Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 206)
Saint Augustin (livre 4, chapitre 22 sur le baptême) dit : « Ce n’est pas seulement une passion endurée au nom du Christ qui peut suppléer à l’absence du baptême, mais aussi la foi, et la contrition du cœur, si, par hasard, les persécutions actuelles nous privent du secours de la célébration du mystère du baptême. »
S’il arrive donc parfois que la foi et la conversion du cœur suppléent à l’absence du baptême, il s’ensuit manifestement que le sacrement ne justifie pas en excitant la foi, mais immédiatement en appliquant les mérites du Christ, et en justifiant immédiatement. Et, au même endroit (au chapitre 24), il prouve que le sacrement du baptême est très profitable aux enfants, même s’ils sont privés de la foi. Il le prouve aussi par la circoncision, qui était donnée au huitième jour : « Pourquoi lui a-t-il été prescrit de circonscrire, le huitième jour, tout enfant mâle, qui ne pouvait pas croire avec son intelligente et sa volonté, afin que cela lui soit imputé à justice, si ce n’est que le sacrement, par lui-même, valait énormément ? » Saint Augustin enseigne là que le sacrement n’opère pas en excitant la foi, mais en produisant un effet par sa propre vertu.
Le même saint Augustin (au livre 19, chapitre 11 contre Faust) écrit : « On ne peut décrire ce que vaut la vertu des sacrements. Elle vaut tellement que si elle est méprisée, elle fait des sacrilèges. Car, il n’y a que l’impiété qui méprise ce sans quoi la piété ne peut pas atteindre sa perfection. » Or, si les sacrements ne faisaient qu’exciter la foi ils ne vaudraient pas d’une façon inénarrable, puisque très souvent, peu de personnes sont touchées par les sermons.
Et, cependant, Luther reconnait (dans son livre contre Jean Cochlaeus) que « la prédication est beaucoup plus efficace que le baptême. » Ce qui est très vrai s’il n’est question que de susciter la foi. Saint Augustin dit aussi (dans son traité 80 sur saint Jean) : « D’où vient une telle vertu à l’eau, qu’en touchant le corps, elle purifie le cœur ? » Et plus bas : « La purification on le n’attribuerait pas à un élément périssable et corruptible, s’il ne purifiait pas dans la parole. »
Le pape saint Léon (dans son sermon 4 sur la naissance du Seigneur) écrit : « Tout homme qui renait de l’eau du baptême est semblable à l’utérus de la vierge. La fontaine est remplie par le même Esprit qui remplit aussi la Vierge. De sorte que le péché que la sainte conception avait évacué, l’ablution mystique l’enlève. »
Et, dans le sermon 5 : « L’origine qu’il a reçue dans l’utérus de la Vierge, il l’a placée dans la fontaine du baptême, en donnant à l’eau ce qu’il avait donné à Marie. Car la vertu du Très-haut et l’ombrage du Saint-Esprit qui firent que Marie enfantât le Sauveur, font également que l’eau régénère le croyant. »
L’auteur de l’homélie sur le sacrement du corps du Seigneur (que l’on trouve parmi les homélies d’Eusèbe Emissenus, et dans le tome 9 de saint Jérôme), dit : « Au moindre signe d’un commandement du Seigneur, sortirent subitement du néant les créatures célestes, les poissons des océans, et l es continents. Possède une puissance semblable la vertu qui se trouve dans les sacrements spirituels. »
Et, au même endroit, à partir de la vertu du sacrement de baptême, qui change subitement un homme, et le renouvelle dans son âme, il prouve qu’on ne devrait pas considérer comme incroyable que les paroles du sacrement changent le pain en la chair du Christ. On ne voit pas très bien comment pouvoir interpréter tout cela comme une incitation à croire. Car, dans la consécration non plus, les paroles ne changent pas le pain pour exciter par là la foi. Cet auteur accorde la même vertu à la consécration, par rapport au pan, qu’au baptême, par rapport à l’âme.
Saint Grégoire (livre 9, épitre 39 à Theodista Praticia enseigne que, dans le baptême, tous les péchés sont vraiment remis, comme, dans la mer rouge, tous les Égyptiens sont vraiment morts : « Donc, celui qui soutiendra que, dans le baptême, les péchés ne sont pas complètement remis, devra dire que dans la mer rouge, les Égyptiens ne sont pas vraiment morts. »
Enfin, saint Bernard (pour omettre les plus récents) dans son sermon sur la cène du Seigneur, écrit : « Le sacrement du corps du Seigneur opère en nous deux choses : pour les péchés véniels, il affaiblit les sens, et, pour les péchés les plus graves, il enlève totalement le consentement. Si quelqu’un, parmi vous, ne ressent plus si souvent les mouvements ardents de la colère, de l’envie, de la luxure, ou d’autres vices, qu’il rende grâce au corps et au sang du Seigneur. Car, c’est la vertu des sacrements qui opère en lui. »
Ces paroles on ne peut pas les ramener à l’effet de nourriture de la foi. Car, saint Bernard ne dit pas seulement que les péchés sont remis par les sacrements, ce qu’admettent les luthériens (par la foi qui appréhende la justice du Christ, et la bienveillance de Dieu.), mais il dit aussi que la vertu du sacrement opère en nous pour que nous ne consentions pas aux péchés, ce qui ne pourrait pas se faire par la foi seule, et ce que n’enseignent pas non plus nos adversaires.
À cet argument tiré des pères, les hérétiques répondent différemment. Philippe (dans son apologie, art 13) dit effrontément : « On ne peut citer aucun écrit des anciens auteurs qui approuverait les scolastiques sur ce sujet. »
Luther, dans son livre contre Cochlaeus, admet les passages de saint Augustin et des autres pères qu’avait cités Cochlaeus, mais, à son accoutumée, ce n’était que pour cracher son venin : « S’il y en a, parmi les pères, qui ont pensé que les sacrements justifiaient par leur vertu, comme saint Augustin, ainsi que le soutient Cochlaeus, je ne m’en étonne pas. Ce sont des paroles d’hommes, qui militent souvent les unes contre les autres, des docteurs qui enseignent à la lumière de leur seule raison, sans tenir compte de l’Écriture. »
Or, il est certainement plus croyable de penser qu’un si grand nombre de saints pères aient mieux compris l’Écriture que Luther. C’est ce qu’il concéderait lui-même, s’il n’était pas aveuglé par l’esprit de l’orgueil.
Calvin répond (dans le livre 4, chapitre 14, verset ultime) que les pères ont parlé en parabole : « Ces malheureux sophistes ont, avec leur économie immodérée des sacrements, distordu les choses que nous lisons dans les anciens auteurs. Comme sain Augustin, par exemple, qui enseignait que les sacrements de l’ancienne loi ne faisaient que promettre le salut, et que les nôtres le donnaient. Comme ils ne se rendirent pas compte que ces figures et d’autres façons de parler étaient des hyperboles, ils promulguèrent leurs dogmes hyperboliques. »
Mais cela peut se retourner contre lui-même. Car les pères que nous venons de citer réfèrent ces admirables effets à la toute-puissance de Dieu. Et la toute-puissance ne produit pas d’œuvres là où les paroles ne sont pas vraies et réelles, mais hyperboliques.
De plus, les pères nous avertissent de temps en temps qu’ils ne parlent pas hyperboliquement, comme saint Jean Chrysostome dans son homélie 4 aux catéchumènes, où il dit que, par le baptême, les âmes sont lavées et purifiées. Il précise qu’il ne dit pas cela par ambition, c’est-à-dire, par amplification verbale, pour faire montre de son éloquence oratoire.
Et saint Augustin (au chapitre 23 vers la fin) dit que « ce sont des infidèles ceux qui ne croient pas que les petits enfants puissent, sans la foi actuelle, être sauvés par le sacrement ». Ce qui nous fait comprendre qu’il ne parlait pas par hyperboles, mais qu’il transmettait les dogmes de foi. Et il n’est pas croyable que tous les pères grecs et latins, non seulement dans leurs sermons, mais aussi dans leurs lettres et leurs écrits dogmatiques et leurs commentaires de l’Écriture, aient toujours parlé par hyperboles.
Kemnitius (2 par examen, page 98), dit que l’Écriture accorde ouvertement un pouvoir aux sacrements, et qu’il ne faut, par des tropes, les détourner de leur sens pour leur faire dire autre chose que ce que les pères enseignaient vraiment. Cependant, par la suite, il réduit tout cela à une efficacité par l’excitation de la foi, ce que nous avons déjà réfuté.
CHAPITRE 8
La sixième classe vient de la raison
Pour saisir plus facilement l’efficacité de ces raisons, il faut observer qu’il y a deux sortes de signes et de mots. Certains n’ont pas été institués pour une autre fin que signifier, ceux qu’on peut appeler des signes théoriques. D’autres sont institués pour signifier et pour effectuer quelque chose, et on les appelle des signes pratiques.
Ils diffèrent en ceci que les premiers n’opèrent rien immédiatement par leur propre force, mais ne font que représenter un objet. Et, si par hasard, un effet s’ensuivait, il ne proviendrait pas de la force du signe, mais d’ailleurs. Les derniers opèrent immédiatement, et de par leur vertu propre. Exemple. Quand quelqu’un avertit une autre personne que l’ennemi est présent, cette personne s’enfuit immédiatement. Or, la cause immédiate de cette fuite n’est pas l’avertissement, mais l’appréhension de malheurs. L’admonition fut donc un signe de la première catégorie. Pour une raison semblable, celui qui, à la vue d’un signe hostile, court à un refuge, n’est pas mu immédiatement par le signe mais par l’appréhension des choses dont il a besoin, et que ce signe représente. Ce signe n’est donc, pas non plus, un signe pratique, au sens où nous le prenons ici. Car, nous avons parfois coutume d’appeler signes pratiques tous ceux qui se rapportent à une œuvre, médiatement ou immédiatement, comme nous le faisions dans la dispute sur l’intention du ministre. Car, nous appelions pratiques tous les mots impératifs. Et ceux-là nous les appelons théoriques.
Nous disons que sont pratiques ceux qui, en plus de la signification, ont une efficacité, comme le sceau qui est un vrai signe pratique, parce qu’il ne représente pas seulement une image, mais l’imprime dans la cire.
On distingue encore ces signes pour une autre raison. Car les paroles et les signes théoriques ne sont utilisés que par ceux qui sont intelligents. Car, comme ils n’opèrent qu’en représentant quelque chose à l’esprit, il serait stupide de se servir de ces signes là où on ne fait pas usage de l’esprit. Or, les mots et les signes pratiques peuvent être employés même pour les choses inanimées, non seulement pour celles qui sont dépourvues d’intelligence, mais de sentiment et de sensation.
Comme dans l’Écriture Josué a commandé au soleil et à la lune, (Josué X). En Matthieu V111, le Seigneur a commandé à la mer et aux vents. En Matthieu 1X, Luc V11, et Jean X1, il a commandé aux morts. Et, Actes 1X, Pierre a dit à Tahita : Léve-toi. En Matthieu XV11 : « Si vous aviez la foi grosse comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : déplace-toi. » Moïse a frappé la pierre pour donner des eaux (Exode XV11), et le Seigneur mit ses doits dans l’oreille d’un sourd et muet; et il toucha aussi sa langue pour le guérir.
La controverse entre nous et les hérétiques consiste donc en ceci. Ils font, eux, des sacrements, des signes du premier genre, quand ils affirment qu’ils ne justifient pas, si ce n’est qu’en excitant la foi. Nous en faisons, nous, des signes du deuxième genre. Si donc nous pouvons démontrer que les sacrements sont des signes de la deuxième catégorie, nous aurons gain de cause.
Voici donc la première raison que nous apportons. Les sacrements sont validement administrés à ceux qui ne peuvent pas se servir de leur intelligence. Ils sont donc des signes du second genre, et justifient vraiment, non en excitant la foi à la façon d’un sermon, mais en produisant immédiatement la sainteté. La conséquence résulte clairement de ce qui a été dit. On prouve ainsi l’antécédent : on baptise validement les enfants, les sourds, les fous, les comateux.
On tire un exemple insigne de saint Augustin (livre 4, chapitre, livre des confessions.) Quand un moribond commençait à délirer, et avait perdu conscience de qui se passait autour de lui, « le sacrement qu’il reçut lui fut très utile ». Ajoutons que le concile de Carthage 1V (canon 76), et celui d’Oranges 1 (sur les époux adultères, chapitres 26 et 28), et la lettre 91 de saint Léon à Théodore enseignent tous que les sacrements du baptême et de l’absolution peuvent être conférés aussi à ceux qui sont en danger de mort, même si la peur de la mort leur a enlevé l’usage de la raison ou de la parole, pourvu qu’il soit avéré qu’ils aient déjà désiré le sacrement.
Or, à ces gens, c’est fort inutilement qu’on ferait un sermon, ou qu’on leur exhiberait des signes pour exciter leur foi.
La deuxième raison. Les paroles et les signes des sacrements dépendent de l’institution divine; et ils ne purent pas avoir été institués par les hommes, de leur propre autorité. Ils ne sont donc pas de purs signes, comme les paroles d’un sermon, mais des signes pratiques, ayant le pouvoir d’opérer surnaturellement quelque chose.
L’antécédent est concédé par les adversaires, comme il a été démontré plus haut. Il reste donc à prouver la conséquence. Si les paroles et les signes sacramentaux étaient de purs signes institués pour agir sur l’esprit, ils auraient facilement pu avoir été institués par les hommes, et ils auraient eu le même pouvoir. Il importe peu, en effet, à la signification pure quel est celui qui a institué les signes, pourvu qu’ils représentent le même objet.
Est-ce qu’on se demande quel est celui qui a affiché ces signes dans l’auberge ? Les mots hébraïques écrits par Dieu sur la pierre signifient-ils autre chose que les mots grecs ou latins écrits par des hommes ? Les trompettes que Dieu avait ordonné d’employer pour appeler au combat, agissaient-elles mieux sur les soldats que les trompettes profanes employées par les païens ? En conséquence, si Pierre ou Paul avaient institué les sacrements de baptême et d’eucharistie, ils auraient la même vertu qu’ils ont présentement.
Ce qu’on ne peut certes pas dire selon l’enseignement de l’église catholique, qui veut que les sacrements ne font pas que signifier, mais qu’ils effectuent aussi ce que, par eux-mêmes, ils ne peuvent pas faire.
La troisième raison. Les sacrements ne dépendent pas seulement de Dieu pour l’institution, mais aussi pour leur usage. Car, c’est Dieu qui, par ses ministres, baptise, consacre, absout etc. Ils ne sont donc pas de simples signes institués pour exciter la foi, à la manière des prêches. Mais, ils effectuent quelque chose. L’antécédent, les adversaires le concèdent, et il a été prouvé plus haut dans la question de la cause efficiente des sacrements, à partir de textes comme celui de saint Jean 1 : « C’est lui qui baptise. », d’une homélie de saint Chrysostome ( sur Matthieu, 83), du traité 5 de saint Augustin sur saint Jean, et d’autres.
On prouve la conséquence. Car, comme les paroles et les autres signes ne font que signifier, et exciter l’âme par la représentation d’un objet, il importe peu d’où ils procèdent. Car, que ce soit le maitre qui parle ou l’esclave, les mots ont toujours la même signification. Et la trompette n’incite pas plus au combat les soldats, si c’est l’empereur qui en joue ou le trompettiste. Donc, si les sacrements dépendent nécessairement de Dieu comme de leur cause principale qui opère par les ministres, on est forcé de reconnaitre qu’ils ne font pas que signifier, mais qu’ils produisent un effet.
La quatrième raison. Les sacrements ne dépendent pas seulement de Dieu en tant qu’instituteur, mais en tant qu’agent principal, et aussi, de la passion et de la mort de Jésus, comme nous l’avons prouvé plus haut au début de la question sur la cause efficiente des sacrements. Voilà pourquoi, les pères, à l’unanimité, ont enseigné que les sacrements ont coulé du côté percé d Christ.
Voilà pourquoi aussi beaucoup d’anciens ont enseigné que le Christ a voulu être baptisé, pour que, par le contact de sa chair très pure, il donne aux eaux la force de purifier, comme saint Ambroise (livre 2, chapitre 12 sur saint Luc), saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières), saint Jean Chrysostome (homélie 25 sur saint Jean), Bède (Luc, chapitre 3), et d’autres. Luther lui-même enseigne la même chose dans ses homélies sur le baptême.
Les sacrements n’opèrent donc pas seulement en représentant un objet, à la façon d’un sermon, mais en produisant vraiment quelque chose. Car, autrement, ils n’auraient pas eu besoin des mérites du Christ; et le Christ ne leur aurait donné aucune vertu. Et comme il ne convient absolument pas de dire qu’un sermon émane du côté percé du Christ, car les paroles possèdent cela d’elles-mêmes, nous n’aurions pas de raison de dire que les sacrements proviennent du côté percé du Christ, ou que le Christ leur a donné une vertu.
La cinquième raison. Les sacrements ont été institués pour faire en sorte que nous soyons certains d’avoir reçu la rémission des péchés et la grâce de Dieu. Ils n’opèrent donc pas seulement en représentant un objet comme la prédication, mais en produisant réellement ce qu’ils signifient. L’antécédent est admis par tous, et surtout par les adversaires. Car, les catholiques enseignent que, par les sacrements, est engendrée en nous une certitude morale de la rémission des péchés, mais non, toutefois, infaillible.
Car, même si les sacrements sont efficaces infailliblement par eux-mêmes, il peut se faire que, à cause de notre indisposition, ne nous soient pas efficaces. Or, les adversaires veulent que les sacrements engendrent une certitude absolue. Et ils nous reprochent d’ordonner aux hommes de douter de l’efficacité des sacrements. Comme le pense Luther (dans son livre sur la captivité de Babylone, dans son chapitre sur le baptême), Kemnitius (livre 2 par examen, chapitre sur l’intention des ministres.) et d’autres.
On prouve la conséquence. Car, si les sacrements n’opéraient qu’en signifiant et en excitant la foi, ils n’apporteraient aucune certitude. Car, alors, le sacrement dépendrait de notre foi, non de l’institution du Christ, ce qui est enlever la vraie certitude de l’efficacité des sacrements, comme Luther le reconnait contre les Anabaptistes, en l’en 1528, où il prouve longuement que les sacrements ne doivent pas dépendre de la foi du donateur ou du récipiendaire, mais de la seule institution de Dieu, pour ne pas rendre incertaine son efficacité.
On ne peut non plus répondre que les sacrements apportent une certitude infaillible, parce qu’ils excitent la foi qui justifie infailliblement. Car, l’expérience nous a enseigné le contraire. Car, combien y en-a-t-il qui sont baptisés sans croire vraiment ? Et si la prédication, qui est plus efficace que les sacrements, selon Luther dans son livre contre Cochlaeus, n’excite pas la foi infailliblement, comme nous l’expérimentons, les sacrements pourraient encore moins exciter infailliblement la foi. Si donc les sacrements présentent une certitude quelconque, ce ne peut être que pace que, par l’œuvre opérée, ils produisent ce qu’ils signifient.
La sixième raison. Les sacrements se comportent différemment envers la foi et envers la parole; ils n’opèrent donc pas de la même manière. On prouve l’antécédent. Car, la parole de Dieu précède la foi, et les sacrements la suivent. Romains X : « La foi vient de l’audition. » On prêche dont la parole de Dieu aux infidèles et aux hérétiques pour qu’ils commencent à croire. Or, les sacrements requièrent la foi, surtout pour les adultes. Et ils ne peuvent être correctement conférés qu’à ceux qui ont cru d’abord. Voilà pourquoi (dans les Actes 111) quand l’eunuque a dit : « Voici de l’eau. Qui m’empêche d’être baptisé ? », Philippe a répondu : « Si tu crois de tout ton coeur, c’est permis. »
Et, dans l’Église, il y a toujours eu la coutume, pour ceux qui voulaient être chrétiens, de devenir d’abord catéchumènes, et d’être instruits assez longtemps, et de ne pas les baptiser avant qu’ils aient été instruits et affermis dans la foi. Saint Justin, dans son apologie à Antonin, dit, expliquant les mœurs de l’Église : « Ceux qui ont été persuadés, et qui croient que sont vraies les choses que nous leur prêchons, et qui déclarent pouvoir vivre ainsi, reçoivent l’ordre de prier en jeunant, et de demander à Dieu la rémission de leurs péchés passés, pendant que nous jeunons et prions avec eux. Ensuite, nous les amenons là où il y a de l’eau, et ils sont régénérés par le même mode de régénération qui nous a nous-mêmes régénérés. »
De quoi il s’ensuit que la sentence des hérétiques n’est pas seulement fausse, mais des plus ineptes.
La septième raison. Les sacrements ne sont pas moins efficaces s’ils sont administrés dans une langue qu’on ne comprend pas, (le grec ou le latin) que s’ils le sont dans une langue vulgaire que tous comprennent. Ils n’opèrent donc pas à la façon d’une prédication, mais ont leur effet propre en plus d’exciter la foi. La conséquence est évidente, car, si les sacrements opéraient à la manière d’une prédication, ils n’auraient d’effet que quand ils sont donnés en langue vulgaire. On prouve ainsi l’antécédent. Les luthériens et les baptistes admettent notre baptême qui est toujours administré en latin, car ils ne rebaptisent pas ceux qui ont été baptisés par nous.
La huitième raison. Si les sacrements opéraient en excitant la foi, il n’y aurait aucune raison de les administrer aux hommes doctes qui peuvent lire les Écritures, ni même aux illettrés qui écoutent les sermons. Car, la sainte Écriture et la prédication évangélique excitent la foi bien mieux que le baptême et l’eucharistie. Il serait donc préférable, au lieu de se faire baptiser, de lire un chapitre de la Bible.
Ajoutons que même une peinture du baptême pourrait avoir le même effet que le baptême, car elle rend une promesse visible, et excite la foi. Et elle a ceci de plus que le baptême qu’elle demeure toujours, tandis que le baptême arrive une fois pour toutes.