Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 20)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Au surplus, en dehors de l’Église ne se trouve aucun vrai pontife, pas les vrais prêtres, sans lesquels elle ne peut pas exister. C’est ce qu’a enseigné saint Grégoire de Naziance dans son discours aux citoyens tremblants de peur, saint Jean Chrysostome dans son homélie sur les paroles d’Isaïe, et saint Ambroise dans son livre sur la dignité sacerdotale, chapitre 2. Tous ces pères déclarent que l’évêque est autant élevé au-dessus du roi que l’esprit ne l’est sur la chair, le ciel sur la terre, l’or sur le plomb. Voilà pourquoi le pontificat et le sacerdoce appartiennent par eux-mêmes à l’Église, et par accident au pouvoir temporel. Donc, comme définir la foi et interpréter les saintes Écritures est un acte ecclésiastique spirituel, il est absolument certain que cet acte n’est pas du ressort du prince temporel, mais du chef ecclésiastique et spirituel.

CHAPITRE 10 Solution des difficultés

On nous objecte d’abord, ce passage d’Isaïe 54. « Je donnerai à tous tes fils d’être enseignés par le Seigneur ». Je réponds que le prophète Isaïe ne parle pas de l’esprit privé révélant, mais ou il parle de la doctrine évangélique que Dieu lui-même, c’est-à-dire le Christ, a prêchée et enseignée, comme l’explique ici saint Cyrille. Selon lui, le sens est le suivant : je n’enseignerai pas le peuple chrétien par mes prophètes, mais par moi-même, selon l’épitre aux hébreux

1. Ou (ce qui est plus subtil et plus obvie), il parle de la grâce de l’Esprit saint, par laquelle l’homme intérieur est mu par Dieu, et porté suavement à croire et à aimer, comme l’expose saint Augustin au livre de la grâce du Christ, chapitres 12, 13, et 14. Le sens n’est donc pas que tous les chrétiens, par la divine révélation, comprendront tous les passages obscurs de l’Écriture, mais qu’ils seront tels que non seulement ils écouteront le maître externe qui leur expliquera la parole de Dieu, mais qu’ils entendront aussi Dieu, le maître interne, qui leur persuade de faire ce qu’ils entendent. Pendant une prédication de la parole de Dieu, tous entendent et comprennent ce qui est dit. Mais un croit, un autre ne croit pas; un se converti en allant du péché à la pénitence, un autre ne se convertit pas. Les premiers dont on a parlé sont enseignés par Dieu, les autres ne le sont pas. Le Seigneur lui-même a tiré de ce passage un témoignage (Jean 6) : « Il est écrit dans les Prophètes : tous seront dociles à la parole de Dieu. Celui qui a écouté parler le Père, et a appris de lui vient à moi ». Et l’apôtre dans 1 Thess : « Sur la charité fraternelle il n’est pas nécessaire que nous vous écrivions, car vous avez appris de Dieu lui-même que vous devez vous aimer les uns les autres ».

La deuxième objection vient de Jérémie 31 : « Je donnerai ma loi dans leurs viscères, et je l’écrirai dans leurs cœurs, et un homme n’enseignera plus son prochain en disant : connais le Seigneur. Car tous me connaîtront du plus petit jusqu’au plus grand. » Je réponds avec saint Augustin dans son livre de l’esprit et de la lettre, 24, que ces paroles (je donnerai ma loi) signifient la grâce du nouveau testament, c’est-à-dire la foi opérant par la charité, que le Seigneur infuse dans nos cœurs, pour que non seulement nous connaissions mais pour que nous observions les commandements divins. Ces paroles (et il n’enseignera plus) signifient la récompense de la foi, c’est-à-dire la béatitude, dans laquelle tous les élus verront Dieu face à face.

Si quelqu’un veut à tout prix que ces dernières paroles s’entendent de ce siècle, on pourra répondre que le prophète ne parle pas ici des mystères absconds de l’Écriture, mais de la connaissance d’un seul Dieu. À l’époque de l’ancien testament, ce n’était pas seulement les Gentils qui adoraient les faux dieux, le peuple de Dieu lui-même se tournait fréquemment vers les idoles et les faux dieux. Jérémie a prédit qu’il arriverait un temps, celui du nouveau testament, où tous les hommes connaîtraient le Dieu unique, ce que nous voyons maintenant accompli. Car, les Gentils se sont convertis à la foi; et même s’ils sont impies, les Juifs et les Turcs adorent un seul Dieu.

Le troisième argument vient de Matth 23 : « Ne veuillez pas être appelés rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître ». Nous devons donc nous contenter du seul maître interne. Je réponds que Dieu n’interdit pas le nom et l’office de maître, mais l’ambition et le désir de cet honneur. Car, dans 2 Timothée, l’apôtre s’appelle le docteur et le maître des Gentils. De plus, dans ce chapitre 23, le Christ blâme les scribes et les pharisiens, qui aimaient les premières places, et être salués du nom de rabbis par les hommes. C’est dans le même sens qu’il dit : « n’appelez personne père sur cette terre ». Il est tout à fait certain qu’il ne prohibait ni le nom ni la fonction du père, mais une affection excessive envers les parents.

Le quatrième argument (Jean 5) : « Je ne reçois pas le témoignage d’un homme ». La parole de Dieu ne reçoit donc pas de témoignage de la parole de l’homme. Or, le pontife et le concile sont des hommes. Donc, les Écritures n’ont pas besoin de leurs témoignages, mais suffisent, par elles-mêmes, pour trancher toutes les controverses. Je réponds que le Christ n’a pas eu besoin du témoignage des hommes pour lui-même, car il en avait de plus grands, mais, que, pour les autres, il se servait du témoignage des hommes. Jean 1. « Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la Vérité ». Et Jean 15 : « Vous rendrez témoignage, parce que vous avez été avec moi depuis le début ». Actes des apôtres : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée ». Et les martyrs, pourquoi leur donnons-nous ce nom, si ce n’est parce qu’ils ont été des témoins du Christ ? Donc, quand le Seigneur a dit : « Vous avez envoyés des légats voir Jean, et il a rendu témoignage à la vérité, mais, je dis cela, pour que vous soyez sauvés », le sens est : je vous présente le témoignage de Jean que vous avez-vous-mêmes sollicités, non parce que j’en ai besoin moi-même, mais parce que cela vous est utile, pour que vous croyiez plus facilement. De la même façon, l’Écriture n’a pas besoin pour elle-même de témoignage, car qu’elle soit comprise ou pas, elle est elle-même vraie; mais, pour vous, elle a besoin du témoignage de l’Église, car nous ne pourrions pas autrement savoir avec certitude quels sont les livres divins et inspirés, ni quel en est leur sens véritable et congénital.

Le cinquième argument est tiré de Jean 7 : « Celui qui voudra faire la volonté de celui qui m’a envoyé comprendra que ma doctrine vient de Dieu. » N’est donc pas requis, en plus de l’esprit de l’amour de Dieu, un autre magistère pour comprendre les Écritures. Je réponds que le Seigneur ne dit pas cela pour faire comprendre que les hommes peuvent saisir par eux-mêmes le sens de tous les passages de l’Écriture, mais que ceux qui sont honnêtes sont protégés contre les obstacles qui les empêchent de percevoir la vérité de la foi ou par eux-mêmes ou avec l’aides des autres. Car le désir de la gloire, des richesses et d’autres choses semblables rend aveugle. Voilà pourquoi le Seigneur a dit en saint Jean : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recherchez la gloire les uns des autres ? » Et saint Luc 16 : « Ils entendaient tout cela les Pharisiens qui étaient avares, et qui se moquaient de lui ».

Le sixième argument (Jean 10) : « Mes brebis écoutent ma voix et me suivent. » Nous n’avons donc pas besoin d’un autre précepteur. Je réponds que Jésus parle des prédestinés, comme l’explique saint Augustin, « de ceux qui, pendant la vie entendent clairement l’appel de Dieu, et suivent leur vocation jusqu’à la mort ». Car, ces paroles ne se rapportent manifestement pas aux difficultés de compréhension des Écritures. Et même s’il s’agissait de l’interprétation des Écritures, nous dirions que le Christ parle à ses brebis de plusieurs façons : par l’Écriture, par une inspiration interne, et ouvertement par la bouche de ses représentants. C’est d’eux qu’il parlait quand il disait dans saint Luc 10 : « Celui qui vous écoute m’écoute ». Il ne faut donc pas penser que quand il dit « mes brebis écoutent ma voix », il exclue ses représentants. Car, il dit de même ailleurs : « Elles ne suivent pas un étranger », et « elles n’écoutent pas la voix des étrangers ».

Le septième argument est tiré des actes des apôtres 17. Les Juifs de Beyrouth scrutaient les Écritures pour vérifier si elles étaient comme saint Paul les prêchait. Si donc il a été permis à ces hommes, qui étaient sûrement des laïcs d’examiner les paroles de saint Paul, pourquoi ne nous serait-il par permis à nous d’examiner les paroles du pape et des conciles ? Je réponds que, même si saint Paul était un apôtre et ne pouvait pas prêcher une fausse doctrine, cela ne s’imposait pas comme une évidence au tout début de la prédication, car les Juifs aussi bien que les païens n’étaient pas tenus de croire avant d’avoir vu des miracles ou d’autres raisons de croire probables. Et comme saint Paul leur prouvait que Jésus était le Messie au moyen des oracles des prophètes, il n’était que normal qu’ils scrutent les Écritures pour vérifier si les citations étaient exactes. Les chrétiens, eux, savent que l’Église ne peut errer en interprétant la doctrine de foi. Ils sont donc tenus à accepter son enseignement, et à ne pas douter de sa conformité à la révélation.

J’ajoute qu’un hérétique pèche en doutant de l’autorité de l’Église, dans laquelle il a été régénéré par le baptême, car la condition d’un hérétique qui a déjà professé la foi n’est pas la même que celle d’un Juif ou d’un païen qui n’a jamais été chrétien. Mais même s’il pèche en doutant, un hérétique ne pèche pas en scrutant et en examinant les passages des Écritures et des Pères cités par le concile de Trente, s’il le fait dans l’intention de trouver la vérité, et non de calomnier. On devrait, bien sûr, accepter la doctrine de l’Église sans examen. Mais il est préférable de se préparer à accepter la vérité en examinant, plutôt que de demeurer dans les ténèbres sans rien faire, par indifférence ou négligence.

Le huitième argument vient de Romains 12 : « Ayant, selon la grâce, des dons différents à nous donnés, soit la prophétie selon la raison de foi, soit le ministère .» L’apôtre enseigne ici que le don de prophétie, c’est-à-dire le don d’interpréter l’Écriture est accordé selon la raison de la foi, (en grec, selon l’analogie de la foi), c’est-à-dire selon la mesure et la norme de la vertu de foi. On ne doit donc pas demander l’interprétation de l’Écriture au pape ou à un concile, mais à celui chez qui la foi abonde davantage, quel qu’il soit.

Je réponds qu’on peut nier la conclusion. Car dans le pape ou dans un concile, la foi abonde plus que dans un homme privé, puisque le pape qui enseigne ex cathedra ne peut errer, ni non plus un concile qui enseigne en union avec le pape, tandis que n’importe lequel homme privé le peut. On pourrait ensuite répondre que la prophétie, dans ce passage, ne se rapporte pas à l’interprétation de l’Écriture, mais au don de prédire les choses futures, comme l’expliquent saint Ambroise, Théodoret, Theophylactus, saint Thomas, saint Jean Chrysostome dans 1 Corinth 12, et d’autres. J’ajoute ceci. Que l’on prenne le mot prophétie au sens de don de prédire le futur ou d’interpréter la sainte Écriture, on ne peut, de ce passage, tirer aucun argument contre nous. Car le « selon la raison de foi » n’est pas joint au verbe « ayant », mais au mot sous-entendu « administrons ». L’apôtre explique en effet, ici, l’usage que l’on doit faire des grâces données gratuitement, et il enseigne que la prophétie doit se faire selon la règle de la foi, de façon à ce que personne ne prédise des choses contraires à la foi, comme le faisaient les pseudos prophètes; ni n’interprète les Écritures dans un sens contraire à la foi catholique, comme les hérétiques le font souvent.

Le neuvième argument (1 Corinth 1) : « Le spirituel juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne ». C’est donc aux spirituels et non aux papes ou aux conciles, qu’appartient l’interprétation des Écritures. Je réponds que nous nions pas qu’il y ait eu dans l’Église des hommes spirituels et parfaits qui ont interprété correctement les Écritures, qui ont prédit le futur et qui ont lu les secrets des cœurs. Ce que nous nions c’est que c’est à eux qu’il appartient de porter un jugement définitif dans une controverse portant sur la foi. Et cela, pour deux raisons. Car, d’abord, nous ne savons pas avec certitude, d’une certitude de foi, quels sont ceux qui sont spirituels; tandis que nous savons avec certitude que le pape et le concile sont spirituels, c’est-à-dire qu’ils sont régis par le Saint Esprit. Ensuite, nous savons que les hommes spirituels ne sont pas éclairés en tout temps et sur toutes choses par l’Esprit saint, et qu’ils sont parfois tenus dans l’ignorance de certaines choses. C’est ce qu’on voit clairement dans le cas d’Élisée qui avait reçu une part de l’esprit d’Élie. N’avouait-il (4) pas « que le Seigneur m’a caché cela, et ne me l’a pas indiqué ? »

Tu diras. Mais que signifie donc ce « il jugera toutes choses ». Je réponds qu’il s’agit de toutes les choses temporelles et spirituelles. Car, il avait dit : les hommes animaux ne perçoivent pas les choses de Dieu, mais ne peuvent juger que des choses terrestres. Il dit maintenant : les spirituels jugent tout, les choses terrestres et les divines. Il ne s’ensuit donc pas qu’il puisse juger toutes les choses divines. Car qui nie que plusieurs parmi les anciens pères, aient eu un excellent don d’interprétation, et qu’ils aient été des spirituels ? Et pourtant, même les meilleurs d’entre eux se sont parfois fourvoyés lamentablement.

Le dixième argument (i Corinth 12). Parlant du don d’interprétation et de dons semblables, l’apôtre dit : « Tous ces dons c’est un seul et même Esprit qui les produit en nous, les distribuant à chacun comme il le veut ». Ce don n’est donc pas lié à un concile ou au pape, mais il est donné librement par Dieu à qui il veut. Et, pour appuyer leur dire, ils ajoutent que, laissant de côté les prêtres et les pontifes, Dieu suscitait des prophètes du milieu du peuple. Car le prophète Amos était un pasteur de brebis, et la prophétesse Deborah, une femme.

Je réponds que l’apôtre parle de chacun en particulier, et ce qu’il veut dire c’est que le don d’interprétation n’est pas donné à tous les hommes. Il ne suit donc pas de cela que le don d’interpréter ne se trouve pas dans le concile ou dans le pape enseignant ex cathedra, car autre est la règle d’interprétation du concile et du pape, et autre est celle des hommes privés. J’ajoute à titre de preuve supplémentaire, que les privilèges de quelques-uns ne constituent pas une loi générale. Car si on prétend qu’il faut donner à tous ce qui a été donné à Amos et à Deborah, il faudra aussi revendiquer pour tous les chevaux le don de la parole qui a été donné à l’ânesse de Balaam. De plus, c’est une chose de parler de nouvelles révélations, et c’en est une autre de parler de l’explication d’une doctrine déjà acceptée. Car les nouvelles révélations ne sont liées aux pontifes ni dans le nouveau ni dans l’ancien testament. Dans l’ancien testament, d’abord, ceux qui étaient prophètes c’étaient Jérémie, Isaïe, et d’autres semblables, mais non Aaron et ses successeurs. Dans le nouveau testament, ensuite, Agabus et les filles de Philippe prophétisaient, mais non les papes Lin, Agapet et Clément. Mais l’explication de la doctrine reçue et le jugement à porter sur les dogmes ont toujours relevé des pontifes, comme nous l’avons montré plus haut.

Le onzième argument (1 Thess 5) : « Éprouvez tout, conservez ce qui est bien ». Et (1Jean 4) : « Ne croyez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu ». Il faut donc examiner et passer au crible les décisions doctrinales des conciles et des papes, car saint Paul et saint Jean n’excluent rien. Ils tirent aussi de ces citations que c’est injustement que sont prohibés les livres des hérétiques, puisque l’apôtre dit qu’il faut tout éprouver. J’ai deux choses à répondre à cela. La première, c’est que, quand l’apôtre invite à éprouver toutes choses ou tous les esprits, il n’entend pas obliger d’agir ainsi tous les membres de l’Église, mais ceux-là seulement auxquels la chose incombe. Car, par exemple, si on demande à une académie d’examiner un livre, cela ne signifie pas que chaque membre de l’académie soit tenu de l’examiner personnellement, mais ceux-là seuls qui sont docteurs dans le domaine traité par le livre. Je dis ensuite que dans les deux cas il s’agit d’une doctrine douteuse, car elle seule a besoin d’une approbation. Mais elle n’est pas douteuse la doctrine des livres prohibés; car elle est manifestement mauvaise, puisqu’elle est examinée et condamnée. La doctrine des conciles, elle, n’est pas douteuse, non plus, mais tout à fait bonne. Et c’est pour cela que quand l’apôtre Paul (actes des apôtres 15) communiqua aux Églises le décret du concile de Jérusalem, il ne leur dit pas de l’éprouver, mais il leur donna l’ordre d’accepter le décret.

Le douzième argument (1 Jean 2) : « Vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous enseigne, mais l’onction vous enseigne toutes choses. » Je réponds que saint Jean ne parle pas formellement de la connaissance des choses divines, comme si ceux qui ont reçu l’Esprit saint n’avaient plus besoin d’un maître. Car, si c’était cela le véritable sens de ses paroles, pourquoi aurait-il écrit une épitre pour avertir et instruire ceux à qui l’onction enseignait toutes choses ? Et pourquoi Dieu aurait-il établi dans l’Églises des prédicateurs et des pasteurs ? Il parle donc seulement de ces dogmes qu’ils ont déjà reçus des apôtres, qu’ils ont appris avec la coopération de l’onction du saint Esprit, et qu’ils ont crus. Il les avertit donc de demeurer fermes dans la foi, et de ne pas prêter l’oreille aux enseignements contraires des pseudos prophètes. C’est comme si un catholique écrivait aujourd’hui à des catholiques harcelés et troublés par des hérétiques : il n’est absolument pas nécessaire qu’un luthérien ou un calviniste vous enseigne la doctrine du Christ, car vous avez déjà appris tout ce qu’il vous faut savoir, et vous tenez cela de la prédication de l’Église jointe à l’onction de l’Esprit saint. Que cela soit bien le sens du texte le montrent les paroles précédentes et suivantes. Les précédentes : « Je ne vous ai pas écrit comme à des gens ignorant la vérité, mais comme à ceux qui la connaissent, pour qu’elle persévère en vous. Je vous ai écrit cela à cause de ceux qui vous séduisent ». Les suivantes : « Demeurez dans ce que je vous ai enseigné, pour que, quand il apparaîtra, nous ayons confiance, et que nous ne soyons pas confondus par son avènement ».

Le treizième argument. L’apôtre, au chapitre 2, écrit aux Éphésiens : « Vous êtes les citoyens des saints, et les domestiques de Dieu, surédifiés sur le fondement des apôtres ». Si la compréhension des Écritures dépendait du pape et des conciles, notre Église serait fondée sur les décrets des papes et des conciles plus que sur les écrits des prophètes et des apôtres. Je réponds à cet argument que Calvin répète souvent, et qu’il s’efforce d’inculquer. Je dis d’abord que nous ne nions pas, mais que nous affirmons plutôt énergiquement contre les hérétiques, que la parole de Dieu prêchée par les prophètes et les apôtres est le premier fondement de notre foi. Car ce que nous croyons, nous le croyons parce que Dieu l’a révélé par les prophètes et les apôtres. Mais nous ajoutons, qu’en plus de ce premier fondement, il en faut un deuxième, c’est-à-dire l’attestation de l’Église. Car ce n’est que par le témoignage de l’Église que nous savons avec certitude ce que Dieu a révélé. Et c’est pourquoi, comme nous lisons que le Christ est la pierre angulaire, et le premier fondement de l’Église, nous lisons aussi dans Matth 16 au sujet de Pierre : « sur cette pierre j’édifierai mon Église ». Notre foi adhère donc au Christ comme à celui qui révèle les mystères de vérité, en tant que fondement premier. Elle adhère aussi à Pierre, comme à celui qui propose et explique les mystères de vérité, en tant que fondement secondaire.

Le dixième argument. Si le pontife ou le concile est le juge des Écritures, il en résulte forcément que le pape ou le concile sont au-dessus des Écritures. Et si, sans le pontife ou le concile, le sens de l’Écriture n’est pas authentique, il s’ensuit forcément que la parole reçoit sa force et sa fermeté de la parole des hommes. Je réponds que cet argument, qui est très en vogue auprès des hérétiques, repose sur une équivoque. On peut comprendre de deux façons la façon dont l’Église est le juge des Écritures. La première. L’Église juge qu’est vrai ou faux ce que les Écritures enseignent. La seconde. Étant placée comme un fondement certain, elle se fait le juge de la véritable interprétation des paroles très vraies de l’Écriture. Il est tout à fait vrai que si l’Église jugeait de la première façon, elle serait au-dessus de l’Écriture. Mais nous ne disons pas cela, bien que les hérétiques nous reprochent calomnieusement de le dire, eux qui vocifèrent que nous mettons l’Écriture sous les pieds du pape. La deuxième façon de juger dont nous reconnaissons le droit et le devoir à l’Église ne place pas l’Église au-dessus des Écritures, mais au-dessus du jugement privé des hommes. Car l’Église ne juge pas de la vérité des Écritures, mais de la compréhension qu’on tu en as, que j’en ai, et que les autres en ont. Ce jugement ne donne donc pas à la parole de Dieu sa force, mais sa compréhension. Car l’Écriture n’est pas plus vraie ou plus certaine parce que l’Église l’a interprétée ainsi; mais ma compréhension de l’Écriture est plus vraie quand elle est confirmée par l’Église.

Le quinzième argument. Si c’est du jugement de l’Église que dépend notre foi, elle dépend donc de la parole des hommes. Elle est donc posée sur un fondement des plus débiles. De plus, l’Écriture a été composée par le Saint Esprit. C’est donc à l’Esprit de Dieu, non à l’Église, d’en donner l’interprétation. Je réponds que la parole de l’Église (d’un concile ou du pape parlant ex cathedra) n’est pas entièrement une parole d’homme, c’est-à-dire, sujette à l’erreur; mais qu’elle est, d’une certaine façon, la parole de Dieu, c’est-à-dire une parole proférée avec l’aide et la guidance du Saint Esprit. Je dis que les hérétiques sont ceux qui s’appuient sur un roseau en guise de bâton. Car il faut savoir que la proposition de la foi se conclut par le syllogisme suivant. Tout ce que Dieu a révélé dans les Écritures est vrai. Or Dieu a révélé cela dans les Écritures. Donc, cela est vrai. La première partie de ce syllogisme est vraie pour tous. La seconde est tout à fait certaine pour les catholiques, car elle s’appuie sur les témoignages de l’Église, des conciles et du pape, à qui il a été promis selon les Écritures, de ne pas errer dans la foi. Actes des apôtres 15 : « Il a semblé à l’Esprit saint et à nous ». Et Luc 22 : « J’ai prié pour que ta foi ne fléchisse pas ». Mais, pour les hérétiques, elle n’est fondée que sur des conjectures, ou sur le jugement de l’esprit propre, qui semble souvent bon, mais est mauvais. Et, comme la conclusion suit la partie la plus faible, il devient nécessaire que toute la foi des hérétiques soit conjecturale et incertaine.

Le seizième argument. Quand saint Augustin et les autres pères expliquent l’Écriture, ils n’usurpent pas le pouvoir prétorien de juger, mais permettent que leurs explications soient jugées par d’autres. Je réponds qu’autre est une explication de l’Écriture à la façon d’un juge, autre est l’explication de l’Écriture à la façon d’un docteur. L’explication d’un docteur requiert de l’érudition, celle d’un juge l’autorité. Car un docteur ne propose pas son opinion comme devant être nécessairement suivie, mais seulement dans la mesure où la raison nous le persuade. Mais le juge, lui, émet une sentence qui doit être suivie. Nous recevons les glossses de Bartholus et de Baldus autrement que nous ne recevons les déclarations d’un prince. Saint Augustin et les autres pères remplissaient donc, dans leurs commentaires, le rôle de docteurs. Mais les conciles et les pontifes remplissent la fonction de juges mandatés par Dieu.

Dix-septième argument. Saint Augustin affirme que « l’Église ne doit pas se mettre avant le Christ, lui qui juge toujours avec vérité. Les juges ecclésiastiques, comme tous les hommes, se trompent souvent ». Voilà quelles sont les paroles de Calvin dans la préface de son institution. Il en déduit que ce n’est pas aux prélats à juger des controverses. Je réponds d’abord que Calvin a fait une fausse citation de saint Augustin (chapitre 2 contre Cresconium). Contre Cresconium, saint Augustin a écrit quatre livres, et en aucun de ces livres on ne trouve au chapitre 21 ces paroles telles quelles. On en trouve, il est vrai, dans le livre 2, chapitre 21, là où saint Augustin parle des questions de fait, et non de droit, dans lesquelles les juges ecclésiastiques peuvent commettre des erreurs. Car, il enseigne à cet endroit que les juges ecclésiastiques peuvent souvent se tromper, et baptiser, par exemple, des gens qui se font baptiser pour de faux motifs, tout en paraissant sincères. Et comme il se rendait compte qu’il ne pouvait pas tirer de ce texte des objections véritables, Calvin n’a pas pris la peine de noter correctement le passage. Car il avait coutume de faire des citations exactes, surtout quand il pensait en tirer un avantage.

Les autres arguments qui se rapportent à ce sujet, nous les résoudrons quand nous nous demanderons si le pape ou les conciles peuvent errer, et quel est celui qui doit présider les conciles.

6 avril 2017 à 16:29

fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin, docteur de l'Eglise Catholique Romaine : JesusMarie.com, France, Paris, juillet 2017.

la Tradition la Parole de Dieu non ecrite Robert Bellarmin Les Controverses

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Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.

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Tome 1 : Les règles de la foi : trois controverses générales :

1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV

2eme Controverse : le Christ chef de toute l’Eglise, l. V ;

3eme Controverse : le souverain pontife, son vicaire ici-bas, l. V.

pouvoir spirituel et son pouvoir temporel.

1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV (4 livres).

livre 1 : Les livres sacrés et les livres Apocrypes (20 chap.) livre 2 : Les Différentes éditions (16 chap.) livre 3 : L'interprétation de la Parole de Dieu (10 chap.) livre 4 : La parole de Dieu non écrite (12 chap.)

livre 4 : La parole de Dieu non écrite (12 chap.)

CHAPITRE 01 : Ceux qui furent les plus grands promoteurs ou les plus grands adversaires des traditions non écrites. CHAPITRE 02 : Qu’est-ce que la tradition, et combien y en a-t-il ?

CHAPITRE 03 : Présentation de l’état de la question

et réfutation de certains mensonges des adversaires.

CHAPITRE 04 : On démontre la nécessité de la tradition

CHAPITRE 05 : On démontre par l’Écriture qu’il y a de véritables traditions

CHAPITRE 06 : On montre la même chose par les témoignages donnés par les pontifes et les conciles

CHAPITRE 07 : On prouve la même chose à l’aide des pères

CHAPITRE 08 : On prouve la même chose avec quatre arguments

CHAPITRE 09 : Explication des 5 règles qui font connaître les vraies traditions.

CHAPITRE 10 : On répond aux objections que les adversaires ont tirées des Écritures.

CHAPITRE 11 : Réfutation des objections tirées des écrits des pères

CHAPITRE 12 : Réponse aux objections des adversaires

11 avril 2017 à 16:21

LIVRE 4 : La parole de Dieu non écrite

CHAPITRE 1 : Ceux qui furent les plus grands promoteurs ou les plus grands adversaires des traditions non écrites.

Nous avons jusqu’à présent disserté de la parole de Dieu qui a été écrite. Entreprenons, maintenant, de discuter de la parole de Dieu non écrite. Qu’il nous soit permis d’abord de rendre hommage aux docteurs de notre époque qui ont le plus écrit sur les traditions, ceux du moins que nous avons lus, car il ne nous a pas été permis de les lire tous.

A écrit magnifiquement sur ce sujet le cardinal Hosius au livre 4 contre le prolégomène de Brentius, Pierre a solo dans sa défense contre le même Brentius, par 2 a, chap 50 à 66. Melchior Cano dans le livre 3 de ses lieux théologiques, Martin Peresius au début de son œuvre sur la tradition, Jodocus Tiletanus dans son apologie pour le concile de Trente contre Kemnitius, Alphonse a Castro dans le livre 1, chap 5 de son œuvre contre les hérétiques, l’Évêque Roffensis au début de son œuvre contre des articles de Luther, les docteurs de Cologne dans leur examen du catéchisme de Monhem, au reproche 6 du dialogue, Pierre Canisius dans son catéchisme sur les préceptes de l’Église, Guillaume Lindanus dans le livre 5 de sa panoplie, Jean de Louvain dans son livre de l’invocation des saints, chap 23, 24, 25, Félix Ninguarda, dans son livre sur la foi catholique, Gaspar Gardileus Villapandeus, dans le livre de la tradition.

Parmi les hérétiques qui ont surtout écrit contre les traditions, on trouve Jean Calvin, livre 4 de son institution, chap 8, versets 6, 7,8, et chapitre 10, versets 18, 19, 20. Et dans son antidote à la session 4 du concile de Trente, Jean Brentius dans ses prolégomènes contre Pierre a Solo, Martin Kemnitius dans son livre des principaux chapitres de la théologie jésuite, et longuement, dans son examen du concile de Trente, examinant le décret des traditions de la session 4, et un certain Harmann Harmelmannus, qui vient tout juste d’éditer un volume énorme contre les traditions, qu’il divise en trois livres, comprenant chacun trois parties.

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