Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 179)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Troisièmement. On le prouve avec les Pères. Saint Basile (contre Julien, que le pape Adrien cite dans sa lettre aux empereurs, acte 2 du synode7 ) : « J’honore les histoires de ces images, et j’adore ouvertement ce qui nous a été transmis par les saints apôtres. On ne doit pas prohiber… » Saint Jean Chrysostome sur la liturgie, dit : « Le prêtre incline sa tête devant l’image du Christ. » Saint Ambroise (sermon 10, psaume 118) : « Celui qui couronne l’image de l’empereur lui rend vraiment honneur; et celui qui méprise la statue de l’empereur, c’est à l’empereur lui-même qu’il semble faire injure. » Saint Augustin (livre 3, chapitre 10 de la trinité) dit, en parlant des signes sacrés tels que sont les sacrements, les images et les saintes lettres : « Puisque ces signes sont connus par les hommes, car ils ont chacun un nom, on peut les honorer d’un honneur religieux. Ils ne peuvent pas susciter de l’effroi comme le font les choses mystérieuses. » Parmi les signes qui sont connus par leur nom, et qui méritent un honneur religieux, il énumère le serpent d’airain. De même (dans le livre 3, chapitre 9 de la doctrine chrétienne), il dit qu’ils servaient sous des signes utiles ceux qui, comme les Juifs d’autrefois, ne savaient pas ce qu’ils signifient. Et ceux qui vénèrent des signes utiles, tout en sachant ce qu’ils signifient, n’honorent pas tant le signe que la chose qu’il signifie. Et ils sont donc libres.

Que les images des saints soient des signes utiles divinement institués, et donc dignes de vénération tant par les esclaves que par les hommes libres, le livre 2 de la doctrine chrétienne (chapitre 25) nous le montre saint Augustin, , quand il dit que les peintures et les statues appartiennent aux institutions superflues, excepté celles qui, en temps et lieu, ont été proposées pour une bonne fin par celui qui détient l’autorité. Telles sont certainement les images du Christ et des saints. De plus, dans le livre 10 des confessions (chapitre 34), il reproche aux peintres et à d’autres artistes du même genre d’avoir péché par mangue de modération et de jugement, et d’avoir fait peu de cas de la signification religieuse. Il admet donc là implicitement qu’il y a des peintures qui sont valables, qui ont une signification religieuse, et qui sont donc vénérables.

Au dixième anniversaire de la mort de saint Félix, saint Paulin parle ainsi des images peintes dans le temple : « Nous admirons les figures sacrées comme des monuments des anciens. » En disant que les images sont sacrées, il enseigne en même temps qu’elles doivent être honorées. Saint Grégoire (livre 7, épitre 5 l’évêque Januarius Caralitanus,) en parlant de l’image de la sainte Vierge et de la croix qui avaient été placées dans une synagogue des Juifs, ordonne de les sortir de là : « Je vous enjoins, par les présentes, au sujet de la croix et de l’image qui sont dignes de vénération, de corriger ce qui a été fait par la violence. » Et, au livre 7, épitre 53 à Secundinus, il enseigne qu’on doit honorer une image sacrée par une prostration, mais non comme dieu : « Nous nous prosternons devant elle, mais non comme devant une divinité. »

Saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 17) dit que le culte de la croix et des images est une tradition apostolique. De plus, il est très certain que la croix, c’est-à-dire l’image du crucifix a toujours été honorée dans l’Église. Car, Lactance dit, dans son poème sur la passion du Seigneur : « Fléchis le genou, et adore le bois vénérable de la croix. » Et Sedulius (livre 5, chant pascal) : « Personne n’ignore qu’il faut rendre un culte aux représentations de la croix. »

Saint Ambroise (dans son oraison sur la mort de Theodose) dit : « Elle a agi sagement Hélène quand elle leva et plaça la croix du Christ sur la tête des rois, pour que la croix du Christ soit adorée dans les rois. » Et (dans le livre de l’incarnation du Seigneur, chapitre 7), il dit : « Quand nous vénérons la croix et l’image de Dieu dans le Christ, le divisons-nous ? » Saint Jérôme (dans la vie de Paula), dit : « Prosternée devant la croix, elle adorait le Seigneur comme si elle le voyait pendant. » Saint Athanase, question 16 à Antioche dit que les chrétiens vénèrent l’image de la croix plus que la lance, la colonne de sa flagellation, ou les clous pour que, si les païens nous accusent de vénérer le bois, nous puissions séparer les montants de la croix, et une fois l’image de la croix disparue, fouler aux pieds ces deux morceaux de bois, pour leur faire comprendre que ce n’est pas le bois que nous vénérons, mais l’image du Christ. Les pères témoignent donc que les païens ont toujours accusé les chrétiens d’adorer du bois parce qu’ils vénéraient l’image du Christ en croix.

Tertullien (dans son apologétique, chapitre 16), dit que les chrétiens ont été appelés les religieux de la croix. Et il ne nie pas que ce soit vrai. Minitius Felix (dans Octavius), répond aux Gentils qui nous reprochaient d’adorer la croix : « Ce n’est pas la croix que nous adorons ». Il parlait de l’adoration qui n’est due qu’à Dieu seul, l’adoration de latrie, car c’est cela qu’on reprochait aux chrétiens. Par la même objection que fait Julien dans saint Cyrille d’Alexandrie (livre 6), on constate que la croix était effectivement vénérée par les chrétiens. Car, il est clair que les païens n’auraient jamais accusé les chrétiens d’idolâtrer la croix s’ils ne les avaient pas vus en train de vénérer la croix.

Ridicule est la réponse que font les magdebourgeois qui, en s’appuyant sur le concile de Francfort, (centurie, 8, chapitre 9, vers la fin). disent que la croix et les autres images n’ont rien en commun, parce que ce n’est pas par une image que le Christ nous a rachetés, mais par la croix. Car cette réponse milite contre les centuriates, puisqu’ils n’admettent pas qu’on puisse honorer les images. On peut ensuite qualifier leur réponse de réponse d’un incompétent , car le Christ ne nous a pas libérés par cette croix en or, en argent que nous vénérons, mais par une croix de bois dont celle que nous vénérons est l’image. Nous n’avons pas non plus partout la vraie croix du Christ, et les anciens du temps de Tertullien et de Minutius l’avaient encore bien moins, puisqu’elle a été découverte au temps du grand Constantin. Le Christ ne nous a pas plus rachetés par son corps que par la croix de bois. Voilà pourquoi, s’il est permis de vénérer l’image du crucifix, il est encore plus permis de vénérer l’image de son corps.

Quatrième argument. On le prouve par les miracles. En effet, par les images du Christ et des saints, Dieu a opéré beaucoup de miracles. Ce qui nous fait penser que plait à Dieu la vénération des images. Je raconte d’abord un miracle célèbre rapporté par Eusèbe (livre 7, chapitre 14). Aux pieds de la statue du Christ faite par l’hémorroïsse, à Panéade, de l’herbe inconnue à tous avait coutume de pousser, et elle croissait jusqu’à la fibre du vêtement du Christ. Et, quand elle l’atteignait, elle avait le pouvoir de guérir toutes les maladies. C’est aussi ce que rapporte Theophylacte (au chapitre 9 de Matthieu). L’historien Sozomène (livre 5, chapitre 20 de son histoire) ajoute un autre miracle. Quand Julien l’apostat fit enlever cette statue et mettre la sienne à sa place, un feu venant du ciel a rapidement détruit la statue de Julien. Sa tête fut séparée de son corps, exactement comme cela était arrivé à l’idole Dagon (1 Rois 5).

On ne peut pas ne pas relever un insigne mensonge des centuriates. Ce qui est arrivé à la statue de Julien, ils l’attribuent aussi à la statue du Sauveur. C’est ainsi qu’ils parlent (dans la centurie 4, chapitre 13, colonne 1447) : « Il semble que cette destruction d’une statue par la foudre soit un signe céleste que ne plait pas à Dieu la superstition qui attribue à une statue un pouvoir quelconque. » Et ils appellent superstition le pouvoir de cette herbe qui guérissait toutes les maladies. Et quand ils disent que l’image du Christ a été abattue par la foudre ils mentent effrontément en contredisant tous les historiens. Quand ils attribuent à une superstition diabolique les miracles du Christ les plus attestés, ils imitent les scribes et les pharisiens qui calomniaient le Christ en attribuant ses miracles au démon. On peut lire beaucoup d’autres miracles faits par Dieu dans les magdebourgeois (centurie 6 et suivantes, chapitre 13), et répondre à l’argument tiré des livres de Charlemagne : parce que les images font des miracles, il ne s’ensuit pas qu’on doive les adorer. Car, c’est par l’eau du Jourdain qu’Élisée a guéri Naamain, par sa salive que le Christ a guéri un aveugle. Et, cependant nous n’adorons ni l’eau ni la salive. De plus, les mauvais eux-mêmes font parfois des miracles, et nous jugeons pourtant que de tels hommes sont indignes de tout honneur.

Je réponds qu’il faut regarder la fin des miracles. Car, ce qui est confirmé par un miracle est attesté par Dieu. Élisée et le Christ n’ont pas, pour faire leur miracle, utilisé l’eau et la salive dans le but de les honorer, mais pour montrer l’un qu’il était le prophète de dieu, et l’autre le Fils de Dieu. De même, les hommes mauvais ne font pas de miracles pour rendre témoignage à eux-mêmes ou à leur vie, mais à la foi. Voilà pourquoi c’est la foi qu’ils prêchent qui est vénérée, et non eux-mêmes.

Les miracles ont été faits pour approuver ou sanctionner le culte des images. Car, pourquoi la foudre a-t-elle détruit la statue de Julien si ce n’est pour venger l’injure faite à la statue du Christ ? Et pourquoi, d’une image enfouie par les Juifs du sang est-il sorti qui guérissait un grand nombre de malades et d’infirmes, comme le rapportent Athanase (dans son livre sur la passion de l’image de Dieu), Grégoire de Tours (dans la gloire des martyrs, chapitre 21), Rheginus (dans sa chronique en l’an 804), si ce n’est pour montrer qu’il honore ce que les Juifs affectaient de mépriser. De plus, les bienfaits que Dieu communique par les images, sont accordés à ceux qui honorent les images, et qui estiment que le culte des images plait à Dieu. Car, ce miracle fait à Edesse par l’image du Christ, dont parle Évagrius (livre 4, chapitre 26) a été fait pour la guérison de ceux qui vénéraient les images.

Zonaras raconte (dans la vie de Michaël Balbus) que, quand Leon Armenius persécutait les images, son fils Sabbatius Constantin qui était muet, s’est approché d’une statue de saint Grégoire de Naziance, et qu’après avoir prié mentalement le saint, il reçut, par un miracle divin, le don de la parole. Or, si le culte des images était une idolâtrie, c’est Dieu lui-même qui aurait encouragé l’idolâtrie. Paul le diacre (livre 21 sur les choses romaines) écrit que quand un certain iconoclaste, apercevant une statue de la sainte Vierge, lui lança des pierres, il vit la vierge le menacer en ces termes terribles : « C’est sur ta tête que tu as fait cela. » Et, un peu après, il a été frappé par une pierre qui lui a fracassé la tête, comme la statue le lui avait prophétisé.

On peut tirer aussi un argument du semblable, de cette façon. Un homme est digne de vénération parce qu’il est l’image de Dieu. Donc les autres images du Christ et des saints sont dignes de vénération, car ce qui convient à une image du fait qu’elle est une image convient aussi à toutes les images. Que l’homme soit vénérable en tant qu’il est une image de Dieu, saint Cyrille et saint Augustin l’attestent. Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 12) dit : « L’image de bois d’un roi terrestre est honorée. A combien plus forte raison l’image raisonnable de Dieu. » Saint Augustin (épitre 203 à Maxime, évêque des donatites), explique pourquoi, dans le titre de sa lettre, il avait écrit : au frère honorable. Il lui dit que ce qu’il honore en lui ce n’est pas l’épiscopat, mais l’image de Dieu qu’il savait être en lui puisqu’il était un homme.

Les magdebourgeois répondent (d’après le livre de Charlemagne) que cet argument ne permet pas de conclure parce que les images de l’homme peintes ne sont pas semblables à l’image de Dieu, car l’image de Dieu est dans l’esprit, et les peintures ne sont une image de l’homme que dans sa forme extérieure. Incompétents ! Car l’argument procède d’une proportion similaire : comme l’homme se comporte envers Dieu dont il est une image, de la même façon l’image se comporte envers le Christ, dont elle est une image. Si donc l’homme est honorable parce qu’il est une image d’une chose honorable, l’image sera certainement dite aussi honorable parce qu’elle est l’image d’une chose honorable.

Ils répondent deuxièmement. L’homme n’est pas adoré religieusement, mais civilement. Or, même si l’homme en tant que roi ou empereur est honoré civilement, l’homme, lui, en tant qu’image de Dieu est honoré religieusement. La raison pour laquelle on honore une chose sacrée est la suivante : lorsque quelqu’un honore un homme parce qu’il est saint, ou prophète, ou prêtre, ou évêque, il est certain que c’est religieusement qu’il l’honore, et non civilement. Le sixième argument est tiré aussi du semblable. L’image du roi est vénérable par un honneur civil. Donc, les images du Christ et des saints sont honorables d’un culte religieux. Cet argument peut être confirmé par la fraude de Julien l’apostat, que décrivent saint Grégoire de Naziance (dans son sermon 1 sur Julien) et Paul diacre (dans sa vie de Julien), etc.

C’était entré dans les mœurs que tous devaient adorer les images des empereurs, ce que les chrétiens eux-mêmes faisaient, car ils comprenaient très bien qu’ils ne faisaient qu’une adoration civile. Et cela valait même pour les empereurs païens. Mais Julien l’apostat, pour obliger les chrétiens, au moins par erreur, à adorer une idole, avait ordonné que son image soit peinte de façon à ce qu’elle le soit en même temps qu’on peindrait l’empereur couronnant au ciel Jupiter. On devait peindre aussi Mercure et Mars contemplant l’empereur pour indiquer par là qu’il était sage et fort. Il proposait ensuite qu’on le peigne parmi les dieux pour que, en vénérant l’image de l’empereur, les chrétiens vénèrent en même temps les images des faux dieux. Saint Grégoire de Naziance reconnait que furent jugés dignes de pardon les chrétiens plus simples qui ne flairèrent aucune ruse, et qui ne pensaient adorer rien d’autre que l’image du roi.

Les centuriates répondent au lieu cité que ces choses ne sont pas semblables, parce que l’image du roi est honorée à cause de l’absence du roi qui ne peut pas être partout à la foi dans son royaume, alors que Dieu, lui, est présent partout. Mais, d’abord, nous ne demandons pas pourquoi est adorée l’image du roi, mais, du fait qu’elle est adorée, nous en déduisons que c’est à bon droit qu’est adorée l’image du Christ. De plus, le Christ, en tant qu’homme, n’est pas partout. Ensuite, il est faux que les images du roi ne soient pas honorées en sa présence. Bien plus, celui qui fait une insulte à l’image du roi en sa présence commet une faute plus grande qu’en son absence. De même c’est une chose qui plait grandement aux rois qu’on honore leur image en leur présence..

Le septième argument est tiré du contraire. L’image est capable d’injure et de mépris, donc d’honneur et de culte. Eusèbe (livre 9, chapitre 10 de son histoire) raconte que, à la honte de Maximin, ses images avaient été effacées ou défigurées par des couleurs noires. La même chose s’est produite dans le cas de Domitien, selon Svetonius. Theodose (le meilleur et le plus pieux des princes) fut si fâché quand les antiochiens détruisirent l’image de son épouse, qu’il s’en est fallu de peu qu’il ne détruise toute la ville. Deux sermons de saint Jean Chrysostome nous sont conservés qui déplorent ce crime commis contre l’empereur. Voir aussi Theodoret (livre 5, chapitre 19 de son histoire). De plus, l’apostat Julien n’aurait pas maltraité ainsi la statue du Christ s’il n’avait pas pensé qu’en agissant ainsi il lui faisait une grande injure. Et Dieu n’aurait pas frappé la statue de Julien avec sa foudre s’il n’avait pas reçu de lui d’injure, et si ce n’avait pas été pour le déshonorer.

Le huitième argument. On a du mérite à exécrer les idoles des Gentils, et à les détruire, et on loue grandement Theodose parce que, au témoignage de Theodoret (livre 5, chapitre 20 de son histoire) il a ordonné que les idoles soient détruites partout. Et il est certain que cela ne s’est fait qu’à cause de ce qu’elles signifiaient, parce qu’elles étaient les images des faux dieux. Au contraire, les images du Christ et des saints sont honorables parce qu’elles sont des choses bonnes et saintes. Le neuvième argument est tiré de l’impiété des iconoclastes, et de la piété de ceux qui vénèrent les images. Car, les iconoclastes, comme nous l’avons montré au chapitre 2, furent tous ou des Juifs, ou des Samaritains, ou des Mahométans, ou des nécromanciens, ou des hérétiques manifestes. Personne ne peut nier que ce sont des impies. Or, ceux qui défendirent les images furent saints et savants, comme les papes Grégoire et Adrien, les évêques de Constantinople Germain et Tarasius, Saint Jean Damascène, Méthode, Léonce, Jonas aurélien, Paul diacre, et d’autres qui furent, au témoignage de tous, des hommes pieux et doctes. Il n’est pas crédible que Dieu ait voulu enseigner son Église par ses ennemis plutôt que par ses saints amis.

Et que dire de ce que le diable lui-même déteste les images ? Voici, en effet, ce que nous lisons dans le pré spirituel (chapitre 45). Un ermite se plaignait que l’esprit de fornication qui le vexait vieillissait avec lui et refusait de le quitter. Le diable lui apparut alors, et lui promit qu’il s’en irait s’il cessait de vénérer l’image de la sainte Vierge qu’il avait dans sa cellule. Dira-t-on que le démon fait semblant de haïr les images pour que, par cette feinte, il pousse les hommes à les vénérer plus longtemps ? Or, s’il en ainsi, pourquoi le démon, par les Juifs et les Mahométans, a-t-il si souvent détruit les images ? Le dixième argument se tire de la malheureuse issue des iconoclastes, et du bonheur de ceux qui ont vénéré les images. D’abord, au temps de Léon l’iconoclaste, après que les images des saints furent brulées sur la place publique de Constantinople, une peste si grave fit rage que trois cent mille hommes de Constantinople en moururent. Voir la chronique de Matthieu Palmeri, l’an 741. De même, par la même occasion, le même Léon (ainsi que ses successeurs) perdit le royaume de l’Italie, et ne put jamais le récupérer. Voir Zonaras et Paul diacre dans la vie de ce Léon. Au même moment, le roi des Arabes Exide qui avait ordonné de détruire les images des chrétiens, ne survécut même pas une année complète, alors que trente ans de règne lui avaient été promis par celui qui l’avait engagé dans ce sacrilège.

Au temps de Constantin Copronyme, des calamités inouïes frappèrent l’Orient. Des séismes gigantesques dévorèrent des villes entières et tuèrent des milliers d’hommes. Fit aussi son apparition une peste d’une virulence telle que les vignes, les jardins, les puits et d’autres lieux suffisaient à peine pour ensevelir les cadavres. Pour qu’on n’ait point de doute sur la cause de ces malheurs, partout, en même temps, de petites croix, comme peintes à l’huile, apparaissaient sur les habits des hommes, les voiles sacrés, les vêtements sacerdotaux. Dieu voulait manifestement que l’on voie partout l’image de la croix que Constantin Copronyme s’efforçait, en ce temps, d’anéantir. Puis, un froid sibérien fit non seulement geler la mer du Pont, mais forma des glaces d’une épaisseur de trente coudées. Un peu après, la débâcle commença, et des blocs énormes de glace semblables à de grosses montagnes ou à des îles flottaient un peu partout à une grande vitesse. Quelques-uns de ces icebergs se rendirent à Constantinople et renversèrent certaines maisons. Paul diacre atteste avoir vu tout cela.

La même année, la sécheresse fut si grande que presque toutes les rivières, les fontaines, les puits se tarirent. De telle sorte que tous comprenaient et disaient ouvertement que ces calamités s’étaient abattues sur le peuple à cause de l’impiété commise contre Dieu et ses saints. Enfin, l’empereur obstiné mourut en criant, car, il a été brûlé encore vivant par un feu inextinguible, comme en témoignent Zonaras et Paul diacre dans la vie de cet empereur. À l’inverse, Pépin et son fils Charlemagne qui, avec le souverain pontife, défendaient les images, vécurent heureux, eurent un règne long et toujours victorieux.

CHAPITRE 13

On répond aux arguments des adversaires

Il reste à répondre aux arguments des adversaires. Au premier de Calvin je dis que dans ces passages de l’Écriture, on réprouve l’idolâtrie, c’est-à-dire le culte des images considérées comme des dieux, ou par lesquelles sont adorés comme dieux ceux qui ne le sont pas. Au sujet de la preuve que Calvin tentait d’en donner, à savoir que c’est Dieu que les Juifs et les Gentils adoraient dans les idoles, je dis que dans les paroles de Calvin sont contenus plusieurs mensonges. Son premier mensonge : les Juifs et les Gentils n’appelaient pas leurs dieux des idoles. En effet, (au livre 1, chapitre 11, verset 10), Calvin dit, en s’objectant à lui-même la réponse des catholiques : « nous ne les appelons pas nos dieux, mais des images », il répond : « Les Juifs et les Gentils ne les appelaient pas non plus ainsi. Et pourtant les prophètes ne cessaient pas de leur reprocher leurs fornications avec le bois et la pierre. »

Si les Juifs ne disaient pas que les idoles étaient leurs dieux, d’où vient l’Exode 32 : « Fais-nous des dieux qui nous précèdent. » Et : « Voici tes dieux, Israël. » D’où vient ce texte de Michée, Juges 18 : « Mes dieux, ceux que je m’étais faits, vous les avez enlevez. » Et, 3 Rois 12 : des deux veaux de Jéroboam, on dit : « Voici tes dieux, Israël » Que les païens aient appelé dieux leurs simulacres aucun lecteur de leurs poètes ou de leurs orateurs ne l’ignore. Mais un seul passage nous suffira (Daniel 5) : « Ils buvaient le vin et louaient leurs dieux en or, en argent, en airain, en bois, ou en pierre. » Et cet autre tiré de Sagesse, chapitre 13 : « Ils appelèrent dieux les œuvres de leurs mains. » L’Écriture peut-elle plus clairement répudier le mensonge de Calvin ?

Le second mensonge. Quand les Juifs ont fabriqué leur veau d’or, ils n’ont pas oublié le vrai Dieu. Car les paroles de Calvin sont en totale opposition aux paroles de la Bible. Au livre 1, chapitre 11, verset 9, voici ce qu’il dit : « Les Juifs n’étaient pas écervelés au point d’avoir oublié le Dieu qui les avait fait sortir de l’Égypte. » Or, dans le Deutéronome 32, on lit : « Tu as abandonné le Dieu qui t’a engendré, et tu as oublié le Seigneur ton Créateur. » Et, dans le psaume 105 : « Ils ont fait un veau à l’Horeb, et ont adoré une sculpture. Et ils ont oublié le Dieu qui les avait sauvés, qui avait fait pour eux de grandes choses en Égypte, des merveilles dans la terre de Cham, des choses terribles sur la mer rouge. » Et Jérémie, chapitre 2 : « Ils coururent après la vanité, c’est-à-dire après les idoles, et ils ne dirent pas : où est le Seigneur qui nous a fait monter de la terre d’Égypte. » Quoi de plus clair !

Le troisième mensonge. Dans toutes leurs idoles, les Juifs adoraient le Dieu un et vrai. Voici ce qu’il dit au livre 1, chapitre 11, verset 8 : « Ils savaient que Dieu existait, dont ils connaissaient, par expérience, le pouvoir. Mais par l’image qui précédait, ils voulaient connaitre le dieu qui leur servait de guide dans le chemin. » Et, au verset 9, il ajoute : « Les Juifs étaient persuadés d’adorer, sous ces simulacres, le Dieu éternel, le vrai Seigneur du ciel et de la terre. » Mais cela est un mensonge, et je le prouve. Car, si les Juifs voulaient un tel signe corporel, ils n’avaient pas besoin de faire de veau, car ils avaient la nuée et la colonne de feu qui les guidaient beaucoup mieux qu’un veau qu’ils devaient toujours porter à bout de bras. Ce n’était donc pas un signe corporel qu’ils cherchaient, mais un dieu corporel,

Ensuite, parce qu’on ne peut pas donner d’autre explication à leur choix d’un veau plutôt qu’à celui d’un bœuf ou de toute autre chose que parce qu’ils étaient habitués de voir le dieu suprême des Égyptiens qui était un veau noir blanc, avec des taches toutes spéciales, et que l’on appelait apis. Voir là-dessus Cicéron (livre 1, sur la nature des dieux), saint Augustin (livre 18, chapitre 5 de la cité de Dieu), et tous les écrivains : Hérodote, Diodore, Plutarque, Pline, Suidas, Eusèbe,etc. Parce qu’ils virent en Égypte un veau recevoir les honneurs suprêmes, les Juifs pensèrent que le Dieu du ciel était ce veau, et c’est pour cela qu’ils fabriquèrent la statue d’un veau.

Troisièmement. Parce que, en Josué, dernier chapitre, une option est donnée aux Hébreux : ou ils veulent servir des dieux étrangers, ou le Dieu d’Israël. Ils n’adoraient donc pas le Dieu d’Israël dans les idoles, et ils ne pensaient pas non plus qu’ils l’adoraient. Car, on pourrait répondre que cette alternative était inepte, si comme le prétend Calvin, ils adoraient le vrai Dieu dans les idoles. On confirme la même chose avec 3 Rois, 18, où Élie dit : « Jusqu’à présent, vous avez boité de deux côtés. Si le Seigneur est Dieu, suivez-le. Si Baal est Dieu, suivez-le. » Quand les Juifs adoraient l’idole Baal, ils n’adoraient certainement pas le vrai Dieu. J’ajoute cet autre passage du Deutéronome 32 : « Ils ont immolé aux démons, et non à Dieu, à des dieux qu’ils ignoraient. » Ajoutons qu’on aurait faussement accusé les Juifs de servir des dieux étrangers si, dans les idoles, ils avaient toujours adoré le vrai Dieu.

Mais, tu demanderas : pourquoi dit-on du veau dans l’Exode 32 : « Voici tes dieux qui t’ont fait sortir de la terre d’Égypte » ? Et comment dit-on d’un veau : « Demain, c’est la solennité du Seigneur. » Et dans les Juges : « J’ai sanctifié cet argent auprès du Seigneur pour en faire des idoles. » Au premier texte, je réponds que les Juifs pensaient que le bienfait de la libération ils l’avaient obtenu non du Dieu de Moïse, mais du dieu des Égyptiens. Au deuxième et autre troisième texte, il y a deux réponses possibles. La première, celle de Cajetan (au chapitre 32 de l’Exode), que les Juifs attribuaient le vrai nom de Dieu à l’idole de l’idolâtre, et que c’est peut-être ce que signifie l’Écriture (Sagesse 14) quand elle dit : « Ils ont imposé mon nom incommunicable aux pierres et au bois. » Il n’y aucun nom de dieu incommunicable en dehors du mot Yahve, car les autres noms sont donnés aussi aux créatures.

Tu diras que cet autre nom hébreu (Seigneur ?) est le nom propre du Dieu d’Israël; qu’il ne pouvait donc pas être communiqué à d’autres. Je réponds que les Juifs qui croyaient qu’il y avait plusieurs dieux, ne pensaient peut-être pas que ce nom soit lui soit propre. Ils communiquaient peut-être ce nom à d’autres par similitude. Car, quand les Égyptiens disaient que le Nil était leur Jupiter, et quand nous disons nous d’un soldat rapide qu’il est notre Achille, d’un savant, notre Caton, les Juifs pouvaient aussi dire du veau qu’il est notre (mot hébreu) Seigneur ?

L’autre solution est celle d’Abulensis, de Cajetan et d’autres au chapitre 16 des Juges. Ils disent que, pour les Hébreux, il y avait deux genres d’idoles. Une, sans le nom d’un Dieu particulier, telle que fut l’idole de Michae (Juges 17), et peut-être le veau d’or que fit Aaron (Exode 32) et que renouvela Jéroboam (3, Rois, 12). Car, l’Écriture ne nomme pas le dieu veau le dieu Moloch, le dieu Baal, mais dit toujours : voici quels sont tes dieux Israël. L’autre genre : avec un nom précis comme Baal, Moloch, Astaroth, Chamos. Ils disent qu’il n’est pas improbable de pourvoir admettre que, selon le premier genre, les Juifs pensaient adorer le vrai Dieu dans l’idole. De plus, ils erraient gravement en cela, d’abord parce qu’ils sacrifiaient à une idole, et croyaient que, dans cette idole, se trouvait une vertu divine; et ensuite, parce qu’ils imaginaient que Dieu était corporel, et qu’il était semblable à cette idole. Il s’ensuit que, même s’ils pensaient adorer le vrai dieu, ils n’adoraient qu’une fiction. Exemple. Les manichéens disaient adorer le Père et son Fils le Christ. Mais, parce que, par Dieu, ils entendaient une lumière corporelle, et par le Christ, ce soleil corporel, ils n’avaient de Dieu et du Christ que le nom seul.

Tous les livres