Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 195)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Comment faire coïncider ces deux choses contradictoires : que la prédication soit la forme du baptême, et qu’il puisse y avoir un vrai baptême sans prédication ? Comment concordent aussi ces paroles du livre des institutions avec les paroles de Calvin ci-haut citées (de son commentaire sur le chapitre V de l’épitre aux Éphésiens), où il dit que, chez les papistes, il n’y a aucune observance légitime des signes, que leur manque l’explication au peuple, qui est la seule à faire qu’un élément mort commence à être un sacrement ?

Sixièmement. Si la forme du baptême était la prédication, il ne faudrait certes pas baptiser les enfants, car il ne devrait pas y avoir de prédication là où il n’y a personne qui écoute ou comprenne. Car le sage avertit (Eccles XXX11) : « Là où il n’y a pas d’écouteur tu ne feras pas de sermon. » Or, les petits ne comprennent rien, ne font attention à rien et ne peuvent rien comprendre. On ne doit donc pas leur faire un sermon; ils ne peuvent donc et ne doivent donc pas être baptisés.

On a coutume de répondre de deux façons à cette objection, car quelques-uns, comme les luthériens, prétendent que les petits entendent les sermons. Mais, nous avons déjà réfuté cela par le dilemme de saint Augustin dans l’épitre à Dardanus. Le voici. Ils ont l’âge de raison, ou ils ne l’ont pas. S’ils ne l’ont pas, ils ne comprennent donc pas. S’ils l’ont, ce sont des sacrilèges puisque, de toutes sortes de façons, ils récusent le sacrement, comme l’expérience le démontre.

D’autres, comme Calvin, (livre 4, chapitre 16, verset 20), enseignent que les enfants ne reçoivent pas utilement les sacrements au moment de leur baptême, mais qu’ils reçoivent vraiment un sacrement qui leur sera utile plus tard. Mais cette réponse-là n’est pas suffisante. Car, si la prédication de la parole est, non moins que l’eau, de l’essence du baptême, elle doit l’atteindre autant que l’eau, autrement elle serait inutile, et il n’y aurait pas de sacrement. En effet, si le ministre aspergeait un enfant avec de l’eau et que l’eau n’atteignait pas l’enfant, personne ne dirait que l’enfant a été baptisé. De la même façon, si l’on fait un sermon qui ne rejoint pas l’enfant, aucun calviniste ne devrait dire que l’enfant a été baptisé. Car le sermon n’est vraiment perçu que quand il est compris. Car on ne peut dire qu’il est catéchisé celui qui ne perçoit pas un sermon, même s’il l’entend de ses oreilles. Les enfants ne perçoivent donc pas la forme du sacrement , et le sacrement non plus. Que les calvinistes se fassent des anabaptistes, ou qu’ils cessent de faire entrer le sermon dans l’essence du sacrement.

La troisième proposition. Est requise à l’essence du sacrement une certaine formule qui consacre et sanctifie l’élément, plus qu’elle n’instruit les participants. Cette proposition est contre non seulement Calvin, mais aussi contre Brentius, et les autres luthériens, tous ceux qui veulent que les paroles de la consécration soient prononcées pour instruire le peuple, et non pour consacrer la matière. Voilà pourquoi ils estiment qu’il est néfaste que ces paroles soient prononcées en latin, devant un peuple qui ignore cette langue.

On prouve cette proposition. Les paroles prescrites par le Seigneur pour le baptême n’ont pas l’aspect d’une instruction, mais d’une invocation et d’une bénédiction. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner les paroles du Christ. Car, il n’a pas dit : Enseignez à toutes les nations le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Les paroles « au nom du Père… » se rapportent à l’acte du baptême, on à un acte d’enseignement. Voilà pourquoi elles raisonnent comme une invocation de la Trinité sur l’aspersion de l’eau, et non comme une instruction. C’est le sens que prend cette façon de parler dans d’autres passages : Matthieu, dernier chapitre : « En mon nom, ils chasseront les démons. » Matthieu V11 : « N’avons-nous pas chassé les démons en ton nom ? » etc. De plus, si ces paroles appartenaient à l’instruction, elles seraient très imparfaites. Car, on ne doit pas enseigner aux catéchumènes seulement la trinité, mais aussi l’incarnation, la passion du Seigneur, et surtout la promesse de la grâce pour l’obtention du mérite. Or, en ces mots, aucune mention n’est faite de ces mystères.

En second lieu, les paroles du mystère eucharistique qui ont été rapportées par l’apôtre Paul ne sonnent pas comme des paroles d’instruction, mais de bénédiction et de consécration. ! Corinthiens X : « Le calice de bénédiction n’est-il pas une communication du sang du Christ ? » On pourrait employer le même exemple pour les autres sacrements, si nos adversaires les recevaient. Voir, quand même, ce que nous avons dit pour la confirmation de la première proposition.

Troisièmement, on le prouve par les paroles de l’apôtre : 1 Corinthiens 1 : « Est-ce que c’est Paul qui a été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisé? » Saint Paul veut démontrer là que les acteurs des sacrements ne sont pas les hommes qui les administrent, mais Dieu. Et il le prouve en ajoutant qu’ils ne sont pas donnés au nom des ministres, mais au nom de Dieu, c’est-à-dire du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Dans les paroles sacramentelles, le nom signifie donc l’invocation, qui nous fait connaitre l’autorité. Voilà pourquoi saint Jean Chrysostome écrit : « Ne me dis pas qui a baptisé, mais au nom de qui; ne cherche pas à savoir qui baptise, mais qui invoquons- nous dans le baptême ? Voir à ce sujet et sur cet argument Optatus de Milet (livre V contre Parmenianus).

Quatrièmement. On prouve la même chose avec la tradition des conciles. Car, le concile de Nicée (canon 19), ordonne que soient rebaptisés les Paulianistes. La même chose a été statuée par le concile de Laodicée (canon 8). À l’inverse, le concile d’Arles 1 de la même époque (canon 8) et le pape Siricius (épitre 1, chapitre 1), ordonnent que les Ariens ne soient pas rebaptisés. On ne peut trouver d’autre cause de cette différence de décisions que celle que donne le pape Innocent 1 (épitre 22, chapitre 5) : les paulinistes et les cataphyges non seulement ne croyaient pas à la trinité, mais ils ne baptisaient pas avec l’invocation de la trinité. Les Ariens, par contre, baptisaient au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, même s’ils ne croyaient pas à la trinité d’une seule essence. Et, il est certain, en ce qui a trait à l’instruction et l’explication, que les ariens erraient autant sur la Trinité que les paulianistes ou les cataphryges. Ce n’est donc pas l’instruction mais l’invocation qui parfait le baptême.

Cinquièmement, on le prouve par les pères qui, lorsqu’ils parlent des paroles des sacrements, ne font jamais mention d’une instruction, mais d’une invocation et d’une consécration. Exemples. Denys l’aréopagite (dans son livre sur la hiérarchie ecclésiastique, dernier livre) donne aux paroles sacramentelles le nom d’invocations consécratoires. Justin (dans son apologie à Antonin le Pieux) déclare : « Sur celui qui a décidé qu’il devait renaître, est invoqué le nom du créateur de toutes choses, le Seigneur Dieu. Et c’est lui seul que nous invoquons quand on conduit quelqu’un aux fonts baptismaux. » Et, plus bas : « C’est au nom aussi de Jésus crucifié, ainsi qu’au nom de l’Esprit Saint qu’est purifié dans l’eau celui qui est illuminé. »

Saint Basile (au livre du Saint-Esprit, chapitre 15) : « C’est par trois immersions, et autant d’invocations de la trinité, qu’atteint sa perfection le grand mystère du baptême. » Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 3) : « Par l’invocation du Père, du Christ et du Saint-Esprit, l’eau a pour effet la sainteté. » Saint Athanase (sermon contre les Ariens, vers le milieu) : «Quand nous sommes initiés par le baptême, pourquoi faisons-nous mention du nom du Fils avec celui du Père ? Car, dire que le père ne suffit pas à lui seul, ce serait un blasphème. » Il enseigne là que, dans le baptême, trois personnes sont nommées, non parce qu’une seule ne suffit pas à sanctifier un homme, mais parce que, dans l’unité de nature, elles sont inséparables. On peut en déduire qu’il veut que les paroles du baptême ne soient pas prononcées pour l’instruction du peuple, comme le soutiennent les hérétiques, mais pour invoquer Dieu qui nous sanctifie par les paroles.

Saint Grégoire de Nysse (dans son livre sur le baptême), écrit : « Cesse de te battre avec moi, et oppose à toi-même , si tu le peux, les paroles du Christ qui ont institué, pour les hommes, l’invocation du baptême. Quelles sont donc les paroles du précepte du Seigneur ? « Baptisant les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et, plus bas : « Soumettons-nous au Père pour que nous soyons sanctifiés. » Saint Cyprien, ou quiconque a été l’auteur du sermon sur le baptême du Christ, dit, près du début : « Célèbrent visiblement le sacrement la solennité des paroles, l’invocation du saint nom, et les signes attribués aux ministres sacerdotaux par les institutions apostoliques. La chose elle-même c’est l’Esprit-Saint qui la forme et l’effectue; et c’est l’Auteur de toute bonté qui, par des consécrations visibles, appose sa main. »

Saint Ambroise (livre 2, chapitre 3 des sacrements), dit : « Le prêtre est venu, il a dit la prière sur les fonts baptismaux, invoqué le nom du Père, la présence du Fils, et du Saint-Esprit, en se servant de paroles célestes. C’est dans les paroles célestes qui sont celles du Christ, que nous baptisons au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Si donc à la parole d’un homme, à l’invocation du Saint sera présente la Trinité, combien plus présente sera-t-elle là où opèrera une parole éternelle ? » Il dit la même chose au sujet des paroles de l’Eucharistie (livre 4, chapitre 1, sur les sacrements).

Saint Augustin (livre 3, chapitre 10 sur le baptême, contre les donatistes), dit : « Ce n’est pas une eau profane et adultère, sur laquelle le nom de Dieu est invoqué, même s’il est invoqué par des profanes et des adultères, car ni la créature ni le nom ne sont adultères. Car, le baptême consacré avec les paroles évangéliques du Christ par des adultères et pour des adultères est saint, même s’ils sont impudiques et immondes, parce que sa sainteté ne peut pas être polluée, et que le sacrement a l’assistance d’une vertu divine. » Et (dans le livre V, chapitre 20) : « Si donc ce qui est dit dans l’évangile, à savoir que Dieu n’écoute pas un pécheur, signifie que, par un pécheur, les sacrements ne sont pas célébrés, comment exauce-t-il un homicide qui le prie ou sur l’eau du baptême, ou sur l’huile, ou sur l’eucharistie, ou sur la tête de ceux sur lesquels ils impose les mains? Toutes choses qui se font et qui valent, même quand elles sont faites par un homicide. »

CHAPITRE 20

On répond aux objections

La première, celle de Jean Calvin. Il la tire d’une œuvre de saint Augustin (le traité 80 sur saint Jean). Après avoir dit : « D’où vient cette vertu à l’eau qui lui fait purifier le cœur en touchant le corps ? », il ajoute : « À moins que la parole fasse cela non parce qu’elle est dite, mais parce qu’elle est crue. Car, dans la parole elle-même, autre est le sens transitoire, autre la vertu permanente. Voilà la parole de Dieu que nous prêchons. C’est pourquoi, dans les Actes des apôtres, on lit : « Purifiant leurs cœurs par la foi. » Et l’apôtre Pierre : « C’est ainsi que le baptême nous sauve. Non la déposition des saletés de la chair, mais l’interrogation d’une bonne conscience. Voilà quelle est la parole de Dieu que nous prêchons.» Je réponds que ce passage a coutume de donner des maux de tête à certains. Il ne peut quand même pas être si obscur, puisqu’il fait partie d’un sermon adressé au peuple, à moins de penser que le saint docteur avait coutume de prêcher par des énigmes que seul un Œdipe peut solutionner.

Je rapporterai donc ce que pensent les autres, et ce qui ne semble pas avoir été exprimé correctement. Calvin estime que tout ce passage doit s’entendre d’un sermon. Mais il se trompe visiblement. D’abord, parce que saint Augustin a dit : « Enlevez la parole, qu’est l’eau sinon de l’eau ? » Or, si on enlève la parole du prêche, l’eau n’est plus de l’eau pure, mais de l’eau sacrée et sacramentelle. Car, chez nous, il n’y a aucun sermon avant le baptême, et ce baptême est un vrai sacrement, comme le reconnait Calvin lui-même (livre 4, chapitre 15, verset 16).

Ensuite, saint Augustin dit : « La parole accède à l’élément , et le sacrement prend forme. » Or, le prêche n’accède pas au sacrement, mais le précède, comme l’enseigne le même Calvin (livre 4, chapitre 14, verset 3). Il aurait donc fallu qu’il dise : « L’élément accède au verbe, et le sacrement existe. » Troisièmement. Saint Augustin a dit : « D’où vient à l’eau une telle vertu que, en touchant le corps, elle purifie le cœur, à moins que ce soit la parole qui agisse ? » Et plus bas : « On n’attribuerait pas la purification à un élément fluide et salissant, s’il n’était pas ajouté à la parole. » Saint Augustin reconnait là que l’eau possède le pouvoir de purifier, mais que ce pouvoir elle ne le tient pas d’elle-même mais de la parole. Or, le prêche n’attribue rien à l’eau, car tout est référé à l’instruction des auditeurs, non à la sanctification de l’eau. Bien mieux, Calvin nous fait cette obiection plutôt absurde (dans son commentaire du chapitre 5 aux Éphésiens) à savoir que, dans les sacrements, nous référons les paroles à la consécration des éléments plutôt qu’à l’instruction du peuple.

Quatrièmement. Saint augustin dit : « Pour qu’elle puisse purifier, elle est consacrée par la parole, et c’est le baptême. » Et le même Augustin enseigne que la parole par laquelle le baptême est consacré est l’invocation : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est ainsi qu’il parle dans son livre sur le baptême (livre 3, chapitre 15 contre les Donatistes) : « Si Marcion consacrait avec ces paroles : au nom du Père etc, son sacrement serait valide ». Ce qu’il répète un peu partout.

Cinquièmement. Augustin a dit : « Cette parole de foi ne vaut que dans l’Église de Dieu. Elle purifie l’enfant qui, par elle, croit et offre, même s’il ne peut pas encore croire d’une façon qui le justifie, ni confesser de bouche son salut. » Or, comme chacun le sait, la parole de la prédication n’est profitable que si on croit en acte. Saint Augustin ne parle donc pas de la parole de prédication.

Après avoir rejeté la sentence de Calvin, quelques catholiques enseignent que, loin de parler des paroles de la prédication, il parle de celles de la consécration et de l’institution des sacrements. Car, c’est ce qui, à sa manière, effectue le sacrement, consacre les eaux, purifie l’enfant etc. Mais on ne peut pas, non plus, admettre cette explication, car elle n’enlève pas l’objection que nous font les adversaires par ces paroles : « Non parce que la parole est dite, mais parce qu’elle est crue. » Et ensuite : « Voilà la parole de foi que nous prêchons. » .

Ces paroles, saint Augustin les répète trois fois dans ce texte. Il n’y a rien, en effet, dans ces paroles, qui cadre avec les paroles de l’institution des sacrements. Car, les paroles de l’institution ne tirent pas leur force du fait qu’elles sont crues, mais de ce qu’elles sont dites par le Seigneur, qui seul peut, avec des éléments, faire des sacrements. Les paroles institutionnelles ne sont pas, non plus, proprement, le verbe de foi que nous prêchons. Car, au même endroit, saint Augustin explique ce qu’est la parole de foi, quand il dit : « Si tu confesses avec ta bouche que Jésus est le Seigneur, et si tu crois de tout ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »

En second lieu, en plus de la parole dont il parle ici, il ne reconnait pas, dans le sacrement, une autre parole, mais un élément seul et nu, comme il appert de ces paroles : « Enlevez la parole, qu’est l’eau, sinon de l’eau ! » Et aussi : « La parole accède à l’élément, et le sacrement est produit. » Et aussi : « D’o ù vient que l’eau possède une vertu telle qu’en touchant le corps, elle purifie le cœur, si ce n’est par l’action de la parole? » Cette parole n’est donc pas la parole de l’institution, puisqu’il est certain que, en plus de la parole de l’institution, les sacrements sont formés de mots et d’éléments, et ne sont pas des éléments nus.

D’autres catholiques pensent que saint Augustin ne parle que des paroles cérémoniales ou consécratoires. Cette sentence est certainement meilleure que les deux précédentes, mais elle a le petit inconvénient de ne pas pourvoir expliquer pourquoi saint Augustin allègue ces paroles de l’épitre aux Romains (chapitre X) : « Voilà la parole de foi que nous prêchons. Si tu les confesses de tout ton cœur… » Ni pourquoi, un peu avant, il a allégué ces paroles des Actes (chapitre 15) : « Purifiant par la foi leur cœur. » Et ces paroles de saint Pierre (1, 111) : « Non la déposition des saletés de la chair, mais l’interrogation d’une bonne conscience. » Et, enfin, ces paroles de Jésus en saint Jean (chapitre 15) : « Vous êtes déjà purs à cause de la parole que je vous ai dite. » Car, on ne peut pas, sans forcer la note, voir en elle les paroles de consécration, et à moins de faire de la prédication populaire une énigme.

Je dis donc que, dans cette citation, saint Augustin ne parle pas toujours de la même parole. Il parle tantôt de la parole de consécration, tantôt de la parole de prédication, comme il est facile de s’en rendre compte par les arguments. Tu diras donc que saint Augustin se meut dans une équivoque perpétuelle, puisque, dans les mêmes sentences, il entend différemment le mot parole. Par exemple, après avoir dit : « D’où vient une telle vertu à l’eau, qui lui permette de purifier le cœur quand elle touche le corps, à moins que ce soit la parole qui le fasse ? » Il ajoute : « Non parce qu’elle est dite, mais parce qu’elle est crue. » Où il parle clairement de la parole de prédication.

Donc, ou bien il parlait aussi, avant, de la parole de la prédication, ou il commet une vicieuse équivoque. De plus, pour prouver que l’eau tire sa force de la parole, il cite ce témoignage de saint Paul aux Romains (chapitre X) : « Voilà la parole de foi que nous prêchons. Or, si tu la confesses… » Et cette autre citation des Actes : « Purifiant leur cœur par la foi. » Et cette autre de Pierre (1, 111) : « Non la déposition des saletés du corps, mais l’interrogation d’une bonne conscience. » Et, il ajoute : « Voilà la parole de foi que nous prêchons. » Qu’est-ce que prouve saint Augustin, je le demande, s’il parle d’une façon équivoque ?

Enfin, après avoir dit, dans le dernier sermon, que l’eau purifie l’enfant par la parole, il ajoute tout de suite après : « Tout se fait par la parole de laquelle le Seigneur a dit : « Vous êtes déjà purs à cause de la parole que je vous ai dite. » Paroles qu’on ne peut entendre que des prédications du Seigneur. Alors, pourquoi les paroles précédentes ne devraient-elles pas être considérées comme des paroles de prédication, et non de consécration, comme nous le disions un peu avant ? Autrement, il y aurait, dans ces paroles, une équivoque intolérable.

Je réponds qu’il n’y a aucune équivoque dans les paroles de saint Augustin. Il avait entrepris l’explication de ces paroles du Seigneur en Jean XV : « Vous êtes déjà purs à cause de la parole que je vous ai dite. » En expliquant ces paroles, il s’est posé la question suivante : pourquoi le Christ n’a-t-il pas dit : vous êtes purs à cause du baptême qui vous a lavés. Car, même si la parole de Dieu qui est prêchée purifie, dans la mesure où elle engendre la foi, qui est le début de la justification, le baptême, lui aussi, purifie, puisqu’il efface immédiatement toutes les saletés des péchés. À cette question, il répond que le Christ a dit : vous êtes purs à cause de la parole, et non à cause du baptême, parce que, dans toute purification, qu’elle se fasse dans le sacrement ou en dehors du sacrement, la vertu de purification vient toujours de la parole. Car, si la purification a lieu en dehors du sacrement, il faut nécessairement que ce soit par la foi actuelle, car, (Romains X), la foi vient de l’audition, et l’audition vient de la parole du Christ.

Si la purification se fait dans le sacrement, c’est l’élément qui purifie, mais, pour qu’il purifie ou puisse purifier, on lui ajoute la parole de consécration. Car, la purification vient toujours de la parole. Voilà pourquoi ces paroles de Jésus (vous êtes déjà purs…), il ne les restreint pas à la parole de prédication, mais les prend au sens général du mot. Et, dans tout le reste du sermon, il ne cherche à prouver qu’une chose : toute purification se fait par la parole. Voilà pourquoi il présente pêle-mêle des arguments et des témoignages tantôt au sujet de la parole sacramentelle, tantôt au sujet de la parole de prédication, pourvu qu’ils démontrent que c’est la parole qui purifie.

Cette réponse nous permettra d’expliquer facilement trois textes, qui semblent comporter une équivoque vicieuse. Le premier : « D’où l’eau tire-t-elle une telle vertu qu’en touchant le corps elle purifie le cœur, si ce n’est parce que c’est la parole qui le fait, non parce qu’elle est dite, mais parce qu’elle est crue ? » Certains entendent ces paroles de cette façon : à moins que ne soit présente une foi en acte dans les adultes, et étrangère dans les enfants, le sacrement n’a aucun effet. Mais cela n’est pas tout à fait vrai. Parce que bien que, dans les adultes, la foi soit requise comme une disposition qui nous permette de recevoir fructueusement le sacrement, ce n’est quand même pas cette foi qui donne à l’élément le pouvoir de purifier. Car la foi n’a pas le pouvoir de purifier parce que je crois, mais parce que le sacrement a été institué par Dieu.

Car, ce que demande Augustin c’est d’où vient la vertu de l’eau, non à qui profite-t-elle. Donc ce : « non parce qu’elle est dite, mais parce qu’elle est crue », signifie que la parole sacramentelle ne donne pas un pouvoir à l’eau en tant qu’elle est une chose naturelle, c’est-à-dire , de l’air frappé, car, ainsi, la parole n’est pas meilleure que l’eau, mais en tant qu’elle est une chose spirituelle connaissable par la seule foi, en tant donc qu’elle contient l’invocation de la trinité, (comme le signe de la croix et le nom de Jésus sont honorable et ont le pouvoir de faire des miracles, et de chasser les démons, non en tant que choses naturelles, et perceptibles par les sens corporels, mais en tant que représentant des choses divines), de telle sorte que le sens est : non parce que la parole est dite, mais parce qu’elle est crue, c’est-à-dire non en tant qu’elle est perçue par les oreilles, mais en tant qu’elle est perçue par la foi.

Que ce soit là le sens véritable de ce passage, on le voit par ce qui suit : « Car, dans cette parole, autre est le son transitoire, autre est la vertu permanente. » Il appelle, là, son transitoire ce qu’il avait appelé parole dite. Et il appelle vertu permanente ce qu’il avait appelé parole crue. De plus, ce « parce qu’elle est crue », signifie ou bien parce qu’elle est crue en acte, ou parce qu’elle est l’objet de la foi, et donc, une chose perceptible par la foi. Il ne peut pas signifier ce qui est cru en acte, car, aucune foi en acte, n’est rigoureusement nécessaire au baptême. Car, n’est pas requise la foi actuelle de celui qui reçoit le baptême, comme il appert des jeunes, dont saint Augustin dit qu’ils sont vraiment purifiés par la parole dans le sacrement, même s’ils ne peuvent pas croire consciemment, et professer leur foi de vive voix. N’est pas requise non plus, ni la foi du ministre, ni celle des parents, ni de quiconque, comme saint Augustin le prouve (dans l’épitre 23 à Boniface), où il dit que les enfants sont vraiment purifiés, même s’ils sont baptisés ou présentés par des infidèles. La foi actuelle de qui, donc, est requise si n’est requise ni celle du baptisé, ni du baptiseur, ni du parrain ?

Tu diras qu’est requise la foi de l’église. Mais qu’arriverait-il si, pendant qu’un enfant est baptisé par un infidèle, personne, dans l’église, ne faisait un acte de foi ? Que se passerait-il, si, par impossible, toute l’église périssait, et un Turc quelconque qui a une certaine connaissance de nos cérémonies, baptisait un enfant avec l’intention de faire ce que le Christ a institué et ce que fait l’Église ? Il est certain que cet enfant serait baptisé. Il est vrai, cependant, ce qu’enseignent Augustin et d’autres, que les enfants sont baptisés dans la foi des parents et de l’Église, parce que, en fait, si personne n’était croyant, personne ne se mettrait en frais de faire baptiser un enfant. Ce qui ne prouve pas que la foi actuelle est requis , de sorte que, sans elle, le baptême serait infructueux.

On doit noter ici avec soin que saint Augustin ne nie pas que la parole, en tant qu’elle est dite, et en tant qu’elle est une chose sensible, ait une vertu. Car si l’eau, par elle-même, a le pouvoir de purifier, à combien plus forte raison la parole, même en tant que sensible. Ce qu’il nie c’est que cette vertu vient de la parole en tant que chose sensible. C’est donc le sacrement en totalité qui a une vertu, mais il l’a par la parole, en tant que la parole est une chose spirituelle, connaissable par la seule foi.

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