Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 176)
Saint Ambroise avait prohibé cette coutume, même si les chrétiens la pratiquaient sans faute, pour ne pas donner de prétexte à l’ébriété, et parce qu’elle était apparentée aux superstitions des Gentils. De même, dans sa cité de Dieu (livre 8, chapitre 27), saint Augustin écrit qu’il est préférable que les chrétiens n’agissent pas ainsi, même si ceux qui le font n’ont pas l’intention d’offrir un sacrifice aux morts, mais de poser des mets, sur la tombe des saints, pour que Dieu les sanctifie par les mérites des martyrs. Que saint Augustin n’ait jamais pensé que c’était une mauvaise chose de vénérer les sépulcres des saints, sa lettre 42 ( aux Mandorenses) nous le montre : « Vous voyez les plus puissants et les plus nobles de l’empire, après avoir déposé leurs diadèmes, supplier Dieu devant le tombeau du pêcheur de Galilée. » Il est à noter que saint Augustin a écrit cela à des idolâtres pour montrer que le culte des idolâtres a été détruit par les chrétiens.
De plus, quand saint Augustin blâma les adorateurs de sépulcres, il ne blâma certes pas saint Jean Chrysostome et saint Jérôme, mais les foules ignorantes. Or, saint Jean Chrysostome (dans son sermon sur les saints Juventius et Maximus), dit : « Nous adorons les tombeaux des martyrs. » Et saint Jérôme (dans sa lettre à Marcella) dit que les sépulcres et les cendres de saint Jean-Baptiste, d’Élisée et d’Abdias sont adorés à bon droit par les fidèles de Palestine. Gaudence Brixianus, l’égal de saint Ambroise, (dans son traité 4 sur l’Exode) dit : « Les hommes ont d’abord commencé à préparer pour les morts, des repas qu’ils mangeaient eux-mêmes. Ils osèrent ensuite leur offrir des sacrifices sacrilèges, même s’ils n’en sacrifiaient pas moins leurs parents aux morts. Pendant qu’ils répandaient le vin sur les tables des sépulcres avec leurs mains que l’ivresse faisait trembler, ils balbutiaient et déliraient. » Il montre ici que cette coutume erratique était une survivance païenne. Il se peut donc que certains aient continué après leur conversion au christianisme à sacrifier aux morts, mais ce n’est pas une raison pour abolir le culte envers les reliques.
Réponse au cinquième argument. Nous nions que les reliques qui étaient présentées, dans les temples, à la vénération des fidèles, aient été de fausses reliques. Car l’Église a toujours veillé avec le plus grand soin à écarter et éventer les fraudes, et surtout après le décret du concile de Latran, voulant qu’aucune relique ne soit reçue sans l’autorisation du pontife romain. Au sujet du « si ce sont des martyrs » de saint Augustin, je réponds qu’il ne faut pas se surprendre que saint Augustin ait douté de certaines reliques que des hommes privés faisaient circuler. Nous parlons, nous, des reliques qui sont conservées dans les temples. Au sujet des nombreux corps de martyrs et de saints, je dis que plusieurs parties de ces mêmes corps sont conservées dans des endroits différents, et que chaque partie porte le nom du tout. Car, comme l’écrit saint Basile (dans son discours sur les quarante morts), on disait que ces martyrs étaient dans plusieurs places à la fois, parce que chaque église en possédait une partie. Theodoret dit au livre 8 des martyrs : « Il est rare qu’on trouve, en un endroit, les corps des martyrs dans leur intégralité, car ils ont été coupés en plusieurs morceaux, et distribués ici et là.
Enfin, saint Jean Chrysostome dans son livre sur la divinité du Christ, dit que les apôtres Pierre et Paul reposent et à Rome, et à Constantinople, même si, à Constantinople, ne se trouvait qu’une infime partie de leurs corps. Car, que les corps de Pierre et de Paul aient été ensevelis à Rome, le même saint Jean Chrysostome l’atteste dans son homélie 32 sur l’épitre aux Romains. Mais, écoutons ses paroles tirées du texte cité : « C’est à Rome, qui de toutes les villes est la plus royale, qu’après avoir tout abandonné, accourent aux sépulcres du pêcheur et du faiseur de tentes, les rois, les chefs et les militaires. Et, à Constantinople, nos empereurs estiment une grande faveur que leurs corps soient ensevelis non près des apôtres, mais à l’extérieur de leurs vestibules, et de devenir, eux, les rois, les portiers des pêcheurs. »
CHAPITRE 5
Du mot image et idole
Vient ensuite la dispute sur le culte des images, qui comprendra huit parties. On doit d’abord parler du nom image, du nom idole, et des simulacres. On se demandera ensuite quels furent les ennemis des images. Et : est-il permis d’avoir des images ? Ensuite, est-il permis de leur rendre un culte ? Et, de quel culte s’agit-il ? À ces parties, j’ajouterai un traité tripartite sur la croix. Nous traiterons d’abord de la vraie croix du Christ; ensuite de l’image permanente de la croix, puis du signe de la croix.
Commençons par les mots. Dans son trésor, Henri Stephanus écrit au mot eidôlon que les ecclésiastiques appellent idole tout simulacre représentant une divinité quelconque que nous jugeons digne de culte et d’honneur. Il s’ensuit donc que, pour les ecclésiastiques, les images du Christ et des saints et surtout de la très sainte trinité sont à bon droit appelées idoles. Et si, par ecclésiastiques, Henri entend ses docteurs, Calvin, Pierre martyr et les autres, il dit vrai, car ils n’ont jamais appelé autrement nos images. Mais si, par ecclésiastiques, il entend les saints pères, ou les apôtres ou les prophètes, ce qu’il dit est d’une grande fausseté. Car, le synode 7, (actes 5 et 7,) anathématise ceux qui appellent idoles les images du Christ et des saints. Ensuite, Origène (homélie 8 sur l’Exode) et Theodoret (question 38 sur l’Exode) commentant Exode 20, « Tu ne feras pas d’idole (que les septante ont traduit par eidôlon), et d’autre chose semblable », disent que la différence entre l’image et l’idole consiste en ce que l’image est une vraie représentation d’une chose, (comme quand nous peignons un homme ou un cheval, le mot image venant du mot imitation), mais que l’idole est une fausse représentation, c’est-à-dire la représentation d’une chose qui n’existe pas.
Les statues de Vénus et de Minerve faites par les païens étaient des idoles parce qu’elles représentaient des dieux sexués qui n’existent pas. Elles n’étaient donc pas de vraies représentations, mais de fausses images, car, de toute évidence, ce qui n’existe pas ne peut pas être représenté. C’est ce qui nous fait comprendre que les images du Christ et des saints ne sont pas des idoles. Les images de la trinité ou des anges ne sont pas non plus des idoles, car elles n’ont pas pour but de représenter la nature de la trinité ou de celle des anges, mais à exprimer une forme dans laquelle ils sont apparus, ou une de leurs propriétés.
Que ce soit cela, selon les ecclésiastiques, la véritable différence entre ces deux mots, on le prouve d’abord par l’Écriture qui n’a jamais donné le nom d’idole à une vraie image, mais seulement aux simulacres des Gentils, qui représentaient de faux dieux. L’Écriture appelle le Fils de Dieu l’image du Père, (Sagesse 7, Coloss 1, et aux Hébreux 1). Elle ne l’appelle jamais l’idole du Père. Et, à 3 Rois 7, on dit que, pour orner le temple, Salomon a fait des images de Chérubins sous forme humaine. Il a fait aussi des images de lions, de bœufs, de palmes, de fruits, de fleurs, qui ne sont jamais appelés des idoles parce qu’elles étaient de vraies représentations des choses.
Deuxièmement, parce que l’Écriture de l’ancien testament appelle ordinairement idole (mot hébreu) comme au Lévitique 19, 26, et ailleurs comme Nombres 23, Osée 6, etc. Ce mot hébreux signifie vain, faux, ou vain et mensonger. Elle appelle même le mot hébreu idole mensonge, comme le note saint Jérôme dans Osée, chapitre 7, où l’on voit que le mot idole signifie toujours quelque chose de faux. Habacuc 2 : « Quel profit le sculpteur tire-t-il de son idole, qui n’est qu’une invention et une image fausse ? Le mot idole est clairement défini comme une image fausse. Platon dit quelque chose de semblable dans Theetete : (mots grecs). Ce qui veut dire : « ils font plus de cas des mensonges et des idoles que de la vérité. » Dans ce texte, Platon joint l’idole avec le mensonge, et l’oppose à la vérité.
Troisièmement, saint Paul (dans 1 Corinthiens 8) dit : « Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde. » Il dit ici, qu’une idole n’est rien, parce que, bien qu’elle soit quelque chose selon la matière, elle n’est rien formellement, puisqu’elle représente ce qui n’est rien. Elle n’est donc pas une vraie représentation, et en conséquence, elle n’existe tout simplement pas. Saint Jérôme présente quelque chose de semblable au chapitre 7 d’Osée, pour prouver qu’une idole n’est rien. Car, il est dit dans Esther, 14 : « Tu ne livreras pas ton sceptre à ceux qui ne sont rien », c’est-à-dire les idoles. Quatrièmement. Saint Jérôme (chapitre 2 d’Habacuch, et au chapitre 13 de Zacharie, et ailleurs, compare les hérésies avec les idoles, car, comme l’idole est une fausse image, l’hérésie est une fausse imagination.
Cinquièmement. Ce que le mot exprime par lui-même. Comme Tertullien l’enseigne (dans son livre sur l’idolâtrie), l’idole est un diminutif de eidos, c’est-à-dire forme, et signifie une forme petite, non en quantité seulement, mais en perfection. Car, l’idole est proprement (comme l’explique Eusthatius dans le livre 11 sur l’Odyssée), une image vaine, comme celle qu’on voit dans l’ombre d’un homme, et comme sont les phantasmes, c’est-à-dire les images que notre imagination fabrique, qui ne correspondent souvent à rien dans la réalité. Et comme sont les spectres et les ombres des morts, qui paraissent solides, mais sont vaporeuses. Voilà pourquoi Homère (dans Odyssée 11) et Lucien (dans le dialogue sur les morts), appellent les âmes des morts des eidôla. Et Virgile, dans le sixième livre des Énéides, semble expliquer la même chose.
Ce qu’Homère et Lucien appellent eidola, il les appelle lui des ombres, et des images vaines et inutiles. En conséquence, parce que le mot idole, de par sa signification propre et première, désigne une image vaine, c’est pour cette raison que les écrivains sacrés et les docteurs ont appelé idoles les statues des faux dieux. Car, bien qu’elles soient solides matériellement, elles sont vaines formellement, c’est-à-dire vaines en rapport avec la représentation. Que cela suffise pour le mot idole.
Le mot simulacre est un peu plus commun à tous. Car, Lactance (livre 6, chapitre 10 et 13, sur le vrai culte), appelle l’homme un simulacre de Dieu, et (au livre 2, chapitre 2, de l’origine de l’erreur), il déclare que le mot simulacre vient de similitude, et que toute vraie image peut être dite un simulacre. Mais ce que les autres disent semblent être plus vrai, ceux qui disent que le mot simulacre ne vient pas de similitude mais de simulation. Car, dans les Écritures, partout, le mot simulacre signifie idole. Car, à chaque fois que le traducteur latin a mis le mot simulacres (Actes 15, psaume 113, 1 Jean, dernier chapitre), on trouve toujours en grec le mot eidôla. Et, dans le psaume 135, saint Augustin dit : « Les latins appellent simulacres ce que les Grecs appellent idoles. » Saint Jérôme, également, dans le chapitre 7 d’Osée, dit que le simulacre s’oppose à Dieu comme un mensonge s’oppose à la vérité, parce que le simulacre se réfère à un faux dieu. Enfin, comme Homère et Lucien appellent idoles les ombres des morts, qui semblent des corps solides, mais qui ne le sont pas, de même Lucrèce (livre 4), et Virgile (livre 4 des Georgiques, et au livre 6 des Énéades), appellent simulacres les mêmes ombres des morts.
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CHAPITRE 6
Les princes des iconoclastes
Les premiers iconoclastes furent tous des Juifs, des Mahométans, ou des Mages, ou des hérétiques manifestes, de sorte que ceux qui, à notre époque, combattent les images ne peuvent nier que leurs prédécesseurs et leurs ancêtres ont tous été des impies. Alphonse de Castro attribue cette erreur à un certain Félix, qu’il dit avoir été condamné au concile de Franconie, au témoignage de Platina, dans Adrien 1. Mais on ne peut pas savoir de quel Félix il s’agit. Il l’a attribuée aussi à Serenus, évêque de Marseille, que Grégoire a réprouvé (livre 7, épitre 109, et livre 9, épitre 9.) Il l’attribue ensuite à Épiphane, dans l’épitre qu’il écrivit à Jean de Jérusalem. Mais aucun de ceux-là (n’en déplaise à Alphonse), n’est tombé dans cette erreur. Car, le Félix condamné dans le concile de Francfort est l’évêque Félix urgelitanus. Ce Félix-là (comme le montrent la chronique d’Adon, et le livre 1 sur Jonas), a enseigné seulement que le Christ était un fils adoptif de Dieu. Mais, parce que, au même temps, le même concile avait réprouvé le pseudo concile des Grecs contre les images, Platine et Alphonse ont pensé que l’hérésie de Félix était une hérésie iconoclaste.
Serenus, il est vrai, a brisé des images, mais il ne faut quand même pas en faire un hérétique iconoclaste. La raison pour laquelle il a brisé des images c’est qu’il voyait des chrétiens nouvellement convertis les adorer comme des dieux. Voilà pourquoi saint Grégoire a loué son zèle et sa foi. Il ne lui a reproché que sa témérité, car il a osé faire ce qu’aucun évêque n’aurait jamais fait. Il lui mande ensuite d’expliquer pourquoi l’Église met des images dans les églises, et, après avoir donné un enseignement suffisant, de replacer les images dans le temple. Il n’y avait pas lieu, comme le voudrait Castro, de trouver une excuse à l’hérésie de Serenus et d’Épiphane, parce que la chose n’avait pas encore été déterminée. On aurait raison de dire que la chose était suffisamment déterminée par l’usage de toute l’église, mais ils ne dirent ou ne firent rien contre la foi ou la vérité. Et surtout Épiphane, qui a été purgé de tout soupçon d’erreur iconoclaste dans le synode 6 (acte 6, tome 5). Nous en reparlerons plus loin. Ce n’est certes pas sans témérité et sans préjugé envers la foi catholique qu’on attribue à de si grands hommes des erreurs aussi crasses.
Nicolas Sanderus (livre 1, chapitre ultime, sur les images) dit que les manichéens furent les premiers iconoclastes. C’est, en effet, ce que semble vouloir dire Tharasius dans le septième synode, et ce que dit Faust, d’après saint Augustin (livre 20, chapitre 3 contre Faust.) : « Il se glorifie que les hommes de sa secte honorent Dieu sans simulacres. » Mais, en est-il vraiment ainsi, j’en doute fortement. Car, Tharasius (synode 7, acte 5) ne dit pas que les manichéens ont rejeté les images, mais il dit que, quand ils répudient les images, les iconoclastes ressemblent aux manichéens qui soutenaient que le Christ n’avait pas de vrai corps. Car, celui qui nie qu’on puisse peindre le Christ semble penser qu’il n’a pas de vrai corps. Voilà pourquoi le Faustus que nous présente saint Augustin ne parle pas des images des saints, mais seulement des images de Dieu. Voilà pourquoi également Faustus ne reproche pas aux catholiques d’avoir des images, et saint Augustin ne reproche pas aux manichéens de ne pas avoir d’images.
Donc, les premiers iconoclastes sont les Juifs, qui dans le Talmud édité en l’an 476 (ord. 2, tract 1, dist 2) enseignent en toutes lettres que les églises des chrétiens sont des maisons d’idolâtrie. Que cela a été dit à cause des images, le septième synode nous le laisse à penser puisqu’il appelle souvent les hébreux des iconoclastes. Les dialogues de Léonce, également, où un Juif discute avec un chrétien sur les images.
Au temps de l’empereur Zénon, a vécu un certain Xenajas, qui a été le premier des iconoclastes, d’après Nicéphore (livre 16, chapitre 27), et Cedrenus (dans sa somme). Ce Xenajas était un perse et un barbare, et même un esclave fugitif. Et sans avoir été baptisé, il fit semblant d’être un chrétien, et parvint même à l’épiscopat. Mais, bien qu’il ait enseigné de ne pas vénérer les images, on ne lit pas qu’il parvint à en persuader un grand nombre. Et cent ans après, sous l’empereur Justin junior, les samaritains firent irruption dans une église, et se sont comportés comme des vandales envers les images du Christ et des saints, comme nous le révèle l’épitre de l’ermite Siméon à l’empereur Justin (synode 7, acte 5.)
Un peu après l’an du Seigneur 600, est né Mahomet qui ne permit aux hommes de sa secte, aucune image dans leurs églises, (Alcoran, chapitres 15 et 17), comme l’expérience nous l’enseigne d’ailleurs. Les Turcs non plus, n’ont pas d’images, et, à cause de notre culte des images, ils nous considèrent comme des idolâtres. Et, après l’année 700, un hébreu maléfique promit trente ans de vie au roi arabe mahométan Exidiius si, dans tout son empire, il ordonnait d’enlever et de bruler les images du Christ et des saints qui se trouvent dans les églises. Mais, comme les chrétiens n’obéirent pas à ses ordres, il envoya des arabes et des hébreux dans les églises qui accomplirent sans sourciller la sale besogne. Or le roi Exidius mourut l’année suivante. Et l’Hébreux en question a été contraint, par le nouveau roi, de subir la mort la plus honteuse. Cette histoire est racontée par le synode 7, acte 5, ainsi que par Cedrenus, Zonora, et Niceta dans la vie de Léon Isaurien.
Un peu après, l’empereur Léon Isaurus a été persuadé par les Juifs de faire la même chose. Par un édit public, il ordonnait d’expulser des temples et de détruire toutes les images. Et il dit qu’il fallait tuer ceux qui résistaient, si nombreux fussent-ils. C’est alors qu’a été inventé le mot iconoclasme. Les auteurs en sont Cedrenus, Zonaras, Paul diacre, etc. Il fut le premier chrétien à partir en guerre contre les images. Car, même si Philippicus, au témoignage du diacre Paul, déposa les images des six synodes, ce n’est pas en haine des images qu’il fit cela, mais en haine du sixième synode. Car, Philippe fut un monothélite et non un iconoclaste. Si l’empereur a mal agi ou bien, on peut en juger par le fait qu’il a préféré, dans cette question, adhérer aux conseils des Juifs maléfiques plutôt qu’à ceux du pape saint Grégoire et de saint Germain, patriarche de Constantinople qui siégeaient, et qui résistèrent énergiquement à l’empereur. Que le pape d’alors était bien saint Grégoire et le patriarche de Constantinople saint Germain, tous les historiens, autant grecs que latins, l’attestent. Résistèrent aussi à Léon douze sages qui étaient nourris aux frais du gouvernement, et qui étaient les meilleurs et les plus sages. Léon les fit mourir en mettant le feu à leur maison et à leur bibliothèque. Voir Zonaras dans la vie de ce Léon.
Le fils de ce Léon, Constantin Copronyme suivit son père dans son impiété. En signe de sa future impiété, la fontaine sacrée, lors de son baptême, émit une odeur de fumier. Il fut de plus un nécromancien, et un hérétique nestorien, car il ne croyait pas que Marie était mère de Dieu, comme le rapportent Zonara et Cedrenus. Sanderus nous avertit que Guillaume Xilandrus n’a pas, dans cette histoire, traduit fidèlement les paroles de Cedrenus. Car là où Cedrenus a écrit que Constantin avait exigé de tous ses sujets, qu’ils fassent serment « de ne jamais adorer d’images », il a traduit les mots grecs employés par « de ne faire de supplications à aucun simulacre. » Or, les chrétiens avaient coutume de vénérer les images, non de les supplier comme si elles étaient vivantes et intelligentes. Mais il n’est pas étonnant que celui qui n’a pas foi en Dieu soit sans foi quand il traduit des livres.
Ensuite, après l’an 800, après une certaine accalmie, la guerre contre les images a été relancée par l’empereur Leon Armemius. Et ceux qui lui succédèrent, Michaële Balbo et Theophilo qui furent tous les deux très mauvais, adhérèrent finalement à la secte judaïque, et s’adonnèrent à la nécromancie, comme l’attestent Cedrenus et Zonaras dans leurs vies. Au même moment où Theoplile, en Orient, attaquait les images, vécut, en Occident, sous l’empereur Louis le pieux, fils de Charlemagne, l’espagnol Claude, évêque de Taurinensis, disciple de Felix urgelitanus qui fit enlever, dans son diocèse, toutes les images et toutes les croix de toutes les églises. C’était un homme ignorant et orgueilleux, comme il appert de son libelle qui a été inséré dans les livres de Jonas. Il s’est efforcé de ranimer l’hérésie arienne déjà ensevelie.
Et puis, en l’année 1372, est apparu Jean Wiclef qui ne blâma qu’en passant la vénération des images, mais ses disciples combattirent les images avec plus de hargne. Voir Thomas Waldensis (tome 3, tit, 19). Claudius Coussordius attribue la même erreur aux Waldenses, dans son livre contre les Wldenses, dernier article. Jean Cochlaeus (livre 3 de son histoire des Hussites), écrit que l’image du Christ crucifié a été jetée par Jérôme de Prague, et polluée par du fumier, pendant que dans sa cellule, il adorait l’image de Wiclef couronné d’un diadème. Ensuite, en notre siècle, le premier à avoir enlevé les images des temples fut Andreas Carolstad, en l’an 1522, comme l’atteste Jean Cochlaeus dans sa vie de Luther. Luther blâma l’auteur, même s’il approuvait ce qu’il avait dit, parce qu’il avait agi ainsi sans en avoir reçu le pouvoir et l’autorisation de Luther. De même, les Zwigliens, luttèrent contre les images, comme l’écrit Cochlaeus dans les actes de Luther de l’année 1526. Philippe aussi, expliquant le décalogue dans les lieux communs, réprouve la vénération des images. De même, les magdebourgeois (centurie 8, souvent, mais surtout aux chapitres 9 et 10.) Enfin, Jean Calvin (livre 1, chapitre 11, livre 4, chapitre 9, verset 9), réprouve avec acharnement le culte des images. Et les calvinistes, partout où ils le peuvent, détruisent, brulent et enfouissent les images.
CHAPITRE 7
Il est permis de faire et d’avoir des images
Cela étant dit, pour montrer que l’usage des images est permis aux chrétiens, nous allons présenter et réfuter les erreurs qui s’y rapportent. La première erreur est celle des Juifs, qui était, avant le Christ, très enclins à l’idolâtrie, et qui, après le Christ, sont, par superstition, contre les images. Car, ils disent qu’il est interdit, de droit divin, de faire des images, au témoignage de Paul Burgens. Il ajoute ( 2 à Lyre, sur le chapitre 20 de l’Exode), que les Wiclefistes enseignent la même chose, (d’après Waldenses, tome 3, titre 19, chapitre 152.) La raison qu’ils donnent est qu’il est dit dans Exode 20 : « Tu ne te feras pas de sculpture, ni non plus d’image. » Or, c’est une erreur manifeste. Car, il est certain que n’est pas prohibée dans le décalogue toute image, mais celle-là seule qu’on peut appeler idole, c’est-à-dire une image qui représente une divinité, ou qui présente comme dieu un être qui ne l’est pas. Car, quand il est dit : « Tu n’auras pas de dieux étrangers », c’est l’acte intérieur d’idolâtrie qui est prohibé. Quand on dit : « Tu ne feras pas de statue », c’est l’acte extérieur qui est prohibé. Voir saint Augustin sur la question 71 dans l’Exode.
On prouve cette sentence. D’abord, si c’était n’importe laquelle image qui était prohibée, il s’ensuivrait que les préceptes du décalogue ne seraient pas seulement dix, mais onze ou douze (Exode 31, 34,), Deutéronome (4, 9, et 10). Car il est avéré que le premier commandement est : « Tu n’auras pas de dieux étrangers. » Le deuxième : « Tu ne prendras pas le nom de Dieu en vain ». Le troisième : « Tu sanctifieras le sabbat. » Le quatrième : « Honore des parents. » Le cinquième : « Tu ne tueras pas. » Le sixième : « Tu ne commettras pas d’adultère. » Le septième : « Tu ne voleras pas. » Le huitième : « Tu ne diras pas de faux témoignages. » Le neuvième : « Tu ne convoiteras pas ». Ces neuf sont distincts, sans aucune controverse.
Mais le « tu ne convoiteras pas » doit être divisé en deux : tu ne convoiteras pas la femme d’autrui; tu ne convoiteras pas les biens d’autrui. Si on ajoute : « tu ne te feras pas de statue », on aura un onzième commandement, ou il faudra dire qu’il ne se distingue pas du premier, comme l’enseignent Clément d’Alexandrie (livre 6, strom), saint Augustin (question 71 sur l’Exode, et épitre 119, chapitre 11, et l’ensemble des scolastiques (3 sent, dist 37), et tous les catéchismes latins. Mais alors, on ne prohibe pas les sculptures en général, mais seulement celles qui représentent des dieux étrangers.
Si le « tu ne convoiteras pas » ne forme qu’un seul commandement (qui inclut les personnes et les biens), comme l’estiment Philo (livre sur le décalogue, avant le milieu, Joseph (livre 3 de l’antiquité, chapitres 6 et 8) Origène (homélie 8 sur l’Exode), Ambroise et Jérôme (chapitre 6, Éphésiens), Procopius et Rupert (chapitre 20, Exode), alors, tous les mots qui suivent seront un seul précepte : tu ne te feras pas de sculpture, tu ne les adoreras pas. Mais il est évident que faire des images et adorer des images sont deux choses distinctes. Car quelqu’un peut adorer une statue qu’il n’a pas faite, et ne pas adorer une statue qu’il a faite. Une seule de ces choses est donc interdite, car, autrement il y aurait onze préceptes. Or, il est certain que le culte des images est prohibé. La fabrication ne l’est donc pas, mais seulement celle qui se rapporte au culte. En conséquence, pèche celui qui fait une statue pour qu’elle soit adorée, mais non celui qui en fait une pour un autre usage.
On prouve ensuite par la loi divine que les images ne sont pas interdites absolument, du fait que, dans l’Écriture, des images ont été faites sur l’ordre de Dieu. Dans l’Exode 25, Dieu ordonna de faire des images de chérubins sur l’arche. À Nombres 21, il ordonna de faire un serpent d’airain. À 3 Rois, 6 et 7, il ordonna de faire des chérubins, des bœufs, des lions et d’autres choses. Les Juifs répondent que c’est Dieu qui l’a prescrit aux hommes, non les hommes à eux-mêmes. De plus, il a ordonné qu’on construise des images comme il avait interdit le vol; et pourtant, il a ordonné aux Juifs de voler les Égyptiens (Exode 12).
Mais, au contraire, les préceptes du décalogue sont des formulations du droit naturel, à l’exception de celui du sabbat. Or, les choses qui sont prohibées par le droit naturel le sont parce qu’elles sont mauvaises en soi. Elles ne sont pas mauvaises parce qu’elles ont été interdites; et elles ne peuvent donc pas être commandées par Dieu lui-même. Dieu n’a jamais commandé le vol, mais, en tant que Seigneur, il a donné aux Juifs les biens des Égyptiens. De plus, si les images étaient interdites, ce serait surement à cause du danger d’idolâtrie. Or, le danger serait le même si Dieu ordonnait qu’on en fasse. Il serait même encore plus grand parce qu’elles sembleraient plus divines, comme il est arrivé pour le serpent d’airain (4 Rois 18). Dieu n’a donc pas prohibé les images d’une façon absolue.
On le prouve, en troisième lieu, parce qu’on ne considère jamais comme prohibé ce qui n’est, en aucune façon, contraire à la fin de la loi. Or, la fin des préceptes de la première table est que l’honneur de Dieu soit conservé sans tache, comme on le constate par le début du décalogue : « C’es moi qui suis le Seigneur ton Dieu. » De même, de cette menace : « Je suis un Dieu jaloux. » Et de l’explication d’Exode 20 : « Ne faites pas, avec moi, des dieux en or, en argent. » De même, du Lévitique 26 : « Ne faites pas de sculpture ou d’idole pour les adorer. » De même, d’Isaïe 42 : « Moi, le Seigneur, je ne donnerai pas ma gloire à un autre, et ma louange aux statues. » Donc, une statue qui n’est pas faire pour être vénérée n’est pas contraire à l’honneur de Dieu. Elle n’est donc pas prohibée.
Tu diras qu’une image est une occasion d’idolâtrie. Je réponds que même le soleil et la lune, et beaucoup d’autres choses le sont, mais par accident. Quatrièmement. L’art de peindre et de sculpter est quelque chose de bon, et vient donc de Dieu, comme on le voit dans Exode 31 et 35, où il est dit que Dieu a donné à deux hommes, Beseleel et Ooliab, son esprit, la sagesse et la science de la sculpture, et la capacité de concevoir divers ornements pour le tabernacle. Cinquièmement. Dieu est le premier auteur de toutes les images naturelles et artificielles, car c’est Lui qui engendra un Fils à son image, et qui forma l’homme à son image. Sixièmement, l’image est selon la nature, et est nécessaire. Car, toutes les choses naturelles produisent quelque chose qui leur est semblable, c’est-à-dire une image d’elles-mêmes. C’est par des images que l’homme connait, soit avec ses sens ou son intelligence. Nous ne pouvons pas marcher dans la lumière sans que nos corps produisent une ombre, qui est une image de notre corps. Les vêtements eux-mêmes sont des images de notre corps, et ils ont été faits pour le recouvrir. De plus, au temps du Christ, les Juifs avaient l’image de César sur leur monnaie (Matthiieu 22), et, même aujourd’hui, ils conservent les images des princes sur les pièces d’argent. Comment peuvent-ils donc dire qu’on ne peut faire aucune image ? Ils changeraient sans doute d’idée si on cherchait à leur enlever les images qui se trouvent sur leur monnaie.
La seconde opinion est celle d’Ambroise Cathare (dans son opuscule sur les images), où il enseigne que Dieu, dans le décalogue a prohibé toutes les images absolument et universellement; mais que ce précepte a été positif et temporaire. Car, quand Dieu a ordonné de faire des images de Chérubins, c’était pour montrer que les images n’étaient pas mauvaises en soi, mais mauvaise seulement parce que prohibées, et pour ne pas préjuger du nouveau testament dans lequel les images seraient permises. Mais cette opinion nous ne l’approuvons pas et à cause des arguments que nous venons de présenter contre les Juifs, et parce que saint Irénée (livre 4, chapitres 31 et 32), enseigne que le décalogue est la loi naturelle, à l’exception du précepte sur le sabbat. Et Tertullien (dans le livre de l’idololâtrie), soutient que nous devons plus que jamais observer ce précepte. Enseigne la même chose saint Cyprien (livre 3 , chapitre 59 à Quirinus, et dans l’exhortation au martyre, chapitre 1), et saint Augustin affirme souvent que tout le décalogue toit être observé par les chrétiens, à l’exception de la loi sur le sabbat, et même aussi : tu ne feras pas d’idole. Voir aussi livre 15 (contre Faust, chapitres 4 et 7, livre 19, chapitre 18, livre 3, contre 2 épitre contre Pelagianus, chapitre 4). Saint Thomas dit la même chose (2, 2, quest 122, articles 1 et 4). Donc, si dans le décalogue les images étaient prohibées, les chrétiens pècheraient en gardant des images.