Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 216)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L’extrême onction

Nous avons le rite dans Jacques V : « Qu’ils prient sur lui, l’oignant avec de l’huile au nom du Seigneur. » Nous avons aussi la promesse. « Et Dieu les allègera, et s’ils ont des péchés, ils leur seront remis. » Le mandat nous le déduisons de ce que l’apôtre n’aurait pas osé promettre un tel effet s’il n’avait pas reçu cela du Seigneur, comme nous l’avons montré plus haut par les témoignages de l’apologie, de Calvin et de Kemnitius.

Les pères. Innocent 1 (dans son épitre 1, chapitre 8, à Decentius), dit, en parlant de l’huile sainte des infirmes : « À des pénitents, cela ne peut pas être conféré, parce que cela fait partie du genre sacrement. Car, à ceux auxquels les autre sacrements sont interdits, comment peut-on penser que ce qui est un sacrement puisse être permis ? » Saint Bernard, (dans la vie de saint Malachie), écrit qu’il avait été appelé pour oindre une femme mourante, et que, comme l’onction était retardée, elle mourut. Malachie s’était grandement désolé qu’elle soit morte sans la grâce de ce sacrement. Il a tellement prié et pleuré qu’il l’a rappelé la morte à la vie. Et, après qu’il l’eut ointe, elle a recouvré sa santé. » Saint Bernard ajoute : « Il l’a ointe, en sachant que dans ce sacrement étaient remis les péchés. »

Le sacrement de l’ordre

Nous avons un rite externe, l’imposition des mains (1 Timothée 1V). Et aussi, au même endroit, la promesse de la grâce : « Ne néglige pas la grâce qui est en toi, qui t’a été donnée par la prophétie, avec l’imposition des mains du presbyte. » Et à 11 Timothée 1 : « Je te conseille de ressusciter la grâce de Dieu qui est en toi par l’imposition des mains. » Nous avons aussi l’institution et le mandat. Éphésiens 1V : « C’est lui qui a donné des apôtres, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs. » Et, de plus, comment l’apôtre pouvait-il savoir qu’une grâce avait été donnée à Timothée par l’imposition des mains ? N’est-ce pas parce qu’il avait appris de Dieu qu’une grâce était conférée par ce signe ?

Saint Augustin (livre 11 contre l’épitre de Parmenianus, chapitre 13), écrit, en parlant du baptême et de l’ordination : « L’un et l’autre sont des sacrements, et c’est par une consécration que l’un et l’autre sont donnés à l’homme, c’est-à-dire quand l’un est baptisé, quant l’autre est ordonné. Voilà pourquoi, dans l’église romaine, il n’est permis de réitérer aucun de ces deux là. » Il dit des choses semblables dans le livre 1, chapitre 1 sur le baptême.

Le mariage

Nous avons même le nom de sacrement dans Éphésiens V : « C’est un grand sacrement (mystère). » Ainsi que le rite externe, c’est-à-dire le contrat visible entre un homme et une femme. Car, c’est de cela que l’apôtre dit que c’est un grand sacrement, comme l’expliquent saint Jean Chrysostome et saint Jérôme au lieu cité, lequel cite saint Grégoire de Naziance, et tous les autres. Nous avons aussi l’institution divine dans Matthieu X1X : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » Nous déduisons la grâce annexée de ce texte de saint Paul. Car l’union de l’homme et de la femme signifie l’union de Jésus-Christ avec l’Église.

Or, cette union est double. Une par conformité de nature, qui se fait dans l’incarnation, laquelle unit le Christ non seulement avec l’Église, mais avec tout le genre humain. L’autre par la grâce et la charité, et, avec la seule Église. Et c’est à cause d’elle que le Christ est appelé époux, et l’église épouse, selon 11 Cor X1 : « Je vous ai mariés à un seul homme pour que vous vous présentiez au Christ comme une vierge chaste. » Donc, pour que le mariage de l’homme et de la femme puisse signifier l’union du Christ avec son église, il ne faut pas qu’il y ait entre les époux une union naturelle et charnelle, comme elle existe aussi chez les Gentils, mais une union spirituelle qui provient de la grâce et de la charité. Ce sacrement confère donc cette grâce pour que la signification soit parfaite.

Voilà pourquoi Paul (Éphésiens V), avertit souvent les hommes d’aimer leurs femmes comme le Christ aime son église. Et il demande aux femmes d’être soumises à leurs maris, comme l’Église est soumise au Christ. Et la raison qu’il en donne est que leur union est un sacrement du Christ et de l’église. Saint Augustin enseigne souvent cela (dans son livre sur le bien conjugal, chapitre 18) : « Dans nos noces, la sainteté du sacrement vaut plus que la fécondité de l’utérus. » Et, au chapitre 24 : « Pour tous les peuples, et pour tous les hommes, le bien du mariage est dans la cause de la génération, et dans la promesse tenue de la chasteté. En ce qui a trait au peuple de Dieu, il consiste aussi dans la sainteté du sacrement, qui interdit d’épouser une autre personne, même après une répudiation. »

Que cela suffise pour l’instant. Dans la dispute sur les sacrements en particulier, nous apporterons d’autres précisions.

Le lavement des pieds n’est pas un sacrement

Il reste à démontrer qu’il n’existe pas d’autres sacrements que ces sept là. Car, les anciens ont donné le nom de sacrements à beaucoup d’autres choses, en plus des seuls vrais. Par exemple, le pape Alexandre 1, dans son épitre 1, appelle sacrement l’eau bénite; et, saint Augustin (livre 19, chapitre 14 contre Faust, et dans le psaume 141, appelle sacrement le signe de la croix. Et, dans le psaume 65, (livre 4, chapitre 1, sur le symbole) il appelle sacrements les cérémonies qui se font avant le baptême, comme les exorcismes etc. Et, (au livre 11, chapitre 26, sur les péchés et leur rémission), il appelle sacrement le pain béni qu’on donnait aux catéchumènes. Enfin, saint Ambroise (livre 3, chapitre 1 sur les sacrements), et saint Cyprien (dans son sermon sur le lavement des pieds), et saint Bernard (dans son sermon sur la cène du Seigneur), soutiennent que le lavement des pieds que le Seigneur a institué (en Jean X111) est un sacrement.

Mais aucune de ces choses ne pose de difficulté, sauf la dernière. Car on ne trouve que procèdent de l’Écriture ni l’eau bénite, ni le signe de croix, ni le pain béni, ni l’exorcisme, ni non plus les autres cérémonies du baptême. Les adversaires ne peuvent donc pas les considérer comme des sacrements. De plus, toutes ces choses sont données avant le baptême, comme le montre bien saint Augustin. Or, du consentement de tous, le baptême est le premier sacrement, et il est comme la porte des sacrements. Enfin, aucune de ces choses n’a de promesse de la grâce qui rend quelqu’un reconnaissant. Et il n’est pas évident qu’ils aient été institués par le Christ ou les apôtres. Or, seul le Christ pouvait instituer de vrais sacrements.

Pour le lavement des pieds, la difficulté est plus grande. Car, nous avons en Jean X111, un rite externe, le lavement des pieds lui-même; une promesse de grâce : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Nous avons aussi un mandat de Dieu : « Je vous ai donné un exemple. » Et : « Et vous devez, vous aussi, vous laver les pieds les uns des autres. » Les mots eux-mêmes indiquent que c’est un mystère : « Ce que je fais maintenant tu ne le comprends pas, mais tu le comprendras plus tard. » Nous avons ensuite des témoignages comme ceux des pères Ambroise, Cyprien et Bernard, que rapportent Kemnitius (page 32) pour prouver que les sacrements sont plus nombreux que le chiffre sept.

Je réponds que le lavement des pieds n’a rien en commun avec les autres sacrements proprement dits. On ne peut l’appeler un sacrement qu’au sens large, comme on dit que sont des sacrements toutes les choses qui ont un sens mystique, et qui sont des types et des figures d’autre chose. Car, ce lavement des pieds fut un signe de l’humilité et la charité du Christ. Il fut aussi un signe de pureté, que doivent posséder ceux qui veulent accéder à l’eucharistie. Car, c’est juste avant l’institution de l’eucharistie que le Christ l’a fait. Il fut donc aussi un signe et une figure de la purgation que nous obtiendra la passion du Christ, comme saint Cyrille l’explique.

Que ce ne fut pas un sacrement au sens strict, nous le constatons facilement du fait que nous n’avons pas de promesse de grâce justifiante. Car : « si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi », ne promet pas, au sens littéral, une grâce, mais menace d’une peine de désobéissance, comme l’expliquent saint Jean Chrysostome, saint Cyrille et saint Basile (lire 1, chapitre 2, sur le baptême). Si Pierre avait récusé ce lavement de pieds, il aurait péri éternellement, non parce qu’il lui manquait un lavement de pieds, mais parce qu’il aurait péché, par désobéissance, contre le Christ.

A u sens mystique, ce lavement peut peut-être signifier (comme l’explique saint Augustin), que les justes aussi ont besoin que le Christ leur lave à tous les jours leurs péchés véniels, qui sont comme des saletés qui collent aux pieds. Mais cela ne suffit pas pour en faire un sacrement, car, il s’agit là du lavement des péchés véniels, qui ne nécessitent pas une nouvelle grâce qui fait un reconnaissant. Voilà pourquoi le Seigneur a dit : « celui qui est pur n’a besoin que de se laver les pieds pour être totalement pur. » C’est-à-dire qu’il est pur, dans toute la force du terme, quand il juste, mais il a encore besoin de se laver de ses péchés véniels.

Ce passage ne nous fournit pas la lotion des pieds qui enlèverait réellement les péchés véniels. Car, autrement, il nous faudrait nous laver les pieds à tous les jours. Il nous enseigne seulement que ce lavage des pieds des fidèles par le Seigneur fut une figure du lavage interne que nous recevons du Christ. Ce lavage des pieds n’est donc pas un sacrement proprement dit.

En second lieu, nous n’avons ni mandai ni institution nous demandant de répéter ce signe, comme cela est requis dans tout sacrement. Et même si, dans quelques églises, cette cérémonie a été utilisée autrefois tout de suite après le baptême, elle ne fut cependant jamais reçue par tous, ni par l’Église romaine, comme l’atteste saint Ambroise au lieu cité. N’est pas une réfutation le mandat suivant : « Je vous ai donné un exemple. » Et : « Ce que je fais tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras plus tard. » Car ce mandat prescrit l’humilité et la charité, comme l’expliquent saint Jean Chrysostome et saint Cyrille, et non le lavement des pieds matériel, comme il appert de la pratique de l’Église. Car, les chrétiens n’ont jamais pensé qu’ils avaient reçu un mandat spécial de se laver les pieds.

Il est facile de répondre aux citations des pères alléguées. Car, saint Ambroise l’appelle un mystère et un sacrement, parce que, dans son église, cette cérémonie sacrée était conservée, et comme quelque chose de sacramental. Mais, il ne pensait pas que ce lavage de pieds était un sacrement proprement dit, parce qu’il admet que les péchés véniels ne sont pas remis par ce lavement, mais certains restes du péché originel. Et aussi parce qu’il dit ne pas blâmer l’église de Rome où cette cérémonie n’était pas en usage. Ce qu’il n’aurait certes pas dit s’il avait pensé que le lavement des pieds était un vrai sacrement.

De plus, Cyprien et Bernard, si on les lit attentivement, ne disent pas que ce lavement matériel de pieds est un sacrement qui sanctifie les hommes, mais ils disent seulement que le lavage des pieds des disciples fait par le Seigneur, qui n’est arrivé qu’une seule fois, a été un sacrement. Car, ce lavement signifiait quelque chose de sacré, qui doit se faire tous les jours en nous, l’expiation des péchés véniels, qui se fait à chaque jour en nous par le Christ dans les oraisons, les jeûnes, l’humilité, et les exercices de piété envers le prochain. Et si nous pensions vraiment que le lavement des pieds est un sacrement comme les sept autres, il nous faudrait tous les jours nous laver les pieds les uns aux autres. Car, eux-mêmes disent que ce sacrement sert d’expiation pour les fautes quotidiennes.

CHAPITRE 25

On prouve les sept sacrements avec les conciles et les docteurs

La seconde preuve est tirée des témoignages de ceux qui enseignent explicitement sept sacrements. Il y en a de trois sortes. La première. Les témoignages des théologiens, et de toute l’église depuis au moins 400 ans. Car, le maître des sentences (livre 4, dist 2) et tous les théologiens après lui ont transmis sept sacrements. Ce n’est pas que le maître des sentences ait écrit quelque chose de nouveau. Il n’avait présenté que ce qu’il avait trouvé dans l’église. Car, si ce que nous disons était faux, l’Église du christ aurait erré pernicieusement pendant un bon nombre de siècles. En effet, si les sacrements étaient moins nombreux que sept, ça aurait été une grande impiété, une superstition et une déception des âmes de tenir pour sacrements des signes qui n’en sont pas. S’ils étaient plus nombreux que 7, ça aurait été une grande impiété que de mépriser si longtemps de vrais sacrements, et un grand détriment pour les âmes.

Deuxièmement. Une erreur sur les sacrements est plus dommageable que sur les autres dogmes. Car les erreurs sur les autres dogmes sont des erreurs spéculatives, et leur ignorance excuse beaucoup de simplets. Or, la connaissance des sacrements appartient à la pratique, et à la pratique de chacun des chrétiens. Troisièmement. Un usage sincère des sacrements relève de la connaissance de l’Église, selon la sentence des hérétiques de notre temps. Voilà pourquoi, si pendant tant de siècles, l’Église avait erré si gravement sur les sacrements, il faudrait dire que l’Église a péri dans le monde.

Ils ne trouveront pas facilement ceux qui, en notre temps, pensent autrement des sacrements. Car, même les Hussites et les Waldenses, qui n’étaient qu’hérétiques, recevaient sept sacrements quand Luther est apparu. Pour les hussites, voir le concile de Constance (session 15, article 8). Et pour les Waldenses, ce qu’en raconte Luther (dans le livre qu’il a écrit sur eux. »

Le second témoignage est celui du concile de Florence, dans l’institution des Arméniens, où ils reconnaissent et expliquent sept sacrements. Il faut noter là deux mensonges de Kemnitius. Il dit (2 par examen, page 35), il dit qu’on a essayé que les grecs aient sept sacrements, et que les arméniens ont été forcés d’accepter sept sacrements . Et, il ajoute que les arméniens, convertis à la foi par l’apôtre Barthélémy, ont, après mille ans et plus, reçu du pontife romain le chiffre 7. Mais, cela, c’est un mensonge.

Il ment quand il dit que ce concile a essayé chez les Grecs, comme s’il voulait dire que les pères ont essayé de persuader cela aux Grecs, mais qu’ils n’y sont pas parvenus. Or, dans tout ce concile, il n’a pas été question du nombre des sacrements avec les Grecs. Il est facile de le vérifier puisqu’il existe encore en grec et en latin. Bien plus, l’instruction aux Arméniens a été donnée avec l’approbation du concile, juste avant sa dissolution, comme nous le lisons, au même endroit, dans le décret d’Eugène 1V, où se trouve l’institution elle-même.

Ce qui nous fait comprendre que les Grecs, sur la question du nombre des sacrements, ont toujours été du même avis que les latins. Autrement, les Grecs n’auraient pas approuvé l’instruction si facilement et sans poser de questions. On peut le confirmer par le témoignage du patriarche Jérémie de Constantinople qui, dans la censure des erreurs luthériennes qu’il a éditée, atteste que les Grecs ont toujours reçu sept sacrements. Voici ce qu’il dit dans le chapitre 7 : « Dans la divine église catholique, il y a sept sacrements : le baptême, l’onction du saint chrême, la communion sacrée, l’ordre, le mariage, la pénitence, et l’extrême onction. »

Kemnitius ment ensuite quand il dit que ce chiffre a été imposé aux Arméniens, et que ces Arméniens ignorèrent ce chiffre pendant mille ans et plus. Car, (comme nous le lisons dans le décret d’Eugène), avant l’union des Arméniens avec les latins, des séminaires avaient été tenus entre eux sur la trinité, l’incarnation et les sacrements, et les livres des deux groupes avaient été inspectés; et une instruction fut, à la fin, prescrite. Cette foi dans les sept sacrements ne leur a donc pas été imposée, mais elle a été acceptée par eux après de longues discussions. Et ils ne l’auraient pas accepté aussi facilement s’ils n’avaient pas constaté qu’elle était conforme aux anciens écrits, et aux rites de leur église.

Ajoutons que, dans cette même instruction, est présentée aux Arméniens la doctrine des trois personnes divines et des deux natures du Christ. Si Kemnitius nous accuse de leur avoir imposé les sept sacrements, pourquoi ne nous accuse-t-il pas de leur avoir imposé la doctrine des trois personnes de la trinité et des deux natures du Christ ?

Le troisième témoignage est celui du concile de Trente (session 7, canon 1), où a été ajouté un anathème pour ceux qui nient l’existence de sept vrais sacrements. Ce témoignage devrait suffire, même si nous n’en avions point d’autre. Car, si on enlève l’autorité de l’Église présente et du présent concile, on pourra mettre en doute les décrets de tous les autres conciles, et toute la foi chrétienne. Car telle fut toujours la coutume, chez les chrétiens, que les controverses étaient tranchées par les évêques qui vivaient alors. Je dirais même que toute la fermeté des anciens conciles et des anciens dogmes dépend de l’église actuelle.

Car le seul témoignage infaillible que nous ayons qu’il y a eu des conciles et qu’ils furent légitimes, et qu’ils définirent ceci ou cela, est que l’Église qui existe maintenant, et qui ne peut pas errer, pense ainsi et enseigne ainsi. Ce que rapportent les historiens de ces conciles ne peut engendrer qu’une foi humaine, sujette à l’erreur.

CHAPITRE 26

On prouve la même chose par des raisons de convenance.

Les docteurs catholiques ont coutume de confirmer le nombre des sept sacrements par divers arguments de convenance. La première. La ressemblance qu’il y a entre la vie spirituelle et la vie corporelle. Dans la vie corporelle, certaines choses sont requises de chaque homme en particulier, et certaines autres de toute la république. De la part de chaque individu, trois choses sont requises d’elles-mêmes : la génération, la croissance, et la nutrition. Et deux autres, par accident, les remèdes contre les maladies, et les remèdes pour assurer la convalescence. De la part de la république, deux choses sont requises. La première : les parents, qui propagent la vie corporelle des hommes. La seconde : les princes et les magistrats, qui gouvernent et règnent.

Il en est ainsi dans la vie spirituelle. Est d’abord requise la régénération, qui se fait par le baptême, puis la croissance, qui se fait par la confirmation, et la nutrition par l’eucharistie. La quatrième, le remède contre les maladies, s’il arrive au régénéré de pécher : la pénitence. La cinquième, le remède contre les restes des péchés, par l’extrême onction. Sixièmement, de la part de la république, le mariage, qui propage les hommes pour les députer au culte de Dieu. Le septième, l’ordre sacré, par lequel les chrétiens sont gouvernés.

La deuxième raison de convenance vient du nombre des péchés et des blessures. Car, le baptême est principalement contre le péché originel, la pénitence, contre le péché actuel mortel, l’extrême onction, contre les restes des péchés, la confirmation contre l’infirmité, l’eucharistie contre la malice, le mariage contre la concupiscence, et l’ordre contre l’ignorance.

La troisième raison vient du nombre des vertus. Le baptême répond à la foi, la confirmation à l’espérance, l’eucharistie à la charité, la pénitence à la justice, l’extrême onction à la force, l’ordre à la prudence, et le mariage à la tempérance.

La quatrième raison vient de la célébrité du chiffre sept dans les expiations. Voir Exode XX1X, Lex 1V et V111, X1V. XV, XV1, XX111. Nombre X1X, Deutéronome XV, Paralip XX1X, Job, dernier chapitre, où il offrait toujours en expiation sept animaux, ou pendant sept jours, ou il aspergeait sept fois avec du sang. Aussi dans les Rois 1V, V, où on ordonne à Naaman de se laver sept fois pour purger sa lèpre. Voir saint Thomas (1V, dist 2, question 1, 3, par question LXV art 1, et contre les Gentils, livre 1V, chapitre 58.

Mais Kemnitius (en 2 par examen, pages 16, 17, 18, a trois choses à redire sur ces raisons. La première. Il soutient que ce sont les fondements principaux, et les preuves de notre sentence : « Voici quelles sont les preuves et les fondements qui ont fait recevoir par les scolastiques le chiffre sept. » La deuxième. Ces preuves ne valent rien, car, autrement, on pourrait prouver de cette façon qu’il y avait aussi sept sacrements dans l’ancienne loi. Car, il y avait également alors des vertus et des péchés, une vie spirituelle et une vie corporelle. La troisième. Si on devait tirer des chiffres de l’ancien testament le nombre des sacrements, on pourrait prouver qu’il y en a trois, ou douze, ou plus encore, car il y a beaucoup de chiffres célèbres et sacrés dans l’Écriture.

Mais ce sont des objections de peu de poids. Car, d’abord, aucun théologien n’a jamais dit que ces raisons de convenance étaient des preuves, et les fondements de notre foi dans ce nombre, mais seulement des raisons de convenance de vérités que nous considérons de foi. Car, c’est ce que les théologiens ont coutume de faire : ils montrent que les choses que nous connaissons par la foi ne répugnent pas à la raison, mais leur sont plutôt conformes.

Et l’argument de Kemnitius ne conclut, non plus, qu’on pourrait avoir aussi sept sacrements dans l’ancien testament. Car, les sacrements de l’ancien testament (comme nous l’avons montré plus haut), n’avaient pas été institués pour perfectionner l’homme dans la vie spirituelle, ni non plus, comme un remède contre le péché, à l’exception de la circoncision, mais seulement pour signifier les mystères du Christ, tandis que les nôtres ont été institués pour être des remèdes contre le péché, pour justifier, et perfectionner l’homme dans sa vie spirituelle, comme on le déduit clairement des Écritures.

Donc, ces arguments de convenance fonctionnent très bien si on les applique à nos sacrements, mais non aux sacrements de la loi ancienne. Et ce que Kemnitius ajoute sur le grand nombre de chiffres célèbres dans l’Écriture ne permet de rien conclure. Car la raison présentée par les catholiques est tirée des nombres qui signifient l’expiation des péchés, non de n’importe lequel nombre. De plus, dans l’Écriture, le chiffre sept dans les expiations est si fréquent que toute l’Écriture semble crier qu’il viendra un temps où sept remèdes insignes et très efficaces seront donnés par Dieu pour l’expiation des péchés.

CHAPITRE 28

On répond aux objections

Il reste à répondre aux objections des adversaires qui sont tirées des Écritures, des pères et de la raison.

De l’Écriture, ils tirent trois arguments. Un premier négatif, car l’Écriture ne dit nulle part qu’il y a sept sacrements. Un second affirmatif, parce que l’Écriture n’enseigne que deux sacrements. Car, en Jean X1X, il est dit que du côté percé du Christ, ont coulé du sang et de l’eau, c’est-à-dire, comme l’expliquent saint Jean Chrysostome, saint Cyrille, et Theophylactus dans leurs commentaires de ce texte, et saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10 de la foi), et saint Augustin (livre 2, chapitre 6, sur le symbole, et dans son traité 9 sur saint Jean), le baptême et l’eucharistie. Le troisième. Non seulement l’Écriture ne parle pas du chiffre sept, mais elle nie qu’il y en ait sept. Car, dans Apocalypse XV11, un ange donne le nom de sacrement à une bête qui a sept têtes. Ce qui semble indiquer que le nombre sept des sacrements appartient à l’antichrist, qui est désigné par cette bête. Voilà quels sont donc les arguments de Kemnitius qu’il a tirés de l’Écriture.

À la première objection, nous avons déjà répondu que l’Écriture n’a jamais dit expressément qu’il y avait deux ou trois ou sept sacrements. À la deuxième, nous répondons que ce passage de saint Jean n’est pas mal expliqué quand on voit le baptême dans l’eau et l’eucharistie, dans le sang, comme le disent à peu près tous les grecs. Mais, il ne faut pas, à cause de cela, exclure les autres sacrements. Seuls deux sacrements sont signifiés par l’eau et le sang qui sortent du côté percé du Christ, parce qu’ils sont les principaux, et parce que, à partir d’eux, ont pouvait porter un jugement semblable sur les autres. C’est comme dans Hébreux V1, où saint Paul ne parle que du baptême et de l’imposition des mains, c’est-à-dire la confirmation.

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