Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 177)
Tu diras que dans le décalogue le précepte sur le sabbat est positif au moins en partie. Rien n’empêche donc que le commandement interdisant les images soit positif en partie lui aussi. Je réponds que, dans le précepte du sabbat, rien n’indique qu’il soit positif. Car, d’abord il est précédé de « souviens-toi ». Car, comme ce précepte n’était pas un précepte naturel, il pouvait d’autant plus facilement être oublié par les Israélites. Ensuite, on donne la raison du précepte : parce que le Seigneur s’est reposé le septième jour. Pour les autres commandements, on ne s’est pas cru obligé de donner des raisons explicatrices, car ils étaient naturels. De plus, Irénée, Augustin et Thomas n’excluent clairement que le sabbat des préceptes naturels du décalogue.
La troisième opinion est celle de Cajetan (au chapitre 20 de l’Exode) qui enseigne qu’il n’est pas interdit de faire des images en général, mais seulement celles qui représentent leurs dieux. Et il le prouve en faisant observer qu’on n’a pas dit : tu ne feras pas de sculpture, mais tu ne te feras pas d’idole. Cette sentence déplait seulement dans la façon de s’exprimer, car, pour Cajetan, l’idole et l’image sont la même chose quand elles sont fausses, comme on l’a montré plus haut. Il semble donc enseigner qu’il est permis à un sculpteur de faire des statues de dieux, pourvu qu’elles ne soient pas ses dieux à lui. Mais Tertullien (dans out son livre sur l’idolâtrie), prouve avec des raison convaincantes, qu’il est interdit aux peintres ou aux sculpteurs chrétiens de reproduire des idoles des Gentils. Et l’Église célèbre le 8 novembre, le martyre des saints Claude, Nicostrate et leurs compagnons qui ont été tués parce qu’ils ont refusé de sculpter des statues de Jupiter et de Vénus, bien qu’ils aient été de grands statuaires. Cajetan ne nierait pas cela non plus, car (à 2,2, question 10, article 4, il enseigne qu’il n’est pas permis de vendre des idoles aux païens. Il a donc parlé un peu imprudemment dans son commentaire de l’Exode. Le pronom « à toi » ne permet pas de rien conclure, car c’est un hébraïsme, un mot redondant, comme en Genèse 11, et dans les cantiques des cantiques.
CHAPITRE 8
Les images de Dieu ne sont pas prohibées
La quatrième opinion est celle de Calvin (livre 5, chapitre 11) où il dit, d’abord, qu’il est défendu de représenter le Dieu invisible et incorporel par une image visible et corporelle. Il dit ensuite que les images du Christ et des saints ne sont pas prohibées absolument, mais qu’elles ne doivent pas être placées dans les temples. Il ajoute que les histoires peintes ont leur raison d’être pour l’instruction, mais que, sans annotations, les images du Christ et des saints ne servent à rien sinon à plaire à l’œil, et sont donc faites inutilement. Commençons par sa première opinion qui veut qu’on ne puisse pas peindre d’image sur Dieu. D’abord, parce que dans l’Exode 20, toute image de Dieu est prohibée. Car, après que l’Écriture eut dit : tu ne te feras ni sculpture ni image, elle ajoute une explication un peu plus bas : « Ne faites pas, avec moi, des dieux d’or et d’argent. » C’est-à-dire, ne faites pas d’images d’or ou d’argent qui représentent Dieu. Et, au Deutéronome 4 : « Souviens-toi que le Seigneur t’a parlé sur le mont Oreb, tu as entendu le son de ces paroles, mais tu n’as vu aucune image. Surveille-toi donc pour que tu ne sois faussement induit à produire aucune image. » Et Isaïe 40 : « À qui avez-vous rendu Dieu semblable ? Ou quelle image lui avez-vous imposée ? Et, au chapitre 46 : « À qui m’avez-vous assimilé ou égalé, ou comparé ? À qui m’avez-vous rendu semblable ?
Vous qui vous procurez de l’or et pesez de l’argent et allez voir un statuaire pour qu’il en fasse un dieu. » Ensuite, Actes 17 : « Paul dit : « Comme nous sommes de la race de Dieu, il ne faut pas penser que ce qu’il y a de divin dans la pensée de l’homme soit comparable à de l’or, de l’argent ou des pierres précieuses, ou à l’art des sculpteurs. »
Il le prouve ensuite à partir du concile elibertin, canon 36 : « Il a plu au concile qu’il n’y ait pas de tableaux dans les temples, et qu’on ne peigne pas sur les murs ce que l’on vénère ou adore. » Il le prouve, en troisième lieu, avec les pères. Car Eusèbe (au livre de la préparation évangélique, chapitre 6, et livre 2, chapitre 8) et Lactance (livre 1, chapitre 15, des institutions divines), écrivent que tous ceux dont nous voyons les simulacres ont été des hommes mortels. Il n’y avait donc aucun simulacre du Dieu immortel. De même saint Augustin (sur la foi et le symbole, chapitre 7) dit qu’il est défendu de conserver des simulacres de Dieu. De plus, le même saint Augustin (livre 4, chapitres 13 et 31 de la cité de Dieu) rapporte que Varron a dit que les premiers qui ont introduit des simulacres des dieux ont diminué la peur et augmenté l’erreur. Et, au livre 6, chapitre 10, il rapportait une récrimination de Sénèque qui se plaignait que les dieux inviolables soient confiés à de la matière vile et ignoble. Il aurait pu ajouter aussi qu’Origène (livre 7 contre Celse, à la fin) et Jean Damascène (livre 4, chapitre 17 sur la foi) enseignent que les chrétiens n’ont aucune image de Dieu, puisqu’il est invisible et incorporel. Ensuite, les pères du concile 7 (actes 4, 5, 6) ont dit que le Christ est peint licitement parce qu’il est un homme, mais que Dieu, on ne peut pas le peindre.
Quatrièmement. Il le prouve par le danger de l’erreur. Car, même si saint Grégoire a écrit que les images sont les livres des ignorants, l’écriture appelle une image en bois une doctrine de vanité, (Jérémie 10), un docteur de mensonge, Habacuc 2) : « Si donc, conclut Calvin, Grégoire avait été éduqué dans l’école de l’Esprit Saint, il n’aurait jamais dit qu’une image est le livres des ignorants. » Cinquièmement. Il le prouve par la raison, car on ne peut pas faire une vraie image corporelle d’une chose incorporelle. Ajoutons enfin qu’on fait des images des absents, alors que Dieu est présent partout. Cette opinion de Calvin est aussi celle de quelques catholiques comme Abulens (chapitre 4, question 5 sur le Deutéronome), Durand (3, dist 9. Quest 2) et Peresius (part 3 dans le traité des images), qui enseignent qu’on ne peut pas licitement faire d’image de Dieu, que l’Église peut le tolérer, mais non l’approuver.
Je réponds aux trois. Il n’est pas aussi certain qu’on puisse faire des images de Dieu et de la trinité, comme il l’est qu’on peut faire des images du Christ et des saints. Tous les catholiques sont d’accord sur le dernier point, et le considèrent de foi. Le premier point est du domaine des opinions Il faut ensuite admirer la fraude et l’astuce de Calvin, lui qui, après avoir prouvé qu’on ne doit pas faire d’images de Dieu, généralise tout d’un coup et chante victoire comme s’il avait prouvé qu’il n’est pas permis de faire ou de vénérer une image. Troisièmement je dis qu’il est même permis de peindre l’image de Dieu le père sous la forme d’un vieillard, et l’Esprit saint sous la forme d’une colombe, comme l’enseignent Cajetan (dans 3 p q.25, article 3), Ambroise Catharin (dans le livre sur le culte des images), Diego Payva (dernier livre contre Kemnitius), Nicolas Sanderus (dans son travail sur le culte des images), Tomas Waldensis (tome 3, tit 19, chapitre 155). Mais cela nous le prouvons ainsi.
Premièrement, les anges sont incorporels, mais sont cependant peints et sculptés dans l’ancien testament (Exode 25, 3, Rois, 6). Voilà pourquoi Dieu peut être peint même s’il est incorporel. Calvin répond que cela a été fait dans l’ancien testament à des fins pédagogiques, mais que ce siècle enfantin est terminé. Or, nous, nous ne nous demandons pas pour quelle raison cela a été fait, mais nous en concluons qu’on peut peindre un être incorporel. Et puisque c’était pour instruire le peuple qu’on peignait des anges, pourquoi ne pourrions-nous pas peindre Dieu pour les mêmes raisons ? Car, même si ce siècle est disparu, qui pouvait être appelé enfantin par rapport au nôtre, notre siècle peut être appelé enfantin lui aussi par rapport au siècle futur du ciel.
Deuxièmement. Dieu a été vu sous une forme corporelle. Car, à Adam il apparut comme un homme déambulant dans le paradis (Genèse 3).
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2018 08 30 20h14_2 debut Jacob vit Dieu au sommet de l’échelle, et donc sous une forme corporelle (Genèse 28). Moïse a vu le derrière de Dieu, c’est-à-dire le dos et les jambes (Exode 33). Isaïe, au chapitre 6, et Michée au chapitre 6, et au dernier chapitre des Rois, virent le Seigneur assis sur son trône sous la forme d’un roi. Et Amos, chapitre 9, a vu le Seigneur debout au-dessus de l’autel. Daniel, chapitre 7, l’a vu assis sur son trône, a décrit sa tête et ses cheveux, ainsi que ses vêtements qui étaient blancs. Le Saint Esprit est apparu sous la forme d’une colombe (Matthieu 3). Ensuite, les anges sont fréquemment apparus sous une forme humaine.(Genèse 18 et 19, et dans le livre de Tobie). On a les a vus avec des ailes, comme dans Isaïe 6, et Daniel 7, en en robe blanche (Matth dernier chapitre, Luc dernier chapitre, et Jean 20. » Qu’est-ce qui peut bien empêcher qu’on les peigne ?
Calvin répond. Que pendant un certain temps Dieu se soit montré dans une forme humaine ce fut un prélude de l’incarnation. La colombe est aussitôt disparue pour indiquer que l’Esprit Saint est invisible. Mais, quel rapport ? Nous ne cherchons pas à savoir pour quelle raison ou à quel moment Dieu s’est manifesté sous une forme corporelle, mais nous soutenons que Dieu peut être peint sous la forme avec laquelle il s’est montré à nous. Et ce n’est pas vrai qu’une manifestation de Dieu sous une forme visible ait toujours été un prélude de l’incarnation, car le Père et le Saint-Esprit se sont manifestés ainsi sans s’être jamais incarnés. Saint Augustin (livre 2, chapitre 11 de la Trinité), estime que dans les trois hommes qui sont venus visiter Abraham (Genèse 18), ce sont les trois personnes de la Trinité qui sont apparues. Et au même livre, dernier chapitre, il prouve que, dans le chapitre 7 de Daniel, c’est la personne du Père qui est apparue sous forme humaine, là où nous lisons que l’Ancien des jours est assis sur son trône, et qu’il a livré le royaume au fils de l’homme, le Christ. Et pourtant ni le Père ni toute la trinité ne se sont incarnés
Troisièmement. L’Écriture a attribué en paroles à Dieu tous les membres humains, quand elle dit qu’il se tient debout, qu’il s’assoit, qu’il marche. Elle nomme sa tête, ses pieds, ses bras; elle leur attribue un lieu, un trône, un escabeau. Pourquoi ne pourrait-on pas peindre ce que peint l’Écriture ? Ils répondent que l’Écriture pouvait sans danger attribuer des membres à Dieu parce que, à d’autres endroits, elle affirme qu’il est incorporel. Mais pourquoi, je le demande, la même Écriture n’aurait-elle pas pu empêcher l’erreur de la peinture ? Car, comme nous apprenons par l’Écriture que les membres qui sont attribués à Dieu le sont d’une façon métaphorique, nous apprenons, par la même Écriture, que les membres qui sont attribués à Dieu dans les peintures, le sont métaphoriquement. Et les illettrés qui voient les peintures sans pouvoir lire les Écritures, peuvent et doivent recevoir de leurs pasteurs les explications adéquates, comme le concile de Trente le demande à la session 25. Car, autrement, ce ne serait pas sans péril qu’on montrerait aux ignorants ces sortes de peintures. Or, tout ce que nous soutenons ici c’est que ces sortes d’images ne doivent pas être condamnées dans l’absolu.
Quatrièmement. On peint même des choses qui peuvent encore être moins peintes que Dieu, comme les vertus, qui sont purement spirituelles, et qui ne sont même pas des substances, mais seulement des accidents. Pourquoi ne pourrait-on pas peindre Dieu ? Cinquièmement. L’homme est une vraie image de Dieu, et cette image de Dieu on peut la peindre. On peut donc peindre aussi celle de Dieu. Car ce qui est l’image de l’image est aussi un exemplaire. Car, ceux qui sont semblables à un tiers sont semblables entre eux. Ils diront que l’homme n’est pas une image de Dieu dans la partie qui peut être peinte, le corps, mais dans celle qui ne le peut pas, l’esprit. Je réponds que, s’il en était ainsi, l’homme ne pourrait pas être peint, car l’homme n’est pas un homme en raison de la figure et des couleurs qui sont les seules à être exprimées dans une image, mais l’homme est un homme en raison de la substance, et principalement de l’âme, qui ne peuvent pas être peintes. On dit que l’homme est quand même vraiment et proprement peint parce que la figure et les couleurs de l’image ne représentent par seulement la figure et les couleurs de l’homme, mais l’homme au complet. Autrement, il n’arriverait jamais qu’une chose peinte semble être la vraie chose.
C’est ce qui est arrivé au raisin qu’avait peint Zeusis. Les oiseaux accoururent pour le dévorer, au témoignage de Pline (livre 35, chapitre 10.) Il en est de même dans notre cas. Puisque l’homme est à l’image de Dieu en raison de son intelligence et de sa volonté, l’homme qui est doué d’une intelligence et d’une volonté est appelé avec raison image de Dieu. Car, dans la Genèse 2, Dieu n’a pas dit : « Faisons l’âme, mais faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ». Et quand l’empereur punit ceux qui avaient brisé l’image de son épouse, Macédoine lui dit (comme le rapporte Theodoret dans son histoire, chapitre 43) qu’il avait mal agi quand, pour ses images à lui, il a avait tué les images de Dieu. Si tout l’homme est l’image de Dieu c’est tout l’homme qui est vraiment peint. L’image de Dieu peut donc vraiment être peinte. Mais, il demeure vrai que comme l’homme est une image de Dieu très imparfaite, obscure et dissemblable, de même un homme peint est une image de Dieu très imparfaite, obscure et dissemblable.
On le prouve enfin par l’usage de l’Église. Car, ces sortes d’images sont acceptées presque partout. Et il n’est pas croyable que l’église ait toléré universellement quelque chose d’illicite. Ajoutons que le synode 7, acte 5, a approuvé une image du Saint-Esprit sous la forme d’une colombe; et que le concile de Trente a admis les images de Dieu surtout dans les peintures des historiens.
Pour solutionner les arguments, notons qu’on peut peindre quelque chose de trois façons. La première. Pour exprimer une ressemblance parfaite de la nature et de la forme d’une chose. Et, de cette façon, seules les choses corporelles peuvent être peintes, celles qui sont dotées de lignes et de couleurs. Et si quelqu’un essayait de peindre Dieu de cette façon-là, il ferait une vraie idole. La deuxième. Pour rendre perceptible aux yeux une histoire. Si quelqu’un voulait peindre l’expulsion d’Adam du paradis, il peindrait d’abord Dieu, sous forme humaine, marchant dans le paradis. Ensuite, Adam et Ève nus, se cachant entre les branches. Et enfin, un ange sous forme humaine brandissant un glaive, et expulsant Adam et son épouse. Celui qui peindrait ainsi n’aurait certes pas l’intention de représenter la nature de Dieu ou celle des anges, mais seulement de rendre perceptible aux yeux par une peinture ce qu’il avait compris avec ses oreilles quand un autre lisait l’Écriture. Et, c’est de cette façon qu’on peut peindre Dieu. La troisième. On peut peindre aussi quelque chose pour expliquer la nature d’une chose non par une similitude immédiate et propre, mais par une analogie, des métaphores, et des significations mystiques. Comme nous peignons les anges : jeunes, de haute taille, beaux, pieds nus etc, pour montrer qu’ils sont toujours puissants, qu’ils se déplacent rapidement, qu’Ils sont dotés de la splendeur de la grâce et des vertus. Voir Denys l’aréopagite (chapitre ultime de la hiérarchie céleste.) C’est de cette façon qu’on peint les vertus. Et l’homme lui-même, en tant qu’image de Dieu, fait partie de cette troisième façon, car entre Dieu et l’homme, la seule similitude qui existe est d’ordre analogique. C’est aussi de cette façon que nous peignons Dieu le père, quand nous le peignons sous forme humaine.
C’est de cette façon que nous peignons le Christ sous la forme d’un agneau, et que nous représentons les évangélistes sous la forme d’un aigle, d’un lion, d’un bœuf et d’un homme; et le Saint Esprit sous la forme d’une colombe ou d’un feu de langues. Il est cependant à noter qu’il ne faut pas multiplier cette sorte d’image. Il ne faut pas tolérer non plus que les peintres osent représenter des images de la trinité à leur guise et à leur fantaisie. Par exemple, qu’ils peignent un homme avec trois faces, ou un homme avec deux têtes avec, au milieu, une colombe. On voit parfois ce genre de monstres, et ils nuisent plus par leur difformité qu’ils aident par leur ressemblance. Les ministres hongrois, dans leur œuvre contre la trinité (livre 1, chapitre 4) ont collectionné plusieurs formes d’images de la trinité, et ils les proposent à la risée générale comme des monstres. Ils les appellent des cerbères, des géryons, des Janus à trois fronts, des monstres et des idoles. Nos peintres ont certainement donné là une occasion de blasphémer.
De plus, il faut noter que Bartholomée Caranza a erré quand, dans sa somme des conciles, il prétend que le canon 82 du sixième synode avait prohibé l’image du Christ sous la forme d’agneau, et du Saint Esprit sous la forme de la colombe. Or, le concile ne prohibe pas ces images, mais leur préfère les images du Christ de forme humaine. Et c’est pourquoi, dans le synode 7, acte 2, on a lu l’épitre d’Adrien à Tharasius, dans laquelle on dit que le synode 6 a loué l’image du Christ en forme d’agneau. Helias dit la même chose dans le synode 7, action 4. La même chose Épiphane dans le synode 7, acte 6. Et, de plus, dans le synode 7 acte 5, a été approuvée l’image du Saint Esprit sous la forme d’une colombe. Et ensuite, la raison que donne Bartholomée devrait conclure contre lui. Car, il dit qu’ont été prohibées les images parce que, en présence de la vérité, les figures devaient cesser. Or, ces images ne furent pas en usage dans l’ancien testament, mais n’ont commencé qu’après l’avènement du Christ. Car l’image de l’agneau provient des paroles de saint Jean le Baptiste : « Voici l’agneau de Dieu qui efface le péché du monde. » Et l’image de la colombe vient de la colombe qui est apparue au-dessus du Christ, lors de son baptême (Matth 3).
Après toutes ces réflexions, il nous sera facile de répondre aux arguments des adversaires. Au premier argument, on peut répondre d’abord que dans tous les textes de l’Écriture cités, c’est l’image de Dieu du premier genre qui est prohibée. J’estime, cependant, que quand on dit dans l’Exode 20 : « Ne vous faites pas, avec moi, des dieux en or et en argent, » et semblablement, en Isaïe40 et 46, quand Dieu se plaint en disant : « À qui me rendez-vous semblable », il n’est pas question, au sens littéral, d’une image faite pour représenter le vrai Dieu, car les Juifs n’en faisaient pas, mais de simulacres quelconques qui étaient considérés comme des dieux. Car, Dieu veut dire ceci : si, pour vous un simulacre en bois est Dieu, il s’ensuit que je suis semblable à un dieu de bois, puisque je suis dieu moi aussi. Car, Dieu ne pourrait pas ne pas être semblable à un dieu.
Au deuxième argument, je réponds que si le concile en question ne parlait que de l’image de Dieu (comme le veut Calvin), il n’y aurait aucune difficulté, car nous comprenons que le concile parle de l’image de Dieu du premier genre. Mais s’il parle de toutes les images, même de celles des saints, grande est la difficulté, dont nous parlerons plus loin. Au troisième argument, Eusèbe et Lactance parlent des idoles des nations. Ils veulent, en effet, démontrer que les dieux des nations ont été des hommes; et la preuve qu’ils en donnent c’est que toutes les idoles des Gentils sont des statues d’hommes dont on montre encore les sépulcres. Dans la loi et le symbole, saint Augustin parle de l’image de Dieu du premier genre. Varron, cité par Augustin, a eu raison de dire que ceux qui ont introduit des statues de dieux ont diminué la crainte, mais augmenté l’erreur. Car quelques-uns en vinrent à penser que les simulacres eux-mêmes étaient des dieux, et, voyant qu’ils n’étaient de profit ni à eux ni aux autres, ils commencèrent à mépriser les dieux. Et s’ils avaient cru que les simulacres n’étaient pas des dieux, mais des images des dieux, images non propres mais analogiques, ils n’auraient pas perdu leur crainte, et aucune erreur ne serait née du fait de ces images que nous voyons tous les jours. Sénèque (selon saint Augustin)
se plaint qu’on ait présenté pour dieux ces simulacres, pour la raison qu’on vient juste d’énoncer, parce qu’ils pensaient que les simulacres étaient des dieux, ou que les dieux étaient semblables à ces simulacres. Origène et saint Jean Damascène parlent de l’image du premier genre.
Au quatrième argument je dis d’abord que Calvin fait une injure à saint Grégoire en le blâmant. Car, quand saint Grégoire a dit que les images étaient les livres des illettrés, il ne parlait pas de l’image de Dieu, mais des images des saints, et surtout des histoires rapportées en images, qui contiennent les mystères de notre rédemption. Ainsi, ceux que Calvin oppose à Grégoire et qui disent que le bois est le docteur de la vanité ou du mensonge, parlent des faux simulacres des dieux et non des vraies images des saints. Je dis, en second lieu, que ce sont les idoles qui sont des docteurs de mensonge parce qu’elles veulent être vues comme dieux, ou se référer à l’effigie de Dieu, alors qu’elles ne s’y réfèrent pas. Or, l’image de Dieu ou de la Trinité, comme elle est peinte par nous, est un docteur de vérité, parce que nous ne la tenons pas pour dieu, et nous ne la référons pas à l’effigie de Dieu. Nous ne nous en servons que pour donner à l’homme une certaine connaissance de Dieu par le moyen d’analogies et de comparaisons. Au cinquième, nous répondons que nous avons déjà montré comment on peut peindre des choses incorporelles. Au dernier, selon lequel on n’a coutume de ne peindre que ce qui est absent parce qu’on ne le voit pas, et qu’on ne peut donc pas peindre Dieu puisque, même s’il est présent partout, il est absent pour nous, je réponds que, s’il en était ainsi, on ne pourrait pas prier Dieu à voix haute, puisque les paroles sont pour ceux qui ne lisent pas les pensées, et que Dieu scrute les reins et les cœurs.
CHAPITRE 9
On a le droit de placer des images dans les temples
Que ce soit un autre dicton de Calvin qu’on ne doit pas placer des images dans les temples, lui-même en donne les preuves (livre 1, chapitre 11 des institutions). La première. Dans les cinq premiers siècles, il n’y a pas eu d’images de saints dans les temples des chrétiens. La deuxième. Parce que le concile d’élibertin (canon 36) interdit de faire des images dans les temples. La troisième.
Car, on ne peut pas placer une image, dans un endroit sublime, un temple, sans ériger aussitôt un signe d’idolâtrie. Car, comme saint Augustin le dit dans son épitre 49 : « Quand ils sont exhibés dans ces édifices sublimes à un endroit honorable, de façon à être vus par ceux qui prient et immolent , ils induisent, par la ressemblance de leurs membres et de leurs sens avec ceux des corps animés, et bien qu’ils soient privés de sens et d’âme, ils induisent, dis-je, les âmes infirmes à penser qu’ils vivent et qu’ils respirent. » Et, un peu après : « Parce qu’ils ont une bouche, des yeux, des oreilles et des pieds, les simulacres sont plus efficaces pour égarer l’âme malheureuse que pour la corriger, du fait qu’ils ne parlent pas, n’entendent pas, ne voient pas et ne marchent pas. » Le même saint Augustin dit que, dans les temples des chrétiens, il y a des vases en or et en argent mais non de ceux qui ont des bouches et ne parlent pas. Il le confirme par 1 Jean, dernier chapitre, où Jean ne dit pas qu’il faut se garder du cule des simulacres, mais des simulacres eux-mêmes, car on ne peut pas les conserver dans des temples sans qu’ils soient adorés.
Quatrièmement, il le prouve en disant que les temples sont érigés pour des images et des icones vivantes, et qui ont été instituées par Dieu comme le baptême qui est une image de la sanctification et de la grâce internes. Ainsi que la cène sacrée qui est une image du corps du Seigneur. Donc, comme les temples sont embellis par ces images vivantes, ils sont enlaidis par des images mortes. Cinquièmement, il le prouve (livre 4, chapitre 9, verset 9) en citant l’épitre d’Épiphane à Jean de Jérusalem où il est dit que suspendre l’image d’un homme dans une église est contraire à l’enseignement de l’Écriture, que ce soit celle du Christ ou des saints. Sixièmement, ils ajoutent que l’empereur Adrien (au témoignage de Aelius Lampridius dans la vie de l’empereur Alexandre), fit aux chrétiens la faveur d’ériger des temples sans simulacres.
Voilà quels sont leurs arguments. Ils ne nous terrifient pas au point de nous empêcher de proclamer que ce fut toujours une excellente chose de placer des images dans les temples. On le prouve d’abord par l’ancien testament. Quand les Juifs étaient le plus enclins à l’idolâtrie, on plaça des images des chérubins dans le temple (Exode 25 et 3 Rois 6). On le prouve ensuite par la coutume de l’église, qui fut celle des premiers cinq cents ans, ce qui dégonfle l’impudent mensonge de Calvin. Tertullien (dans son livre sur la pudicité, avant le milieu) affirme deux fois que sur les calices sacrés de l’Église catholique, le Christ a été peint sous la forme d’un pasteur qui rapporte sur ses épaules la brebis fugueuse. Et cette coutume était si répandue et si généralisée que les catholiques contre lesquels Tertullien écrit dans ce livre, en tiraient un argument pour prouver que l’église permet qu’on fasse pénitence pour les crimes les plus graves. Or, il est certain que, dans l’église, les calices sont sacrés, et qu’on a coutume de les placer dans l’endroit le plus sacré.
Sozomène (livre 5, chapitre 20), et Nicéphore (livre 10, chapitre 30), écrivent que, au temps de Julien l’apostat, une statue du Christ qui était dans une maison à Paneade, a été introduite dans un temple par les chrétiens. Or, il est certain que cela a été fait avant l’année 500, puisque Sozomène ne vécut pas jusqu’à cette date. Eusèbe (livres 3 et 4 de la vie de Constantin), dit que dans les temples que Constantin avait fait construire en Palestine, il y avait un grand nombre d’images en or et en argent.
Saint Grégoire de Naziance (épitre 49 à Olympius), se plaint de ce qu’avait été saccagée la cité diocésarienne dont il avait somptueusement orné le temple. Et il ajoute : « Et même si les statues sont démolies, cela ne nous abat pas… » Saint Damase, dans la vie de Sylvestre écrit que Constantin, plaça dans le lieu où il avait été baptisé, un agneau en or pur, à la droite de l’agneau, une statue en argent du Sauveur, et à la gauche, une statue en argent de saint Jean-Baptiste. Les Latéraniens avaient placé des images d’argent du Sauveur, des douze apôtres, et de quatre anges. Dans le septième synode, article 6, on rapporte que les disciples de saint Épiphane ont érigé un temple à Épiphane, et y ont placé son image. Saint Basile dans son sermon sur saint Barlaam, à la fin, montre une image de saint Barlaam peinte à un endroit quelconque dans le temple; et il se réjouit que les peintres aient mieux exprimé que lui sa main brulée pour le Christ : « J’avoue avoir été surpassé par la peinture que vous avez faite des actions héroïques du martyr. Je me réjouis d’être vaincu aujourd’hui par la victoire que votre force a remportée sur moi. Je vois que la main consumée par le feu a mieux été décrite par vous que par moi. Je vois que le lutteur a été représenté dans votre image avec beaucoup plus de splendeur. »
Saint Grégoire de Nysse (dans son sermon sur Theodore, au début) dit : « Il jouit en voyant que le temple de Dieu est un édifice immensément grand, splendidement orné et décoré. Ici, le menuisier a façonné le bois en forme d’animaux, là le peintre a introduit des fleurs peintes avec un grand art, et là encore il a représenté les actions héroïques du martyr, les répugnances, les épreuves, les tortures, les images des tyrans cruels et inhumains, la fournaise enflammée, la fin bienheureuse de l’athlète, l’effigie des combats du représentant du Christ dans sa forme humaine. Il peint pour nous tout cela artistiquement et avec des couleurs, comme dans un livre qui contient ce qu’interprètent les langues. Il exprime pour nous les combats et les travaux des martyrs, et orne le temple comme un pré fleuri. La peinture qui se tait parle sur le mur, et est d’un très grand profit. »
Dans la messe de saint Jean Chrysostome qu’Érasme a mise en latin, voici ce qu’on trouve : « Le prêtre sort par la petite porte portant l’évangile, précédé d’un ministre portant une lampe, et, se tournant vers l’image du Christ entre deux portes, penche la tête, et dit avec une exclamation etc ». Évode (dans le livre 2 des miracles de saint Étienne) écrit que là où les reliques de saint Étienne étaient conservées, il y avait aussi une image qui racontait son martyre, et que beaucoup de personnes avaient coutume d’aller voir. Prudence, dans son hymne sur saint Cassien, écrit que, dans le temple de saint Cassien, il a vu sur l’autel son image : « Je levai les yeux au ciel, et je vis l’image du martyr peinte en couleurs recouverte de plaies… »
La même chose au sujet de saint Hyppolite. Paulin, dans son épitre à Sévère, indique qu’il avait pris soin d’être peint avec saint Martin, et il demande que cette peinture qui se trouve dans le temple soit précédée des vers qu’il lui envoie. Nicéphore (livre 14, chapitre 2) écrit que l’impératrice Pulchérie avait placé dans le temple qu’elle avait édifié à Constantinople, une image de la bienheureuse vierge Marie, qu’Eudoxie lui avait envoyée de Jérusalem. Valentinien junior, comme le pape Sixte le lui avait demandé, (comme l’écrit Anastase dans la vie de Sixte), plaça dans l’église de saint Pierre, au-dessus du tombeau, c’est-à-dire sur l’autel de saint Pierre, une image en or du Sauveur, sertie de pierres précieuses, ainsi que les images en or des douze apôtres.
Saint Augustin (livre 1, chapitre 10 sur le consensus des évangélistes) atteste que, en plusieurs lieux, en son temps, le Christ a été dépeint entre les apôtres Pierre et Paul. Et il dit la même chose au sujet d’Abraham qui voulait égorger son fils (livre 22, chapitre 73 contre Faust). Il n’est pas croyable que saint Augustin parle des maisons privées auxquelles tous n’ont pas accès, mais des lieux publics non profanes, mais sacrés. Car, saint Grégoire (livre 9, épitre 9), dit que ce n’est pas sans raison que, dans des lieux vénérables, ont été peintes les images des saints par les anciens. Il est évident que par anciens, il ne peut pas entendre les gens de son siècle. Il vécut, lui, après l’année 500. Il parle donc des pères qui vécurent avant l’année 500. De plus, Adrien 1, dans son livre en faveur des images, (que l’on trouve vers la fin du synode 7), rapporte que Sylvestre, Damase, Célestin, Sixte, Léon, Jean et Pélage ont orné les temples de peintures. Or, ils ont tous siégé avant l’année 500. Tu vois donc comment est énorme le mensonge de Calvin, quand (livre 1, chapitre 11, verset 13) il prétend que, avant l’année 500, il n’y avait pas d’images dans les temples des chrétiens.
Troisièmement, on le prouve par les quatre conciles, deux orientaux et deux occidentaux. En Orient, le septième synode a été célébré exclusivement pour cela. Et le huitième synode, canon 3, a renouvelé les décrets du septième concile. Dans l’occident un concile romain a été célébré sous Grégoire 111, qui fut, il est vrai, national, mais auquel participèrent plus de mille évêques. C’est dans ce concile qu’a été condamnée l’hérésie des iconoclastes, qui arrachaient les images des temples. Il a eu lieu dès le début de cette hérésie. Un autre concile a été aussi célébré au temps d’Étienne et de Charlemagne, sur le même sujet, comme l’atteste Adrien 1 qui succéda à Stéphane (dans son livre sur les images à Charlemagne. »
Quatrièmement, on le prouve par la raison. Car, les signes sacrés ne peuvent jamais être mieux placés que dans des lieux sacrés. Et il n’existe pas de meilleurs ornements des temples que les images sacrées, car, en plus d’embellir les temples, les images attirent à elles les esprits des hommes, et les détournent des vaines pensées. De plus, le temple est une certaine image du ciel, car l’apôtre (Hébreux 9) compare le tabernacle de Moïse au ciel. Et, saint Jean Chrysostome (homélie 36 sur la première épitre aux Corinthiens) dit que le temple des chrétiens est comme le royaume du ciel, ou une sorte de ciel terrestre. Donc, comme le temple est l’image du ciel, il convient que soient dans le ciel les images de ceux qui sont au ciel, le Christ et les saints. Enfin, où mieux placer les images des saints que dans leurs maisons, c’est-à-dire les basiliques où reposent leurs reliques ?
Au premier argument, la réponse s’impose, car ce n’est pas un argument mais un mensonge. Au second, Payva répond que le concile elibertinus n’a prohibé que l’image de Dieu qui est peinte pour représenter la nature de Dieu. Mais, cette réponse ne semble pas suffisante, parce que le concile parle en général des peintures, et surtout parce que de telles peintures, qui seraient des idoles, n’ont jamais existé, au témoignage d’Augustin, d’Origène et de saint Jean Damascène. Le concile, en effet, parle de quelque chose qui existait, et il le condamne pour qu’on ne le fasse plus. Nicolas Sanderus (dans son livre sur le culte des images, chapitre 4), répond que ce concile a prohibé les images dans les temples, parce que le temps et le lieu le requéraient. Car, il y avait alors un danger que les Gentils ne pensent que nous adorions le bois et les pierres. Et, il y avait donc un danger que, dans les persécutions, les images ne soient abreuvées d’insultes par les persécuteurs. Cette réponse est surement la meilleure.
Il importe peu que quelques-uns nous objectent que ce concile a été célébré après le concile de Nicée, et qu’il n’y avait donc plus de danger de persécutions, car, en fait, ce concile a été célébré avant celui de Nicée, quand sévissaient encore les persécutions, comme nous le montre le canon 25, où il est question de ceux qui se faisaient donner des lettres par les confesseurs. Car ceux qui confessaient la foi dans les persécutions avaient coutume, après, de donner des lettres de recommandation aux évêques pour ceux qui avaient apostasié. Et, dans presque tout ce concile il est question de ceux qui étaient entachés du péché d’idolâtrie. Mais, je reconnais que la raison donnée dans le canon (« de peur que ce qui est vénéré et adoré ne soit peint sur les murs ») ne cadre pas avec cette explication. Alain Copus (livre 5, chapitre 16 de ses dialogues) dit que ces images ont été prohibées parce que certains chrétiens avaient commencé à les adorer comme des dieux. Et que le sens était le suivant : il a plu au concile que dans les églises, il n’y ait pas de peintures, de peur que ce qui est mis sur les murs ne soit adoré et honoré comme dieu. Et c’est dans ce sens qu’il entend le canon en question dans ses décrets, part 3, chap 40. Mais, cette explication ne cadre pas du tout avec ce canon, car il aurait fallu plutôt dire : de peur que ce qui est peint ne soit adoré, au lieu de : de peur que ne soit peint ce qui est adoré.