Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 174)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Je dis ensuite que les fêtes des saints sont très anciennes, comme nous l’avons déjà montré. Nous reconnaissons, cependant, qu’on a commencé à célébrer les fêtes des martyrs avant celles des confesseurs, et que certaines fêtes de la sainte Vierge sont récentes. Car, la fête de la conception de la sainte vierge a commencé, en Occident, au temps de saint Bernard, mais elle n’a pas été reçue par toute l’Église avant le décret du pontife Sixte 1V (que l’on trouve dans extravaganti, sur les reliques et la vénération des saints). Semblablement, la fête de la visitation, dans l’église latine, est nouvelle. Car, elle fut instituée par le pape Urbain 1V, et confirmée par le pape Boniface 1X; et ensuite par le concile de Bâle, à la session 43. Mais ces deux fêtes étaient déjà présentes dans le calendrier des Grecs. La fête de la naissance de la vierge Marie est de loin plus ancienne. Car, Pierre Damien a écrit trois sermons sur elle. Et, bien avant lui, saint Grégoire a, dans son antiphonaire et son sacramentaire, annoté l’office du 8 septembre, au jour de la naissance de la Vierge Marie.

La fête de l’annonciation est encore plus ancienne, car elle existait déjà au temps de saint Athanase. Nous avons, en effet, de lui une prière à la sainte Mère de Dieu, dans laquelle il est explicitement question de cette fête. La fête de la purification est aussi très ancienne. Nous avons encore de cette célébration les prières d’Amphilochius, de saint Grégoire de Nysse, de saint Jean Chrysostome, de saint Cyrille d’Alexandrie, de saint André de Crête, d’après Aloysius Lipomanus et Laurence Surius.

Enfin, la fête de l’assomption est aussi très antique. Car, s’en souviennent saint Grégoire dans son antiphonaire et son sacramentaire, et avant lui saint André de Crête, dans sa prière de cette fête, qu’ont conservée Aloysius Lipomanus et Surius. Et avant le temps de saint André, a été conservé, parmi les œuvres de saint Jérôme, un sermon remarquable sur la fête de l’assomption, que l’on attribue à saint Jérôme ou à saint Sophronius, son égal.

Et à l’objection tirée de Nicéphore et Paul diacre, je dis qu’on ne peut pas entendre leurs paroles de la première institution de ces fêtes, et qu’ils mentent honteusement. Car, comment Justinien aurait-il pu instituer une fête de la purification, et Maurice une fête de l’assomption, si ces deux fêtes ont été instituées au temps de saint Jérôme et de saint Jean Chrysostome ? N’ont-ils pas vécu deux cent ans avant Justinien ? De plus, ces mêmes auteurs (Nicéphore et Paul diacre) disent que c’est par l’empereur Justinien que la fête de la nativité de notre Seigneur a été instituée. Or, il appert des écrits d’Ambroise, d’Augustin, de Léon, et d’autres qui ont vécu avant Justinien, que la fête de la nativité est beaucoup plus ancienne. Ces empereurs ont seulement ajouté quelque chose à la célébration, et ils l’ont peut-être prescrite par des lois civiles, pour que personne ne travaille en ces jours, bien que, par les lois de l’église, ces jours étaient déjà saints.

À la quatrième, la réponse est évidente, car ce ne sont pas les empereurs qui ont institué des fêtes religieuses, mais l’église. Ils les ont aidées cependant et encouragées par leurs lois. Au cinquième, je réponds que Nicéphore ne dit pas qu’un jour de fête religieuse a été institué par Justinien, mais seulement qu’à chaque année, l’évêque de Constantinople avait coutume de célébrer en sa mémoire. Ces mots ne nous obligent pas à y voir un jour de fête quelconque, mais seulement une louange de Justinien, que l’évêque avait incorporée dans son sermon, parce que Justinien avait fait beaucoup d’œuvres pieuses très utiles à l’Église. Ajoutons ceci en plus : qu’il s’agisse d’un jour de fête ou d’une simple louange, c’est le fait d’un seul évêque qu’on a raison de blâmer, d’autant plus que ses successeurs omirent une célébration de cette sorte. CHAPITRE 17 : Les vigiles

La veille des grands jours, l’église avait coutume de veiller et de jeûner. Et, dès le début, on a toujours célébré la vigile de pâque, la nuit qui précédait la résurrection du Seigneur, comme nous le montrent saint Clément (livre 5, chapitre 19 des constitutions apostoliques), Tertullien (livre 2 à son épouse), et Eusèbe (livre 5, chapitre 7 de son histoire ) et beaucoup d’autres. Saint Basile se souvient des vigiles en l’honneur des saints (psaume CX1V), saint Jérôme (dans son livre contre Vigilance) Burchardus (livre 13, chapitre 16 de ses décrets), saint Bernard (sermon sur la vigile de saint André, et sur la vigile des saints Pierre et Paul), Innocent 111 (chapitre 1 et 2 de l’observation du jeûne.) Parce que, peu à peu, à l’occasion des vigiles nocturnes certains abus commencèrent à se manifester, et que des actions infâmes ont été commises, il a plu à l’Église d’interrompre ces rencontres nocturnes, et de ne célébrer le jeûne que les jours-mêmes. 2018 09 28 FIN

télécharger

LIVRE SECOND : LES RELIQUES ET LES IMAGES DES SAINTS CHAPITRE 01 : On propose les arguments contre le culte des reliques CHAPITRE 30 : On répond aux objections des hérétiques 2018 08 20 début

LIVRE SECOND

LES RELIQUES ET LES IMAGES DES SAINTS

CHAPITRE PREMIER

On propose les arguments contre le culte des reliques

Le premier à avoir critiqué le culte des reliques est Eunomius, et, après lui, Vigilance, s’il faut en croire saint Jérôme dans son contre Vigilance. Il ne faut pas voir de contradiction dans ce que, au même endroit, le même Jérôme raconte que cette hérésie est apparue autrefois dans l’Église, et que c’est contre elle que Tertullien a écrit son livre intitulé Scorpiacus. Ni non plus dans ce qu’il écrit dans son épitre à Riparius au sujet de cette hérésie, qu’il fait remonter aux Juifs et aux Samaritains. Car le premier qui l’a expressément professée est Eunomius. Et les gnostiques contre lesquels écrivait Tertullien dans son Scorpiacus, niaient seulement l’invocation des martyrs. De quoi on pouvait déduire qu’il ne fallait pas honorer leurs corps, même s’ils ne le disaient pas explicitement. Les Juifs et les Samaritains, eux, pensent que tous les corps sont impurs, mais ils n’ont pas fait de dispute qui portait en particulier sur les corps des saints.

Après Vigilance, l’empereur Constantin Copronyme, comme Suidas l’écrit dans sa vie, a ordonné de détruire toutes les reliques. Claude de Tours a enseigné la même hérésie, comme l’écrit Jonas dans le livre 1 du culte des images. Elle plut aussi à Wiclef, d’après Thomas Waldensis (tome 3, tit 14). Et puis, à notre époque, Luther et Calvin la ranimèrent. Car, Luther, dans son sermon sur la croix, juge qu’il faut enfouir profondément sous terre les reliques, parce qu’elles sont des séductions pour les fidèles. Les magdebourgeois réprouvèrent, eux aussi, le culte des reliques, principalement dans la centurie 4, chapitre 6, colonne 456. Calvin enseigna la même chose (dans son livre sur la nécessité de réformer l’église, et dans son avertissement sur les reliques.)

Les Wiclefistes ont deux arguments. Le premier. En Matthieu 23, Jésus reproche aux pharisiens d’orner les sépulcres des prophètes. Le second. Dans les tombes de ceux qu’on appelle saints, ni les âmes ni les corps des saints ne s’y trouvent, seulement de la cendre. Dans son admonition sur les reliques, Calvin en ajoute cinq autres. Le premier. Dieu a caché le corps de Moïse, (Deutéronome, dernier chapitre). Pour que les Juifs ne l’adorent pas, comme tous le pensent. C’est pourquoi, dans l’épitre de Jude, nous lisons que saint Michel archange et le diable ont combattu au sujet du corps de Moïse. Car, manifestement le diable voulait donner aux Juifs la possibilité d’adorer Moïse. Le deuxième. Paul dit (2 Cor 5) que, après la résurrection du Christ, il ne le connait pas selon la chair. Par ces paroles, il nous incite à laisser tomber dans l’oubli tout ce qu’il y avait de charnel dans le Christ, pour que nous mettions tout notre effort à la rechercher et à le posséder spirituellement.

Le troisième. Le même saint Paul, aux Colossiens 2, blâme tout culte arbitraire, c’est-à-dire non institué par Dieu, que les grecs appellent une sottise (ethelothrèskeian) qui a une apparence de sagesse. Et il est certain que le culte des reliques n’a pas été institué par Dieu, mais a été conçu délibérément par les hommes. Le quatrième. Un désir de reliques ne manque jamais de superstition. Bien plus, il est la mère de l’idolâtrie. Car, on ne peut pas conserver les reliques sans les vénérer. Et à la vénération, aucune limite n’est assignée; et on ne peut s’empêcher de leur rendre le culte qui n’est du qu’au Christ. C’est ce que l’expérience enseigne. Car, en signe d’adoration solennelle, on allume souvent des cierges devant les sépultures des martyrs.

Il le confirme ainsi. Car, quand Vigilance lui objecta qu’allumer des cierges devant les sépulcres des martyrs était de l’idolâtrie, la seule chose que put répondre saint Jérôme c’est que c’était le fait de femmes qui avaient plus de zèle que de science. On peut ajouter le concile élibertin (canon 34) où il est dit que, par ces cierges, les esprits des saints sont troublés. Et saint Augustin (qui dans son livre sur les moeurs de l’église, chapitre 34) réprouvent les adorateurs de sépulcres. Le cinquième. La plus grande partie des reliques est d’origine incertaine. Et il nous arrive souvent, en pensant vénérer les reliques de martyrs, de vénérer les ossements de bandits, ou de chiens ou d’ânes. Ce qu’il prouve en citant saint Augustin qui (dans son livre sur le travail des moines, chapitre 28). Quand on lui avait dit que certains moines colportaient et vendaient des membres de martyrs, il ajoute : « Si ce sont vraiment des martyrs. » Si les impostures étaient déjà commencées à cette époque éloignée, que penser de ce qui se fait maintenant ? En effet, on trouve tellement de reliques qu’il faudrait que le même saint ait eu plusieurs corps, ou plusieurs fausses reliques. Tous ces arguments seront réfutés au chapitre 4.

Les calvinistes, partout où ils le peuvent, brulent les reliques des saints, et jettent les cendres dans les rivières. Il est à noter que, en l’année 1562, les corps de saint Irénée, de saint Hilaire, de saint Martin ont été exhumés, brulés et jetés dans des cours d’eau, comme le rapport Sirius. C’est ce qu’avaient fait des païens aux corps des saints, il y a douze cents ans, comme l’écrit Eusèbe (livre 5, chapitre 3 de son histoire ecclésiastique.) Les païens jetèrent dans le Rhône les reliques des saints martyrs, après les avoir brulées. Ce qui nous fait comprendre la parenté qu’il y a entre les païens et les calvinistes dans les sacrilèges et la perfidie. Ce que les calvinistes font par le fer et les flammes, les magdebourgeois le font par les impostures, les mensonges et les fraudes, dont nous allons présenter quelques-unes.

CHAPITRE 2

On dévoile les mensonges des centuriates

Les magdebourgeois discutent à tâtons sur l’origine de la vénération et du culte des reliques. Car, dans la préface de la centurie 6, ils disent que c’est après l’an du Seigneur 500 qu’a commencé le culte des reliques, à l’occasion de la construction de somptueuses basiliques. Mais cependant, dans la centurie 5 (chapitre 7, colonne 744), ils disent que le culte des reliques a commencé au cinquième siècle, avant donc 500. Ce qu’ils enseignent dans la préface de la centurie 6 n’est donc pas vrai. De plus, les mêmes auteurs dans la centurie 4 (chapitre 6, colonne 456, et chapitre 13, colonne 1546), disent que jusqu’à l’année 300, on ne trouve rien dans les auteurs approuvés sur la vénération ou la translation des reliques; que cette superstition a commencé au quatrième siècle, quand, sur l’ordre de Julien l’apostat, les reliques de saint Babyle furent transférées, laquelle translation fut faite avec un grand concours de peuple et une grande solennité en l’année 365. C’est vraiment à cette date que Julien donna cet ordre, comme l’atteste saint Jérôme dans sa chronique. Ce que les centuriates ont écrit dans les centuriates 5 et 6 n’est donc pas vrai.

Mais n’est pas plus vrai non plus ce qu’ils écrivent dans la quatrième centuriate. Car, comme ajout à la première centurie, dans la vie de saint Luce, les mêmes centuriates reconnaissent que, avant l’époque de Julien, ont été transférées avec un grand honneur, par l’empereur Constantin, les reliques de saint André et de saint Luc à Constantinople, comme saint Jérôme l’atteste dans le livre contre Vigilance. De plus, dans la centurie 2, chapitre 3, colonne 31, ils transcrivent l’épitre de l’Église de Smyrne sur le martyre de Polycarpe (conservée par Eusèbe, livre 4, chapitre 15 de son histoire de l’église). Dans cette épitre, on rapporte que, comme les chrétiens voulaient des reliques du martyr, et que les Juifs s’y opposaient avec acharnement, le juge païen a décidé que le corps serait brulé et réduit en cendres; et que les chrétiens, avec une grande avidité, ont recueilli ces reliques, « comme si, dit l’épitre, elles étaient plus précieuses que les pierres les plus précieuses, et plus éprouvées que l’or éprouvé par le feu. » Ces reliques ont été recueillies par les Chrétiens à des fins de culte, comme le prouvent les paroles citées, ou la hargne des adversaires. Car les Juifs et les païens s’opposaient à ce que les reliques soient emportées sous prétexte de piété, car ils pensaient que les chrétiens adoraient les corps des martyrs, comme l’atteste le même Eusèbe au même endroit. Ce qui est dit dans la centurie 4 n’est donc pas vrai.

Car ce n’est pas non plus alors que commença l’honneur rendu aux reliques. Saint Grégoire, en effet, (livre 3, épitre 3) écrit qu’au temps où Pierre et Paul ont été martyrisés, des fidèles vinrent de l’Orient, qui réclamèrent leurs reliques à titre de concitoyens. Mais, après les avoir transpostées hors de la ville jusqu’à la seconde pierre, ils se sentirent, par un miracle divin, incapables d’aller plus avant. Ces reliques furent donc cachées dans les catacombes par les fidèles romains. Ensuite, le pape Corneille les fit transporter aux lieux où elles sont maintenant. Sur l’origine des reliques, les magdebourgeois ont donc proféré quatre mensonges qui se contredisent les uns les autres.

Le second mensonge se trouve dans la centurie 4 (chapitre 8, colonne 602). Après avoir dit que Vigilance avait écrit sainement et pieusement contre les reliques, que saint Jérôme avait combattu pour les reliques avec des invectives et des approximations, ils ajoutent le témoignage de saint Grégoire, en disant : « Même un Grégoire s’en est aperçu. Car, voici ce qu’il pensait du livre de saint Jérôme contre Vigilance. Il a fait un tel étalage de son éloquence et de son érudition que je me vois forcé de déplorer son manque de modestie. » Or, ces paroles ne sont pas de saint Grégoire, mais d’Érasme dans sa critique du livre de saint Jérôme sur Vigilance. Le troisième mensonge est dans la centurie 5 (chapitre 6, colonne 699). Voici ce qu’ils disent : « Au sujet des reliques de saint Étienne, saint Augustin (livre 2, chapitre 8, de la cité de Dieu) constate que de grandes multitudes superstitieuses se sont rendues jusqu’en Afrique pour les vénérer. Mais qu’ont été reconnues comme des illusions les choses qu’on avait crues miraculeuses. »

Or, si nous lisons tout le chapitre qu’ils citent, nous ne trouvons pas les noms de superstition, ou d’illusion, mais seulement de piété envers les reliques sacrées. Et ce texte de saint Augustin est assez puissant pour dissiper toutes les brumes épaisses des hérétiques. Car voici ce que, entre autres choses, il dit du miracle : « C’est une femme célèbre, d’une grande noblesse, mariée à un noble, qui habite à Carthage, grande ville, grande dame. Et c’est une chose que ceux qui cherchent la vérité ne veulent pas qu’on cache. » Et plus bas : « Une chose est arrivée chez nous, non pas plus grande que celle dont j’ai parlé, mais c’est un miracle si éclatant et si prodigieux qu’il n’y a personne à Hyppone qui ne l’a pas vu ou n’en a pas entendu parler. Personne, non plus, ne pourra l’oublier. » Ce que font les magdebourgeois ce n’est pas seulement proférer un mensonge impudent, mais commettre un péché contre l’Esprit Saint en appelant illusion et insanité manifeste les miracles de Dieu les plus attestés, et en faisant de l’homme le plus sage un enfant qui ne sait encore que jouer. Dans tout ce chapitre, en effet, saint Augustin s’efforce de montrer que la foi catholique ne manque pas de vrais miracles. Ne délirerait-il pas, et ne se contredirait-il pas s’il appelait illusions les miracles qui prouvent la foi, et superstitieux et démentiel, le peuple qui les croit ?

Le quatrième mensonge est tout à fait semblable au précédent. Car, dans la même centurie 5 (chapitre 15, colonne 1446 où on rapporte l’histoire de la translation de saint Babyle d’après Eusèbe de Césarée, et que Julien l’apostat avait ordonné d’enlever de là le tombeau du martyr), les centuriates prétendent que le diable avait fait semblant d’être paralysé par le martyr; que c’est ce qui a donné l’occasion à cette très célèbre translation, et que c’est ainsi qu’on a introduit l’usage des translations et de la vénération des martyrs. Mais ce mensonge est encore plus impudent. Car, d’abord, il répugne aux nombreux auteurs qui ont écrit sur ce miracle, comme saint Jean Chrysostome (dans son livre contre les Gentils), Ruffin (livre 1, chapitre 36), Socrate (livre 3, chapitre 18), Sozomène (livre 5, chapitre 19), et Theodoret (chapitre livre 3, chapitre 10.) Car, le miracle qui suivit a montré que le démon a craint pour de vrai. Car dès que la chasse de la martyre a été éloignée, un feu descendit du ciel qui consuma totalement l’idole, de laquelle il prononçait ses oracles.

De plus, cette translation de saint Babyle ne fut pas la première. Car, comme nous l’avons déjà démontré, plusieurs autres la précédèrent. Et ce corps de Babyle avait d’abord été transféré d’Antioche à ce faubourg de Daphnée, comme saint Jean Chrysostome l’enseigne. Et c’est après cela que Julien ordonna qu’il soit transféré de nouveau à Antioche. Le démon n’a donc pas pu, par cette translation, introduire l’usage des translations. De plus, si le diable est épris à ce point de l’idolâtrie envers les reliques, pourquoi a-t-il toujours poussé les Juifs, les païens et les hérétiques à détruire les reliques ?

Le sixième mensonge est dans la même centurie 4 (chapitre 13, colonne 1447). Ils rapportent là ce qui a été raconté par saint Grégoire de Naziance dans son premier sermon contre Julien. Deux adolescents, neveux de Constantin, Gallus et Julien, voulant ériger une magnifique église sur le tombeau du martyr Mamantus, s’attribuèrent chacun une partie du travail. Celle qui était construite par Gallus, pieux et fidèle, avançait rapidement. Mais celle qui était confiée à Julien, celui qui deviendrait apostat, et qui état déjà corrompu dans son esprit, n’arrivait pas à se maintenir, du fait que la terre, tremblant d’une façon inaccoutumée, dévorait aussitôt tout ce que Julien posait comme fondements. Saint Grégoire de Naziance explique que la cause de ce miracle est que les saints martyrs s’aiment entre eux d’un grand amour. Car, ce martyr, à qui on érigeait un temple, a refusé les hommages de Julien,, parce qu’il ne voulait pas être honoré par celui qui déshonorerait ses collèges, comme il le prévoyait. Et le Dieu qui connaissait les cœurs a accepté le travail de Gallus comme il avait accepté le sacrifice d’Abel, et a rejeté le travail de Julien, comme il avait rejeté le sacrifice de Caïn.

On, nos centuriates disent deux choses de ce miracle. Ils disent d’abord que ce serait une grande témérité de penser que ce prodige a été l’œuvre d’un martyr, parce que les martyrs dorment de leur dernier sommeil. Voilà ce qu’ils disent au lieu cité, colonne 1445. Et bien que les martyrs ne soient pas, par leur nature, des scrutateurs des cœurs, qui peut empêcher Dieu de leur révéler les pensées des hommes ? Et si on dit qu’ils dorment parce qu’ils se reposent de leurs travaux, ils ne dorment pas cependant de façon à ne rien voir et ne rien comprendre. Car, s’il en était ainsi, ils ne seraient plus en vie du tout. Ils ajoutent, en second lieu, dans la colonne 1447, que Dieu a saboté la construction de Julien pour montrer que lui déplaisait le culte superstitieux des martyrs. Or, s’il en était bien ainsi, pourquoi n’a-t-il pas détruit le travail de Gallus qui , pour le martyr, faisait la même chose que Julien ? Ils diront peut-être que Dieu dormait, ou qu’il n’a pas vu le travail de Gallus.

Le septième mensonge est dans la préface de la sixième centurie, où ils disent que nous rendons les honneurs divins aux reliques des martyrs, et que nous les invoquons par des supplications, comme si elles vivaient et entendaient : « Ils commencèrent à rendre un culte à des ossements ensanglantés et à demi corrodés, à les invoquer et à leur attribuer les honneurs divins. » Calvin dit à peu près la même chose dans son livre sur la nécessité de réformer l’église : « Ce ne sont pas seulement les saints qu’ils adorent à la place du Christ, mais leur os, leurs vêtements, leurs cendres. » Or, qui, parmi les catholiques, a jamais invoqué des reliques ? Qui a-t-on jamais entendu dire dans des prières ou dans des litanies : « Saintes reliques, priez pour nous ! » Qui leur a jamais rendu un honneur divin, ou les a jamais adorées à la place du Christ ? Nous honorons et embrassons les reliques comme des gages sacrés de nos patrons. Mais, nous ne les adorons pas comme Dieu, ni ne les invoquons comme saints. Nous les vénérons par un culte inférieur à celui des esprits des saints, et, bien entendu, à celui de Dieu. C’est ainsi que répondit autrefois saint Jérôme à Vigilance qui lui faisait la même objection. Et c’est ainsi également que, bien avant lui, répondirent les disciples de saint Polycarpe, d’après Eusèbe (livre 4, chapitre 15 de son histoire), comme nous l’avons déjà écrit.

CHAPITRE 3

On affirme la vérité et on la prouve

Venons-en maintenant aux arguments en faveur de la vérité. Le premier est tiré des exemples donnés par la sainte Écriture en Exode 13. Quand Moïse partir d’Égypte avec le peuple en direction de la Palestine, il ne voulut pas y laisser les os de Joseph, mort depuis bien longtemps. Il les apporta avec lui honorablement, et les transféra dans la terre promise. La translation des ossements des morts n’est donc ni une superstition, ni une nouveauté, comme le prétendent les magdebourgeois dans leurs centuries. De même, Dieu, dans le dernier chapitre du Deutéronome (comme le dit saint Jérôme à Vigilance), a honoré le corps de Moïse en l’ensevelissant de ses propres mains. De même (4, Rois, 13), quand les os d’Elisée touchaient un mort, ils le ramenaient immédiatement à la vie. Dieu ne méprise donc pas les os des saints, mais les honore et désire qu’ils soient honorés, puisqu’il a, par eux, opéré un si grand miracle. De même, (4 Rois 23), quand Josias détruisit les temples des dieux, et voulut abolir toute l’idolâtrie, il fut si loin de penser qu’il fallait détruire les reliques des saints, pour les enfouir dans la terre avec les os des autres morts, ou les réduire en cendres, qu’il ordonna de conserver les os du saint prophète qu’on avait découverts là.

Et, au sujet du sépulcre du Seigneur, nous lisons en Isaïe 11 : « Les nations espèreront en lui (le Messie), et son sépulcre sera glorieux. » Il est certain que ce texte parle du sépulcre du Christ, tant à cause des mots eux-mêmes que des paroles de saint Paul aux Romains 15. Qu’il ne faille pas entendre ces paroles seulement pour le temps où le Christ gisait dans son cercueil, mais aussi pour le temps futur, et qu’il faut donc honorer les reliques, saint Jérôme l’enseigne dans sa lettre à Marcella (dans laquelle il l’invitait à venir habiter à Bethléem). Il dit qu’Isaïe a prédit que, comme cela se fait aujourd’hui, le sépulcre du Seigneur serait honoré par tous. Et voilà qui réfute le blasphème de Luther qu’il a proféré dans le livre de l’abolition de la messe privée. Il a osé écrire qu’il ne fallait pas faire plus de cas du sépulcre du Seigneur que de bœufs.

Si donc le Christ était présent aujourd’hui et que nous embrassions ses vêtements avec dévotion, Luther et Calvin s’écriraient tout de suite que nous sommes des idolâtres. Or, l’hémorroïsse (Matthieu 9 ) fut guérie quand elle toucha la frange de son vêtement. Et, dans les Actes 5, ont-ils été réprouvés ceux qui accourraient à Pierre pour atteindre au moins son ombre ? N’ont-ils pas plutôt reçu la récompense de leur foi ? Or, qui pourrait penser que les reliques sont plus viles que l’ombre ? Dans les Actes 19, on n’a pas considéré comme superstitieux ceux qui apportaient aux malades la robe et la ceinture de Paul, comme nous le faisons nous aussi, car Dieu confirmait leur piété par des miracles.

Le deuxième argument vient de conciles de différentes parties de la terre. De l’orient, nous avons le concile de Nicée 11, acte 3, qui appelle les reliques des fontaines de salut, par lesquelles Dieu accorde aux hommes plusieurs miracles. Et dans les actes 7, à la dernière définition, il ordonne de déposer le clerc et d’excommunier le laïc qui méprisent les reliques des martyrs, et ne les traite pas avec honneur comme une chose sacrée. Nous avons aussi, en Orient, le concile de gangrense, avant 1200 ans, qui anathématise ceux qui exècrent les martyriums, les lieux où sont les exposées reliques des martyrs. Les Eustathiens, contre lesquels ce concile a été convoqué, ne voulaient pas entrer dans les basiliques des martyrs, pour ne pas sembler vénérer les corps des martyrs qu’ils considéraient impurs.

En Afrique, le concile de Carthage 5, canon 14, ordonne qu’aucun autel ni martyrium ne soit érigé sans qu’il y ait des reliques de martyrs. Or, si c’est une superstition de rendre un culte à un corps de martyr qui n’en est pas un, ce sera un acte religieux d’honorer le corps d’un vrai martyr, car la religion s’oppose à la superstition. En Espagne, nous avons le concile de braccarensis, 111, canon 5, où il est statué que, pendant les supplications, la theca des reliques doit être tenue dans les mains des évêques, le peuple précédant et suivant. Le concile epainense, célébré en Gaule, ordonne, au canon 25, qu’on ne place pas de reliques de saints dans les églises où il n’y a pas de clercs pour chanter souvent des hymnes en leur honneur. En Germanie, nous avons le concile de Moguntinus, célébré au temps de Charlemagne. Le canon 15 statue de ne pas transférer les corps des saints d’un lieu à un autre, sans l’autorisation de l’évêque, et sans la permission du saint synode. Ce qui n’est certes pas un mince honneur décerné aux reliques des saints.

Nous avons ensuite en Italie le concile du Latran, sous Innocent 111, chapitre 62, qui enseigne que, pour éviter tout risque de fraude, personne ne peut, sans l’autorisation du souverain pontife, commencer à vénérer en public de nouvelles reliques. D’où la loi canonique sur les reliques et la vénération des saints, au chapitre cum ex eo. Il y a une loi civile qui lui est semblable, C des évêques et des clercs, L, decernimus.

Troisièmement, on le prouve avec les pères. Eusèbe (livre 7, chapitre 15 de son histoire ecclésiastique),dit sur le siège en bois de saint Jacques l’apôtre : « On le conserve avec le plus grand soin, comme un mémorial de sainteté transmis par les anciens, et on le vénère avec une grande dévotion. » Que les luthériens ne ricanent donc pas s’ils entendent dire qu’à Rome, la chaire en bois de Pierre est vénérée. Saint Athanase (dans la vie du bienheureux Antoine), écrit qu’Antoine lui a légué une tunique tressée, et il ajoute : « Le légataire de saint Antoine qui avait mérité de recevoir, sur l’ordre d’Antoine, une tunique tressée, avec une mélote, remplace Antoine dans ses devoirs, et étant doté d’un grand héritage, il se rappelle joyeusement, par le vêtement, l’image de sa sainteté. Du même grand saint Autoine, saint Jérôme (dans le vie de Paul, le premier ermite), rapporte qu’il a reçu en héritage la tunique de Paul confectionnée avec des feuilles de palmier, et que, à cause de la grande vénération qu’il avait envers lui, il avait coutume de la porter, mais seulement dans les jours solennels de Pâques et de Pentecôte.

Saint Basile, dans le psaume 115, dit, en commentant le verset : la mort des saints est précieuse aux yeux du Seigneur : « Quand quelqu’un mourait judaïquement, les cadavres étaient abominables. Mais quand quelqu’un meurt pour le Christ, précieuses sont les reliques des saints. Auparavant, on disait aux prêtres et à ceux qui étaient dédiés à Dieu de ne pas se contaminer avec un corps mort. Celui qui possède les ossements des martyrs obtient, par la grâce inhérente au corps, une association de sanctification. » Et, parlant, dans la prière aux quarante martyrs, des reliques des martyrs qui sont dispersées dans toute la région, il dit : « Voici ceux qui administrent notre région, qui, comme des tours, apportent la sécurité contre les incursions des ennemis. Ils n’habitent pas un seul lieu, mais ils sont devenus les hôtes de plusieurs, et ornent plusieurs patries. » Saint Grégoire de Nysse, dans son sermon sur le martyr Theodore, au début, dit : « L’âme de laquelle le sublime s’est détachée, repose en son lieu, et libérée du corps, elle vit avec ses semblables. Le corps immaculé, son instrument, doit être vénéré avec un grand honneur. On le conserve et on l’orne, et on le place dans un lieu important et sacré. » Ensuite il parle longuement de ceux qui entrent dans les temples des martyrs. Ils s’étonnent de la grandeur de l’édifice, des décorations faites sur les murs et sur le plancher, de la diversité des statues et des tableaux. Il ajoute ensuite : « Après avoir délecté ses yeux par ces choses, il désire s’approcher de la chasse, croyant en recevoir la sanctification et la bénédiction. Et si on lui permet de prélever de la cendre que contient la chasse où repose le corps du martyr, il considère cela comme un devoir, et comme s’il acquerrait une terre de grand prix. Car si la fortune prospère lui accorde de toucher les reliques, quand cela est permis, à quel point cela est désirable et profitable, comme étant le don de prières ferventes, le savent ceux qui en ont fait l’expérience, et qui ont comblé leurs désirs. »

Saint Grégoire de Naziance, (dans son discours 1 contre Julien, un peu avant le milieu), reprochant à Julien de vénérer les monuments des faux dieux, et de mépriser les corps des amis de Dieu et des martyrs, dit : « Ne révères-tu pas les victimes tombées pour le Christ ? Eux, dont les corps peuvent ce que peuvent les âmes saintes, soit qu’on les touche, soit qu’on les honore, eux. Bien plus, quelques gouttes de leurs sang et de petite signes de leur passion peuvent ce que peuvent les corps. Toi, tu ne les vénères pas, mais tu les méprises et les ridiculises, toi qui admires le feu d’Hercule excité par la calamité et les injures infligées aux femmes.

Eusèbe Emissenus, ou plutôt Césaire d’Arles, ou quiconque est l’auteur de ses homélies, dit, à l’homélie de sainte Blandine : « Où sont donc ceux qui disent qu’on ne doit pas vénérer les corps des saints martyrs » Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 18), dit : « Qu’on n’honore pas seulement l’âme des saints, mais que dans les corps des morts réside une vertu ou un pouvoir enfermé dans le sépulcre, la preuve en est que le mort ressuscité par Élisée a été vivifié en touchant le corps mort du prophète. » Saint Jean Chrysostome (dans son sermon sur les saints Juventius et Maximus), loue d’abord ceux qui, au risque de leur vie, ont pieusement recouverts les corps laissés sans sépulture. Et, il ajoute ensuite : « Voilà pourquoi nous allons souvent leur rendre visite, nous adorons leur tombeau, nous conservons leurs reliques avec une grande confiance, pour pouvoir en retirer quelque bénédiction. »

Tous les livres