Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 187)
Ils répondront peut-être que c’est la messe papiste qu’ils ont abrogée, mais qu’ils ont gardé la chrétienne, c’est-à-dire la distribution et la réception du sacrement. Car, c’est cela que Philippe appelle la messe dans son apologie. Or, nous n’accusons pas les luthériens d’avoir aboli cette messe, qui consiste dans la communion, mais d’avoir rejeté la vraie messe, c’est-à-dire l’oblation du sacrifice, et tout le canon. Si donc, par messe, ils entendent la communion, c’est un mensonge de dire que nous leur reprochions cela. Si par messe, ils entendent l’oblation ou le sacrifice, c’est un mensonge de dire qu’ils sont accusés faussement.
Le troisième mensonge. Il dit, dans le même article : « Avant saint Grégoire le grand, les anciens ne font pas mention de la messe privée. » Il répète la même chose dans l’apologie du même article.
Si, par messe privée, il entend une messe qui est dite à un nom privé, ou qui ne profite qu’à une seule personne, une messe privée de ce genre n’exista jamais. Car, toute messe est publique quand elle est célébrée par un prêtre, en tant que ministre public, et pour l’utilité commune et publique de toute l’église. Mais, si par messe privée, il entend une messe qui est célébrée par un seul prêtre, sans distribution de l’eucharistie au peuple, il ment en affirmant que des messes de ce genre n’ont pas été célébrées avant le temps de saint Grégoire. Car, saint Augustin (livre 22, chapitre 8 de la cité de Dieu), se souvient d’une messe privée. Il écrit qu’un de ses prêtres a offert le sacrifice du corps du Seigneur dans la maison de campagne d’un noble quelconque, qui était vexée par l’infestation d’esprits mauvais, et que la maison a été sur-le-champ libérée. « Il y parvint.
Quelqu’un offrit là le sacrifice du corps du Christ priant, autant qu’il le put, pour que cette vexation cesse; et, par la miséricorde de Dieu, elle cessa immédiatement » Voilà donc le témoignage de saint Augustin, qui a vécu deux cents ans avant saint Grégoire. Il se souvient nettement d’une messe dite par un prêtre dans une maison privée, sans la distribution du sacrement faite au peuple. Qu’elle ait été agréable à Dieu, le fait lui-même le prouve.
Le quatrième mensonge dans la même confession d’Augusta (à l’article de la confession) où il parle ainsi : « Ils exaltent sans retenue les satisfactions, mais ils ne font aucune mention de la foi, du mérite du Christ, et de la justice par la foi. » Il dit la même chose dans la Confession, dans l’Apologie (article 11), avec une plus grande exagération : « Maintenant, de cette foi consécutive à la rémission des péchés il n’est fait aucune mention, même pas par une syllabe, dans la si grande masse des constitutions, des glossaires, des sommes. On n’y lit jamais le nom du Christ. » Et plus bas, dans son apologie (article 15) : « Il existe d’immenses livres, je dirais plus, des bibliothèques entières, où ne trouve aucune syllabe sur le Christ, ou la foi dans le Christ. » Mais ce sont des mensonges éhontés; et il serait fort étonnant que toute l’Allemagne les croie. Car, il n’existe aucun livre catholique traitant des sacrements dans lesquels les mots foi et Christ ne figurent pas fréquemment. Il est certain que saint Thomas, qui n’est pas le dernier venu, dit et prouve (111 par question LX11, article 5) « que tous les sacrements tirent leur force des mérites du Christ, et que c’est par la foi que les mérites du Christ nous sont appliqués. »
CHAPITRE 4
Les mensonges de Calvin
Venons-en maintenant à Jean Calvin qui (livre 4, chapitre 14, verset 14 de ses institutions) écrit : « Du consentement unanime de l’école sophistique, ils transmirent que les sacrements de la nouvelle loi justifient et confèrent la grâce, pourvu que nous n’y mettions pas l’obstacle d’un péché mortel. On ne peut pas dire à quel point cette sentence est funeste, pernicieuse et fatale. Surtout parce que, pendant de longs siècles elle a causé un grand dommage dans une bonne partie de l’Église. Elle est tout à fait diabolique, car, pendant qu’elle promet la justice, abstraction faite de la foi, elle précipite les âmes dans l’abyme. »
Le premier mensonge consiste en ce que, dans les sacrements, nous promettrions la justice sans la foi. Il a été réfuté plus haut (par la citation de saint Thomas). Observons, entre temps, que Calvin a dit vrai quand il a reconnu qu’il y avait un grand consensus parmi les catholiques, que pendant plusieurs siècles la même doctrine a été prêchée, crue, et reçue dans une grande partie de l’univers; que leur doctrine est récente et née en ce siècle, et qu’elle n’a conquis qu’une province ou l’autre. Car, si les hérétiques sont nombreux, aucune hérésie particulière n’est parvenue à conquérir les autres.
Le deuxième mensonge est dans le même chapitre 17 : « Entre temps, est enlevée la fiction selon laquelle la cause de la justification et la vertu de l’Esprit saint sont inclus dans des éléments, ou des petits vases ou des charriots ». Voilà donc la fiction que Calvin nous reproche. Or, les catholiques ne disent pas que la cause de la justification est dans les sacrements en tant qu’ils sont inclus dans des vases; ils font de ces sacrements des causes instrumentales de la justification. Mais la vertu du Saint Esprit, la puissance que Dieu attribue aux sacrements pour la justification aucun catholique n’enseigne qu’elle est contenue dans les sacrements comme dans des vases. Car, cette vertu est ce par quoi le sacrement opère.
Mais peut-être Calvin est-il allé chercher la cause de son mensonge dans ce que les catholiques enseignent en disant que la grâce est dans les sacrements, comme une chose qui est contenue dans un vase. Car, étant l’effet du sacrement, la grâce est contenue dans le sacrement, comme un effet dans sa cause. Et tout ce qui contient, au moins métaphoriquement, peut être appelé vase. Ajoutons qu’on peut même prendre un vase pour un instrument. Et c’est dans ce sens que, dans le psaume V11, David appelle des flèches des vases de mort, et Ézéchiel (chapitre 1X) appelle les armes des vases de trépas, parce que les flèches et les autres armes sont des causes instrumentales de mort. Calvin ne peut pas même nier cela puisque, dans son antidote du concile de Trente (session 7, chapitres 4 et 5) il reconnait que les sacrements sont des causes instrumentales de l’obtention de la grâce.
Le troisième mensonge est dans le même chapitre (verset 26) où il dit ceci : « Tout ce que les sophistes ont rêvé de l’effet opéré par l’opération même du sacrement est non seulement faux, mais répugne à la nature des sacrements, que Dieu a institués. Et ils rendent les fidèles vides des biens, dépossédés de tout, réduits à la seule mendicité. Il s’ensuit donc que, en les recevant, ils ne font rien qui leur mérite des louanges; et que, dans cette action qui est, selon eux, purement passive, ils ne peuvent voir aucune œuvre. » Par ce mensonge, Calvin satisfait ou son ignorance ou sa malice. Car les théologiens n’appellent pas œuvre méritoire l’œuvre opérée par celui qui reçoit ou qui administre le sacrement, comme Calvin le prétend. Car, cette œuvre nous l’appelons l’œuvre de l’opérant. Ce qu’est l’œuvre opérée nous l’expliquerons en son lieu. Pour l’instant, il suffit de noter que l’œuvre opérée de dépend pas de la bonté du ministre, mais que le mérite en dépend.
Le quatrième mensonge (chapitre 17, verset 43) où il dit que « le premier à avoir, dans le sacrement de l’eucharistie, utilisé du pain azyme a été le pontife romain Alexandre : Il fut le premier à avoir choisi du pain azyme. Je ne vois pour quelle raison. Pour provoquer, par ce nouveau spectacle, l’admiration du peuple, plutôt que pour établir les âmes dans une religion éprouvée ? » Ce mensonge est en guerre ouverte contre l’évangile. Matthieu, en effet (XXV1), Luc XX11 et Marc (X1V) écrivent que le Seigneur a fait la cène, le premier jour des azymes. Ce ne fut donc pas le pape Alexandre, mais le Christ qui fut le premier à utiliser le pain azyme dans le sacrement de l’autel.
Le cinquième mensonge est au chapitre 19, verset 12, où il dit : «Quand les anciens parlaient en employant les mots au sens propre, ils n’ont jamais recensé plus de deux sacrements. » Ce mensonge est réfuté par saint Cyprien (pour ne pas parler des autres) qui (au livre 2, épitre 1) m ne considère pas seulement le baptême et l’eucharistie comme de vrais sacrements, mais aussi la confirmation. Car, voici ce qu’il dit de la confirmation : « Ils peuvent être pleinement sanctifiés et être fils de Dieu ceux qui naissent par l’un et l’autre sacrement. » Et saint Augustin (livre 2, chapitre 104 contre les lettres de Petilianus) : « Le sacrement du saint chrême, est, dans le genre des signes visibles, sacrosaint, comme le baptême lui-même. »
Le sixième est au même endroit. En parlant de la confirmation, il ajoute : « Les anciens parlaient de l’imposition des mains, mais lui donnaient-ils le nom de sacrement ? Saint-Augustin dit qu’elle n’est rien d’autre qu’une prière. » Ce qui est déjà réfuté par les auteurs cités. Le septième mensonge est dans le chapitre 19, verset 34, où il dit : « Tous reconnaissent le mariage tel qu’il a été institué par Dieu. Mais personne ne l’avait vu comme un sacrement donné par Dieu avant saint Grégoire. » Or, saint Augustin, qui a vécu deux cents ans avant saint Grégoire, (écrit dans le livre sur le bonheur conjugal, chapitre 18) : « Dans les mariages des nôtres, plus vaut la sainteté du sacrement que la fécondité de l’utérus. » Et (au livre 1, chapitre 10 des noces et de la concupiscence), il énumère trois fois le mariage parmi les sacrements. Et souvent aussi ailleurs.
Le huitième mensonge est dans l’antidote du concile (session 7, canon 13) où il dit : « Plusieurs hommes pieux déplorent en gémissant que dans le baptême, on attache plus d’importance au saint chrême, à la cire, à la saveur du sel, et au crachat (?) qu’à l’eau du lavement, dans laquelle consiste toute la perfection du baptême. » Il répète la même chose dans son livre sur les formules d’administration des sacrements. Calvin s’efforce là de surpasser Luther dans le mensonge. Car, comme nous l’avons noté dans son dernier mensonge, Luther disait seulement que nous donnions à ces cérémonies la même valeur qu’au baptême. Lui dit que nous leur donnons une plus grande valeur. Mais l’un et l’autre mentaient allègrement. Car, les catholiques mettent si peu ces cérémonies sur un pied d’égalité avec le baptême, ou leur accordent si peu la supériorité sur le baptême, qu’ils les appellent des préparations au baptême. Enfin, tous les catholiques reconnaissent qu’un simple baptême sans cierge, sans sel, sans huile, et sans les autres choses, suffit pour la justification; et qu’à elles seules, les autres cérémonies ne suffisent pas. Voir le maître et les autres docteurs (chapitre 4, dist 6).
LE CHAPITRE 5
Les mensonges de Kemnitius
Martin Kemnitius a répété beaucoup de mensonges de Luther et de Calvin, mais il a en a ajoutés de son cru. Comme il serait trop long de les rapporter tous, je me contenterai d’en citer quelques-uns (tirés de son livre sur les sacrements en général, principe 2). Le premier vient de son Examen (édité en 1566, page 14). Voici son mensonge : « Le pontife Siricius a défini le mariage : « Vivre selon la chair, ce qui ne pourrait pas plaire à Dieu. » Comment, selon la description du sacrement qui figure dans le décret, la justice de Dieu peut-elle, par le mariage, commencer, augmenter ou réparer ? » Ce mensonge est tiré de la lettre 1 du pape Siricius (chapitre 7) où, voulant prouver que les prêtres devaient se contenir aussi de leurs épouses, le saint pontife prend pour argument les paroles de l’Apôtre aux Romains V111 : « Ceux qui vivent dans la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. » Kemnitius déduit de ces paroles que le mariage n’est rien d’autre que vivre selon la chair, ce qui ne plait pas à Dieu.
Mais Kemnitius aurait du remarquer que le pape ne parle pas du mariage juste et légitime, mais de celui des prêtres, qui est illégitime, et qui est, en soi, une impudicité sacrilège. En effet, dans la même épitre (chapitre 4), il avait dit un peu auparavant que, dans l’église, les noces légitimes sont bénies par le prêtre. Et il est certain qu’il n’a pas voulu dire que ce qui était béni par le prêtre c’était une vie selon la chair qui ne plait pas à Dieu. Les conjoints légitimes peuvent donc vivre ainsi pour plaire à Dieu; et, on ne dit pas qu’ils vivent dans la chair, mais dans l’esprit, s’ils ont des rapports avec leurs épouses légitimes. Mais les prêtres, auxquels les noces sont interdites, ne peuvent pas se marier ni avoir de relations sexuelles avec une femme sans déplaire à Dieu, et sans vivre selon la chair. Voilà ce qu’a vraiment écrit le saint pape Siricius.
Le deuxième mensonge se trouve à la page trente-neuf où, parlant des sacrements de l’ordre et du mariage, il dit : « Même si Richard soutient que par ces rites est conférée une grâce faisant un reconnaissant, les autres, cependant, admettent que cela ne se peut pas. » Ce mensonge est parmi les plus impudents qui soient, puisque tous les théologiens qui comptent disent ce que dit Richard. Que suffise le témoignage de saint Thomas (111 par qu LXV, art 1) . Il enseigne et prouve qu’il y a sept sacrements de la nouvelle loi. Et, en réponse au dernier il dit : « Dans chaque sacrement la grâce de la nouvelle loi est versée. » Le troisième mensonge (pare 40) où, se demandant pourquoi l’eau bénite, une rose bénite, une épée bénite, et d’autres choses semblables, ne sont pas des sacrements, il dit : « Quelques scolastiques répondent une chose, d’autres une autre chose. Ils n’arrivent pas à s’expliquer clairement, ou à satisfaire les lecteurs, à moins qu’ils n’approuvent l’ingénuité de Gabriel qui dit que l’eau bénite n’est pas un sacrement parce que lui manque l’institution divine. »
Il y a ici deux mensonges. Le premier. Que les scolastiques fassent de gros efforts pour montrer pourquoi les choses bénies ne sont pas des sacrements. Ils s’y appliquent si peu que beaucoup n’en parlent même pas, comme étant quelque chose d’évident, et que les autres n’en disent quelques mots qu’en passant. Car, aucune de ces choses n’est ce qui compte le plus dans un sacrement; aucune n’est un signe efficace de la grâce justifiante. Le deuxième mensonge. Gabriel avoue ingénument que, pour être un sacrement, il manque à l’eau bénite l’institution divine. C’est un mensonge très vrai, parce que Gabriel (4 dist 1 quest 1 art 1) dit que l’eau bénite n’a pas été instituée par Dieu mais par l’Église, et qu’elle n’est donc pas un sacrement. Mais il ne dit pas qu’il ne lui manque que l’institution divine. Il dit, au contraire, qu’il lui manque aussi beaucoup d’autres choses. Car, en cet endroit, il ne dispute pas d’abord et avant tout de l’eau bénite, mais il explique la définition d’un sacrement. Et, parce qu’il avait dit qu’à un sacrement est requise l’institution divine, il déduit donc de la définition du sacrement que l’eau bénite en est exclue, ainsi que tous les singes naturels. Il ne faut donc pas en conclure que, pour être un sacrement, il ne manque à l’eau bénite que l’institution divine.
Le quatrième mensonge (page 94 et 95), où il y a autant de mensonges que de mots : « Certains, comme Alain, Thomas, Durand, pensèrent que, au moyen des éléments externes des sacrements, était conférée par la parole une vertu surnaturelle. » Or, il ne semble pas avoir lu ces auteurs, car Durand enseigne précisément le contraire, et saint Thomas combat cette opinion (4 dist 1, qu 4). Le cinquième mensonge se trouve au même endroit : « Ils ajoutent que ni eux ni les autres ne peuvent comprendre qu’il existe un être incomplet (la force qui se trouve dans les sacrements) qui ne soit pas, par lui-même, dans un des dix prédicaments. » Mais il est facile de croire que Kemnitius ne comprend pas ce que veulent dire les scolastiques. Qu’il ne comprenne pas que cette motion ou force présente dans les sacrements soit un être incomplet, et qu’il ajoute qu’on a tort de dire qu’elle n’est dans aucun prédicament, cela lui fait commettre un mensonge. Car, il n’est pas nécessaire d’être expert en physique ou en logique pour savoir que le mouvement est un être incomplet, et qu’il n’appartient à aucun prédicament.
Le sixième. Il ment quand il prétend que saint Cyprien a estimé qu’était inutile le baptême conféré par les hérétiques et les mauvais ministres. Car, partout, saint Cyprien distingue les mauvais ministres des hérétiques, et il affirme que les mauvais baptisent utilement, et les hérétiques inutilement. À cause d’une phrase de saint Cyprien, Kemnitius se croit donc en droit d’unir faussement que saint Cyprien sépare concsciencieusement. Voir saint Augustin expliquant la phrase de saint Cyprien (livre 4, chapitre 10 sur le baptême, et livre 6, chapitre 12), et saint Cyprien lui-même (dans ses lettres à Jubajanus, à Stéphane et à Quirinus.)
Le septième mensonge est à la page 95, où il dit : « Cette opinion selon laquelle la grâce est contenue essentiellement dans les éléments eux-mêmes des sacrements, comme un remède dans une bouteille, de façon à être la vertu des sacrements, ou leur essence ou une qualité inhérente dans les éléments corporaux des sacrements, cette opinion, dis-je, ne fut pas approuvée par tous, comme Bonaventure et Richard. »
En reprochant ce qu’il ne comprend pas, Kemnitius fait étalage ici de son incompétence et de sa témérité. Car, d’abord, il confond la grâce avec la vertu des sacrements, la grâce étant l’effet des sacrements, et la vertu ce par quoi le sacrement opère. Que la grâce soit contenue dans les sacrements, aucun catholique ne le nie; mais cette vertu physique tous ne l’admettent pas. Que l’essence même de la grâce soit inhérente aux sacrements, comme un remède dans une bouteille, aucun des catholiques ne le dit. Ce que nous admettons tous c’est que c’est dans l’âme que la grâce inhère et non dans les sacrements. Ils la placent, comme nous l’avons déjà dit plus haut, métaphoriquement dans le sacrement, à la façon d’un vase, comme l’effet dans sa cause.
On trouve son huitième mensonge au même endroit : « Il y en a qui ont placé la vertu des sacrements dans l’opération par laquelle les sacrements sont célébrés, de façon à pourvoir dire que les sacrements confèrent la grâce en raison de la dignité et du mérite de l’opération (de l’œuvre) ou de celui qui célèbre ou qui reçoit. Ce mensonge est un témoin de l’ignorance de Kemnitius; il n’est pas de lui, mais c’est de Calvin qu’il l’a reçu. Voir, plus haut, le troisième mensonge de Calvin. Il y en a encore d’autres, mais que ceux-là suffisent.
2018 10 05 fin
2018 10 13 debut
CHAPITRE 6
Les mensonges de Tilmann Heshusius
Tilmann Heshusius qui s’appelle évêque de Sambiensen, a écrit un livre sur les six cents erreurs des souverains pontifes. Ce livre n’a pas un seul grain de sel, car il collectionne les erreurs avec si peu de jugement qu’elles sont ou de purs mensonges, ou que leurs contraires sont des hérésies communes à tous les luthériens. Regardons, comme exemple, le lieu 15 qui porte sur les sacrements. C’est là qu’il note la troisième erreur qu’il a tirée du catéchisme romain : « La vertu qui émane de la passion du Christ, c’est-à-dire la grâce qu’il nous a méritée sur l’autel de la croix, doit dériver jusqu’à nous par les sacrements, comme par une matrice. » Il a corrompu les paroles du catéchisme romain. Du mot alveus ( canal ) qui est dans le catéchisme romain il a fait alvus (matrice ) pour rendre ridicule la phrase du catéchisme.
Or, on ne peut condamner la sentence du catéchisme sans condamner tous les luthériens. Formulons donc le contraire, et nous ne pourrons qu’avoir : le Christ, sur la croix, ne nous a pas mérité la grâce; ou s’il l’a méritée, elle ne nous est pas communiquée par les sacrements, comme par des canaux. Or, il est certain que cette sentence, tous les luthériens la condamneraient, puisqu’ils veulent que la grâce du Christ, qui vient de sa passion, nous soit offerte et appliquée par les paroles et les sacrements. Il importe peu qu’ils n’appellent pas les sacrements les canaux de la grâce, car ils les appellent des causes instrumentales, ce qui est plus fort que canaux. Voir Kemnitius (2 par examinis, page 97) et Calvin (antidote du concile, session 7, canon 4).
Sa cinquième erreur. Les sacrements de la loi ancienne n’imprimaient pas un caractère qui est un signe spirituel. Disons maintenant le contraire : les sacrements de l’ancienne loi imprimaient un caractère spirituel. Et demandons-nous si un ou l’autre des luthériens approuve cette assertion. Car, les luthériens n’ont jamais mis les sacrements de l’ancienne loi avant ceux de la nouvelle loi, même s’ils les ont peut-être mis sur un pied d’égalité. Et, cependant, ils nient, à l’unanimité, que les sacrements de la nouvelle loi impriment un caractère. Et c’est ce que dit aussi Heshusius dans sa septième erreur.
C’est une nouvelle erreur qu’on ne requière pas de bons mouvements intérieurs dans la réception des sacrements. Cette erreur Heshusius l’attribue à Gabriel (livre 1V sentences dist 1 quest 3). Mais les paroles de Gabriel qu’il cite révèlent la fraude. Car, Gabriel ne dit pas qu’un bon mouvement intérieur n’est pas requis, puisque, comme tous les autres docteurs, il requiert distinctement la foi et la pénitence. Il dit plutôt, comme Scot, que n’est pas requis un mouvement intérieur capable de mériter la grâce de congruo (par convenance ?) ou de condigno (en justice?). Car, Scot et Gabriel, et beaucoup d’autres, enseignent que les mouvements intérieurs méritent la justification de congruo (de convenance). Mais, ils ajoutent que s’il arrivait que ces mouvements ne soient pas assez parfaits pour la mériter de congruo, ils suffiraient quand même, avec le sacrement, pour obtenir la justification.
La dixième erreur. Les sacrements de l’ancienne loi ne conféraient la grâce ni par l’opération de l’œuvre, ni par l’œuvre de l’opérant, ou par mode de mérite, même s’ils se faisaient dans la foi et la charité. Mais, énonçons le contraire en disant : les sacrements de l’ancienne loi conféraient la grâce par l’opération de l’œuvre, ou par l’œuvre de l’opérant, ou par mode mérite. Or, pour tous les luthériens, cette proposition est une hérésie. Car tous exècrent ce que nous disons de l’opération de l’œuvre, et plus encore de l’œuvre de l’opérant. Car, conférer la grâce par l’œuvre de l’opérant c’est, pour les sacrements, conférer la grâce à cause de la dignité et du mérite de l’œuvre. Or, eux ne reconnaissent aucune œuvre digne ou méritoire, mais veulent qu’elles soient toutes des péchés mortels. Comme Heshusius, dans son livre qui porte sur la justification, la foi et les œuvres. Sa treizième erreur, il la tire du concile de Trente (session 7, canon 13) : « Ils enseignent que sans les rites papistes externes, on ne trouve ni la vérité, ni la dignité, ni l’efficacité des sacrements. »
Mais, c’est une impudente imposture, car le concile n’enseigne rien de la sorte. Voici les vraies paroles du concile que Heshusius a le front de citer telles quelles, afin de se présenter comme un imposteur : « Si quelqu’un dit que les rites reçus et approuvés dans l’Église catholique, qu’on a coutume d’utiliser dans l’administration solennelle des sacrements, peuvent être méprisés, ou omis à volonté sans faute par des ministres, ou être changés en d’autres rites par n’importe lequel pasteur, qu’il soit anathème ! »
LA PREMIÈRE CONTROVERSE
LE NOM DU SACREMENT
CHAPITRE 7
Doit-on utiliser le mot sacrement ?
Sur le mot sacrement, il existe deux controverses : l’une des hérétiques entre eux, l’autre entre nous et les hérétiques. La première : doit-on usurper ce mot ? La deuxième : que signifie véritablement ce mot ?
Au sujet de la première. Au début de sa nouvelle prédication, Martin Luther ne semblait pas peu abhorrer ce nom. Car, dans son livre sur la captivité de Babylone, en l’an 20, chapitre sur le mariage, il écrit : « La sainte Écriture ne connait pas le mot sacrement au sens que nous lui donnons, mais dans un sens contraire. Car, il ne signifie pas le signe d’une chose sacrée, mais une chose sacrée, secrète, cachée. » Ensuite, (dans son livre sur l’abrogation de la messe), en l’an 21, il écrit : « La conscience pieuse et fidèle doit se garder d’appeler cela sacrifice, et de croire être un sacrifice ce que l’Écriture n’appelle pas sacrifice. Car, y a-t-il une témérité plus furieuse que d’appeler sacrifice et culte de Dieu ce que Dieu n’appelle ni sacrifice ni culte ? » Puisque Luther affirme que le mot sacrement n’est pas dans l’Écriture au sens que lui donne l’Église, et que, pour les mots qui expriment des choses divines, c’est une témérité folle de se servir de noms dont l’Écriture ne se sert pas, on en déduit nécessairement qu’il ne lui plaisait pas que nous utilisions ce mot. Voilà pourquoi (dans les lieux communs des années 21 et 22, au chapitre des sacrements, il dit, au milieu du chapitre) : « Ce que les autres appellent sacrements, nous les appelons signes. » Quelle est donc, chez ces hommes, cette soif de nouveautés qui leur fait préférer au mot latin sacrement un mot grec dont on n’a jamais entendu parler : sphragidas, sceau ?
André Carolstad (dans son livre sur les images et les sacrements), marche sur les traces de Luther, et se prononce formellement contre le mot sacrement. Et Zwingli, le père des sacramentaires, (dans son livre de l’an 25 sur la vraie et fausse religion), dit ne pas vouloir faire de tapage à cause de nom, et, néanmoins, il le réprouve ouvertement. Car, voici ce qu’il dit dans son chapitre sur les sacrements : « Ce mot sacrement, je souhaiterais grandement qu’il n’ait jamais été reçu par les Allemands. » De même, Calvin (livre 4, chapitre 14, verset 13) dit ne pas vouloir lancer une controverse sur le mot sacrement, et cependant il ne le réprouve pas obscurément quand il dit : « Il apparait clairement que les anciens qui ont donné à des signes le nom de sacrements, n’ont pas bien considéré dans quel sens les auteurs latins employaient ce mot. Mais, ils lui ont, à leur gré, assigner une nouvelle signification, par laquelle ils désignaient des signes sacrés. »
Et pourtant, quand Luther vit que Carolstad et Zwingli, avec lesquels il était en guerre, abhorraient le mot sacrement, il changea d’idée, et commença à approuver ce mot. Car, voici ce qu’il écrit dans son livre contre les prophètes célestes, par 2 : « Carolstad dit que le Christ et les apôtres n’ont pas donné à la cène le nom de sacrement, et qu’il veut avoir un nom qui vient de la Bible; que c’est à Dieu à imposer des noms à ses créatures, et que nous qui ne sommes que des hommes, nous ne devons pas donner de nom aux choses divines » Et plus bas : « Conduis-toi comme un homme, homicide des âmes, toi, et l’esprit du péché ! Nous reconnaissons que Dieu n’a pas employé le mot sacrement, et n’a pas ordonné non plus qu’un usât de se mot. Mais, où a-t-il prohibé qu’on l’appelât sacrement ? Qui donc t’a donné le pouvoir de prohiber ce que Dieu n’a pas prohibé ? N’est-il pas un vrai homicide d’âmes celui qui se met à la place de Dieu et nous enlève notre liberté ? » Il affirme ensuite et prouve qu’il est permis d’employer ce mot, et même qu’on doit l’employer. Ces paroles ne militent-elles pas plus contre Luther que contre Carolstad et Zwingli, puisque c’est lui qui, comme nous l’avons montré, les leur avait enseignées ?
Après que Luther eut viré son capot de bord, les luthériens le virèrent eux aussi. Car, dans la confession d’Augusta, ils reçoivent le mot sacrement. Et Philippe (dans les lieux, en l’an 36) insère un chapitre sur les sacrements, qu’il avait autrefois appelés signes. Brentius aussi (dans son confession de Wirtemberg, au chapitre des sacrements) retient ce nom. Et enfin, Kemnitius (2 par de son examen, non loin du début), dit que ce mot ne figure par dans les saintes lettres, mais qu’on doit quand même le retenir et le conserver. La controverse n’a donc comme adversaires que les seuls sacramentaires et la première opinion de Luther.