Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 215)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Je montrerai donc que cette raison n’est pas solide. Car, d’abord, l’homme, comme le concèdent les adversaires, est engendré spirituellement non seulement par le baptême, mais par la foi et la parole de Dieu. Comme on le voit dans Paul (1 Corinthiens 1V) : « Je vous ai engendrés par l’évangile. » Et pourtant, on répète souvent les actes de foi et les sermons. De plus, même la génération corporelle est naturellement une seulement, cependant, surnaturellement parlant, elle peut être répétée; et, dans la résurrection, c’est la même chose qui est répétée, que le Seigneur appelle régénération (Matth 19). Or, puisque le baptême est une régénération spirituelle, qu’est-ce qui peut bien empêcher qu’il soit réitéré.

Troisièmement. Même si la régénération corporelle ne peut en aucune façon être répétée, la génération spirituelle ne lui est pas en tout point semblable. Car, comme la mort corporelle est unique, de même aussi la nativité corporelle. Or, la mort spirituelle est multiple. Pourquoi donc la génération spirituelle ne pourrait-elle pas être multiple ? Quatrièmement. L’ordination n’est pas une génération, mais ne peut quand même pas être répétée. Enfin, ceux qui, sans la foi, sont baptisés ne sont pas vraiment régénérés, mais ne peuvent pourtant pas être rebaptisés. À l’inverse, ceux qui, sans le baptême, sont régénérés par la foi, pas la contrition et par le désir du baptême, peuvent néanmoins être baptisés après, (Corneille, acte X). Ce n’est donc pas la raison.

CONTROVERSE 5

DU NOMBRE ET DE L’ORDRE DES SACREMENTS

La cinquième controverse qui porte sur le nombre des sacrements comprend cinq parties. La première. Les sentences des hérétiques. La deuxième. Nous prouverons la vérité de la doctrine de l’église catholique sur les sacrements. La troisième. Nous réfuterons les arguments des adversaires. La quatrième. Nous ajoutons quelque chose, par mode d’appendice, sur l’ordre des sacrements.

CHAPITRE 23

Ce que les hérétiques pensent sur le nombre des sacrements

Les hérétiques diffèrent entre eux sur le nombre des sacrements. C’est Luther qui leur a tracé la voie à tous dans son livre sur la captivité de Babylone. Car, dans ce livre, paru en 1520, il enseigne beaucoup de choses. Au début du livre, il affirme qu’il n’y a qu’un seul sacrement, s’il nous faut parler selon la façon dont s’exprime l’Écriture. Au même endroit, cependant, il soutient qu’on doit nier qu’il y ait sept sacrements, et que, pour le moment, on ne doit en admettre que trois : le baptême, le pain et la pénitence. Au milieu du livre, au chapitre de la confirmation, il déclare qu’il ne condamne pas les sept sacrements, mais qu’il nie seulement qu’on puisse prouver leur existence à partir des seules Écritures.

Or, cela ne concorde pas très bien avec l’enseignement donné au début du livre, quand il soutenait qu’il fallait nier qu’il y ait sept sacrements, et qu’on devait n’en retenir que trois. Car condamner les sept sacrements n’est pas bien différent de nier les sept sacrements. De cette inconstance de Luther, sont nées différentes sentences des luthériens et des autres hérétiques.

La première sentence. Il n’y a qu’un seul sacrement, bien qu’il y ait plusieurs signes sacramentels. C’est ce qu’a d’abord enseigné Luther au lieu cité. Il n’eut pas d’adeptes de cette opinion. Car, tous admettent plusieurs sacrements, et cela, selon l’Écriture. La deuxième opinion est de ceux qui n’admettent que deux sacrements au sens propre, le baptême et l’eucharistie. Cette opinion, c’est Luther lui-même qui l’émit dans son livre sur la captivité de Babylone, au chapitre des signes, où il ne reconnait que ces deux là. De même, Illyricus (dans la confession d’Antuerpiensi, au chapitre 11 sur les sacrements, et au chapitre 18 sur l’absolution.) Nicolas Selneccorus (dans la deuxième partie de son apologie, chapitre sur les sacrements), et Kemnitius (2 par examen, chapitre sur le nombre des sacrements, page 12 et suivantes.)

La troisième est de ceux qui admettent trois sacrements : le baptême, l’eucharistie et la pénitence. C’est l’opinion la plus générale, celle qui est la plus acceptée par les luthériens. Car, tout d’abord, même si dans sa captivité de Babylone, Luther a réduit drastiquement le nombre des sacrements à deux, il a, dans le même livre, enseigné qu’il y en avait trois. Et cela, il l’a toujours répété, comme en l’année 523, (dans son livre contre les docteurs de Prague sur l’institution des ministres; et, en l’année 534, dans son livre sur la messe privée, et, enfin, en 545, l’avant dernière année de sa vie, dans ses assertions contre les docteurs de Louvain.

Voici son assertion 35 : « Nous confessons volontiers qu’est un sacrement la pénitence, avec le pouvoir des clefs de ceux qui absolvent. Car, elle a la promesse et la foi dans la rémission des péchés à cause du Christ. » C’est ce qu’enseignent à peu près tous les catéchismes des luthériens, comme celui de Philippe, de Brentius, et d’autres. Ainsi que leurs rituels, et l’apologie de la confession d’Augusta, article 13.

Il est à noter ici que Illyricus et Kemnitius n’ont pas de défense contre une accusation de parjure et de défection de la foi d’Augusta. Car, comme le rapporte Tilmannus Helshesius (dans son livre sur la présence du corps du Christ à la cène), tous les luthériens jurent dans les mots de la confession et de l’apologie, qui promeuvent quelqu’un à un degré ou à un pastorat. Mais Illyricus (dans son apologie de la confession d’Autuerpiensis, chapitre 18) et Kemnitius (2 part, examen pages 44, et 903, apologie de la confession) répondent que la pénitence est appelée sacrement au sens large, non parce qu’elle est vraiment et proprement un sacrement.

Mais cette sentence ne tient pas debout, car l’apologie dit ceci : « Si nous appelons sacrements des rites qui ont un mandat de Dieu, et à qui est ajoutée une promesse de grâce, il est facile de juger quels sont ceux qui sont des sacrements au sens propre. » Et un peu après, appliquant la définition : « Sont de vrais sacrements le baptême, l’eucharistie, et l’absolution, qui est le sacrement de pénitence. Car, tous ces rites ont un mandat de Dieu et une promesse de grâce. »

Kemnitius est donc le seul à ne pas vouloir que l’absolution soit un sacrement au sens propre, parce qu’elle n’a pas de rite prescrit par Dieu. Or, l’apologie professe que l’absolution a un rite prescrit par Dieu. Donc, selon la sentence de l’apologie, l’absolution est un véritable sacrement.

La quatrième opinion est celle de Zwingli (dans son livre sur la vraie et fausse religion). Car, dans le chapitre sur les sacrements, il enseigne qu’il y a deux sacrements, le baptême et la cène. Cependant, au chapitre sur le mariage, il ajoute le mariage. Il est vrai que ce n’est pas de gaité de cœur que Zwingli a appelé le mariage sacrement. La raison n’en est pas qu’il pensait que la définition du sacrement ne convenait pas au mariage. Il craignait que le mot sacrement n’obscurcisse et n’entache la dignité du mariage. Car il prétendait que le mot mariage ou épousailles était plus digne et vénérable que le mot sacrement.

La cinquième opinion est celle de Calvin. Il reconnait trois sacrements, mais non les mêmes que ceux de Luther ou de Zwingli. Car, il veut que soient des sacrements le baptême, l’eucharistie, et l’ordination. Car, même si au livre 4, (chapitre 18, versets 19 et 20 de ses institutions), il ne reconnait que deux sacrements, le baptême et la cène, cependant, un peu après, (chapitre 19, verset 31, comme au chapitre 14, verset 20), il énumère l’ordination parmi les vrais sacrements, et fait remarquer que quand il dit qu’il n’y a que deux sacrements, il parle des sacrements ordinaires et communs à tous les chrétiens. Voilà pourquoi (dans son antidote du concile de Trente, session V11, canon 1), il ne rejette que quatre sacrements : la confirmation, la pénitence, le mariage et l’extrême onction.

C’est l’opinion de Philippe qui même, si, avec Luther, il ne reconnut au début que deux sacrements, il dit ensuite, (dans les lieux qui ont parus en l’ana 536, 552, et 558, (dernière édition), ceci au chapitre du nombre des sacrements : « Il me plait grandement d’ajouter l’ordination, c’est-à-dire l’appel au ministère de l’évangile. Car, cela aussi est prescrit par un mandat évangélique, et une promesse lui est annexée. » Et, dans tout le chapitre, il prouve longuement que l’ordination est un sacrement, et qu’il y a donc quatre sacrements. Lucas Lossius (dans son catéchisme de l’année 57) enseigne la même chose. Mais, dans le catéchisme qu’il avait édité en 51, il ne reconnaissait que trois sacrements.

La septième opinion, composée du luthéranisme, du calvinisme et du et du zwinglinisme, fut, non ouvertement, mais obscurément, celle de Philippe. Car, dans les lieux édités en 58, même s’il n’admettait que quatre sacrements, il avait, comme Zwingli, une forte tendance à en ajouter un cinquième, le mariage. Il reconnait que le mariage est le signe d’une chose sacrée, qu’il a un manda divin, et qu’il a une promesse annexée. La seule chose qui lui manque pour être un sacrement chrétien c’est d’avoir existé avant le Christ. Or, s’il veut que le baptême soit un sacrement parce qu’il a été reçu et confirmé par le Christ, pourquoi, pour la même raison, le mariage ne serait-il pas un sacrement ?

La huitième opinion est de ceux qui admettent six sacrements. Dans ses tables analytiques, Lyndanus attribue cette opinion à Guilllaume Postello, dans sa panthenosia. Il mourut ensuite catholique.

La neuvième opinion est de ceux qui admettent sept sacrements. C’est de foi que les catholiques tiennent qu’il y a sept sacrements. Mais pour eux ce n’est qu’une opinion qui ne peut pas être de foi. Car, celui qui, dans un seul article est hérétique, est tout simplement privé de la foi. Cette opinion est celle de certains luthériens qui ont aimé ce que Luther avait dit quand il déclarait qu’il ne condamnait pas les sept sacrements. Jean Steidanus écrivit (20 livres sur l’histoire) deux ans après la mort de Luther, c’est-à-dire en l’an 548.

Il raconta que dans un certain conciliabule de Lipsis, il avait été déterminé que la confirmation et l’extrême onction étaient des rites qui conféraient la grâce, et qu’il fallait donc recevoir sept sacrements. Furent présents à ce conciliabule plusieurs théologiens de Wittemberg et de Lipsis, et avec eux, Philippe Melanchton. C’est alors qu’on a commencé à les appeler des luthériens mous, comme le raconte Surius dans son histoire, en l’an 48.

Voilà pourquoi Matthias Illyricus (dans le livre intitulé : exhortation d’Illyricus à la constance dans la religion du Christ reçue, et dans la confession d’Augusta) se demande pourquoi, dans l’interim de Lipsis, les sept sacrements papistes ont été restitués. Et, dans la préface de la septième centurie, il n’hésite pas à appeler hérésiarques les princes des luthériens mous ou politiques.

On peut déduire de tout cela que ce fut une pure inconstance de Luther et de Philippe, et des principaux pères luthériens, et cela dans une chose si grave. Deuxièmement que la vraie église ne peut pas exister chez nos adversaires. Car, pour eux, la note principale de la vraie église, est le consensus dans la doctrine sacramentelle. Car, c’est ce que dit Luther (dans son livre sur les notes de l’Église), et dans la confession d’Augusta, et dans l’apologie, article 7. Ils admettent que, jusqu’à présent, ils n’ont pas pu s’entendre sur le nombre des sacrements. C’est comme si chacun attirait l’église vers lui seul, sans se troubler du petit nombre des croyants.

On peut, en troisième lieu, en déduire que ces hérésies ne peuvent pas durer longtemps, car tout royaume divisé contre lui-même périra. Et c’est ce que Luther lui-même a noté au psaume V : « Les hérétiques ne sont pas vaincus par la violence, ou par l’astuce, mais par a dissension mutuelle. Le Christ n’a pas lutté contre eux autrement qu’en leur envoyant un esprit de vertige et de dissension, comme entre les Sichimites (Juges 1X) et entre les ouvriers de la tour de Babylone (Genèse X1), et, dans la loi nouvelle, entre les ariens, les donatistes et les pélagiens. » Saint Hilaire a développé ce thème dans son livre V11 sur la Trinité.

CHAPITRE 24

On prouve, avec l’Écriture et les pères, la vérité catholique sur le nombre des sacrements.

La sentence des catholiques est et a toujours été qu’il y a sept sacrements proprement dits. On peut le prouver de trois façons. La première. Par le témoignage de l’Écriture et des pères qui, sans les énumérer, attestent qu’il y a sept véritables sacrements. La seconde. Par les témoignages des conciles et des docteurs, qui précisent qu’ils sont au nombre de sept. La troisième, par des raisons ou des convenances.

Sur les premiers témoignages, il y a trois choses à noter. La première. Les adversaires ne doivent pas demander que nous montrions, dans l’Écriture ou dans les pères, le chiffre sept. Car, même eux, ils ne peuvent pas expliquer les noms binaires, ternaires ou quaternaires. Car, l’Écriture ou les pères n’ont pas écrit de catéchisme, comme nous faisons depuis à cause de la multitude des hérésies, mais ils ont traité de ces choses dans différentes circonstances ou livres. Et cela n’est pas propre aux sacrements, mais à un grand nombre de vérités.

Par exemple, l’écriture raconte certains miracles du Christ, mais ne nous donne jamais de chiffres. Elle nous livre les articles de foi, mais ne nous indique jamais leur nombre. Les apôtres ont, ensuite, édité un symbole de foi en douze articles. On ne peut pas, non plus, par l’Écriture, savoir quel est le nombre des livres canoniques. Mais, plus tard, les conciles ont promulgué des canons, et ont fixé un certain chiffre qu’ils avaient appris de la tradition.

La seconde. Les adversaires ne doivent pas non plus demander que nous montrions, dans l’Écriture, qu’ont été nommément appelés sacrements la confession, l’ordre, le mariage ou la confirmation. Car, nous ne disputons pas du nom, mais de la chose. Eux non plus ne pourront pas montrer que le mot sacrement ait été donné au baptême ou à l’eucharistie. Car, il n’a été donné qu’au mariage, que presque tous les hérétiques nient être un vrai sacrement.

Nous voyons, au contraire, que le mot sacrement a été donné, dans l’Écriture, à beaucoup de choses qui, du consentement de tous, ne sont pas des sacrements. Comme dans Éphésiens 1, le dessein de Dieu d’appeler les Gentils à la foi est appelé sacrement (mystère) de la volonté de Dieu. Et, en 1 Timothée 111, l’incarnation du Verbe est appelée un sacrement (mystère) de piété. Et, dans l’apocalypse XV11, on appelle sacrement (mystère) de la femme le signe imprimé sur le front de la femme qui représente Babylone.

La troisième. Il suffit que nous montrions par les Écritures et les pères que la définition du sacrement s’applique à des rites qui ne sont pas plus nombreux que sept. Car, même si nous ne nous entendons pas dans l’explication de la définition du sacrement, (comme nous l’avons montré plus haut au livre 1 de la deuxième controverse), nous nous entendons cependant tous sur la définition générale, à savoir que les sacrements sont des rites, ou des signes externes et sensibles, qui, de par leur institution divine, ont, annexée, une promesse de la grâce justifiante. Cela ayant été dit, passons maintenant à la preuve.

Le baptême est un sacrement

D’abord, il n’y a pas de dispute sur le baptême. Car le rite est bien décrit (Éphésiens V) : lavement avec de l’eau dans la parole de vie. L’institution aussi et le mandat (Jean 111) : « Si quelqu’un ne renait de l’eau etc. » Et Matthieu (dernier chapitre ) : « Baptisez-les au nom du Père… » Ainsi que la promesse de grâce, (Marc, dernier chapitre) : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » Et Tite 111 : « Il nous a sauvés par le lavement. » C’est ce qu’enseignent tous les pères ci-haut cités dans la question de l’effet des sacrements.

L’eucharistie est un sacrement

Il n’y a pas de dispute non plus sur l’existence de ce sacrement. Car, nous avons le rite en Matthieu (XXV1) et 1 Cor X1 : « Il reçut le pain en rendant grâce, le rompit … » Et l’institution et le mandat au même endroit : « Faites ceci… », et Jean V1 : « À moins que vous ne mangiez… » Et la promesse de grâce : « Celui qui mangera de ce pain aura la vie éternelle. » Les pères enseignent la même chose, comme saint Augustin (épitre 118, chapitre 1). Après avoir dit que le Christ avait institué des sacrements en petit nombre, très importants par la signification, faciles à observer, il donne comme exemples le baptême et l’eucharistie.

La confirmation est un sacrement.

De la confirmation nous avons le rite externe : imposition des mains (Actes 8 et 19). Nous avons l’effet de la grâce au même endroit, car, par l’imposition des mains des apôtres l’Esprit-Saint était donné, dans la même phrase où il a été dit, au sujet du baptême (Tite 111) : il nous a sauvés par le bain de la génération. » L’institution et le mandat nous ne les avons pas explicitement dans l’Écriture, mais on les déduit facilement des lieux cités. Car les apôtres n’auraient jamais, d’une façon habituelle et avec tant de confiance, imposé les mains pour communiquer la grâce du Saint-Esprit, si le Seigneur ne le leur avait pas prescrit. Car, ils n’ignoraient pas qu’aucun homme ne peut instituer une cérémonie capable de donner la grâce du Saint-Esprit.

Car même Kemnitius (2 part examen, page 13, et dans son apologie de la confession d’Augusta, article 13) et Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 2) affirment qu’aucun homme ne peut faire en sorte qu’un symbole externe contienne une promesse certaine de grâce. Il faut donc ou que les apôtres aient été téméraires, ce que personne n’osera dire, ou qu’ils en aient reçu le mandat du Christ. Cette cérémonie, en effet, fut nécessaire et ordinaire, car il ne suffisait pas de prier pour que vienne le Saint-Esprit.

Et du fait que ce furent les premiers des apôtres, saint Pierre et saint Jean, qui entreprirent le voyage pour ce ministère, c’est-à-dire qui allèrent de Jérusalem en Samarie, pour imposer les mains à ceux que le diacre Philippe avait baptisés. Car, ils pouvaient prier pour eux tout en demeurant à Jérusalem.

Il faut noter que l’imposition des mains était jointe à l’onction et au signe de croix. Car, ces choses se font en même temps, pendant que le signe de la croix est marqué sur le front des confirmés, et cela par le ministère de la main épiscopale. Voilà pourquoi saint Denys l’aréopagite, (chapitre 2, par 3, et chapitre 4, par 3) parle clairement du saint chrême dans ce sacrement. Et Tertullien (dans le livre sur la résurrection de la chair) place la confirmation sur le même plan que le baptême et l’eucharistie : « La chair est lavée pour que l’âme soit purifiée; la chair est ointe pour que l’âme soit consacrée. »

Et dans la prescription des hérétiques, il enseigne que le diable imite les sacrements chrétiens. Et il présente deux exemples : il baigne, lui aussi ses croyants, et il signe sur le front ses soldats. » Et dans le livre sur le baptême, il dit : « Ensuite, la main est imposée en bénissant, provoquant et invitant l’Esprit-Saint. »

Tu vois donc là que Tertullien, un auteur du deuxième siècle, et l’auteur romain le plus ancien, signale trois choses : l’onction, le signe de croix sur le front, et l’imposition des mains.

De même, saint Cyprien (livre 1, épitre 12, et livre 2, épitre 1), l’appelle tantôt une onction, tantôt une imposition des mains, et lui donne ouvertement le nom de sacrement. C’est bien ce qu’il dit (livre 2, épitre 1,) en parlant du baptême et de la confirmation : « Ils peuvent alors être pleinement sanctifiés et devenir enfants de Dieu, s’ils naissent de l’un et l’autre sacrement. » Saint Augustin (livre 2 contre les lettres de Pétilianus, chapitre 104 : « Le sacrement du chrême est dans le genre des signes sacrosaints visibles, comme le baptême lui-même. »

La pénitence.

Jean XX : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Nous avons ici le rite externe, et l’absolution judiciaire qui est le signe d’une chose interne que Dieu fait par la parole externe, comme par un instrument. Nous avons ensuite la promesse de la grâce : les péchés leur seront remis. Nous avons aussi le mandat, au même endroit : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Voilà pourquoi l’apôtre (11 Corinthiens 5) dit : « Dieu nous a donné le ministère de réconciliation. » Et, plus bas : « Nous remplissons une mission pour le Christ. »

Saint Ambroise (livre 1, chapitre 7 sur la pénitence), écrit : « Qu’importe que ce soit pour la pénitence ou pour le lavement que les prêtres revendiquent un droit qui leur a été donné ? C’est le même ministère dans l’un et l’autre. Mais, du diras que dans le baptême opère la grâce des mystères (sacrements). Et dans la pénitence ? Le nom de Dieu n’opère-t-il pas ? »

Saint Cyrille (livre 12, chapitre 56) compare la réconciliation des pénitents avec le baptême. Saint Augustin (au livre 5 sur le baptême, chapitre 20), énumère avec le baptême, l’eucharistie, la confirmation, et même la réconciliation par l’imposition des mains. Et dans le psaume 146, il dit : « Celui qui lie leurs contritions. » Il appelle plusieurs fois sacrement la réconciliation des pénitents : « Que sont, dit-il, ces chaînes ? Des sacrements temporels. Les chaînes médicinales sont nos contritions; des sacrements temporels qui nous apportent la consolation. » Et plus bas, il dit que sont des sacrements qui n’existeront pas dans le ciel, et l’eucharistie et l’imposition des mains du préposé dans la pénitence.

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