dimanche, qui fut le cinquantième jour après la résurrection du Christ.

Pour bien faire comprendre toutes ces choses, il y a deux textes à regarder de prés : Exode X1X et Lévitique XX111. Au sujet du premier texte, il faut savoir qu’on ne peut pas savoir, avec évidence, de l’Écriture, à quel jour la loi ancienne a été donnée. Car l’Écriture dit que Moïse est venu avec le peuple dans le désert du Sinaï le troisième mois de la sortie d’Égypte. Et nous ne savons pas, non plus, comment nommer les trois jours dont on dit : « Soyez prêts pour le troisième jour. »

Je trouve quatre explications. La première est celle de saint Augustin (épitre 119, chapitre 16, et question 70 sur l’Exode). Il dit que le peuple est arrivé dans le désert du Sinaï le premier jour du troisième mois : que c’est au troisième jour que la loi a été donnée, et que ce jour était le cinquantième jour après la première pâque. On peut faire à cette interprétation les objections suivantes. Si nous calculons ainsi, la fête de la loi ne coïncide pas avec la fête des semaines, celle qu’on appelle proprement fête de la pentecôte. Car la fête de la pentecôte est le cinquantième jour depuis la fête des azymes, non de la fête de pâque. Et, cependant, ces deux fêtes doivent coïncider, ou il n’y aura tout simplement pas de fête du don de la loi, ce qui est absurde, et contraire à saint Augustin, qui veut que la fête de la pentecôte soit cette fête du don de la loi.

Deuxièmement, on ne répond pas à notre première difficulté. Car, si la loi est donnée le cinquantième jour après la pâque des Juifs, et si c’est en ce jour que se trouve la fête de la pentecôte, et c’est au jour de la pentecôte qu’est venu le Saint-Esprit, le Saint-Esprit n’est pas venu un dimanche, mais un jeudi. Troisièmement. Saint Augustin ne semble pas compter correctement. Car il prélève du premier mois dix-sept jours, du second mois, trente jours, et du troisième mois trois jours, et c’est de cette façon qu’il aboutit à cinquante. Or, il n’a pas pu prélever du premier mois dix-sept jours, et du second trente jours, car les mois lunaires, comme étaient ceux des Juifs, n’ont pas tous trente jours, mais alternativement trente et vingt-neuf jours. Saint Augustin aurait donc du prélever du premier mois dix-sept jours, et du second vingt-neuf jours; ou du premier mois seize jours, et du second trente. Ajoutons que Moïse ne dit pas « au troisième mois de pâque », mais « au troisième mois de la sortie d’Égypte. » Or, la sortie n’a pas eu lieu le quatorzième jour, mais le quinzième (Nombres XXX111).

Quatrièmement. Si la loi a été donnée le troisième jour du troisième mois, il aurait fallu que, le premier jour du mois, on fasse plus de choses qu’il soit possible de faire en un seul jour. Car, d’abord, on dit que les fils d’Israël sont arrivés dans le désert du Sinaï le troisième mois. Il faut donc convenir qu’au moins une partie de ce premier jour s’est déroulée pendant la marche. Ensuite, ils arrivèrent là, ils dressèrent leurs tentes, ce qui prit un certain temps, puisqu’ils étaient plusieurs milliers. Ensuite, après qu’ils eurent dressé leurs tentes, Moïse gravit la montagne Sinaï, qui était très haute, parla à Dieu, descendit, convoqua les plus grands par la naissance, leur fit un discours à eux, et ensuite à tout le peuple. Il monta de nouveau dans la montagne, descendit de nouveau, et, parlant au peuple, il leur dit de laver leurs vêtements. « Après qu’ils eurent lavé leurs vêtements, dit l’Écriture, Moïse leur dit : « Soyez prêts pour le troisième jour ! » Qui peut croire que, le même jour, les tentes ont été dressées, Moïse est monté et descendu deux fois de la montagne, a parlé deux fois au peuple ? Or, si cela n’est pas croyable, on peut difficilement défendre l’explication de saint Augustin.

L’autre explication est celle de Rupert et d’Abulensis, dans leurs commentaires d’Exode X1X. Ils disent que la loi a été donnée le troisième jour du troisième mois, mais que ce jour n’est pas le cinquantième, comme le pensait saint Augustin, mais le quarante-neuvième jour depuis pâque; et que la pentecôte n’est pas célébrée à cause du don de la loi, mais à cause de l’alliance nouée entre Dieu et le peuple, qui a été faite le quatrième jour du troisième mois, comme il est dit dans Exode XX1V. Cette explication plait beaucoup moins que la première, car, contre elle, valent les arguments déjà faits, à l’exception du troisième. Et de plus, périra la très belle figure de notre pâque qu’Augustin, Léon et les autres reconnaissent, à savoir que c’est à la pentecôte des Juifs qu’a été la fête du don de la loi ancienne, et à notre pentecôte qu’est la fête du don de la nouvelle loi. La troisième explication est celle de Cajetan. Il dit que Moïse est venu dans le désert du Sinaï le premier jour du troisième mois; que la loi a été donnée le sixième jour de ce mois, qui fut le cinquantième à partir du second jour des azymes inclusivement. Et c’est de cette manière qu’il fait coïncider cette fête avec la fête des semaines, pour que tout soit cohérent.

La quatrième explication est celle du rabbi Salomon et de Lyre. Ils disent que Moïse est arrivé dans le désert du Sinaï le troisième jour du troisième mois, et que c’est donc quatrième jour que Moïse a dit : « Soyez prêts pour le troisième jour. Et que c’est donc le sixième jour que la loi a été donnée. Cette explication rejoint celle de Cajetan quant au jour de la date de la loi, ce qui était la question principale. Elle semble plus conforme à la lettre, car c’est ce qu’a le texte : « Au troisième mois de la sortie des fils d’Israël de l’Égypte, ils vinrent en ce jour dans le désert du Sinaï. » Ce « ce jour » semble se rapporter au chiffre déjà nommé, c’est-à-dire le troisième. Le sens serait donc : « le troisième mois, et au jour du même chiffre, c’est-à-dire le troisième ». Bien qu’on puisse assez commodément référer ce « en ce jour » au début du mois, pour que le sens soit : au troisième mois, en ce jour, c’est-à-dire en ce début du mois, il demeure donc que c’est au sixième jour du troisième mois que la loi a été donnée, que le peuple d’Israël est arrivé au désert du Sinaï le premier jour ou le troisième.

Quant au deuxième texte, celui du Lévitique XX111, il y a deux explications. La première est celle de Isichius et de Rupert, dans leurs commentaires de ce passage. Par l’autre jour du sabbat, ils veulent entendre le premier sabbat, c’est-à-dire le dimanche qui suit immédiatement le sabbat. Et le sens de la loi serait le suivant. On compterait le jour de la pentecôte à partir du premier dimanche qui vient après la fête de pâque. Cette explication, si elle vraie, nous plairait grandement. Car, de cette façon la pentecôte des Juifs tomberait toujours le jour de dimanche, et parce que, l’année de la passion du Christ, le premier dimanche après la pâque des Juifs a été le démanche de la résurrection. Donc, en cette année, le jour de la pentecôte était nécessairement le cinquantième jour après la résurrection du Christ.

L’autre opinion est celle de Lyre, de Cajetan, d’Abulensis, de tous les rabbis, et de Joseph lui-même (livre 3, chapitre 13 des antiquiités). Par l’autre jour du sabbat, ils entendent le premier jour après la fête des azymes. Et, avec raison, l’autorité de Joseph m’impressionne fortement. Car il savait comment la loi était pratiquée, étant lui-même un prêtre qui vivait à Jérusalem quand cette loi était encore observée. Mais si on admet comme vraie cette interprétation, il s’ensuit que, en l’an de la passion du Christ, le jour de la pentecôte a commencé à être compté à partir du sabbat, car, cette année-là, le sabbat arrivait peu après la fête des azymes. Il s’ensuivrait donc que les cinquante jours de la pentecôte se termineraient un sabbat.

Pourquoi donc célébrons-nous la pentecôte le dimanche ? Rupert répond que, même si on admet cette interprétation, la pentecôte ne pourra ni commencer ni se terminer un sabbat, car les Juifs avaient la coutume de ne jamais célébrer deux fêtes deux jours de suite. Et c’est pourquoi, quand le jour des azymes tombait un vendredi, les Juifs avaient coutume de reporter ce jour au suivant. Et quand , il tombait un sabbat, de célébrer ensemble la fête du sabbat et celle des azymes. Or, dans l’année de la passion du Seigneur, le premier jour des azymes a été célébré par les Juifs non le vendredi, mais le sabbat. Et, par conséquent, on a commencé à compter les cinquante jours de la pentecôte le jour suivant, qui fut un dimanche. Mais cette explication a été souvent réfutée, et je n’a pas le temps de la discuter ici.

Je vais pourtant donner mon opinion personnelle. Même si je ne peux me réclamer d’aucune autorité, je pense qu’elle ne sera pas si facile que cela à réfuter, car elle semble être fondée sur une raison certaine. Je dis donc qu’on commence ordinairement à compter les cinquante jours de la pentecôte à partir du second jour des azymes; qu’alors on commençait à les compter le troisième jour des azymes, et que personne ne peut contester cela. Car, la raison pour laquelle ces cinquante jours ne commençaient pas à être comptés à partir du premier jour des azymes, mais à partir du second, est qu’il fallait, en ce jour, faire beaucoup d’œuvres serviles qui étaient interdites un jour de fête. Il fallait aller cueillir une gerbe de blé, la faire sécher, et l’apporter au prêtre. Toutes ces choses étaient plus prohibées le jour du sabbat qu’au premier jour des azymes. Il n’était donc pas permis, quand ce jour était un sabbat, de commencer à compter pendant le second jour des azymes.

Et je pense que c’est la raison pour laquelle l’Écriture a dit l’autre jour du sabbat, et non l’autre jour de pâque, ou des azymes, car il a voulu inclure en général les fêtes qui arrivaient immédiatement après pâque, qu’il y en ait une ou plusieurs. Donc ce « autre jour du sabbat » signifie le premier jour profane après la fête de pâque. Et, parce que, la plupart du temps, aucune fête ne se présentait après pâque, si ce n’est au premier jour des azymes, Joseph ne s’est donc pas mal exprimé en parlant de ce qui arrivait la plupart du temps, en écrivant que la pentecôte commençait le seize de la lune, même si, en l’année de la passion du Christ, il a commencé le dix-septième de la lune, car le sabbat a été le dix-huitième de la lune. Si cette année-là les jours de la pentecôte ont commencés à être comptés le seize de la lune, qui était un dimanche, il s’ensuit que les cinquante jours de la pentecôte ont été complétés un dimanche. Et c’est ce que l’on cherchait.

CHAPITRE 14 : La septuagésime et les dimanches suivants Nous avons déjà traité de la septuagésime qui est célébrée après pâques. Parlons maintenant brièvement de celle qui est célébrée avant pâque. De la septuagésime, de la sexagésime et de la quinquagésime je ne trouve par de mention avant l’époque de saint Grégoire le grand. Mais, dans l’antiphonaire et dans le sacramentaire de Grégoire, sont notés expressément les offices de ces dimanches; et plusieurs auteurs postérieurs en parlent. Bède (dans son opuscule sur les offices divins), Alcuin (dans son livre sur le même sujet), Amalarius (livre 1, chapitre 1, sur les offices ecclésiastiques), Raban (livre 2, chapitre 34, sur les institutions des clercs), Yvon (dans son sermon sur la septuagésime), Rupert (livre 4, chapitre 1, sur les divins offices), saint Bernard (dans son sermon sur la septuagésime).

La raison pour laquelle ces noms ont été donnés n’est pas la même pour tous. Bède et Alcuin disent que certains ont ajouté une semaine au jeûne quadragésimal, et que c’est pour cela qu’on l’appelle quinquagésime. D’autres en ont ajouté encore une autre, parce qu’ils ne voulaient pas jeûner le jeudi, mais désiraient quand même conserver le nombre de jours en entier. Ils ont donc ajouté une semaine à la quinquagésime, et cette nouvelle semaine s’est appelée sexagésime. D’autres, ensuite, qui ne voulaient jeûner ni le jeudi ni le samedi, ont ajouté une autre semaine qu’ils ont appelée septuagésime.

Mais cette explication est fort improbable. Car, il n’est pas vraisemblable, que, à cause de l’abus d’un petit groupe qui ne jeûnaient ni le jeudi ni le samedi, l’Église ait institué des jours aussi solennels. Et, de plus, nous ne trouvons pas de mention de ces dimanches avant l’époque de saint Grégoire, quand cet abus était déjà disparu.

D’autres veulent que la septuagésime soit appelée ainsi en raison du nombre de jours, car de ce dimanche au sabbat in albis, on compte soixante-dix jours. On dit sexagésime parce qu’il y a soixante jours du dimanche jusqu’à la férie après pâque. On dit quinquagésime, parce que de là à pâque, il y a cinquante jours. Mais cette opinion est de peu de valeur, car, ainsi, tous les dimanches pourraient être appelés septuagésime, si nous ne faisons que compter 70 jours sans fixer de terme. Ajoutons que, par 70 jours, ces auteurs veulent signifier la captivité spirituelle sous le pouvoir de Satan, dont le type fut la captivité de Babylone pendant 70 ans. Mais il y a-t-il rien de plus absurde que d’inclure parmi les jours de captivité, la résurrection du Christ, qui est le jour de la parfaite liberté ?

D’autres, plus prudents, disent que ces dimanches sont comptés à partir de pâque, mais par synecdoque. Car, de la septuagésime jusqu’à pâque, il y a environ 70 jours, c’est-à-dire 64. De la sexagésime jusqu’à pâque, il y a environ 60 jours, c’est-à-dire 57. De la quinquagésime à pâque, il y a 50 jours. Mais cette opinion semble défectueuse dans le cas de la septuagésime, car on devrait appeler les 64 jours sexagésime, plutôt que septuagésime.

Il reste donc l’opinion de Rupert, que je pense être la plus vraie. Ces noms n’ont pas été tirés d’un nombre de jours, mais d’un nombre de dimanches. Car, l’Église a voulu faire précéder le dimanche de la passion de sept dimanches solennels, qui nous rappelleraient notre captivité spirituelle, comme elle commémore la rédemption de la captivité, par le dimanche de la passion et le suivant. Voilà pourquoi le premier dimanche des sept est septuagésime : parce qu’il est le premier de sept. Il est dit sexagésime parce qu’il est le premier de six, et quinquagésime, parce qu’il est le premier des cinq suivants. Le quatrième est appelé quarantième pour la même raison. La seconde du carême est appelé cinquième. La troisième du carême est appelée sixième, la quatrième semaine du carême est appelée septième. Ensuite, on ne dit pas la cinquième du carême, mais le dimanche de la passion. Et voilà pourquoi, au dimanche de la septuagésime, qui commémore la captivité, on lit à l’office le péché du premier homme raconté au début de la Genèse, on omet tous les cantiques joyeux, et on commence la messe par : « Les douleurs de la mort m’ont entouré, les périls de l’enfer m’ont trouvé. » Et, au dimanche de la passion, nous commençons par : les étendards du roi se portent à la rencontre de l’ennemi.

Des dimanches du carême et de la passion, il est souvent fait mention par tous les pères. Mais de cela nous débattrons dans la controverse sur le jeûne. Entre temps, voir Épiphane (dans la somme de sa doctrine), qui se trouve à la fin de ses livres sur les hérésies, Theophyle, (dans les épitres sur pâque), Cassien (conférence XX1) et saint Augustin (épitre 118)

CHAPITRE 15 : Les autres fêtes du Seigneur

Saint Clément se souvient de la naissance du Sauveur (au livre 5, chapitre 13), saint Jean Chrysostome (sermon sur saint Philogonius, saint Ambroise (livre 3, au début, sur les vierges), saint Basile, saint Grégoire de Naziance, Maxime, saint Augustin, saint Léon, et les autres dont les sermons sur Noël sont conservés. La fête de la circoncision est assez récente, car non seulement les anciens n’ont gardé aucun souvenir de cette fête, mais des auteurs comme Isidore de Séville, Micrologus, Raban, Walfridus Strabo, qui décrivirent les offices de toutes les fêtes, parlent, il est vrai d’un office pour l’octave de la naissance du Seigneur, mais non sous le nom de circoncision. Saint Bernard, toutefois, et avant lui, Yvon le chartreux, ont des sermons sur la fête de la circoncision.

Saint Jean Chrysostome se souvient de l’épiphanie dans son sermon sur saint Philogonius, saint Grégoire de Naziance, dans son sermon sur les saintes lumières, Maxime, Augustin, et Léo, et d’autres auteurs plus récents. Cassien précise (dans sa conférence X, chapitre 2) qu’en Égypte, on célébrait Noël et l’épiphanie le même jour, tandis que, dans les églises occidentales, ces fêtes étaient séparées. Du dimanche in albis saint Clément se souvient (livre 5, chapitre 20), Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le nouveau dimanche), et saint Augustin (sermon 1 sur les octaves de pâque). Et il se souvient (dans le sermon 1) de l’octave de pâque, et (au livre XX11, chapitre 8 de la cité de Dieu) des trois jours de la passion.

La fête de l’ascension est très ancienne, et elle a été instituée par les apôtres, comme l’enseigne saint Clément, (livre 5, chapitre 20 des constitutions apostoliques), et saint Augustin (épitre 118). Nous avons conservé des sermons de saint Grégoire de Nysse, de saint Léon et d’autres sur cette fête. La fête de la trinité est récente. Car ( au canon quoniam, sur les féeries), Alexandre 111 dit que, de son temps, quelques églises la célébrèrent, mais pas Rome. Micrologue (dans son livre sur l’observation des fêtes, chapitre 60) réprouve ceux qui célèbrent cette fête.

Et pour que personne ne lui objecte que cette fête semble ancienne parce que la préface de la trinité est une des neuf que Pélage 11 a ordonné de préserver en raison de leur antiquité, il fait remarquer que, étant chantée à tous les dimanches, cette préface n’est pas propre à la trinité. Mais, plus tard, cette fête a été reçue même à Rome, et à l’octave de la pentecôte, pour rendre grâce à Dieu sur toute la terre d’une façon toute spéciale pour le mystère de la trinité déclaré par les apôtres.

Il appert que la fête du corps du Christ a été instituée par Urbain 1V, après l’an du Seigneur 1200, fête que tous les luthériens et tous les calvinistes haïssent sans raison. Car, même si le Christ n’était pas vraiment présent dans l’eucharistie, (comme le disent les calvinistes), ou ne devrait pas y être adoré (comme le disent les luthériens), il serait quand même juste d’avoir un jour où on se rappelle l’institution de ce sacrement, que même les luthériens et les calvinistes considèrent comme le plus grand des sacrements. La fête de la transfiguration du Seigneur semble antique, car nous avons d’elle des sermons de saint Léon, de saint Cyrille d’Alexandrie, d’André de Crête, d’après Surius.

CHAPITRE 16 : Les fêtes des saints Les fêtes des saints ne sont pas peu haïes par nos adversaires.

D’abord, parce qu’elles semblent sentir l’idolâtrie, car, sanctifier le sabbat est un précepte de la première table, et appartient donc au culte de Dieu. Parce que quelques-unes ont un faux fondement, comme la fête de la conception de Marie, que même saint Bernard a réprouvée dans son épitre 164 aux chanoines de Lyon. Il explique, dans cette lettre, que la fête de la conception de Marie sent l’erreur et la superstition, car, en elle, ou on honore le péché sans lequel cette conception n’aurait pas eu lieu, ou on suppose une fausse sainteté. Et de plus, il n’est pas certain, même pour nous, que la sainte vierge ait été conçue sans la tache du péché originel, car l’église permet l’une ou l’autre opinion. Il est donc douteux que cette fête soit célébrée correctement.

Troisièmement. Il y plusieurs fêtes mariales nouvelles qu’on ne trouve pas avant le temps de Justinien. Quatrièmement. Plusieurs ont été instituées par des empereurs. En effet, la fête de la purification a été instituée par Justinien, comme le rapportent Paul diacre (livre 16 sur les choses romaines), et Nicéphore (livre 17, chapitre 28). La fête de l’assomption a été instituée par l’empereur Maurice qui vint après Justinien, comme le rapporte aussi Nicéphore au même endroit. L’abus de ces fêtes a été si grand que des jours de fête ont été institués par des empereurs qui n’étaient pas saints, comme Justinien, ainsi que le rapporte Nicéphore (livre XV11, chapitre 31). Voilà quelles sont les objections de Tilmann Heshusius (dans son livre sur les erreurs des papes, titre 26) et des magdebourgeois (centurie 6, chapitre 6, colonne 342, 343, 344).

Néanmoins, qu’il soit pieux et bon de célébrer les fêtes des saints nous le démontrerons facilement par l’autorité et la raison. L’autorité est celle de toute l’église catholique, qui a observé cela en tout temps. Et pour commencer par les cinq premiers siècles, au tout premier siècle, c’est-à-dire au temps des apôtres, nous avons saint Clément (livre 8, chapitre 38 des constitutions apostoliques) qui ordonne de célébrer les fêtes des apôtres et des martyrs. Au deuxième siècle, nous avons le témoignage de l’église de Smyrne, dont Eusèbe nous présente la lettre (livre 4, chapitre 15 de son histoire) dans laquelle on lit ces mots : « Dans ce lieu, encore maintenant, avec la grâce de Dieu, nous tenons des assemblées solennelles et officielles surtout au jour de la passion. Mais, dans nos célébrations, nous faisons aussi mémoire de ceux qui ont souffert au début, pour que, par leurs exemples insignes, les âmes de leurs successeurs soient incitées à suivre la voie de leurs prédécesseurs. »

Au troisième siècle, Origène (dans son homélie sur divers textes de l’Écriture), dit que c’est à bon droit que l’Église célèbre la fête des saints innocents, parce qu’ils furent les prémices des martyrs. De même, Tertullien (dans son livre sur la couronne des soldats) déclare que c’est une des anciennes traditions de faire des oblations annuelles pour les naissances (au ciel). Et, plus clairement, saint Cyprien (livre 3, épitre 6) écrit : « Prenez en note les jours de ceux qui sont morts pour que nous puissions faire leur commémoration au milieu des mémoires des martyrs. » Et (dans le livre 4, épitre 5) : « Comme vous vous en souvenez, nous offrons des sacrifices pour eux à toutes les fois que nous célébrons, en faisant mémoire d’eux, les passions des martyrs et leurs jours anniversaires. » Au quatrième siècle, saint Basile (dans son sermon sur le martyr Gordius), saint Grégoire de Nysse (dans son sermon sur le martyr Theodore), saint Grégoire de Naziance (dans son sermon 1 sur Julien, un peu avant le milieu), saint Ambroise (sermons 66, 77, 78) et saint Jérôme (chapitre 4 de la lettre aux Galates, et dans son épitre 19 à Eustochius), Prudence (dans son hymne sur les saints Pierre et Paul), tous ces docteurs se souviennent ouvertement des jours de fête institués à la mémoire et en honneur des saints.

Au cinquième siècle, saint Jean Chrysostome (homélie 66 au peuple), Theodoret (livre 8 sur les martyrs), saint Augustin (psaumes 63 et 88, et ailleurs), saint Paulin (au deuxième et au troisième anniversaire de la naissance au ciel de saint Félix). À ces auteurs, on peut ajouter saint Léon, saint Grégoire, saint Bède et tous ceux qui sont venus après, dont les livres sont pleins de ces sortes de témoignages.

On le prouve ensuite avec les anciens conciles de diverses églises. Le concile de Laodicée en Orient a été célébré avant l’an 1200. Au canon 51, il interdit « de célébrer les fêtes des saints pendant le carême ». Il est facile d’en déduire que, en dehors du carême, les fêtes des saints avaient coutume d’être célébrées dans cette église. Le concile de Carthage 111, canon 47, avant les années 1100 : « Qu’il soit permis de lire les passions des martyrs, quand sont célébrés leurs jours anniversaires. » Le concile de Tolède 3 en Espagne, ordonne, au canon 23, que les jours de fête des saints, le peuple ne s’adonne pas à des danses honteuses. » Le concile de Lyon, en Gaule, que nous avons au canon pronunciandum, (dist 3), énumère, parmi les fêtes de l’église, la fête des saints apôtres, l’assomption, la naissance de la sainte Vierge, les fêtes de saint Sylvestre, de saint Martin et d’autres. De même, en Allemagne, nous avons le concile de Moguntinensis, chapitre 36.

On le prouve enfin par une raison qui est fondée sur les Écritures. Les fêtes ont été correctement instituées pour faire rappeler les bienfaits divins, comme nous montrent les fêtes du sabbat et des sorts, chez les Juifs, et les fêtes du Seigneur chez les chrétiens. Voilà pourquoi saint Augustin (livre 10, chapitre 4 de la cité de Dieu) écrit : « Aux solennités des bienfaits de Dieu, aux fêtes et aux jours statués, nous rappelons et nous consacrons leur mémoire pour qu’elle ne soit pas ensevelie, au cours des ans, par un oubli ingrat. » Or, ce n’est pas un petit bienfait de Dieu la persévérance finale d’un saint, et surtout des martyrs. Car, est donné, par là, à toute l’église militante, un exemple de force, et un nouveau patron auprès de Dieu. Est donnée aussi à toute l’Église triomphante la joie nouvelle de l’arrivée d’un nouveau citoyen céleste. Et c’est aussi un nouveau et parfait triomphe sur le diable.

On confirme. Car, toutes les raisons pour lesquelles les hommes, même profanes, célèbrent les jours de fête, sont présentes dans la mort des saints. Car les hommes célèbrent des fêtes pour le jour de naissance des princes. Aussi, pour l’élévation de quelqu’un à une dignité, enfin pour une victoire remportée. Or, quand les saints meurent, ils naissent véritablement, et ce sont des princes célestes qui naissent. C’est pour cela que l’Église appelle le jour de leur mort le jour de leur naissance. De plus, ils sont élevés à la plus grande dignité qui puisse être conférée à des hommes, c’est-à-dire à la béatitude éternelle. Enfin, ils remportent une victoire parfaite sur le diable, et célèbrent leur triomphe..

Les objections de nos adversaires ne détruisent pas grand-chose. Au sujet de l’idolâtrie, je dis que les fêtes des saints sont dédiées à Dieu, mais en mémoire des saints, comme les temples consacrés à Dieu, en mémoire des saints. Je dis ensuite que l’honneur des jours des saints appartient aussi, immédiatement et ultimement, aux saints, comme nous l’avons dit des basiliques, des vœux, et de l’invocation des saints. Mais cet honneur nous disons qu’il est un culte de dulie, non de latrie, et donc un culte de religion. De religion, non en tant que le nom d’une vertu spéciale, qui dispose bien l’homme au culte divin, mais en tant que nom général.

Au sujet de la fête de la conception, qui aurait un faux fondement, je dis d’abord que la plus grande partie de l’église croit que la Vierge a été conçue sans le péché originel, ce que, parmi les adversaires, admettent Luther et Érasme : le premier, dans son sermon sur la fête de la conception, l’autre, dans son apologie à Albert pieux carpensem. Je dis ensuite que le fondement principal de cette fête n’est pas la conception immaculée, mais la conception de la mère future de Dieu. Quelle qu’ait été cette conception, par le fait même que cette conception fut celle de la mère de Dieu, son souvenir apporte au monde une joie singulière. Car, alors, nous avons le premier gage de notre rédemption, surtout parce qu’elle a été conçue, non sans miracle, d’une mère stérile. C’est pourquoi, cette fête est célébrée même par ceux qui pensent qu’elle a été conçue dans le péché.

Tu diras qu’on pourrait, alors célébrer aussi la conception de saint Jean-Baptiste. Je réponds qu’on le pourrait vraiment, comme les Grecs le font. Car, le 23 septembre du calendrier des Grecs, est annotée la fête de la conception de Jean Baptiste. Mais il n’a pas semblé bon à l’église latine d’augmenter de cette façon le nombre des fêtes. Et de plus, il y a une grande différence entre la mère de Dieu et le précurseur de Dieu, et entre la conception de l’une et de l’autre. Car, c’est parce que la majorité des chrétiens croient pieusement en la conception immaculée de la Vierge Marie que l’Église eut l’occasion d’instituer la fête de la conception. Or, cette occasion ne s’est évidemment pas présentée dans le cas de saint Jean Baptiste.

De plus, la position de saint Bernard nous favorise car il blâme les chanoines de Lyon d’avoir institué une nouvelle fête de l’Église sans l’exemple ou sans un précepte de l’Église de Rome. Si donc saint Bernard voyait que la fête est célébrée par l’autorité de l’église romaine, il la célèbrerait de grand cœur. Au sujet de la prière de saint Bernard, je dis que nous n’honorons pas le péché et que nous ne supposons pas une fausse sainteté, même si Marie avait été conçue dans le péché. Ce que nous honorons c’est sa vocation de mère de Dieu, à laquelle elle était destinée dès sa conception. Car le même saint Bernard dit au même endroit qu’on a raison de célébrer la nativité de saint Jean Baptiste, parce qu’elle a été sainte, et, cependant, il dit au même endroit, qu’il n’ose pas affirmer que la sanctification de saint Jean Baptiste dans l’utérus ait effacé le péché originel, même s’il est pieux de le croire.

On pourrait donc argumenter ainsi contre saint Bernard. Tu célèbres la fête de la nativité de Jean, sans oser affirmer qu’il est né sans péché. Donc, ou tu honores le péché, ou tu lui attribues une fausse sainteté. Saint Bernard répondrait qu’il n’honore pas le péché et qu’il ne lui attribue pas une sainteté douteuse, mais qu’il honore sa vocation de précurseur, pour laquelle il a été sanctifié dès le sein de sa mère. Je réponds la même chose de la conception de la sainte Vierge. Et s’il demandait : d’où tenons-nous que la sainte Vierge a été sanctifiée dans sa conception, au moins parce qu’elle était la mère désignée de Dieu, je répondrais d’où tient-il que la sainte Vierge a été sainte dans sa nativité ? Il déclare, au même endroit, que c’est parce que l’Église célébrait déjà la naissance de la vierge, que c’est pour cette raison qu’il ne doute pas qu’elle ait été sainte à sa naissance. Et nous, du fait que l’Église célèbre la fête de la conception, nous ne doutons nullement que sa conception ait été sainte d’une certaine manière, au moins en raison de la tâche qui lui était confiée.

À la troisième objection, je dis d’abord qu’il n’est pas absurde que quelques fêtes soient récentes, puisqu’il y a souvent de récents bienfaits de Dieu pour lesquels l’Église institue des fêtes; ou puisque l’occasion de les instituer est récente. De même, au temps des Juifs, en plus de celles que Dieu avait lui-même instituées, diverses fêtes ont été inaugurées en différents temps, comme la fête des sorts au temps d’Esther et de Mardochée, et cette autre fête au temps de Judith, ainsi que la fête de la dédicace du temple de Salomon. Et, beaucoup plus tard, au temps des Macchabées, cette fête très récente que le Christ lui-même a honorée (Jean X).

Tous les livres