Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 205)
Voilà pourquoi saint Jérôme s’exprime ainsi : « À la place des victimes et des holocaustes anciens, me plait la religion de l’évangile qui vous baptisera dans mon sang par le baptême de la régénération, qui seul peut enlever les péchés. » Le mot « seul » ici n’exclut évidemment pas Dieu, ni les mérites du Christ, ni la foi, ni les autres vertus, mais les sacrifices et les cérémonies judaïques.
Le deuxième. Ezéchiel, chapitre 36 : « Je répandrai sur eux une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos iniquités. Et, je vous donnerai un cœur nouveau. C’est du baptême qu’entendent ce passage saint Jérôme, et Theodoret dans leurs commentaires, ainsi que saint Cyprien (livre 1, dernière épitre, et livre 4, chapitre 7). Saint Jérôme note que par l’aspersion de l’eau du baptême, n’a pas lieu seulement la purification des péchés, mais sont donnés aussi un cœur nouveau et un esprit nouveau.
En troisième lieu, Michée (chapitre 7). Saint Jérôme explique (dans l’épitre 83 à Oceanus), que c’est de la grâce du baptême qu’il est dit : « Il projettera au fond de la mer tous nos péchés. » C’est de cette façon, également que Rupert l’explique, ainsi que saint Augustin (dans son commentaire sur le psaume CX111. « Par immersion dans la mer, on n’entend pas seulement une représentation figurée de l’extinction des péchés, mais une extinction réelle par les eaux de la mer »
. Quatrièmement, Zacharie (chapitre X111) : « En ce jour, il y aura une fontaine ouverte pour la maison de David, et les habitants de Jérusalem pour l’ablution du pécheur et de la menstruée. » Saint Jérôme et Rupert expliquent tous les deux ce texte en l’appliquant au baptême, qui a la vertu de purger les péchés. Cinquièmement, David (psaume 1) : « Asperge-moi, Seigneur, avec de l’hysope. » Mais nous reparlerons de ce texte un peu plus bas.
Les figures des sacrements
La première est dans la Genèse 1 : « L’Esprit du Seigneur planait sur les eaux. » Les mots hébreux employés signifient qu’il planait sur les eaux pour les rendre fécondes. Car, c’est à partir de là qu’ont été créés les poissons et les oiseaux. Et, en hébreu on a « il incubait » ou « couvait » à la manière d’une poule qui tient au chaud son nid, et donne de la vie aux œufs par la chaleur, dit saint Jérôme (dans sa question sur la Genèse). Que ce fut cela aussi une image du baptême, qui est fait de l’eau et du Saint-Esprit, l’enseignent Tertullien (dans son livre sur le baptême), saint Jérôme (dans son épitre 83 à Océanus).
Donc, comme au tout début du monde, l’eau reçut du Saint-Esprit une vertu vivifiante, de la même façon, le baptême reçoit du Saint-Esprit le pouvoir de procréer de nouveaux hommes. « Il ne faut pas se surprendre, dit Tertullien, si, dans le baptême, les eaux ont le pouvoir de donner la vie. » Et, au même endroit, il donne aux chrétiens le nom de petits poissons, parce qu’ils surgissent de l’eau.
Et, c’est pour cette raison que les lettres majuscules des vers sybilliens forment un poisson, et signifient Jésus-Christ, fils du Dieu Sauveur. C’est ce qu’a rapporté saint Augustin, dans sa cité de Dieu, chapitre 23, et Prosper (livre sur les prédictions, chapitre 29), et, avant l’un et l’autre, Octave de Milet (1, 111 contre Parmenianus). « C’est de là qu’est le poisson qui, dans le baptême est inséré dans les ondes des fontaines, pour que, quelle qu’elle ait été auparavant, cette eau et la piscine sont appelées poisson. Car le mot grec ikthus est comme un sigle qui signifie Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur. C’est en faisant allusion à cela que saint Jérôme dit, dans son épitre 43 : « Bonosus, comme le Fils Poisson demande des choses aqueuses. »
La deuxième figure est dans la Genèse (V11) : le déluge qui sauve Noé, et ceux qui étaient dans l’arche. C’est ce qu’explique saint Pierre (épitre 1, chapitre 3), comme nous l’avons déjà dit. La troisième figure est dans Genèse XV11 : la circoncision, au sujet de la quelle saint Paul dit (épitre 1, chapitre 3) : « Vous avez été circoncis par une circoncision non manuelle, non par une incision du corps charnel, mais par la circoncision du Christ, ayant été ensevelis avec lui dans le baptême. » La circoncision coupait et efficacement la chair. Elle n’était pas seulement un témoignage d’incision.
La quatrième figure est celle de l’Exode X1V : la submersion des Égyptiens dans la mer rouge, et la traversée des fils d’Israël. Saint Paul en parle ainsi : « Tous ont été baptisés en Moïse, dans la nuée et la mer. » Et, il dit, plus bas : « Ces choses-là leur sont arrivées en figure. » La mer rouge fut donc une figure du baptême; la nuée une figure du Saint-Esprit. Et, comme la mer rouge a vraiment submergé les Égyptiens, et libéré les Israélites, le baptême a vraiment effacé les péchés, et sauvé les âmes. Voir saint Cyprien (livre 4, épitre 7), saint Augustin (traités 11 et 13 sur saint Jean), et saint Jérôme (dans son épitre 83 à Oceanus)
La quatrième figure est celle de l’Exode XV1 et XV11 : la manne qui a plu du ciel, et l’eau sortie du rocher, qui étanchait la soif. C’étaient des figures de l’eucharistie : du corps et du sang du Seigneur, comme l’explique saint Paul au même endroit (1 Corinth 10). Or la manne et l’eau sustentèrent vraiment les corps des Israélites; et ils n’étaient pas des témoignages, mais des figures. Donc, l’eucharistie sustente vraiment l’âme, car, autrement, la figure serait meilleure que la chose figurée.
La sixième est celle des Nombres X1X : l’eau de lustration, mêlée à la cendre d’une vache rousse, qui fut la figure du baptême, comme l’écrit saint Augustin (dans les questions sur les Nombres, au chapitre XXX111.) Il est à noter que, selon ce même saint Augustin, trois choses étaient nécessaires à l’expiation : la cendre d’une vache rousse, l’eau et l’hysope, par laquelle l’eau était aspergée. Le cendre de la vache signifiait la mort et les mérites du Christ; l’eau, le baptême qui applique les mérites du Christ; l’hysope, l’herbe humble, qui a ses racines dans la pierre, signifie la foi, sans laquelle le baptême n’est pas donné aux adultes, ou qui ne leur est pas profitable, s’il leur est donné. Dans ce rite expiatoire, ce n’est pas l’hysope qui purifiait, mais l’eau qui tirait son pouvoir de la cendre de vache et de l’aspersion de l’hysope.
De la même manière, ce n’est pas la foi qui, en toute rigueur de termes, purge les péchés dans le baptême, mais l’eau qui tire sa vertu de la passion du christ et de l’accueil de la foi. Ce sont ces expiations que regardait David, tant dans la figure que dans le figuré, quand il dit dans le psaume L : « Asperge-moi avec l’hysope, et je serai purifié. Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige ! » Il demandait cette purification qu’il connaissait dans sa figure, comme l’explique Theodoret, dans son commentaire de ce passage.
La septième figure est celle de Josué 1V : la traversée du Jourdain par les fils d’Israël, sous la conduite de Jésus, et leur entrée dans la terre promise. Cela aussi est une figure du baptême, selon saint Ambroise (dans son commentaire de Luc 1 : « Il le précédera dans l’esprit et la vertu d’Élie. » Et saint Augustin (psaume CX111) : « Et toi aussi, tu es un ancien converti du Jourdain ! » Or, personne n’a jamais dit que les fils d’Israël ne se soient pas rendus à la terre de la promesse sans traverser vraiment et réellement le Jourdain, mais qu’il n’était question que d’une promesse contresignée de traversée.
La huitième figure est dans les Rois V : Le Syrien Naaman est guéri de la lèpre par un bain dans le Jourdain. Voir, à ce sujet, sains Ambroise ( dans 4 chap Luc, et livre 2, chapitre 4, sur les sacrements). Et, il est certain que l’eau du Jourdain qui guérit Naaman ne fut pas le sceau d’une promesse.
La neuvième est dans Jean V : la piscine probatique, qui est une figure très claire du baptême, et qui a été célébrée par plusieurs pères, comme Tertullien (dans son livre sur le baptême), saint Ambroise (livre 1, chapitre sur le Saint-Esprit), saint Jean Chrysostome, saint Cyrille, et Theophylacte, dans leurs commentaires respectifs de ce passage de saint Jean. Saint Jean-Chrysostome, entre autres, explique magnifiquement cette figure. Et, il ajoute que Dieu a voulu démontrer, par des figures variées, l’efficacité du baptême, pour que la chose ne semble pas incroyable : « Le baptême, dans le futur, aura la grâce et le plein pouvoir de purger les péchés, et de rendre la vie aux morts. »
Et s’il n’en était pas comme le dit saint Jean Chrysostome, la figure aurait plus d’importance que la chose figurée. La dixième est dans Jean 1X : l’aveugle né, à qui Dieu rendit la vue par l’eau de la piscine de Siloe. Voir, à ce sujet, saint Ambroise (épitre 75 à Bellicius), et saint Augustin (traité 44 sur Jean).
Il y a deux choses à noter sur ces passages scripturaires. La première. L’Écriture parle très souvent des sacrements par des prophéties, des figures, des paroles au sens limpide et clair. Mais, elle ne dit pas une seule fois que la vertu des sacrements consiste à exciter et nourrir la foi. Elle répète sans se lasser qu’ils purgent les péchés, et purifient l’âme. Et si on prenait cette chose au sérieux, comme il se doit, il faudrait en conclure que la sentence des hérétiques est archi fausse. Car, comment croire que la fin immédiate et principale des sacrements ne soit jamais inculquée par l’Écriture, alors qu’il est si souvent question de la fin médiate ?
Il faut noter ensuite que s’il est permis de nier que les sacrements sanctifient vraiment et immédiatement, alors qu’un si grand nombre de textes de l’Écriture l’enseignent clairement, on pourra, pour la même raison, nier que la foi justifie, comme nos adversaires l’enseignent souvent. Car, les Écritures n’attribuent rien à la foi qu’elles n’attribuent aussi aux sacrements.
Exemples. Luc, chapitre 7, dernier verset : « Ta foi t’a sauvé. » et dans l’épitre de saint Pierre (1 Pierre, chapitre 3), il est dit : « Le baptême vous sauve. » De même, au sujet de la foi, Jésus en saint Jean V : « Celui qui croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle. » Au sujet des sacrements (Éphésiens V) : « La purifiant par le baptême de l’eau, dans la parole de vie. » Au sujet de la foi : Romains 3 : « Nous jugeons que l’homme est justifié par la foi. » Au sujet des sacrements (Tit 111) : «Il nous a sauvés par le baptême de la régénération. » Au sujet de la foi (Romains V) : « Justifiés donc par la foi. » Au sujet des sacrements (Jean 111) : « À moins que quelqu’un ne renaisse de l’eau et de l’Esprit-Saint. »
CHAPITRE 5
La troisième classe des arguments : les conciles
Le concile de Nicée qui, tout de suite après avoir été traduit en latin, a été édité par Alphonse de Pise, enseigne, dans le chapitre intitulé diatupôsis, doctrine du baptême, avant le canon 8 : « Notre baptême ne doit pas être considéré par les yeux du corps. Tu vois l’eau, mais considère la vertu de Dieu cachée dans les eaux. » Et, plus bas : « Celui qui allait être baptisé est descendu, entaché de péchés, détenu par la corruption de la servitude. Il est remonté affranchi de la servitude et des péchés, fils de Dieu, héritier et cohéritier du Christ. »
Le concile de Constantinople 1 dans le symbole : « Nous croyons en un seul baptême pour la rémission des péchés. » Le concile de Milet (chapitre 2) : « Les enfants qui n’ont pu commettre aucun péché, sont vraiment baptisés pour la rémission des péchés, pour qu’en eux soit purifié par la régénération, ce qu’ils avaient contracté par la génération. » Et il n’est que trop certain que, dans les enfants, le baptême ne peut pas être une cause de rémission des péchés en excitant la foi.
Le concile d’Oranges 11, canon 25 : « Nous croyons aussi, selon la foi catholique, que, après avoir reçu la grâce de Dieu par le baptême, tous les baptisés, avec l’aide et la coopération du Christ, peuvent et doivent, s’ils veulent faire l’effort voulu, accomplir tout ce qui se rapporte au salut. » Il est à noter qu’on ne peut pas entendre cela au sens d’une excitation de la foi, car, un peu plus bas, le même concile dit que la foi est d’abord infusée par Dieu, pour que nous demandions en toute fidélité le sacrement du baptême. De plus, même si la foi, selon les adversaires, justifie des péchés, cependant, elle ne donne pas la grâce de bien agir. Or, selon ce concile, c’est le baptême qui donne la grâce de bien agir.
À ces conciles, ajoutons les conciles plus récents, ceux de Florence et de Trente.
CHAPITRE 6
La quatrième classe : les pères grecs
Saint Justin (dans son apologie à Antonin) : « La rémission des péchés qui ont été commis auparavant, c’est dans l’eau que nous l’obtenons. » Et, il avait dit, avant, que » personne n’était amené au baptême avant d’avoir cru. » Il dit des choses semblables dans son dialogue avec Triphon. Clément d’Alexandrie (livre 1, chapitre 6) écrit : « On appelle cette action de plusieurs façons : grâce, illumination, perfection et lavage (bain). Lavage (baptême) par lequel les péchés sont purifiés; grâce, par la quelle sont remises les peines dues aux péchés; illumination, par laquelle nous voyons une lumière sainte et salutaire; perfection, parce qu’il ne lui manque rien. Car, qu’est-ce qui manque à celui qui a connu Dieu ?»
Origène (homélie 14, chap 11 de Luc) : « Les enfants sont baptisés en rémission des péchés. » Et, plus bas : « Et parce que par le sacrement du baptême, les souillures de la naissance sont déposées, c’est pour cela que les enfants sont baptisés eux aussi. » Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 3) : « Tu étais mort dans le péché quand tu es descendu, et quand tu es remonté, tu étais vivifié dans la justice. » Lire toute sa catéchèse. Et dans sa préface : « Le baptême accomplit de grandes choses : la libération de la captivité, la rémission des péchés, la régénération de l’âme, un char de triomphe pour monter au ciel. »
Saint Basile (dans son livre sur le Saint-Esprit, chapitre 15) rapporte l’objection des hérétiques : Si l’Esprit-Saint est égal au Père et au Saint-Esprit, parce que nous baptisons en lui, l’eau sera elle aussi égale au Père et au Fils, parce que nous baptisons dans l’eau. Et il répond : « S’il y a une grâce dans l’eau, elle ne vient pas de la nature de l’eau, mais de la présence du Saint-Esprit. »
Selon les adversaires, il aurait du répondre que l’eau ne fait rien, et que c’est ainsi qu’ aurait été réfutée l’objection. Mais saint Basile reconnait qu’il y a une vertu dans l’eau, mais il explique qu’elle ne s’y trouve pas de par la nature de l’eau, mais de par la vertu de Saint-Esprit. Voir aussi l’homélie 13, qui est une exhortation au baptême, où il dit de façon encore plus claire la même chose. Voir aussi saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières, et dans son oraison sur le saint lavement. Saint Grégoire de Nysse (dans son livre sur le baptême) : « Le baptême, dit-il, est l’expiation des péchés, la rémission des fautes, la cause du renouvellement et de la régénération. » Et, expliquant à la fin, comment cela se fait, il amène plusieurs exemples de ces choses par lesquelles Dieu a fait des miracles, comme la verge d’Aaron etc.
Et il ajoute : « Et bien que toutes ces choses aient été des choses matérielles, inanimées, et perceptibles par les sens, elles devinrent des moyens, après avoir reçu de Dieu le pouvoir d’opérer de grands miracles. Et, par un raisonnement semblable, l’eau aussi, qui n’est rien d’autre que de l’eau, après avoir été bénie par une grâce céleste, opère la régénération dans l’homme. »
Si quelqu’un, en doutant et en hésitant, me demande par quelle raison l’eau régénère, je lui répondrai du tic au tac : montre-moi le mode de la nativité qui se fait selon la chair. Tu diras peut-être : la semence est la cause efficace de l’homme. Entends donc contrairement à nous, si tu le peux, que l’eau qui est bénie, purge et illumine l’homme.
Il est à noter là qu’on ne peut pas faire dire à la sentence de Grégoire ce qu’enseignent les hérétiques, à savoir que les sacrements opèrent parce qu’ils meuvent objectivement vers la foi. Car, d’abord, il compare l’eau du baptême à la verge d’Aaron, qui avait fait réellement un miracle visible. Ensuite, il le compare à la femme qui est la cause efficiente de l’homme, comme il le dit lui-même. En troisième lieu, il nie que l’eau puisse faire quoi que ce soit sans recevoir une force surnaturelle. Enfin, la question qu’il pose (comment l’eau peut-elle régénérer), n’aurait pas de sens si elle ne faisait que signifier ?
Saint Jean Chrysostome (homélie 39 sur la Genèse) dit : « Car, ce que la circoncision opère dans la déposition de la chair, le baptême le fait dans la déposition des péchés. » De même, dans son homélie 21 sur Jean, il enseigne longuement qu’il faut croire aux paroles du Christ affirmant que l’eau a le pouvoir de régénérer, même si la manière transcende la raison.
Et dans son homélie 25, il dit : « Ce qu’est la matrice pour l’embryon, l’eau l’est pour le fidèle. Car, c’est dans l’eau qu’il a été façonné et formé. Car, il a été dit d’abord : que les eaux produisent des reptiles d’âme vivante. À partir du moment où le Christ est entré dans le baquet du Jourdain, l’eau ne produisit plus des reptiles mais des âmes rationnelles et spirituelles. » Voir la même chose dans l’homélie 35 sur Jean, homélie 1 sur les Actes, et homélie aux néophytes, où il énumère dix effets du baptême qui sont opérés même dans les enfants.
Et parmi tous ces effets, il ne lui est jamais venu à la pensée de dire qu’il excite la foi, la seule chose que reconnaissent nos adversaires.
Saint Cyrille d’Alexandrie (dans son livre 2 sur saint Jean, au chapitre 42), dit : « Quand par l’ardeur du feu l’eau est chauffée intensément, elle ne réchauffe pas moins que le feu lui-même. De la même façon, par l’opération du Saint-Esprit, l’eau qui asperge le corps du baptisé est réformée par la vertu et la puissance divines. » Tu vois ici que, dans le baptême, l’eau est un instrument de Dieu comme la chaleur dans l’eau chauffée est un instrument du feu pour réchauffer.
Theodoret (dans le chapitre aux Hébreux) dit ceci en commentant : « Asperge les cœurs de la mauvaise conscience ! » Dans la loi, dit-il, on se servait d’aspersions, et on lavait fréquemment les corps. Or, ceux qui conforment leur vie au nouveau testament, purifient leur âme par le très saint baptême, et libèrent leur conscience des premières taches. Voir le même Theodoret (dans l’épitome des décrets divins, au chapitre du baptême), saint Jean Damascène, (livre 4, chapitre 10, sur la foi), Theophylactus (3 et 5 chapitres de saint Jean), et Oecumenius, chapitre X aux Hébreux.
CHAPITRE 7
On prouve la même chose avec les pères latins
Tertullien (dans son livre sur le baptême) : « Il a donné d’abord le liquide d’où l’on vivrait, c’es-à-dire que l’eau produisit des êtres animés. Il n’y a donc pas à s’étonner que les eaux sachent animer. » De même, dans le livre de la résurrection de la chair, il prouve que le corps ressuscitera parce que les sacrements s’appliquent au corps pour y transférer leur effet à l’âme.
Voici ce qu’il dit : « La chair est lavée pour que l’âme soit purifiée. La chair est ointe pour que l’âme soit munie, la chair est ombragée par l’imposition des mains pour que l’âme soit illuminée par le Saint-Esprit. La chair est nourrie par le corps et le sang du Christ, pour que l’âme soit engraissée par Dieu. »
Il énumère, là, différents effets des sacrements, sans penser une seconde à l’excitation de la foi.
Saint Cyprien (livre 11, épitre 2 à Donat) écrit qu’avant qu’il soit baptisé, on avait eu toutes les peines du monde à l’amener à croire ce que les chrétiens prêchaient sur la vertu du baptême, à savoir qu’il change l’homme subitement, qu’il efface les péchés, qu’il infuse les vertus; mais qu’il avait appris plus tard, par l’expérience, que c’était vrai : « Je pensais qu’il était difficile de croire, à cause des mœurs dissolues de l’époque, ce que promettait pour mon salut la divine indulgence, à savoir que quelqu’un puisse naître de nouveau; et que, après avoir reçu une nouvelle vie par le lavement de l’eau salutaire, ce qui était avant disparaissait, et que, le corps conservant sa nature, l’eau change l’homme dans son âme et dans son esprit. Je me disais : comment une telle conversion est-elle possible ? »
Et plus bas : « Mais après que, par l’aide de l’onde génitrice, la tache atavique ait été effacée dans ma poitrine purifiée, et ait été infusée une pure lumière; et après que, par une gorgée de l’Esprit céleste, la seconde nativité ait, d’une façon admirable, réparé l’homme pour en faire un nouvel homme, etc… »
Il y a deux choses à noter dans ces paroles. La première. Si les sacrements ne faisaient que mouvoir l’esprit pour qu’il puisse croire, comme les adversaires le prétendent, comment expliquer que saint Cyprien ait eu tant de misère à croire dans l’effet du baptême ? Car, que la parole d’un ardent prédicateur parvienne à susciter la foi dans un incroyant, ce n’est pas une chose si difficile à comprendre !
La seconde. Saint Cyprien dit que le baptême agit immédiatement et pour toujours, et qu’il renouvelle l’homme. Cela, il ne le dirait pas s’il croyait que le baptême ne fait qu’exciter la foi. Car alors, il n’aurait pas son effet sur-le-champ et dans la majorité des cas. Car, l’expérience enseigne que, par le même miracle ou par les mêmes paroles enflammées, quelques-uns sont émus plus rapidement que d’autres, d’autres plus tardivement, et d’autres jamais.
De même, dans le livre 3 de l’épitre 8 à Fidus, il enseigne que les enfants doivent être baptisés, même avant le huitième jour, (surtout en danger de mort), pour qu’ils reçoivent la rémission du péché. C’est ce qu’ordonne aussi, le pape Siricius (épitre 1, chapitre 2). Or, si le baptême ne fait qu’exciter la foi, et qu’il est de profit pour les enfants seulement parce que, quand ils deviendront des adolescents, ils s’en souviendront etc pourquoi saint Cyprien ordonne-t-il que soient baptisés les enfants moribonds ?
De même, dans son épitre 7, livre 4 à Magnus, il dit que comme le venin du scorpion et du serpent s’éteint dans l’eau, de la même façon, le diable qui résiste à l’exorciste avant le baptême, perd toute sa force dans le baptême. Ce serait parler pour ne rien dire si le baptême ne faisait qu’exciter la foi. Voir aussi, son sermon sur le baptême du Christ, sur la cène du Seigneur, et sur l’onction du saint-chrême. Gaudentius dit des choses semblables (dans son traité 1 sur l’Exode.)
Lactance (livre 8, chapitre 5 sur la récompense divine) : « Purifié par le lavage céleste, l’homme rejette l’enfance avec toute les taches de la vie passée; et après avoir reçu un accroissement de force divine, il devient un homme parfait et complet. » Le pape Sylvestre, comme le rapporte Nicéphore (livre 7, chapitre 3) parla ainsi quand il baptisa Constantin : « Par la vertu divine qu’elle a conçue par l’invocation de la trinité, cette eau, comme elle purifie le corps de l’homme, purifie l’âme de toute tache et de toute souillure, et la rend plus brillante que les rayons les plus resplendissants. »
Saint Ambroise (livre 2, chapitre 2, sur la pénitence), dit : « Il semblait impossible que l’eau puisse purifier le péché. Naaman le syrien ne crut pas, non plus, que l’eau pouvait le purifier de sa lèpre. Mais ce qui était impossible, Dieu l’a rendu possible, en nous donnant une si grande grâce. » Voir aussi son livre 1 sur les sacrements (chapitres 4 et 5, livre 2, chapitres 1 et 5). Ainsi que son livre d’initiation aux mystères (chapitres 3 et 9), et son livre X sur saint Luc (chapitre 3), et son livre 3 sur le Saint-Esprit (chapitre 11).
Saint Jérôme (dans son épitre 83 à Océanus) écrit : « Quelle puissance a le baptême, et quelle grâce a l’eau sanctifiée par le Christ, je l’enseignerai un peu après. » Et plus, bas, là où il présente plusieurs témoignages et figures, il dit : « Les jours me feront défaut si je veux classer tous les textes de la Sainte Écriture qui se rapportent au pouvoir que possède le baptême. » Voir le même dans son dialogue contre les lucifériens, et dans son livre 3 contre les pélagiens.
Optatus (livre 5 contre les Parméniens, au début) : « Le baptême des chrétiens institué par la Trinité, confère la grâce. S’il est répété, il cause du tort à la vie. » Tu vois d’abord, qu’il affirme clairement que le sacrement confère la grâce. Et, en disant ensuite que la répétition du baptême cause du dommage, il montre de toute évidence, qu’il n’opère par seulement en suscitant la foi. Car, alors, il serait plutôt fort utile de le répéter.