Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 183)
Cette histoire qui est archi connue et célèbre entre toutes, les magdebourgeois essaient de la rendre douteuse (centurie 4, chapitre 13, colonnes 438, et 439). La première raison qu’ils donnent c’est qu’Ambroise est le plus ancien de tous à raconter cette histoire. Or, le discours sur Theodose où elle se trouve racontée, Érasme ne l’accepte pas comme authentique. La deuxième raison. Eusèbe (dans la vie de Constantin, livre 33), raconte plusieurs choses sur Hélène, et sur la purification du mont du Calvaire, mais ne dit pas un mot sur l’invention de la vraie croix. À la première objection, je dis d’abord qu’une telle censure d’Érasme n’existe pas puisque (dans la centurie 4, chapitre 3 de la vie d’Ambroise), ils attribuent ce discours à Ambroise, en faisant leur le jugement d’Érasme. Je dis ensuite, que à supposé même qu’Érasme ait jugé ainsi, serait-il devenu soudain un oracle divin devant lequel tous doivent s’incliner, surtout quand il ne donne aucune raison. Troisièmement, je dis qu’il est faux qu’Ambroise soit le plus ancien de ceux qui rapportent cette histoire. Car, Sulpice, Paulin, Ruffin, Jérôme, saint Jean Chrysostome qui racontent tous la même chose, sont du même âge qu’Ambroise, et de la même époque, même si Ambroise est peut-être un peu plus ancien. Ensuite, saint Cyrille de Jérusalem qui est plus ancien qu’Ambroise, raconte la même chose, dans son épitre à Constance Auguste.
Constantin lui-même, plus âgé qu’Ambroise, se souvient de cela dans sa lettre à Macaire que rapporte Eusèbe au livre 333 de la vie de Constantin : « La bénignité de notre Dieu est telle qu’aucune parole ne peut être digne du miracle présent. Cela cause de l’admiration et de la stupeur que l’indice d’un tourment très sacré enseveli sous terre pendant tant d’années jusqu’à ce que soit anéanti l’ennemi commun, soit apparu parfaitement conservé à sa famille. » Il ajoute au même endroit, que la foi est déclarée par de nouveaux miracles. À la deuxième objection nous disons que, dans sa chronique, Eusèbe s’est rappelé de cela. Dans les livres sur la vie de Constantin il ne s’est pas cru obligé de raconter cette histoire parce qu’elle était alors connue par tous. Et il pensait que devait suffire ce qui était écrit dans les lettres de Constantin.
À cette découverte de la vraie croix, on peut ajouter aussi l’invention de la lance sacrée qui, par une divine révélation, a été trouvée à Antioche, en l’année 1008, et ennoblie par un miracle insigne. Voir Guillaume de Tyr (livre 6 de la guerre sacrée), et Paul Émilien (livre 4 des gestes des Francs), et le douzième continuateur de Marian Scott (dans la chronique de l’année 1100.)
Le quatrième témoignage on le tire du témoignage des anciens qui rapportent souvent avec quel ardent désir les fidèles désiraient posséder ou regarder un morceau de la vraie croix. Ce qui est porter un grand honneur à la croix, comme nul ne l’ignore. D’abord, saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 10et 13) dit que le monde a été rempli du bois de la croix trouvé à Jérusalem; que plusieurs demandaient des particules de la vraie croix, et que Constantin avait inséré une particule de la vraie croix dans sa statue, estimant que, par cette particule, c’était toute la ville qui était sauvegardée, comme le rapportent Socrate (livre 1, chapitre 13), et Eutropius ou Paul diacre, qui ajouta plusieurs choses à Eutropius au livre 11 des choses romaines. Grégoire de Nysse, dans la vie de sa sœur Macrine, raconte qu’elle avait coutume de porter à son cou une croix d’argent où était insérée une particule de la vraie croix. Paulin, dans l’épitre 12 à Sévère, écrit qu’il s’est donné à lui-même le plus grand des dons, une particule de la croix enrobée d’or. Il écrit aussi, au dixième anniversaire de la naissance au ciel de Félix, qu’il a éteint un énorme incendie qui ne pouvait plus être éteint par aucun moyen humain, seulement en élevant une particule de la croix.
Saint Jean Chrysostome (dans son homélie que le Christ est Dieu), écrit que ceux qui pouvaient posséder une particule de la croix, la conservaient en l’enroulant dans de l’or, et croyaient être bien décorés et bien protégés. Évagre (livre 4 de son histoire, chapitre 20), et Procopius (livre de la guerre persique), racontent que, à Apamée, il y avait une particule de la sainte croix, que le peuple voulut montrer quand la ville qui était assiégée depuis longtemps semblait sur le point d’être prise, pour que, à la vue de la croix du Seigneur, ils meurent avec plus de joie. Mais quand cette particule de la croix fut élevée par l’évêque une, deux et trois fois, éclata un feu mystérieux qui éclairait sans bruler. Terrifiés, les assaillants mirent fin au siège de la ville. Grégoire V11 (livre 6, épitre 126) envoie à Reccarède, roi des Visigoths, une particule de la croix, comme suprême protection. Saint Ambroise (dans son sermon sur Theodose), parlant du clou inséré par Hélène dans le casque de l’empereur, dit : « Hélène a agi sagement en élevant la croix sur la tête des rois, pour que la croix du Christ soit adorée dans les rois. » Saint Jérôme (dans le psaume 98, parle ainsi de la croix : « Adorez l’escabeau de ses pieds. » Et, dans son épitre 17 à Marcella, il dit : « Il viendra donc un jour où il nous sera permis d’entrer dans le sépulcre du Sauveur, et de choyer le bois de la croix. »
Saint Augustin (livre 22, chapitre 8 de la cité de Dieu) écrit : « À la terre sainte apportée en Afrique du mont du Calvaire, des miracles ont coutume de se faire. Et, avec un autre évêque, il l’a enfouie sous terre, et a construit au-dessus un oratoire. » De quel honneur saint Augustin n’entourait -il pas la croix, lui qui honorait à ce point la terre où avait été la croix ? À ces témoignages, ajoutons celui de la Sybille, son poème qui se trouve au livre 6 des champs sibyllins, vers la fin : « O heureuse croix sur laquelle pend Dieu lui-même ! »
Le cinquième argument est tiré de l’exaltation de la sainte croix. Nous tenons de Paul diacre, de Zonara et de Cedrenus (dans la vie d’Héraclius), que Heraclius fut divinement aidé dans la récupération de la croix que les Perses avaient enlevée de Jérusalem. Et cela d’une façon telle que, du haut du ciel, Dieu combattit contre les Perses avec des pierres de grêle, comme il avait autrefois fait avec Josué. Dans la restitution de la croix en son lieu, des miracles eurent lieu, comme le rapporte Sigebertus (dans sa chronique de l’année 631.) Qu’à cause de cet évènement une fête a été instituée, Otho Frisingensis (livre 5, chapitre 9), Bède et Adon le notent dans leur martyrologe.
Le sixième argument. Si la terre où l’ange s’est tenu est sainte, (Josué chapitre V, Exode 3) pourquoi la croix, où s’est tenu le Christ ne le serait-elle pas ? Si le linceul et les ceintures de saint Paul sont honorés par le contact, pourquoi ne le serait pas davantage la croix du Seigneur encore tachée de sang ? Si on honore les sacrements parce qu’ils sont des instruments de grâce, pourquoi par la croix, qui est l’instrument de notre rédemption ?
CAPITRE 28
L’image du Christ
De l’image du Christ nous avons un premier témoignage en Matthieu XX!V : « Alors, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’Homme. » C’est-à-dire la croix. Car, même si Calvin, Musculus et les autres qu’il nomme dans sa chaîne à Marloratus, nient qu’il s’agisse là de la croix, et veulent que le sens des mots soit le suivant : il apparaitra si manifestement que tous les yeux se tourneront vers lui, il n’en resta pas moins que , tous les anciens auteurs voient la croix dans le mot signe. Comme Origène, saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Hilaire, Theophylactus, Tuthymius, Bède, dans leur commentaire de Matthieu chapitre XX1V. Saint Cyrille de Jérusalem également (dans sa catéchèse 15), et saint Augustin (dans son sermon 130.)
Voici ce que l’Église chante à la fête de l’invention : « Ce signe de la croix sera dans le ciel quand le Seigneur viendra pour juger. » Voici ce que chante aussi la Sybille au livre 7 : « O bois heureux sur lequel Dieu lui-même est pendu. La terre ne te reçoit pas; mais tu verras les toits du ciel, quand la face de Dieu renouvelée luira comme le feu. » Et Thomas Waldensis (tome 3, titre 20, chapitre 158), ne dit pas sans de bonnes raisons que cette vraie croix du Christ, qui est maintenant divisée en plusieurs particules, se réformera en récupérant toutes ses parties, et apparaitra dans le ciel. Car, c’est ce que semblent affirmer la Sybille, et saint Jean Chrysostome dans son sermon sur la croix et le larron. Ce qui n’est contredit par aucun père.
Nous avons un grand nombre d’arguments pour prouver qu’on doit honorer la croix. D’abord, elle est honorable la croix qui est appelée son signe par le Christ lui-même. Car, si les soldats adorent l’étendard de l’empereur (comme le rapporte Sozomène, livre 1, chapitre 4 de son histoire,) pourquoi n’adorerait-on pas celui du Christ ? La croix est ensuite honorable parce qu’elle apparaitra dans le ciel, à un endroit élevé et digne d’honneur. Troisièmement. Parce qu’elle sera tenue par les mains des anges, comme saint Augustin l’enseigne dans son sermon 130. Quatrièmement, parce qu’elle brillera plus que le soleil, comme l’enseignent saint Augustin et saint Jean Chrysostome. Car, quand le soleil, la lune et les étoiles s’obscurciront, elle apparaitra, et sera vue par tous. (Matth chapitre 24).
On peut tirer le second argument des témoignages des saints conciles. Car le synode V1, canon 73, le synode V11 dernier acte, et le synode V111, dernier acte aussi, ont émis des canons sur la vénération du crucifix. Le troisième argument est tiré de l’usage et des témoignages des anciens. Saint Justin, dans sa deuxième apologie, écrit : « Les miracles et les prodiges qui existent parmi nous déclarent la vertu de cette croix. » C’est ce que répondait Tertullien (apologétique chapitre 16), à l’objection que faisaient les païens sur l’adoration de la croix. Minitius dans Octavius dit la même chose. Ce qui montre et prouve que, dès le début de l’Église, même avant l’invention de la vraie croix, les chrétiens avaient coutume de vénérer l’image de la croix. Origène (livre 6 sur l’épitre aux Romains), dit que si on considère attentivement la figure de la croix placée devant les yeux, cela suffit pour repousser toutes les tentations.
Constantin le grand a réduit le labarum en la forme d’une croix, comme le rapporte Eusèbe (livre 9 chapitre 9 de son histoire, et livre 1 de la vie de Constantin.) Puisque le labarum était adoré, Constantin n’aurait jamais inséré la croix dans le labarum , s’il avait pensé qu’adorer la croix était une idolâtrie. Bien plus, Sozomène (livre 1, chapitre 4 de son histoire), écrit que Constantin a converti le labarum en croix, pour que les soldats prennent l’habitude de vénérer la croix.
Tu diras que même avant le temps de Constantin, le labarum avait la forme d’une croix, comme l’attestent Tertullien (apologie, chapitre 16), Justin (deuxième apologie), et Minutius dans Octave. Je réponds que, avant le temps de Constantin, le labarum avait une certaine ressemblance avec la croix, parce qu’il était un voile suspendu sur un bois, mais qu’il n’eut vraiment la forme d’une croix qu’au temps de Constantin. Le même Constantin, (comme le rapporte Eusèbe dans le livre 1 de la vie de Constantin), après avoir vaincu Maxence à Rome, éleva une croix dans ce lieu très célèbre en disant : « Voici le signe salutaire. » Et de nouveau, dans la main droite de sa statue, il ordonna qu’on mette une croix avec ces mots : « C’est avec ce seul signe de vraie force que j’ai libéré votre ville. » De même, il interdit par un décret d imposer désormais le supplice de la croix aux criminels, pour que la croix n’inspire plus à tous l’horreur, mais l’amour et la vénération. C’est ce que rapportent Sozomène (livre 1, chapitre 8), et saint Augustin (sermons 18 sur des paroles du Seigneur.) Et il ordonna, par contre, que, sur les pièces d’argent, soit gravée la figure de la croix, comme le rapporte le même Sozomène.
Imitant la piété de Constantin, Theodose interdit qu’on sculpte ou qu’on peigne pat terre la croix sacrée, pour qu’elle ne soit pas foulée aux pieds. Car c’est ainsi qu’on le lit dans le livre 1 du codex, tit 8, 1, cum sit nobis. Ce témoignage les adversaires l’ont corrompu en prétendant que Théodose avait défendu de sculpter ou de peindre des images de la croix du Christ. Arcadius suivit son père Théodose en ordonnant qu’on grave le signe de la croix sur la monnaie d’or, comme le rapporte Prospère (dans prédictions et promesses, part 3, chapitre 34). Tibère, qui fut aussi un excellent empereur, marcha sur les traces de Théodose. Quand il vit, dans le palais, la croix du Christ gravée en marbre sur le plancher, il s’écria : « Nous devons fortifier notre front et notre poitrine par la croix du Seigneur, et nous, nous la foulons aux pieds ! » C’est ce qu’atteste Paul diacre (livre 18 des choses romaines). Il ajoute aussi qu’on a trouvé, sous ce marbre, un trésor fabuleux, plus de cent mille pièces en or. Ce qui a été perçu comme une récompense pour la piété du prince religieux.
Au temps de Constantin, Lactance a écrit un poème sur la croix, dans lequel on lit, entre autres : « Fléchis le genou, adore le bois vénérable de la croix. » Pas tellement longtemps après, saint Athanase (dans question 16 à Antioche), explique pourquoi les chrétiens font et vénèrent des images de la croix plutôt que de la lance ou de l’éponge. Parce que, si les païens disaient que nous adorons le bois, nous détruirions la figure de la croix en séparant les deux morceaux de bois, et nous cesserions de la vénérer. Saint Jean Chrysostome avait ordonné que, dans les processions, ouvrent la marche des croix argentées avec des cierges allumés, comme l’attestent Socrate (livre 6, chapitre 8) et Sozomène (livre 8, chapitre 8). Saint Jean Chrysostome raconte la même chose (dans son livre que le Christ est Dieu). Il dit que, en son temps, la figure de la croix avait coutume d’être peinte dans tous les endroits : dans les villes, dans les maisons, dans les chambres, sur les vases, dans le désert, sur les montagnes etc. Saint Augustin (au traité 36 sur saint Jean et dans le psaume 36, écrit : « Qui a jamais tant rendu d’honneur à son supplice, au point de le conserver pour ses fidèles? »
Saint Cyrille d’Alexandrie (livre 6 contre Julien) répond à Julien qui lui reprochait que les chrétiens adorent le bois d’une croix, et vont même jusqu’à peindre son image devant leurs maisons. Ruffin (livre 2, chapitre 29 de son histoire) atteste que, en Égypte, quand les Égyptiens furent convertis à la foi, partout furent peintes des croix à la place de la cuirasse de Sérapis que les païens vénéraient.
Bède (dans le livre 1 de l’histoire des Anglais, chapitre 25), raconte que quand saint Augustin a été envoyé par saint Grégoire pour convertir les Anglais, il s’est fait précéder d’une croix d’argent et d’une image du Christ peinte à la façon d’un étendard. Le même Grégoire (livre 7, chapitre 5,) parle de la vénération de la croix. Saint Léon le grand (sermon 8 sur la passion du Seigneur) écrit : « Le trophée de son triomphe est d’une grande dignité, et apportait à tous les peuples le signe salutaire d’une patience invaincue. » Sedulius la chante dans ses poèmes.
Le cinquième argument vient de l’apparition et des miracles de la croix. D’abord, est apparue à Constantin dans les airs une croie lumineuse avec ces mots : en toutô vika, c’est-à-dire, en cela tu vaincras. C’est ce que rapporte Eusèbe dans le livre 1 de la vie de Constantin. Il ajoute, au même endroit, qu’il le tient de la bouche même de Constantin, qui a juré que la chose s’était vraiment passée ainsi. Cette croix ne lui est pas apparue non plus en songe, comme Sozomène (livre 1, chapitre 3) et Paul diacre (livre 11 des choses romaines) le disent. Mais quant il était pleinement éveillé, et avançait avec son armée, comme Eusèbe le rapporte.
De plus, ce n’est pas en vain qu’il avait été dit à Constantin : en cela tu vaincras, car, les victoires de Constantin le montrent. Eusèbe rapporte, en effet, (livre 11 d la vie de Constantin) que Constantin avait donné l’ordre, dans les combats, de toujours placer le labarum, où la croix avait été gravée, sur l’aile qui avait le plus besoin de renfort. Et Eusèbe ajoute qu’à chaque fois que le labarum parvenait à un endroit, la victoire avait coutume de suivre. Il continue en disant, au même endroit, que si celui qui portait le labarum, pris de peur et de panique à la vue des ennemis, l’abandonnait et prenait la poudre d’escampette, il était tué sur le champ. Que celui qui le recueillait de ces mains défaillantes ne pouvait jamais être blessé, même si les flèches lancées sur lui étaient innombrables. Car toutes ces choses frappaient l’épée de la croix.
Deuxièmement. Est souvent apparue une croix très lumineuse au-dessus du mont des Oliviers, au temps de Constantin, laquelle est racontée par saint Cyrille de Jérusalem dans une épitre à Constance. Troisièmement. Au temps de Julien l’Apostat, qui persécutait déjà, comme le rapporte saint Grégoire de Naziance (dans son premier sermon au Julien). Car, quand Julien inspectait le foie des animaux pour connaitre l’avenir, il trouva une croix couronnée. Des aruspices chevronnés lui en donnèrent l’explication suivante. La religion chrétienne qui vénère la croix sera perpétuelle, et ne peut pas être vaincue par Julien. Ses adulateurs lui disaient que cela signifiait les angoisses et comme les prisons de la croix. Mais, l’évènement a prouvé que la première interprétation était la vraie. À la même époque, quand les Juifs, sur l’ordre de Julien, voulurent édifier un temple à Jérusalem à la honte du crucifié, apparut dans le ciel un immense cercle lumineux entourant une croix d’une grande splendeur. Et, en plus, sur les vêtements de presque tous les hommes de cet endroit, apparurent des croix dessinées avec un grand art, comme le rapporte saint Grégoire de Naziance (sermon 2 sur Julien).
Quatrièmement, une croix est apparue dans les airs au temps de l’empereur Arcade, quand il entreprit la guerre pour la foi contre les Perses, les persécuteurs des chrétiens. Et c’est dans cette guerre qu’il reçut l’aide divine, comme l’atteste Prospère (dans son livre sur les promesses divines, part 3, chapitre 34). Cinquièmement. Des croix sont apparues sur les vêtements des hommes au temps de Léon l’iconoclaste, quand les hérétiques délirèrent contre les images, comme l’atteste Paul le diacre, (dans la vie de Léon l’iconoclaste). On peut référer à ce genre de prodiges, l’apparition en Angleterre d’une croix sur un arbre, en l’an 1559, selon Alanum Copum.
En plus de ces apparitions, on peut rapporter des miracles innombrables effectués par la vertu de la croix du Christ. Insigne est celui d’Hilarion qui, selon saint Jérôme, s’est produit à Épidaure. Car, quand la mer transgressa ses limites, et qu’il y avait danger qu’elle inonde la ville. Hilarion peignit trois croix sur le rivage. Quand elle y parvint, elle commença à écumer. Puis, comme si elle venait buter sur un mur, elle s’éleva à une très grande hauteur. Elle semblait frémir et s’indigner d’être empêchée d’aller plus loin. En fin, cédant à la vertu de la croix, elle ramena à elle ses flots. Bède le vénérable raconte beaucoup de miracles (au livre 3, chapitre 2 de son histoire des Anglais) opérés par la sainte croix qui avait été érigée par le saint roi Oswald, et le premier de tous, la victoire miraculeuse qu’il remporta avec une poignée de soldats contre des milliers d’ennemis.
Le dernier argument vient de la raison. Car, les signes des saintes choses sont saints et vénérables, comme nous l’avons montré plus haut. Il est certain que n’importe laquelle croix est sainte et vénérable parce qu’elle présente l’image du Christ crucifié, c’est-à-dire du Christ occupé dans l’œuvre même de la rédemption. On ne peut penser à rien de plus saint.
CHAPITRE 29
Reste le signe de croix que l’on forme dans l’air ou sur le front, ou que l’on marque avec le doigt sur quelque chose. Que ce signe est sacré et vénérable, on peut le démontrer avec des figures de l’ancien testament. Car, le sang de l’agneau sur le linteau des maisons (Exode X11) ne signifiait rien d’autre que le signe de la croix sur le front des chrétiens, selon saint Augustin (au chapitre 20 du livre sur l’enseignement du catéchisme aux illettrés). De même, le Tau qui (Ezéchiel, chapitre 9), qui doit être inscrit sur les fronts de ceux qui gémissent, indiquait clairement le signe de la croix que nous faisons de préférence sur le front, comme l’enseignent saint Cyprien (dans son livre contre Demetrianus) et saint Jérôme (dans son commentaire d’Ézéchiel). Ajoutez à ces textes celui de l’Apocalypse X!V : « Ne nuisez pas à la terre, à la mer, ni aux arbres jusqu’à ce que nous ayons signé sur leurs fronts les serviteurs de notre Dieu. » Que ce signe soit le signe de croix, l’enseignent Bède, Anselme, Rupert, dans leurs commentaires de ce passage. Jacob bénit les fils de Joseph en croisant les mains (Genèse 48). Il indiquait, par là, qu’un temps viendrait où les bénédictions se feraient par un signe de croix.
On le prouve ensuite par les témoignages d’anciens qui ont vécu dans les cinq premiers siècles. Denys l’aréopagite (hiérarchie ecclésiastique, chapitres 4, 5, 6) dit que dans tous les sacrements, on se servait du signe de croix. Saint Justin (question 118), répond aux Gentils qui se demandaient pourquoi les chrétiens se tournaient vers l’orient pour prier. Il dit qu’il faut donner à Dieu ce qu’il y a de meilleur : « Comme c’est avec la main droite, et non avec la gauche, que nous exprimons le signe de la croix quand nous bénissons quelque chose. » Hyppolite, écrivain très ancien, et un compagnon des apôtres, dont Palladius le livre cite le livre dans l’histoire lausiaque à la page 148, écrit qu’une vierge munie du signe de la croix, est sortie indemne d’un lupanar. Tertullien parle ainsi dans le livre de la couronne du soldat : « Pour tout progrès, toute promotion, toute entrée et toute sortie, quand on se chausse, quand on se lave, quand on mange, quand on allume, quand on se couche, quand on s’assoit, en quelque circonstance que ce soit, nous marquons notre front du signe de la croix. »
Saint Cyprien (livre 4, épitre 6) : « Le font est muni comme un signe efficace des serviteurs de Dieu. » Et dans le livre sur l’unité de l’Église, il dit, passé le milieu, qu’Ozias, après avoir offensé Dieu, a été frappé sur le front par la lèpre, là où se signent ceux qui honorent Dieu. Et dans le livre sur ceux qui ont tombé durant la persécution, il dit, au début : « Avec le signe de Dieu, le front pur n’a pas pu porter la couronne du diable. Il s’est réservé la couronne du Seigneur. »
Le pape Corneille (dans l’épitre à Fabien que l’on trouve dans l’histoire d’Eusèbe, livre 6, chapitre 33), déclare que Novatien a été saisi par le démon parce qu’il ne recevait pas le signe du Christ sur le front. Origène (Exode, chapitre 15, homélie 6) dit : « La peur et l’effroi s’emparent des démons quand ils voient sur vous le signe de la croix solidement posé. » Grégoire le thaumaturge s’est servi souvent du signe de la croix contre les démons, atteste saint Grégoire de Nysse dans sa vie. Lactance (livre 4, chapitre 26) dit que le Christ a été d’une grande aide à tous ceux qui inscrivaient le signe de la croix sur leurs fronts. Saint Cyrille de Jérusalem (dans la catéchèse 4) : « Nous n’avons pas honte, nous, de la croix du Christ. Si quelqu’un se signe en cachette, toi, signe-toi publiquement sur le front ! » Et plus bas : « Fais ce signe en mangeant, en buvant, en t’assoyant, en te levant, en parlant, en marchant, en somme, dans toutes tes actions. » Saint Athanase (dans le livre de l’incarnation du Verbe : « Par le signe de la croix, toutes les incantations et les sortilèges se dissipent. » Saint Basile (livre sur le Saint Esprit, chapitre 37) place, parmi les premières traditions apostoliques la coutume de se signer du signe de la croix. Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon 1 contre Julien) dit que même les soldats avaient coutume d’utiliser, à table, le signe de croix. Saint Jean Chrysostome (homélie 55 sur le chapitre 12 de saint Matthieu) enseigne que tous les sacrements obtiennent leur dernière touche du signe de la croix. Et dans son homélie que le Christ est Dieu, il raconte éloquemment plusieurs choses à la gloire de ce signe.
Éphrem (dans le livre de la pénitence, chapitre 3) : « Peignons donc ce signe vivifiant sur nos portes, sur nos fronts, sur nos lèvres, sur notre poitrine, et sur tous nos membres. Armons-nous de l’armature invincible des chrétiens ! » De même, dans le livre de l’armature spirituelle, chapitre 2, il dit : « Munis-toi comme d’un bouclier, du signe de la croix, car c’est une arme très efficace ! » Saint Antoine, comme le rapporte saint Alexandre dans la vie de saint Antoine, ordonnait à ses moines de trouver, dans le signe de la croix, la sécurité contre toutes les terreurs. Palladius, (dans l’histoire lausiaque, chapitre 2) raconte que quand un saint moine vit, dans un puits, un aspic, il munit le puits du signe de la croix, et sans aucune crainte, puisa de l’eau et but.
Saint Ambroise (dans le sermon 43) nous exhorte à commencer toutes nos actions par le signe de la croix. Et, dans le sermon 90, il rapporte les paroles de sainte Agnès qui disait : « Il a posé un signe sur ma face, et, à cause de lui, je n’admets aucun amant. » Car, c’est le signe du Christ par lequel nous nous dédions à Dieu. Saint Jérôme (dans l’épitre à Démétriade), écrit : « Ferme la cellule de ta poitrine, et munis ton front du signe de la croix. » Il dit de même à Eustochius : « À chaque entrée, que la main peigne la croix du Seigneur. » Saint Augustin (traité 118 sur saint Jean, vers la fin) : « Qu’est donc le signe du Christ sinon la croix du Christ, comme tous le savent. Si ce signe n’est pas employé sur le front des croyants, sur l’eau de la régénération, sur l’huile de l’onction des fidèles, sur le sacrifice qui nous nourrit, aucune de ces choses n’est accomplie selon le rite. » De même, dans le livre sur les confessions, chapitre 2, il écrit : « Je me signais déjà du signe de la croix, et m’assaisonnais avec le sel du Christ. »
Saint Martin dit à saint Sulpice : « C’est protégé par le signe de la croix, et non par un bouclier ou par un casque, que je pénétrerai, en toute sécurité, dans les formations de bataille en forme de coin. » Prudence, dans son hymne avant le sommeil : « Que celui qui, appelant le sommeil, demande un chaste repos, signe son front et son cœur de la figure de la croix. Que la croix repousse tous les crimes. Que les ténèbres s’enfuient à la vue de la croix. Un esprit qui est dédié à ce signe ne peut pas fluctuer. » Et saint Paulin de Noles, au huitième anniversaire de la naissance au ciel de saint Félix : « Nous nous sommes munis de la confession et du signe invincible de la croix. Ayant armé notre esprit avec Dieu, nous ne regrettons pas les armes du corps, même si nos membres semblent désarmés. »
Troisièmement, on le prouve par les miracles qui ont été faits par la croix. Tertullien, au début du Scorpiace, dit que le signe de la croix a été profitable non seulement pour les chrétiens mais aussi pour les païens. Lactance (livre 4, chapitre 27) rapporte que, en présence d’un chrétien qui avait fait le signe de croix, le diable n’osait pas répondre aux questions de l’empereur. Épiphane (dans l’hérésie 30) écrit qu’un certain Joseph qui n’était pas encore chrétien avait chassé des démons par le signe de la croix, et que, après être devenu chrétien, il détruisait, par ce même signe, les incantations des Juifs.
Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon 1contre Julien), écrit que quand un certain Julien, encore païen, vit des spectres, pendant que des nécromanciens faisaient leurs incantations, il s’est muni du signe de la croix, est sorti de nuit sain et sauf, au milieu de spectres innombrables, des bains dont personne n’était jamais sorti vivant parmi ceux qui y étaient entrés de nuit. Athanase, dans la vie d’Antoine, saint Jérôme (dans la vie de Paul, premier ermite), Theodoret (dans le livre 5, chapitre 21 de son histoire), saint Grégoire (livre 3, chapitre 7 de ses dialogues), racontent beaucoup de miracles qui ont été opérés par le seul signe de la croix, et surtout des expulsions de démons. Palladius (dans l’histoire lausisaque, chapitre 54) raconte qu’après s’être muni du signe de la croix, quelqu’un est resté longtemps indemne au milieu des flammes. Theodoret, dans la vie de saint Julien, et dans la vie de saint Marcien, écrit que, en son temps, des dragons énormes ont été tués par l’un et l’autre, avec le seul signe de croix.
De même, dans la vie de saint Aphratus et de saint Macédonius, de saint Pierre et d’autres, il rapporte qu’ils ont guéri différentes sortes de maladies avec le seul signe de la croix. Sulpitius rapporte des choses semblables dans la vie de saint Martin; saint Jérôme dans la vie d’Hilarion, ainsi que saint Augustin (livre 22, chapitre 8 de la cité de Dieu). Victor Uticensis (dans le livre 2 de la persécution des Vandales), écrit que l’évêque catholique Eugène a rendu la vue à un aveugle par le seul signe de la croix. Si nous voulions ajouter les miracles opérés après les cinq premiers siècles, qui sont rapportés par des auteurs crédibles, ceux de saint Benoit, de saint Bernard, de saint François, et de tant d’autres, nous n’en finirions jamais.
CHAPITRE 30
On répond aux objections des hérétiques
Après tout ce qui a été dit, il sera facile de réfuter les objections des hérétiques. La première. La croix a apporté à Jésus de la douleur et de l’ignominie. Nous répondons que si la croix n’avait apporté à Jésus que de la douleur et de l’ignominie, c’est à bon droit qu’elle serait exécrée. Mais, elle a apporté aussi de la joie et de la gloire, à cause de la défaite du diable et de la rédemption du genre humain. Cette joie et cette gloire sont telles qu’elles ont comme absorbé la douleur et l’ignominie. La deuxième. Ils seraient des impies les enfants qui honoreraient les potences sur lesquels leurs parents ont été suspendus. Je réponds que ce sont deux situations dissemblables. Car, ceux qui sont suspendus sur les potences le sont par la sentence d’un juge, pour une faute véritable, ou déclarée telle au cours d’un procès légitime. De plus, ils le sont malgré eux. Voilà pourquoi le seul profit qu’ils retirent de leur mort est une peine et une infamie.
Mais le Christ n’a pas été crucifié à cause d’une faute véritable ou prouvée telle dans un procès légitime. Car, tous savent que son juge lui-même a témoigné n’avoir trouvé aucune faute en lui. De plus, le Christ s’est livré lui-même spontanément pour être crucifié par ses ennemis. Il aurait pu s’évader, s’il l’avait voulu, mais il préféra l’obéissance à son Père. En effet, quand il s’est rendu témoignage à lui-même en disant : C’est moi, tous ses ennemis tombèrent par terre. Enfin, le Christ retira beaucoup de biens de sa mort, comme nous l’avons déjà dit, et pour lui et pour nous. Ce n’est pas seulement dans la mort du Christ que nous voyons cela, mais dans celles des autres qui ont été tués pour Dieu ou la patrie. Car les amis conservent volontiers les instruments de leurs supplices, comme des monuments de leurs vertus.