Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 204)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Et, dans son livre contre les anabaptistes, il écrit : « Comme la volonté de Dieu se montre dans la parole ou dans la promesse, elle se montre aussi de la même façon dans le signe, comme dans une peinture. » Et, plus bas : « C’est ce qui fait comprendre que les sacrements ne justifient pas. » On voit donc apparaitre cette comparaison de la peinture qu’exécrait tellement Kemnitius. Et, pourtant, au début de son examen (principe 2), il professe être un sectateur de cette apologie.

Les sacramentaires ont suivi Luther et Philippe. Et c’est d’eux que Calvin a tiré cette comparaison d’une peinture, (livre 4, chapitre 14, verset 6). Et au chapitre 17, il utilise cette même comparaison d’une peinture : « Qu’Il demeure établi une fois pour toutes qu’il n’y a d’autres parties des sacrements que celles de la parole de Dieu, qui consiste à offrir pour nous et proposer le Christ, et en lui les trésors de la grâce céleste. »

Et, plus bas : « Qu’on prenne garde, ensuite, de ne pas se laisser entrainer dans l’erreur par les choses qui, pour amplifier la dignité des sacrements, ont été magnifiquement écrites par les anciens. De façon à penser qu’une vertu latente est annexée et fixée aux sacrements qui, par elle-même, nous confèrerait la grâce du Saint-Esprit; alors que la seule fonction qui leur a été assignée par Dieu est d’attester et de sanctionner la bienveillance de Dieu à notre endroit. »

Et, plus bas : « Les sacrements sont pour nous, de la part de Dieu, ce que sont pour les hommes, des messagers de bonne nouvelle, ou des arrhes dans les pactes qui ont à être sanctionnés. Ils n’accordent donc, par eux-mêmes, aucune grâce, mais ils annoncent et montrent et, comme des gages et des tessères, font en sorte que soient ratifiées pour nous les choses qui, par la largesse divine, nous sont données. » Et, au verset 18, il se sert de l’exemple de la rosée et de la toison de Gédéon, et des autres signes dont s’était servi Luther.

Mais, dans ses livres postérieurs, ébranlé, semble-t-il, par les arguments des catholiques, Luther écrivit bien autrement. Car, dans son homélie 1 sur le baptême, éditée en 1535, dit : « Le baptême a été institué pour qu’il nous serve, pour qu’il nous soit profitable, pour qu’il nous donne non quelque chose de corporel ou de charnel, mais une grâce éternelle, une pureté éternelle, une sainteté et une vie éternelle. » Et, dans son homélie 2 sur le baptême, en 1540, il a dit : « Le baptême ne peut pas ne pas opérer ce pourquoi il a été institué : la régénération, et la rénovation faite par le Saint-Esprit. »

Et, plus bas : « Le baptême a une telle vertu et une telle énergie que l’homme qui a été conçu et est né dans le péché, est régénéré devant Dieu; et que celui qui, avant, avait été condamné à mort, est déjà le fils de Dieu. Qui peut percevoir et saisir avec ses sens, sa pensée ou son intelligence la gloire et la vertu du sacrosaint baptême ? » Et, plus bas : « Saint Jean a voulu, par ces paroles, que le baptême soit tellement efficace, et possède une telle vertu, qu’il efface les péchés, noie et suffoque la mort, purifie et nous guérisse des nos saletés et de nos vices. »

C’est cette dernière façon de parler qu’ont imitée les luthériens les plus récents, comme Kemnitius. Car, dans la deuxième partie de son examen (à la page 98), où il citait certains textes de l’Écriture en faveur de l’efficacité des sacrements contre les anabaptistes, il écrit : « Ces témoignages si manifestes qui attribuent aux sacrements une efficacité, ne doivent pas, par des tropes, être détournés de leur véritable signification simple et naturelle, c’est-à-dire, de leur sens propre et premier. Nous devons donc faire comme les anciens qui ont entendu ces paroles comme elles sonnent. »

Et, à la page 101, il écrit en toutes lettres : « Les sacrements sont des causes instrumentales, de façon telle que c’est par ces moyens ou organes, que le Père veut montrer, donner, appliquer sa grâce; que le Fils communique ses mérites aux croyants, que l’Esprit-Saint exerce son efficience pour le salut de tout croyant. » Il semble bien, ici, parler comme un catholique. Et Calvin parle souvent comme parlent les catholiques. Car, (dans son antidote du concile, session 7, chapitre 5), il dit : « Il faut constamment rappeler à la mémoire que les sacrements sont des cause de l’obtention de la grâce. » Et, au canon 6 : « S’il y en a qui nient que les sacrements contiennent la grâce qu’ils figurent, nous les réprouvons. »

Et pourtant, ni Luther, ni Calvin, ni Kemnitius n’ont vraiment pris leur distance avec la première sentence qui n’attribuait aucune efficacité aux sacrements. Car, quand ils disent que les sacrements sont des causes instrumentales, qu’ils confèrent la grâce, qu’ils sont efficaces, ils veulent toujours dire par le moyen de la foi, de telle sorte qu’ils ne font rien d’autres que d’exciter et nourrir la foi qui seule justifie. Car, le même Calvin (au chapitre 5), explique comment les sacrements sont des causes instrumentales de la grâce, et dit que les sacrements ont leur effet s’ils servent à la foi.

Et, au canon 8, il dit que les sacrements produisent en nous la grâce de la même façon que la parole de Dieu le fait dans la prédication. Or, il est certain que la parole prêchée n’a pas d’autre effet que d’exciter ou de nourrir la foi. Ensuite, Théodore de Bèze (dans son live sur la somme de la chose sacramentaire, question 2), explique ainsi la sentence de Calvin, son précepteur : « D’où vient l’efficacité des sacrements ? De l’opération du Saint-Esprit, non des signes, si ce n’est que par ces objets externes, les sens intérieurs sont touchés. »

Kemnitius (pate 101) expliquant avec précision de quelle façon les sacrements sont efficaces, finit par conclure qu’ils le sont de la même manière que la promesse, ou la parole de la promesse. Et, (à la page 102), il dit : « La parole et les sacrements nous montrent où on doit chercher la foi, et où on peut trouver le Christ médiateur, le Père et le Saint-Esprit. » Et, à la page 105, expliquant comment la foi justifie dans les sacrements, il dit : « Cela ne signifie pas que la foi reçoive la grâce sans le moyen ou l’organe de la parole ou des sacrements. Car, l’objet de la foi est la parole et les sacrements.

De plus, dans la parole et les sacrements, le véritable objet de la foi est le mérite du Christ, la grâce de Dieu, et l’efficience du Saint-Esprit. La foi justifie donc parce que, dans la parole et les sacrements, elle appréhende et reçoit ces choses. Et, en ce sens, on dit que la foi du sacrement justifie comme la foi de la parole.

Enfin, quels que soient les mots catholiques que les luthériens utilisent, ils ne peuvent, en aucune façon penser, comme nous le pensons, que les sacrements sont des causes vraies et immédiates de la justification. Ils ne le pourront que s’ils remettent en question leur premier principe qui veut que c’est la foi seule qui justifie. Ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent.

CHAPITRE 3

On prouve par l’Écriture que les sacrements confèrent la grâce par l’œuvre opérée.

Il reste à prouver que les sacrements sont de vraies causes instrumentales de la grâce. Et, pour ne pas travailler pour rien, il faudra démontrer, en même temps, que les sacrements causent autrement que ne le fait la prédication. Car, à tous nos témoignages, ils ont coutume de répondre que les sacrements sont de vraies causes de la grâce, mais en excitant la foi, comme le fait la parole de Dieu, au témoignage de saint Paul (Romains 1) : « La vertu de Dieu en vue du salut pour tout croyant. »

Nous présenterons six classes d’arguments. La première classe. Des témoignages du nouveau testament, où cela est dit expressément. La deuxième classe. Les prophéties de prophètes, et les figures de l’ancien testament. La troisième. Les conciles. La quatrième, les pères grecs. La cinquième, les pères latins. La sixième, la raison.

La première classe : des témoignages tirés du nouveau testament.

Le premier témoignage est de Matthieu 111, Marc 1, Luc 111, Jean 1, où Jean-Baptiste dit : « Je vous baptise dans l’eau, lui, il les baptisera dans l’Esprit-Saint. » On ne peut douter que ces paroles établissent, entre l’efficacité du baptême de Jean et celle du baptême du Christ, une différence aussi grande que celle qui existe entre l’eau et l’Esprit. Car, dans le baptême de Jean, il y avait une ablution externe, et une parole de promesse. En effet, il prêchait un baptême de pénitence, en rémission des péchés (Luc 111), et il prêchait, en même temps, la foi du Médiateur, en disant aux Juifs de croire en celui qui était sur le point de venir (Actes X1X).

À cet argument, Calvin répond (au chapitre de Matthieu), que l’efficacité du baptême de saint Jean et de celui du Christ était la même; mais qu’ils ne faisaient que recevoir visiblement le Saint-Esprit, et que c’est ce que veulent dire ces paroles : « Après avoir entendu ces choses, ils ont été baptisés au nom du Seigneur Jésus ». Car, en plus d’être une vicieuse équivoque, puisque dans tout ce récit, le mot baptême est pris au sens de baptême d’eau, il sera permis de pervertir toutes les Écritures, s’il est permis de détourner de leur sens des mots si clairs, il ajoute tout de suite : « Et quand Paul leur imposa les mains, l’Esprit Saint vint sur eux, et ils parlaient en langues, et prophétisaient. » Ce « ils ont été baptisés » signifie donc qu’ils ont reçu visiblement le don de l’Esprit Saint.

Calvin répond que les derniers mots doivent être expliqués par les premiers. Car, Luc n’aurait pas dit : ils ont été baptisés, et quand il leur imposa les mains, mais ils ont été baptisés, car, quand il leur imposa les mains. Car c’est ainsi qu’ont coutume de se faire les explications. Cette phrase : « (après avoir écouté ces choses, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus, et quand Paul leur imposa les mains, vint le Saint-Esprit »), montre évidement qu’il y a eu deux actions, faites à des moments différents : le baptême et l’imposition des mains. Ensuite, il compare ce passage avec un autre du même auteur (Actes V111), où on a également un baptême au nom du Seigneur Jésus et l’imposition des mains. Et, il sera plus clair que le jour que, par baptême, on entend dans l’un et l’autre texte un vrai baptême.

Le second témoignage est tiré de Marc, à la fin : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. » Dans ce passage, est attribuée au baptême la vertu de sauver. Or, il ne sauve pas sans justifier et effacer les taches des péchés. On ne peut pas répondre qu’il sauve en excitant la foi, car, tout d’abord, dans ce passage, la foi a précédé. Ce serait une grande ineptie de dire que l’effet a précédé la cause. Comme il serait absurde de dire : celui qui sera guéri recevra le remède. Il serait aussi absurde de dire : celui qui croira et sera baptisé, si le baptême est la cause de la foi. C’est donc parce que l’audition de la parole de Dieu est la vraie cause de la foi que, dans l’Écriture, elle précède toujours, comme en Jean V : « Celui qui entend et croit a la vie éternelle. » Et en Jean V1 : « Tous ceux qui ont entendu et appris, viennent à moi. » La foi n’est donc pas un effet du baptême, puisqu’elle le précède, mais bien plutôt une disposition au baptême.

Et voici un argument ad hominem. Le Christ, en ce passage, n’unit pas le sacrement à la prédication, comme le prétendent les adversaires. Car, il ne dit pas : celui qui entendra la parole et sera baptisé, mais il l’unit à la foi, qui est un effet de la parole. Pour les adversaires, la foi justifie immédiatement en appliquant les mérites du Christ, non en suscitant une autre cause. Pourquoi donc n’admettent-ils pas, pour les mêmes raisons, que le baptême justifie immédiatement, en appliquant les mérites du Christ, puisque le Christ parle de la même manière de la foi et des sacrements ?

Le troisième témoignage, ce saint Jean 111 : « Si quelqu’un ne renait pas de l’eau et du Saint-Esprit, il ne pourra pas entrer dans le royaume des cieux. » Ce texte fait clairement du baptême d’eau une cause de la nouvelle nativité. Car, c’est bien ce que signifie cette phrase. On ne peut pas dire que renaître de l’eau c’est renaître de la foi, que l’eau suscite. Car, d’abord, le Christ aurait du dire : À moins que quelqu’un ne renaisse de la parole et du Saint-Esprit, puisque la cause qui suscite principalement la foi est la parole plutôt que l’eau. Ensuite, l’enseignement du Christ serait complètement inintelligible. Car, comme il n’avait rien dit, avant, de la foi, qui aurait pu deviner qu’il ne faisait que formuler une raison de susciter la foi.

Troisièmement. Car « si quelqu’un ne renaît » serait une fausseté, car si c’est la foi seule qui justifie, il importe peu au salut que la foi soit excitée par l’eau, le vin, ou une autre chose. Et, il appert que la foi peut être suscitée de plusieurs façons sans le baptême d’eau. Une bonne prédication, en effet, suffit amplement pour susciter la foi.

Calvin n’a pas pu répondre autrement qu’en niant qu’il s’agisse ici du baptême, comme l’avaient nié avant lui Bucer et Zwingli. C’est pourquoi, Calvin, (dans son commentaire de ce texte, et (dans le livre 4, chapitre 16, verset 25), nie qu’il faille l’entendre du sacrement du baptême, mais de la seule rénovation intérieure; et par l’eau, il entend le Saint-Esprit. Ce qui donnerait le sens suivant : « À moins que quelqu’un ne soit rené de l’eau, c’est-à-dire du Saint-Esprit, qui purifie comme l’eau. »

Or, tous les auteurs et commentateurs, jusqu’ici, ont vu dans ce texte le baptême. Saint Justin (apologie 2), Tertullien (livre sur le baptême), Saint Cyprien (livre 3 à Quirinus, chapitre 25), saint Ambroise (livre 3 sur le Saint-Esprit, chapitre 11), saint Jérôme (chapitre 16 sur Ézéchiel), saint Basile, saint Grégoire de Naziance, saint Grégoire de Nysse (dans son sermon sur le baptême), Ensuite, tous les commentateurs de ce passage. Origène, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Cyrille, Bède le vénérable, Théophylactus, Euthymius, et d’autres.

Deuxièmement. S’il était permis de jouer ainsi avec les mots de l’Écriture, on pourrait nier le baptême de l’eau. Car, sous le nom de l’eau, entendons partout le Saint-Esprit, et il sera ainsi permis de pervertir tous les mystères.

Troisièmement. On ne peut nier que ce soit une locution forcée, absurde, et inusitée dans l’Écriture. Et l’exemple que propose Calvin ne vaut pas : « Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu. » Il veut, là, par feu, entendre le Saint-Esprit, qui a une ressemblance avec le feu. Car, par le mot feu, on peut facilement entendre un feu externe qui est descendu visiblement sur les apôtres à la pentecôte, ou le feu de la tribulation, ou le feu du purgatoire. Ce qu’explique Bède dans son commentaire de Luc 111.

De plus, dans ce passage, le feu est mis après le Saint-Esprit. Et ce n’est pas aussi absurde de placer un mot après un autre, par lequel il déclarerait cela. Mais en Jean 111, le Seigneur a placé l’eau avant le Saint-Esprit. Ce serait la chose la plus absurde du monde de placer d’abord la déclaration, et ensuite, ce qui doit être déclaré. On ne peut pas, non plus nier, que si l’eau signifie le Saint-Esprit, ce mot étant employé pour exprimer l’effet du Saint-Esprit, qui est de purifier.

Quatrièmement. Si, dans ce passage, le mot eau n’était employé que pour signifier l’effet du Saint-Esprit, il n’irait pas bien avec l’obligation de renaître. Car, si on ne regarde que ce qu’elle signifie, l’eau n’engendre pas, mais lave et rafraichit. Le Seigneur aurait donc du dire : À moins que quelqu’un ne soit purifié par l’eau et par le Saint-Esprit. L’eau, dans ce passage, ne déclare donc pas seulement l’effet de l’Esprit-Saint, qui est de concourir sacramentalement à la régénération spirituelle.

Le quatrième témoignage : Actes 11 : « Faites pénitence ! Et que chacun de vous soit baptisé pour la rémission des péchés ! » Et cet autre qui lui est semblable (Actes XX11) : « Maintenant, pourquoi diffèrerais-tu d’être baptisé et d’effacer tes péchés, en invoquant son nom ? » Dans ces passages, la rémission des péchés est attribuée au baptême. Et on ne peut pas dire que cela survient parce que le baptême excite la foi. Car, ceux à qui Pierre parlait, dans les Actes 2, croyaient déjà, comme saint Luc l’indique au même endroit.

Après avoir entendu prêcher saint Pierre, ils se sont repentis du mal qu’ils avaient fait, et ils ont dit : « Que ferons-nous, frères ? » Pierre ne leur répondit pas : « Il vous faut croire, ou croire davantage, mais faites pénitence ! » Pour une raison semblable, saint Paul, à qui Ananie avait dit (Actes XX11) : « Reçois le baptême, et sois purifié de tes péchés », croyait déjà et avait fait pénitence en jeûnant pendant trois jours.

Calvin répond, et dans son commentaire des Actes, et dans ses Institutions (livre 4, chapitre 15, verset 18) que être baptisé pour la rémission des péchés, ou être purifié de ses péchés par le baptême ne signifie rien d’autre que d’accepter le témoignage ou le sceau de la justification acquise, et cela, pour corroborer et confirmer la foi.

Mais, sans parler de ce que nous avons déjà démontré, les sacrements ne peuvent pas être des sceaux, ou ils seraient certainement de faux sceaux, puisque le ministre ne sait pas si celui à qui il applique le sceau divin est vraiment justifié. Et comment ne pas admirer le tour de force que représente ce nouveau trope, selon lequel purifier des péchés signifierait recevoir le sceau de la justification acquise ? C’est une chose inouïe qu’une action signifiée soit employée pour signifier un signe.

Des exemples pourront nous le faire mieux comprendre. Ce serait une absurdité pour quelqu’un de dire « bois du vin » s’il voulait signifier « regarde le lierre qui pend dans l’hospice ». Pour une raison semblable, si on disait à un empereur victorieux de retour de combat : « Triomphe des ennemis ! » en voulant dire : Reçois le triomphe en signe de la victoire remportée ! Ce serait un voeu stupide ! Car, on ne dit pas : vainc les ennemis à quelqu’un qui les a déjà combattus, et les a déjà vaincus.

Cinquième témoignage dans actes 111 : « Quand Simon vit que, par l’imposition des mains des apôtres, le Saint-Esprit était donné. » Et cet autre semblable de l’épitre à Timothée (11 Timothée 11) « Je te conseille de renouveler la grâce qui est en toi par l’imposition de nos mains. » Ces passages s’entendent des sacrements de confirmation et d’ordre qui, pour beaucoup de nos adversaires, ne sont pas des sacrements au sens propre.

Or, si ces sacrements improprement dits sont de véritables causes de la grâce, à bien plus forte raison les sacrements proprement dits. Il est évident que, dans ces textes, l’imposition des mains est présentée comme une cause de la grâce, comme la préposition « par » le montre. On ne peut pas dire que l’imposition des mains cause la grâce en suscitant la foi, car tous ceux qui, par l’imposition des mains, ont reçu la grâce du Saint-Esprit, croyaient déjà, et étaient baptisés.

Le sixième témoignage est tiré de 1 Corinth X : « Nous sommes à plusieurs un seul corps, nous tous qui participons d’un seul pain. » La participation à un seul pain est présentée là comme étant la cause d’un seul corps. Ce qui est plus clair en grec : oi gar pantes ex tou enos artou metexomen. Car, tous nous participons à un seul pain. Comment sommes-nous un seul corps parce que nous participons tous à un seul pain ? N’est-ce pas parce que pain nourrit et accroit la vitalité de ce corps ? Car, dans les choses corporelles, la même nourriture nourrit tous les membres du même corps.

On peut donc en conclure que des membres sont membres de ce corps s’ils sont nourris par la même nourriture. Si donc tu enlèves au sacrement de l’autel la vraie causalité de la grâce, il ne sera plus possible de prouver que nous sommes un seul corps, du fait que nous participons à la même eucharistie.

On lit la même chose dans 1 Corinth X11 : « Car, nous tous, nous avons été baptisés en un seul Esprit, et en un seul corps. » En cet endroit, saint Paul prouve que nous sommes un seul corps parce que, par le baptême, nous avons reçu le même Esprit. Cet argument serait dépourvu de sens si le baptême ne conférait pas l’Esprit. Le septième témoignage : Éphésiens V : « Le Christ a aimé l’Église, et s’est livré pour elle, la purifiant par le lavage de l’eau, dans la parole de vie. » Un autre texte de saint Paul lui est semblable (Tite 111) : « Il nous a sauvés par le baptême de la régénération. » Il dit ouvertement ici que nous sommes purifiés et sauvés par le lavement de l’eau et le baptême. L’un et l’autre mot signifient une cause instrumentale.

Calvin répond (dans son commentaire de ces textes) que le baptême est un lavage de l’âme au sens propre, et qu’il est un symbole efficace. Parce que quand Dieu montre ce symbole, est opéré aussi en même temps ce qui est signifié par le symbole. Et, c’est par accident, que, de cette manière, est jointe la justification que Dieu seul opère dans le baptême. Nous n’avons donc pas de raison de dire que nous sommes plus purifiés et sauvés par le baptême que par n’importe laquelle action qui se fait alors en même temps.

On ne peut pas non plus appeler le baptême un bain de régénération, si, par lui, Dieu ne nous lave pas, même si au même temps, il nous lave. SI Calvin dit que Dieu ne nous purifie pas par le baptême parce que, en montrant ce symbole, il provoque la foi, il pourrait dire aussi que les hommes sont enivrés par le lierre qui pend dans l’hospice, parce que ce lierre provoque les hommes à acheter du vin qui les enivre après.

Le huitième témoignage : 1 Pierre 111 : « Ce qui fait que le baptême nous sauve, nous qui sommes de la même forme, ce n’est pas la déposition des saletés de la chair, mais l’interrogation d’une bonne conscience devant Dieu. » Nous avons ici, d’abord, le baptême qui nous sauve. Ensuite, nous sommes sauvés d’une façon semblable à celle qui, au temps de Noé, en a sauvés quelques-uns par l’eau. Et cette eau a sauvé vraiment et efficacement ceux qui étaient dans l’arche, en maintenant l’arche à la surface.

Enfin, nous avons à parler de la différence qu’il y a entre notre baptême et celui des juifs. Celui des Juifs enlevait les saletés de la chair, le nôtre purifie les consciences. Donc, comme le baptême des Juifs enlevait les cœurs de chair, non seulement en le signifiant, mais aussi en l’effectuant, notre baptême lave vraiment la conscience, non seulement en le signifiant, mais en l’opérant.

CHAPITRE 4

La deuxième classe des témoins, les témoignages des prophètes.

Le premier. Isaïe (chapitre 1) : « Qu’est pour moi la multitude de vos victimes, dit le Seigneur. J’ai tout ce qu’il me faut. Les holocaustes des béliers, et la graisse des animaux gras, et le sang des veaux, des agneaux et des boucs, je n’e veux pas. » Et il ajoute : « Lavez-vous, et vous serez purs. » Ces paroles les pères de l’église (saint Jérôme et saint Cyrille, Theodoret et saint Basile) les appliquent, à la lettre, au baptême, qui a succédé à ces anciennes expiations. Que le baptême ait le pouvoir de purifier, ces mots le montrent : « Lavez-vous, et vous serez purs ! »

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