Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 178)
D’autres disent donc que la seule chose qui est prohibée c’est que des images ne soient peintes sur les murs des églises, et non pour que ce qui est peint sur des tableaux ou des voiles ne soit dansl’église. Et cela, dans l’intérêt des peintures, parce que, sur les murs, elles se corrompent facilement. Pour cette raison, on avait prohibé autrefois que la croix ne soit sculptée sur le plancher, pour qu’elle ne soit pas foulée aux pieds. Et alors le sens sera le suivant : il a plu au concile qu’on ne peigne pas sur les murs ce qui doit être vénéré et adoré, pour qu’il n’arrive pas à des choses sacrées et vénérables comme les saintes images d’être facilement corrompues. Cette explication semble convenir parfaitement au sens du canon. Ajoutons, enfin, que quelle que soit la chose que le concile a statué, il l’a faite pour nous et non contre nous. Car le seul concile qui peut être contre nous est celui des 19 évêques, un concile provincial non confirmé, et qui semble avoir erré dans certains décrets, surtout quand il ne veut pas que , dans certains cas, un pénitent soit absous à l’article de la mort.
Ce concile plaide en notre faveur en reconnaissant implicitement que, dans son temps, il y avait des images dans les temples, car il n’aurait pas dit : il a plus au concile qu’il n’y ait pas de peintures dans les églises, si elles n’avaient pas commencé à exister. Nous savons donc que des images ou des saints dont étaient les images, étaient honorés et adorés, car c’est ce que signifient les mots suivants : pour que rien de ce qui est honoré ou adoré ne soit peint sur les murs. Ajourons que ce concile lui-même (canon 26) prescrit le jeune le samedi; et au canon 33, interdit l’usage de leurs épouses aux évêques, aux prêtres, aux diacres et aux sous diacres.
Deux canons que ne peuvent pas sentir nos adversaires. Au troisième argument, je dis que saint Augustin parle des simulacres comme les percevaient les Gentils. Car, voici ce que veut dire saint Augustin. Quand quelqu’un pense qu’un simulacre est un dieu, et qu’il va jusqu’à le prier et l’adorer, il est puissamment confirmé et renforcé dans son erreur par la ressemblance de leurs membres avec ceux des humains. Que c’est ainsi qu’on doive le comprendre, je le prouve par ses propres paroles (de l’épitre 49, question 3) : « Comme, dans les temples, ils sont placés à une hauteur respectable pour que, par la similitude des membres et des sens, ils attirent l’attention de ceux qui prient et qui immolent, etc. Notez les expressions employées.
Car, l’expérience enseigne que les images qui ne sont pas considérées comme des dieux n’ont jamais trompé même le plus ignorant au point de lui faire penser qu’elles vivent et qu’elles respirent.
Et, au sujet des vases en or, je réponds que saint Augustin a voulu montrer que les simulacres des Gentils maintiennent les hommes dans l’erreur non à cause d’une matière qui les rendrait précieux, mais à cause de la figure qu’ils ont semblable à la nôtre. Cela, saint Augustin le montre de deux façons. La première. Beaucoup parmi ceux qui se tournent vers le soleil, préfèrent supplier le simulacre du soleil, non pas parce que le soleil n’est pas cent fois plus noble, mais parce que la figure du soleil en forme de globe ne persuade pas aussi facilement que le soleil vit et entend que ne le fait le simulacre qui possède notre forme humaine. En second lieu, parce que les catholiques ont eux aussi, des vases en matière précieuse, mais comme ils n’ont pas de figure humaine, même les gentils ne penseraient pas que ces vases vivent et respirent
Tu diras. Si on ne pense pas que les calices vivent, parce qu’ils n’ont pas de forme humaine, on pensera qu’ils vivent du fait qu’ils sont dans le temple. Je réponds que saint Augustin ne dit pas qu’on pense que les images à forme humaine vivent, mais que, si on le pensait, ce serait à cause de la forme, non de la matière. Saint Augustin ne dit donc pas qu’il n’y a pas eu d’images dans l’église, mais que seule la forme humaine des simulacres concourt à fomenter l’erreur de ceux qui adorent les simulacres comme des dieux. Et pour la confirmation, je dis que saint Jean parlait des idoles, comme le veulent les mots grecs : tôn eidôlôn.
Au quatrième, je réponds que Calvin a fidèlement imité ses lointains prédécesseurs. Car, les anciens iconoclastes disaient eux aussi ne pas vouloir de ces images mortes, mais que leur suffisait l’eucharistie, qui est l’image du corps du Seigneur. À quoi ont répondu les catholiques dans le synode 7, acte 6, tome 3, que l’eucharistie ne devait pas être appelée l’image ou la figure du corps du Seigneur, puisqu’elle est vraiment le corps du Seigneur. Je dis ensuite que les images vivantes ou mortes ne sont pas contraires l’une à l’autre, mais que les unes sont aidées par les autres, comme nous l’avons déjà montré. De plus, on ne peut pas dire que les images des saints sont des images mortes, car la vie d’une image est la représentation. Seules sont mortes les images qui ne représentent rien.
Au cinquième. Thomas Waldensis (tome 3, tit 19, chapitre 157), dit qu’Épiphane a parlé ainsi à cause de l’hérésie des antropomorphites, qui était alors en vogue. D’autres disent qu’Épiphane parle de l’image d’un homme profane qui était honorée là à l’instar des images du Christ et des saints. C’est ce que répond Marianus Victorius dans son annotation à cette épitre. La réponse la plus commune et qui a le plus de chances d’être vraie est que ces mots ont été trafiqués. D’abord, parce que c’est à la fin de l’épitre qu’ils ont été ajoutés : l’épitre était tout à fait terminée, comme s’en rendra compte le lecteur. Ensuite, parce que les hérétiques iconoclastes n’ont pas fait cette objection aux catholiques, quand ils leur opposèrent tout ce qu’ils purent trouver dans les pères qui semblait plaider en leur faveur. Troisièmement. Parce que, au synode 7, article 6, le diacre Épiphane dénonça deux cas semblables de mots qui avaient été insérés par les hérétiques dans les écrits d’Épiphane
Quatrièmement. Parce que, comme on le dit au même endroit, les disciples d’Épiphane placèrent son image dans son temple. Ce qu’ils n’auraient certainement pas fait si leur précepteur avait déclaré que c’était agir contre l’autorité de l’Écriture. Cinquièmement, parce que ceux qui n’avaient que des louanges à donner aux images des temples, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, vivaient encore au temps d’Épiphane. Parce que cette phrase qui veut que la présence d’images dans les temples soit contraire à l’Écriture ne peut pas avoir été prononcée par Épiphane, homme très savant, puisqu’elle est d’une grande ineptie. Car, jamais, dans l’Écriture on ne lit que ce soit défendu. On lit plutôt le contraire : des images de chérubins de forme humaine dans le temple de Salomon.
Septièmement. Parce que Grégoire (livre 9, épitre 9) dit que, avant Serenus de Marseille, jamais aucun évêque n’avait brisé une image du Christ ou des saints. Huitièmement. Parce que saint Jérôme, dans son épitre à Pammachius contre Jean de Jérusalem, rapporte presque toute la lettre d’Épiphane dans sa traduction en latin, et ne se souvient cependant pas de ce fait. Neuvièmement, parce que le style ne convient pas avec le reste de l’épitre. Au sujet de ce que dit saint Adrien sur les temples sans simulacres, je réponds qu’Adrien a ordonné de faire des temples sans les simulacres des gentils, car les chrétiens ne voulaient pas, à cette époque, prier dans les temples des Gentils parce qu’ils étaient pleins d’idoles. Voilà pourquoi Adrien a ordonné de construire des temples sans idoles. Lampridius lui-même donne le nom de divinités à ces simulacres. Car ces images étaient adorées comme des dieux.
CHAPITRE 10
Les images sont utiles même sans note historique .
Calvin a enseigné que, sans explication d’ordre historique, les images sont inutiles. Ce qui est manifestement faux. Car, il ne donne aucun argument pour prouver son avancé. Mais nous, nous pouvons prouver qu’elles sont utiles de plusieurs façons. La première. Parce que Dieu a ordonné que, dans son temple, soient faites des images de chérubins sans aucune annotation historique (Exode 25). Et certainement non sans raison. La deuxième. Parce que les chrétiens ont toujours eu des images sans référence à histoire, même si les premiers chrétiens n’étaient pas motivés par le seul plaisir esthétique. En effet, on lit qu’au temps du Christ, des images ont été faites. La première est celle que le Christ a faite de son visage sur un voile, et qu’il a envoyée au roi Abagarus. C’est ce que rapporte Evagrius (livre 4, chapitre 26), et Metaphrastes dans la vie de Constantin le grand, et saint Jean Damascène (dans son livre 1 sur les images.) Que ce ne soit pas une fable le prouve le grand miracle fait à Edesse par cette image, comme le rapporte Évagrius. L’atteste aussi le jour de la fête que l’on célébrait à Constantinople le jour de la translation de cette image d’Edesse à Constantinople.
La deuxième est celle que la femme libérée par le Christ d’un flux de sang érigea à Panéade. C’est Eusèbe qui en témoigne Livre 7, chapitre 14 de son histoire. Le rapportent aussi Sozomène (livre 5, chapitre 20 de son histoire), saint Jean Damascène (livre 4 sur les images) et Thophylacte (chapitre 9 sur Matthieu). La troisième est celle que l’on dit avoir été faite par Nicodème, et qui a été crucifiée par jeu par les Juifs. Elle a fait de nombreux miracles. C’est Athanase qui rapporte cela dans son livret sur la passion de l’image du Seigneur, chapitre 4. Et quoiqu’on puisse douter que ce livre soit vraiment du grand Athanase, il est certain qu’il est d’un auteur très ancien, puisque cette histoire est rapportée comme très ancienne dans le synode 7, article 4.
En plus de ces images du Christ, existent aussi des images de la bienheureuse vierge Marie que Luc a peinte, dit-on, comme le rapportent Theodore Lecteur qui a vécu autour du 5ième siècle (livre 1, des collectes), Nicephore (livre 14, chapitre 2 de son histoire), et Simon Metaphraste (dans sa vie de saint Luc). Tertullien (dans son livre sur la pudicité)
se souvient d’une image du Christ en forme de pasteur portant une brebis sur ses épaules, qui avait été peinte sur les calices sacrés, comme nous l’avons déjà dit. Aelius Lampridius (dans sa vie d’Alexandre Sévère) raconte que l’empereur Alexandre avait dans son oratoire des images du Christ et d’Abraham. Il est certes vraisemblable de penser que c’est des chrétiens qu’il a appris comment peindre le Christ. Eusèbe (livre 7, chapitre 14 de son histoire), écrit qu’on avait coutume de peindre les images des apôtres, et qu’il en a vu beaucoup de très antiques. Saint Ambroise (dans sa lettre sur l’invention de saint Gervais et de saint Protais, qui est conservée par Surius) déclare qu’il a su que c’était saint Paul qui lui était apparu, grâce à l’image peinte qu’il avait de lui. Saint Jean Chrysostome (dans son sermon sur Meletius) dit que les images de Meletius étaient déjà si célèbres qu’on les voyait partout, même sur les anneaux, les coupes profondes évasées, les vases et les murs. Semblablement, Theodoret dans sa vie de saint Siméon le stylite (histoire religieuse), raconte qu’à Rome, dans toutes les boutiques étaient affichées les images de saint Siméon.
Au temps de saint Augustin, il y a eu un très grand nombre d’images. C’est saint Augustin lui-même qui nous en fait part (dans son livre sur le consensus des évangélistes, chapitre 10). Il nous raconte là qu’on trouve souvent des images du Christ peintes entre saint Pierre et saint Paul. Nous avons beaucoup d’autres témoignages. Par exemple ceux de saint Athanase, de saint Basile, de saint Grégoire de Naziance, de saint Grégoire de Nysse, de saint Jean Chrysostome, de saint Cyrille de Jérusalem et de saint Cyrille d’Alexandrie, ainsi que beaucoup d’autres pères. Voir dans le synode 7, article 4, et dans le livre 3 de l’apologie de saint Jean Damascène, vers la fin. Ajoutons ensuite à ceux-là tous ceux que nous avons cités auparavant pour prouver qu’il y avait des images dans les temples pendant les cinq premiers siècles.
Troisièmement, on le prouve par l’utilité. La première est l’instruction et l’érudition. Car, une peinture enseigne mieux qu’un texte écrit, même celui de la Bible. De cette utilité témoignent saint Grégoire de Nysse dans son sermon sur Theodore, et le pape saint Grégoire (livre 107, épitre 109, et livre 9 épitre 9.) Tu diras que les histoires instruisent mais non des images solitaires. Je réponds que mêmes les histoires solitaires du Christ, peintes par des chrétiens, contiennent toujours un reliquat historique. Car, quand on peint le Christ, on le peint soit comme un enfant dans le sein de sa mère, soit comme un homme lié à une colonne, ou pendant en croix, ou sortant du tombeau, ou montant au ciel. De la même façon on peint toujours les saints avec l’insigne de leur vertu ou de leur passion, ou de leur pouvoir : Pierre avec des clefs, Laurent avec son gril, André avec sa croix, tous les martyrs avec leur palme, et les saints avec leur diadème. Par ces signes ou instruments, on nous enseigne comme en un résumé, ce qu’ont fait ceux que nous vénérons, quelles souffrances ils ont endurées.
Deuxièmement. Les images sont utiles, même si elles sont solitaires, pour susciter et augmenter la charité envers Dieu et envers les saints. Car celui qui aime regarde volontiers l’image d’un ami absent, et plus il la regarde, plus il l’aime. C’est ainsi que Sévère Sulpitius qui aimait ardemment saint Paulin, mais qui ne pouvait pas toujours habiter près de lui, lui demanda par lettres de lui envoyer une image de lui. Saint Paulin s’excusa de ne pas pouvoir obtempérer à son désir, et lui dit finement qu’il n’avait pas encore d’image parfaite du second Adam, mais qu’il portait encore en lui l’image du premier Adam. C’est pour cette raison qu’il refusa de lui envoyer une image de lui. Saint Grégoire (livre 7, épitre 53) en envoyant à Secondinus l’image du Sauveur, lui dit qu’il savait pourquoi il la désirait tellement : pour être plus ardent dans l’amour de son Seigneur.
La troisième utilité est l’incitation à l’imitation. Le synode 7, acte 6, explique longuement cette sorte d’utilité. Et saint Basile, dans son sermon sur les quarante martyrs, parle de la même utilité. Est bien connu ce que Térence raconte dans Eunuque. Un jeune homme qui regardait intensément des tableaux représentant Jupiter en train de violer Diane s’est senti obligé de faire la même chose. Saint Grégoire de Naziance, dans son poème sur la vertu, (qui est cité dans le synode 7, actes 4), raconte, en sens inverse, que quand une femme impudique alla trouver quelqu’un qui l’avait appelée, elle vit sur le seuil de la maison, l’image de Polémon, un homme chaste. Elle rougit de honte, et, faisant pénitence, elle retourna chez elle.
Quatrièmement, les images sont utiles parce qu’elles conservent en nous le souvenir du Christ et des saints, et nous rappellent, dans nos épreuves, que nous avons des patrons que nous pouvons invoquer. Dans sa vie de Siméon le stylite, Théodoret dit qu’à Rome, il y avait un grand nombre d’images de saint Siméon, pour chercher à en recevoir de l’aide et du secours. La cinquième utilité est la confession de la foi. Car, quand nous aimons et honorons les images des saints, nous témoignons que nous plaisent leur foi , leur doctrine et leur saintes mœurs, et que, en même temps, nous détestons les diverses formes d’impiété et d’idolâtrie contre lesquelles ils ont lutté jusqu’à la mort. Et maintenant nous attestons surtout que ne nous plaisent pas les nouveautés des luthériens et des calvinistes, puisque nous révérons religieusement ce qu’ils détruisent en commettant un sacrilège. La sixième utilité est l’honneur de Dieu et des saints. Car, personne n’a jamais douté que sculpter des statues ou peindre des images en hommage aux grands hommes ne serve à les honorer. Il est certain que (livre 7, chapitre 14 de son histoire) c’est la principale raison qu’il donne pour expliquer pourquoi les chrétiens désiraient peindre des images des saints. Il importe peu qu’on nous dise que cela vient des païens. Car, il ne s’agit pas d’une superstition, mais d’une coutume naturelle.
Elle était donc bonne la coutume qui les poussait à élever des statues pour les grands hommes, même s’ils ont pu se tromper en honorant des scélérats et de faux dieux.
CHAPITRE 11
On propose la question du culte des images, avec les arguments des adversaires.
Suit tout naturellement la controverse sur le culte. Doit-on rendre un culte quelconque à ces images ? Au sujet de cette controverse, saint Jean Damascène, vers la fin de son livre sur les hérésies, présente deux hérésies extrêmes. L’hérésie de ceux qui prétendaient qu’on doive rendre aux images des honneurs divins. Et il donne à ces hérétiques le nom de christianocategores, ce qui veut dire accusateurs de chrétiens parce que, à cause d’eux, on accusait les chrétiens d’être des adorateurs d’idoles. Il est certain qu’Alexandre Sévère a adoré les images du Christ et d’Abraham avec les autres idoles, comme l’atteste Aelius Lampridius. Cette hérésie est réfutée par tous les textes de l’Écriture qui interdit que le culte qui n’est du qu’à Dieu seul soit attribué aux créatures. L’autre erreur, qui lui est contraire, est celle de ceux qui ne souffrent aucune sorte d’honneur accordé aux images saintes. Cette erreur saint Jean Damascène la rapporte à la fin de son livre sur les hérésies. Et elle a pour auteurs tous ceux dont nous avons cité les noms dans le deuxième chapitre. Ils soutiennent qu’ils ne faut rendre aucun hommage aux images pour les raisons suivantes.
La première. Parce que l’ancien et le nouveau testament interdisent sévèrement le culte des simulacres (Exode 20, Deutéronome 4, Romains 1, etc). Et, parce que les catholiques leur répondaient que l’Écriture blâme un culte attribué aux simulacres comme à des dieux, Calvin (livre 1, chapitre 11, versets 9 et 10) s’efforce de montrer que les Juifs autant que les Gentils ne voyaient pas des dieux dans les simulacres, mais qu’ils adoraient le vrai Dieu dans les simulacres; et que ce culte était blâmé parce que Dieu ne supporte pas que son culte ait un lien quelconque avec les images; et que, si on ne doit pas adorer Dieu dans une image, de la même façon, les saints, même s’il était permis de les vénérer, ne devraient pas être vénérés dans des images. Que les Juifs ne considéraient pas les simulacres comme des dieux, mais que c’état le vrai Dieu qu’ils adoraient en eux, Calvin le prouve par l’Exode 32, où on entend le peuple dire au sujet du veau d’or : « Voici tes dieux Israël, qui t’ont fait sortir de la terre d’Égypte. »
Ils confessent là que, dans le veau, ils adorent le Dieu qui les a libérés de l’Égypte. Et quand Aaron décréta une fête en l’honneur du veau d’or, il ordonna aux hérauts de dire à haute voix : « Demain c’est la solennité du Seigneur. » Et dans l’hébreu se trouve le mot Yahvé. Dans les Juges 17, une femme a dit : « J’ai sanctifié et j’ai voué au Seigneur mille cent pièces d’argent pour faire une sculpture et un ouvrage en métal fondu. » Là aussi nous avons le mot Yahvé, le nom propre de Dieu.
Que les Gentils aient adoré le vrai Dieu dans les idoles, il le prouve par un texte de saint Augustin sur le psaume 113, qui déclare que les païens avaient coutume de répondre quand on les accusait d’idolâtrie : nous n’adorons pas l’idole elle-même, mais la divinité que l’idole représente. De même. Les Gentils changeaient les idoles à volonté, mais non leurs dieux. De même. Ils érigeaient plusieurs simulacres pour le dieu unique. Car, tout en disant que Jupiter était ce dieu unique, ils lui érigeaient de nombreux simulacres. De plus, ils consacraient chaque jour de nouvelles idoles, mais ne disaient jamais qu’ils faisaient de nouveaux dieux. Deuxièmement. Ils citent trois conciles de Constantinople. Un sous Léon l’iconoclaste, au témoignage de Paul le diacre, livre 21. Un autre, formé de 338 évêques, sous Constantin Copronyme, au témoignage de Paul diacre (livre 22 sur les choses romaines). L’un et l’autre ont décrété qu’il fallait abolir les images. Les actes de l’un et l’autre concile sont rapportées par les centuriates (centurie 8, chapitre 9). Le troisième fut le concile de Francfort, dans lequel fut condamné le septième synode qui avait statué qu’il fallait retenir les images. C’est ce que racontent Ado (dans sa chronique à l’année 795, l’abbé uspergensis (dans sa chronique de l’année 793), Hincmar de Reims, (livre contre l’évêque jandunenses, chapitre 20 ), Jean Aventinus dans son histoire ou annales des Bojorum (livre 4), Annonius (livre 4), et Rheginus (livre 2.)
Les magdebourgeois, pour leur part, (à la fin du chapitre 9 de la huitième centurie) tirent de ce concile dix arguments contre les images, réfutent 44 arguments du concile de Nicée, et répondent à onze témoignages des pères qui avaient été présentés par le concile en faveur des images. Mais ces arguments comme ces réfutations ne sont que de la poudre aux yeux. Car, ce concile de Nicée n’a jamais existé, comme nous le dirons plus loin, en son lieu et place. Troisièmement. Ils exhibent quatre livres de Charlemagne contre les images, desquels Calvin déduit que le concile de Nicée a été réfuté par un roi orthodoxe; que dans le concile de Nicée une impiété manifeste a été définie. Car, comme le montre le livre de Charlemagne, il a été défini dans ce concile qu’il fallait accorder aux images l’honneur des sacrifices, et le culte qui n’est rendu qu’à la sainte trinité. Calvin a édité ce livre en 1549. Les centuriates ajoutent (centurie 8, chapitre 9, colonne 645) qu’il existe encore, contre les images, un autre livre beaucoup plus virulent, écrit par un certain Ludovic Pius.
Quatrièmement. Ils citent les pères. Saint Irénée (livre 1, chapitre 24) a mis entre les hérésies le culte que Carpocrate rendait aux images du Christ et de Paul. Saint Épiphane (hérésie 79), dit que sont hérétiques ceux qui propagent les images de la sainte Vierge et lui rendent un culte. Saint Ambroise, à la mort de Theodose, dit : « Hélène a trouvé la croix du Seigneur. Elle a adoré le Roi, non le bois, car c’est une erreur païenne. Elle a adoré celui pendait sur la croix. » Saint Jérôme (chapitre 3 de Daniel) écrit : « Ceux qui rendent un culte à Dieu ne doivent pas adorer les images de Dieu. » Saint Augustin (dans son livre sur les mœurs de l’église, chapitre 36) écrit : « J’ai connu des adorateurs d’images. » Saint Grégoire (livre 7, épitre 54 et 109, et livre 8, épitre 9), dit qu’il ne faut pas adorer les images. Ils présentent d’autres témoignages tirés des iconoclastes (synode 7, acte 6) qui sont réfutés au même endroit. Mais, ils n’offrent aucune difficulté.
Cinquièmement, ils présentent l’exemple d’Ezéchias (4 Rois, 18) qui détruisit le serpent d’airain, car il était adoré. Sixièmement. Il fait appel à l’expérience qui enseigne que, dans le culte des images, se glissent peu à peu des superstitions et l’erreur qui lie Dieu à l’image. Car pourquoi telle image du Christ ou de Marie est-elle plus fréquentée que d’autres ? Pourquoi ceux qui veulent prier se dirigent-ils vers des images ? Pourquoi s’impose-t-on un long et pénible pèlerinage pour aller vénérer telle image, alors qu’on en a dans sa maison de plus belles et de plus excellentes ? Septièmement. Ils ajoutent quelques raisonnements. L’image, disent-ils, est incapable d’honneur puisqu’elle est une chose inanimée, privée de sens et de raison. De même. L’image n’est pas sainte à cause du bois ou du fer, ou du marbre, ou du plâtre, ni non plus à cause des formes et des couleurs, ou des desseins. Pourquoi est-elle donc honorée ? De plus, bien que l’homme soit une image de Dieu, on n’a pas coutume de l’adorer. Le bois et les pierres méritent encore bien moins d’être adorés, même s’ils représentent l’image de Dieu ou des saints.
Voilà quels sont leurs principaux fondements. Nous y répondrons au chapitre 13. Mais les lubies des Magdebourgeois, je les passerai sous silence, car elles ne méritent pas de réponse. Ils disent, par exemple, que le Christ est mort pour les hommes, non pour les images : qu’il ne faut donc pas vénérer les images. Génial, à la vérité ! Un autre exemple. S’il était nécessaire de vénérer les images, seuls les riches se sauveraient, car ils sont les seuls à pouvoir les acheter. De même. Le Christ n’a pas dit : celui qui reçoit les images me reçoit, mais celui qui vous reçoit. Donc l’honneur de l’image n’est pas référé à l’exemplaire. Cela ne s’appelle pas argumenter, mais batifoler.
CHAPITRE 12
C’est à bon droit qu’on rend un culte aux images du Christ et des saints.
Quand nous affirmons, nous, qu’il faut honorer les images du Christ et des saints, nous pensons à ce qui a été décrété par le concile de Trente, chapitre 24 : ne pas placer sa confiance dans l’image, ne rien lui demander, ne pas croire que se trouve en elle quelque chose de divin, mais l’honorer seulement pour ceux (celles) qu’elle nous représente. Cette sentence, on la prouve comme suit. D’abord, par des témoignages qui traitent expressément des images. Exode 25 : les chérubins du propitiatoire. Et, Nombre 21, le serpent airain.
Les images des chérubins qui étaient posées sur l’arche étaient nécessairement adorées par ceux qui adoraient l’arche. Bien plus. Saint Jérôme (dans son épitre à Marcella), dit que le tabernacle a été vénéré par les Juifs parce que là étaient les chérubins. Le serpent d’airain ne pouvait pas ne pas être honoré puisqu’il avait été placé par Dieu dans un lieu élevé, et apportait le salut aux miséreux qui le regardaient. Voilà pourquoi saint Augustin, (livre 3, chapitre 10 de la trinité), parlant de certains signes qui méritent une vénération religieuse, prend pour exemple le serpent d’airain. Mais, autant pour les images de chérubins que pour le serpent d’airain, vaut la règle de saint Augustin (livre 3, chapitre 9, la doctrine du Christ) : les signes utiles divinement institués doivent être vénérés de façon à référer l’honneur à ce qu’ils signifient. Or, il est certains que ces images des chérubins et du serpent d’airain ont été utiles et ont été instituées par Dieu. Et s’il est permis de vénérer les images des anges, pourquoi pas celles des saints ? S’il a été permis de vénérer l’image du Christ dans la forme du serpent (car que le serpent ait été la figure du Christ, nous l’avons en Jean 3), pourquoi ne serait-il pas possible de vénérer l’image du Christ dans sa forme humaine ?
Nous avons ensuite d’autres témoignages qui enseignent qu’on doit honorer les créatures religieusement à cause de leur seule relation à Dieu. Comme dans le psaume 95 : « Adorez l’escabeau de ses pieds. » Et, en Matthieu 5 : « Ne jurez pas par le ciel, car il est le trône de Dieu, ni non plus par la terre, parce qu’elle est l’escabeau de ses pieds. » Il est à noter que le jurement est un acte religieux, par lequel on honore principalement Dieu, et, secondairement, ce par quoi on l’honore. Dieu prohibe donc un jurement qui est fait sans les conditions voulues, comme par le ciel et la terre, pour ne pas vilipender ces créatures qui ont une relation avec Dieu. Or, ces images ont une relation avec Dieu. Elles doivent donc être honorées dans la même mesure.
Le troisième genre de témoignages vient de ceux qui enseignent que des créatures sont dites saintes ou sacrées à cause de leurs relations avec les choses sacrées. Exode 3 : « Le lieu où tu te trouves est une terre sainte. » Sainte à cause de la présence de l’ange. Exode 12 . On dit que le jour de Pâque est un jour sain et vénérable à cause de ce qu’il signifie, et parce qu’il était dédié au culte divin. Exode 28. On dit que les vêtements des prêtres sont sacrés pour la même raison. Dans Isaïe 11, on dit que le sépulcre du Christ est glorieux. Dans 2 Timot 3, on dit que les Écritures sont des lettres sacrées : « Tu connais les écritures sacrées depuis ton enfance. » Pourquoi ces écritures sont-elles dites sacrées si ce n’est parce qu’elles sont les signes des choses sacrées. Ce ne sont pas seulement les écritures mais aussi les paroles que nous avons coutume de vénérer, surtout le nom de Jésus. Et l’évangile nous l’écoutons debout, tête découverte, et avec des lampes allumées, même en plein jour, comme saint Jérôme le rappelle dans son livre contre Vigilance. Puisque les images du Christ et des saints ont été faites pour signifier et représenter des choses sacrées, pourquoi ne pourrais-je pas les honorer ? Car, que ce soit une chose sainte, et parce que sainte, vénérable, Exode 12 nous le fait comprendre : « Le premier jour sera saint, et le septième vénérable, pour le même motif religieux. » Tu vois qu’être saint et religieusement vénérable, c’est une seule et même chose.
On le prouve ensuite par les canons de l’Église. Nous avons d’abord le canon 82 du sixième synode où il est déclaré que les images sont vénérables. Même si ces canons ne sont pas d’une autorité assurée, même si ce canon n’a pas toujours été reçu dans l’église, et qu’il est prouvé qu’il a été très peu utilisé par l’église antique. Nous avons ensuite le synode romain sous Grégoire 111 en faveur des images, formé d’au moins mille évêques, célébré en 733, selon Sigebert dans sa chronique. Il y a eu aussi un synode dans la ville de gentiliace, l’an 766, selon Adon. On a parlé des images dans ce synode, et on a demandé aux Grecs de voir les images saintes comme le font les autres pieux, comme Paul Aemilius l’atteste, au livre 2. De plus, un autre synode favorable aux images a été célébré à Rome sous Stephane 111, l’an 768, selon Sigebert (dans le livre des images destiné à Charlemagne.)
Après l’année 788, le septième synode, acte 7, a défini que les images étaient vénérables, non d’un culte de latrie, mais du même honneur que nous rendons aux saintes lettres, aux vases sacrés, etc. Témoins Paul le diacre, Cedrenus, et Zonaras. Or, ce concile est tel que personne ne peut douter de son authenticité ou de sa légitimité. Car, il bénéficia, au début, de la présence des légats du pontife romain et de trois autres patriarches, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, ainsi que du patriarche de Constantinople. Tous consentirent, comme les signatures le montrent. On peut ajouter que 350 évêques furent présents, selon Cedrenus, c’est-à-dire plus que dans le premier, le deuxième et le troisième synode. L’empereur Constantin lui-même y apposa sa signature. On s’est disputé âprement pendant tout ce concile, et on a mis à contribution les saintes écritures, les conciles et les pères. Si jamais il y a eu un concile légitime, c’est celui-là.
Il importe peu qu’on nous objecte que les conciles de Constantinople précédents et celui de Francfort, aient statué le contraire. Car, même si tous ces conciles étaient légitimes, ils devraient céder le pas à celui de Nicée qui fut un concile général et plénier, eux n’étant que des conciles particuliers. Car nous observons la règle d’Augustin (livre 2, chapitre 3 sur le baptême), selon laquelle les conciles particuliers doivent reconnaitre la supériorité des conciles pléniers. Que ces trois conciles aient été des conciles particuliers, on le prouve ainsi. Car, à Constantinople, des légats du pape Léon n’ont pas été invités, et aucun patriarche n’y a participé sauf celui de Constantinople, Germain, qui ne consentit pas aux décisions du concile, et qui fut déposé. Au concile de Constantinople sous Constantin Copronyme, les patriarches romain, alexandrin, antiochien, Jérusalemien, ne furent présents ni par eux-mêmes, ni par des légats, mais seulement par un pseudo évêque que les hérétiques nommèrent patriarche, après avoir déposé Germain. C’est que rapportent Cedrenus et Zonaras dans la vie de Constantin Copronyme, et même les magdebourgeois (centurie 8, chapitre 9, colonne 551.) Ainsi que Paul diacre qui était encore vivant (livre 22 des choses romaines.)
Enfin, le synode de Francfort, au jugement de tous, fut un synode particulier, même si (s’il faut en croire les centuriates) furent présents des légats romains, qui n’approuvèrent pas les décisions du concile. En pensant à ces conciles illégaux et éphémères, on réalise que seul le concile de Nicée fut légitime, puisque ses décisions ont traversés les siècles. En effet, les images demeurèrent dans les temples, et l’Église leur rendit toujours l’honneur congru. Bien plus, les actes de ce concile sont les seuls à avoir été conservés, tandis que ceux des trois autres se sont vite évaporés. Seuls les historiens en ont gardé quelque souvenir. La même chose s’est produite à l’égard du premier concile de Nicée. L’empereur arien Constance fit célébrer plusieurs conciles contre le concile de Nicée, mais cette hérésie avec ses conciles s’est envolée en fumée : seuls la foi et les conciles de Nicée nous sont parvenus. Nous avons de plus le huitième concile général, (dernier acte, canon 3, session 25 du concile de Trente.)