Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 217)
Par imposition des mains, saint Jean Chrysostome, Theodoret, Theophlactus, Oecumenius et d’autres entendent la confirmation, qui était donnée après le baptême. Et il ne parle pas de l’eucharistie, qui était donnée en même temps que le baptême et la confirmation.
Je dis ensuite que nous ne sommes pas obligés de suivre l’explication des pères grecs sur l’eau et le sang qui sortaient du côté percé du Christ. D’autre commentateurs, aussi excellents, l’expliquent autrement. Comme saint Cyrille (catéchèse 3) et saint Jérôme (dans son épitre 83 à Oceanus) qui entendent par sang et eaux deux baptêmes, l’un de sang, celui des martyrs, et l’autre de l’eau. Saint Ambroise (livre 9, chapitre 103 sur Luc), saint Léon (épitre 1V), saint Augustin et Bède le vénérable (au chapitre 19 de saint Jean) entendent par le sang le prix de la rédemption, et par l’eau le baptême.
Et cela semble être plus une interprétation littérale, car nous comprenons que du côté du Christ a coulé le baptême, qui tire toute sa force du sang du Christ. Car, saint Jean ne dit pas que sortirent de l’eau et du sang, comme le demanderait l’ordre s’il s’agissait du baptême et de l’eucharistie, car le baptême précède l’eucharistie. Mais il dit qu’a sorti du sang et de l’eau, c’est-à-dire le prix, et l’application du prix. C’est ce que confirme un autre texte de saint Jean (1 Jean V) : « Voici celui qui vient par le l’eau et le sang, Jésus-Christ, non dans l’eau seulement, mais dans l’eau et le sang. »
Saint Jean semble donner une explication du mystère qu’il avait présenté (Jean X1X), et, en même temps, montrer la différence entre le baptême de Jean et celui du Christ. Car, parce que Jean vint dans l’eau seulement, son baptême n’avait pas d’efficacité. Or, Jésus apporta un baptême très efficace quand il donna de l’eau mêlée à du sang.
À la troisième objection, je réponds que c’est Kemnitius blasphème quand il donne aux sacrements du Christ le nom de têtes de la bête. Car, il est contraint, bon gré mal gré, de compter parmi les têtes de la bête les sacrements qui sont, pour lui aussi, de vrais sacrements, le baptême et l’eucharistie. Car, ils font, eux aussi, partie du chiffre sept. Ajoutons que saint Jean ne dit pas que ces sept têtes sont sept sacrements, mais un seul sacrement.
En conséquence, (s’il est permis de divaguer), cela cadrerait mieux avec Luther qui dit qu’il n’y a qu’un seul sacrement, et plusieurs signes sacramentaux. Enfin, Jean lui-même donne l’interprétation de ces sept têtes, en disant qu’elles signifient sept rois. Ce qui ruine de fond en comble tout l’édifice de blasphème de Kemnitius.
Les objections tirées des pères. Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 3) dit que, quand les anciens parlent des sacrements au sens propre, ils se contentent de deux : le baptême et l’eucharistie. Il prouve cette assertion par un texte de saint Augustin (livre 3, chapitre 9 sur la doctrine chrétienne, et son épitre 118). Et Calvin ajoute la preuve. Saint Augustin avait l’habitude de chercher souvent des mystères dans les chiffres. « Bien plus, écrit Calvin, dans l’étude des chiffres, il s’est montré souvent plus curieux qu’il n’aurait du. Et, cependant, il n’écrivit jamais rien sur ce chiffre sept des sacrements. »
Kemnitius (2 par examen, page 25 et suivantes) affirme trois choses au sujet des pères. La première. Si nous parlons des sacrements proprement dits, les pères les plus anciens n’en ont connu que deux, le baptême et l’eucharistie. Il prouve cela avec saint Justin (apologie 2), saint Irénée, et Tertullien (livre 1 et 4 contre Marcion, et dans la couronne du soldat), avec saint Cyrille (dans ses catéchèses), saint Ambroise (dans son livre sur les sacrements, et ceux qui initient aux mystères). Ces deux auteurs ont parlé explicitement des sacrements, et n’en ont pourtant trouvé que deux.
La deuxième. Il affirme que les pères plus récents ont enseigné plus de sacrements que deux, mais moins que sept, quand ils parlaient des sacrements au sens propre du terme. Et il le prouve avec saint Denys, que nous imaginons être l’aréopagite, qui, dans sa hiérarchie catholique, ne présente que quatre sacrements : le baptême, l’eucharistie, la confirmation et l’ordre. Avec aussi saint Grégoire (canon multi saecularium, 1, 1, chez Gratien) qui donne trois sacrements, le baptême, le chrême et l’eucharistie. Avec aussi Raban et Paschasius au sujet de la cène du Seigneur. Enfin, avec un auteur incertain, qui, sous le nom de Cyprien, écrit sur les œuvres cardinales du Christ. Dans ses sermons sur la cène du Seigneur, sur le lavement des pieds, et sur le chrême, il reconnait moins de sept sacrements.
La troisième. Il affirme que, quand les pères parlaient des sacrements au sens large, ils en énuméraient plus que sept. Et il le prouve par différents passages de saint Augustin. Il conclut de tout cela ceci : que les pères aient parlé des sacrements au sens propre ou en un sens plus large, ils n’ont jamais enseigné sept sacrements, mais un nombre plus petit ou plus grand.
Je réponds d’abord à toutes ces choses qu’aucun père n’a écrit qu’il n’y avait pas sept sacrements, ou qu’il n’y en avait que deux ou trois; mais que, selon le sujet qu’ils traitaient, ils ont fait mention de quelques sacrements, sans sentir le besoin de parler de tous. Ne militent donc pas contre les théologiens qui affirment l’existence de sept sacrements, ceux qui ne nient pas qu’il y en ait sept, et qui n’affirment pas qu’il n’y en ait que deux ou trois. Ajoutons que, en plusieurs autres endroits, les mêmes pères n’ont fait mention que d’un sacrement, et dans certains autres, d’aucun. Selon la dialectique kemnitienne, il faudrait en conclure qu’il n’y a qu’un seul sacrement, ou qu’il n’y en a pas du tout. Il devrait donc suffire que, les pères en différents endroits, ou différents pères de la même époque se souviennent ailleurs de tous les sept sacrements, comme nous l’avons montré plus haut. Après ces réflexions préliminaires, je réponds à chaque citation des pères.
Au sujet des paroles de saint Augustin citées par Calvin, je réponds que, dans les deux textes, saint Augustin ne dit pas qu’il n’y a que deux sacrements, mais en présente deux, à titre d’exemples. C’est ce que nous fait comprendre leur contexte. Car, (au livre 3, chapitre 9 de la doctrine chrétienne), saint Augustin dit ceci : « Peu de mots pour en exprimer beaucoup, faciles à comprendre et gratifiants, et d’une chaste observance, c’est ainsi que l’apôtre a transmis la discipline, comme le sacrement du baptême, et la célébration du corps et du sang du Seigneur. » Tu vois que le mot « comme » signifie qu’il s’agit là d’exemples. Ainsi est est-il dans l’épitre 118, où saint Augustin dit que nous avons peu de sacrements par le nombre, mais d’une signification éminente, d’une observance facile.
Il ajoute ensuite : « Comme le baptême, et la communion au corps du Seigneur, même s’il y a d’autres choses qui soient recommandées dans les saintes lettres. » Tu vois, là aussi, qu’il s’agit d’exemples, et il indique qu’il y en a plus que deux. Et c’est ce qu’il répète avec plus de clarté dans le psaume 103, dans le sermon 1, par ces mots : « celui qui a recouvert les montagnes par les flots. » Il dit : « Regarde les ministères de l’église, celui du baptême, celui de l’eucharistie, et ceux des autres saints sacrements. »
Et, (dans son épitre 119, chapitre 7 au même Januarius), il écrit : « Pour la célébration des sacrements, nous utilisons des choses sensibles, de l’eau, du froment, du vin et de l’huile. » Tu vois ici énumérées les matières de tous les sacrements, sauf du mariage et de la pénitence, qui n’ont, ni l’un ni l’autre, une matière consacrée. Ajoutons que, même si saint Augustin ne parle, en certains endroits, que de deux sacrements, il en accepte, ailleurs, plusieurs. Et surtout la confirmation et l’ordre. Il veut (au chapitre 104, et dans le livre 2, chapitre 13 contre l’épitre de Parménien) qu’ils soient des sacrements comme le baptême et l’eucharistie. Calvin ment donc impunément quand il dit que saint Augustin s’est contenté de deux sacrements.
À la confirmation, je retourne l’argument contre son auteur. Car, si saint Augustin ne croit que dans deux sacrements, et était plus curieux qu’il ne fallait dans les mystères des nombres, pourquoi n’a-t-il pas indiqué les mystères qui se cachent dans le chiffre deux sacramentel ? De plus, il n’est pas vrai que saint Augustin fut si curieux que cela dans les mystères des chiffres, comme le prétend Calvin.
Il n’ignorait pas qu’il y a douze articles de foi, trois vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, dix préceptes du décalogue, et beaucoup d’autres choses du même genre, sur les chiffres desquels il n’a pourtant jamais écrit. Il n’a donc pas écrit non plus sur les mystères du chiffre sept sacramentel, de peur que Calvin ne le taxe d’être trop curieux de ces choses.
J’en viens maintenant aux citations de Kemnitius. Au texte allégué de saint Justin, je réponds que, dans son apologie, il n’a fait mention que de deux sacrements, parce que c’est ce que demandait l’argument de son livre. Car il répondait aux objections que lui faisaient les Gentils. Ils lui en faisaient deux. La première : que les chrétiens étaient des athées, parce qu’ils n’adoraient pas les dieux. La deuxième. Que dans leurs réunions, beaucoup de choses honteuses et criminelles se produisaient, et surtout qu’ils dévoraient des chairs humaines; et que c’est pour cette raison qu’ils n’admettaient aucun étranger à leurs synaxes. Sur ces calomnies, voir Tertullien (dans son apologétique, Athenagoras (dans son apologie), et Minutius (dans Octave).
Saint Justin répond donc à ces deux accusations. Et c’est à cause de cela que, dans la plus grande partie de son livre, il parle de la foi, et enseigne que les chrétiens ne sont pas des athées, puisqu’ils adorent trois personnes divines, et vénèrent, en plus, les anges.
Et, dans l’autre partie, il traite du symbole. Et ce n’est qu’en passant qu’il parle du baptême pour faire comprendre qu’il n’est permis qu’aux seuls baptisés de participer à une synaxe. Et il explique brièvement ce que font les chrétiens tous les dimanches dans leur synaxe. Il ne pouvait le faire sans parler de l’eucharistie, qui est le mystère principal de la synaxe. Car c’est sur elle surtout que portaient les calomnies des païens, qui pensaient que les chrétiens se nourrissaient de la chair d’un enfant. Il n’avait pas besoin de parler des autres sacrements soit parce qu’ils étaient ignorés des païens, soit parce qu’ils n’étaient pas calomniés.
À saint Irénée, je réponds qu’il n’a jamais entrepris de dispute sur les sacrements, mais que, selon que le voulaient les circonstances, il parlait tantôt de l’un, tantôt de l’autre. Car (au livre 1, chapitre 9), il traite de l’eucharistie pour réfuter les délires d’un certain Marc sur l’eucharistie. Au chapitre 38, il traite du baptême, pour réfuter les délires des hérétiques de ce temps sur le baptême. Au livre 4 (chapitres 32, 33 et 34), il traite des sacrifices de la loi ancienne et de la loi nouvelle, et voilà pourquoi il parle encore de l’eucharistie. Au livre 1, chapitre 2, il traite de la pénitence, et au livre 3, chapitre 4, il fait mention de la confession. Il importe peu qu’il ne donne pas à la pénitence le nom de sacrement. Car, il ne donne ce nom ni au baptême, ni à l’eucharistie.
A Tertullien, on peut répondre la même chose. Il n’a jamais entrepris de faire une dispute sur les sacrements. Mais, dans son livre sur la résurrection de la chair, il distingue clairement quatre sacrements différents : le baptême, le chrême, l’eucharistie, l’ordination. Ne vaut pas grand-chose la glose de Kemnitius selon laquelle Tertullien ne considérerait pas comme des sacrements le chrême et l’imposition des mains, mais n’y verrait que des cérémonies annexées au baptême, car il distingue les quatre, et attribue un effet propre à chacun. Et, de plus, s’il s’agissait de cérémonies du baptême, il ne placerait pas l’imposition des mains après l’eucharistie.
Mais voyons les passages allégés par Kemnitius. Le premier, il le tire du contre Marcion. Mais c’est un texte qui joue plutôt en notre faveur. Il ne dit pas dans ce livre qu’il n’y a jamais eu que deux sacrements, mais il dit que, dans les sacrements, Dieu a voulu utiliser de l’eau, du pain et de l’huile, qui sont des matières consacrées dans cinq sacrements. Tertullien ne fait pas mention ici des autres sacrements, car il voulait seulement montrer contre Marcion qui le niait, que notre Dieu est le vrai créateur des éléments, et des autres choses sensibles. Il l’avait prouvé cela, un peu avant, magistralement. Car, si c’était un autre Dieu qui avait créé ces choses, notre Dieu ne s’en servirait pas dans ses sacrements.
Deuxièmement. Il nous objecte le livre 4 contre Marcion, où, en marge du numéro 51 se trouve une annotation du bienheureux Rhenan : « Le baptême et l’eucharistie sont les deux sacrements de l’église primitive. » Cette note induit Kemnitius en erreur, car, en cet endroit, Tertullien ne dit pas qu’il n’existe que ces deux sacrements, mais il blâme Marcion parce qu’il n’admettait à ces sacrements que ceux qui condamnaient le mariage.
Troisièmement. Il nous présente le livre sur la couronne du soldat de Tertullien, où ne sont nommés ni le baptême ni l’eucharistie. Mais Kemnitius ne se rend pas compte que, dans ce livre, il n’est pas question des sacrements, mais des cérémonies de l’église, qui n’ont pas été reçues de l’Écriture, mais de la tradition. Voilà pourquoi il énumère là diverses traditions sur les sacrements. Et pour que nous ne pensions pas que ce sooent d’autres sacrements ou d’autres cérémonies, il ajoute : « Si, au sujet de ces disciplines, et d’autres du même genre, tu exiges une loi tirée de l’Écriture, tu n’en trouveras pas. On te montre que c’est la tradition qui en est l’auteur, que c’est la coutume qui les confirme, ainsi que la fidèle observance. »
À saint Cyrille et à saint Ambroise, je réponds deux choses. La première. Il est faux qu’ils ne reconnaissent que deux sacrements, car l’un et l’autre, dans les livres cités par Kemnitius, mentionnent le chrême comme un sacrement qui vient après le baptême, et qui est distinct de l’eucharistie. Voir la catéchèse 3 de saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise ( livre 3, chapitre 2 sur les sacrements, et le chapitre 7 des livres d’initiation aux mystères.
La deuxième. Je dis qu’il n’est pas surprenant que, dans ces livres, ces deux auteurs ne parlent que de trois sacrements. Car, ils écrivent pour des catéchumènes, et ils les instruisent des choses qui ont lieu au temps du baptême. Or, quand les adultes sont baptisés, trois sacrements sont administrés le même jour : le baptême, la confirmation et l’eucharistie. On le sait avec certitude et par la pratique actuelle de l’Église, et par les livres cités d’Ambroise, où il décrit tout l’ordre du baptême, et des choses qui le suivent. Voilà pourquoi Amphilochius (dans la vie de saint Basile) parle en ces termes du baptême : « L’évêque Maximius a baptisé Basile et Eubulus, et, après les avoir oints du saint Chrême, il leur administra la communion vivifiante. »
À Denys l’aréopagite je dis que, dans le livre, il n’a parlé que de la hiérarchie ecclésiastique, comme son nom l’indique, et des actions solennelles de la hiérarchie, c’est-à-dire de l’évêque. C’est pour cette raison qu’il parle du baptême et de l’eucharistie, que l’évêque a coutume d’administrer avec un rite solennel. On peut dire la même chose de la consécration de l’huile, de l’ordination des clercs, qui ne peuvent se faire que par les évêques. Il a omis les trois autres, car l’extrême onction est administrée par le prêtre, le mariage, de par son essence, n’exige pas un prêtre comme ministre, même si, par un décret du concile de Trente est absolument requise la présence du curé. Et la bénédiction que l’Église a coutume de donner aux nouveaux mariés est célébrée privément par le prêtre.
Autrefois, la pénitence publique incombait à l’évêque, et c’est pendant la semaine sainte qu’il absolvait les pénitents. Mais cela semble avoir commencé après la mort des apôtres, quand les péchés ont commencé à foisonner. Cette objection porte donc sur l’antiquité des vieux livres. Mais saint Denys n’ignorait pas le sacrement de pénitence, puisqu’il en parle dans son épitre à Demophilus.
À Grégoire, je dis que les paroles de ce canon ne semblent pas être celles de saint Grégoire, et qu’on ne les trouve pas dans ses œuvres. On les trouve chez Isidore (livre 6, chapitre 19 des étymologies), qui ne donne pas le nom de l’auteur, mais seulement quelques exemples. Dans l’institution des clercs, Raban traite de tous les sacrements. Livre 1 et 6 : de l’ordre; au même endroit, chapitre 24 : du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie; au livre 2, chapitre 23 : de la pénitence. Au même endroit, chapitre 11, de l’extrême onction. Il n’omet que le mariage qui ne se rapporte pas aux clercs.
Pourquoi s’étonner que, dans son livre sur la cène du Seigneur, Paschasius ne parle que de l’eucharistie, puisqu’il s’était proposé de ne parler que de cela. De plus, Cyprien (ou quiconque est l’auteur des sermons sur les œuvres cardinales du Christ) ne fait pas mention de tous les sacrements, parce qu’il n’explique que les mystères dont l’église fait mémoire ou célèbre au jour de la cène du Seigneur, qui sont l’eucharistie, le lavement des pieds, la réconciliation des pécheurs, et la confection du saint chrême.
Il n’est pas nécessaire de répondre aux autres textes cités par Kemnitius , car nous admettons que, pris au sens large, il y a plus que sept sacrements. Le dernier argument de Kemtnius est tiré de la raison. Il donne pour preuve qu’il n’y a que deux sacrements, la constatation que la définition du sacrement ne convient qu’à deux sacrements. Mais pour parvenir à démontrer cela, il s’invente une nouvelle définition, qui est très longue. Chacun des mots qu’il y a mis suffirait pour exclure les cinq autres sacrements. Mais cette définition nous l’avons déjà réfutée dans la dispute de la définition du sacrement.
CHAPITRE 28
L’ordre et la comparaison des sacrements de la nouvelle loi entre eux.
Il reste encore une chose pour mettre un point final à la question du nombre des sacrements, et c’est que nous démontrions leur ordre. Car, c’est une des nombreuses erreurs de Luther qu’il n’y ait pas un sacrement plus important qu’un autre. C’est ainsi, en effet, qu’il parle dans son livre contre les docteurs de Prague, sur l’institution des ministres : « Un sacrement ne peut pas être plus digne qu’un autre, car ils consistent tous de la même parole de Dieu. » Les calvinistes ont une raison plus grande qui les force à professer la même chose : dans l’eucharistie, ils n’admettent qu’une présence symbolique du corps de Jésus. Pourquoi donc placeraient-ils l’eucharistie avant le baptême ?
Mais les luthériens eux-mêmes n’ont pas de raison de placer l’eucharistie avant le baptême. Car, même s’ils avouent que, dans le pain, est vraiment le corps du Christ, ils sont forcés de mettre ce même corps dans l’eau du baptême, puisqu’ils le placent partout, le corps de Jésus bénéficiant du privilège d’ubiquité. Et comme il n’y a pas de raison qui les empêche d’attribuer le même effet à chacun des sacrements, à savoir, contresigner les promesses pour nourrir la foi.
C’est contre cette erreur que s’est prononcé le concile de Trente (session 7, chapitre 3), où il anathématise ceux qui enseignent que sont égaux tous les sacrements de la loi nouvelle. Au sujet de ce canon, et de toute cette affaire, il y a certaines choses à noter. La première. Calvin (dans son antidote) et Kemnitius (examen 3 par page 173), ont feint d’ignorer l’importance de la présente question, et en ont fait une matière à plaisanteries et à calomnies.
Car, ils disent tous les deux que ce canon ils l’observent scrupuleusement que les catholiques puisque, entre le baptême, l’eucharistie et les cinq autres sacrements, ils mettent une différence si grande qu’ils enseignent que les premiers ont été institués par Dieu, et les autres inventés par les hommes. Mais, cela c’est faire semblant d’ignorer l’état de la question. Car, quand le concile anathématise ceux qui rendent égaux tous les sacrements, il n’insiste pas sur le chiffre sept, mais sur la raison du sacrement. Voici donc quel est le sens du canon : si quelqu’un rend égaux les sacrements de la nouvelle loi, que, dans le canon 1, nous avons dit être sept, de façon à ce que l’un ne soit pas plus digne qu’un autre, qu’il soit anathème.
Il est clair que c’est cela le sens, parce que, dans ses canons, le concile condamne les erreurs des luthériens. Or, l’erreur des luthériens n’est pas qu’ils rendent égaux le baptême et la confirmation, ou un des sept qu’ils ne reconnaissent pas comme sacrements, mais qu’ils ne fassent aucune différence entre le baptême et l’eucharistie. Et cela, le concile lui-même le montre. Car, (au bas de la session X111, chapitre 3), il affirme que l’eucharistie est plus excellent que tous les autres sacrements.
Il est à noter, en second lieu, que, après avoir feint d’ignorer la vraie raison de ce canon, Kemnitius en a mis d’autres, à savoir que le concile voulait renouveler l’ancienne contumélie que le chrême l’emportait sur le baptême; et aussi, que le sacrement de l’ordre l’emportait sur tous les autres parce qu’il procure de grasses prébendes . Enfin, que le sacrement de l’ordre soit si supérieur à celui du mariage qu’ils ne peuvent pas cohabiter. Mais toutes ces choses ne sont que de pures calomnies, de pures chimères dignes de leur auteur.
Car, comme je l’ai dit, le concile entend surtout condamner l’erreur des luthériens sur l’égalité en dignité existant entre le baptême et l’eucharistie. Et c’est à cela qu’auraient du répondre ces prétendus censeurs. Nous ne disons pas non plus que le sacrement de l’ordre milite contre le sacrement de mariage, mais que l’acte du mariage est quelque chose d’indécent dans un prêtre. Car, si, selon saint Paul (1 Corinth 7), les laïcs doivent s’abstenir de leur épouse pour un temps pour cause de prière, il est certain que l’acte du mariage est un obstacle à la prière, et encore plus au sacrifice. Il nous arrive même d’ordonner prêtre de vrais époux, mais continents.
La troisième note. Les sept sacrements sont tous de vrais sacrements proprement dits, même s’ils sont tous du même genre. Ils diffèrent, cependant, par l’espèce, et pour des raisons différentes, il n’y en a pas un qui ne soit pas supérieur à un autre. Car, le baptême l’emporte sur tous quant à son effet qui est de remettre les péchés. Car, il remet le péché originel, ce qu’aucun autre sacrement ne peut faire. Il remet aussi tous les péchés actuels, et toutes les peines dues au péché, ce que ne font pas les autres sacrements.
La confirmation l’emporte aussi sur tous les autres, et même sur le baptême, (même si les luthériens ne le veulent pas) quant à l’effet de la grâce reçue pour bien opérer. Car, dans ce sacrement, est conférée la plénitude du Saint-Esprit; et la confirmation est une sorte de perfection et de consommation du baptême. Car, elle présuppose tout l’effet du baptême, et ajoute une grâce plus abondante. Voilà pourquoi il est dit aux apôtres en Luc : « Demeurez dans la cité, jusqu’à ce que vous soyez remplis de la vertu d’en haut. »