Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 210)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Mais il veut dire qu’ils n’ont pas été justes du fait qu’ils aient été circoncis ou incirconcis, mais parce qu’ils croyaient dans le Messie futur. L’apôtre ajoute au même endroit : « Par les œuvres de la loi, aucune chair ne sera justifiée devant Dieu. » Qui donc pourrait nier que la circoncision ait été une œuvre de la loi ? Au même endroit : « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? Ne l’est-il pas aussi des Gentils ? Oui, des Gentils aussi. Car, il n’y a qu’un seul Dieu qui justifie, la circoncision par la foi, et le prépuce par la foi. »

C’est comme s’il disait : Dieu est le Dieu de tous. Comment donc est-il croyable que Dieu n’ait donné qu’aux Juifs un remède contre le péché ? Nous pouvons, nous, à partir de là, argumenter autrement. Dieu est-il seulement le Dieu des hommes ? Ne l’est-il pas aussi des femmes ? Qui donc croira que Dieu n’ait donné un remède qu’aux seuls hommes ?

Le second texte vient de Romains 1V, où l’apôtre prouve péremptoirement qu’Abraham n’a pas été justifié quand il était circoncis, mais quand il était encore incirconcis. Et il en déduisait que la circoncision n’avait pas été donnée pour qu’elle justifie. Si donc le premier à qui elle a été donnée ne fut pas justifié par elle, combien moins les autres devaient-ils être justifiés par elle. Le troisième texte, 1 Corinthiens V11 : « La circoncision n’est rien, l’incirconcision n’est rien. » S’agissant de la justification, l’apôtre fait aussi peu de cas de la circoncision que de l’incirconcision.

Le quatrième texte : Galates 1V : « Comment pouvez-vous retourner à des éléments faibles et impuissants, que vous voulez de nouveau servir. » Par le mot éléments, il entend la circoncision, dont il parle surtout dans cette épitre, et en même temps des autres cérémonies légales. Et il ne dirait certes pas qu’elles sont faibles et impuissantes si elles pouvaient justifier. Au même endroit il dit que les Juifs ont, comme des enfants, servi les éléments de ce monde, tandis que nous sommes, nous, parfaits. Cette distinction ne serait certes pas vraie, si nos sacrements n’avaient pas une autre vertu que ceux des Juifs.

Le cinquième texte est de Galates V1 : « Ce n’est ni la circoncision ni le prépuce qui vaut quelque chose, mais une nouvelle créature. » On voit qu’il oppose ici la nouvelle créature aussi bien à la circoncision qu’au prépuce. Ce qui serait tout à fait inepte si la circoncision avait le pouvoir de produire une nouvelle créature. Le sixième texte est aux Philippiens 111 où Paul dit qu’il considère comme un détriment la justice qui vient de la loi, et cela, il le répète plusieurs fois. Ce qu’il ne dirait certes pas s’il avait été justifié par une cérémonie légale quelconque.

Voilà pourquoi, au même endroit, il parle de la circoncision comme par moquerie. Il dit, en effet : « Voyez la concision. » Or, comme l’explique saint Jean Chrysostome, est dit circoncis ce qui a été coupé dextrement en rejetant le superflu. On dit qu’a été concis ce qui est coupé à la hâte, en une opération bâclée. Au même endroit, l’apôtre dit ne pas avoir confiance dans la chair, et par confiance dans la chair il entend, comme il l’explique lui-même, confiance dans la circoncision, et autres choses du même genre.

Le septième passage : Colossiens 11, où tous les anciens sacrements sont appelés des ombres des sacrements futurs, le corps du Christ. Or, si nos sacrements avaient la même vertu, nous serions encore dans l’ombre. Il dit, au même endroit : « Vous avez été circoncis d’une circoncision non faite avec la main, …mais de la circoncision du Christ, ensevelis avec lui dans le baptême. » Saint Paul dit ici que la circoncision est faite avec la main, et donc que le baptême n’est pas fait avec la main, car le baptisant principal est le Christ. Il n’accorde rien d’autre à la circoncision que d’expulser de la chair, et il l’oppose au baptême.

Il est à noter que dans le texte grec on a : dans l’expulsion du corps des péchés de la chair. Il faut donc unir dans l’expulsion avec vous avez été circoncis, et non avec circoncision faite de main d’homme, pour que le sens soit : vous avez été circoncis dans l’expulsion des péchés de la chair, non dans la circoncision faite de main d’homme, mais dans la circoncision spirituelle du Christ, avec qui vous avez été ensevelis dans le baptême. De ce texte on tire un argument semblable, mais d’une autre façon. Car, comme l’expliquent les Grecs (saint Jean Chrysostome, Theodoret, Theophylactus) Paul enseigne que la circoncision des Juifs a été la dénudation d’une petite peau, tandis que la nôtre a été l’expulsion de tout le corps des péchés.

La huitième : Hébreux V11 : « Ce fut une réprobation du mandat précédent à cause de son impuissance et de son inutilité. » Il parle là des mandats cérémoniaux, dont le principal était la circoncision. Le neuvième : Hébreux 1X, où il dit que les cérémonies anciennes ont été des justices de la chair, qu’elles sanctifiaient certes la chair, mais seulement pour la purification de la chair. Le dixième, Hébreux X, où il dit que la loi a eu une ombre des choses, non l’image elle-même des choses, et qu’elle n’a pas pu rendre parfaits ceux qui l’observaient; qu’elle n’a pas pu, non plus, enlever les péchés et purifier la conscience.

Dieu, est-il dit, n’a pas voulu d’hosties et d’oblations, qui ne lui plaisaient pas. On doit entendre cela par rapport à la justification par l’œuvre opérée. Car, on ne peut nier que ces choses lui plaisaient à cause de l’obéissance et de la dévotion de l’offrant, puisqu’on les appelle une odeur qui, pour Dieu, est très suave. (Lévit 1).

Mais voyons ce que les adversaires ont à dire sur ces citations. Luther et les luthériens répliquent que quand les Écritures nient que les sacrements anciens justifient, on doit entendre cela de ceux qui n’ont pas une promesse annexée. Or, les passages cités par nous parlent expressément de la circoncision, qui, comme tous le concèdent, avait une promesse annexée. De plus, aucune cérémonie judaïque n’a eu une promesse mieux exprimée que le sacrifice et l’oblation. Car, au Lévitique 1V, V, e V1, la rémission des péchés est promise à celui qui offre un sacrifice. Et, de nouveau au Lévitique XX, XX1, XX11, la sanctification est promise à ceux qui se purifient avec de l’eau, comme la loi le prescrit. Et cependant, l’apôtre (Hébreux X), explique longuement qu’il est impossible aux sacrifices et aux ablutions judaïques de remettre les péchés.

Kemnitius (dans son examen 2 par, page 63, après sa réponse à Luther0, fait une autre proposition qui est aussi celle de Calvin (livre 4, chapitre 14, versets 23, et 25), et du Martyr (dans chapitre V11, 1 aux Corinthiens). La voici. Quand l’Écriture réprouve les sacrements anciens comme étant inutiles, elle ne parle pas des sacrements en eux-mêmes, mais comme les Juifs les interprétaient de travers, c’est-à-dire des cérémonies toutes nues, privées de la promesse éloignée et de la foi dans le Christ. Car, il est tout à fait vrai que les sacrements n’ont eu aucune valeur pour ceux qui les ont reçus sans la foi.

Je réponds. Il n’y pas, entre nous et les hérétiques, de débat pour savoir si ces sacrements reçus avec foi étaient profitables. Car, cela nous l’admettons tous, et c’est ce que disent les scolastiques. Et les hérétiques leur reprochent à tort d’enseigner que les sacrements furent utiles aux Juifs par l’opération de l’opérant. Mais la question à débattre est : furent-ils utiles en tant que sacrements ? Car cette utilité par l’œuvre de l’opérant n’est pas propre aux sacrements, mais est commune à toute bonne œuvre.

Je réponds ensuite que les sacrements sans promesse et sans foi ne sont d’aucun profit, et que cela ne convient pas seulement aux sacrements de la loi ancienne, mais même aux nouveaux, comme les adversaires eux-mêmes l’enseignent. Et cependant, saint Paul distingue les nouveaux des anciens d’une façon telle qu’il déclare que les nôtres sauvent, régénèrent, purifient et justifient. Ephes V, Tit 111, Corinth 1; et que les anciens étaient des éléments pauvres, dénudés, qui ne valaient rien et qui n’étaient rien. 1 Corinth V11, Gal V, Hébreux X, et, d’autres. Troisièmement. Dans ces textes, l’apôtre enseigne que les cérémonies n’ont été d’aucune utilité pour la justification, là où il dit qu’elles étaient des ombres et des figures des nôtres. (Colossiens 11, 1, Corinth X, Hébreux X.)

Saint Paul veut donc que ces sacrements-là aient été inutiles pour justifier, non seulement parce qu’ils étaient faussement expliqués par les Juifs, mais aussi par eux-mêmes, en tant que sacrements institués par Dieu. Non seulement en tant qu’ils étaient expliqués de travers par les Juifs, mais aussi en eux-mêmes, en tant qu’ils étaient des sacrements institués par Dieu. Car ils étaient des figures pour eux qui ne pensaient en rien au Christ, mais qui n’acquiesçaient qu’au rite lui-même.

En somme, si Paul voulait seulement dire que les sacrements anciens sans la foi n’avaient aucune utilité, il ne comparerait pas la circoncision avec le prépuce, et ne dirait pas que la circoncision n’est rien, et que le prépuce n’est rien. (1 Corinth V11, et Gal V1) : « Ni la circoncision ni le prépuce ne valent quelque chose. » Car, le prépuce non seulement n’est rien et ne vaut rien sans la foi, mais il n’est absolument rien, et ne vaut absolument rien en lui-même.

En plus de cette solution, Calvin en apporte trois autres. Une (livre 4, chapitre 14, verset22) qui veut que saint Paul ait parlé des sacrements anciens non absolument, mais comparativement. Et surtout en Colossiens 11, où il appelle ces sacrements des ombres. Car, Calvin dit que saint Paul n’a pas voulu nier l’efficacité de ces sacrements, mais magnifier l’efficacité des nôtres, qui donnent une plus grande grâce que les leurs.

Je réponds. C’est le contraire qui est vrai, car si nos sacrements ne différaient des anciens que parce qu’ils donnent une plus grande grâce, Paul n’aurait pas eu le droit de dire qu’ils n’étaient rien, qu’ils ne valaient rien; il n’aurait pas comparé la circoncision avec le prépuce; et n’aurait pas dit que les deux sortes de sacrements différaient entre elles comme l’ombre et le corps. Car, l’ombre n’est pas un moindre corps, elle n’est un corps en aucune façon. Elle n’a rien d’autre qu’une certaine ressemblance avec le corps, une ressemblance privative, qui n’est rien du tout.

L’autre solution de Calvin se trouve au même endroit, verset 24. Il soutient que saint Paul parlait des sacrements de l’ancienne loi au temps où ils avaient été abrogés par le Christ. Je réponds qu’aux Romains 11, saint Paul dit : « La circoncision est profitable si tu observes la loi. » Il indique là qu’il parlait de ce qui convenait à la circoncision quand elle continuait encore. Car, après l’abrogation, elle n’est pas utile, elle est même dommageable, comme le même saint Paul le dit à Galates 111.

Saint Paul veut donc dire que quand elle était en vigueur, la circoncision était utile, non parce qu’elle justifiait, mais parce que les circoncis avaient la loi de Dieu, et pouvaient plus facilement que les autres trouver quelle est la volonté de Dieu, comme le même saint Paul l’explique au chapitre 111 : « Quelle est l’utilité de la circoncision ? Grande de toute manière. » De même 1 cor V11, quand il disait que la circoncision n’est rien, il parle du temps où elle était encore en vigueur.

Car, il avait dit un peu avant : « Il est appelé quand il est circoncis, qu’il n’ajoute pas un prépuce. Il est appelé dans le prépuce, qu’Il ne se fasse pas circoncire. » Et le sens est : est-ce que quelqu’un qui vient à la foi chrétienne du judaïsme ou du paganisme etc. Il parle donc de ceux qui avaient été circoncis quand la loi était encore en vigueur, et qui vinrent ensuite à la foi dans le Christ. Et il les met en garde de ne pas se penser supérieurs aux autres du fait qu’ils ont été circoncis, car la circoncision n’est rien.

De plus, aux Galates 1V, il dit que les pères anciens ont servi sous les éléments de ce monde. De même, à Philipp 111, il dit qu’il ne met pas sa confiance dans la chair, c’est-à-dire (comme il l’explique lui-même) qu’il ne se glorifie pas d’avoir été circoncis le huitième jour. La circoncision qu’il méprise c’est donc celle qu’il avait reçue quand elle était encore en vigueur.

Dans Colossiens 11 et dans Hébreux X, il les appelle des ombres et des figures. Or, elles n’étaient des ombres et des figures qu’avant d’avoir été abrogées. De même, dans Hébreux V11, il dit que la loi a été abrogée à cause de sa faiblesse et de son inutilité. Enfin, dans Hébreux X, il enseigne expressément qu’il était impossible que les péchés soient expiés par les sacrifices et les holocaustes; et que la raison pour laquelle le Christ était venu, c’était d’accomplir ce que ces rites étaient impuissant à faire..

La troisième solution est du même, au même endroit, au verset 25. Calvin dit là que les cérémonies de la loi ancienne étaient appelées des ombrages n’ont parce qu’elles n’avaient rien de solide, mais parce que le complément que devait leur apporter le Christ était comme suspendu. Il ajoute aussi qu’on les appelait des ombres non à cause de l’efficacité, mais du mode de signification, car elles signifiaient des choses futures, tandis que les nôtres signifient des choses passées.

Je réponds d’abord que cette explication démolit le texte. Car, ce ne sont pas seulement les cérémonies que saint Paul appelle des ombrages, mais il donne aussi à la circoncision le nom d’ombre. Deuxièmement. Si la seule raison pour laquelle on les appelait des ombrages était que leur complémentation était suspendue jusqu’à l’avènement du Christ, c’est-à-dire parce qu’elles représentaient quelque chose qui n’existait pas encore, on pourrait appeler les nôtres aussi des ombrages ou des ombres, car elles représentent la résurrection et la gloire futures.

Troisièmement. C’est avec une grande impudence qu’il affirme que saint Paul ne parle pas de l’efficacité, mais seulement du mode de signification, car les mots n’est rien, ne vaut rien, éléments pauvres, infirme, inutiles, ne peuvent expier le péché, ces mots-là ne peuvent s’entendre que de l’efficacité. Enfin, saint Paul disputait avec les Juifs de l’efficacité et de la justification, non du mode de signification. Et les Juifs n’étaient pas assez sots pour ne pas comprendre que, quand ils croyaient dans le Messie, leurs sacrements signifiaient des choses futures. Et voilà pour le premier argument.

CHAPITRE 15

On prouve la même chose avec les pères et les anciens

Le premier est Philo (livre de la circoncision), où il expose toutes les causes de la circoncision, qu’il affirme avoir reçues des anciens. Il ne dit pas clairement, et il n’insinue pas obscurément qu’elle ait été instituée pour apporter un remède au péché. Joseph (livre 1, chapitre 12, des antiquités) ne donne pas d’autre cause de la circoncision que de distinguer les Juifs des non Juifs. Et pourtant, s’il fut jamais quelqu’un capable de savoir pour quelles raisons a été instituée la circoncision, c’étaient bien ceux-là, car ils étaient des hébreux, des hommes très instruits, et ils vécurent au temps où la loi était encore en vigueur.

Justin (dans son dialogue avec Tryphon (avant le milieu) dit : « Du fait qu’on ne pouvait pas circoncire les femmes, on en déduit que la circoncision a été donnée comme un signe, non comme une œuvre de justice. » Et dans presque tout le dialogue, il prouve que la circoncision ne justifie pas, mais n’a été donnée que pour distinguer un Juif d’un Goïm. Denys l’aréopagite (dans son livre sur la hiérarchie ecclésiastique, chapitre 5, partie 1), enseigne que l’église est à mi-chemin entre la synagogue et la patrie céleste, que la synagogue a eu des sacrements charnels, qui n’étaient que des ombres et des figures; et que la Jérusalem céleste avait la vérité à l’état pur, sans aucun signe corporel; et que, ayant des signes corporels et des dons célestes, notre église communique avec l’une et l’autre.

Saint Irénée (livre 4, chapitre 30) : « Dieu n’a pas donné la circoncision comme une pourvoyeuse de la justice, mais comme un signe, pour qu’on puisse connaitre la descendance d’Abraham. » Et plus bas : « Mais parce que, par ces choses, l’homme n’était pas justifié, car elles étaient données comme un signe au peuple, il montre que, sans la circoncision, Abraham a cru en Dieu, et que cette foi lui a été imputée à justice. » Voir la même chose au livre suivant, chapitres 28, 29, 32, 34. Origène (dans son livre 11 contre Celse), dit que les chrétiens ont eu raison de rejeter la circoncision, les sabbats, et autres choses semblables, parce qu’elles étaient charnelles et corporelles, et d’être passés à la loi spirituelle de Dieu. De même dans son homélie 3 sur le Genèse, où, expliquant le précepte de la circoncision, il oppose la circoncision charnelle des Juifs à la circoncision spirituelle des chrétiens. Et il veut que, entre nos sacrements et les leurs, il y ait une différence aussi grande qu’entre l’esprit et la chair.

Eusèbe de Césarée ( livre 1, chapitre 10, sur la démonstration évangélique, et dans le livre 1, chapitre 1 de l’histoire de l’église) enseigne pour quelles raisons des sacrements charnels ont été donnés aux premiers parents, comme des éléments et des ombres de choses spirituelles. Eusèbe d’Eumèse, ou quiconque est l’auteur de ces homélies, dit dans l’homélie sur le sabbat après le premier dimanche du carême : « Faisons ici trois tentes. » La première tente est celle de la synagogue, la seconde, celle de l’Église, la troisième, le ciel. La première a été dans l’ombre et dans la figure, la deuxième dans la vérité et la figure, et la troisième, dans la seule vérité. Dans la première, la voie est montrée, dans la seconde, elle est trouvée, dans la troisième, elle est possédée. Car les sacrements de l’église n’enseignent et ne montrent pas seulement un remède, comme ceux de la synagogue, mais ils sont plutôt eux-mêmes des remèdes, et la rémission des péchés. »

Saint Athanase (sermon sur : « tout m’a été livré par mon père » vers la fin), enseigne clairement que la circoncision ne fut rien d’autre qu’une ombre et une figure du baptême, lequel est la circoncision véritable et spirituelle. Épiphane (hérésie 8, qui est celle des épicuriens) écrit : « La circoncision fut quelque chose de charnel, qui a servi pour un temps, jusqu’à la grande circoncision, le baptême, qui nous circoncit de nos péchés. »

Saint Basile (livre sur le Saint-Esprit, chapitre 14) enseigne : « Celui qui compare la vérité à une ombre, et à des figures ce qui était représenté par des figures, s’efforce d’exalter la dispensation universelle de l’évangile. » Et, plus bas : « Pourquoi compares-tu des lavements avec des lavements, quand ces différents lavements n’ont en commun que le nom, et que les choses sont autant différentes qu’entre le songe et la vérité, les ombres ou les images et les choses qui existent réellement ? »

Saint Jean Chrysostome (homélie 27 sur la Genèse) : « Notez que Dieu a voulu que la circoncision soit statuée par une loi, non parce qu’elle pouvait quelque chose pour le salut de l’âme, mais pour que, en signe de gratitude, elle soit appliquée à tous les enfants d’Israël comme un signe et un sceau, et pour qu’il ne leur soit pas permis de se mêler aux autres nations. Voilà pourquoi saint Pau l’appelle un signe : « Et il donna le signe de la circoncision comme un sceau, car cette circoncision ne conduit pas au salut. » Voir les homélies 39 et 49 sur la Genèse, l’homélie sur la trahison de Judas, l’homélie 7 sur l’épitre aux Romains, et l’homélie 14, sur l’épitre aux Hébreux.

Enseignent la même chose saint Cyrille (livre X contre Julien, passé le milieu), Theodoret (question 67 sur le Genèse, et livre V11 sur les Grecs, saint Jean Damascène (livre 4, sur la foi, chapitre 10, 14 et 26), Theophylactus (chapitre 2 aux Romains), et Oecuménius (chapitre 1V aux Romains).

Chez les latins. Tertullien (dans son livre contre les Juifs, chapitre 1), écrit : « Puisque Dieu a fait Adam incirconcis, pourquoi, si la circoncision purge l’homme, ne l’a-t-il pas circoncis après sa faute, s’il est vraiment vrai que la circoncision purge ? » Et plus bas : « Dieu prévoyant que cette circoncision ne serait pas donnée pour le salut… » En les appelant charnels, et les nôtres spirituels, Il prouve également, avec les prophètes, que les sacrifices et les sacrements des Juifs ne justifiaient pas.

Saint Cyprien (livre 1, chapitre 8 contre les Juifs), oppose la circoncision charnelle à la circoncision spirituelle des chrétiens. Et il ajoute que Adam, Énoch, Noé, Job et Melchisédech furent des justes sans circoncision, « pace que, dit-il, le sceau de la semence n’est d’aucun profit. » Il dit la même chose (au livre 3, épitre 8 à Fidus.) « La circoncision charnelle, enseigne-t-il, une fois advenue la spirituelle, s’évanouit comme l’ombre devant la lumière ».

Saint Ambroise (épitre 72 à Irénée) : « La circoncision corporelle est un signe, la circoncision spirituelle est la vérité. L’une ampute un membre, l’autre les péchés » Il ajoute : « Il dit la même chose au chapitre 1V aux Romains : « La circoncision n’a donc aucune dignité, elle n’est qu’un signe ». « Ce signe, les fils d’Abraham l’acceptaient pour qu’on sache qu’ils sont les descendants de celui qui avait reçu ce signe à cause de sa foi en Dieu. Pour qu’ils soient croyants comme lui. » Voir le même livre 1 sur Abraham, chapitre 4, où il traite expressément de la circoncision, et le livre sur les sacrements (chapitre 4 et 6), et les livres d’initiation aux mystères (chapitres 8 et 9).

Saint Jérôme (chapitre 111 aux Galates) explique pourquoi la circoncision a été instituée, et, par aucun mot, il n’indique qu’elle l’a été comme un remède aux péchés : « Parce que c’est de la semence d’Abraham que le Christ devait venir, et que d’Abraham au Christ, beaucoup de siècles devaient s’écouler, Dieu pourvut à ce que les descendants bien-aimés d’Abraham ne se mêlent pas aux autres nations, et ne devienne plus reconnaissable sa famille. Il a donc marqué la nation israélite avec le cautère de la circoncision.

Pendant les quarante années de séjour dans le désert nul n’a été circoncis, parce qu’ils vivaient alors sans possibilité de métissage avec d’autres peuples. Mais, dès que le peuple eut franchi le Jourdain, la circoncision devint de nouveau nécessaire pour prévenir l’erreur du mélange avec les autres races. Que ce soit par Jésus (Josué) le second chef, que le peuple ait été circoncis, comme il est écrit, cela signifie qu’ avait cessée, dans le désert, la circoncision qui avait été imposée en Égypte; et que les croyants devaient être purifiés par la circoncision spirituelle dans un Messie qui porterait le nom de Jésus. De même, dans le chapitre 1 d’Isaïe, il dit que Dieu a rejeté les cérémonies judaïques, et s’est complu dans le lavage du baptême : « Qui seul, dit-il, peut purger les péchés. »

Enfin, saint Augustin dans le psaume 73, dit : « Les sacrements ne sont pas les mêmes, parce que autres sont les sacrements qui procurent le salut, et autres sont les sacrements qui promettent un Sauveur. Les sacrements du nouveau testament donnent le salut, et ceux de l’ancien testament promettaient un Sauveur »

Kemnitius et Calvin ne répondent qu’à ce texte. Kemnitius (dans l’examen, pages 59 et 60,) répond que saint Augustin parle des sacrements anciens qui n’avaient pas une promesse annexée, mais qui étaient de purs signes, selon la distinction faite par Luther. Mais cette réponse n’en est pas une, car saint Augustin parle en général des sacrements anciens, et surtout des sacrifices, et il dit qu’ils ont tous été changés, parce qu’ils ne donnaient pas la grâce.

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