Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 199)
Quatrièmement. Si tous les chrétiens avaient reçu ce pouvoir dans le baptême, ils l’auraient reçu parce que, alors, comme dit Luther, ils sont oints par la grâce de l’Esprit-Saint, et deviennent donc des prêtres spirituels. Mais, cela est faux. Car, il s’ensuivrait que ceux, qui, dans le baptême, ne reçoivent pas cette grâce, et ceux qui la perdent après, ne confèrent pas vraiment les sacrements, ce que Luther nie pourtant correctement contre les anabaptistes. On ne peut répondre que le caractère suffit, car les luthériens ne reconnaissent pas ce caractère.
Cinquièmement. Si tous les chrétiens avaient ce pouvoir, personne ne pourrait être privé de son usage, si ce n’est pour peine d’un grand crime. Or, chez les luthériens, nombreux sont ceux qui sont privés, sans faute de leur part, de l’usage de ce pouvoir. La raison qu’ils apportent c’est la confusion qui règnerait dans l’Église si tous usaient de ce pouvoir. Car ils peuvent user de ce pouvoir par des représentants. Mais, on ne devrait certainement pas pouvoir rejeter quelqu’un qui veut exercer le ministère quand il y a peu de ministres, même s’ils ne sont pas appelés par la magistrature. Mais eux, rejettent tous ceux qui ne sont pas appelés. Ou dont ils commettent envers eux une injustice, ou ils doivent reconnaitre qu’ils ne possèdent pas ce pouvoir.
Sixièmement. Dans l’ancienne loi où les sacrements étaient moins parfaits, tous ne pouvaient pas les administrer, mais seulement les prêtres. Ne vaut pas ta réponse quand tu dis que les chrétiens sont faits, dans le baptême, des prêtres spirituels. Car, les Juifs aussi devenaient, par la circoncision, des prêtres spirituels, et pouvaient offrir des hosties spirituelles. Bien plus, ce que saint Pierre a dit au sujet de tous les chrétiens (1 Pierre 111) : « Vous êtes un peuple élu, un sacerdoce royal », Moïse l’avait dit de tous les Israélites (Exode X1X), et pourtant, le roi Ozias fut puni de la lèpre quand il a voulu exercer une fonction sacerdotale (11 Paralipomen, XXV1.)
CHAPITRE 25
On réfute les arguments de Luther
Après tout ce que nous avons expliqué, il sera facile de répondre aux arguments de Luther. Le premier. Dans son livre sur l’abrogation de la messe, il propose six textes de l’Écriture par lesquels il prouve que tous les chrétiens sont tous également prêtres. Le premier est celui de saint Pierre (1 Pierre 11) : « Comme des pierres vivantes, vous êtes surédifiés dans le saint sacerdoce. » Le second : « Vous êtes une nation élue, un sacerdoce royal. » Le troisième : « Pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » On dit là que les chrétiens sont appelés à annoncer, c’est-à-dire à prêcher la vertu du Christ. Donc, tous les chrétiens peuvent et doivent prêcher, ce qui est la fonction principale du sacerdoce. La quatrième. Apocalypse V : « Tu nous as faits pour notre Dieu un royaume et un sacerdoce. » Le cinquième. Apocalypse XX : « Ils seront des prêtres de Dieu et de son Christ. » Le sixième (2 Cor 3) : « Qui a fait de nous des ministres idoines du nouveau testament. »
Il ajoute en plus quelques passages pour prouver que les femmes peuvent prêcher. Joël 11 : « Vos fils et vos filles prophétiseront. » Actes XX1 : « Les quatre filles de Philippe étaient des vierges qui prophétisaient. » Exode XV : « Marie prophétisait. » Juges 1V : « Débora enseigna à Barach. » 1V, Rois XX11, Olda donna un conseil au roi Josias. Luc 1 : la Vierge Marie a prophétisé. 1 Corinthiens 11 : « Une femme, la tête voilée, prie et prophétise. » C’est par ce passage qu’il pense pouvoir expliquer ce que l’apôtre dit ailleurs : « Que les femmes se taisent dans l’église. » Car, dans le premier passage il parle d’une façon absolue, et dans le second il interdit aux femmes de parler en présence d’hommes qui veulent et qui peuvent parler.
De plus, dans son livre aux habitants de Prague sur l’institution des ministres, il prouve cela doublement. D’abord, par la raison suivante : le Christ est prêtre. Psaume C1X : « Tu es prêtre pour l’éternité. » Or, tous les chrétiens sont frères du Christ. Psaume 21 : « Je raconterai ton nom à mes frères. » Et dans le psaume XL1V : « Il t’a oint d’une huile d’allégresse avant tes compagnons. » Tous les chrétiens sont donc prêtres.
Secondement, il le prouve par les fonctions que remplissent les prêtres : prêcher, baptiser, consacrer, absoudre, sacrifier, prier pour les autres, et juger les doctrines. Que tous peuvent prêcher, il le prouve par trois citations de l’Écriture. La première de Saint Pierre (1 Pierre 2) : « Pour que vous annonciez les vertus. » La deuxième, de saint Paul (1 Cor 11) : « Toutes les fois que vous mangerez ce pain, vous annoncerez la mort du Seigneur. » Car, annoncer la mort du Seigneur c’est prêcher. La troisième, de saint Paul (1 Cor X1V) : « Chacun de vous a un psaume, a une doctrine, a une apocalypse. Vous pouvez tous prophétiser pour chacun. »
Luther croit que ces textes lui donnent le droit de triompher. C’est pourquoi il dit : « Par ces textes, est confirmée avec force et clarté la doctrine selon laquelle le ministère de la parole, qui est le plus important dans l’Église, est unique et commun à tous les fidèles, non seulement de droit, mais de précepte. Le sacerdoce sera donc, lui aussi, unique et commun à tous. Contre cette doctrine ne valent absolument rien les menaces divines, les pères infinis, les conciles innombrables, la coutume éternelle, la multitude universelle du monde. Et c’est avec ces chalumeaux que des larves rasées s’efforcent de stabiliser leur sacerdoce. »
Que tous puissent baptiser, il le prouve par l’usage de notre église, qui concède aussi aux femmelettes de baptiser. Et donc, d’exercer le ministère de la parole. Car, il n’y a pas de baptême sans paroles. Que tous puissent consacrer l’eucharistie, il le prouve, d’abord, par saint Luc (XX11) : « Faites cela en mémoire de moi. » Ensuite, par saint Paul (1 Cor X1) qui dit à toute l’église : « Car, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis. » Enfin, il le prouve en disant que baptiser et prêcher sont des choses plus grandes que consacrer. Car, par la prédication et le baptême est donnée la rémission des péchés, et par la consécration rien n’est donné, si ce n’est la stupéfaction du prêtre à la pensée de son pouvoir et de sa dignité.
Que tous puissent absoudre, il le prouve par saint Matthieu XV111 : « Tout ce que vous délierez sur la terre… » Que tous puissent sacrifier, il le prouve en disant qu’il n’y a aucun sacrifice dans l’église en dehors de celui dont parle saint Paul aux Romains X11 : « Sacrifions nos corps par la mortification des vices. » Ce qui est commun à tous. Que tous puissent prier pour les autres, il le prouve en disant que l’oraison dominicale est commune à tous, et qu’en elle, on prie aussi pour les autres.
Que tous puissent juger et discerner les dogmes, il le prouve de deux façons. La première. Par les Écritures qui ordonnent que nous fuyions les faux prophètes. Jean X : « Mes brebis écoutent ma voix, mais n’écoutent pas la voix des étrangers. » Matthieu V11 : « Gardez vous des faux prophètes. » Il le prouve ensuite par ces paroles de saint Paul (1 Cor X1V) : « Si quelque chose a été révélé à celui qui est assis, que le premier se taise. » C’est ici surtout que Luther jubile. Il veut, en effet, que soit permis à quiconque de juger l’église romaine, même si elle siège comme mère et maîtresse de toutes les églises. Voilà donc ses arguments, que nous avons tirés de son livre sur l’institution des ministères. Il ajoute un dernier argument (à l’article 13 de ses assertions) : « Celui qui est baptisé a l’esprit du Christ. Or, là où est l’esprit du Christ, là aussi est le pouvoir de tous et la liberté. »
Réponses. Au premier, deuxième, quatrième et cinquième texte cité, je réponds que ces passages doivent s’entendre du sacerdoce spirituel, par lequel nous offrons des hosties spirituelles, c’est-à-dire, des bonnes œuvres, et surtout des louanges et des prières. Ce sacerdoce, en effet, est commun à tous les hommes pieux. Mais, le sacerdoce proprement dit est quelque chose d’autre C’est celui par lequel est offert le sacrifice proprement dit, et à qui il appartient de prêcher au peuple, et d’administrer les sacrements. Il est clair qu’il en ainsi, car, après avoir parlé de sacrifices, il a ajouté le mot spirituels, pour faire la distinction entre les hosties qui ne sont pas offertes en sacrifice spirituellement et mystiquement, mais réellement, et au sens propre. Et dans l’apocalypse V et XX, il est question du sacerdoce des bienheureux dans le ciel, qui ne sert, certes, à rien d’autre qu’à offrir des louanges.
On prouve la même chose de la façon suivante. Les paroles de saint Pierre sont extraites du livre de l’Exode, où on dit des Hébreux la même chose que saint Pierre attribue aux chrétiens. Or, dans l’ancien testament, tous n’étaient pas des prêtres proprement dits, mais seulement les fils et la descendance d’Aaron. Mais, cependant, tous étaient des prêtres spirituels. Troisièmement. Car autant Pierre, dans son épitre, que Jean, dans son Apocalypse, associent le sacerdoce au règne. Si donc, en vertu de ce texte, tous les chrétiens sont des prêtres, comment peuvent-ils être des rois ?
Quatrièmement. Ces textes ne s’entendent que des chrétiens saints et pieux, non des pécheurs, qui ne sont pas une nation sainte, comme saint Pierre les appelle. Or, le sacerdoce ou le ministère externe convient aussi aux pécheurs, de l’aveu tant des catholiques que des luthériens. Au sujet de : « Pour que vous annonciez les vertus », je réponds que saint Pierre n’ordonne pas que tous les chrétiens prêchent publiquement la parole de Dieu, mais qu’ils rendent grâce à Dieu, et qu’ils le louent pour ses bienfaits. Car, comme l’explique correctement Bède, Pierre fait une allusion au
cantique des Hébreux : « Chantons pour le Seigneur glorieusement (Exode XV). » C’est ce qu’ils chantèrent après avoir été libérés de l’Égypte et avoir traversé la mer rouge. Car, il veut que les chrétiens qui ont été libérés de la servitude diabolique par les eaux du baptême, chantent un cantique d’action de grâces, et louent constamment le pouvoir du Rédempteur.
Oecumenius ne se trompe pas quand il ajoute que Pierre veut aussi que tous les chrétiens annoncent la vertu de Dieu non pas tant par la parole que par les bonnes œuvres, de façon à ce que leur vie soit, pour les Gentils, une sorte de prédication, selon ces paroles de Jésus en Matthieu V : « Pour qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient le Père… » C’est de cette façon, d’ailleurs, qu’on comprend beaucoup de textes de l’Écriture. Comme le psaume XV111 : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce l’œuvre de ses mains. » 1 Timothée 11 : « Comme il convient à des femmes exemplaires. » Nous avons en grec, le mot annoncer : « annonçant la piété par leurs bonnes œuvres. » Tu vois que, là, on commande aux femmes d’annoncer la piété. Et pour que, trompées par une interprétation luthérienne, elles ne pensent pas qu’il leur soit permis à elles aussi, de prêcher, il ajoute : « par vos bonnes œuvres. » Et : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner. »
À « il nous a fait des ministres idoines », je réponds qu’il ne parle pas de tous les chrétiens, mais de lui, seulement, et de ses autres collègues apôtres. Car, il se compare avec Moïse, qui a été ministre de l’ancien testament, et il dit que lui a été le ministre de lettres gravées sur des pierres, et que lui et ses collègues sont des ministres de l’Esprit. Or, il appert que, dans l’ancien testament, tous n’ont pas été ministres et promulgateurs de loi, mais seulement Moïse. De plus, dans tout le chapitre précédent, il parle de lui-même, ainsi qu’au début du troisième chapitre, où il dit : « Nous recommençons donc à nous recommander nous-mêmes ? Ou avons-nous besoin, comme certains, de lettres de recommandation pour vous et de vous ? »
Aux testes allégués en faveur des femmes, je réponds. Autre chose est prophétiser, c’est-à-dire annoncer une chose future, et autre chose est prêcher et interpréter les Écritures. La prophétie n’est pas une fonction propre aux prêtres ou aux ecclésiastiques. C’est une grâce gratuitement donnée qui convient très bien aux laïcs, hommes et femmes. Il est certain que David, Élie, Élisée, Isaïe et plusieurs autres ont prophétisé sans avoir été prêtres. C’est de ce genre de prophétie que parlent les textes allégués.
L’autre genre est propre aux prêtres, et ne convient pas aux femmes. Et c’est ce que dit saint Paul (1 Corinthiens X1V) : « Que les femmes se taisent dans l’église, car il ne leur est pas permis de parler etc. » Mais, cependant, à cause de cela, il n’est pas défendu à Dieu de concéder, exceptionnellement, aux femmes d’enseigner aux hommes, comme cela est arrivé à Débora, et il y a deux cents, à saint Catherine de Sienne. Mais les exceptions à une règle ne font pas une règle; et les privilèges ne font pas une loi. À l’argument qui veut que tous soient frères du Christ prêtre, je réponds que cet argument ne prouve rien. Premièrement, parce que le Christ n’est pas prêtre selon l’ordre d’Aaron, mais de Melchisédech. Dans le sacerdoce d’Aaron, tous les frères étaient prêtres. Mais, dans le sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech, seul le premier-né était prêtre.
De plus, dans le sacerdoce d’Aaron, seuls les frères naturels étaient prêtres, les frères adoptifs ne l’étaient pas. Or, les chrétiens sont des frères adoptifs du Christ, non des frères naturels. De plus, si tout ce qui convient au Christ nous convient aussi à nous, pourquoi ne faisons-nous pas tous des miracles, pourquoi ne prédisons-nous pas tous le futur ? Pourquoi ne sommes-nous pas tous rédempteurs comme lui ?
À l’argument tiré du premier devoir du prêtre, je réponds que ces trois citations ne prouvent rien. Car le « pour que vous annonciez les vertus » de saint Pierre (1 Pierre 11) doit s’entendre de la louange privée, non de la prédication, comme nous l’avons déjà dit. Le « vous annoncerez la mort du Seigneur » dans saint Paul (1 Corinth 11) doit s’entendre de la commémoration de la passion du Seigneur, que nous faisons non en prêchant, mais en consumant l’eucharistie. Autrement, tous ceux qui reçoivent le saint sacrement de l’autel devraient le faire en prêchant, ce qui est impossible. Le « vous pouvez tous prophétiser etc » ne doit pas s’entendre de tous les chrétiens, mais de tous ceux qui avaient reçu ces dons. Car, il dit : « Chacun de vous a un psaume, une langue. » Or, il est certain qu’ils n’avaient pas tous le don des langues, comme le reconnait saint Paul lui-même quand il dit (1 Cor X11) : « Tous parlent-ils en langue »? Et, à notre époque, il n’y a personne qui possède ce genre de dons.
Saint Paul veut donc dire : Que chacun parmi vous qui se glorifie de ces dons s’en serve dans l’ordre, c’est-à-dire pour l’édification. Ajoutons, en second lieu, qu’il ne parle pas d’une prédication publique, qui est propre aux prêtres, mais des échanges pieux et des exhortations qu’ils faisaient quand ils se réunissaient. C’est donc sans aucune raison valable qu’à cause de ces trois textes mal compris, Luther méprise les pères infinis, les conciles innombrables, la coutume éternelle, et la multitude universelle du monde.
Je réponds ensuite que, dans l’église catholique, les femmes baptisent en cas de nécessité, et avec permission, non d’office. Comme il est permis aussi aux Juifs et aux Turcs, en cas de très grande nécessité. Parce que le Turc peut baptiser, on ne peut pas en conclure qu’il peut administrer tous les sacrements. De la même manière, parce qu’une femme peut baptiser, on ne peut pas en conclure qu’elle peut administrer tous les sacrements, et qu’elle est une prêtresse. Il n’est pas vrai non plus que personne ne peut baptiser sans qu’il y ait une prédication. Car, les paroles qui font partie du rite du baptême ne sont pas des paroles de prédication mais de consécration.
Au « faites cela », je réponds que cela n’a pas été dit à tous. Autrement, les femmes et les enfants seraient tenus de consacrer les sacrements. Pour une raison semblable, le « j’ai reçu du Seigneur… » ne signifie pas qu’à tous a été donné le pouvoir de consacrer, mais qu’à tous à été transmis, expliqué et déclaré ce que le Christ avait institué. IL faut observer aussi que le pouvoir de consacrer est plus grand que celui de baptiser, car la rémission des péchés est autant donnée par l’eucharistie que par le baptême. Jean V1 : « Celui qui mange ce pain vivra éternellement. » Au sujet de : « tout ce que vous délierez sur la terre… », je dis que c’est l’Église qui lie et délie, mais par ses ministres, non par quiconque, comme le corps parle par la langue, non par la main. Et l’église universelle détermine les propositions de foi mais par ses docteurs, non par les simples chrétiens. C’est ce que démontre clairement la pratique de l’Église de tous âges.
Au sujet du sacrifice, nous nions qu’il n’existe pas d’autre sacrifice dans l’église que celui de la mortification des vices. Car, pour ce sacrifice, on n’a pas besoin d’autel. Mais, dans les églises, il y a un autel, comme saint Paul le dit aux Hébreux X111 : « Nous avons un autel dont n’ont pas le pouvoir de manger ceux qui servent dans le tabernacle. » Mais, de cela, plus tard. Je réponds ensuite à l’argument qui porte sur la prière, que la prière qui est propre au prêtre ce n’est pas n’importe laquelle prière, mais la prière publique, car, c’est à lui qu’il revient d’intercéder publiquement pour tout le peuple. Comme saint Jean Chrysostome l’enseigne dans le livre 6 sur le sacerdoce.
Au sujet de ces paroles : « Mes brebis écoutent ma voix… », et « gardez-vous des faux prophètes », je réponds qu’elles enseignent elles doivent porter un jugement sur les dogmes, non en les examinant selon la règle des Écritures, comme le veulent les hérétiques, car, si elles étaient capables de faire cela, il n’y aurait aucun besoin de pasteurs et de docteurs dans l’église. Ce qui leur était demandé c’était de comparer la doctrine qu’ils avaient reçue avec les nouvelles doctrines que leur prêchaient les nouveaux pasteurs, au nom de l’Écriture. Car, tous étaient capables de juger que tel enseignement était une nouveauté, et qu’il était donc suspect. De plus le Seigneur n’appelle pas pasteurs ordinaires les prophètes étrangers et faux, mais extraordinaires, qui viennent d’eux-mêmes, comme sont venus tous les hérétiques.
Si quelque chose est révélé à quelqu’un qui est assis, que le premier se taise, dit saint Paul. C’est bien pour rien que Luther croit, à cause de ce texte, pouvoir crier victoire, car cela se passait dans les réunions dont parle saint Paul, non lors de la prédication publique du pasteur, et encore moins lors du jugement public du conseil, ou du souverain pontife. Ce qui est démontré par l’usage de l’église. Car, on n’a jamais entendu dire que quand un prêtre prêchait publiquement dans une église, il ait été permis à quiconque de parler, et encore moins, à des hommes privés de rejeter le jugement de toute l’Église. Deuxièmement, car on n’est pas obligé de croire quiconque nous dit qu’il a eu une révélation, sauf dans des situations graves, et surtout si cette révélation est contraire à la doctrine des pasteurs ordinaires. Autrement, ce serait ouvrir la porte toute grande à toutes les hérésies. Car il n’y a jamais eu d’hérésiarque qui ne se soit pas vanté que ses dogmes aient été la très vraie révélation de Dieu.
On le voit par les paroles du prophète : « Que deux ou trois parlent, et que les autres jugent ! » Car, il ne conviendrait pas que deux ou trois prêchent, mais il convenait tout à fait que dans une réunion fraternelle, deux ou trois parlent. Ajoutons que Justin (dans sa seconde apologie, près de la fin) distingue la prédication qui n’appartient qu’au prêtre, d’une réunion spirituelle qu’au même endroit, après la prédication et les sacrements, ils tenaient entre eux.
À l’argument voulant que quiconque est baptisé a l’Esprit du Christ, et là où est l’Esprit du Christ, là se trouve tout pouvoir et la liberté, je réponds d’abord que la majeure n’est pas vraie universellement, car beaucoup sont baptisés, qui ne reçoivent pas l’Esprit du Christ, parce qu’ils sont baptisés sans foi et sans pénitence. Plusieurs le reçoivent et le perdent après, sans pourtant perdre le baptême. Ensuite, il faut dire que la mineure est fausse. Car, plusieurs ont l’Esprit du Christ sans avoir un pouvoir sur toutes choses. En effet, ils ne peuvent ni parler dans des langues étrangères, ni prédire le futur, ni guérir les malades, ni ressusciter les morts.
CHAPITRE 26
La foi ou l’innocence d’un ministre n’est pas requise pour que les sacrements soient efficaces.
Suit la troisième question, qui porte sur les qualités du ministre des sacrements. La foi est-elle nécessairement requise, ou la charité, de façon à ce que les hérétiques, les infidèles, les schismatiques, les mauvais catholiques ne pourraient pas conférer les sacrements. Nous ne nous demandons pas s’ils pèchent ou pas en conférant les sacrements, mais seulement s’ils les confèrent validement quand ils n’omettent rien de ce qui appartient à la substance des sacrements. Mais, de nos jours, il ne semble pas y avoir de controverse sur ce sujet. Car, même si Luther dit souvent que l’Esprit du Christ, reçu au baptême, est le fondement du pouvoir d’administrer les sacrements, et que, en conséquence, seuls les bons qui ont l’Esprit du Christ confèrent efficacement les sacrements, cependant, lui-même a enseigné, par la suite, que la foi et la probité étaient si peu requises que le diable peut conférer les sacrements efficacement, comme nous l’avons montré plus haut.
La confession d’Augusta (article 8) reconnait que les sacrements sont efficaces, même s’ils sont administrés par des hypocrites et des indignes. Calvin enseigne la même chose (livre 4, chapitre 15, verset 16). Et dans son antidote du concile de Trente (canon X11, session 7), il dit anathème à ceux qui nient que les sacrements sont efficaces quand ils sont administrés par des méchants. Et il n’ajoute rien d’autre que le mot amen : qu’il en soit ainsi. Enfin, Kemnitius (dans son examen du concile de trente, 2 part, page 155, affirme que le canon 12 ne lui déplait pas. Il a coutume d’attribuer aux Anabaptistes et aux Hussites la sentence voulant que les sacrements ne soient efficaces que si le ministre est fidèle et pieux. Mais, je me demande si les Hussites enseignent vraiment cela, car ils ont coutume de demander au pontife romain les ordinations de leurs prêtres, même s’ils ont tenu et tiennent encore pour hérétiques le pontife romain et tous les évêques catholiques. Et, il est certain que si les Hussites considèrent comme valides les ordinations de ceux qu’ils appellent hérétiques, ils accepteront beaucoup plus facilement le baptême conféré par eux.
C’est ce que nous montre le livre du Luther sur le sénat de Prague, où il enjoint les Bohémiens Hussites de ne pas demander d’ordinations à Rome, puisque pour les Romains ils sont hérétiques, et que pour eux les Romains sont hérétiques. Donc, ce que Jean Huss dit, dans ses articles condamnés au concile de Constance, (session 14) à l’effet qu’un mauvais prélat ou un réprouvé est équivoquement un pasteur, et que personne n’est évêque quand il est en état de péché mortel, ou ben il l’entend seulement de la juridiction, ou bien les Hussites ne suivent pas leur maître sur ce point. Kemnitius, au lieu cité, attribue cette erreur aux Anabaptistes. Mais parce que leur doctrine est pour beaucoup difficile à comprendre, et non divulguée publiquement, on ne sait pas sur quels fondements elle s’appuie.
Voilà pourquoi il suffira, à ce moment-ci, de donner le nom de ceux qui, autrefois, ont erré de cette façon. Ensuite, par quels pères et par quelles raisons leurs objections ont été réfutées.
Avant l’an 300, commença à naître, en Asie et en Afrique, cette opinion erronée que n’étaient pas valides les sacrements administrés par des hérétiques et des schismatiques après leur séparation de l’unité catholique. C’est ce qu’Eusèbe rapporte (livre 7, chapitre 6, d’après l’épitre de Denys d’Alexandrie, sur les Africains; livre 7, chapitre 2), saint Augustin (livre 2, chapitre 7 sur le baptême) dans lequel il indique que le premier auteur de cette hérésie a été l’évêque de Carthage Agrippine, le prédécesseur de saint Cyprien. C’est aussi ce qu’atteste Vincent de Lérins qui dit qu’Agrippine a été le premier des mortels à penser qu’il fallait rebaptiser.
Saint Cyprien, avec beaucoup d’évêques africains, a suivi son prédécesseur, sans pour autant, se séparer de l’Église à cause de cela, comme on le voit pas les lettres qu’il a écrites à Quintus, Pompeius, et Jubaianus. Voilà pourquoi, il n’a jamais été considéré comme un hérétique. Ne manquent pas ceux qui soutiennent qu’il a, à la fin de sa vie, révoqué sa sentence, comme saint Augustin le dit dans la lettre 48 à Vicentius. De la même façon, saint Jérôme (dans son dialogue contre les Lucifériens) rapporte que, par respect pour l’autorité du pape Étienne, les autres évêques auraient fini par renoncer à leur erreur.