Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 214)
Voilà pourquoi, même dans l’Apocalypse, où se trouve une contresignature semblable, le front est aussi nommé : « jusqu’à ce que nous signions les serviteurs de notre Dieu, sur leurs fronts ». Et, de plus, dans les deux textes, ont dit que tous ceux qui ont été signés ont été sauvés. Ce qui ne convient certes pas au caractère, car seront damnés beaucoup de ceux qui ont reçu le caractère; et seront sauvés beaucoup de ceux qui ne l’ont pas reçu.
Mais seront tous sauvés ceux qui sont signés du sang de la croix du Christ, c’est-à-dire, tous ceux auxquels seront appliqués les mérites du crucifié, dont la figure est le signe de la croix. Et personne ne se sauvera sans que ne lui soit appliqué ces mérites. Voir saint Cyprien, (traité contre Démétrianus), saint Jérôme (Ezéchiel, chapitre 1X), et Gaudentium (traité 5 sur l’Exode. »
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CHAPITRE 21
On prouve la même chose avec les pères.
Denys l’aréopagite (livre sur la hiérarchie ecclésiale, chapitre 2, partie 1,) dit que « le baptême donne une forme à l’homme, qui le rend capable de recevoir les autres sacrements ». Cette forme nous l’appelons, nous, caractère. Au paragraphe 3, il dit la même chose en parlant de celui qui est baptisé : « Celui-là la divine majesté l’admet en communauté de biens avec elle, et lui donne sa lumière comme un signe. »
Cyrille de Jérusalem (dans la préface de sa catéchèse), décrivant le baptême par son effet, l’appelle régénération, rémission des péchés, sceau saint et indélébile. » De même, dans la catéchèse 4 : « L’Esprit-Saint, dit-il, au temps du baptême, a contresigné ton âme. » Et, dans la catéchèse 16, il dit : « Celui-ci, jusqu’à aujourd’hui, contresigne les âmes dans le baptême. » Voir aussi la catéchèse 17.
Saint Basile (dans le sermon 13, qui est une exhortation sur le baptême), dit : « Dieu donne des tessères à ceux qui militent sous lui. » Et plus bas : « Un trésor non contresigné est facilement pillé par les voleurs : une brebis non signée contre le péril succombe aux embuches. » Et, définissant, plus bas, le baptême par ses effets, il l’appelle « le sceau inviolable. »
Saint Grégoire de Naziance (dans son serment sur le saint lavement) dit, lui aussi, que le baptême est un sceau qui conserve les fidèles, et qui fait connaitre que nous la sommes la possession de Dieu. Saint Jean Chrysostome (homélie 2 sur l’épitre aux Éphésiens) : « Il nous a marqués du caractère du Saint-Esprit. » Et, plus bas : « Sont signés aussi les Israélites, mais par la marque de la circoncision, comme des bêtes. Nous, nous sommes signés comme des fils, par le Saint-Esprit. » Et, dans l’homélie 14, il dit que « nous sommes signés comme le troupeau du Seigneur ».
Épiphane (hérésie 8, qui est celle des Épicuriens), après avoir dit que la circoncision était un retranchement charnel, et un sceau charnel, il ajoute, en parlant du baptême : « Il nous circoncit des péchés, et il contresigne au nom de Dieu. » Et, à l’hérésie 30, il appelle le baptême « le sceau du Christ. » Saint Ambroise (livre 1 sur le Saint-Esprit, chapitre 6) : « Nous sommes signés par l’Esprit, pour que nous puissions tenir sa splendeur, son image et sa grâce. » Il dit aussi à ceux qui sont initiés aux mystères (chapitre 7) : « Répète que tu as reçu un sceau spirituel. »
Saint Augustin (livre 6, chapitre 1 sur le baptême) dit que cela a été approuvé dans un concile général : « C’est une chose assez connue par les pasteurs de l’Église catholique répandue dans tout l’univers, grâce auxquels la coutume originelle a été confirmée par l’autorité d’un concile plénier, qui avait accueilli la brebis qui errait à l’extérieur, laquelle avait reçu le caractère dominical par ses faux ravisseurs. Elle a été corrigée de l’erreur en venant au salut chrétien de l’unité, a été libérée de la captivité a guéri de ses blessures, mais a vu son caractère dominical approuvé plutôt que réprouvé. »
Voir aussi les épitres 23, 50 et 240, les traits 5 et 6 sur saint Jean, le livre deux, chapitre 13 contre l’épitre de Parminius, le livre 2, chapitre ultime contre les lettres de Petilianus, livre 1, chapitre 30 contre Cresconius, le traité 5 sur l’épitre de saint Jean. Voir aussi Theodoret (chapitres 1 et 2 aux Corinthiens), Haymon, Primasius, Anselme, Theophylactus, Oecumenius (dans 1 et 4 aux Éphésiens), et saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10, sur la foi).
Tout ce qu’ils peuvent répondre à ces textes c’est que les pères n’ont appelé ce dont nous parlons ni caractère, ni sceau, mais un symbole externe. Car saint Augustin (dans son sermon de ce qui s’était passé avec Émérite), dit trois choses qui semblent favoriser cette opinion. Il dit d’abord que le caractère est connu de l’extérieur, et que c’est après avoir été reconnu, qu’il est approuvé. Il dit ensuite que si Donat avait baptisé au nom de Donat, il aurait imprimé le caractère de Donat. Or, il est certain que le caractère de Donat ne peut se graver dans l’âme. Il dit, en troisième lieu, que le caractère est l’invocation de la Trinité qui se fait dans le baptême : « Je prêtre attention à la foi dans le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est le caractère de mon empereur. Il avait prescrit à ses soldats, ou plutôt à ses compagnons qu’il avait réunis dans ses camps, d’imprimer en eux ce caractère, en disant : allez, baptisez les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Je réponds que, chez saint Augustin et les autres pères, le caractère ne peut pas être un symbole ou un sacrement externe. Car, d’abord, les pères, comme saint Cyrille, disent que ce sceau est dans l’âme, non dans le corps. Ou qu’il est spirituel, comme saint Ambroise, ou qu’ils opposent au cautère de la circoncision, qui était dans le corps, comme Épiphane et saint Jean Chrysostome. Ils disent, enfin, qu’il est une sorte de consécration, comme saint Augustin (livre 2, chapitre 13, contre l’épitre de Parmenius). Et il est certain que, au sens propre, c’est l’âme qui est consacrée, non le corps, selon Tertullien (livre de la résurrection de la chair) : « La chair est ointe pour que l’âme soit consacrée. »
Ils disent ensuite « inhérer et demeurer », ce qui ne convient pas à un symbole externe qui ne demeure que quand il advient. Saint Augustin (livre 2, chapitre 13, contre l’épitre de Parmenius) : « Les sacrements chrétiens ne sont pas moins inhérents que les notes corporelles, car on voit que les apostats eux-mêmes n’en sont point privés. Et ils ne sont pas restitués à ceux qui viennent à résipiscence, car ils ne peuvent pas être perdus. » Les autres pères enseignent la même chose quand ils disent qu’il est un sceau indélébile, (saint Cyrille, saint Grégoire de Naziance).
En ce qui a trait aux citations de saint Augustin, où il dit que le caractère est enfoncé, imprimé, gravé, tous ces mots ne cadrent pas avec une action transitoire. Troisièmement, si les mots caractère ou sceau signifiaient des symboles externes, tous les sacrements imprimeraient un caractère. Car, tous, selon eux, sont des symboles externes contresignant une promesse. Pourquoi donc aucun père n’a jamais dit que par l’eucharistie était imprimé un caractère ?
Et aux autres passages de saint Augustin allégués, je réponds que le caractère peut être vu à l’extérieur et connu, non en lui-même, mais dans sa cause. Car, quand nous savons qu’un tel a été validement baptisé, nous savons en même temps que lui a été imprimé un caractère, parce que c’est un effet qui suit toujours et nécessairement la cause. Et cela est assez évident, car un acte externe, nous ne le voyons plus après qu’il ait passé. Voilà pourquoi saint Augustin n’aurait pas pu dire qu’un symbole externe a été vu et reconnu, quand viennent à l’église ceux qui ont été baptisés par des hérétiques.
Et au sujet du caractère de Donat, je dis que saint Augustin parle par hypothèse. Car, il veut dire que si Donat pouvait conférer le sacrement en son nom, il imprimerait son propre caractère. Or, saint Augustin n’était pas sans savoir qu’un baptême au nom de Donat ne pouvait en aucune façon être conféré, et ne pouvait en aucune façon imprimer un caractère dans l’âme; qu’il n’était pas non plus un sacrement externe.
Au dernier, je dis que l’invocation de la trinité et tout le symbole externe peuvent être appelés caractère, non imprimé, mais imprimant. Car, comme la même image est dans le sceau et dans la cire, l’image du sceau étant un caractère imprimant, et dans la cire un caractère imprimé, de la même façon, le sacrement externe et surtout la forme du sacrement est un caractère imprimant. Et, après sa réception, par la vertu et l’impression du sacrement, suit bientôt un caractère dans l’âme.
CHAPITRE 22
On montre la même chose par la raison
On tire la première raison de la libéralité divine et de la coutume. Car Dieu diffère en ceci des hommes que quand les hommes confient à des hommes une tâche, ils ne leur communiquent aucune vertu interne qui les rende apte à s’en acquitter. Et, quand ils aiment quelqu’un, ils ne le rendent ni bon ni beau, mais l’aiment comme il est. Et quand ils veulent être aimés par les autres, ou gagner leur confiance, ils ne leur communiquent pas une vertu interne qui les fasse aimer et estimer et approuver. Mais, quand il aime, Dieu rend bon et beau en aimant, en infusant sa grâce. Et quand il veut qu’on croie en lui, qu’on espère en lui et qu’on l’aime, il infuse les habitus de foi, d’espérance et de charité.
Il est donc crédible que quand Dieu députe ou consacre quelqu’un pour donner ou recevoir les sacrements, ou pour exercer un ministère, il ne le fait pas par une simple députation, comme le font les êtres humains, mais en infusant certaines qualités qui les rendent aptes, idoines à tel office ou ministère. Or, ces qualités nous les appelons caractères.
La deuxième raison. De l’avis de tous, sauf des anabaptistes, le baptême confère quelque chose de sacramental, même s’il est donné ou reçu sans la foi, tandis que, sans la foi, l’eucharistie et l’absolution ne confèrent absolument rien. Le baptême a donc un autre effet sacramental en plus de la grâce. On peut utiliser le même argument pour la confirmation et l’ordre.
On prouve l’antécédent. Celui qui est baptisé par les infidèles, tout en communiant dans leur infidélité, on dit qu’il est baptisé, et vraiment baptisé, si on a employé les rites et les mots avec l’intention (de faire ce que fait l’église.) Les luthériens et les calvinistes ne nient pas cela. Mais celui qui est absous sans la foi n’est pas vraiment absous; et celui qui communie sans la foi, ne communie pas vraiment au corps du Seigneur, selon Calvin. Et, selon les catholiques, il reçoit vraiment, dans la bouche, le vrai corps du Seigneur, mais, dans l’âme, il ne reçoit rien d’autre qu’un péché.
Demeure donc, dans le baptême, un effet sacramentel qui n’est pas la grâce, puisque, sans la foi, la grâce n’est pas donnée; qui n’est pas non plus l’action extérieure, car, cette action on la trouve aussi dans l’eucharistie et dans l’absolution. C’est donc quelque chose de permanent dans l’âme, et c’est cette chose-là que nous appelons caractère. S’il n’en est pas ainsi, que les adversaires expliquent donc pourquoi, sans la foi, un homme est baptisé; mais n’est pas absous, sans la foi, ou ne communie pas pieusement et efficacement au corps du Seigneur, sans la foi. Et c’est ce que fut l’ancienne question des donatistes qui pensaient pas que le baptême n’avait pas d’autre effet que de donner la grâce; et qui le croyaient invalide quand il était reçu sans la foi.
La troisième raison. Le baptême, la confirmation et l’ordre ne peuvent pas être répétés s’ils ont été correctement conférés. Mais, comme tous le savent, on peut répéter les sacrements d’eucharistie et de pénitence. On ne peut pas trouver d’autre raison pour expliquer cette dichotomie que le caractère. Il est donc nécessaire d’affirmer que certains sacrements impriment un caractère.
La majeure est reçue par tous, même par les hérétiques de notre temps, sauf par les anabaptistes. On prouve la mineure ainsi. Si on admet un caractère, la raison de cette différence est évidente. En effet, certains sacrements ne peuvent pas être répétés, parce que, après avoir été donnés une fois, ils demeurent dans leur effet. Les autres sont répétés parce qu’ils ne demeurent ni en eux-mêmes, ni en leur effet. Car, la grâce, qui est le seul effet des autres sacrements, peut facilement être perdue, et est souvent perdue. De plus, même si elle n’est pas perdue, elle peut être augmentée, et le sacrement est donc répété pour augmenter la grâce. Mais le caractère ne peut pas être augmenté par la répétition du même sacrement.
Ajoutons que la grâce n’est pas le sacrement, mais son effet seulement. Mais le caractère est le sacrement et l’effet du sacrement. Cette raison montre donc clairement pourquoi certains sacrements sont répétés et d’autres non, comme les conciles de Florence et de Trente l’enseignent. Si on n’accepte pas cette raison, on ne pourra pas en trouver d’autre de valable. Ce que je vais montrer en réfutant les objections de Calvin et de Kemnitius.
Calvin (livre 4, chapitre 18, verset 19), dit que le baptême ne peut pas être répété parce qu’il est l’entrée dans l’église, et une initiation à la foi. Comme il n’y a qu’un seul Dieu en lequel nous croyons, et une seule église, dans laquelle nous entrons, il n’y a aussi qu’un seul baptême. Mais cette raison n’est pas solide. D’abord, parce que ceux qui sont baptisés par les hérétiques tout en croyant comme eux, n’entrent pas dans l’église, et ne sont pas, non plus, initiés à la foi, puisque, chez les hérétiques, il n’y a ni église, ni foi. Deuxièmement. Ceux qui sont baptisés dans l’église catholique et qui, par la suite, s’en séparent dans l’hérésie ou l’apostasie, doivent, s’ils veulent être sauvés, entrer de nouveau dans l’église, et être initiés à la foi. Pourquoi donc ne peuvent-ils pas être de nouveau baptisés ?
Voilà pourquoi la raison donnée par Calvin prouverait quelque chose si un baptisé ne pouvait ni sortir de l’Église, ni perdre la foi. Ce qui est faux, comme on le constate. Troisièmement. On n’entre pas moins dans l’église et on n’est pas moins initié à la foi par la parole que par le baptême. Or, la parole peut être répétée pour fortifier davantage notre foi et pour nous faire adhérer plus fortement à l’Église. Pourquoi, alors, ne pourrait-on pas répéter le baptême ? Quatrièmement. L’ordination n’est ni une initiation à la foi ni une entrée dans l’église, mais elle ne peut quand même pas être réitérée, comme saint Augustin l’enseigne (livre, 1, chapitre 1 sur le baptême.)
Kemnitius (2 par examen pag 133) fournit une raison non en son nom, mais au nom de Gabriel. Pourquoi certains sacrements peuvent être réitérés et d’autres pas, la cause en est l’institution divine. Mais cette raison ne vaut pas grand-chose. Car, sans une raison majeure, Dieu n’interdirait pas qu’un sacrement si utile soit répété. Et ceux qui ne peuvent pas donner de raison pour laquelle Dieu a fait cette interdiction, c’est avec une grande témérité qu’ils disent que Dieu l’a prohibé. Car, d’où savent-ils que Dieu a fait cette prohibition ? Cela, l’écriture ne le dit certes pas. Mais si tu te réfugies auprès des pères et de la tradition des conciles, tu constateras qu’ils enseignent que Dieu n’a pas voulu que certains sacrements soient réitérés, parce qu’ils impriment un caractère.
Le même Kemnitius (page 136), nous renvoie à un autre endroit où il s’engage à donner de solides raisons tirées des saintes lettres (pages 238, 239, 240 de l’examen du canon 11 sur le baptême). Il donne quatre raisons qu’il ne considère pas très solides, et quatre autres, qu’il dit être très solides. La première des causes non solides : parce que le baptême signifie la mort du Christ. Or, le Christ n’est mort qu’une seule fois. Cette raison ne vaut rien, parce que l’eucharistie signifie aussi la mort du Christ (1 Corinth 11), et peut quand même est répétée. Tous les sacrifices des Juifs signifiaient aussi la mort du Christ, mais ils étaient fréquemment répétés. On dira que ce ne sont pas des choses semblables, car, par le baptême, nous mourons avec le Christ : nous mourons en effet au péché, comme il est mort corporellement.
Je réponds. La force de l’argument de Kemnitius vient de ce que la mort du Christ, qui n’arriva qu’une seule fois, est représentée par le baptême, ou par le fait que nous mourons au péché. Si c’est la première explication, elle ne prouve rien, car ce qui a été une fois peut être souvent représenté, comme on le voit dans les pièces de théâtre où on représente des choses qui sont arrivées une seule fois. Et d’ailleurs, c’est par accident que nous mourons dans le baptême.
Si c’est la seconde explication, elle ne conclut rien, elle non plus, parce que le même peut, plusieurs fois, mourir avec le Christ, quand il pèche plusieurs fois, et se repent plusieurs fois de ses péchés. De plus, l’ordination n’est pas une représentation de la mort du Christ, mais elle ne peut quand même pas être répétée. La représentation de la mort du Christ n’est donc pas la vraie raison prohibant la réitération de certains sacrements.
La deuxième raison non solide se trouve dans Jean X111 : « Celui qui est pur n’a besoin que d’un lavement de pieds, car il est entièrement pur ». Ce texte est hors de propos, car il parle de celui qui est vraiment pur. Donc, celui qui, après le baptême, est redevenu impur, ce n’est pas ce texte qui lui interdit d’être baptisé de nouveau. La troisième raison non solide. Il est dit dans Hébreux 1V : « Il est impossible à ceux qui ont été illuminés une fois d’être rappelés de nouveau à la pénitence. » Où, par illumination, il entend le baptême. Cette raison ne vaut pas non plus, car saint Paul parle de ceux qui, après avoir été une fois illuminés et rénovés, c’est-à-dire justifiés, (comme le démontrent les mots : rappelés de nouveau). Pourquoi n’auraient-ils pas pu être au moins baptisés une seconde fois ceux qui dans le premier baptême n’ont pas été justifiés ?
La quatrième raison non solide. Il est dit dans Éphésiens 1V : « Un seul baptême. » Cette raison n’est, en effet, pas solide. On dit un seul baptême parce que seul le baptême du Christ est salutaire, et qu’il est célébré par un rite certain. On dit aussi un seul pain pour l’eucharistie (1 Cor X11), et pourtant on répète la réception de l’eucharistie, et la profession de foi. Et, si quelqu’un perd la foi, il doit la retrouver de nouveau, mais il ne peut pas recevoir le baptême de nouveau.
La première raison très solide. Parce que, dans le baptême, Dieu a contracté un pacte perpétuel avec nous. Car, Dieu ne suit pas la règle vulgaire selon laquelle quand la foi jurée de l’un est trahie, la foi jurée de l’autre l’est aussi. Dieu, en effet, conserve toujours son pacte, même si nous sommes infidèles. Romains 111 : « Leur infidélité évacuera-t-elle la fidélité de Dieu ? » Voilà pourquoi, quand nous péchons après le baptême, il n’est nul besoin d’un nouveau pacte. Il suffit de recourir à celui qui a été contracté une fois pour toutes dans le baptême.
Cette raison est moins solide que les précédentes. Car, d’abord, en Hébreux V1, saint Paul nie que l’homme qui pêche puisse revenir au pacte du baptême. Car il ne dit pas qu’il est impossible d’être baptisé de nouveau, mais : « il est impossible d’être rappelé de nouveau ». C’est-à-dire, que l’homme ne peut plus avec la même facilité que dans le baptême revenir à l’amitié de Dieu, et à la rémission de la faute et de la peine. Il a besoin d’une pénitence laborieuse, faite de jeûnes et de larmes. Il a donc besoin d’un autre pacte plus sévère que ne l’était le premier.
Deuxièmement. Quand quelqu’un est baptisé sans la foi, Dieu ne fait aucun pacte avec lui, car un pacte se fait entre deux personnes consentantes. Voilà pourquoi Kemtnitius lui-même dit que, par le baptême, la grâce est non seulement offerte, mais procurée, appliquée, et donnée. Or, il est certain qu’elle n’est ni appliquée ni donnée à qui ne croit pas. Pour cette raison, pourraient être rebaptisés au moins ceux qui ont reçu le baptême sans la foi, ce qui est faux, comme ils le concèdent eux-mêmes. Troisièmement. Comme le baptême est un pacte, la parole de Dieu en est un aussi, et surtout pour nos adversaires, qui disent que, dans la justification, la parole et le sacrement se comportent de la même façon. Or, la parole est répétée à chaque jour.
Quatrièmement. Il est faut que le pacte de Dieu soit perpétuel pour celui qui perd la foi en Dieu, de façon à ce que la promesse doive être conservée quelle que soit la façon dont se comporte celui à qui elle a été faite. Car, les promesses de Dieu sont conditionnelles. Dans le baptême, en effet, il promet qu’il sera pour nous un père et un époux, si nous persévérons à être des fils et des épouses. Jérémie XV111 : « Je parle subitement contre une nation et contre un royaume, pour l’éradiquer, le détruire, le disperser. Si cette nation fait pénitence de son mal, je ferai moi aussi pénitence de ce que j’avais pensé lui faire. Et je parlerai subitement de cette nation et de ce royaume pour l’édifier et le planter. S’il fait mal sous mes yeux, je ferai pénitence du bien que j’ai dit que je leur ferais. »
Et ce que Kemnitius tire des Romains (est-ce que leur infidélité évacuera la fidélité de Dieu ?) doit s’entendre des promesses absolues, comme était l’envoi d’un Messie rédempteur. Mais, dans le baptême, ce genre de promesse n’existe pas. Car, elle dépend de la foi du récipiendaire, comme eux-mêmes l’enseignent. Elle n’est donc pas absolue, mais conditionnelle.
La seconde raison très solide. Du baptême, il n’a jamais été dit qu’il pouvait être répété. D’autres sacrements il a été dit, comme l’eucharistie : « toutes les fois que… » Et du sacrement de pénitence : « Je ne te dis pas sept fois, mais soixante fois sept fois. » Mais cette raison ne vaut pas, non plus, grand-chose. Omettons d’abord que ce passage de saint Matthieu ne s’entend pas du sacrement de pénitence, mais du pardon des injures, et répondons-lui ce qu’a répondu Luther à Carolstad, (dans le livre contre les prophètes célestes) : il n’est pas écrit qu’il fallait répéter le baptême, mais il n’est pas écrit non plus qu’il ne faut pas le répéter.
Et saint Augustin (livre 7, chapitre 4 sur la trinité), dit sur le nom trois personnes : « Nous disons qu’il y a en Dieu trois personnes, non parce que l’Écriture le dit, mais parce qu’elle ne le contredit pas. » De la même façon, nous pourrions rebaptiser, nous, non parce que l’Écriture le dit, mais parce qu’elle ne dit pas le contraire, d’autant plus que le baptême est une chose bonne et très utile, s’il n’y avait pas un danger de sacrilège, à cause du caractère déjà imprimé.
La troisième raison est des plus faibles Nous n’avons pas d’exemple de re baptême dans l’Écriture , et la circoncision qui était une figure du baptême, n’était reçue qu’une fois. Cette raison ressemble à la précédente. Car, dans toute l’Écriture, nous n’avons aucun exemple d’une interdiction de réitérer le baptême. Nous avons même, selon les adversaires, un exemple d’anabaptisme. Car, dans les actes X1X, Paul a ordonné de baptiser ceux qui avaient été baptisés par saint Jean-Baptiste. Or, selon tous les luthériens, et selon Kemnitius lui-même, le baptême de saint Jean avait la même efficacité que celui de Jésus. Si donc un exemple est la seule chose qu’il nous faut, il faudrait donc rebaptiser.
Les adversaires devraient donc ouvrir les yeux, et comprendre qu’on a pu rebaptiser après le baptême de saint Jean le Baptiste parce qu’il n’avait pas, dans l’âme, un effet indélébile, comme l’a le baptême du Christ. Si nous regardions les exemples des pères, les luthériens devraient absolument rebaptiser. Car, saint Cyprien, et quelques autres évêques carthaginois, et quelques autres en Asie, rebaptisaient. Il a résisté aux décisions de l’église romaine qui interdisait de rebaptiser.(Eusèbe, livre V11, histoire) Pourquoi donc les adversaires, dans cette question, ne suivent-ils pas ces pères africains et asiatiques, plutôt que l’église romaine, comme ils ont coutume de faire dans toutes les autres choses ? Et ce que Kemnitius raconte de la circoncision est en notre faveur. Car, la circoncision n’était pas répétée parce qu’elle imprimait dans la chair un caractère indélébile.
La quatrième raison ne vaut rien du tout. Par le baptême, nous naissons spirituellement. Il n’y a qu’une nativité spirituelle, et une seule nativité corporelle. Voilà pourquoi Nicodème disait à Jésus (Jean 111): « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » Il portait un jugement vrai sur la nativité corporelle. Cette raison, Kemnitius l’a volée chez les catholiques. Car saint Thomas l’a semble parler ainsi (3 par q LXV1, art 9). Mais la différence entre les catholiques et Kemnitiius consiste en ceci : les catholiques s’en servent comme de quelque chose qui convient. Et, ils notent en même temps la véritable cause qui est l’impression d’un caractère, comme l’ont bien enseigné les conciles de Florence et de Trente. Mais, après avoir éliminé la vraie cause, Kemnitius saute sur cette congruité, comme s’il s’agissait d’une raison très solide.