Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 194)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ainsi, la confession n’est pas proprement la matière du sacrement, en tant que prière quelconque, mais en tant qu’action d’un pénitent. Car, comme l’enseigne saint Thomas, (1V dist 14, quest 1, art 1), c’est une chose singulière dans ce sacrement que l’action de celui qui le reçoit soit une partie essentielle du sacrement. Car, entre les médicaments corporels, quelques-uns sont extrinsèques, comme des emplâtres qu’on applique aux malades, et qui ne requièrent pas l’action du malade comme faisant partie du médicament; et d’autres qui sont en partie extrinsèques et en partie intrinsèques, comme des potions qui requièrent la marche, comme faisant partie du médicament. De la même façon, certains sacrements sont appliqués et conférés par le ministre, en totalité, comme le baptême et l’eucharistie; mais le sacrement de pénitence est appliqué en partie par l’absolution du ministre, et requiert en partie l’action du malade (la contrition, la confession, la satisfaction).

Nous pouvons montrer la même chose au sujet de la forme. Car, du consentement de tous, dans le sacrement du mariage, à la place des paroles, un signe de tête ou des lettres suffisent, pourvu qu’ils expriment suffisamment le consentement des deux parties. Comme l’ont dit les papes Nicolas (27, question 2, canon sufficiat,) et le pape Alexandre (chapitre cum locum, sur les fiançailles et les mariages) : « Le consentement seul suffit pour opérer le mariage. » Il ne faut pas entendre cette phrase au sens où le consentement intérieur suffise sans signes externe. Car, le même Alexandre (au chapitre licet, sur l’épouse de deux) enseigne qu’il est nécessaire que le consentement soit exprimé par les paroles accoutumées. Donc, cette phrase : « le consentement seul suffit pour effectuer le mariage » n’exclut donc pas le signe par lequel est exprimé le consentement.

La quatrième proposition. Il n’est pas nécessaire que, dans tout sacrement, les choses et les paroles soient unies comme les parties essentielles d’une chose. On doit noter, à ce moment, que le sacrement a une ressemblance avec les choses naturelles qui sont composées d’une matière et d’une forme. Mais il n’est pas un vrai composé naturel, et voilà pourquoi ne sont pas requises toutes les propriétés de l’union de la matière et de la forme; mais il suffit que quelques-unes soient repérées.

On prouve cette proposition avec le sacrement de l’eucharistie. En effet, dans l’eucharistie, du consentement de tous, on trouve la chose qui tient lieu de matière, à savoir le pain, et les paroles qui tiennent lieu de forme : cela (hoc) est mon corps, ceci (hic) est mon sang. Et pourtant, ces choses et ces paroles ne sont jamais unies comme la matière et la forme dans les choses naturelles. Car, ou bien le sacrement de l’eucharistie est seulement une chose consacrée, c’est-à-dire l’espèce du pain et du vin, en tant qu’elles contiennent le corps et le sang du Christ; ou bien la consécration ou la consommation des espèces, comme quelques-uns le veulent, peuvent être appelées sacrement. Si on donne le nom de sacrement à la consécration, nous aurons des paroles, mais pas de choses, à partir desquelles le sacrement est composé, car toute la consécration consiste dans des paroles. En effet, le pain et le vin ne jouent pas un rôle en tant que parties de la consécration, mais en tant que sujet sur lequel agit le prêtre, et dans lequel est reçue l’action du consacrant.

Si nous appelons le sacrement une chose consacrée, ou une consommation, nous aurons alors une chose, mais nous n’aurons pas de paroles, à partir des quelles est composé le sacrement. Car, par rapport à la chose consacrée, les paroles ne sont pas une partie essentielle, mais un principe productif. Car, la partie essentielle demeure dans la chose elle-même. Or, les paroles ne demeurent pas dans la chose consacrée, car, dès qu’elle commence à être une chose consacrée, les paroles cessent d’y être. Voilà pourquoi le concile de Florence (dans son instruction aux Arméniens) n’enseigne pas que les paroles de l’eucharistie soient une forme par laquelle est constitué le sacrement, mais par laquelle est opérée la consécration. Car, voici ce qu’il dit : « La forme des sacrements ce sont les paroles du Sauveur par lesquelles est opéré le sacrement. » Quand le concile enseigne que dans tout sacrement, il existe une chose comme matière et des paroles, comme forme, nous ne devons pas entendre ces mots au sens d’un composé naturel.

On peut montrer la même chose pour le sacrement de la confession. Car, non seulement, comme nous l’avons déjà dit, la matière se trouve dans les paroles qui prennent la place des choses, mais il peut aussi arriver qu’on fasse un jour la confession, et qu’à un autre jour soit donnée l’absolution, de façon à ce que la matière et la forme ne soient pas ensemble, ce qu’on ne trouve dans aucun composé physique ou naturel. Voilà pourquoi autant le concile de Florence (dans son instruction aux Arméniens) que le concile de Trente (session 14, chapitre 4) disent que, dans le sacrement de confession, les actes du pénitent sont comme une matière, sans oser pourtant affirmer qu’ils soient une matière au sens strict. Toutes ces réflexions nous font comprendre que, dans les sacrements, la matière et la forme sont prises au sens large. Et c’est ainsi qu’on réfute toutes les objections qu’on a coutume de nous faire.

CHAPITRE 19

La parole qui, avec l’élément, fait le sacrement n’est pas une parole de prédication mais de consécration.

Nous avons déjà dit que, dans les sacrements, les choses et les paroles sont requises, ce que nos adversaires admettent aussi. Il ne reste plus de doute au sujet de la chose employée dans les sacrements, comme signe sensible et visible. Car, tous admettent avec nous que, dans le baptême, on doit employer de l’eau, et dans l’eucharistie, du pain et du vin. Nous n’avons pas l’intention de discuter ici de la matière et de la forme des autres sacrements, car nos adversaires ne les considèrent pas comme des sacrements.

J’ai le goût d’ajouter une chose. Brentius frôle le ridicule quand (dans sa confession de Wirtemberg, au chapitre sur le baptême), il exclut l’extrême onction des sacrements en disant qu’il appartient aux éléments du monde, et qu’il fut en usage, chez les Juifs, dans les cérémonies de l’ancien testament. Car, si cette raison valait quelque chose, il faudrait exclure aussi l’eau, car l’eau appartient plus aux éléments du monde que l’huile, puisqu’elle est un des quatre éléments du monde, et que l’huile n’est pas énumérée parmi les éléments, mais parmi les mixtures. Et dans les cérémonies des Juifs, les ablutions d’eau étaient beaucoup plus fréquentes que les ablutions d’huile. Mais, omettons ces choses sur lesquelles nous reviendrons plus tard.

Ici ce pose une question extrêmement grave sur la parole qui, unie avec la chose, fait le sacrement. Car, tous les catholiques enseignent que les paroles du sacrement sont quelques mots prescrits par Dieu qui doivent être prononcés sur la matière, par le ministre. Comme dans le baptême, ces paroles : « Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », ou dans l’eucharistie : « car cela est mon corps. » Etc. Or, Jean Calvin (livre 4, chapitre 14, verset 4) soutient que la parole sacramentelle ne fait rien d’autre que prêcher. Car, c’est ainsi qu’il parle : « On dit communément que le sacrement est constitué d’une parole et d’un signe externe. Nous ne devons pas entendre la parole comme si, --ce qu’on ne peut affirmer que sans raison et sans foi,-- sur-le-champ, et comme par une opération magique, elle avait le pouvoir de consacrer un élément; mais pour que ce qui est prêché nous fasse comprendre ce que le signe visible lui veut. Ce qui s’est passé sous la tyrannie du pape, ne manque pas d’une énorme profanation des mystères. Car, ils pensent qu’il suffit que, devant un peuple sans intelligence frappé de stupéfaction, un prêtre murmure une formule de consécration. » Et plus bas : « Quand nous entendons faire mention de la parole d’un sacrement, nous entendons une promesse qui, prêchée à haute voix par un ministre, amène le peuple de Dieu, comme par la main, et nous dirige là où tend le signe. » Mais, avant de prouver ou de réfuter quoi que ce soit, il faut expliquer avec soin la sentence de Calvin.

Il faut d’abord noter que Calvin et nos autres adversaires pensent et parlent autrement du baptême et de l’eucharistie, qui sont les seuls, pour eux, à être des sacrements proprement dits. Car, dans le baptême, deux genres de mots sont requis, et dans l’eucharistie, un seul. En effet, dans le baptême, ils requièrent une parole de prédication qui est prononcée par le ministre, et qui explique la promesse divine. Ils requièrent, ensuite, que, au moment où on fait l’aspersion avec de l’eau, on dise en même temps ces paroles : je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » C’est ce qui ressort du libelle de Calvin (sur la formule pour l’administration du sacrement) et des lieux de Mélanchton (au chapitre du baptême), et de leur pratique quotidienne, et du fait que les catholiques ne rebaptisent pas ceux qui ont été baptisés par les luthériens ou les calvinistes. Or, c’est ce qu’il faudrait faire si, en baptisant, ils n’employaient pas la véritable formule.

Mais dans le sacrement de l’eucharistie, les calvinistes (comme il appert de la formule de Calvin) ne requièrent pas d’autre parole qu’une parole d’instruction. Car, ils prescrivent , en premier lieu, que soit récitée l’institution du sacrement, (chapitre X1 de la première des Corinthiens), à peu près de la même manière que, nous à la messe, nous lisons la même épitre pour l’instruction des fidèles. Ensuite, un prédicateur en donne l’explication. Et, tout de suite après, sans aucun signe de croix, sans aucune parole ou rite sacré, ils distribuent le pain et le vin. Existe encore une autre formule des Anglais qui relèvent de Genève, dans laquelle, après la lecture de l’épitre aux Corinthiens, et d’un prêche, suit une action de grâces que le ministre prononce à voix haute. Et après, sans paroles de consécration, le pain et le vin sont distribués.

Les luthériens n’agissent pas tous de la même façon. Quelques-uns racontent les paroles de l’institution comme un récit purement historique, d’autres le récitent avec l’intention de consacrer, et d’autres ne récitent rien. Voir à ce sujet Kemnitius ( 2 par de l’examen, page 346.). Il suit de tout cela que les adversaires ont un vrai baptême, mais non une vraie eucharistie, à part le petit nombre de ceux qui ont ordonnés dans l’église catholique, et qui en emploient encore les mots.

Il faut noter ensuite, qu’on peut entendre de deux façons l’enseignement de Calvin selon lequel la parole sacramentelle est une parole de prédication. Une première. Il veut que la prédication soit une partie essentielle du sacrement. La deuxième. La prédication n’est pas une partie du sacrement, mais n’est requise que pour que le sacrement porte ses fruits. Et il est fort probable que les luthériens qui, en plus de la prédication, emploient les paroles de consécration dans tous les sacrements, ne requièrent pas la prédication comme essence du sacrement, mais comme le fruit qu’il doit produire. En conséquence, il n’y aura pas, entre nous et eux, d’altercation à ce sujet. Mais avec ceux qui ne profèrent pas les paroles de consécration pour consacrer, mais pour instruire, et les appellent ouvertement prédication de l’évangile, comme le fait Jean Brentius (dans son confession de Wirtenberg, chapitre sur l’eucharistie).

Calvin semble parfois parler de la parole de prédication comme d’une chose distincte du sacrement, comme quand il dit (livre 4, chapitre 14, verset 3), que le sacrement est comme un appendice de la parole. Et, la plupart du temps, il en parle comme d’une partie essentielle du sacrement. Car, dans les paroles déjà citées, il dit que le sacrement consiste en deux choses, en signe et paroles, et il ajoute que, par parole, il entend prédication. De même, il applique à la parole de la prédication ce que dit saint Augustin : « La parole accède à l’élément, et le sacrement est produit. » On ne peut douter que la parole est placée là dans l’essence du sacrement. Car, au même endroit, saint Augustin et Calvin citant Augustin, dit : « Sans la parole, qu’est l’eau sinon de l’eau ?» Ce qui veut dire que l’eau, sans la parole, n’est pas un sacrement, mais un élément profane. »

De plus, si la parole de prédication ne faisait pas partie de l’essence du sacrement, il n’y aurait, chez les calvinistes, aucune parole qui fasse partie de l’essence. Car, dans ce sacrement, ils n’ont que la parole de prédication. Ensuite, (dans son commentaire sur le chapitre V aux Éphésiens : « la purifiant par le lavement de l’eau dans la parole de vie »), Calvin dit : « Il appert que, dans la papauté, il n’y a aucune observation légitime des signes. Car, ils se vantent d’en faire une sorte d’incantation, comme s’il était destiné plus à un élément sans vie qu’aux êtres humains. Aucune explication du mystère au peuple, laquelle seule peut faire qu’un élément sans vie commence à être un sacrement. » Prenez note des dernières paroles.

Ensuite, Théodore de Bèze enlève tout doute quand il écrit ainsi dans son livre qu’il a intitulé : la somme de la doctrine de la chose sacramentaire : « Quelle est la cause formelle des sacrements ? L’intention de Dieu comprise dans la parole divine, et expliquée par le ministre, selon le mandat qu’il a reçu. Non la prononciation des paroles, ni aucune autre vertu cachée dans les mots. » Ce qui nous fait comprendre que les paroles du baptême (je te baptise…) sont récitées aussi par les calvinistes quand ils versent l’eau, mais qu’elles ne sont pas la forme du sacrement; que c’est le prêche qui précède qui est la forme, et que les autres paroles appartiennent au rite, comme Théodore l’a indiqué. Et que ces paroles ne sont pas proférées pour consacrer l’eau, mais pour instruire le peuple.

Il faut noter, en troisième lieu, que nous différons des calvinistes en trois choses. La première. Nous enseignons, nous, que, dans tout sacrement, il est nécessaire que soient prononcées des paroles instituées par Dieu dans l’action elle-même du sacrement. Ils enseignent, eux, que cela n’est nécessaire que pour le baptême. La deuxième. Nous enseignons, nous, que, pour l’essence du sacrement, n’est pas requise une parole de prédication. Ils affirment, eux, qu’elle est requise. La troisième. Nous enseignons, nous, que, pour l’essence du sacrement, sont requises certaines paroles conçues, qui sont consécratoires. Et, ce sont ces paroles que nous appelons proprement paroles sacramentelles.

Mais eux, nient tout cela, et lui donnent le nom d’incantation magique. Car, même les paroles du baptême, comme je l’ai dit, ils ne les récitent pas quand ils font une aspersion avec de l’eau, mais quand ils instruisent le peuple, de façon à ce qu’elles fassent partie de la prédication. C’est ce qu’enseignent, comme je l’ai déjà dit, Brentius, les calvinistes et certains luthériens. Voilà pourquoi ils utilisent, eux, la langue vulgaire dans les sacrements, et nous le latin. Car, eux veulent enseigner ceux qui ne comprennent pas le latin, et, c’est Dieu que nous invoquons, nous, pour sanctifier l’élément, le Dieu qui comprend toutes les langues.

Voici donc la première proposition. Non seulement pour le baptême, mais aussi pour les autres sacrements, des paroles sont requises dans la célébration elle-même du mystère. On le prouve. Car, quand, dans l’eucharistie, le Seigneur bénit le pain, il prononça certaines paroles : « Cela est mon corps qui est donné pour vous. » (Luc XX11) Et il ordonna, ensuite, que nous fassions la même chose : « Faites cela en souvenir de moi. » Nous devons donc, nous aussi, nous servir de certaines paroles, si nous voulons faire ce qu’il a fait, comme il nous l’a commandé.

Ils diront peut-être que le Christ a commandé que nous fassions ce qu’il a fait, mais non de dire les paroles qu’il a dites. Nous répondons que le « faites cela » se rapporte à la totalité de l’action du Christ, qu’il comprend donc aussi les paroles. Et, pour omettre maintenant d’autres arguments, j’ajoute que c’est ce que nous avons appris de la tradition et de l’usage de l’Église. Cette tradition, si on ne la reçoit pas, peut rendre douteuse la forme même du baptême. Car, où avons-nous pris que, pendant l’aspersion, il faut dire les paroles : je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ? Pas ailleurs que dans le dernier chapitre de Matthieu. Ce qu’on ne peut accepter que si on reçoit la tradition de l’Église. Car, le Seigneur n’a pas dit : Dites je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et, pendant l’aspersion, il suffira de dire : au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

De plus, le Seigneur n’a pas dit non plus : Dites au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, mais : baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ces paroles ne nous obligent pas à dire : au nom du Père etc, mais seulement à baptiser par l’autorité de Dieu, en tant que son ministre. Ce qui peut se faire, mais si nous ne disons rien. Et on peut le démontrer par d’autres extraits. Dans Marc (dernier chapitre), le Seigneur dit : « En mon nom, ils chasseront les démons, ils imposeront les mains sur les malades, et ils s’en porteront bien. »

Et cependant, quand les apôtres voulaient guérir quelqu’un, il n’était pas nécessaire qu’ils disent au nom du Seigneur, mais il suffisait qu’ils le pensent. Car, dans les Actes 1X, Pierre ressuscita Tahitha, et, dans les Actes X1V, Paul guérit un boiteux sans aucune mention du nom du Christ. Et, de même, en Matthieu XV111, le Seigneur a dit : « Quand deux ou trois seront réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Et pourtant, il n’est pas nécessaire que disent des paroles ceux qui veulent se réunir au nom du Christ. Il suffit qu’ils se réunissent par l’autorité du Christ. De même, en Jean V, le Seigneur a dit : « Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne m’avez pas reçu. Si un autre vient en son nom, vous le recevrez. » Le mot nom ne signifie rien d’autre ici qu’autorité.

Que nous devions dire, dans le baptême « je te baptise au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit », ce n’est pas seulement de l’Écriture que nous devons le ternir, mais de l’Écriture à laquelle s’adjoint l’explication et la pratique de l’Église. Or, si dans le baptême on reçoit l’autorité de l’Église, pourquoi pas dans les autres sacrements aussi ?

On peut prouver la même chose pour les autres sacrements, bien que ce ne soit pas tellement nécessaire puisque les adversaires ne les reçoivent pas. Dans la confirmation, il est clair qu’il faut employer des paroles, car (Actes, chapitre V111), les apôtres priaient en imposant les mains. Voilà pourquoi saint Cyprien écrit dans son épitre à Jubaianus : « C’est dans l’imposition des mains, que l’Esprit-Saint est invoqué et répandu sur les baptisés. » Saint Ambroise dit la même chose (livre 3, chapitre 2 sur les sacrements) : « Après la fontaine, il reste encore une chose, il faut qu’arrive la perfection quand, par l’invocation sacerdotale, l’Esprit Saint est répandu sur les fidèles. » Saint Jérôme dit la même chose dans son livre contre les Lucifériens, et saint Augustin (livre 3, chapitre 16, sur le baptême).

Dans le sacrement de pénitence, sont requises aussi des paroles, comme nous le montrent les paroles de Jésus en saint Jean XX : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les aurez remis. » Ce qui ne peut se faire sans paroles. Voilà pourquoi saint Jean Chrysostome (commentant ce texte) dit que, pour absoudre, « Dieu se sert et de la main et de la parole du prêtre ». Et saint Léon (dans son épitre 91 à Théodore) dit qu’après le baptême, Dieu a préparé un remède de pénitence tel, qu’on ne peut obtenir le pardon sans les supplications des prêtres.

Dans le sacrement de l’ordre, sont requises aussi des paroles, comme l’enseigne saint Ambroise (au chapitre quatre de la première à Timothée) : « Les impositions des mains sont des paroles mystiques, par lesquelles est confirmé celui qui est choisi pour une œuvre, y recevant l’autorité, au témoignage de sa conscience, pour qu’il ose, à la place du Christ, offrir un sacrifice à Dieu. » De même saint Jérôme (chapitre 18 d’isaïe), dit que l’ordination des clercs se fait par une prière vocale et l’imposition des mains. Dans le sacrement de l’onction des malades, l’épitre de saint Jacques (chapitre V) nous montre clairement que des paroles sont requises : « Ils feront venir les presbytes de l’Église, et ils prieront sur lui, en l’oignant de l’huile au nom du Seigneur. » Enfin, dans le mariage il est absolument évident qu’il ne peut pas y avoir de consentement mutuel sans qu’il soit exprimé par des paroles, ou des signes équivalents. Voilà pourquoi Calvin, dans son livre sur la façon d’administrer les sacrements, veut que le mariage soit célébré dans l’église, même s’il ne le reconnait pas comme un sacrement; et il prescrit certaines paroles à prononcer.

La seconde proposition. Une parole de prédication n’est pas requise à l’essence du sacrement. On le prouve d’abord négativement, par un argument tiré de l’Écriture, qui a coutume de faire un bon effet sur les adversaires, puisque dans les choses divines, on ne peut rien faire sans paroles de Dieu, et qu’ils ne reconnaissant comme paroles de Dieu que celles qui sont écrites. Dans l’Écriture, on fait mention du baptême dans Jean 111 : « A moins que quelqu’un ne renaisse etc ». Ensuite en Jean 1V, où nous lisons que le Seigneur baptisait par les apôtres. De même, au dernier chapitre de Marc : « Celui qui croit et sera baptisé, sera sauvé. » Et l’épitre à Tite, chapitre 3 : « Il nous a sauvés par le lavement. » Et dans 1 Pierre 3 : « Le baptême vous a sauvés. »

Mais, dans ces passages, il n’est pas fait mention de paroles ou de prédication. Il y a deux endroits où il est fait mention de paroles. Un premier, dans l’Épitre aux Éphésiens V : « La purifiant par le lavage de l’eau dans la parole de vie. » Un deuxième, le dernier paragraphe de Matthieu : « Enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Le premier texte doit être expliqué par le dernier. Car, il s’agit là d’une règle générale, louangée même par les adversaires, que, quand la chose est possible, un texte soit expliqué par un autre. Et aussi parce que saint Jean Chrysostome, Theodoret, Theophylactus, Anselme et d’autres l’enseignent, en disant : « Dans la parole de vie, signifiez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Comme, saint Jérôme qui, dans le commentaire de ce passage, entend doctrine par parole de vie. Mais il faut noter que saint Jérôme a omis l’explication littérale, et ne l’a expliquée qu’au sens mystique, c’est-à-dire, comme il le dit lui-même, tropologique. Car, par lavage, il n’entend pas le baptême, mais toute purgation qui peut se faire par la doctrine. Tous les autres interprètes qui expliquent ce texte au sens littéral, entendent le baptême par lavement, et par parole, l’invocation de la très sainte Trinité.

Il ne reste donc plus que le dernier passage de Mathieu : « Enseignez toutes les nations, baptisez-les. Pour ce passage, nous ne nions pas que nous ayons l’obligation de donner une instruction qui précède le baptême. C’est ce que nous enseignons et ce que nous faisons. Car nous ne baptisons aucun adulte sans l’avoir longtemps et sérieusement instruit. Mais, nous nions qu’en ce lieu, est prescrite une prédication comme faisant essentiellement partie du sacrement.

Nous allons même plus loin, car nous disons qu’en ce lieu, la doctrine est ouvertement séparée du sacrement. Car, c’est ainsi que les distingue saint Jérôme dans ce commentaire de ce passage : « L’ordre principal qu’il a donné à ses apôtres est d’enseigner à toutes les nations, de les imprégner ensuite des mystères de la foi, et, après la foi et le baptême, il leur prescrivit ce qu’ils devaient observer »

Ce que nous avons dit du baptême peut se dire aussi de l’eucharistie. Car, ni le Seigneur (Matth XXV1) ni Paul (1 Corinthiens 11) ne déclarent qu’il doit y avoir une prédication, quand on célèbre la cène du Seigneur. Le Seigneur n’eut non plus aucune prédication ni explication de l’eucharistie (que Calvin juge nécessaire) dans la célébration elle-même de la cène. Il fit, après cela, un grand sermon que saint Jean a décrit (chapitres 14, 15, 16), mais qui ne se rapportait en rien à la dernière cène, et parce qu’il eut lieu après la cène, et parce qu’il parla de toute autre chose que de la cène. Que Calvin nous dise donc de quel évangile il a appris que la prédication est la forme du sacrement.

Une autre preuve que la prédication ne fait pas partie de l’essence du sacrement. Car, s’il en était ainsi, on ne pourrait pas faire la distinction entre la fonction du prédicateur et celle du baptiseur. Car, quiconque prêcherait baptiserait par le fait même, quand il administre la forme du baptême. Et, inversement, celui qui baptise prêcherait, puisque le baptême n’est formellement rien d’autre qu’une prédication. Or, cette sentence est contredite par saint Paul, quand il dit aux Corinthiens 1 : « Le Christ ne m’a pas envoyé baptiser mais prêcher. » Un commentaire attribué à saint Ambroise, a bien écrit sur ce passage. Car, il montre que baptiser est beaucoup moins important que prêcher, du fait que celui qui baptise ne fait que prononcer des paroles solennelles et verser de l’eau, ce qui est très facile. Voilà pourquoi saint Pierre (actes X) après avoir prêché à Corneille, ne le baptisa pas lui-même, mais ordonna qu’il soit baptisé par les ministres inférieurs. Or, selon Calvin, on doit dire que celui qui baptise est celui qui a apporté la forme (la prédication) du baptême.

Troisièmement. Si la forme du baptême était le sermon, les hérétiques auraient un faux baptême, et ils devraient donc être rebaptisés, car la prédication des hérétiques ne peut pas être vraie. Or, l’Église approuve le baptême de certains hérétiques, pourvu qu’il soit donné avec les mots prescrits, c’est-à-dire « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », même s’ils y ajoutent un sermon pervers, comme l’enseigne saint Augustin (livre 3, chapitre 15 sur le baptême) : « Si c’est avec les paroles évangéliques (au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit) que Marcion administrait le baptême, le baptême est intègre, même si sa foi, dans ses mêmes paroles, portait sur d’autres choses que celles que l’Église enseigne, des choses entachées de fausseté. Car, sur ces mots (au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit), non seulement Marcion ou Valentin, ou Arius ou Eunomius, mais les petits charnels eux-mêmes de l’Église auraient peut-être autant d’opinions qu’il y a d’hommes. Car, l’homme animal ne perçoit pas ce qui est du Saint-Esprit. Ne reçoivent-il pas quand même intégralement le sacrement ? »

Le baptême des catholiques est donné sans prédication. Bien que précèdent le catéchisme, les sermons et un grand nombre de prédications, cependant, le jour même où a lieu le baptême, on ne fait habituellement pas de prédication. Et cependant, Calvin ne prescrit pas qu’on doive rebaptiser les catholiques; il reconnait même que c’est un vrai baptême au livre 4, chapitre 14, verset 16 de ses institutions : « Tels sont aujourd’hui nos rebaptiseurs qui nient que nous ayons été validement baptisés, nous qui avons été baptisés par des impies et des idolâtres, dans le royaume papal. »

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