Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 196)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Un autre endroit difficile est celui où saint Augustin allègue les Écritures suivantes : Romains X, Actes XV, et 1 Pierre 111. Je réponds que ces passages ne sont pas allégués pour prouver que le pouvoir de purifier est dans l’eau par la parole, mais pour prouver, en général, que la parole possède le pouvoir de purifier. Car, c’est cela le but qu’il se propose, comme nous l’avons déjà dit. Et comme il avait déjà prouvé cela par le fait que la parole sacramentelle donne à l’élément le pouvoir de purifier, il prouve la même chose par les témoignages de ces textes bibliques. Car, ces passages démontrent que les cœurs des hommes sont purifiés par la foi, et que la foi nait de la parole de la prédication. D’où il conclut que la parole a le pouvoir de purifier.

Le troisième lieu difficile était à la fin du sermon. Après avoir dit que, par la parole du sacrement, les enfants sont purifiés, il ajoute : « Tout cela se fait par la parole, de laquelle le Seigneur a dit : « Vous êtes déjà purs à cause de la parole que je vous ai dite. » Mais on a déjà répondu que ces paroles du Seigneur ne sont pas restreintes par saint Augustin au sermon que le Seigneur a prononcé après la dernière cène, mais sont prises dans un sens général, de façon à ce que le sens soit : vous êtes purs à cause de ma parole, soit que vous ayez cru après m’avoir entendu prêcher, soit que vous ayez été sanctifiés dans le baptême. Voilà donc pour ce passage, et pour l’argument principal de Jean Calvin.

L’autre objection est de Calvin, de Brentius, de Kemnitius et d’autres. Ils disent que murmurer certains mots sur l’eau, le pain ou un autre élément muet, c’est une sorte d’incantation magique. Mais, cela n’est pas tant une objection qu’un horrible blasphème. Tout d’abord, il y a deux choses qu’il faut condamner dans les incantations magiques. La première. Quelques-uns pensent que, dans certaines figures ou paroles, se trouve un pouvoir naturel d’opérer quelque chose. Et cela, c’est de la superstition pure et simple. Car, il n’est que trop évident que les figures ou les paroles ne possèdent aucun pouvoir naturel de produire quelque chose. La deuxième. Certains estiment que les figures ou les paroles n’ont en elles-mêmes aucun pouvoir, mais qu’elles en ont acquis un par un pacte contracté avec le diable dans le but de faire certaines choses. Or, l’incantation relève de la magie noire ou de la sorcellerie, et est un grand péché.

Or, les paroles sacramentelles, nous reconnaissons tous qu’elles n’ont aucune force naturelle. Voilà pourquoi nous disons qu’une intervention divine est requise, pour que, grâce à l’institution divine, elles opèrent ce qu’elles n’ont pas le pouvoir d’opérer. C’est une pure calomnie de Calvin (livre 4, chapitre 14, verset 4 ) celle qui lui fait soutenir que, pour consacrer l’élément, nous n’ayons recours qu’à la foi et au vacarme des mots. Et Kemnitius (dans son examen, part 2, page 101), dit que nous plaçons un pouvoir dans les syllabes et dans les caractères, en négligeant le sens des mos. Mais ce sont-là de purs mensonges. Car, c’est dans l’institution du Christ que noud plaçons notre confiance, non dans les caractères, non dans le son, ni dans le nombre de syllabes, mais dans le sens et la signification.

En effet, tous les catholiques affirment, quelle que soit la langue que nous utilisions, que, pourvu que le sens demeure le même, le sacrement atteint sa perfection. Il est évident que, dans différentes langues, les mêmes mots ont des lettres, des sons et des syllabes différents. Il s’ensuit donc que nous avons raison de penser qu’ils tirent leur force du pacte et de la promesse du Christ. Car, si c’est de la magie, que devrons-nous conclure d’autre que le Christ est le diable ? Car comme toute magie dépend d’un pacte avec le diable, la vertu des paroles sacramentelles dépend d’un pacte avec le Christ. Il s’ensuit donc manifestement que ou il n’y a aucune magie dans nos sacrements, ou le Christ est le diable. Nos adversaires sont donc parvenus à cette horrible impiété de faire du Christ le diable.

Ils diront qu’ils ne font pas du Christ le diable, parce que le Christ n’a pas institué ces formules prononcées sur des éléments muets. Mais nous avons déjà suffisamment prouvé que le Christ les a instituées. Du reste, je leur demanderai s’ils croient que le Christ a pu instituer des signes de ce genre, qui auraient, en vertu de son pacte, le pouvoir d’opérer quelque chose. Je ne peux pas penser qu’ils le nient, à moins de nier que le Christ soit Dieu. Car, aux Nombres V, Dieu a institué des paroles à être dites sur les eaux, et il a voulu que ces paroles aient le pouvoir de communiquer une vertu aux eaux, qui feraient mourir immédiatement les femmes adultères, si elles en buvaient. De même, aux Nombres XX1, il statua que quiconque regarderait le serpent d’airai serait guéri immédiatement des morsures des serpents. Et, le Christ lui-même, ne repoussait-il pas les maladies par des paroles, l’imposition des mains, la boue et même par sa salive ? Le Christ a donc pu instituer que, par son pacte, des paroles sacramentelles aient une vertu.

Je demande, une fois de plus, si le Christ avait institué ce que, de votre propre aveu, il avait le pouvoir de faire, serait-ce de la magie, oui ou non ? S’ils répondent que ça aurait été de la magie, ils déclarent que le Christ est le démon. S’ils disent que ça n’aurait pas été de la magie, ils perdent toute raison de nous appeler des magiciens. Car, nous ne faisons que ce que nous croyons que le Christ a institué. Si le Christ n’avait pas institué cela, nous serions dans l’erreur, mais en aucune façon le crime de magie ne pourrait nous être imputé. De plus, les signes et les paroles magiques n’ont aucune force, et le diable ne peut pas, non plus, donner des pouvoirs aux choses, car c’est lui seul qui opère en leur présence. Mais les paroles et les signes sacramentels ont reçu de Dieu le pouvoir d’opérer ce qu’ils signifient. Voilà pourquoi ils opèrent plus admirablement et plus sublimement que ne le pourrait aucune incantation.

La troisième objection de Calvin (livre 4, chapitre 1, verset 4), il la tire de l’autorité du Christ, des apôtres et de la primitive église, ainsi que de Dieu lui-même : « Il n’est pas nécessaire de nous casser la tête pour démontrer, puisqu’il n’il y là aucune obscurité, ce que le Christ a fait, ce qu’il nous demandé de faire, ce que les apôtres ont pratiqué, ce que l’église primitive a observé. Bien plus, tous savent que à toutes les fois que , depuis le début du monde, Dieu a présenté un signe aux saints pères, une doctrine y a toujours été inséparablement annexée, sans laquelle nos sens auraient été frappés de stupeur par la nudité du signe. C’est pourquoi, quand nous entendons parler d’une parole sacramentelle, nous y voyons une promesse, qui, prononcée à haute voix par un ministre, amène comme par la main la foule, là où le signe tend et nous dirige. »

Nous non plus, nous n’avons pas à nous casser la tête pour répondre à ce genre d’objection. Car il n’y a rien d’obscur dans l’institution du sacrement d’eucharistie. En effet, il n’a pas fait précéder la consécration du pain et du vin par une prédication; et il nous a commandé de faire ce qu’il avait fait. Voir Matthieu XXV1, Luc XX11, 1 Corinth X1. Et tous connaissent ce que les apôtres et les anciens pères ont fait, par les témoignages que nous avons donnés plus tôt. Calvin, pour sa part, ne présente aucun témoignage, sauf le texte de saint Augustin que nous avons longuement expliqué. Enfin, nous ne nions pas que quand Dieu a donné des signes aux pères, il leur en a fait comprendre le sens, et c’est ce que nous faisons quand nous instruisons les catéchumènes. Mais rien ne permet à Calvin d’en conclure que la parole sacramentelle n’est rien d’autre que la prédication. Car, autre est prêcher, et autre célébrer des sacrements. On doit faire l’un et l’autre, sans penser que, pour autant, on ne doit pas faire de distinction de temps ou d’office.

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CHAPITRE 21

Les éléments et les paroles des sacrements sont déterminés de façon telle qu’il n’est permis de rien ajouter, enlever ou changer.

Nous voici rendus à la troisième question des causes intrinsèques : les éléments et les paroles de sacrements sont-ils à ce point assurés et déterminés qu’on ne puisse rien changer en eux. Et, parce que, parmi les catholiques, il n’y a pas ou peu de dissension à ce sujet, la chose demande plus une simple explication qu’une dispute en règle.

Par contre, il ne manqua pas d’hérétiques qui changèrent l’ordre des éléments et des paroles. Voir, à ce sujet, Épiphane, (livre 1, chapitre 9 et 18) et Épiphane (hérésie 26). Cependant, tous ceux qui usaient des sacrements voulaient avoir des paroles et des éléments déterminés; et, la plupart du temps, ils ne s’éloignaient pas des paroles prescrites dans l’évangile. C’est ce que dit saint Augustin (livre 7, chapitre 25, sur le baptême, contre les donatistes,) : « On trouve plus facilement des hérétiques qui ne baptisent pas du tout que des hérétiques qui ne baptisent pas avec les mots usuels. »

Or, à notre époque, Martin Luther, le plus audacieux de tous les hérétiques, inventa une nouvelle hérésie, selon laquelle n’étaient pas requis, dans les sacrements, des mots certains et déterminés. C’est bien ce qu’il raconte (dans son livre sur la captivité babylonienne, au chapitre du baptême) : « Quelle que soit la façon dont est effectué le baptême, pourvu qu’il ne se fasse pas au nom de l’homme, mais du Seigneur, il opère vraiment le salut. J’Irai plus loin. Si quelqu’un reçoit le baptême au nom du Seigneur, même si un ministre impie ne le donne pas au nom du Seigneur, le baptême aura vraiment été donné au nom du Seigneur. »

Luther a rétracté, par la suite, cette erreur, car dans son homélie sur le baptême, en l’an 1535, il parle ainsi : « Le Christ a clairement exprimé la sorte de cérémonies qu’il voulait, et il en a prescrit lui-même la forme, afin qu’on emploie ces signes, et non d’autres, ces paroles, et non d’autres. » Et plus bas : « Si tu aspergeais d’eau l’enfant sans ajouter les paroles du baptême; si, par exemple, tu récitais l’oraison dominicale, ou d’autres paroles tirées des saintes lettres, ce ne serait pas un vrai baptême. » Et plus bas : « Si sur le pain et le vin, quelqu’un ne prononçait pas les paroles du sacrement, mais le décalogue ou le symbole des apôtres, ou une phrase quelconque de l’Écriture, ou un psaume, ce ne serait pas le vrai corps et le vrai sang du Christ. » Il dit la même chose dans sa troisième homélie sur le baptême, de l’an 1540.

Même si Luther avait rétracté son erreur, Jean Brentius préféra la première opinion de Luther. Dans son catéchisme (au chapitre du baptême), il ne fait pas grand cas de la forme du baptême prescrite par le Christ. Tout comme Zwingli (dans son livre sur la vraie et fausse religion, chapitre sur le baptême, dont nous parlerons au livre 11 des sacrements, chapitre 3). Il est évident pourtant que, autant la première sentence de Luther répugne à la vérité, autant elle convient mieux que la postérieure aux principes de la théologie luthérienne. Car, si les sacrements ont été institués d’abord et avant tout pour stimuler et nourrir la foi, il importe peu qu’on utilise tels mots plutôt que tels autres, pourvu que la foi soit excitée et soutenue par eux. Pour détruire cette erreur, et pour proclamer la vérité, j’énoncerai donc quelques propositions.

Il faut, dans les sacrements, que des choses aient été certifiées et déterminées par Dieu lui-même. Cette proposition est acceptée par tous les catholiques, et n’est pas niée par les hérétiques. Mais ils la prouvent autrement que nous. Ils la prouvent par le principe général que ne plait à Dieu que le culte qu’il a institué lui-même. Tout le reste n’est que tradition humaine. Cet argument est faible, comme nous l’avons souvent montré ailleurs. C’est avec un autre principe que les catholiques la prouvent : les sacrements de la loi nouvelle sont des causes de la grâce et de la justification. 1 Cor V1 : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés. » Éphésiens V : « En la purifiant par le lavement de l’eau dans la parole de la vérité. » Or, personne ne peut donner la grâce en dehors de Dieu. Donc, Dieu seul a pu déterminer ce qui appartenait à l’essence du sacrement.

Au sujet des sacrements de la loi mosaïque et de la loi naturelle, quelques-uns semblent avoir des doutes. Cependant, s’ils étaient de vrais sacrements, comme ils l’étaient en effet, il nous faut absolument soutenir que les éléments et les paroles de ces sacrements ont été déterminés par Dieu. Tout d’abord, c’est un fait qui saute aux yeux qu’à peu près tous les sacrements qui sont venus à notre connaissance ont été déterminés par Dieu. Car, la circoncision a été le sacrement de la loi naturelle, et il est évident que c’est Dieu qui a déterminé ce qu’elle est, comment la faire, et à quel moment (Genèse XV11). L’agneau pascal était un sacrement de la loi écrite, et nous savons très bien que c’est Dieu qui en a déterminé le rite (Exode, chapitre X11).

De beaucoup d’autres, nous pouvons prouver la même chose. Les sacrements anciens étaient des figures et des types de nos sacrements. Or, instituer certains rites qui infailliblement signifient quelque chose du futur, ne peut convenir qu’à Dieu, qui est le seul à connaitre le futur. Enfin, même si les sacrements de l’ancienne loi n’effectuaient pas la grâce justifiante, ils causaient une purification légale, et faisaient entrer dans le peuple de Dieu. Personne ne peut instituer quelque chose qui soit capable de produire une purification légale, ou de faire entrer dans une république donnée, sans être l’auteur de cette loi ou de cette république.

Il est à noter ici avec saint Thomas (3 par quest LX, art 5, a 3), que dans toute loi, il y a eu une matière du sacrement déterminée par Dieu, mais pas toujours de la même manière. Car, dans la loi de nature, les lois n’étaient pas écrite sur des tables, ni promulguées par les hommes ou les anges, mais dictées à l’intérieur de l’homme, et insufflées dans les cœurs des hommes. C’est de cette façon que les sacrements ont été inspirés aux principaux pères, comme Adam, Noé et Abraham, qui enseignaient les autres. Et comme la loi mosaïque a été promulguée par Moïse et écrite publiquement sur des tables, de la même façon les sacrements de cette époque ont été livrés par Dieu par l’intermédiaire de Moïse, et mis par écrit sur l’ordre de Dieu. Et puis, parce que l’auteur de la nouvelle loi est le Verbe incarné, c’est par lui que nos sacrements ont été déterminés.

La deuxième proposition. Non seulement les éléments, mais les paroles aussi ont, dans les sacrements de la nouvelle loi, été déterminées par Dieu, de sorte qu’on ne peut rien changer. Il faut expliquer cette proposition pour qu’on la comprenne correctement. Notons d’abord qu’une variation de la forme peut se faire de six manières. Par l’addition d’une parole, par l’enlèvement d’une parole, par le changement d’une parole pour une autre, par la corruption d’un mot en changeant ou en enlevant une syllabe, par la transposition, en changeant la prononciation du mot, et enfin, par interruption, en interrompant ou espaçant la lecture. Il faut noter ensuite que l’intégrité de la forme sacramentelle est double : l’une, substantielle, et l’autre, accidentelle. La substantielle consiste dans le seul sens, ou la seule signification des mots, non dans le son ou le nombre des syllabes. Et c’est ainsi que à toutes les fois qu’il y a variation (selon les huit façons) l’intégrité substantielle demeure toujours tant que demeure le même sens. Et, à l’opposé, la plus infime variation détruit l’intégrité substantielle si le sens périt. Exemple. Si quelqu’un, en changeant une seule lettre, disait : je te baptise au nom de la Mère, du Fils et du Saint-Esprit, il n’aurait pas la substance formelle. L’intégrité accidentelle consiste dans toutes les autres choses, c’est-à-dire dans l’intégrité du son, de l’ordre et du nombre de syllabes.

Troisième note. Le jugement sur ces variations, qu’elles soient substantielles ou accidentelles, ne doit pas être mathématique, mais moral. C’est-à-dire qu’on jugera que le sens des paroles est conservé quand les auditeurs comprendront, et estimeront que les mots employés signifient ce que l’intégralité des mots a coutume de signifier, même si la prononciation des mots était très défectueuse. Exemple. Ce que rapporte le pape Zacharie (dans sa lettre à Boniface), et qui se trouve aussi dans Gratien, au canon retulerunt, sur la consécration, distinction 1V.).

En raison d’une faible connaissance de la langue latine, quelques-uns baptisaient avec ces mots : je te baptise au nom de la patrie, de la fille et de l’esprit sainte. Le souverain pontife jugea, dans sa prudence, que la substance de la forme n’avait pas été changée, car on pouvait facilement comprendre ce qu’ils voulaient dire tant par l’action de celui qui devait être baptisé que par l’union de ces mots avec « au nom de. » Car, s’ils avaient voulu volontairement changer la forme, ils auraient dit au nom de la père et de la fille, (comme l’exige la grammaire), et non au nom de la patrie et de la fille, qui ne signifie rien. Le fait que les paroles qu’ils employaient ne signifiaient rien c’était le signe qu’ils voulaient dire ce que disent les autres quand ils emploient la vraie formule : je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.

On doit porter un jugement semblable dans le cas d’une interruption. Exemple. Si quelqu’un dit, en consacrant l’eucharistie, cela est « cor » (la première partie du mot latin corpus), et dirait, après cela un psaume, ou se reposerait assez longtemps, et ajouterait ensuite : « pus meum » (l’autre partie du mot corps avec mon), au jugement des hommes prudents, on ne pourrait pas penser qu’il a dit : cela est mon corps. Mais, s’il ne faisait qu’une brève pause entre les deux syllabes du mot latin corpus, cor, et pus, on ne considérerait pas que la forme sacramentelle a péri.

Il faut noter, quatrièmement, qu’il n’est pas licite de dire en conclusion que la forme n’est changée en aucune façon soit que, par cette mutation, soit enlevée l’intégrité de la forme substantielle, ou seulement accidentelle. Voici quelle est la différence. Quand la forme est changée substantiellement, le sacrement n’est pas opéré. C’est pourquoi cette intégrité est dite nécessaire, de nécessité de sacrement. Quand la forme n’est changée qu’accidentellement, le sacrement est effectué, mais pèche celui qui a fait le changement. Et voilà pourquoi on dit que cette intégrité est nécessaire seulement de nécessité de précepte.

Il faut noter, cinquièmement, que le sacrement n’est jamais rendu invalide par la forme des mots, à moins que ne manque vraiment l’intégrité de la substance. Cependant, il pourrait arriver, par ailleurs, que, à cause d’une simple corruption accidentelle, le sacrement ne soit pas effectué, si celui qui a accidentellement changé la forme veut introduire un nouveau rite, comme l’enseigne Zacharie (canon retulerunt, sur la consécration, dist 4,) et, après lui, saint Thomas (3 par question LX, art 7, au 3, et article 8, dans le corps de l’article). Les paroles de ces auteurs ne sont pas expliquées correctement par tous.

Il faut donc chercher à savoir si celui qui se propose d’introduire un nouveau rite a l’intention d’introduire un nouveau rite essentiel pour toute l’église du Christ dans tout l’univers, c’est-à-dire qui n’a jamais existé dans l’église vraie et universelle. Ou bien s’il a l’intention d’introduire un nouveau rite pour une église qu’il juge fausse. S’il a l’intention d’introduire quelque chose de complètement nouveau, alors le sacrement n’a pas lieu, non parce que manque la forme, mais parce que manque l’intention. Parce quand il veut introduire un nouveau rite qui n’a jamais existé dans l’église universelle, il est facilement convaincu de ne pas vouloir faire ce que fait l’Église. Et c’est ce qu’enseigne saint Thomas, dans les lieux cités. Car, il donne toujours la raison pour laquelle celui qui veut introduire un nouveau rite ne confère pas le sacrement. C’est parce qu’il n’a pas l’intention de faire ce que fait l’Église.

S’il veut introduire un nouveau rite non pour l’église universelle, mais seulement pour telle église qu’il croit fausse, en ayant l’intention de faire ce que fait l’Église, alors le sacrement est valide, même s’il se trompe dans le jugement qu’il porte sur la vraie église. Par exemple. Si, pendant qu’il baptise par ces paroles : que le serviteur du Christ soit baptisé au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, un grec a l’intention d’introduire un rite substantiel et nécessaire contre le rite de l’église romaine, de façon à vouloir persuader que n’est pas valide le sacrement de baptême quand on dit : je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, tout en ayant l’intention de faire ce que fait la véritable église, quelle qu’elle soit, ce prêtre baptisera vraiment, malgré son erreur. Car, dans ce baptême, se trouve la forme substantielle et l’intention de la vraie église en général, qui, au consentement de tous, suffit. Son erreur sur le sacrement ou l’église n’irrite pas le sacrement, comme l’enseignent tous les catholiques qui enseignent que les sacrements conférés par les hérétiques sont valides. Le ministre du sacrement n’est pas tenu non plus de vouloir faire ce que fait l’église romaine, car, autrement, aucun hérétique ne baptiserait validement. Mais seulement ce que fait la vraie église du Christ. Dans cette intention est virtuellement inclus de vouloir faire ce que fait l’église romaine, car c’est elle la seule la vraie église.

Voilà pourquoi est vrai ce que dit Paludanus (4 distinct 3, quest 1 art 3) quand il affirme qu’un sacrement n’est pas toujours invalidé quand quelqu’un a l’intention d’introduire un nouveau rite; et il n’est pas contre saint Thomas, comme il l’a peut-être pensé. Car saint Thomas n’a pas dit : quand quelqu’un veut introduire un nouveau rite, le sacrement n’est pas effectué, mais il ne semble pas qu’il ait été effectué. Car le sacrement pourrait avoir été valide, mais on suppose qu’il ne l’est pas, car on présume qu’il n’y a pas eu l’intention voulue. Dominique a Soto soutient (question 1, article 8) que les Grecs baptisent vraiment par les mots suivants : que le serviteur du Christ soit baptisé, parce que l’Église romaine tolère ce rite. Et que si l’église romaine détestait ce rite, ils ne baptiseraient pas véritablement.

Mais cela n’est pas tout à fait vrai. Car, si l’église romaine détestait ce rite en y voyant une corruption accidentelle, ils pècheraient certainement, mais ils baptiseraient vraiment. Si l’église romaine détestait ce rite parce qu’elle y détectait une corruption substantielle, ils ne baptiseraient pas véritablement. Mais ce ne serait pas, comme le dit Sotus, parce que l’intention fait défaut, mais parce que fait défaut la forme substantielle.

Après avoir donné ces explications, il nous sera possible de prouver notre proposition contre la témérité de Luther et de Brentius. D’abord, les sacrements ont été institués par Dieu, comme le reconnaissent nos adversaires. Donc, la partie principale du sacrement, la forme verbale, a été instituée par Dieu. Celui qui la change pèche donc contre Dieu, et il lui arrive souvent de ne pas célébrer validement quand il fait un changement substantiel. En effet, si un sacrement dépend de l’institution de Dieu, il n’y aura certainement pas de sacrement quand nous ne faisons pas ce qu’il a institué. En second lieu, changer la matière des sacrements serait un grave sacrilège, et il n’y aurait pas de sacrement, comme les adverses le concèdent. Pourquoi donc n’en va-t-il pas de même pour la forme, qui consiste dans des mots ?

Troisièmement. Il n’est permis, pour aucune considération, d’ajouter ou de changer des mots. On ne doit donc pas et on ne peut donc pas changer les paroles des sacrements en aucune façon. Surtout parce que les paroles de l’Écriture ont été instituées seulement pour signifier, et que les paroles des sacrements ont été instituées pour signifier et sanctifier.

Quatrièmement. On prouve la même chose par le témoignage des pères. Saint Irénée (livre 1, chapitre 18) reproche à certains hérétiques d’avoir changé la forme des verbes prescrite dans le sacrement du baptême. Tertullien (dans son livre sur le baptême) écrit : « L’obligation de baigner est imposée. Allez, a-t-il dit, baignez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Saint Cyprien enseigne la même chose, dans son épitre à Jubaianus. La même chose aussi saint Athanase (sermon 3 contre les Ariens), et saint Basile (dans son homélie sur le saint baptême). Et ceux qui ont écrit contre les Ariens, prouvent la divinité des trois personnes par l’ordre que nous avons reçu de baptiser au nom des trois personnes divines.

De même, saint Basile (dans son livre sur le Saint-Esprit, au chapitre 12), dit qu’il perd la grâce celui qui, dans le sacrement du baptême, enlève ou ajoute quelque chose aux paroles prescrites, Didyme (au livre 2 sur le Saint-Esprit) : « Celui qui omet un seul des noms prescrits, n’atteint pas la perfection du sacrement, ni ne libère l’homme de ses péchés. » Saint Augustin (livre 6, chapitre 25 contre les donatistes) écrit : « Les paroles évangéliques sont certaines. Sans elle, le baptême ne peut pas être consacré. » Saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 16, sur la foi) : «Que cette forme de paroles doive être employée, le Seigneur le déclare en disant : « Les baptisant au nom de…). Et il ordonne d’examiner la forme des paroles du baptême arien.

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