Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 175)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Voir la même homélie, à la fin, épitre aux Romains, où il dit : « Romme l’emporte sur toutes les autres villes par le culte qu’elle rend à Pierre et à Paul. » De même, dans l’homélie 61 au peuple, où il compare les sépulcres et les reliques des saints aux sépulcres et aux cadavres des empereurs et des rois. Et il montre que les premiers sont grandement honorés, et les autres abandonnés et déserts. Et il dit admirablement que ce fut un honneur suprême pour l’empereur Constantin de pouvoir devenir le portier de Pierre, car il a été enseveli aux portes de la basilique, où étaient placées quelques parcelles des reliques du bienheureux Pierre.

Theodoret, dans son livre 8o contre les Grecs sur les martyrs, dit : « Et les âmes des martyrs triomphants vivent maintenant dans la patrie céleste, parmi les chœurs des anges. Leurs corps ne sont pas tous, nombreux comme ils sont, contenus dans un seul monument, mais des cités, de grandes villes et des villages ont tiré au sort quelques unes de leurs reliques, qui ne cessent d’être salutaires aux âmes affligées et aux corps malades. » Ensuite, saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 16 sur la foi orthodoxe) dispute longuement sur la vénération des reliques des martyrs.

Parmi les latins, saint Ambroise (sermon 83 sur les saints Nazaire et Celse, à la fin) : « Si tu me dis : qu’honores-tu dans une chair déjà décomposée et réduite en cendres ? J’honore dans la chair du martyr les cicatrices reçues pour le nom du Christ. J’honore celui qui vit par la perennité de sa vertu. J’honore la confession du Seigneur dans les cendres sacrées. J’honore dans les cendres des semences d’éternité. J’honore celui que le Seigneur m’a montré à aimer, qui nous a enseigné à ne pas craindre la mort pour notre Seigneur. Pourquoi ces fidèles n’honorent-ils pas les corps que révèrent même les démons ? Ils les ont affligés en les suppliciant, mais ils les glorifient dans les sépulcres. J’honore aussi le corps que le Christ a honoré dans le glaive, parce qu’il règne dans le ciel avec le Christ. » Maxime (dans le sermon sur les saints Octave, Adventor, et Solutor : « Il faut honorer dévotement tous les martyrs. Mais nous devons surtout vénérer ceux dont nous possédons les reliques. » Gaudence, évêque de Brixia, dans son traité sur la dédicace d’une basilique : « Notre Dieu a pourvu à ce que nous ayons des reliques de saints, et il nous a ensuite accordé généreusement de les honorer dans leurs basiliques. » Voir le traité au complet, où il est beaucoup question du culte des reliques.

Saint Paulin, au troisième jour de la naissance au ciel de saint Félix, parlant de la ville de Rome, dit ceci des reliques des apôtres : « Tu as été d’abord la première par le gouvernement et les victoires des armées. Maintenant, c’est pas les apôtres et par leurs sépulcres. » Saint Jérôme (dans son livres contre Vigilance) dit : « Il souhaite que les reliques des martyrs soient recouvertes d’un voile précieux, qu’elles soient projetées dans les latrines, pour que seul Vigilantius, ivre et somnolant, soit adoré. » De même, dans l’épitre à Marcella ( qu’il a écrite au nom de Paul et d’Eustochie), il énumère, parmi les biens qui se trouvent en Palestine, de pouvoir adorer les saintes cendres de saint Jean Baptiste, d’Élisée et d’Abdias qui y sont conservées. Ruffin (livre 11, chapitre 28 de son histoire). Comme, au temps de Julien, les Gentils avaient, à Sébaste de Palestine, brulé les os de saint Jean Baptiste, Rufin écrit : « Quand certains chrétiens virent commettre un pareil crime par des mains humaines, mais avec une âme de bête féroce, préférant mourir plutôt que d’être, en quelque façon, complices de cette sacrilège profanation, ils se sont mêlés à ceux qui lisaient les os pour les bruler, se sont réunis pieusement et diligemment, ont soustrait furtivement les ossements à ces insensés, et ont apporté ces reliques au religieux père Philippe pour qu’il les fasse vénérer ». Voir la même chose dans le même livre, chapitre 33.

Saint Augustin (épitre 103 à Quintien) : « Les porteurs de cette lettre apportent les reliques du bienheureux martyr Étienne. Votre sainteté n’ignore pas, comme nous non plus, de quelle façon il convient que vous les honoriez. » L’auteur du livre sur les dogmes ecclésiastiques (chapitre 73) écrit : « Les corps des saints, et surtout les reliques des bienheureux martyrs nous croyons devoir les honorer comme s’ils étaient les membres du Christ. » Saint Léon (dans le sermon sur saint Laurent, parlant de la grille), dit : « Qu’est-ce que ton ingéniosité n’a pas inventé pour assurer la gloire du vainqueur, quand les instruments du supplice ont servi à honorer le triomphateur! » Saint Grégoire (livre 5, épitre 50 à Palladius) : « Comme nous présentons à la vénération des fidèles les reliques des saints apôtres Pierre et Paul, ainsi que des martyrs Laurent et Pancrace, nous vous exhortons de les recevoir et de les conserver révérencieusement, en demandant l’aide du Seigneur. »

Il répète la même chose dans l’épitre suivante. La même chose dans le livre, épitre 30. Et voici ce qu’il répond à l’impératrice Constance qui demandait la tête de saint Paul : « C’est un sacrilège de toucher et d’inspecter les corps de si grands saints ». Et il raconte que plusieurs sont morts de mort subite parce qu’ils avaient eu la présomption de toucher les corps des saints, ou de s’être approchés de trop près pour les observer. Il lui promet, cependant, qu’il lui enverra une partie de la chaîne de saint Paul, si on peut, en limant, en détacher quelque chose. Car tel est le comportement de ces chaînes : selon la dignité ou l’indignité de ceux qui en font la demande, on en détache facilement une partie, ou il est absolument impossible d’en limer quoi que soit, quel qu’effort qu’on y mette. Saint Grégoire de Tours (dans son livre sur la gloire des martyrs et des confesseurs) ne parle presque que de cela. Omettons Bède, Bernard et les auteurs postérieurs, dont nos adversaires ne doutent pas de la foi.

Quatrièmement, on le prouve par les miracles faits grâce aux reliques. Ces miracles n’auraient certes pas lieu si le culte rendu aux reliques déplaisait à Dieu. Saint Épiphane, (dans la vie d’Isaïe, d’Ezéchiel et de Jérémie), raconte que leurs sépulcres étaient fréquentés par plusieurs à cause des bienfaits qui y étaient accordés par Dieu grâce aux mérites de ces prophètes. Saint Basile, dans son sermon sur Mamante, dit que tous connaissent les miracles opérés par cette martyre, en rendant aux uns la santé, aux autres, la vie. Et, dans son sermon sur Julitta, il raconte que quand les reliques de sainte Julitte furent apportées en un certain lieu qui était privé d’eau, aussitôt uns source d’eau douce jaillit de la terre. En abreuvant de son lait toute cette région, cette sainte semblait être la mère ou la nourrice de tous. » Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur saint Cyprien) dit : « Elle peut tout, avec la foi, la poussière de saint Cyprien. Le savent ceux qui en ont fait l’expérience, et nous ont transmis les miracles. » Saint Jean Chrysostome (dans son livre contre les Gentils, sur les reliques de sainte Babille) : « Nos sentences produisent abondamment la foi, puisqu’elles sont corroborées à chaque jour par les miracles des martyrs. » Palladiius dans l’histoire lausiaque (chapitre 62) raconte que beaucoup de miracles se font sur les reliques de Philémon. Saint Ambroise (dans son sermon sur saint Gervais et saint Protais, et dans sa lettre à sa sœur sur les mêmes martyrs), rapporte, parmi plusieurs, le cas d’un aveugle nommé Sévère, très connu de tous, qui fut guéri en touchant le brancard qui portait les reliques. Saint Ambroise ajoute aussi que les ariens osaient nier impudemment les miracles que tout le peuple voyait.

Saint Jérôme (dans son livre contre Vigilance) : « Toi, très souvent, tu t’es saupoudré de cette vile poussière où parle le démon, toi qui appelles ville poussière les reliques des martyrs. » Et dans l’épitre à Eustochius sur la vie de Paula, il raconte qu’aux sépulcres d’Élisée, de Jean le Baptiste et d’Abdias, les démons ont coutume de rugir. Dans la vie de saint Hilarion, il dit que, à chaque jour, de grands miracles sont produits sur son tombeau. Saint Augustin (livre 22, chapitre 8 de la cité de Dieu), dit qu’un si grand nombre de miracles ont été faits en peu de temps près des reliques de saint Etienne, qu’il faudrait plusieurs livres si on voulait les raconter tous. Sulpice, dans la vie de saint Martin, dit que par le seul contact de son vêtement a été guérie une femme qui souffrait d’un flux de sang. On peut rapporter un grand nombre miracles de ce genre.

Cinquièmement, on le prouve par les miracles qui se produisent dans les corps morts des saints, par lesquels Dieu nous invite irrésistiblement à la vénération. Saint Jean Chrysostome écrit (dans le sermon sur les saints Juventius et Maximus) que leurs visages ont commencé, après leur mort, à resplendir à tel point qu’on ne pouvait pas les regarder sans les vénérer. Et ils étaient semblables au visage de saint Étienne (Luc, actes 6) : « Son visage qu’ils voyaient était semblable à celui d’un ange. » Saint Jérôme (dans la vie d’Hilarion) écrit que, après dix mois, son corps a été trouvé intègre, et émettant des odeurs parfumées. Saint Augustin (dans son sermon 2 sur saint Vincent) dit que son corps exposé aux bêtes fauves a été protégé par un corbeau, et que quand il a été jeté à l’eau, n’a pas pu couler. Et, dans le libre 9, chapitre 7 des confessions), il dit que les corps des saints Gervais et Protais ont été conservés par Dieu sans corruption pendant plusieurs années, pour qu’ils soient réservés pour son temps.

Sulpice (dans son épitre à Bassula Socrum, sur la mort de saint Martin) dit que, après sa mort, est apparue dans son corps la figure d’un homme glorifié. Sa chair, en effet, fut plus pure que la vitre, plus blanche que le lait, semblable à celle d’un enfant de sept ans. Saint Bonaventure rapporte qu’on a dit la même chose du corps de saint François. Au sujet de saint Édouard, le roi anglais, qui vécut il y a quatre cents ans, l’auteur de sa vie écrit que, 36 ans après sa mort, son corps a été trouvé intègre, plein de suc, flexible, comme s’il était encore vivant. Non seulement ses os et sa chair n’avaient subi aucune altération, mais ni ses cheveux, ni les poils de sa barbe, ni ses vêtements ou ses souliers. C’est ce qu’on dit du corps de saint André, du quel coule continuellement une liqueur mirifique.

J’ai vu moi-même, à Bologne, le corps de sainte Catherine intègre, sans aucune corruption, alors qu’il y au moins cent ans que cette vierge bienheureuse ait quitté cette terre. J’ai vu aussi, près de Mentem Falcum, en Ombrie, le corps intègre de sainte Claire, sans aucune corruption après 300 ans. Et ce qui est peut-être un plus grand miracle, on voit dans son cœur les instruments de la passion du Seigneur, si admirablement sculptés dans sa chair, que tous ceux qui le voient sont contraints de dire : le doigt de Dieu est là. Et, pour en omettre beaucoup d’autres, que dire enfin de ma concitoyenne et ma patronne la bienheureuse Agnès Politiana ? Elle a vécu celle-là il y a trois cents ans. Et vivante ou morte, elle est grandement célèbre par ses miracles, dont, dans mon enfance, j’ai été témoin, non moi seul, mais toute la cité. Son corps très beau et sans corruption, je ne l’ai pas vu seulement une seule fois. Des auteurs fiables ont rapporté par écrit que quand sainte Catherine de Sienne vint voir son corps pour le vénérer, une pluie de rosée céleste descendit à l’instar d’une manne, sur l’une et l’autre. Et quand les citoyens projetèrent d’oindre son corps d’aromates pour qu’il se conserve plus longtemps, une liqueur suave semblable à du baume commença à se répandre, de telle sorte que tous comprirent que ce corps, par la grâce divine, n’avait besoin de l’onction d’aucun aromate. On affirme que des reliques de cette liqueur divine sont conservées dans l’église avec son corps.

Sixièmement, on le prouve par l’invention et la révélation des saints corps. Si le culte des reliques ne plaisait pas à Dieu, pourquoi montrerait--il à ses serviteurs les corps des saints qui sont cachés ? Après avoir reçu une révélation divine sur les corps des saints Gervais et Protais, saint Ambroise raconta la chose dans une lettre, que l’on trouve dans les tomes Surit. Saint Augustin raconte la même chose dans son livre sur les confessions (livre 9, chapitre 7). Nous a été conservée aussi la lettre de Lucien dans laquelle il rapporte qu’on lui a miraculeusement montré les corps d’Étienne, de Nicodème et d’autres. Qu’il s’agissait bien du vrai corps de saint Étienne, des miracles innombrables le démontrent, qu’Évode a décrits dans deux livres. Et saint Augustin (dans le sermon 91 ex novis), dit : « Son corps a été caché pendant une si longue période de temps. Il est revenu à la lumière quand Dieu l’a voulu. Il a illuminé les pays. Combien de miracles il a faits ! Le mort rend vivant les morts parce qu’il n’est pas mort. »

À ce sujet, Sozomène rapporte (livre 5, chapitre 8) que les os des saints martyrs, les frères Nestabius et Eusebius, qui à Gazence étaient mêlés aux os des chameaux et des ânes, pour que les chrétiens ne puissent pas les reconnaitre, ont été montrés à une femme par une divine révélation, et ont été recueillis par elle. Le même Sozomène (livre 7, chapitre ultime), rapporte que les os d’Abaccuch et de Michée ont été révélés divinement à un certain évêque. Le même Sozomène (livre 9, chapitre 2) racoonte que les reliques des quarante martyrs ont été découvertes par une révélation divine. Bède (dans son livre sur les six états, à Martien) rapporte que la tête de saint Jean Baptiste a été révélée à deux moines par saint Jean lui-même. Et, à Zénon, que les corps de saint Barnabée avec sur sa poitrine l’évangile de saint Matthieu, a été retrouvé, saint Barnabée lui-même faisant la révélation.

Septièmement, on le prouve par la translation des reliques d’un lieu à un autre, pour mieux les honorer, laquelle translation avait coutume d’être célébrée. On ne peut pas nier que c’était pour mieux les honorer que se faisait cette translation des reliques. La première et la plus ancienne de toutes fut celle de Joseph, de l’Égypte à la Palestine, faite par Moïse (Exode 13). Ensuite, la translation des reliques de saint Pierre et de saint Paul, du lieu de leur supplice aux catacombes, qui a été faite au temps où ils ont souffert (Grégoire, livre 3, épitre 30) . Ensuite, la translation des mêmes corps des catacombes au Vatican en partie, et dans le domaine de Lucine sur la voie Hostiensis. Le pape Corneille dans sa lettre 1 à Ruffin (livre 2, chapitre 28), décrit la translation des reliques de saint Jean Baptiste de la Palestine à Alexandrie. Saint Jérôme, dans son livre contre saint Vigilance, écrit que, au temps de l’empereur Constantin, les reliques d’André, de Luc et de Timothée ont été transportées à Constantinople. Il dit aussi que, au temps d’Arcadius, les reliques de Samuel le prophète ont été transportées par les évêques dans un vase d’or avec un si grand honneur et un si grand concours de peuple que de la Palestine jusqu’à la Chalcédoine elles ont toujours été accompagnées par les fidèles.

Saint Ambroise, au début de son exhortation aux vierges, dit : « Moi, après avoir été invité au rassemblement de Bologne, où on célèbre la translation d’un saint martyr, je vous ai réservé une relique pleine de sainteté et de grâce. » Saint Augustin (livre 9, chapitre 7 de ses confessions), écrit : « Après avoir découvert et exhumé les corps des saints Martyrs Protais et Gervais, et les avoir transférés avec honneur… » Saint Jean Chrysostome (dans le livre sur Babyle) décrit avec quel honneur les reliques des martyrs sont transférées. Sozomène (livre 7, chapitre 10), décrit la translation des reliques de saint Meletius d’Anthioche. Theororet (livre 5, chapitre 36) décrit la translation des reliques de saint Jean Chrysostome. Évagre (livre 1, chapitre 16) décrit la translation honorable de saint Ignace à Antioche, sous Theodose junior.

Huitièmement, on le prouve par la coutume de placer les reliques des martyrs sous les autels. C’est de quoi se souvient saint Ambroise dans son exhortation aux vierges, en pensant aux reliques de Vital et d’Agricola. Ainsi que dans sa lettre à sa sœur sur l’invention des corps des saints Gervais et Protais. (saint Jérôme, dans son livre contre Vigilance.) Saint Prudence en parle dans son hymne 11 sur les couronnes des saints, qui est de saint Hyppolyte. Saint Augustin, dans le sermon 11 sur les saints. Sozomène (livre 5, chapitre 8), et le concile de Carthage 5, canon 14. Il semble que cette coutume ait commencé au temps des apôtres. Car dans l’apocalypse, on nous montre, dans le ciel, les âmes des martyrs sous l’autel, parce que, sur la terre, leurs corps reposent sous l’autel, comme l’insinue saint Augustin au lieu cité. Que ce soit pour les honorer grandement que ce lieu leur a été assigné, saint Jérôme et saint Augustin l’enseignent aux lieux cités, et la chose elle-même le montre. Car, les autels ont toujours été grandement honorés, au point même où ils ont été parfois adorés. Et Tertullien (dans son livre sur la pénitence) compte parmi les rites chrétiens l’agenouillement devant les autels de Dieu.

Neuvièmement. On le prouve par l’usage des cierges et des lampes par lesquels étaient honorées les reliques. Que la lumière soit un signe d’honneur et non de superstition, ainsi qu’allumer une lumière devant une chose inanimée, le candélabre nous le fait comprendre, puisqu’il était toujours allumé devant l’arche du Seigneur. (Exode 25 »). Que ce fut autrefois l’usage d’allumer des cierges devant les reliques, c’est Vigilance qui nous le dit par son objection : « Nous voyons les cierges allumés en plein jour. » Et aussi saint Jérôme (dans son épitre à Riparius) : « J’ai donc allumé des cierges devant leurs tombeaux, ces cierges qui sont des signes d’idololâtrie. » De même Constantin (premier tome des conciles, dans la vie de Sylvestre). Parmi les dons faits aux reliques sacrées de Pierre, de Paul, de Laurent, et de la sainte croix, on énumère des candélabres, plusieurs lampes qui doivent bruler perpétuellement. Il n’est pas croyable que Constantin ait lancé quelque chose qui ne faisait pas partie de la coutume de l’Église. De plus, Theodoret (livre 5, chapitre 36), atteste que, dans la translation des reliques de saint Jean Chrysostome, beaucoup de lampes avaient été allumées.

Saint Grégoire (livre 3, chapitre 24 des dialogues), se souvient des lampes qui, dans le temple de saint Pierre, restaient allumées même la nuit, quand tous dormaient. Dixièmement, on le prouve par une raison tirée de l’utile et de l’honnête. La raison tirée de l’utile, on la trouve chez saint Chrysostome, dans le saint martyr Babyle. Car, Dieu, comme le dit saint Jean Chrysostome, « ne nous a rien laissé de plus utile pour le salut que les reliques des saints. » Car, rien ne représente plus efficacement et n’imprime davantage dans l’âme le souvenir des saints que leur sépulcre. En effet, dès que nous voyons le sépulcre de quelque saint, nous nous souvenons de lui, de ses vertus, de sa patience, de sa charité, de sa chasteté, de sa piété; et nous pensons immédiatement à la gloire dont il jouit dans le ciel pour un très court labeur. La raison tirée de l’honnête est multiple. La première. Pour tous les biens qu’ont faits les saints, leurs corps ont servi d’organes à leur âme. Voir Tertullien sur la résurrection de la chair. La deuxième. Leurs corps ont été et sont encore des instruments pour la production de miracles. La troisième. Ils sont les gages des patrons. La quatrième. Ils sont les dépouilles des plus chers. La cinquième. Ils sont les trophées des triomphateurs. La sixième. Ils sont destinés à une gloire incroyable, puisque, après la résurrection, ils seront plus brillants que le soleil. Et jusqu’à présent ils s’imposent par ces corps, qui, plus que toute autre chose, ont mérités d’être conservés. C’est pour ces raisons et pour d’autres que les fidèles font grand cas des reliques des saints, et les honorent avec le culte qui leur est du.

CHAPITRE 4

On répond aux arguments des adversaires

Après ce que nous venons de présenter, il ne sera pas difficile de répondre aux arguments des adversaires. Voici ce que nous répondons au premier argument que Wiclef avait tiré de l’évangile. Le Seigneur, comme il le prétend, ne reproche pas aux Juifs d’avoir construit des monuments aux prophètes et de les avoir embellis, mais de ne pas avoir imité ceux dont ils ornaient les monuments; et d’avoir imité plutôt ceux qui les avaient tués, et s’étaient ainsi condamnés eux-mêmes. C’est ainsi qu’expliquent ce passage presque tous les pères, comme saint Hilaire, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, Theophylactus, (chapitre 23 de Matthieu), et saint Ambroise et saint Bède (chapitre 11 de Luc.) Voici ce que dit saint Ambroise : « En construisant des tombeaux pour les prophètes, ils convainquaient de crime ceux qui les avaient tués. Mais, en commettant un crime semblable, ils devenaient leurs émules, et se déclaraient les héritiers de l’iniquité ancestrale. Ce n’est donc pas la construction qui est criminalisée, mais l’émulation. » Saint Jean Chrysostome (homélie 75 sur Matthieu) : « Le Christ ne les a pas maudits parce qu’ils construisaient, ni parce qu’ils accusaient leurs pères, mais parce que, parlant comme ils parlaient, et agissant comme ils agissaient, ils osaient condamner leurs ancêtres, alors qu’ils commettaient de plus grands crimes qu’eux. »

Mais tu diras. En Luc 11, le Seigneur a dit : « Vous témoignez que vous consentez aux œuvres de vos pères parce qu’eux ont tué les prophètes, et vous, vous leurs construisez des tombeaux. » IL semble bien là que le Seigneur blâme la construction elle-même, comme étant le témoignage de leur consentement à la mort des prophètes. Saint Jean Chrysostome répond au lieu cité : « Les Juifs avaient coutume d’édifier des mausolées pour les prophètes, non pour les honorer, mais pour montrer la vigueur et la puissance de leurs ancêtres qui ont pu tuer les prophètes. Car, bien que les Juifs disent que ce n’était pas leur intention, mais qu’elle était toute autre, il appert que ce fut vraiment leur intention, puisqu’ils cherchaient à tuer le Seigneur des prophètes. Saint Jérôme (chapitre 23 de Matthieu) donne une explication un peu différente. Il dit que c’est par orgueil que les anciens Juifs tuèrent les prophètes; que c’est aussi par orgueil et par ambition que les plus récents leur construisaient des tombeaux; et que c’est ainsi qu’ils consentaient aux œuvres de leurs ancêtres. Cajetan donne une explication plutôt accommodante, Il dit que celui qui ensevelit quelqu’un qui a été tué, peut le faire soit pour honorer le mort, soit pour compléter l’acte d’homicide. Les gents ordinaires tuent et ensevelissent pour cacher leur crime. Or, même si les Juifs disaient qu’ils édifiaient des sépulcres aux prophètes pour les honorer, il semble plutôt qu’ils le faisaient pour compléter les œuvres de leurs pères, puisque, après avoir tué les prophètes, ils ont tué le Christ et certains apôtres.

Au deuxième, je réponds que, dans les monuments, se trouve, au minimum, la mémoire des saints. Et c’est pour cela que les anciens appelaient les sépulcres des saints des mémoires. Or, la mémoire des saints est honorable. En effet, dans le sépulcre du Christ, ne se trouve maintenant ni son âme, ni son corps. Et, pourtant, selon Isaïe (chapitre 11), « son sépulcre sera glorieux. » Je dis, ensuite, que, dans les sépulcres des saints, se trouve une certaine partie de leur substance, c’est-à-dire de cette matière que les esprits des saints ont animée et qu’ils animeront encore

. Au premier argument de Calvin sur le corps de Moïse, on peut donner plusieurs réponses. Saint Hilaire (chapitre 17, Matthieu), saint Ambroise (livre 1, chapitre 2 sur Caïn), et saint Grégoire de Nysse (dans sa vie de Moïse), disent que Moïse n’était pas encore mort, et donc pas encore enseveli, et qu’il a été transporté comme Élie et Énoch. Et c’est ce qu’enseignent quelques auteurs modernes. Mais ce n’est pas quelque chose qu’on peut facilement soutenir. Et Rupert attaque cette interprétation avec de puissants arguments. Philo (à la fin des livres sur la vie de Moïse) enseigne que Moïse était mort et enterré, mais qu’il appartient à la gloire de Moïse d’avoir été enseveli dans un sépulcre si mystérieux que nul ne put jamais le découvrir. C’est à cette explication qu’Oecumenius semble faire allusion dans son épitre de Jude. Et c’est probablement ce qu’a écrit saint Jean Chrysostome (dans son homélie 5 sur Matthieu) : le sépulcre de Moïse aurait été caché pour qu’il ne soit pas adoré comme un dieu par les Juifs.

Tu diras. Ils n’ont jamais, de son vivant, adoré Moïse comme un dieu. Ils l’auraient fait encore bien moins après sa mort. Je réponds qu’ils ne l’ont pas adoré de son vivant, pendant qu’ils l’entendaient dire à chaque jour, qu’il n’y avait qu’un seul vrai Dieu, dont il était le serviteur. Mais, après sa mort, se souvenant de ses miracles, et ne l’entendant plus parler, ils auraient facilement pu être entrainés à croire qu’il était un dieu; et ils l’auraient adoré s’ils avaient su où se trouvait son corps. Surtout parce que il est raisonnable de croire que ce corps conservait la beauté et l’éclat de son visage, comme c’est le cas pour certains saints. Nous avons comme exemple le serpent d’airain. Les Juifs qui avaient été mordus par des serpents, (Nombres 21) regardaient le serpent d’airain et étaient guéris. Cependant, ils ne l’adorèrent pas d’un culte de latrie, parce que Moïse leur avait dit que ce serpent n’était pas Dieu, mais un signe de salut. Or, à 4 Rois, 18, ils sacrifiaient au serpent comme à un dieu, même s’il ne faisait plus aucun miracle. Et c’est pour cette raison qu’il a été détruit par Ezechias.

Tu diras que les reliques des saints présentent le même péril aujourd’hui. Je réponds que c’est faux. Car le peuple des Juifs était, à cette époque, fort enclin à l’idolâtrie, au point où ils adoraient même des veaux en or. Et c’est parce que, après la captivité babylonienne, le peuple avait cessé d’adorer les idoles, que nous voyons Dieu illustrer par un grand nombre de miracles les sépulcres d’Isaïe, d’Ézéchiel, de Jérémie, d’Élise, d’Abdias, et d’autres, agréer leur culte qui portait sur les ossements, comme le rapportent Épiphane et saint Jérôme. Ajoutons qu’on n’a jamais entendu dire que des chrétiens aient rendu des honneurs divins aux cendres des martyrs. Il ne manque pas non plus, dans l’église, d’écrits et de sermons qui enseignent au peuple quel est le culte qui est du aux reliques.

Au deuxième je dis comme saint Paul (2 Corinthiens 5) : « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi maintenant. » Par chair, il entend la mortalité et la passibilité. Et le sens est : si nous avons connu un Christ passible et mortel, nous connaissons maintenant un Christ impassible et immortel. C’est ce qu’enseigne saint Paul (1 Corinthiens, 15) : « La chair et le sang ne possèderont pas le royaume de Dieu. » Et aux Hébreux 5 : « Celui qui, pendant les jours de sa chair, offrit à Dieu des prières et des supplications. » C’est ainsi que tous l’expliquent :

saint Jean Chrysostome, Theodoret, Theophylactus, Oecumenius, Ambroise, Anselme, etc. C’est de la même manière que répond le septième synode (acte 6, tome 4), et par le même argument à ce qui avait été objecté par les iconoclastes. On ajoutait là le témoignage de saint Cyrille. Que l’apôtre (comme le veut Calvin) n’ait pas eu l’intention d’enseigner qu’il fallait mettre en oubli tout ce qui est charnel dans le Christ pour ne penser qu’à son esprit et à sa divinité, le même saint Paul nous le fait comprendre ( 1 Corinthiens 11), quand il dit que la sacrement de l’eucharistie a été institué en souvenir de la passion. Et il ajoute : « À toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez au calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. » Et il n’y a rien qu’il répète plus souvent que la croix, la passion et la mort du Seigneur. Et, je le demande, comment son sépulcre pourrait-il être glorieux si nous devions mettre en oubli la mort du Seigneur ? De plus, devons-nous rappeler les bienfaits du Seigneur, oui ou non ?

Si nous ne le faisons pas, nous sommes ingrats et nous contredisons saint Paul qui dit (Hébreux 12) : « Rappelez-vous celui qui a supporté, venant des pécheurs, une telle contradiction contre lui. » C’est ainsi que nous devons penser à l’incarnation, la nativité, la passion et la mort du Seigneur.

Au troisième je dis d’abord que le culte des reliques n’est pas un culte volontaire, c’est-à-dire imaginé par les hommes, mais inspiré par Dieu, comme le montrent les textes cités. Car, l’Écriture approuve le culte du sépulcre, de la fibre du vêtement du Christ, ainsi que de l’ombre de Pierre, de la robe et de la ceinture de Paul. Je dis, ensuite que, au Colossiens 2, le mot grec ethelothrèskeian ne signifie pas n’importe lequel culte volontaire, non prescrit par Dieu, et inventé par les hommes, mais un culte superstitieux, comme notre commentateur l’ a bien traduit, ou une fausse religion, comme l’explique saint Jérôme, (dans son épitre à Agalsia, question 10). Il faudrait donc que Calvin prouve que le culte des reliques est superstitieux ou faux, s’il veut qu’il soit réprouvé par saint Paul.

Le quatrième. « Je dis qu’il y a un danger d’idolâtrie. » J’affirme, au contraire, que le culte des reliques est la détestation de toute idolâtrie. Car, les martyrs sont morts pour détruire l’idolâtrie. Donc, celui qui rend un culte aux reliques indique qu’il se réjouit de la destruction de l’idolâtrie. Et c’est avec raison que les chrétiens (Ruffin, livre 1, chapitre 35), en transportant les reliques de Babyle, chantaient à haute voix : « Que soient confondus ceux qui adorent les statues des dieux païens ! » À l’argument tiré des cierges, je réponds que les cierges allumés devant les tombes des martyrs ne sont pas le signe d’une adoration qui n’est due qu’à Dieu. Car on n’offre pas aux martyrs les cierges comme sacrifices, mais en signe d’allégresse. Même dans les choses profanes, on allume un feu pour signifier la liesse publique. De plus, le feu est un signe de gloire. Voilà pourquoi un feu brulait toujours devant les empereurs romains et les impératrices, comme l’atteste Herodianus (livre 1.) Or, les saints jouissent maintenant de la vraie gloire, règnent avec le Christ, et commandent dans le ciel. Ils méritent donc amplement qu’en leur souvenir, on puisse allumer un feu. On peut dire aussi que le feu est un signe de vie. Nous professons donc avec nos cierges que les âmes des saints vivent, et que leurs corps vivront en leur temps.

À l’argument tiré de saint Jérôme, je dis donc que quand il parle de ceux qui allument des cierges devant des reliques,(« je confesse qu’ils ont le zèle de Dieu, mais non selon la science »), il pense à ceux qui le font pour rendre illustres les martyrs. Car, Vigilance a dit, par ironie : « Les hommes de cette sorte procurent un grand honneur aux martyrs en pensant les rendre illustres par leurs vils cierges » C’est de ceux-là, de ceux qui allument des cierges avec cette fausse intention que saint Jérôme dit qu’ils ont du zèle, mais non selon la science. Que saint Jérôme ait pensé que c’était une bonne chose d’allumer des cierges devant des reliques, on le découvre dans sa lettre à Riparius où i l présente comme argument en faveur du culte des saints l’usage d’allumer des cierges. Et, dans son livre contre Vigilance, il dit : « Les apôtres eux-mêmes craignirent que périsse l’onguent, mais ils ont été corrigés par le Seigneur. Car, le Christ n’avait pas besoin d’onguent, ni les martyrs de la lumière des cierges. Et cependant, une femme l’a fait en l’honneur du Christ, et la dévotion de son esprit l’a reçue. Et tous ceux qui allument des cierges selon leur foi ont leur récompense. » Et plus bas : « On faisait cela pour les idoles, et c’était une chose détestable. On le fait maintenant pour les martyrs, et c’est une chose acceptable. »

Deuxièmement. La chose est évidente, car, au temps de saint Jérôme, ces cierges étaient en usage non seulement pour les femmes, mais pour les évêques et l’église universelle, comme on le voit dans Paulin, dans Theodoret, et les autres ci-haut cités. Troisièmement. Si c’était une superstition d’allumer des cierges devant des reliques, ce serait aussi une superstition d’en allumer quand on lit l’évangile, et quand les morts sont portés vers le sépulcre. Saint Jérôme (contre Vigilance) enseigne que, pour l’évangile, on allume des cierges dans tout l’Orient. On en allume aussi pour les funérailles, enseigne le même saint Jérôme dans sa vie de Paula, où il dit que, aux funérailles de Paula, les évêques processionnaient avec des cierges allumés.

Nous avons répondu au concile elibertinus quand nous avons traité du purgatoire. Il avait interdit les cierges car, cela se faisait à la façon des païens qui cohabitaient avec les chrétiens. À l’argument tiré de saint Augustin, je réponds qu’il appelle adorateurs de sépulcres ceux qui offraient aux mânes des défunts le sacrifice du pain et du vin et d’autres mets; qui se nourrissaient ensuite de ces mets et s’enivraient. Car, c’est ainsi qu’il parle : « Je connais les adorateurs de sépulcres, je sais qu’il y en a beaucoup qui boivent comme des ivrognes sur les cadavres, qui s’ensevelissent sur ceux qui ont été ensevelis, et appelle religion leur voracité et leur ébriété. » Cela, saint Augustin l’a écrit au début de sa conversion. Plus tard, il a dénoncé cette coutume, mais non comme une idolâtrie. Car, (au livre 6, chapitre 2 de ses confessions), il dit que sa mère avait coutume de faire cela par piété, mais que, à Milan, elle en avait été détournée par les clercs de saint Ambroise.

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