Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 200)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ont marché sur leurs traces, peu à près, les hérétiques donatistes, qui ont tenu avec acharnement cette erreur, et l’ont même renforcée. Car, au début, Agrippine et saint Cyprien ne voyaient pas des hérétiques dans ceux qui pensaient le contraire. Voilà pourquoi ils ne rebaptisaient pas ceux qui avaient été baptisés par des catholiques d’opinion contraire, tandis que les donatistes rebaptisaient même les catholiques, qu’ils tenaient pour hérétiques. C’est ce que dit saint Augustin (dans son livre sur l’unique baptême, chapitre 13) quand il compare les donatistes avec Aggripine et Cyprien : « Rebaptiser des hérétiques fut une erreur humaine. Rebaptiser des catholiques est toujours le fait de la présomption diabolique. »

Deuxièmement, les donatistes défendirent leur erreur après la définition de l’Église dans un concile général, ce qui est propre aux hérétiques. Aggrippine et Cyrien ne connurent aucune définition de l’Église faite en termes absolus, comme Augustin l’atteste (livre 2, sur le baptême, chapitres 7 et 9.) Troisièmement, saint Cyprien ne réprouvait que les sacrements administrés par des hérétiques et des schismatiques, c’est-à-dire par ceux qui étaient en dehors de l’Église. Il ne réprouvait pas les sacrements administrés, dans l’Église, par de mauvais prêtres, comme saint Augustin le démontre (livre 4, chapitre 9 sur le baptême, et le livre de l’épitre contre Parmenianus, chapitre 2). Mais les autres donatistes excluaient manifestement tous les pécheurs de l’administration des sacrements, comme saint Augustin l’atteste (livre 2 du livre contre les Parméniens, chapitre 10.) Ils excluaient tous les hommes mauvais, même occultes, comme le dit encore saint Augustin (livre 2 contre Cresconius, chapitre 28.)

Après les donatistes, les Lucifériens enseignèrent cette erreur, au moins en partie. Car, au témoignage de saint Jérôme (dans son dialogue contre les Lucifériens), ils admettaient un baptême conféré par des hérétiques, mais non l’ordination. Or, un certain diacre Hilaire rapporte, selon saint Jérôme, qu’ils n’admettaient même pas le baptême. Il y en a eu d’autres, ensuite, au temps de saint Bernard, qui niaient que des hommes mauvais pouvaient administrer efficacement les sacrements, comme il l’atteste lui-même dans son sermon 66 sur les cantiques des cantiques. Les Albigeois, ensuite, enseignèrent la même chose, comme le rapporte saint Antoine dans sa somme théologique (par 1V, tit 2, chapitre 7, verset 5.)

Entre les deux existèrent les Waldenses qui concédaient l’administration des sacrements aux bons laïcs, et l’enlevaient aux mauvais prêtres, au témoignage de saint Antoine (par 4, tit 11, chapitre 7, verset 2. » Saint Thomas jeta un coup d’œil à cette erreur (dans les livre 4 contre les Gentils, chapitre 77) quand il enseigna qu’il existait une certaine erreur selon laquelle tous les bons et aucun mauvais pouvaient être des ministres idoines des sacrements. Ce qui ressemble étrangement à ce qu’enseignait Luther, au début, quand il soutenait que sont prêtres tous ceux qui ont l’esprit du Christ, et ceux-là seuls.

Ensuite, est apparu Jean Wiclif, qui n’a pas peu enrichi cette hérésie. Car, il nie que puissent conférer les sacrements non seulement les pécheurs, occultes ou manifestes, mais aussi ceux qui sont bons aujourd’hui et qui seront mauvais demain, c’est-à-dire, les réprouvés. Voir, sur cette erreur, le concile de Constance, (session V111), et Thomas Waldens (tome 11, chapitre 14).

Cette hérésie a été réfutée par plusieurs anciens souverains pontifes. Dès sa naissance, par le pape et martyr saint Étienne, comme le rapporte Eusèbe (livre 7, chapitre 2 et suivants de son histoire). Ensuite, Siricius (dans son épitre 1 à Himérius), Innocent 1 (dans son épitre 22 aux évêques de Macédoine), Léon (dans son épitre 77 à Nicet), Anastase 11 (dans son épitre à l’empereur Anastase), etc.

Plusieurs conciles condamnèrent cette hérésie. D’abord, le concile de Nicée. Car, c’est ce qu’atteste saint Augustin très souvent (dans son livre 2, sur le baptême, chapitres 3, 4, 5, 7, 9, et ailleurs). Mais, comme il ne nomme jamais le concile de Nicée, plusieurs se demandent de quel concile il parle. Mais, il n’y a aucune raison de douter, car il l’appelle le concile plénier de toute la terre. Or, le seul concile général et plénier que saint Augustin ait connu c’est celui de Nicée. Car, quatre conciles généraux seulement ont eu lieu au temps de saint Augustin : celui de Nicée, celui de Sardes, de Constantinople 1, et celui d’Éphèse. Or, le concile d’Éphèse a été convoqué peu de temps avant la mort de saint Augustin, et célébré après sa mort. Cela nous n’apprenons par la lettre des Africains à l’empereur Théodose junior.

Et le concile de Constantinople ne traita pas de ce sujet. Il n’était pas non plus un concile plénier de toute la terre, et il ne fut reconnu par le pape que bien après. Ajoutons que dans son livre 2 sur le baptême (au chapitre 9), il déclare que le concile plénier dans lequel cette vérité a été définie, a été célébré avant sa naissance. Il est avéré que seul le concile de Nicée a été célébré avant la naissance de saint Augustin. Car saint Augustin est né en 357, et le concile de Nicée a eu lieu 327. Et le concile de Constantinople en 383, Voir la chronique d’Eusèbe, avec l’addition de Prosper. Quant au concile de Sardes, il ne traita pas de cette question, et il n’a pas été connu de saint Augustin, comme nous l’avons montré dans la dispute sur le droit d’appel, et avec le concile 6 de Carthage.

De plus, dans le concile de Nicée, au canon 19, on ordonne que les paulianistes soient rebaptisés. On peut en déduire que le baptême des autres hérétiques avait été approuvé par le concile. Ensuite (qu’un seul devrait suffire), saint Jérôme dans son dialogue contre les lucifériens dit, à la fin : « Le concile de Nicée a reçu le baptême de tous les hérétiques. Il n’a rejeté que celui des disciples de Paul de Samosate. Il donc là clairement affirmé que le synode de Nicée a approuvé le baptême de tous les hérétiques (car, c’est de cela que l’on parlait) à l’exception de ceux qui n’utilisaient pas la forme légitime. Peu longtemps après, le concile de Carthage 1 (canon 1) présidé par l’évêque Gratus, a, au temps de l’empereur Constantin 1, blâmé la même erreur. Saint Augustin se souvient aussi de ce concile (livre 2, chapitre 2, sur le blasphème contre les Donatistes.) De même, le concile d’Arles (1, canon 8), à la même époque. Et longtemps après, celui de Constance (session V111), de Trente (session 7, canon 12.)

De plus, de nombreux docteurs réfutèrent cette erreur, et surtout saint Augustin, dans tous ses livres contre les Donatistes. Optatus, également, dans ses livres contre Parmenianus, saint Jérôme (dans son dialogue contre les lucifériens), saint Grégoire de Naziance, (dans son sermon sur le baptême), saint Thomas (livre 4, chapitre 24, du contre les Gentils), et Thomas Waldensis (tome, 2 au début, et dans plusieurs chapitres) où il présente, lui aussi, beaucoup de témoignages.

Les arguments principaux dont on se sert sont au nombre de trois. Le premier. La tradition, la coutume très antique qui remonte au temps des apôtres. C’est surtout de cet argument dont s’est servi le pape Étienne, comme le témoigne saint Cyprien dans son épitre à Pompée. Saint Augustin utilise souvent cet argument (livre 1, chapitre 9 sur le baptême) : « La terre entière était tenue par la force de la tradition, par cette pratique très antique qui remonte au temps des apôtres ». Vincent de Lérins dans son communitorium, observa que l’argument tiré de la tradition et la pratique de l’Église suffit pour renverser la cause de saint Cyprien, qui militait contre la vérité avec beaucoup d’éloquence, de nombreuses citations bibliques et dans un concile de nombreux évêques africains.

Ce qui nous fait comprendre que Luther et les siens ont un esprit contraire à celui qu’eut l’ancienne vraie église du Christ. Car, à cause d’un seul texte de l’Écriture mal compris, il foule aux pieds, dans son livre sur l’abrogation de la messe, la coutume éternelle de l’église universelle. Ainsi que dans son livre sur l’institution des ministères, destiné aux gens de Prague. La vieille église, par la pratique de deux ou de trois cents ans, réfutait tous les témoignages que Cyprien et les siens présentait. Et, avec raison. Car, il est tout à fait certain qu’une coutume universelle perpétuelle de l’Église ne peut pas militer contre la parole de Dieu, et que la coutume est plus claire que la parole. Car, ils jugent à bon droit que c’est par la coutume que la parole de Dieu doit être interprétée; et qu’on ne doit pas abolir une coutume à cause d’une parole de Dieu obscure ou ambigüe, comme, à notre époque, les luthériens soutiennent qu’on doive faire.

En second lieu, ils présentaient une raison fondée sur la parole de Dieu, sous la forme du syllogisme suivant. Le ministre des sacrements opère par la vertu et l’autorité divine. Or, Dieu n’enlève pas au ministre, à cause de son péché ou de son infidélité, le pouvoir qu’il lui a donné. Donc… On prouve ainsi la majeure. L’Écriture enseigne cela souvent (Jean 1) : « C’est celui qui baptise dans l’Esprit-Saint. » Ce n’est donc pas le ministre qui est l’auteur principal du baptême, mais le Christ. Comme l’explique très bien saint Augustin (traité 5, Jean 1, Corienthiens 111) : « Ce n’est pas non plus celui qui plante ou qui arrose qui est quelque chose, mais celui qui donne la croissance. »

De plus, si les ministres baptisaient par leur vertu, il y aurait des baptêmes différents. Quelques-uns seraient meilleurs que d’autres à cause de la diversité des mérites et d’excellence des baptiseurs. Mais, comme di saint Paul (Éphésiens 1V), il n’y a qu’un seul baptême. Les apôtres n’ont jamais, non plus, dit « mon baptême », comme ils ont parfois dit « mon évangile », en parlant de l’évangile qu’ils prêchaient (Rom XV1, et 11 Timothée 11 : « selon mon évangile. » Dans le baptême, ils ne reconnaissaient donc rien qui leur appartenait en propre. Ils n’y voyaient qu’un ministère pur et simple. Enfin, ce fut une très bonne chose que les sacrements ne dépendent pas de la vertu humaine, pour que les hommes ne prennent pas l’habitude de mettre leur confiance dans les hommes, comme il est écrit : « Malheur à l’homme qui met sa confiance dans l’homme. »

J’ai déjà prouvé la mineure. Car, l’autorité de conférer les sacrements n’est pas une grâce qui fait un débiteur, mai une grâce donnée gratuitement. Elle n’entre donc pas en opposition avec une mauvaise vie, et peut cohabiter avec elle. Jean X1, 51 nous montre que cette grâce peut exister dans des pécheurs, puisque le très méchant Caïphe a pu prophétiser. Ne voyons-nous pas la même chose dans Matt V11, 22 : « N’avons-nous pas chassé des démons en ton nom ? »

Deuxièmement. L’autorité de conférer des sacrements n’est pas donnée pour l’utilité de celui qui l’a, mais pour les autres. Il ne convenait donc pas qu’elle soit enlevée à cause du péché de son détenteur. Car ainsi, l’un serait puni à cause de la faute d’un autre. Troisièmement. Dieu, à cause des péchés, n’enlève pas le pouvoir de juridiction, comme nous l’enseigne saint Pierre (1 Pierre 11). L’apôtre commande là aux chrétiens d’obéir à leurs maitres, même à ceux qui sont acariâtres. Il leur ordonne aussi, au même endroit, d’obéir aux rois, et aux autres magistrats, qui étaient, alors, des infidèles et des païens. Il enlève donc encore moins le pouvoir d’ordre. Car, s’il fallait enlever le pouvoir de punir à celui qui le possède, il faudrait enlever le pouvoir de juridiction plutôt ce que celui de l’ordre. Car, on aime davantage le pouvoir de juridiction; et celui qui en est privé se sent plus puni que s’il perdait le pouvoir d’ordre. Et de plus, le pouvoir de juridiction dépend plus de la probité de la vie que ne dépend le pouvoir d’ordre. Car, il est plus difficile de dominer les passions en exerçant l’autorité qu’en administrant les sacrements, comme l’expérience le montre.

Quatrièmement. Dieu n’enlève pas, à cause des péchés, des pouvoirs naturels d’œuvres naturelles. Il ne doit donc pas, non plus, enlever le pouvoir surnaturel des œuvres surnaturelles qui ne dépendent pas du mérite de l’opérant. Car, Dieu ne pourvoit pas moins au bien de toute l’Église qu’il ne pourvoit au bien de ce monde. Cinquièmement. Judas était un pécheur et un réprouvé, et cependant il baptisait, comme l’enseigne saint Augustin (traité 5 sur saint Jean, saint Jean 1V) : « Jésus ne baptisait pas, mais ses disciples. » Et que Judas ait baptisé efficacement, saint Augustin nous le fait comprendre en disant qu’on ne lit pas qu’aient été rebaptisés ceux que Judas avait baptisés.

On tire un troisième argument de choses semblables. Car, d’abord, chez les Juifs, ceux qui avaient été circoncis par les Samaritains, qui étaient des hérétiques, n’étaient pas circoncis de nouveau, mais on les admettait comme ayant été vraiment circoncis, comme le fait remarquer saint Augustin (dans son livre 1 contre Cresconiius, chapitre 31). De plus, la parole de Dieu est efficacement prêchée par les indignes, comme l’explique saint Augustin (livre 4 sur le baptême, chapitre 11, commentant Matthieu XX111) : « Faites ce qu’ils disent, ne faites pas ce qu’ils font. »

Et, aux Philippiens 1 : « Quelques-uns annoncent le Christ dans un esprit de compétition, non sincèrement, ne désirant qu’ajouter de la pression à mes chaînes. Mais qu’importe, pourvu que, toute façon, le Christ soit annoncé, par intérêt, ou dans la vérité. De cela je me réjouis, et je m’en réjouirai toujours. » De plus, comme le notait saint Augustin, la bonté d’âme d’un semeur n’a rien à voir avec l’efficacité de la semence, et de la plantation, comme l’observe le même saint Augustin (livre 3, chapitre 8 contre Cresconius : « Est-ce que cela dépend de la propreté ou de la saleté des mains ? Il suffit que la semence soit bonne et la terre fertile, et que ne manque ni la chaleur du soleil, ni la pluie du ciel.

Et comme saint Grégoire de Naziance l’enseigne (dans son sermon sur le baptême), l’image d’un roi n’est pas moins bien imprimée sur un sceau de fer que sur un sceau d’or. Et comme dit aussi saint Augustin (livre 3, chapitre 10 sur le baptême) : « La lumière du soleil et même celle des lampes n’est pas salie par la vase, ni par les excréments qu’elle rencontre sur sa route ». Enfin, comme l’enseigne le même saint Augustin, (traité 5 sur Jean) : « Il importe peu que, pour irriguer les terres, l’eau passe par des conduits en pierre ou en argent. »

Quant au troisième, les arguments des hérétiques sont réfutés soigneusement par saint Augustin dans ses livres contre les donatistes. Voici les principaux. Le premier argument des donatistes. Personne ne donne ce qu’il ne possède pas. Les hérétiques et les impies n’ont pas la rémission des péchés. Ils ne la donnent donc pas, et ils n’administrent pas efficacement les sacrements.

Je réponds à la mineure que les hérétiques n’ont pas la rémission des péchés formellement, mais qu’ils l’ont matériellement, comme un domestique, qui n’a souvent pas la sixième partie de la drachme, mais qui transporte beaucoup de pièces d’or de la maison de son maître à une autre. Et, dans les choses naturelles et artificielles, l’effet n’a pas à être semblable à l’instrument, mais à la cause principale. En effet, la chaleur n’a pas la forme substantielle du feu; et la hache à deux faces n’a pas la forme de la chaise à dossier. Et cependant, elles opèrent instrumentalement.

Ajoutons ensuite qu’il faut distinguer le sacrement de son effet. Et, parmi les effets, il faut distinguer le caractère de la grâce. Car, ces deux choses peuvent être séparées. Il pourra donc arriver qu’un hérétique baptise, et confère et le caractère et la grâce, comme quand il baptise un enfant. Ou bien, qu’il ne confère pas la grâce, parce que, en croyant à un hérétique, celui qui est baptisé met l’obstacle d’infidélité. Mais, le baptême n’est pas nul pour autant, car il a tracé le caractère. Il pourra arriver aussi que ni le caractère ni la grâce ne soient conférés, comme quand on donne l’extrême onction à un hérétique malade. Cependant, il administre quand même un vrai sacrement, et un sacrement efficace, même s’il n’opère rien à cause des mauvaises dispositions de celui qui le reçoit. Il faut ici noter comme saint Augustin, (livre 6, chapitre 1 sur le baptême), que c’est là la principale erreur de saint Cyprien et des autres : ils ne faisaient pas de distinction entre les sacrements, leur usage, et leur effet.

Le second argument des hérétiques. Celui qui n’a pas l’Esprit Saint ne peut pas remettre les péchés, car le Christ a dit en saint Jean (XX) ; « Recevez l’Esprit saint. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Je réponds en niant la mineure. Par Esprit Saint, dans ce passage, nous entendons le pouvoir de remettre les péchés, comme interprètent ce texte saint Jean Chrysostome et saint Cyrille. Or, ce pouvoir peut exister sans la grâce qui fait que quelqu’un est agréé. Que par le mot Saint Esprit on puisse comprendre n’importe lequel de ses dons, même s’ils ne font pas d’un homme un saint, saint Paul nous le fait comprendre (1 Cor X11) : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit pour l’utilité. À l’un est donné, par l’Esprit, un sermon de sagesse. » Et 1 Corinthiens X1V : « Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes. » Ce qu’il appelle ici esprit c’est le don de prophétie donné par l’Esprit Saint.

On peut dire aussi que, par ces paroles (recevez l’Esprit-Saint etc.), le Seigneur a voulu signifier que l’effet des sacrements dépend principalement de la vertu du Saint-Esprit. Il est donc nécessaire que, au moins, le Saint Esprit assiste, pour qu’il soit reçu au moins en tant qu’assistant et opérant dans les sacrements, même si le sacrement n’est pas opéré par le ministre lui-même. Le Saint-Esprit assiste toujours dans ses sacrements, (comme l’enseigne saint Augustin livre 3, chapitre 10 du baptême), même si le ministre est un adultère ou un homicide. Car, le sacrement n’est jamais adultère.

De même, parce qu’ils ne manquent pas ceux qui, dans ce passage, entendent par Esprit Saint entendent l’Esprit en tant qu’il donne la grâce et la charité, et se diffuse dans nos cœurs, comme saint Ambroise (sermon 10 sur le psaume CXV111), et saint Augustin (dans son commentaire au chapitre XX de Jean.) Voilà pourquoi nous pouvons ajouter la grâce du Saint-Esprit donnée par l’ordination sacrée au pouvoir de remettre les péchés. Mais, on ne peut pas en déduire que celui qui n’est pas en état de grâce ne peut pas remettre les péchés. Car cette grâce et le pouvoir de remettre les péchés ne sont pas une seule et même chose; et quand la grâce est unie au pouvoir, on ne peut pas affirmer qu’elle ne peut pas en être séparée. Car, n’est pas donné à celui qu’il l’a le pouvoir de remettre les péchés, mais de ne pas offenser Dieu dans l’exercice d’un si saint ministère, si, tout en demeurant ennemi de Dieu, il présume réconcilier les autres avec Dieu.

Le troisième argument des hérétiques. Les sacrements n’appartiennent qu’à la seule église catholique, celle que le Christ a fondée. Or, les hérétiques sont à l’extérieur de l’Église, dans la synagogue de Satan. Je réponds que les sacrements sont toujours dans l’Église, même si, parfois, on les trouve en dehors de l’Église. Voilà pourquoi, quand ils viennent à l’Église, après avoir été baptisés par des hérétiques, on doit reconnaitre ce qui appartient à l’Église, c’est-à-dire, le baptême, et on doit s’efforcer de corriger leur erreur. Autrement, il faudrait répudier aussi l’évangile et beaucoup d’autres bonnes choses qui demeurent chez les hérétiques après leur séparation d’avec l’Église.

Les hérétiques pourraient enfin revendiquer certains textes des pères, comme celui de saint Ambroise (sermon 3 contre les Ariens), où il dit que tous les hérétiques ont une eau inutile. Le même saint Ambroise a dit aussi au sujet de ceux qui s’initient aux mystères divins (chapitre 4) : « Le baptême des perfides n’assainit pas. » Et saint Léon (épitre 77 à Nicétas, chapitre ultime) où il dit que « Nul hérétique ne peut donner la sanctification par les sacrements. » Je réponds que saint Athanase dit deux choses. La première. « Les Ariens viennent à l’Église catholique, dans la crainte de perdre l’intégralité du mystère, c’est-à-dire du baptême. » La seconde. Il nie absolument que le baptême des Ariens, ou des autres hérétiques, puisse purifier : « Car, ce n’est pas celui qui dit seulement « Seigneur, Seigneur », qui donne un baptême légitime, mais celui exprime le nom et qui a la vraie foi. »

Dans le premier texte, il est question de la substance du sacrement, et voilà pourquoi il ne dit pas catégoriquement que le baptême des Ariens n’est pas intègre, mais qu’il y avait un danger qu’il ne le soit pas toujours, parce qu’il leur était facile de corrompre la formule du baptême, et de dire au nom du créateur et de la créature, au lieu de au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans l’autre texte, il n’est pas question de la substance, mais de l’utilité du sacrement. Et voilà pourquoi il dit que, parce qu’il leur manque la vraie foi, les hérétiques ne sanctifient pas ceux de leur secte qu’ils baptisent. Et c’est de cette façon que parlent Ambroise, Léon et les autres. Voilà pourquoi ces pères ne disent jamais que le baptême des hérétiques doit être réitéré. Ce qu’ils diraient certainement s’ils parlaient de la substance.

CHAPITRE 27

Est requise l’intention de faire ce que fait l’Église

Il reste une dernière question sur la cause ministérielle. L’intention du ministre est-elle nécessaire à la confection d’un sacrement ? Cette question va avoir quatre parties. La première. Explication de la sentence des hérétiques. La seconde. Explication de la sentence des catholiques, et réfutation des mensonges des adversaires. La troisième. La confirmation de la vérité. La quatrième. La réfutation des objections.

Une nouvelle hérésie est née à notre époque, selon laquelle, n’est pas requise l’intention du ministre. Le sacrement, pour eux, est parfaitement valide, si sont présents les éléments et les paroles, même si le ministre fait cette action par jeu, par dérision, en faisant semblant de croire, et en mentant aux fidèles.

Le premier auteur de cette hérésie semble bien être Luther. Car, voici ce qu’il a écrit dans son livre sur la captivité de Babylone (chapitre sur le baptême) : « Je ne doute pas que celui qui reçoit le baptême au nom du Seigneur soit vraiment baptisé au nom du Seigneur, et même si un impie ministre ne le donne même pas au nom du Seigneur. Car, la vertu du baptême ne réside pas tant dans la foi de celui qui confère le baptême que dans la foi de celui qui le reçoit, comme nous le montre l’exemple d’un mime baptisé par jeu. » Et, dans l’article 12, qui porte sur ceux que le pape Léon a condamnés : « Si un prêtre n’absout pas sérieusement, mais par jeu, et si le pénitent se croit absout, il est vraiment absout. » Et dans ses assertions, il confirme cela, ainsi que dans son livre sur la messe privée, de l’an 34, où il utilise trois arguments qu’on réfutera plus tard,

Jean Calvin a suivi Luther (dans son antidote du concile de Trente, session 7, canon 11. Il écrit : « Les choses qu’ils marmottent sur l’intention de consacrer, ils sont allés les chercher chez les sophistes, sans aucune raison qui tienne. » Et plus bas : « Moi, je porte un si grand respect à la sainte institution du Christ, que si un épicurien quelconque administrait, même pour s’en moquer, la cène du Seigneur, selon le mandat du Christ, et selon la règle par lui donnée, je ne douterais pas que le pain et le vin présentés par sa main ne soient les gages du corps et du sang du Christ. » Tilmannus Heshusius enseigne la même chose, dans son livre sur les six cents erreurs des souverains pontifes (lieu 15).

Martin Kemnitius enseigne aussi la même chose (2 par examen, pages 141 et suivantes), où il traite abondamment de cette question. Et même si, à la page 146, il enseigne que l’action sacramentelle ne doit pas être une moquerie, une bouffonnerie, ou un simple jeu, --en quoi il semble penser comme nous,-- cependant, il n’entend cela que de l’action externe, non de l’action interne. Car, après cela, à la page 154, il enseigne que le sacrement est un véritable sacrement même si le ministre l’administre en s’amusant. Et, dans toute sa dispute, il soutient que l’efficacité d’un sacrement ne dépend en aucune façon de l’intention du ministre. Et, à la page 1045, il écrit, en parlant de l’absolution : «Il ne doit pas se faire de souci de conscience au sujet de l’intention du ministre. Si la parole de l’évangile est annoncée, et s’il la reçoit avec foi, qu’il statue qu’il est absout devant Dieu, quelle que soit l’intention du ministre. »

Ambroise Catharinus semble se rapprocher de cette sentence hérétique. Car, (dans son opuscule sur l’intention des ministres sacramentaires), il distingue une double intention. Une première. Celle de faire l’acte externe que fait l’Église. Une deuxième. Celle de faire un acte externe en tant que sacramental, ou avec l’intention de célébrer le mystère que le Christ a institué, et que l’Église célèbre. Il dit que la première intention est requise, mais non la deuxième. De sorte que, si, pendant qu’il baptise un enfant, le ministre a l’intention de verser l’eau sur l’enfant, et de dire « je te baptise », il conférera un vrai sacrement, même s’il dit ces paroles et verse l’eau uniquement pour laver le corps de l’enfant de ses saletés, ou pour s’amuser. Cette opinion je ne vois pas en quoi elle diffère de celle de Kemnitius, et des autres hérétiques, si ce n’est que, à la fin de son opuscule, Catharinus professe se soumettre aux décisions du souverain pontife et du concile. Mais les hérétiques rient de l’un et de l’autre.

Tous les livres