Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 180)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Que les Juifs aient pensé que Dieu était corporel, et semblable à l’idole, le veau d’or nous l’apprend. Car, la raison pour laquelle ils représentaient Dieu sous la forme d’un veau c’est parce qu’ils avaient vu, en Égypte, un veau auquel on rendait les honneurs suprêmes. Voilà pourquoi ils estimaient que le dieu suprême était un veau; et c’est de cette façon que les Juifs avaient vraiment oublié Dieu, même s’ils pensaient ne l’avoir pas oublié. Mais, dans les idoles du second genre, il est si certain que les Juifs n’ont pas adoré le Dieu d’Israël, ni n’ont pensé le faire, que même le calviniste Pierre le martyr le reconnait (chapitre 17, Juges.)

Le quatrième mensonge. Les païens ne pensaient pas que les idoles étaient des dieux. C’est ce que dit Calvin (livre 1, chapitre 11, 9) : « On ne doit pas penser que les païens étaient stupides au point de ne pas comprendre que Dieu était autre chose que du bois ou des pierres. » Même s’il y en a eu qui ne furent pas stupides au point de penser que des idoles de bois ou de pierre étaient des dieux, il y en a eu plusieurs d’assez stupides pour penser que les idoles vivaient et entendaient, et étaient des dieux.

Quatre choses poussaient les païens à penser que les idoles étaient des dieux. La première. C’est ce que leur disaient leurs pontifes. La seconde. Parce qu’ils voyaient que presque tout le monde croyait ainsi. La troisième. Parce que, par l’opération des démons, les idoles bougeaient, parlaient, et prédisaient le futur. Et même si c’était les démons qui les faisaient bouger et parler, les païens pensaient que c’était elles-mêmes qui se déplaçaient et qui parlaient. Que l’idole avait coutume de parler, on l’apprend par Exéchiel 21, et de Zacharie 10, et du livre l, chapitre ultime de Valerius Maximus. La quatrième. Parce qu’ils étaient de forme humaine. Et celui qui constate que ses membres sentent et vivent se persuade facilement que des membres semblables aux siens sentent et vivent, surtout s’il l’entend dire par des savants. Mais quelles qu’en furent les causes, je prouve maintenant que plusieurs païens ont pensé que les idoles étaient des dieux; et que Calvin a donc menti.

Je le prouve d’abord par l’Écriture. Car, tous les prophètes s’évertuent à enseigner que les idoles d’or et d’argent ne sont pas des dieux. Et la preuve qu’ils en donnent c’est qu’ils ne parlent, ni ne voient ni n’entendent. Voir Isaïe 46, David psaume 113, psaume 134, et Habacuc 2. Mais surtout l’épitre de Jérémie Baruch 6, où il conclut chaque argument par ces mots : à cause de quoi vous comprenez qu’ils ne sont pas dieux. Les prophètes seraient de grands fous s’ils s’efforçaient d’écarter ce à quoi personne n’avait jamais pensé. De plus, dans les Actes 9, les païens disent de Paul : Paul nous persuade de croire que ne sont pas dieux ceux qui ont été faits de main d’homme. De plus, dans Jérémie 2, et Sagesse 13 et 14, l’Écriture dit que les païens ont coutume d’invoquer les idoles, et de leur recommander leur salut. Or, personne n’invoque ou ne prie un simulacre, dit Augustin (psaume 113) s’il ne pense pas pouvoir être exaucé par lui.

On le prouve, en second lieu, avec les pères. Augustin, (livre 3, chapitre 7, sur la doctrine chrétienne) : « Je reconnais que sont engloutis plus profondément ceux qui pensent que les œuvres des hommes sont des dieux, que ceux qui pensent que ce sont des œuvres de Dieu. » Et plus bas : « Eux vénèrent les simulacres ou comme des dieux, ou comme des signes et des images des dieux. » Et dans l’épitre 49, comme dans le psaume 113, il dit que plusieurs païens ont pensé que les simulacres vivaient, respiraient et entendaient, et étaient donc des dieux vivants; et que cette erreur a été favorisée par la similitude des membres humains. Tertullien, dans son apologie (chapitre 12) dit que les dieux des Gentils souffrent beaucoup plus quand ils sont fabriqués par les artisans que ne souffrent les chrétiens quand ils sont tués parce qu’ils ne veulent pas les adorer. Eusèbe (livre 5, chapitre 15, préparat) : « Hésiode pense qu’il y a trente mille dieux sur la terre. Moi, je vois beaucoup plus, parmi les hommes, de créateurs de dieux de pierre ou de bois. » Et pour tout dire, Cyprien, Lactance, Arnobius, Minutius Felix, Clément d’Alexandrie, Athanase, Theodoret et d’autres qui écrivent contre les Gentils, rient d’eux parce qu’ils adorent comme des dieux du bois et de la pierre. Et qu’est-ce donc que dit Horace (livre 1, serm satyre 8) : « Autrefois j’étais un tronc d’arbre, un bois inutile. Quand l’artisan se demanda s’il ferait de moi un escabeau ou un Priam, il préféra en faire un dieu.»

Ce ne sont pas seulement les poètes qui ont pensé ainsi, mais les hommes les plus sages. Car Hermes Trismegiste, selon Augustin (livre 8, chapitre 23 de la cité de Dieu), dit que des dieux ont été faits par le Dieu suprême, que d’autres ont été faits par les hommes. Il dit que les dieux faits par les hommes sont des statues qui sont liées aux démons par un art magique. De sorte qu’une statue est comme le corps d’un dieu, que l’esprit inclus est son âme, et que toute l’idole est dieu, comme l’homme est un corps et une âme. Et Arnobe (livre 1 contre les Gentils) : « Je vénérais, ô cécité, des simulacres qui venaient tout juste de sortir des fournaises, des dieux dans des incubes fabriqués par des artisans. » Et, plus bas : « Comme si une vertu avait été présente à l’intérieur, je lui parlais, et je lui demandais des bienfaits. » Et, plus bas : « Je croyais que le bois, les pierres et les os étaient des dieux, ou qu’ils habitaient dans la matière de ces choses. » Vois, cher lecteur, à quel point ment Calvin quand il dit que les païens ne considéraient pas les idoles comme des dieux.

Mais il réplique : les païens changeaient leurs simulacres à volonté, mais pas leurs dieux. Je réponds que, par la même sottise qui les faisait penser que des dieux pouvaient être faits par des mains humaines, les Gentils pouvaient croire aussi que des dieux étaient détruits par des mains humaines. Mais, Calvin revient à la charge. Ils représentaient le même dieu par plusieurs simulacres différents. Je réponds que les païens avaient d’autres dieux dans le ciel, et d’autres dieux sur la terre. Et ils ne trouvaient pas absurde qu’un seul dieu céleste, comme Jupiter, ou Apollon, ait sur la terre plusieurs collègues mineurs, c’est-à-dire, plusieurs idoles du même nom. Calvin ajoute ensuite : « Les païens consacraient de nouvelles images, mais ne pensaient pas pour cela faire de nouveaux dieux. » Je réponds que c’est faux que les païens ne pensaient pas faire de nouveaux dieux, au moins terrestres.

Le cinquième mensonge (livre 1, chapitre 11, verset 10.) : « La fornication que les prophètes ne cessaient de reprocher aux Juifs et aux Gentils n’était pas aussi grande que celle qui, quotidiennement, est faite par ceux qui se disent chrétiens, mais qui vénèrent Dieu charnellement dans du bois et de la pierre. » Mais cela est un mensonge énorme et impie.

D’abord, les Juifs et les Gentils immolaient aux idoles (Exode 32, 1 Corinth 10). Et c’est cela que l’Écriture appelle fornication. Les Chrétiens, eux, n’ont jamais rien immolé aux images. De plus, comme nous l’avons déjà démontré, les païens ou pensaient que les idoles étaient des dieux, ou adoraient, dans les idoles, des créatures à la place de Dieu., ce que les chrétiens ne faisaient pas.

Que les Gentils adoraient, dans les idoles, des créatures à la place de Dieu, cela a déjà été prouvé. Car, plusieurs, dans les simulacres, adoraient comme des dieux, des hommes morts qu’ils croyaient eux-mêmes être morts. Mais ils n’osaient pas dire cela ouvertement au peuple. C’est ce que prouve Lactance (livre 1, chapitres 14 et 15). Il rapporte même que le grand Cicéron a cherché à faire une déesse de son épouse, eu lui érigeant un simulacre. Et, saint Augustin (livre 5, chapitre 26 de la cité de Dieu) prouve que les dieux des païens étaient des hommes. Et, (au livre 18, chapitre 5), il enseigne qu’on a encore coutume, devant le simulacre de Serapis de mettre un doigt sur la bouche pour ne pas dire que Serapis a été un homme. On est même allé jusqu’à menacer de mort ceux qui soutiendraient qu’il a été un homme, bien qu’il soit certain qu’il soit mort et ait été enterré.

Ce n’était pas des hommes morts mais des démons que d’autres adoraient dans les idoles, comme l’enseigne Hermes cité par saint Augustin (livre 8, chapitre 23 de la cité de Dieu). Ils étaient soient dans idoles par des arts magiques, comme Hermes le dit, ou ils habitaient les idoles de leur plein gré. Et ils se substituaient aux hommes morts pour être adorés à leur place, comme l’enseigne saint Cyprien dans son livre sur la vanité des idoles, et saint Augustin (livre 8, chapitre 24 de la cité de Dieu, et livre 23, chapitre 17, contre Faust.) On peut le déduire du fait que les démons prirent les noms des idoles dans lesquelles ils résidaient, ou des hommes morts à la place desquels ils recevaient des hommages. Car, quand on les adjure de dire leurs noms, quelques-uns disent s’appeler Béelzebub, d’autres Molos, d’autres Chamos, ou Jupiter, Mercure, Apollon, comme l’observe Origène dans son livre contre Celse, un peu avant le milieu; et Eusèbe, livre 6, chapitre 6 de la préparation, Lactance (livre 2, chapitre 16), et Sulpitius dans la vie de saint Martin. C’est aussi ce qu’atteste l’Écriture (Deutéronome 2) : « Ils ont immolé aux démons et non à Dieu. » Et, au psaume 95 : « Les dieux des nations sont des démons. » Et 1, 10 Corinthiens : « Les choses que les Gentils immolent c’est aux démons qu’ils les immolent, non à Dieu. »

D’autres affirmaient n’adorer ni simulacres, ni hommes morts, ni démons dans les idoles, mais des parties du monde. Car, dans l’idole d’Apollon, ils adoraient le soleil, dans celle de Neptune la mer, dans l’idole de Jupiter l’éther, comme le rapportent Eusèbe (livre 3, chapitre de sa prépartion) et saint Augustin (psaume 113, livre 4, chapitre 10 de la cité de Dieu, et livre 7, chapitre 5 de la cité de Dieu.) D’autres n’adoraient dans les idoles ni les parties corporelles du monde, mais les âmes de ces parties, c’est-à-dire du soleil, de la lune et de la terre, comme le rapportent aussi Eusèbe (livre 3, chapitre 3 de la préparation) et saint Augustin au lieu cité. Mais tous ces gens, bien entendu, adoraient la créature à la place du Créateur. À moins que quelqu’un ne soit idiot au point de ne pas vouloir appeler créatures les homes morts, les démons, les éléments, les astres. Et c’est précisément ce que reproche l’Écriture aux Gentils: l’adoration de la créature à la place du Créateur. Ce que les catholiques ne font et n’ont jamais fait puisqu’ils ne voient pas les images comme des dieux, ni comme des images des dieux.

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CHAPITRE 14

On répond au deuxième argument Au deuxième argument tiré des conciles, je dis d’abord que ces deux conciles de Constantinople ont été illégitimes. Parce que ne fut présent le pontife suprême, ni par lui-même, ni par ses légats, comme le rapportent Zonara, Cedrenus, Paul diacre, et le symbole de Nicée 2, acte 6. Or, la règle ecclésiastique énoncée par le concile de Nicée 1 veut que, sans la sentence du souverain pontife, il ne soit permis de célébrer aucun concile, comme l’écrit Socrate (livre 2, chapitre 13.) Ensuite, parce que les patriarches n’y ont consenti ni par eux-mêmes, ni par leurs légats, comme le montrent les mêmes auteurs. Parce que tous les auteurs qui ont écrit sur les conciles généraux, comme Psellus, Photius, Zonaras, Nicéphore, Cedrenus, Nicetas, Paul diacre, Rheginus, Adon Sigebertus, l’abbé uspergensis, etc, tous ces auteurs, dis-je, n’énumèrent pas ces conciles parmi les conciles de l’Église, ou lui font de graves reproches.

Je dis aussi que même s’ils avaient été légitimes, ils auraient été abrogés par le concile plénier et général de Nicée 2. Il est à noter aussi que, par plusieurs auteurs récents, ce concile a été faussement appelé Éphèse 3, comme par celui qui a édité les conciles dans une préface au synode V11, et par l’auteur de la somme des conciles au début du synode V11, par Sixte de Sienne (livre 5 de la sainte bibliothèque, note 247) et par d’autres. La cause de cette erreur est que ce concile profane a été présidé par l’évêque d’Éphèse Theodosius. Car, qu’il ait été célébré à Constantinople et non à Éphèse, tous les anciens historiens l’attestent, et le concile lui-même qui, à l’acte 6 emploie le mot Nicée.

Il est à noter ensuite que c’est fort imprudemment que Calvin et les Magdebourgeois ont loué ce susdit concile de Constantinople. Car, même si ce concile a parlé en impie des images saintes, il décrète pieusement sur le culte et l’invocation des saints, et sur les mérites des œuvres; et il anathématise ceux qui enseignent ce que Calvin et les magdebourgeois enseignent. Car, au canon 15, il anathématise ceux qui n’invoquent pas la bienheureuse Vierge Marie; au canon 17, ceux qui ne vénèrent pas et n’invoquent pas les autres saints; au canon 18, ceux qui ne croient pas que Dieu accordera la vie éternelle d’après les mérites des oeuvres, selon la juste balance du juste juge. Nous avons encore ces canons qui ont été insérés dans le concile de Nicée, acte 6, et les magdebourgeois les ont cités fidèlement (centurie 8, chapitre 9). On ne peut trop s’étonner de l’imbécilité ou de l’impudence de gens qui louent ceux qui les anathématisent.

Au sujet du concile de Francfort, sur lequel s’appuient surtout nos adversaires, j’ai trois choses à dire. La première. Il ne faut pas attacher une grande importance aux définitions de ce concile, car, sans aucun doute possible, il faut lui préférer le second concile de Nicée qui est plus universel, plus antique, et qui a été approuvé par le souverain pontife. Car ce concile atteste lui-même que furent présents les légats du pape Adrien. Et il a été approuvé de nouveau par Léon 111, d’après Ivone (4, part. chapitre 147.) Deuxième réponse. S’il est vrai ce que disent les centuriates (centurie 8, chapitre 9, colonne 639), ce synode ne peut nous faire aucun tort. Ils disent eux-mêmes, en effet, que le pape et ses légats n’ont pas consenti aux décisions de ce synode, qu’ils les ont même réprouvées. Or, il est certain qu’un synode que réprouve le pape n’a aucune autorité, comme il appert de Gélase (le tome sur le lien de l’anathème), et de l’expérience. Car jamais n’a été considéré légitime un synode réprouvé par le pape. Et que dire si le concile de Francfort lui-même enseigne la même chose ? Car, (comme les livres carolingiens le rapportent), le synode de Francfort a décrété que le jugement ultime des controverses appartient au pontife romain. Et c’est surtout par cet argument qu’il rejette le synode V11 : parce qu’il a été célébré sans l’autorité du pape. Le synode de Francfort se détruit donc lui-même par le témoignage des magdebourgeois.

De plus, les magdebourgeois disaient au même endroit que le synode de Nicée 11 avait été confirmé par le pape Adrien. Or, le concile de Francfort réprouve un synode fait sans l’autorité du pape. Donc, selon le jugement des magdebourgeois, ce n’est pas notre Nicée, mais un autre, qui est réprouvé par le concile de Francfort. De plus, au même endroit, les magdebourgeois enseignent que le synode de Francfort n’a pas défini qu’on devait enlever les images des temples, mais qu’elles demeurent dans les temples sans être adorées. Pourquoi donc enlèvent-ils les images des temples ? Pourquoi les détruisent-ils ? Pourquoi n’observent-ils pas le décret de Francfort ? On peut aussi par là réfuter le mensonge de l’apologie des anglais, qui enseigne que, dans le concile de Francfort, il a été décrété que les images doivent être détruites.

Mais c’est tout le contraire qui est vrai. Le synode de Francfort, au témoignage des livres carolingiens, d’Hincmar, et des magadebourgeois eux-mêmes, anathématise ceux qui disent qu’il faut détruire les images. De plus, les faits eux-mêmes le prouvent. Car si ce concile avait statué ainsi, pourquoi cela n’a pas été fait ? Car, qui, dans l’église occidentale, résisterait à un décret promulgué par tous les évêques, et par le roi le plus puissant ? Or, il est tout à fait certain que rien de ce genre n’a été fait. Aucun historien n’en fait mention. Bien plus, Jonas d’Aurélie, rapporte comme une chose sacrilège et inouïe que Claude de Tours ait voulu que, dans son diocèse, soient détruites toutes les images.

En troisième lieu, je dis que ce qui a été statué sur les images dans le synode de Francfort est quelque chose de tout à fait incertain. Car les anciens auteurs ne sont pas toujours d’accord avec eux-mêmes. Car, tout d’abord, le décret de Francfort qui est cité dans la préface des livres carolingiens, est attesté dans le synode condamné qui s’était réuni à Constantinople, et qui avait ordonné d’adorer les images. Là où il nomme Constantinople, il semble parler du synode hérétique contre les images. Et quand il dit qu’il a décrété là que les images soient adorées, il semble parler du synode des catholiques. Pour une raison semblable, les livres carolingiens eux-mêmes disent que, dans le synode de Francfort, a été condamné celui qui avait été fait à Constantinople en Bithynie, en faveur des images, sans l’autorisation du pape. Quand il nomme Constantinople, et dit qu’à ce synode manqua l’autorité du pape, il semble parler du synode des hérétiques. Mais quand il dit en Bithynie, et que ce synode a été célébré en faveur des images, il semble parler de notre Nicée. Car, Nicée est la métropole de Bithynie, et Constantinople celle de Thrace.

Hincmar de Reims (chapite 20 de son livre contre Hincmar de laudunensen), qui vivait à peu près à cette époque, dit que, dans le synode de Francfort a été condamné le synode qui s’était tenu à Nicée sans l’autorité du pape. Il exprime là deux choses contraires. Aimonius (livre 5, chaipitre 85, des gestes des Francs) et l’Abbé uspurgensis (dans sa chronique de l’année 793) écrivent que, dans le synode Francfort, a été condamné le septième synode des Grecs qui s’étaient réuni à Constantinople sous Constantin et Irène, mêlant eux aussi, deux choses contraires. Beaucoup d’historiens plus récents disent que, dans le synode de Francfort, a été condamné le synode de la destruction des images, que les Grecs appelaient le septième concile général. Comme Platina dans la vie d’Adrien, Blondus (la deuxième décade, livre 1), Sabellicus (livre 8), Enneadis (8), Paul Émilien (livre 2 , des gestes des Francs). En raison de cette confusion, Alanus Copus (dialogue, 4, 5) enseigne que, dans le synode de Francfort, seul le concile hérétique a été condamné; que le concile de Nicée non seulement n’a pas été condamné, mais qu’il a même été confirmé. J’aimerais bien que cette opinion soit vraie, mais je soupçonne qu’elle soit fausse.

Premièrement, parce que ces livres carolingiens, même s’ils ont été faussement attribués à Charlemagne, sont, sans aucun doute possible, du temps de Charlemagne, comme le montre la réfutation de ces livres éditée par Adrien 1. Et il semble avoir été écrits pendant le concile de Francfort, et contenir des actes du synode de Francfort. C’est du moins ce qu’affirme Hincmar, auteur de ce temps, et ces livres eux-mêmes. Que le synode qui est réfuté dans ces livres soit le vrai synode Nicée 2, il n’est pas possible d’en douter, si on les lit ces livres, ou si on lit seulement la réponse d’Adrien. Deuxièmement. Parce que tous les auteurs anciens s’entendent pour dire que, dans le concile de Francfort, a été réprouvé le synode 7 qui enseignait qu’il fallait adorer les images. Hincmar, Aimoinus, Rheginus, et Adon. Dire que tous ces auteurs mentent, ou que leurs livres ont été corrompus, comme le prétend Copus, me parait un peu dur à avaler.

Troisièmement. Si ces auteurs avaient parlé du faut synode 7, de celui de Constantinople contre les images, ils auraient quand même gardé souvenir du vrai synode 7 de Nicée. Or, ils ne se souviennent que de ce concile de Nicée qu’ils disent réprouvé. Il importe peu que les livres carolingiens, l’abbé uspergensis et Aimoinus, disent que le synode qui a eu lieu à Constantinople a été réprouvé, car l’abbé comme Aimoinus suivent les livres carolingiens. L’auteur de ces livres, ou par un trou de mémoire, ou par inadvertance, ou par ignorance, a mis Constantinople à la place de Nicée. Car, quand il dit que le concile a été célébré dans une province de Bithynie, où se trouve Nicée, il indique suffisamment que ce n’est pas de Constantinople qu’il parle, mais de Nicée. Et, semblablement, quand l’Abbé et Aimoinus disent que le synode a été célébré sous Constantin et Irénée, ils démontrent clairement qu’ils parlent du synode de Nicée, même si, par erreur, ils ajoutent le nom de Constantinople. Il importe peu également qu’Hincmar et les livres carolingiens disent que le synode réprouvé au concile de Francfort a été convoqué sans l’autorité du pape, ce qui est faux de Nicée, mais vrai de Constantinople. Car, comme il l’indique lui-même, Hincmar suit les livres carolingiens. L’auteur de ces livres a feint ce mensonge comme beaucoup d’autres pour l’imposer au concile de Francfort, comme nous le dirons bientôt.

Il importe peu, finalement que Platina, Blondus, Sabellicus, et Paul Émilien disent que le synode réprouvé était celui de la destruction des images. Car, tout d’abord, ces auteurs sont tous plus récents. Ensuite, ce qu’ils rapportent ne s’oppose pas aux dires des historiens antiques. Car, dans le synode de Francfort, deux synodes ont été réprouvés, celui de Constantinople contre les images, et celui de Nicée pour les images, comme il est appert des livres carolingiens et d’Hincmar. Et c’est sans doute pour cela que les anciens auteurs nomment tantôt Nicée, tantôt Constantinople, quand ils disent que le synode des Grecs a été réprouvé par le concile de Francfort. Il me semble donc à moi, que, dans le synode de Francfort, a été vraiment condamné le septième concile de Nicée, matériellement et par erreur, de la même manière qu’autrefois le concile d’ariminensis avait condamné le mot consubstantiel. Car l’auteur des livres carolingiens se substitua au synode, et lui attribua deux mensonges. Un premier mensonge voulant que, dans le synode de Nicée, ont ait décidé qu’il fallait adorer les images d’un culte de latrie. Et l’autre mensonge, que ce décret ait été fait sans l’autorité du pape. Ces deux mensonges étant tenus comme vrais, le synode de Francfort a réprouvé, et avec raison, le synode de Nicée comme profane et illégitime. Qu’on ait persuadé ces deux choses au concile, les livres carolingiens nous le montrent. Car, dans la préface on a ce long développement : « A été soulevée ( dans le synode de Francfort) la question du nouveau synode des Grecs qu’ils ont fait sur l’adoration des images. Il y était statué que ceux qui ne rendraient pas aux images des saints le même culte et la même adoration qu’à la très sainte trinité seraient anathématisés. Nos pères n’ont eu que du mépris pour ce genre de prières et de service, et ont condamné ceux qui y donnaient leur assentiment. »

Dans cette même œuvre, est introduit Constantin, l’évêque de Chypre qui, dans le concile de Nicée dit anathème à ceux qui n’adorent pas les images du même culte qu’on adore la très sainte trinité. Voilà le premier clair mensonge. Cet auteur, en effet, enseigne que c’est au souverain pontife qu’appartient le jugement des controverses de la foi, et que, par conséquent, le synode promouvant l’adoration des images ne vaut rien du fait qu’il est dénué de l’autorité du pape. De plus, ces auteurs antiques qui disent qu’a été réprouvé le faux synode qui avait décrété qu’on devait adorer les images, entendaient surement par le mot adorer le culte de latrie. Car, ils enseignent eux-mêmes qu’on doit vénérer les images, tout en exécrant le synode qui oblige de les adorer. Ado, dans la chronique de l’année 696 dit : « À Rome, le jour de l’exaltation de la croix, la croix a coutume d’être embrassée et adorée par tout le peuple. » Et, dans la chronique de l’année 717, il appelle vénérable l’image que l’hérétique Philippe avait renversée, et qu’avait restituée l’empereur catholique Theodose. Rheginus (livre 1 de sa chronique, vers la fin) reconnait l’adoration de la croix, et estime criminelle le détournement des images par Léon l’iconoclaste. Jean Aventinus (livre 4 de ses annales) dit que, quand Charlemagne a été déclaré empereur, son image avait été vénérée par tout le peuple en sa présence. L’Abbé uspergensis dans sa chronique blâme Léon Isaurus, et Constantin Copronyme à cause de leur rejet des images; et les appelle impies et précurseurs de l’Antichrist; et loue, au contraire le pape Grégoire et l’appelle un saint parce que, à cause des images du Christ et des saints, il avait excommunié l’empereur.

Que ce soit un mensonge que le concile de Nicée ait été privé de l’autorisation du pape, et qu’il ait décrété que les images devaient être adorées du culte de latrie, c’est la certitude même. Car, dans le concile de Nicée 2, acte 2, on a lu publiquement les épitres du pape Adrien sur les images; et, dans tous les actes, les légats romains souscrivirent toujours les premiers. De plus, en ce qui a trait au culte, on rapporte, dans le premier acte, que Basile Ancyre, qui était auparavant un hérétique, est venu à résipiscence, et a émis une confession catholique. Et, pendant que tout le concile le regardait et l’écoutait, il dit qu’il adore les images, mais non d’une adoration de latrie, qui n’est due qu’à Dieu. L’évêque Constantin de Constance, Chypre, dit la même chose dans le synode 7, acte 3. Les autres ont parlé aussi de la même façon (actes 4 et 7).

On ne doit pas s’étonner que l’auteur des livres carolingiens ait, avec des mensonges si manifestes, défiguré le synode de Nicée qui avait eu lieu un peu avant. Car, si maintenant, Calvin et les magdebourgeois osent écrire que nous honorons les images des saints avec les honneurs divins réservés à Dieu seul, alors que tant de livres de catholiques, le concile latin et le concile de Trente célébré aux frontières de la Germanie, proclament hautement le contraire, comment s’étonner qu’on ait dit la même chose d’un synode grec que très peu de gens pouvaient lire, et qui avait été tenu en Orient ! Si tu dis, donc le concile de Francfort au moins a pu errer, lui qui était bien représenté et qui était légitime. Je réponds. Il a pu errer, et a erré en effet, non dans une question de droit, mais de fait. Et puis, il n’y a pas à s’étonner qu’il ait erré, car les légats romains ne l’ont pas approuvé, comme le reconnaissent les magdebourgeois eux-mêmes en disant : « Le pape non seulement n’a pas consenti, mais il a même réfuté le décret de Francfort, comme il appert du livre d’Adrien à Charlemagne sur les images, où sont réfutés tous les mensonges de ces livres carolingiens.

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CHAPITRE 15

On répond au troisième argument

Au sujet de ce qu’ils tirent des livres carolingiens, lesquels constituent le fondement principal de leur cause, je dis que ces livres ne sont pas de Charlemagne, ni non plus de personne en qui on puisse faire confiance. Qu’ils ne soient pas de Charlemagne, je le prouve par la lettre (livre) du pape Adrien à Charlemagne, dans laquelle ces livres sont méthodiquement réfutés. Cette lettre du pape Adrien nous fait comprendre que les livres en question ont été composés par un hérétique, et envoyés par Charlemagne au pape pour qu’il y réponde. Que cette lettre qui se trouve dans le troisième tome des conciles (ou livre) soit du pape Adrien, Ivone nous le fait comprendre, car, dans la quatrième partie de son décret, il a inséré, sous le nom d’Adrien, une grande partie de cette lettre (ou livre).

On le prouve aussi par les historiens grecs ou latins, comme Zonara et Cedrenus (dans la vie de Léon Isaurien), et Paul diacre (dans la vie du même). Ils disent que les pontifes romains Grégoire 3, Adrien 1 et Léonce 3 se sont séparés des empereurs grecs, les ont excommuniés, leur ont défendu de soutirer des taxes de l’Italie, se sont mis sous la protection des Francs, et leur ont transmis l’empire, et tout cela parce que les empereurs grecs avaient prôné l’hérésie iconoclaste, tandis que les rois francs étaient restés dans la foi antique. Comment est-il donc vraisemblable que ce même Charlemagne ait patronné cette hérésie, et ait écrit contre le pontife romain en faveur de l’erreur des Grecs ? Mais, écoutons les paroles de Zonara : « Le pape Grégoire, s’étant soustrait à l’obéissance de l’empereur, à cause de sa perverses opinion, fit la paix avec les Francs, comme auparavant il avait tenté plusieurs fois de le faire, pour pouvoir, par des lettres, le détourner de la haine de Dieu, et le ramener au culte des images saintes. » Et plus bas, dans la vie d’Irène : « À la mort du pape Adrien, lui succéda Léon, un homme respectable et honorable, qui se livra à Charlemagne, le roi des Francs, lesquels assurèrent, depuis lors, la protection de Rome. Charlemagne fut couronné par Léon, et appelé empereur des Romains. Car, le pape Grégoire ne voulait avoir rien en commun avec les gouvernants impies de l’église de Constantinople. Et il fit la paix avec les Francs. »

Troisièmement. Jonas d’Aurélie, (livre 1 sur le culte des images), qui vécut au temps de Louis le pieux, le fils de Charlemagne, dit que Claude de Tours a été le fauteur de cette hérésie, et que pendant tout le temps que vécut Charlemagne, il n’a jamais osé la prêcher. Or, ce même auteur appelle Charlemagne un homme très pieux, et de sainte mémoire. Si donc les iconoclastes n’osèrent pas, du vivant de Charlemagne, proclamer leur hérésie, si les défenseurs des images vénèrent Charlemagne comme un homme pieux et saint, quelle impudence ne serait-ce pas de lui attribuer la paternité de ces livres contres les images.

Quatrièmement. Paul Émile (livre 2, de l’histoire des Francs) et Rheginus (dans sa chronique) disent que, dans le concile de Gentiliacus, le roi Pépin, père de Charlemagne, a réfuté, en la présence des légats grecs, l’erreur de l’empereur grec contre les saintes images. De ce même Paul on apprend que, peu longtemps après, Charlemagne a envoyé douze évêques parmi les principaux du royaume, à un concile que le pape Stéphane célébrait à Rome, en présence des légats grecs de l’empereur, contre l’erreur des Grecs sur les images sacrées. Avec quelle audace les adversaires s’efforcent-ils de transformer ce prince très chrétien en iconoclaste ? Surtout parce que les magdebourgeois sont d’accord avec Paul Émilien sur ce sujet (centurie 8, chapitre 9, colonne 570.) Cinquièmement. Il ressort de tous les historiens, des lettres et des poèmes de Charlemagne, et même de ses actions, que Charlemagne et Adrien ont toujours étroitement liés. Il suffit de lire l’épitaphe d’Adrien composée par Charlemagne : « C’est ici que le père de l’Église, l’honneur de Rome, le célèbre auteur, le bienheureux pape Adrien repose. Homme à qui la vie a été Dieu, la piété une loi, et la gloire le Christ. Pasteur apostolique, prompt à tout bien. » Et plus bas : « Charles pleurant son père a écrit ce poème. À cause du doux amour que tu as eu pour moi, je te pleure, mon père. Et toi, souviens-toi de moi ! Mon esprit te suit toujours ! Tu règnes avec le Christ dans la bienheureuse cité. »

Est-il possible que Charlemagne ait été d’une autre religion et d’une autre foi qu’Adrien ? Qu’il ait écrit avec tant d’aigreur contre celui qu’il vénérait tant et qu’il a louangé après sa mort ? De plus, il est certain que Charlemagne était un homme versé dans le grec et le latin, qu’il était prudent et lettré. Or les livres dits carolingiens sont d’un homme peu instruit, superficiel et un peu sot. Car, il dit que la ville de Constantinople est située dans la Bithynie, alors que personne n’ignore qu’elle était dans la Thrace, à moins que les fréquents tremblements de terre n’aient modifié le sol. Il dit ensuite que le concile en faveur des images a été célébré à Constantinople, alors que tous savent, à part ceux qui ne lisent pas, qu’il a eu lieu à Nicée. Et, ce qui est plus grave, il attribue, par la calomnie et le mensonge, aux pères du concile de Nicée 11, plusieurs choses qu’ils n’ont jamais dites. Comme, par exemple, que l’Eucharistie soit l’image du corps du Christ. Non seulement les pères de Nicée n’enseignent pas cela, comme cet auteur l’a rêvé, mais ils le réfutent expressément.

C’est ce qui, d’ailleurs, donna à Calvin l’occasion d’un autre mensonge. Car, parce que les iconoclastes avaient dit qu’on ne devait adorer qu’une seule image, l’eucharistie, et que le pseudo Charles avait attribué cela au concile de Nicée, il a plu à Calvin de changer toute la donne, et de dire : « Qu’ils se réjouissent et qu’ils exultent ceux qui ont l’image du Christ, et lui offrent un sacrifice. » Ce qui est un mensonge d’une extrême impudence. Car, le concile de Nicée était si loin de vouloir qu’on offre des sacrifices aux images, qu’il déclara, dans l’acte 7, qu’il ne fallait pas adorer les images d’un culte de latrie, mais seulement les honorer et les vénérer.

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