Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 207)
La neuvième raison. Même si plusieurs sont présents, les sacrements ne sont profitables qu’à ceux qui les reçoivent, entendent et voient ce qui se passe. Autrement, il ne serait pas nécessaire que chacun soit baptisé et communie au corps de Notre Seigneur Jésus-Christ; mais, il suffirait qu’un seul soit baptisé et communie en présence de toute la multitude.
Les sacrements n’opèrent donc pas à la manière d’une prédication, en excitant la foi. La conséquence est évidente. Car, s’ils opéraient à la façon d’un sermon, ils seraient de profit à tous ceux qui écoutent. Car, tous ceux qui sont présents peuvent être excités à croire quand est prononcée la promesse de Dieu, et quand elle est placée devant les yeux par un signe visible. Et il importe peu que le sacrement semble être le seul à être dirigé vers un seul, car la prédication aussi peut s’adresser à un seul et, exciter quand même tous les auditeurs.
De plus, quand le ministre baptise et dit : je te baptise, il ne veut pas dire : je te purifie de tous tes péchés (selon les luthériens), mais, je témoigne que tes péchés te son remis, comme Melanchton l’explique (dans se lieux, chapitre sur le baptême), et Calvin (livre 1V, chapitre 13, verset 15).
Mais cette attestation n’est pas profitable à celui qu’il baptise, à moins qu’il ait, entre temps, réfléchi et cru que Dieu lui est propice par le Christ, comme ils l’avouent eux-mêmes. Tous ceux qui sont présents peuvent penser et croire la même chose, car la promesse est commune à tous, et ce qui est dit à un convient à tous. Car Dieu n’est pas propice au baptisé parce qu’il est baptisé, (selon la sentence des Luthériens).
Voici donc la véritable attestation du baptême : Dieu lui est propice pourvu que par la foi il appréhende cette bienveillance divine.
La dixième raison. Si les sacrements avaient un effet seulement en signifiant, il n’y aurait pas de différence entre les nouveaux sacrements et les anciens sacrements, car les anciens signifiaient aussi la grâce du Christ et la rémission des péchés, et pouvaient exciter la foi. Que cela soit faux, nous le démontrerons dans la question suivante.
CHAPITRE 9
On réfute des objections tirées des Écritures
Il faut réfuter les arguments de Luther, de Philippe, de Calvin et de Kemnitius, qu’ils tirent tantôt des Écritures, tantôt des pères, tantôt de la raison.
Commençons donc par la première classe d’arguments. Le premier vient de Habacuc 11 et de Romains 1, et de Hébreux X : « Le juste vit de la foi, dit l’Écriture ». Saint Paul n’enseigne pas que le juste vit des sacrements. Les sacrements donc ne justifient pas à moins qu’ils n’excitent la foi. On le confirme par des passages semblables, comme Romains 1V : « Abraham a cru en Dieu, et celui lui a été imputé à justice. » Et Paul n’a pas ajouté : et par le corps est reçu le sacrement pour la justice. De même, Luther dans Babylone (chapitre sur le baptême) et dans son assertion (premier article.)
Je réponds que l’Écriture ne dit pas que le juste vit de la seule foi. Il reste donc une place pour les sacrements. Autrement, non seulement les sacrements, mais Dieu aussi, et les mérites du Christ, et d’autres choses semblables seraient exclues, que même les Luthériens ne veulent pas exclure. Car, l’Écriture n’a pas dit : le juste vit de Dieu ou des mérites du Christ.
Ensuite, même si l’Écriture ne dit pas, avec ces mots, que le juste vit des sacrements, elle dit la même chose en d’autres termes. Car, quand elle dit que l’homme est régénéré par le baptême, (Jean 111, et Tit 111), que dit-elle d’autre que le baptême donne la vie ?
Troisièmement. Ces paroles prophétiques : le juste vit de la foi, ne signifient pas à la lettre que l’homme devient ou est réputé juste par la foi, mais, que, par la foi qu’il a, le juste attend constamment ce que Dieu a promis, et qu’il ne se laisse pas déprimer ou décourager même si les promesses semblent tarder. Que ce soit là le véritable sens ne pourra pas en douter celui qui examine avec soin les paroles d’Habacuc, et de saint Paul aux Hébreux. Car l’un et l’autre parlent de patience et de longanimité. ‘S’il tarde, dit le prophète, (et l’apôtre qui le cite), attends le, car il viendra quand il viendra, et ne tardera pas. Celui qui est incrédule, son âme ne sera pas vraiment en lui-même. Car, le juste vit de la foi. »
À la confirmation, je réponds de la même façon. Car, saint Paul a attribué la perfection à la foi, mon non à elle seule. Et de plus, l’Écriture attribue la même chose aux sacrements, en d’autres endroits, comme dans Actes 11 : « Que chacun de vous soit baptisé en rémission des péchés. » et en Actes XX11 : « Sois baptisé et efface tes péchés par l’invocation de son nom. »
Le second argument est tiré de Marc, à la fin : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. Celui qui ne croira pas, sera condamné. » Dans les lieux cités, Luther argumente de deux façons avec cet argument. Le premier. « Celui qui croit et est baptisé est sauvé; celui qui ne croit pas est condamné, même s’il est baptisé. Ce n’est donc pas le baptême, mais la foi qui sauve. » Le deuxième. Le Seigneur a dit : « Celui qui ne croit pas sera condamné ». Il n’a pas dit : celui qui ne sera pas baptisé sera condamné. C’est donc la foi seule qui sauve, et non le baptême. Deuxièmement, le Seigneur a dit également : « Celui qui ne croira pas sera condamné ». Il n’a pas dit : « celui qui ne sera pas baptisé sera condamné. » C’est donc la foi seule qui sauve, et non le baptême.
Je réponds au premier argument que la conséquence est mauvaise. Car la seule chose que nous pouvons déduire de cet antécédent, c’est : ce n’est donc pas le baptême seul qui sauve; et non : donc le baptême ne sauve pas. Autrement, des paroles que saint Paul a dites aux Corinthiens (1 X111) : « la foi n’est d’aucun profit sans la charité », nous pourrions conclure : la foi n’est donc d’aucun profit.
Au second, je réponds que le Seigneur n’a pas dit : celui qui n’aura pas été baptisé sera condamné, non parce que ce n’est pas tout à fait vrai, puisque le même Seigneur a dit en Jean 111 : « si quelqu’un ne renait pas de l’eau et du Saint-Esprit, il ne pourra pas entrer dans le royaume des cieux, » car il n’était pas nécessaire de le préciser, puisqu’on pouvait le comprendre de ce qu’il avait dit : « celui qui ne croira pas sera condamné. » Car, celui qui ne croit pas ne voudra pas être baptisé; et même s’il le voulait, son baptême serait sans valeur.
Et dans l’affirmation, il aurait fallu ajouter « un baptême de foi », car ce ne sont pas tous ceux qui croient qui sont baptisés. Les arguments du genre à l’espèce sont semblables. Cela vaut négativement : il n’est pas un animal, il n’est donc pas un homme. Affirmativement, cela ne vaut pas : c’est un animal, ce n’est donc pas un homme.
Le troisième argument est tiré de saint Paul aux Romains 1V. Voici comment parle Philippe dans son apologie (article 13). « Paul proteste contre les scolastiques qui enseignent que les sacrements opèrent par l’œuvre opérée; et il nie qu’Abraham ait été justifié par la circoncision. Mais il dit que la circoncision a été un signe proposé à l’exercice de notre foi. Donc, de la même façon, les sacrements ne justifient pas autrement qu’en excitant la foi. »
Je réponds d’abord que saint Paul n’a pas dit que la circoncision a été un signe proposé à l’exercice de notre foi, mais qu’elle a été donnée à Abraham comme un sceau de la justice de sa foi, c’est-à-dire ce privilège a été fait pour Abraham, pour qu’il soit le premier à avoir le sacrement de la circoncision. Car, c’est ce qu’avaient mérité son obéissance et sa foi. Car, ce fut un témoignage de la justice de sa foi, comme nous l’avons rappelé au chapitre 17. Voilà pourquoi ce texte n’a rien à voir avec le débat présent. Car, la circoncision ne fut qu’au seul Abraham, un signe pour exciter sa foi, mais le témoignage d’une foi qu’il avait déjà eue.
Deuxièmement. La circoncision et le baptême n’ont pas grand-chose en commun. Car, de la circoncision, Paul dit : « La circoncision n’est rien. » (1 Corinth V11), et du baptême, il dit à Tite 111 : « Il nous a sauvés par le baptême de la génération. » Le quatrième argument est celui de Zwingli (dans son livre sur la vraie et fausse religion). Il dit, en commentant Luc V : « Qui, sauf Dieu, peut remettre les péchés ? » : « Les pharisiens comprenaient que seul Dieu, non les sacrements, peut justifier. » Selon ce passage d’Isaïe : « C’est moi seul qui efface les iniquités. »
Je réponds qu’elle est grande la cécité des hérétiques, qui préfèrent croire aux pharisiens plutôt qu’au Christ. Car le Christ avait guéri un paralytique pour montrer qu’il pouvait, en tant qu’homme, remettre les péchés : « Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés, etc » Et, de plus, le Christ n’avait-il pas dit à des hommes, en Jean XX : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Mais les paroles d’Isaïe n’étaient pas fausses à cause de cela, car il parle de celui qui remet les péchés, de sa propre autorité, et celui-là ne peut être que Dieu.
Le cinquième argument est de Kemnitius, et il est tiré du chapitre 5 aux Éphésiens, où l’apôtre dit : « La purifiant par le lavement de l’eau dans la parole de vie. » « Dans ce texte, saint Paul attribue toute la vertu du baptême à la parole. La parole, en effet, opère en excitant la foi, car, (Romains X) « la foi vient de l’audition, et l’audition de la parole du Christ ». Kemnitius ajoute le passage suivant de saint Pierre (1 Pierre 111) : « Le baptême vous a sauvés, non une déposition des saletés de la chair, mais l’interrogation d’une bonne conscience en Dieu, par la résurrection de Jésus-Christ. » Il dit là que le sacrement sauve par la résurrection, c’est-à-dire par la foi dans la résurrection.
Je réponds que, aux Éphésiens V, par la parole de vie, on n’entend pas le prêche, dont l’effet est la foi, mais la forme du sacrement, c’est-à-dire une parole pratique de consécration, et non une parole de prédication. Car c’est ainsi que l’expliquent tous les commentateurs, comme nous l’avons montré plus haut dans la question de la forme du sacrement.
D’ailleurs, saint Pierre n’a pas dit que le baptême sauve par la foi dans la résurrection, mais par la résurrection, c’est-à-dire, comme Bède l’explique, parce que quand nous sommes baptisés, nous représentons la résurrection du Christ en émergeant de l’eau. Et comme, en nous justifiant, le baptême fait en sorte que nous marchions dans une nouveauté de vie, comme le Christ, par la résurrection, a commencé à vivre une nouvelle vie, comme le dit aussi saint Paul (Romains V1) : « Le Christ a été livré pour nos fautes, et il est ressuscité pour notre justification. »
C’est exactement comme s’il disait : par la passion du Christ, nous sommes morts au péché, et par sa résurrection, nous commençons à vivre une vie de justice. La préposition par ne signifiant pas une cause méritoire, mais une cause exemplaire. Car, le Christ n’a pas mérité en ressuscitant, puisqu’il était alors en dehors de la voie et de l’état du mérite.
CHAPITRE 10
On répond aux objections tirées des pères
Ils nous opposent d’abord saint Augustin parce qu’il a dit que « ce n’est pas le sacrement qui justifie, mais la foi du sacrement. » Dans la captivité de Babylone, (au chapitre sur le baptême), Luther cite cette sentence, sans nommer saint Augustin, comme étant un proverbe bien connu. Et (dans ses assertions, à l’article 1, contre Corhlaeus), il la cite en l’attribuant à Augustin. C’est ce que fait aussi Philippe dans son apologie, (article 13), où, après avoir dit qu’on ne pouvait pas présenter une seule lettre des anciens en faveur de la sentences des scolastiques, il ajoute : « Saint Augustin a même dit le contraire, quand il a déclaré que c’était la foi du sacrement qui justifiait, et non le sacrement. »
Je réponds que saint Augustin n’a jamais rien dit dans ce sens et dans ces mots. Il a plutôt enseigné le contraire. Car, dans l’épitre 23 à Boniface, il dit que les enfants sont des fidèles et qu’ils sont sauvés s’ils meurent après le baptême, car « même s’ils n’ont pas la foi, ils ont le sacrement de la foi. » C’est comme s’il disait : ce n’est pas la foi qui sauve les petits, mais le sacrement de la foi. Luther a peut-être tiré cette phrase du traité 80 sur Job où Augustin dit que « le coeur est purifié par l’eau du baptême, les paroles accomplissant cela, non parce qu’elles sont dites, mais parce qu’elles sont crues.
Mais, dans la question de la forme du sacrement, nous avons déjà démontré que ce « parce qu’elles sont crues » ne signifie pas un acte de foi, mais un objet. Et si, on trouvait ailleurs cette sentence en termes propres, il faudrait l’entendre pour le seul temps où quelqu’un ne peut pas recevoir le sacrement. Car, dans cette nécessité, suffit la foi du sacrement avec son désir, comme. dit saint Augustin (au livre 1V, chapitre 22 sur le baptême) dans les enfants qui ne peuvent pas avoir de foi actuelle, suffit le sacrement de foi, comme avec l’épitre 23, nous l’avons déjà prouvé.
Ils citent ensuite des paroles de saint Augustin tirées des livres sur les questions du nouveau et de l’ancien testament (à la question 59) : « Celui qui pense que le baptême consiste dans une raison charnelle, n’est pas un spirituel. Et il ne pourra pas, non plus, recevoir les dons célestes celui qui croit que c’est par l’eau et non par la foi qu’il est transformé »
. Je réponds d’abord que le livre cité n’est pas de saint Augustin, mais d’un hérétique quelconque, qui enseigne beaucoup de choses contre la foi et contre saint Augustin, comme, par exemple, que la femme n’a pas été créée à l’image de Dieu (question 21), que Melchisédech était le Saint-Esprit (question 109), et qu’Adam n’avait pas l’Esprit-Saint (question 123).
Je réponds ensuite que le témoignage allégué ne nous est pas contraire, mais plaide plutôt en notre faveur. Car, cet auteur parle de la cause formelle de la justification, non de la cause efficiente; et il dit que l’homme est transformé et rénové non par une eau externe, comme si notre baptême n’était rien d’autre qu’une purification de la chair, comme autrefois celui des Juifs. Mais, par la foi qui, étant parfaite et vivante, purifie et justifie formellement, selon la parole de saint Pierre (Actes XV) : « Purifiant par la foi leurs cœurs. » Cette foi, c’est-à-dire la justification formelle cet auteur dit qu’elle est donnée dans le baptême. : « L’eau, on la voit, mais ce qu’on ne voit pas, l’Esprit Saint opère pour que la foi soit en nous. »
Ici, on ne peut pas parler de la foi imparfaite et inchoative qui, selon nous, dispose à la justification, et qui, selon les Luthériens appréhende la justification. Car cette foi-là doit précéder le baptême. On parle donc ici que de la foi parfaite, qui est infusée dans le baptême, et qui justifie formellement. Comme le définit le concile de Trente (session 6, chapitre 7).
Troisièmement, Calvin (livre 4, chapitre 14, ) présente un autre texte de saint Augustin ( tiré du livre 3 des questions sur le Lévitique, question 84), dans lequel il dit deux choses. La première. Seul un ministre humain confère un sacrement visible, tandis que Dieu confère la grâce invisible. Deuxièmement, ces deux choses sont séparées de telle façon que dans certains, se trouve le sacrement visible sans grâce invisible, comme dans Simon le magicien baptisé par Philippe. Et dans d’autres une grâce invisible sans sacrement visible, comme pour le bon larron.
Je réponds au premier texte que l’homme administre les sacrements de deux façons. Une première. En faisant ce qu’il peut faire par sa vertu naturelle. La deuxième. En appliquant des sacrements comme des instruments mus par Dieu, et élevés pour faire une action surnaturelle. Selon la première façon, nous disons en toute vérité, que l’homme ne justifie pas, mais fait seulement laver le corps, et c’est dans ce sens que parle saint Augustin. Selon l’autre façon, on dit, en toute vérité, que l’homme justifie, mais pas par une autre action que celle dont se sert Dieu pour justifier. Et c’est dans ce sens qu’il faut comprendre ce que dit saint Jérôme (chapitre 1V d’Isaïe) : « L’homme fournit l’eau, Dieu le Saint-Esprit. »
Au second texte, je dis que ces choses peuvent être séparées. Non pas parce que le sacrement sensible soit une cause de la grâce invisible, mais parce que son effet peut être empêché par un obstacle ou une indisposition du sujet; et aussi parce que Dieu peut, sans sacrement, donner quand même sa grâce. Quatrièmement. Il a coutume de citer un autre texte de saint Augustin (livre 15, chapitre 26 sir la trinité), où il dit que Dieu seul peut donner l’Esprit Saint; et que, pour cette raison, les apôtres n’ont pas donné l’Esprit-Saint quand ils imposaient les mains, mais qu’ils n’ont que prié pour qu’il descende.
Je réponds qu’autres sont les dons du Saint-Esprit, et autre le Saint-Esprit. Les dons du Saint-Esprit les sacrements les donnent. Mais le Saint-Esprit ne peut être formellement donné que par celui de qui il procède, Mais, instrumentalement, il est donné par les hommes. Car, aux Actes V111, nous lisons que, par les mains des apôtres le Saint-Esprit était donné. C’est exactement ce qu’admet saint Augustin. Cinquièmement. Ils citent d’autres paroles de saint Augustin contre Faust (livre 19, chapitre 16) : « Que sont les sacrements corporels, si ce n’est quelques paroles visibles. » On peut déduire de cette phrase que les sacrements ne justifient pas, si ce n’est à la façon d’une prédication ou d’une peinture qui n’agit qu’en représentant.
Je réponds que, dans ce texte, saint Augustin indique un effet du sacrement, c’est-à-dire la signification. Mais, il ne faut pas, pour cela, nier les autres effets qu’il a décrits souvent ailleurs. Pourquoi, dans ce passage, n’est-il question que de la signification ? La raison en est qu’il disputait des sacrements en général, c’est-à-dire, des sacrements de l’un et l’autre testament.. Il a donc du mettre l’accent sur l’effet qui est commun à tous les sacrements.
Et pourquoi a-t-il appelé les sacrements des paroles visibles ? C’est parce qu’il disputait contre les Manichéens, qui réprouvaient le changement des anciens sacrements dans les nouveaux. Il disait qu’il avait été nécessaire de changer les paroles après l’avènement du Christ. Car, comme les anciens disaient : le Christ viendra, mourra, ressuscitera, nous devons, nous dire : il est venu, il est mort, il est ressuscité. C’est pour cela qu’il dit que les sacrements doivent être changés pour ne pas signifier quelque chose de faux. Et pour montrer la similitude entre les deux testaments, il dit : « Que sont les sacrements (quelle est leur signification) si ce n’est des paroles visibles ? »
Sixièmement. Kemnitiius présente un autre texte de saint Augustin, tiré de la cité de Dieu (livre 21, chapitre 25), où saint Augustin blâme ceux qui croyaient que ne pouvaient pas être damnés ceux qui ont reçu le sacrement du baptême et de la cène du Seigneur, sans avoir la foi, et sans mener une bonne vie. Je réponds que saint Augustin a raison de blâmer ceux qui non seulement croyaient que les sacrements opèrent par l’œuvre opérée, mais qui pensaient qu’on ne peut pas, par des péchés ultérieurs, perdre la grâce, et le salut une fois reçu dans le sacrement.
Mais cette sentence n’est pas la nôtre, mais celle de Martin Luther qui, (dans son livre sur la captivité de Babylone, au chapitre sur le baptême), dit : « Tu vois à quel point est riche le chrétien, ou le baptisé, lui qui, même s’il le voulait, ne peut pas perdre son salut, quelle que soit la quantité de ses péchés, à moins qu’il ne veuille plus croire ? »
Septièmement. Il a coutume de citer saint Bernard, qui dans son sermon sur la cène du Seigneur, a dit : « Comme un chanoine est investi par un livre, l’abbé par un bâton, l’évêque par un anneau, ainsi diverses grâces sont données par différents sacrements ». Je réponds que saint Bernard ne compare pas les sacrements avec un livre, un bâton ou un anneau, par rapport à l’efficacité des sacrements, mais par rapport à leur diversité. Car, il enseigne, au même endroit, que les sacrements confèrent la grâce, comme nous l’avons cité plus haut. Finalement, il cite Tertullien qui, dans son livre sur la pénitence, appelle le baptême le gage de la foi. Comme le dit aussi saint Basile (livre 111, contre Eunomius, et livre sur le Saint-Esprit, chapitre 12.)
Mais nous avons déjà répondu à tout cela au chapitre 17, quand nous avons montré que le baptême est appelé sceau de la foi, non parce qu’il excite la foi, mais parce que, par le baptême, est testé celui qui est baptisé, pour savoir s’il croit; et aussi parce que l’Église qui baptise lui donne une attestation publique de sa foi. Mais, bien que les pères aient vraiment attribué cela au baptême, ils ne niaient pas, pour autant, d’autres effets plus importants, mais ils en parlaient souvent, comme je l’ai déjà montré.
2018 11 11 fin
2018 11 17 debut
CHAPITRE 11
On répond aux objections tirées de la raison
La première vient de Luther (Babylone, chapitre sur le baptême), et de Philippe (dans son apologie, art 13). La voici. Dans tout sacrement, est requise une parole de promesse. Et là où il y a promesse, là est exigée nécessairement la foi qui accepte la promesse. C’est donc la foi qui opère immédiatement et qui justifie. Luther confirme cela en disant que beaucoup sont sauvés sans le sacrement, comme ceux qui n’ont personne pour les baptiser; et que, à l’inverse, beaucoup sont condamnés parce qu’ils reçoivent les sacrements sans avoir la foi.
Je réponds que, comme nous le voyons souvent chez les adversaires, cet argument pèche de trois façons. La première. La parole de la promesse est requise dans l’institution du sacrement, mais elle n’est pas requise dans l’opération lui-même du sacrement. Rien n’est plus évident. Car, ceux qui baptisent ne disent pas : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, ce qui est la promesse. Mais, ils disent ; je te baptise etc… Et ceux qui consacrent l’eucharistie ne disent pas : « Celui qui mangera ce pain vivra éternellement », mais : « Ceci est mon corps. » Et ceux qui absolvent les péchés ne disent pas : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez », mais : je t’absous de tous tes péchés.
Or, ici nous parlons de l’emploi du sacrement, non de l’institution. Car, nous parlons de l’effet du sacrement. En effet, le sacrement opère quand nous l’utilisons. Voilà pourquoi cet argument est hors de propos, et est en porte à faux.
La deuxième. Même si quand nous utilisons le sacrement, la promesse est toujours requise, et donc la foi, on ne peut pas en conclure que c’est la foi qui justifie immédiatement. Nous dirons donc que la foi est requise comme condition, et comme ce qui applique le sacrement à l’homme. Exemple. Le médecin offre un remède et promet la santé. Mais, dans le malade est requise la foi qui prend au sérieux la promesse, et donne son assentiment au médecin. Ce n’est cependant pas la foi qui guérit le malade, mais le médicament, même s’il est reçu sans faire confiance au médecin. De la même manière donc…