Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 213)
Jean Wiclef (livre 4, chapitre 15 de sa trilogie), au témoignage de Thomas Waldensis (tomme 2 sur les sacrements, chapitre 109), affirme que le caractère sacramentel ne peut être prouvé ni par l’Écriture, ni par la raison. Et les hérétiques de notre époque enseignent tous la même chose. Le premier, Jean Calvin (dans la deuxième partie de son examen, pages 120 et suivantes), et Tilmann Heshusius (dans son livre sur les erreurs des pontifes, tit V.)
Les arguments de Kemnitius sont au nombre de trois. Le premier. Les Écritures et les pères font le silence sur ce caractère. Ce fut aussi l’argument de Calvin. Par ce que nous dirons, il se détruira de lui-même. Le deuxième. Même parmi les scolastiques, ce n’est pas une chose certaine. Cet argument, aussi, sera bientôt évanoui. Le troisième. Le premier auteur de ce caractère fut Innocent 111, qui décréta plusieurs mauvaises choses, parmi lesquelles, il vit à ce qu’Othon soit créé empereur, qu’il excommunia et déposa, par la suite.
Dans cet argument, il y a deux mensonges. Le premier. Que c’est Innocent 111 qui ait été le premier à excogiter un caractère. Ce qui est un grand mensonge, car le même pape Innocent 111, (au chapitre majores, sur le baptême) rapporte l’opinion de certains qui enseignaient que ceux qui étaient baptisés malgré eux ne recevaient que le caractère, comme ceux qui étaient baptisés fictivement. Il n’est donc pas le premier à avoir excogité le caractère.
Il dit ensuite que ce pontife fut un mauvais pape. Or, il fut l’un des pontifes les plus célèbres. Car, pour ne pas parler de ses livres sur le mépris du monde, de ses sermons et de ses épitres, tous les historiens le louent comme un pape excellent et très savant. Et sans parler de Italicus, Blondus, Platina et d’autres, écoutons seulement le témoignage de deux allemands. Albert Grantius, un allemand qui a écrit avant la contestation luthérienne, (livre 4, metropolis, chapitre 1) sans être poussé ni par la haine ni par l’amour : «Accéda au sacerdoce suprême le pape Innocent 111, qu’aucun siècle n’eut de pareil en doctrine, et en grandeur d’âme. »
Le même historien écrivit (7 choses de la Saxe, chapitre 37) qu’Othon fut un empereur rebelle à l’église, et que c’est pour cela qu’il ne réussit dans aucune de ses entreprises. Et qu’au moment de sa mort, il ressentit une telle douleur et une telle contrition de ce péché que, en signe de pénitence, il commanda à ses plus vils serviteurs de fouler son cou avec leurs pieds. Pénitence imposée non par le pape, mais par l’empereur lui-même.
L’abbé Uspergensis, allemand lui aussi, et qui vécut au temps d’Innocent 111, et qui n’était pas favorablement disposé à son égard, partisan qu’il était de l’empereur Philippe qui était opposé au pape, et le seul que Kemnitius cite contre Innocent 111, cet auteur parla du pape en toute vérité et justice. Car, en parlant de l’empereur Philippe, il dit qu’il n’est pas croyable que le pape ait préféré sa volonté propre à celle de Dieu, même si cet empereur était son adversaire. Ce qui veut dire que ce n’est pas par mauvaise volonté que le pape n’a pas favorisé Philippe, mais à cause de fausses rumeurs.
Et plus bas, en parlant de l’excommunication d’Othon, il dit qu’Othon, contre sa foi jurée, avait envahi le patrimoine de saint Pierre, et cherchait à l’usurper. Il ajoute ensuite que, pour le bien de la paix, le pape a voulu tolérer toutes les injustices, sans, malgré tout cela, parvenir à fléchir l’obstination d’Othon. Il dit, au même endroit, que le pape, comme un homme fort qui met sa confiance en Dieu, accomplit trois choses : la déposition d’Othon, une expédition pour venir en aide à la terre sainte, et un concile général œcuménique.
CHAPITRE 19
La sentence des catholiques sur le caractère
Nous allons présenter la sentence des catholiques par des propositions, qui nous fourniront une réponse aux questions qu’a touchées Kemnitius, et desquelles il dit qu’il n’y a rien de certain.
La première proposition. Par quelques sacrements, un signe spirituel est imprimé dans l’âme, que l’on appelle caractère. C’est la sentence de tous les catholiques (4 dist 6), et elle se trouve en toutes lettres dans les conciles généraux de Florence (instruction des arméniens), et de Trente (session 7, canon 9).
Il faut aussi noter que certains théologiens, comme Durand (4, dit, 4, quest 1) et Scot (dist 6, quest 9), ainsi que Gabriel (au même endroit, question 2) admettent un caractère, mais semblent dire certaines choses qui favorisent Kemnitius. Durand dit d’abord que le caractère n’est pas une chose distincte de l’âme dans la réalité, mais seulement selon la raison. Il dit cependant, au même endroit, qu’on ne doit pas nier l’existence d’un caractère, et que c’est ce que tous les théologiens enseignent. Le doute de Durand ne porte donc pas sur l’existence du caractère, mais sur sa nature.
Tous les autres théologiens soutiennent que le caractère est réellement distinct de l’âme. Scot doute des raisons utilisées pour prouver le caractère, et il soutient qu’on ne peut le prouver par aucun texte de l’Écriture ou des Pères. Mais, confiant dans l’autorité de l’Église, il ne doute pas qu’il est tout à fait certain qu’un caractère soit donné. Gabriel doute que l’Église ait défini une pareille chose, mais il ajoute, quand même, qu’il serait présomptueux de nier le caractère. Il dit deux fois cette dernière phrase à la fin de son premier doute.
Tous les autres enseignent, non seulement par l’autorité de l’église, mais aussi par celle de l’Écriture et des pères, qu’on peut démontrer l’existence du caractère sacramentel. Le seul débat qu’il y eux entre les scolastiques ne portait donc que sur la façon de prouver le caractère.
Le mot caractère les scolastiques le reçurent de saint Augustin, qui se sert souvent de ce mot. Les écrivains qui vinrent avant saint Augustin employaient le mot signe ou sceau, non caractère. Mais ils désignaient tous la même chose. Car, en grec, le mot caractère signifie une forme ou une figure. On trouve ce mot dans Hébreux 1, et dans le codex latin de l’apocalypse X111, même s’il ne se rapporte pas là aux sacrements, mais à d’autres choses.
La seconde proposition. Le caractère n’est pas une relation, mais une vraie qualité. Cette proposition est commune à tous, à l’exception de Scot et de Durand. Durand, en effet, au lieu cité, enseigne que le caractère est un être de raison. Cette sentence se distingue à peine de l’hérésie de notre temps, et semble avoir été expressément condamnée dans les conciles. On ne peut douter que s’il avait connu ces conciles, il aurait enseigné autrement.
Car, les hérétiques ne nient pas, et ne peuvent pas nier que, dans les ministres, il y ait une relation de raison qui n’existe pas dans ceux qui ne sont pas députés à ce ministère. On doit donc conclure que quand le concile de Trente anathématise ceux qui nient le caractère, il entend condamner une erreur, et condamne donc, sans l’ombre d’un doute, ceux qui nient le caractère réel.
Scot veut qu’il soit une relation réelle, mais il est certain que cela peut à peine se défendre, car, de l’avis de tous, le caractère est produit par l’action sacramentelle. Or, les relations ne sont pas produites, mais surgissent ensemble pour la production d’un fondement prochain. De plus, que serait donc le fondement de cette relation ? Serait-ce l’âme ? Le caractère, serait, alors, dans toutes les âmes. Serait-ce la foi ou la grâce ? Mais le caractère peut exister sans elles. Je sais que Scot a établi un certain genre de relation, qui rend possible l’action.
Je n’ai pas l’intention de disputer là-dessus plus longtemps, car il ne manque pas de théologiens qui ont très bien réfuté cette sentence de Scot. Le mot caractère ne signifie-t-il pas une autre chose qu’une relation ? En disant qu’un caractère est imprimé, que nous sommes consacrés par lui, marqués d’un signe, scellés, les pères nomment quelque chose de réellement existant. Le caractère est donc une qualité réelle, de laquelle provient la relation de similitude avec le Christ, auquel nous sommes configurés par le caractère.
La troisième proposition. Le caractère a trois fonctions. Il rend apte au culte divin, il configure au Christ, et distingue les chrétiens des autres. J’explique. La première fonction est de rendre apte au culte divin. Car, le caractère est une puissance spirituelle et surnaturelle, en partie active, et en partie passive. Trois sacrements seulement impriment un caractère : le baptême, la confirmation et l’ordre. Le caractère du baptême est une puissance passive, car il rend l’homme apte à recevoir tous les autres sacrements, et, sans lui, la réception d’aucun autre sacrement n’est ratifiée. Le caractère de l’ordre est une puissance active pour administrer les sacrements aux autres. Le caractère de la confirmation est passif et actif, car il rend, lui aussi, apte à recevoir les autres sacrements, et rend apte à professer la foi. Mais il semble être plus actif que passif le caractère de la confirmation, car, sans ce caractère, sont maintenus d’autres sacrements, ce qui ne serait pas si ce caractère était principalement passif comme celui du baptême.
Il faut quand même noter ici que cette puissance n’est pas physique, mais morale. Car, le caractère ne produit pas d’effet, mais on dit seulement qu’il opère car, partout où est ce caractère, Dieu est présent de par son pacte, et concourt à produire un effet surnaturel. Chose qu’il ne fait pas là où il n’y a pas de caractère.
La deuxième fonction provient de la première. Car, cette puissance dérive du Christ et est une sorte de participation au pouvoir du Christ, qui, en tant que grand prêtre, a tout pouvoir sur les sacrements. Voilà pourquoi le caractère nous configure au Christ, et nous rend plus semblables à lui que ceux qui n’ont pas ce caractère.
La troisième fonction procède de la deuxième. Le caractère, avons-nous dit, nous configure au Christ d’une manière toute spéciale. C’est de là que vient la distinction entre prêtres et laïcs, laïcs confirmés et laïcs non confirmés, baptisés et non baptisés. Et c’est ce qui nous fait comprendre pourquoi les théologiens disent que le caractère est le sacrement et la chose du sacrement, alors qu’un signe externe n’est qu’un sacrement, et la grâce, la seule chose signifiée. Car, le caractère est un effet du sacrement sensible, et c’est pour cela qu’on dit qu’il est la chose du sacrement. Et, il est en même temps le signe que l’homme est consacré à Dieu, et est un soldat du Christ; un signe aussi de la grâce qui, à moins qu’on y mette un obstacle, est présente ou sera présente.
La quatrième proposition. Le caractère sacramentel est seulement dans l’âme comme dans un sujet. Il est à noter que tous admettent que le caractère est dans l’âme par inhérence. L’accident n’est pas inhérent à un accident mais à une substance. Cependant, un accident peut être dans un autre de deux façons. La première. Parce que, grâce à lui, il est dans une substance. La seconde. Parce qu’il parfait l’opération d’un autre accident, comme on dit que la foi est dans l’intelligence, l’espérance et la charité dans la volonté.
C’est de cette façon que certains placent le caractère dans l’intelligence, comme s’il était nécessaire à la production des actes de l’intelligence. D’autres le placent dans la volonté, car ils pensent qu’il dispose à la charité, qui est dans la volonté. D’autre le placent dans la substance de l’âme, ce qui semble plus vrai, car le caractère n’est pas un habitus ou une puissance opérative. Voilà pourquoi les conciles de Florence et de Trente ont dit qu’il était « imprimé dans l’âme. »
La cinquième proposition. Le caractère est indélébile. C’est ce qui a été décrété par les conciles déjà cités, et qui est concédé par tous. La raison a posteriori est la suivante. Il est avéré que les sacrements qui impriment un caractère ne peuvent pas être répétés. A priori, on avance plusieurs raisons, mais la plus importante est que le caractère n’a rien qui lui soit contraire, et qu’il est dans un sujet incorruptible. Car, de par sa nature, il n’est pas comme l’habitus de foi ou des autres vertus, qui sont enlevés par des actes contraires, mais il est, selon certains, comme la puissance, ou, selon d’autres, comme une forme, ou comme une figure. Le caractère est aussi une certaine consécration de l’âme. Or, la consécration dure tant que dure la chose consacrée.
La sixième proposition. Trois sacrements seulement impriment un caractère : le baptême, la confirmation et l’ordre. Nous trouvons cela dans les conciles ci-haut cités, et tous le concèdent. La raison a posteriori a déjà été donnée. Il est difficile et peu nécessaire de donner une raison a priori. On a coutume de présenter la suivante. Dans ces trois sacrements l’homme reçoit un nouveau pouvoir et, par une nouvelle consécration, il est député à un nouveau ministère, et, en quelque sorte, change d’état. Et voilà pourquoi il reçoit un nouveau sceau.
Car, dans le baptême, l’homme passe du diable au Christ, est inscrit dans sa famille, et reçoit le pouvoir de participer aux sacrements, et aux autre bienfaits de l’église du Christ. Dans la confirmation, il est inscrit dans la milice du Christ, pour qu’il porte son étendard sur le front, reçoive la force et la puissance, pour lutter d’office contre les démons. Dans le sacrement de l’ordre, il est inscrit dans le nombre des chefs, et des préposés de sa milice, et il reçoit le pouvoir de distribuer tous les biens du Seigneur.
Dans les autres sacrements, ne se fait pas un changement de statut ou d’état; et le chrétien n’est pas député à un nouveau ministère. Il ne reçoit pas non plus une nouvelle puissance, mais est alimenté spirituellement, comme dans l’eucharistie, ou reçoit un médicament contre les maladies, et les blessures des péchés, comme dans le sacrement de pénitence, on il reçoit un antidote contre les restes des péchés, comme dans l’extrême onction, ou il reçoit un remède contre la concupiscence, comme dans le mariage.
La septième proposition. Ni la circoncision ni aucun autre sacrement de l’ancienne loi n’impriment un caractère dans l’âme. C’est ce qu’enseigne saint Thomas (3 part quest LX111, article 1.) Scot a pensé le contraire au sujet de la circoncision (4, dist 6, question 9, 1). Mais la sentence de saint Thomas est plus vraie. Car, c’est dans le corps que la circoncision imprimait un caractère, et c’est ainsi qu’elle était une figure du baptême qui imprime dans l’âme un caractère. De plus, un caractère est imprimé en nous pour recevoir ou administrer des œuvres surnaturelles.
Or, aucune œuvre des sacrements de l’ancienne loi n’étaient surnaturelle. C’est parce qu’il avait enseigné que la circoncision conférait la grâce par l’opération de l’œuvre (par l’œuvre opérée), que Scot attribua aussi à la circoncision l’impression d’un caractère. Or nous, qui enseignons que la circoncision n’a, de par elle-même, aucun pouvoir, nous devons, si nous voulons être conséquents avec nous-mêmes, lui nier le pouvoir d’imprimer un caractère spirituel.
La huitième proposition. Dans le Christ, aucun caractère ne fut créé. C’est ce qu’enseigne saint Thomas (3 par quest LX111, art 5). Et la raison qu’il en donne est que le caractère est une participation au sacerdoce du Christ; et qu’il n’est donc qu’en ceux qui ont le sacerdoce par participation. De même, marquer d’un caractère est le fait de brebis, d’esclaves, de soldats, de sujets, de tous ceux qui reçoivent une fonction d’un plus grand qu’eux. Or, le Christ, est le Pasteur, le Chef, le Seigneur.
De même le Christ ne reçoit aucun sacrement de la nouvelle loi, à part l’eucharistie. Il ne reçoit donc pas non plus leurs caractères. Enfin, nous avons besoin, nous, d’un caractère pour que Dieu, en vertu de son pacte, concoure avec nous dans nos actions sacramentelles. Mais le Christ n’a pas besoin que quelqu’un concoure avec lui en vertu d’un pacte, puisque, en tant que Dieu, il est la cause principale, et en tant qu’homme, la cause instrumentale conjointe. Car, il ne contracte aucun pacte avec lui-même.
CHAPITRE 20
On prouve le caractère par l’Écriture.
Il ne faut pas se surprendre que nous ne trouvions pas, dans l’Écriture, autant de témoignages sur le caractère que sur la grâce. Car la grâce est l’effet principal, et le caractère est un effet secondaire. De plus, la grâce est l’effet de tous les sacrements, le caractère de quelques-uns seulement. Ensuite, la vraie raison d’un sacrement peut exister sans le caractère. Et la connaissance de la grâce est plus importante que la connaissance du caractère. Ne manquent pas, quand même, les passages de l’Écriture où il est question du caractère, et surtout quand on y ajoute les commentaires des pères, et de l’Église, sans laquelle aucun dogme ecclésial ne peut être décrété.
Le premier témoignage est celui de Corinthiens 1 : « Le Dieu qui nous a oints, qui nous a signés, et nous a donné le gage de l’Esprit dans nos cœurs. » Ici, sont présentés trois effets du sacrement de confirmation, dans lequel nous sommes oints, signés tant intérieurement qu’extérieurement. Le premier : l’onction, qui sans aucun doute, est donnée par la grâce qui fait un reconnaissant. Car, comme l’huile guérit les maladies, rend robustes les membres, éclaire et console, c’est ce que la grâce fait en justifiant.
Le deuxième. Elle est un signe, une contresignature ou un cachet, par laquelle nous nous consacrons à Dieu, et nous nous députons à son culte. Par quoi nous entendons le caractère que les pères appellent souvent signe ou sceau. Le troisième : le gage de l’Esprit, c’est-à-dire le témoignage d’une bonne conscience, qui suit la justification, et qui est comme les arrhes de la future gloire. Car rien sur la terre n’est plus agréable que le témoignage d’une bonne conscience. C’est la paix qui surpasse tout sentiment.
On ne peut pas répondre que par signe, on entend le sacrement externe lui-même, par lequel sont contresignées les promesses, comme le veulent les adversaires. Parce que saint Paul parle de la contresignature du cœur, non du corps, comme d’une action interne et d’un témoignage interne. Et aussi parce que saint Paul dit que c’est nous qui sommes contresignés, non les promesses. Car, saint Paul parle de la même façon du signe et de l’onction. Voir saint Ambroise (livre 1, chapitre 6 sur le Saint-Esprit) Haymon et Theodoret sur ce passage.)
Le second texte est des Éphésiens 1 : « Dans lequel croyant vous aussi, vous avez été signés par l’Esprit saint de la promesse, c’est-à-dire les arrhes de l’hérédité. » Il est à noter que, en grec, le mot « croyant » est au passé défini, c’est-à-dire, après qu’ils eurent cru. Ce qui nous fait comprendre qu’il parle du baptême qui est donné après la foi. Et, il dit que, dans le baptême, est donnée une contresignature par la vertu de l’Esprit Saint. Et c’est du sceau reçu dans le baptême que l’entendent les pères latins et grecs, comme saint Jean Chrysostome, Theophylactus, saint Jérôme, Haymo, Bède, Anselme, et les autres. On ne peut pas, non plus, dire qu’il s’agit ici de la contresignature des promesses pour exciter la foi, puisque que c’est, après la foi, qu’est donnée cette marque ou ce signe.
Le troisième texte est des Éphésiens 1V : « Ne contristez pas le Saint-Esprit de Dieu, dans lequel vous avez été signés au jour de la rédemption. » Par jour de la rédemption, il entend manifestement le jour de la régénération par le baptême, comme Aymo et Oecumenius l’interprètent. Il ne faut pas se laisser troubler par l’emploi des cas faits par saint Paul : un accusatif (in diem) au lieu d’un datif (ei). Nous en avons un autre exemple : il me sauvera dans son royaume céleste : in regnum (accusatif) au lieu de in regno (ablatif).
Dans son commentaire de ce texte, Calvin voit dans tout cela une contresignature des promesses que Dieu fait dans les cœurs, pour confirmer davantage la foi. Mais cela répugne à la façon de parler de l’apôtre qui dit toujours ne pas être contresigné. Car, ce serait s’exprimer de façon impropre et inusitée de dire qu’un homme est contresigné du fait que les promesses faites à cet homme ont été contresignées.
À ces choses s’ajoutent les figures et les prophéties de l’ancien testament. Car, au consentement de tous, la circoncision a été une figure du baptême. Or, la circoncision ne faisait pas que couper la chair, par quoi était signifiée la justification du péché, mais elle laissait aussi dans le corps la marque du cautère par laquelle les Juifs étaient distingués des autres peuples. Cette marque laissée par l’opération, si elle signifiait quelque chose, signifiait certainement le caractère, que les chrétiens ont, gravé dans leur âme, et qui les distinguent des non chrétiens.
La prophétie. Isaïe LXV1 dit, en parlant de la vocation des Gentils : « Toutes les nations et toutes les langues viendront, et verront ma gloire, et je placerai en eux un signe. » Bien que par ce signe on puisse entendre le signe de la croix, ou un autre signe, rien ne nous empêche d’y voir le caractère. Surtout quand nous entendons Paul parler d’un signe spirituel interne, et parce qu’on doit expliquer l’Écriture par l’Écriture, quand la chose est possible.
Quelques-uns ajoutent une autre figure (Exode X11), où sont signés les ambages et les linteaux avec le sang de l’agneau. Et la prophétie d’Ézéchiel 1X « Le signe du tau sur le front de ceux qui se lamentent et gémissent. » Mais ces textes sont hors de propos, car les pères y ont vu le signe de la croix, qui est marqué sur le front. Ézéchiel, en effet, parle du front, et le linteau, qui est dans la porte de quelqu’un, signifie la même chose que le front de l’homme.