Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 19)
Au sixième siècle, plusieurs hérésies ont été condamnées dans ces conciles qui n’avaient que les évêques pour juges. Au septième siècle, ont été condamnés les monothélites dans le sixième concile général présidé par les légats du pontife romain, en présence de l’empereur qui apposa, lui aussi, sa signature, mais après tous les évêques, non comme définissant ou jugeant ce que les évêques avaient écrit, mais comme y consentant. Au huitième siècle furent condamnés les iconoclastes dans le septième concile oecuménique, présidé par les légats de Rome. Aucune signature de laïcs n’apparait. Au sujet de ces conciles, lire les tomes des conciles, et le livre de Photius sur les sept conciles.
Au neuvième siècle, huit controverses ecclésiastiques furent réglées par un concile présidé par un légat du pontife romain. L’empereur y était présent, et il souscrivit après les légats du pape et les patriarches. Et il a déclaré de vive voix qu’il ne lui appartenait pas de juger les choses divines, mais seulement de souscrire pour marquer son assentiment. Nous reviendront plus tard sur ces paroles. Pendant le dixième siècle, le plus obscur de tous, aucune hérésie n’est apparue, et c’est sans doute pour cela qu’on ne voie pas qu’aucun concile ait été convoqué. Le schisme et l’erreur des Grecs, qui avaient commencé un peu auparavant, prenaient de plus en plus d’ampleur. Nous parlerons bientôt de sa condamnation.
Au onzième siècle, l’hérésie de Bérenger fut condamnée par le pape Léon 1X au concile de Vercellense, et par Nicolas 11, ensuite, en concile romain, comme le rapportent Rantfranc et Guitmundus dans leur livre 1 contre Bérenger. Au douzième siècle a été condamnée une hérésie d’Abélard par le pape Innocent 11, comme on le voit dans l’épitre 194 de saint Bernard. Fut condamnée également l’erreur de Gilbert de la Porrée par Eugène 111 au concile de Reims, au témoignage de saint Bernard dans son sermon 80 sur le cantique des cantiques.
Au treizième siècle, a été condamnée l’erreur de l’abbé Joachim par Innocent 111 au concile général de Latran. Et ensuite l’erreur des Grecs par le pape Grégoire X au concile général de Lyon. De ce concile a été conservé le chapitre « fideli » sur la sainte trinité et la foi catholique, 6. Au quatorzième siècle, ont été condamnées les erreurs des bégards par Clément V au concile de Vienne. Nous a été conservé le chapitre « ad nostrum », sur la clémence envers les hérétiques. Au quinzième siècle, ont été condamnées les erreurs de Jean Wicleff et de Jean Huss au concile de Constance, présidé par Martin V. Et, une fois de plus, les erreurs des Grecs au concile de Florence sous Eugène 1V.
Ensuite, dans notre seizième siècle, ont été condamnées les erreurs des luthériens, au concile de Trente, lequel a été confirmé par le pape Pie 1V. Qu’ils exhibent donc un seul exemple de l’antiquité qui démontre l’existence d’une seule hérésie apparue dans l’Église condamnée non par le pape, mais par l’empereur, ou un prince séculier. Ou qu’ils nomment, s ils le peuvent, ceux qui ont osé douter de la valeur d’une décision prise par un concile présidé par un pape, sans être déclarés eux-mêmes hérétiques.
CHAPITRE 7 On prouve la même chose avec des témoignages de pontifes et
d’empereurs.
Se présentent en quatrième lieu des témoignages des anciens pontifes et des anciens empereurs, c’est-à-dire des auteurs du droit canon. Comme Damase dans son épitre 3 à Stéphane, Innocent 1 dans son épitre au concile de Carthage, parlant de choses que l’on trouve dans saint Augustin 91 et 93, ainsi que saint Léon dans son épitre 84 à Anastase, et 59 aux évêques de la province de Vienne, Gélase dans son épitre à l’évêque Dardan, saint Grégoire dans le livre 4 de son épitre 52 aux évêques des Gaulles. Tous ces papes enseignent, comme leurs prédécesseurs, que relèvent du siège apostolique toutes les causes graves, et sont réservées à son jugement, surtout celles qui se rapportent à la foi. Et comme preuve de cela, le pape Jules, dans sa lettre 2, cite le concile de Nicée.
Les empereurs ont été du même avis. Au temps de l’empereur Aurélien, comme il était question de savoir à qui appartenait une église, aux catholiques ou aux adeptes de l’hérétique Paul de Samosate, l’empereur, tout païen qu’il était, répondit en ordonnant qu’on donne l’église à celui à qui écrivaient les prêtres d’Italie, le pontife romain. On lui avait fait comprendre que l’évêque de Rome était le juge suprême des causes chrétiennes. C’est ce que rapporte Eusèbe de Césarée dans son histoire de l’église, au livre 7, chapitre 26.
L’empereur Constantin, au témoignage de Césarée dans le livre 3 de sa vie de Constantin, ne s’assit pas, au concile de Nicée, avant que les évêques ne lui aient fait le signe de s’asseoir. Il montrait, par ce seul geste, qu’il n’était pas le président du concile. A la fin du concile, il écrivit une lettre à toutes les églises, qu’Eusèbe rapporte au long, et qui se termine ainsi : « Les choses étant comme elles sont, recevez avec actions de grâces ce décret conciliaire comme un don de Dieu, et un commandement véritablement descendu du ciel. Car, ce qui est décrété dans les saints conciles des évêques doit être attribué en tout à la volonté divine ».
Saint Ambroise écrit sur le même sujet dans sa lettre 32 : « Constantin n’a imposé aucune loi, mais il a donné le libre jugement aux prêtres ». C’est ce qu’atteste aussi saint Augustin dans sa lettre 162, c.7. Quand les donatistes voulurent faire juger leur cause par Constantin, il les renvoya à leur juge propre, c’est-à-dire au pape Melchiade, alors même qu’ils en avaient appelé de la sentence du souverain pontife au au jugement de l’empereur. « Il leur donna, dit saint Augustin, un autre jugement (celui d’Arles), par la bouche d’autres évêques, non parce que la chose était nécessaire, mais come cédant à leurs perversités ». Car il n’osa pas cet empereur chrétien prêter l’oreille à des récriminations tumultueuses et fausses, de façon à juger le jugement des évêques qui siégeaient à Rome.
L’empereur Gratien parle ainsi dans sa lettre à l’évêque d’Aquilée qui a été lue au concile d’Aquilée. « Les controverses sur des cas douteux ne pouvaient pas être correctement réglées qu’en faisant juges de ces altercations les évêques, pour que soient réformé tout ce qui répugne à la doctrine et à la concorde, par ceux qui enseignent ces doctrines ». Saint Ambroise a interprété ainsi ces paroles dans son concile : « Voilà ce qu’a décidé un empereur chrétien. Ne voulant pas faire d’injure aux prêtres, il a fait des évêques les interprètes ».
Théodose junior dans sa lettre au concile d’Éphèse, que cite également Nicolas 1 dans son épitre à Michel : « Candide, le magnifique comte des domestiques, a été chargé de se rendre à votre très saint synode, et de ne se mêler en rien de ce qui a trait aux dogmes pieux dont vous discutez entre vous. Car, il n’est pas permis à quelqu’un qui ne fait pas partie de l’ordre des saints évêques, de s’immiscer dans les tractations ecclésiastiques ». L’empereur Martien dans son écrit sur la sainte trinité et la foi catholique, dit ceci : « Il fait une injure au jugement du très révérend synode celui qui prétend pouvoir contester et renverser ce qui a été jugé une fois ».
Sozomène rapporte dans le livre 6, chapitre 7 de son histoire de l’église, que, quand les évêques demandèrent à l’empereur Valentinien senior la permission de se réunir en synode pour expliquer certains dogmes de foi, il répondit ainsi : « Il ne m’est pas permis à moi, qui fais partie de la plèbe, de scruter avec curiosité de telles choses, Que les prêtres, à qui ces choses son confiées, se réunissent entre eux dans le lieu qui leur convient ». L’empereur Basile parle ainsi (acte 10) du huitième concile : « De nous, laïcs, autant ceux qui sont des dignitaires que les gens ordinaires, je n’ai rien d’autre à dire qu’il ne nous est permis en aucune façon de donner notre avis dans les choses ecclésiastiques; ni de contester l’intégrité doctrinale de l’Église, ni de nous opposer à un concile universel. Car, investiguer et chercher (dans ces domaines) est une chose qui appartient aux patriarches, aux pontifes et aux prêtres, dont c’est la charge propre, c’est-à-dire à ceux qui ont le pouvoir de sanctifier, d’absoudre, et de lier, à qui ont été remis les clefs du royaume. Non à nous qui avons besoin d’être sanctifiés, absous ou liés. ». Cet empereur dit aussi ailleurs que les autres empereurs, ses prédécesseurs, Constantin, Théodose, Martien et d’autres n’ont jamais signé dans les conciles qu’après tous les évêques.
Même chose au sujet de Théodoric, roi des Goths, au synode 4 sous le pape Symmaque : « À ces choses, le roi sérénissime, inspiré par Dieu, répondit : « Dans les synodes, il y a, pour une chose de cette importance, une seule règle à prescrire : respecter les choses qui sont du ressort de l’Église ».
CHAPITRE 8 On prouve la même chose avec les témoignages des Pères
Cinquièmement, on prouve la même chose avec les témoignages des pères grecs et latins. Saint Irénée, livre 3, enseigne qu’on ne peut pas mettre un terme aux controverses à l’aide des seules Écritures, car elles sont expliquées différemment par les hérétiques. Et ensuite, au chapitre 3, il enseigne que c’est avec la doctrine de l’Église romaine qu’on met fin aux controverses. « C’est avec cette église que, à cause de sa plus grande ancienneté, toutes les églises, c’est-à-dire tous les fidèles de partout, doivent nécessairement s’accorder, car la tradition qui vient des apôtres, c’est par elle qu’elle a été conservée ».
Saint Athanase, parlant, dans une épitre à un solitaire, de l’empereur Constance qui avait usurpé le pouvoir de juger dans les conciles : « A quelle époque avons-nous jamais entendu parler d’une chose pareille ? Quand le jugement de l’Église a-t-il jamais reçu son pouvoir de l’empereur ? Ou quand le jugement de l’Empereur a-t-il jamais été admis dans les choses ecclésiastiques ? Il y a eu plusieurs synodes par le passé, et l’Église a porté plusieurs jugements. Mais jamais les pères ne se sont efforcés de persuader au prince des choses qui relèvent de lui, et les princes n’ont pas tenté de mettre leur nez dans les choses ecclésiastiques. » Et plus bas : « Qui, en le voyant se faire le prince des évêques, et présider aux jugements ecclésiastiques, ne dira pas, avec raison, qu’est arrivée l’abomination de la désolation prédite par Daniel ? » Saint Basile dans l’épitre 52 dit à Athanase : « Il semblerait bon, quand on ne peut réunir un synode, d’écrire au pontife de Rome, pour que, usant de son autorité, il envoie de ses légats en Orient pour dissoudre les décrets du concile d’Ariminensis. »
Saint Grégoire de Naziance, dans le discours dans lequel il s’excuse d’avoir abdiqué de sa charge épiscopale, dit : « Vous, brebis, ne paissez pas les pasteurs, et ne vous élevez pas au-dessus de leurs têtes. Car il vous suffit d’avoir un bon pasteur. Ne jugez pas les juges, et n’imposez pas de lois aux législateurs ». Comment ne jugerait-il pas les juges, et ne paîtrait-il pas les pasteurs celui qui a l’audace de juger la sentence d’un concile ou d’un pape ? Et pour que tu ne penses pas que saint Grégoire tenait un autre discours aux princes, il dit la même chose à ses citoyens tremblants de peur et au président enragé. Il dit, s’adressant au président : « Êtes-vous capable d’entendre une parole libre ? Que la loi de Dieu vous soumet à mon pouvoir et à mon tribunal ? Car nous régnons, nous aussi, et même d’un empire plus grand et plus parfait. Reçois donc une parole plus libre. Et sache que tu es une brebis de mon troupeau ! » Saint Jean Chrysostome dit dans son commentaire de saint Jean : « Par le Christ, Pierre a été institué maître pour toute la terre. Saint Cyrille dans le trésor, comme il est cité par saint Thomas dans son livre 1 contre l’erreur des Grecs : « Nous devons, nous, adhérer à notre chef, le pontife de Rome. Et cela vaut pour tous. C’est de lui qu’il faut tenir ce qu’il faut croire, ce qu’il faut recevoir. » Voir aussi saint Jean Damascène, dans son discours 1 et 2 pour les images.
Parmi les latins, Tertullien, dans son livre de la prescription des hérétiques, expose bellement ce que nous voulons. Il enseigne, d’abord, qu’il ne faut pas discuter de l’Écriture avec les hérétiques. Car comme c’est l’Église catholique qui a la possession et la véritable compréhension des Écritures, il faut d’abord établir quelle est la vraie doctrine de l’Église, et que c’est par elle qu’il faut comprendre les Écritures. Ce qu’est vraiment la doctrine de l’Église, on ne peut le quérir en toute sureté que dans les églises apostoliques, dont la principale est la romaine. Car Dieu a remis au Christ la doctrine de la vérité, le Christ aux apôtres, et les apôtres à leurs successeurs. Voilà ce qu’il dit en résumé.
Saint Cyprien, dans le livre 1 de son épitre : « Car ce n’est pas pour d’autres raisons que les hérésies et les schismes sont nés que le refus d’obéir au prêtre de Dieu, car ce n’est pas pour un peu de temps qu’il y a un seul prêtre dans l’Église, ni un seul juge qui remplace le Christ. » Car avant les définitions des pontifes sur un point particulier, il est permis, dans les choses douteuses, de tenir une position ou l’autre sans être hérétique. Mais après une définition, ceux qui n’obtempèrent pas deviennent hérétiques.
Saint Ambroise dans son épitre 32 à l’empereur Valentinien junior, qui, corrompu par les Ariens, voulait juger en matière de foi : « Il est certain que, si nous nous en rapportons aux saintes Écritures ou aux siècles passés, qui pourra nier que, dans les causes de foi, ce sont les évêques qui ont coutume de juger les empereurs chrétiens, et non les empereurs les évêques. Avec l’aide de Dieu, l’âge te rendra plus mûr, et tu pourras alors comprendre quelle sorte d’évêque ce serait celui qui accorde aux laïcs le pouvoir sacerdotal. Ton père, qui était plus âgé que toi, disait : Ce n’est pas à moi de juger parmi les évêques. Or, ta clémence dit aujourd’hui : je dois juger ». Et, plus bas : « Si on délibère sur la foi, ce ne peut être que dans une assemblée d’évêques, comme cela s’est passé sous Constantin d’auguste mémoire, qui n’imposa aucune loi, mais laissa aux prêtres le droit de juger en toute liberté. La même chose s’est passés sous l’empereur Constance d’auguste mémoire, héritier de la dignité paternelle. Mais ce qu’il avait bien commencé, il le finit autrement. Car les évêques avaient d’abord mis sincèrement par écrit une profession de foi. Puis ensuite, quelques-uns voulurent que soit jugé dans le palais ce qui venait d’être défini; et les décrets des évêques furent changés par ces contestataires ». Notez les dernières paroles. Car, en voulant porter un jugement sur le décret des évêques, des laïcs méritèrent de tomber dans l’erreur.
Saint Jérôme dans son épitre au pape Damase sur le mot hypostase : « Décidez, je le demande, s’il vous plait. Je ne craindrai pas de dire trois hypostases, si vous l’ordonnez ainsi. » Et, plus bas : « J’implore ta béatitude par le crucifix, par le salut du monde, par la trinité, pour que, par tes lettres, me soit donnée l’autorité d’employer ou de ne pas employer le mot hypostase. » Il demande la même chose dans une autre épitre. Et il est à noter que saint Jérôme était de loin plus savant que le pape Damase, comme on le constate par le grand nombre de questions scripturaires dont il a donné les explications au pape Damase. Et pourtant, quand il est question de définir quelque chose qui se rapporte à la foi, saint Jérôme remet en entier le jugement au pape. Sulpice (dans le livre 2 de son histoire), rapporte que saint Martin aurait dit à l’empereur Maxime : « C’est une impiété nouvelle et inouïe qu’un juge séculier juge une cause de l’Église. »
Saint Augustin dans son livre 1, chap 3 contre Crescon : « Que celui qui craint de se tromper à cause de l’obscurité d’une question consulte l’Église à son sujet, cette église que l’Écriture démontre sans ambiguïté ». Et, dans son épitre 106 à Paulin, parlant des lettres du pape Innocent où il était affirmé clairement que c’est au siège apostolique qu’appartient le jugement sur les choses de la foi, il dit : « C’est à nous tous qu’il prescrit ces choses, comme pouvait et devait le faire le détenteur du siège apostolique » Et dans le livre contre l’épitre du fondement, chapitre 5 : « Je ne croirais que l’évangile est vrai si l’autorité de l’Église catholique ne m’y obligeait ».
Calvin répond : Augustin parle de la persuasion privée des fidèles, par laquelle quelques-uns sont convertis à la foi. Au sens où : je ne croirais pas à l’évangile, c’est-à-dire je ne serais pas maintenant chrétien si je n’avais pas été convaincu par les raisons apportées par les chrétiens. Mais c’est une solution boiteuse. Car, d’abord, c’est du présent que parle le saint quand il dit : si l’autorité de l’Église ne m’y poussait pas. Et ensuite, un peu plus bas : j’ai cru à ceux qui m’ont prescrit l’évangile, pas à ceux qui me l’ont fait connaître. Dans ce passage, ce n’est pas la persuasion mais l’ordre qu’il attribue à l’Église. Et plus bas, parlant du livre des actes des apôtres : « Il me faut croire à ce livre si je crois aux évangiles, parce que l’autorité catholique me commande de recevoir l’un et l’autre de la même façon. De la même façon, dans le prologue de la doctrine du Christ, comme s’il avait prévu cet esprit privé qui dédaigne d’avoir un précepteur : « Gardons-nous de ces tentations superbes et périlleuses, et pensons plutôt au centurion Corneille. Même si un ange lui avait annoncé que ses prières étaient exaucées et ses aumônes agréées, il fut quand même envoyé à Pierre pour être oint. Et il est certain que cet eunuque qui lisait le prophète Isaïe sans le comprendre ne fut pas envoyé à un ange par Philippe, et ne reçut pas d’un ange une interprétation de la prophétie. Rien ne fut divinement révélé à son esprit sans le ministère d’un homme. »
Prospère dans son livre contre la collation ne prouve pas autrement que les pélagiens étaient de vrais hérétiques qu’en rappelant qu’ils ont été condamnés par les évêques romains Innocent, Zosime, Boniface et Célestin. Vincent de Lérins au chapitre 2 de son livre : « Quelqu’un demandera peut-être : puisque le canon des Écritures est parfait, quelle nécessité y a-t-il d’y adjoindre l’autorité de l’intelligence ecclésiastique ? Parce que, à cause de sa profondeur, tous n’entendent pas l’Écriture sainte de la même manière, les uns dans un sens, les autres dans un autre sens. Et cela est si vrai qu’on peut dire qu’il y a autant d’interprétations que de lecteurs. Et voilà pourquoi il est absolument nécessaire que, pour éviter un si grand nombre d’erreurs, chacun interprète les prophètes et les apôtres selon la norme du sens ecclésiastique et catholique. » Il montre clairement que ce qu’il entend par norme ce sont les décrets des conciles, le consentement des pères, et l’enseignement des papes.
Saint Grégoire dans le livre 6 de son épitre 25 : « Il nous est bien connu que les seigneurs très pieux aiment la discipline, observent les commandements, vénèrent les canons, et ne s’immiscent pas dans les causes sacerdotales. » Saint Anselme dans son « pourquoi Dieu fait homme », s’adresse au pape Romain Urbain 11 : « Parce que la divine providence a élu votre sainteté, et vous a confié de conserver la foi chrétienne et de régir son église, c’est à nul autre qu’à vous qu’on se réfère de droit quand nait dans l’Église quelque chose qui s’oppose à la foi, pour que ce soit votre autorité qui corrige l’erreur ».
Saint Bernard dans son épitre 190 au pape Innocent : « C’est à votre siège apostolique qu’on doit référer les périls et les scandales qui émergent dans le royaume de Dieu. Et surtout en ce qui a trait à la foi. Car je crois que sont puissamment réparés les dommages causés à la foi, là ou la foi ne peut pas connaitre de défaillance ». Et un peu plus bas : « C’est pour vous le temps, père très aimant, de prendre conscience de votre pouvoir, d’éprouver votre zèle, d’honorer votre ministère. Car, vous êtes pleinement le successeur de Pierre, dont vous occupez le siège si, par votre admonition, vous confirmez dans la foi les cœurs chancelants, si par votre autorité vous écrasez les corrupteurs de la foi ». Et dans l’épitre 189 : « Je disais que ses écrits suffisent pour le condamner, et que ce n’est pas à moi à régler cette question, mais aux évêques, dont c’est le ministère de juger des dogmes ».
3 avril 2017 à 20:20
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6 avril 2017 à 16:29
CHAPITRE 9 On prouve la même chose à l’aide de la seule raison
On le prouve, en dernier lieu, avec la raison. Dieu n’ignorait pas que s’élèveraient dans la l’Église de graves difficultés au sujet de la foi. Il devait donc assigner un juge à son Église. Or, ce juge ne peut être ni l’Écriture, ni l’Esprit privé révélant. Il faut donc qu’il soit le chef ecclésiastique, agissant seul, ou en concile, ou du consentement de tous les évêques. Car on n’imagine et on ne peut imaginer rien d’autre qui puisse remplir le rôle de juge. Il saute aux yeux que l’Écriture ne peut pas être le juge, car elle reçoit plusieurs sens; et elle ne peut pas dire quel est celui qui est le vrai. Ensuite, dans toute société bien ordonnée, la loi et le juge sont deux choses distinctes; car la loi prescrit ce qu’il faut faire, et le juge interprète la loi, et dirige les hommes d’après elle. Il est donc clair que, quand il est question d’interpréter l’Écriture, elle ne peut pas remplir ce rôle, car elle ne peut pas s’interpréter elle-même.
Mais ils rétorquent qu’il est facile à un linguiste chevronné de dégager le vrai sens en comparant un grand nombre de passages différents. Mais que dire si ces experts qui sont en grand nombre, et qui décrètent sur les mêmes textes, ne peuvent pas se mettre d’accord sur le véritable sens ? Lequel d’entre eux sera le juge de tous ? Il est certain que parmi les luthériens et les zwingliens il y a eu des linguistes de premier plan; qui se sont donnés beaucoup de mal pour interpréter droitement l’Écriture. Et pourtant, ils n’ont jamais pu s’entendre sur l’explication de cette seule phrase : « Cela est mon corps ». Mais les luthériens diront : les zwingliens se sont aveuglés eux-mêmes; il ne faut donc pas se surprendre s’ils ne peuvent pas comprendre les paroles les plus claires du Seigneur. Mais si les zwingliens disent que ce sont les luthériens qui se sont aveuglés, qui sera le juge ?
Que le juge ne peut pas être l’esprit révélant la vérité à chaque homme privé, il est facile de le démontrer. L’esprit qui est en toi n’est ni vu ni entendu par moi. Or un juge doit être vu et entendu par les deux parties en litige. Car ceux qui ont des vues divergentes sont des êtres corporels. Si nous étions de purs esprits, un juge spirituel suffirait peut-être. De plus, dans la société civile, tous possèdent la vraie lumière, qui sert à faire des lois et à les interpréter, la loi naturelle. Et pourtant, l’interprétation de la loi par le jugement privé de chacun n’est jamais permise. Et si elle était permise, la société ne pourrait pas durer longtemps. On a encore beaucoup moins de raisons de permettre que l’interprétation de l’Écriture se fasse par le jugement privé de tout un chacun. Car il n’est que trop clair que tous n’ont pas la lumière surnaturelle qui est à l’origine de la loi divine, et qui est absolument nécessaire à sa juste interprétation.
De plus, le juge doit avoir une autorité capable d’imposer et de punir les infractions aux lois; autrement, son jugement ne servirait à rien. Or, les hommes privés ne possèdent pas une telle autorité. Il faut aussi ajouter qu’un grand nombre d’illettrés et d’ignorants sont assez honnêtes pour admettre qu’ils sont absolument incapables de porter un jugement sur les choses de la foi. Et puisque ces gens-là peuvent quand même être sauvés, il n’est donc pas nécessaire que tous jugent.
Ensuite, si cet esprit privé révélant était le juge, le chemin menant à la conversion serait barricadé, et il n’y aurait aucun moyen de mettre fin à aucune controverse. Car, parmi les hérétiques, il n’y en a aucun qui ne fasse pas parade de son esprit, et qui ne le fasse pas passer avant celui des autres. Nous trouvons quelque chose de semblable dans 2 parl 18. Quand le prophète du Seigneur Michée affirmait qu’il parlait au nom du Seigneur, et que les pseudos prophètes étaient sous l’action de l’esprit du mensonge, le faux prophète Sédécias lui répondit : « par quelle voie est passé l’Esprit de Dieu pour te parler ? » Si, aujourd’hui, un catholique disait : « voilà ce que l’Esprit me révèle », un hérétique lui répondrait : « et par quelle voie » ?
Que le prince séculier ne soit pas juge en matière de foi, nous le prouvons ainsi. Aucun effet ne peut être plus puissant que sa cause. Or, les causes d’un gouvernement séculier sont humaines et naturelles, sa cause efficiente étant l’élection du peuple, sa cause finale la paix et la tranquillité temporelle de la république. Le prince n’a donc qu’une autorité humaine et un pouvoir humain; le seul pouvoir que le peuple pouvait lui donner, et qui suffit à la conservation de la paix temporelle. La preuve de tout cela c’est qu’il peut y avoir de vrais rois sans l’Église, de vrais princes temporels; et que l’Église peut exister sans eux, comme cela a eu lieu pendant les trois premiers siècles de l’Église.
Ne s’oppose pas à ce que nous enseignons ce qui est dit dans l’épitre aux Romains, 13. « Il n’y pas d’autorité qui ne vienne de Dieu. Et celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordre établi par Dieu ». Car l’apôtre ne veut pas dire que tout pouvoir royal a été immédiatement conféré par Dieu, mais par une démarche intermédiaire. Dieu, en effet, a déposé dans le cœur des hommes un instinct naturel qui leur ferait se créer des rois. On dit, de la même manière, que les autorités humaines viennent de Dieu parce qu’elles procèdent de la loi naturelle, qu’au moment de la création, Dieu a imprégnée dans l’âme humaine. Or, l’autorité ecclésiastique a des causes divines et surnaturelles; et elle a Dieu pour cause efficiente immédiate. Car le pontife ne reçoit pas son autorité de l’Église, mais du Christ, qui lui a dit : « Pais mes brebis (sain Jean, à la fin) ». Et : « Je te donne les clefs du royaume des cieux (Matt. 16) ». La cause finale est la béatitude éternelle.