Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 218)
Et avant l’effet de la confirmation, qu’ils reçurent le jour de la pentecôte, ils étaient, même s’ils avaient été baptisés, timides et craintifs, de façon telle qu’ils avaient tous fui, au moment de la passion du Christ. Mais, après cela, après avoir reçu l’Esprit-Saint, ils devinrent très courageux. Voilà pourquoi saint Cyprien (livre 2, épitre 1) et Corneille (dans son épitre à Fabius, d’après Eusèbe de Césarée, livre 6, chapitre 33 de son histoire ) ne craignirent pas de dire que ne sont pas des chrétiens totalement sanctifiés et parfaits ceux qui sont privés du sacrement du chrême. Calvin et Kemnitius appellent même cela une vieille contumélie.
L’eucharistie est le sacrement le plus excellent de tous, quant à la substance même du sacrement. Car, les autres consistent dans une chose sensible et une certaine vertu d’agir communiquée par Dieu au moyen d’un mouvement. Mais l’eucharistie ne contient pas seulement une vertu opérationnelle, mais le Christ lui-même, l’auteur de cette vertu.
La pénitence l’emporte sur les autres par la nécessité, à l’exception du seul baptême, avec lequel il possède cette excellence en commun. L’extrême onction, d’une certaine façon, surpasse la pénitence, quant à l’effet de la grâce, comme la confirmation le baptême. Car, elle présuppose l’effet entier de la pénitence, et surajoute une grâce plus abondante, qui non seulement peut effacer les péchés qui resteraient encore, mais enlève aussi les restes des péchés.
L’ordre l’emporte sur tous les sacrements, à l’exception de la confirmation. Car, il ne peut être conféré que par un évêque. Il semble même, pour cette raison, surpasser même la confirmation, car la confirmation peut, par une dispense, être conférée exceptionnellement par un simple prêtre. Or, les ordres sacrés, et surtout le sacerdoce, ne peuvent être conférés que par un évêque. De plus, l’ordre l’emporte sur les autres à cause de quelque chose qui lui est propre, parce qu’il établit les hommes dans un grade plus sublime que celui des simples chrétiens. Et non, (comme l’imagine Kemnitius) parce qu’il fournit de grasses prébendes.
Enfin, le mariage l’emporte par la signification. Il signifie, en effet, l’union qui existe entre le Christ et son église. Et c’est pour cette raison qu’il a été par saint Paul (Éphésiens V), appelé un grand sacrement.
La quatrième note. L’eucharistie, à tous points de vue, est plus excellente que tous les autres sacrements. Car, son excellence est dans la substance même du sacrement. Et de plus, ce sacrement est la consumation de tous les autres sacrements. Voilà pourquoi on a coutume de le conférer après tous les autres, quand il s’agit des adultes. On reparlera de cela plus tard.
La cinquième note. L’ordre que le concile conserve en énumérant les sacrements n’est pas un ordre de dignité. Il énumère d’abord les cinq qui appartiennent à tous, ensuite les deux autres qui n’appartiennent pas à tous. Et dans les cinq premiers sacrements, on observe l’ordre du temps où, de par leur nature, ils doivent être reçus. Car, on donne d’abord le baptême, ensuite la confirmation, puis l’eucharistie. C’est cet ordre qui est conservé dans le cas de baptisés adultes. C’est donc l’ordre naturel. On énumère en quatrième lieu la pénitence, au cas où il arriverait de pécher après le baptême. Ensuite l’extrême onction, en fin de vie. Après ces cinq sacrements qui sont communs à tous, on en met deux qui ne conviennent pas à tous, l’ordre et le mariage. L’ordre d’abord, parce qu’il est plus excellent. On ne devait pas là tenir compte du temps, car ces deux sacrements ne se trouvent pas dans le même homme, sauf par accident.
CONTROVERSE 6
Les cérémonies des sacrements en général
Nous parlerons, en leur lieu, des rites de chacun des sacrements. On ne dispute ici que des rites en général. Nous entreprenons de disputer cette dernière controverse, d’abord parce que c’est une chose qui est très digne d’être connue, et ensuite pour qu’il n’y ait pas un seul canon du concile de Trente sur les sacrements que nous n’ayons pas défendu. Jusqu’à présent, nous les avons tous défendus, à part ce dernier qui dit anathème à ceux qui pensent pouvoir omettre sans péché les cérémonies de l’Église. Cette question comportera quatre parties. La première. Le nom, la définition, et la division des cérémonies. La deuxième. De l’état de la question : les erreurs et les mensonges des hérétiques. La troisième. On explique et on prouve la vérité. La quatrième. Les objections des adversaires.
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CHAPITRE 29
Nom, définition et division des cérémonies
Pour comprendre l’état de la question, il y a certaines choses qu’il faut d’abord noter. La première. Qu’est-ce qu’une cérémonie ? La cérémonie est un acte externe de religion qui n’est honorable que parce qu’il est fait en l’honneur de Dieu. Car, la religion, qui est la plus noble de toutes les vertus morales, a trois actes ayant chacun une vertu propre. Le premier, l’acte interne qui consiste à vouloir l’honneur qui est du à Dieu, et à lui rendre un culte. Le second, l’acte externe qui correspond à l’acte interne, et qui consiste dans n’importe laquelle action externe qui n’est bonne et louable que parce qu’elle est faite pour rendre un culte à Dieu, comme la génuflexion, le sacrifice etc. Le troisième. Un acte commandé, c’est-à-dire un acte qui est ordonné par la religion en l’honneur de Dieu, comme les jeûnes, les aumônes. On peut les appeler des actes de religion quand ils sont faits pour rendre un culte à Dieu, même s’ils sont aussi des actes d’autres vertus.
C’est de ce troisième que parle saint Jacques (chapitre 1) quand il dit que la religion consiste à visiter les vieux et les malades, et à se garder pur de ce siècle. Et saint Augustin (dans enchiridion, chapitre 3) : « qu’on rend un culte à Dieu par la foi, l’espérance et la charité ». De ces trois actes, le premier n’est une cérémonie en aucune façon. Le troisième n’est pas non plus une cérémonie, à moins qu’il ne soit commandé par la religion. Le second est une cérémonie au sens propre, et c’est de lui que nous parlons.
Le mot cérémonie en hébreu ne signifie pas tant l’action externe que la loi ou le décret qui prescrit cette loi. Voilà pourquoi dans le nouveau testament les cérémonies judaïques ont coutume de porter le nom de lois. Matthieu X1 : « Les lois et les prophètes jusqu’à Jean » Galates V : « J’atteste que chaque homme qui se circoncit doit accomplir la totalité de la loi. » Les Grecs traduisent ce mot par dikaiômata, c’est-à-dire justifications, parce que les cérémonies étaient des rites institués pour justifier et purger l’homme.
Les traducteurs latins préfèrent presque toujours rendre le mot hébreu par cérémonies. Ce nom latin provient de la ville Caere, comme le veulent Tite Live (livre V), et Valère Maxime (livre 1, chapitre 1), parce que c’est dans cette ville que les choses sacrées de Rome avaient été conservées quand les Gaulois vandalisèrent la ville de Rome. On aurait peut-être plus de raisons de dire qu’il vient de carendo, comme le veulent saint Augustin, rétractations, chapitre 37), et Macrobius (livre 2, chapitre 3, saturnales), du fait que les cérémonies ont été instituées dans l’abstinence et dans la privation, comme chez les Juifs l’abstention de la chair du porc, et presque tous les autres vœux des nazaréens et des autres qui se privaient, par vœu, de vin et d’autres choses.
Mais venons-en à la division. Il y a cinq sortes de cérémonies. La première tire son nom de la fin ou de l’effet. Certaines, en effet, comme les sacrements, ont été instituées pour justifier, et ce n’est pas d’elles que nous parlons. D’autres ont été instituées pour produire certains effets spirituels, comme pour chasser les démons, comme les exorcismes et l’eau bénite. D’autres, pour orner et signifier, comme les robes blanches des néophytes, les lumières des cierges, l’encens.
La deuxième division provient de la cause efficiente, c’est-à-dire de celui qui les a instituées. Certaines sont comme instituées par la nature, et on peut les appeler naturelles, comme regarder le ciel, lever les mains, fléchir les genoux, se frapper la poitrine, quand nous prions Dieu. Elles sont communes aux chrétiens et aux païens, et aux membres de n’importe laquelle secte. Certaines ont été instituées par Dieu, comme beaucoup de choses dans l’ancien testament, et les sacrements dans le nouveau. On les appelle des cérémonies divines. D’autres ont été instituées par les apôtres, ou par leurs successeurs, et on les appelle des cérémonies ecclésiastiques.
La division des mots est semblable. Certains mots visibles sont des cérémonies. Nous voyons, en effet, que certains mots sont naturels, par lesquels nous exprimons différents effets. Car, tous pleurent, soupirent, ou rient de la même façon. Et d’autres ont été institués par Dieu, comme (dans la Genèse 1) les noms du ciel, de la terre, des mers. Et, ailleurs, les noms de certains grands hommes. Et ailleurs, des noms institués par les hommes, (Genèse 11.) On dit qu’Adam a donné des noms aux animaux.
La troisième division est tirée de la cause formelle. Car, certaines cérémonies sont immédiatement un culte de Dieu, comme le sacrifice, la prière, l’adoration. D’autres disposent à rendre un culte à Dieu, comme le jeûne, le célibat, l’ascèse. D’autres sont des instruments du culte divin, comme les temples, les autels et les calices.
La quatrième division provient de la cause matérielle, ou d’après l’objet matériel. Certaines cérémonies se rapportent aux personnes, comme les exorcismes, les insufflations, l’aspersion de cendre. D’autres se rapportent aux lieux, comme la consécration d’un temple. D’autres, au temps, comme les jours de fête, les vigiles, le carême. Et il y a aussi des temps déterminés pour la célébration des sacrements. D’autres se rapportent à la manière, comme la langue latine qui doit être employée dans les sacrements. Enfin, d’autres qui se rapportent aux choses elles-mêmes, comme la bénédiction de l’eau, des vêtements et des palmes.
La quatrième division vient des accidents, qui sont soit universels, soit particuliers, comme le jeûne du sabbat qui, au temps de sainte Monique, était observé à Rome et non à Milan. Inversement, le lavement des pieds après le baptême était observé à Milan, et non à Rome. Voir saint Augustin (épitre 118) et saint Ambroise (livre sur les sacrements 111, chapitre 1). De même d’autres cérémonies temporaires comme l’abstention du sang et de la suffocation (Actes XV); et d’autres qui sont perpétuelles, comme les rites des sacrements. Enfin, quelques unes ont été commandées, d’autres laissées au libre choix de chacun. Voir saint Augustin (épitre 118).
CHAPITRE 30
L’état de la question
Pour bien saisir l’état de la question, il faut faire trois remarques préliminaires. La première. Elles ne sont pas peu nombreuses les choses que les adversaires admettent avec nous. Ils admettent d’abord que, en plus des cérémonies qui contiennent l’essence des sacrements, certaines cérémonies sont nécessaires à l’administration des sacrements. Ils disent ensuite qu’il faut employer les cérémonies qui ont, dans l’Écriture, un mandat ou un exemple, comme les prières, les actions de grâce, les exhortations, la psalmodie. Car, toutes ces choses furent en usage au temps des apôtres (1 Corinthiens X1V, 1 Timothée 11). Troisièmement, ils admettent que l’Église peut statuer sur les cérémonies qui se trouvent dans l’Écriture, et déterminer un ordre, une manière de les utiliser, pour éviter toute confusion.
C’est ce que disent Luther (dans son livre sur les cérémonies pieuses, et dans son livre sur la formule de messe), Calvin (livre 4, chapitre 10, verset 14), Kemnitius (examen 2 par. Page 171). Enfin, les mêmes approuvent forcément les cérémonies qu’ils ont éditées pour leurs églises respectives.
Il faut observer, en deuxième lieu, que les adversaires font plusieurs reproches aux catholiques au sujet de la doctrine des cérémonies, mais ce ne sont que des mensonges qu’ils réprouvent, non nos dogmes. Il faut donc tout noter et séparer pour mettre en lumière l’état de la question.
Kemnitius (2 par examen, page 157 et suivantes), nous attribue toutes les choses qui suivent. D’abord, que le concile de Trente aurait approuvé tous les rites excogités par les hommes, même les plus absurdes. Calvin dit la même chose dans son antidote de ce canon. Mais, rien n’est plus faux. Le concile en effet, n’a approuvé que les rites reçus par l’église universelle, ceux qu’approuvait aussi saint Augustin dans son épitre 118, quand il disait que disputer contre eux était faire preuve d’une insolente folie. Il prétend ensuite que nous affirmons qu’il faut conserver les rites qui militent contre la parole de Dieu; que le pape peut changer ce qui a été institué par le Christ; que c’est un péché mortel et digne d’anathème de faire le moindre petit changement dans ces cérémonies.
Calvin dit la même chose dans son antidote (livre 4, chapitre 10.) Il nous reproche ensuite de faire passer les institutions humaines avant les institutions divines, (dans son apologie d’Augusta, article 15, et le dernier). Ils disent ensuite que nous pensons que, sans ces rites humains, les sacrements ne sont ni vrais ni efficaces. Ce qui est, certes, un mensonge d’une extrême impudence.
On trouve le même mensonge auprès de Tilmman Heshusius (dans son livre sur les 600 erreurs des pontifes romains, tit, 10, erreur 13. )
Septièmement. Ils prétendent que nous attribuons la même force spirituelle à toutes les cérémonies. Que, à certaines cérémonies, comme le cierge pascal, nous attribuons l’efficacité sacramentelle. Luther dit quelque chose de semblable dans sa dernière homélie sur le baptême. Il affirme que pour les catholique, sont des sacrements l’eau bénite, et les autres choses qui sont consacrées. Même si le même Luther dit le contraire dans son livre sur la captivité de Babylone, au chapitre de l’ordre. Enfin que nous préférons ces cérémonies aux sacrements du Christ.
Calvin dit la même chose dans son antidote, où il a le front de nous reprocher de faire passer le sel, l’eau et le crachat avant l’eau du baptême. Il ajoute que Tertullien et Cyprien, entachés de l’erreur des montanistes, enseignèrent que les exorcismes et les onctions ont un effet spirituel. Or, nous n’avons jamais lu que les montanistes aient enseigné quelque chose de semblable. Mais, chez les pères, nous le lisons souvent.
Ils disent aussi que Cyprien et Corneille ont attribué à l’onction l’effet du baptême et que, ce n’est que plus tard, au témoignage du maître des sentences, que furent amendées ces opinions; et qu’elles ont été renouvelées par le concile de Trente. Mais toutes ces insinuations sont des mensonges flagrants. Car, Corneille et Cyprien ne parlent pas des cérémonies ecclésiastiques, mais du sacrement de confirmation. Et ces pères n’attribuent pas au sacrement de confirmation l’effet du sacrement du baptême, mais un effet qui lui est propre. Et dans tous les écrits du maitre des sentences, on ne lit aucun mot portant sur la correction de cette sentence. La seule erreur qui est corrigée ou amendée c’est celle de saint Cyprien sur l’anabaptisme, (livre 4, sentence, dist 6).
Ils ajoutent à ces calomnies, que nous pensons que le culte principal de Dieu consiste dans ces cérémonies. Ainsi Calvin (livre 4, chapitre 10, versets 9 et 12, et la confession d’Augusta, article 96, qui porte sur la différence des nourritures.) Mais toutes ce choses sont des mensonges crasse, et n’ont rien à voir avec l’état de la question.
Nous admettons, nous, tous les catholiques, que les cérémonies ecclésiastiques ne forment pas le culte principal, et que ce n’est pas d’elles que dépendent l’essence et l’efficacité des sacrements. Qu’elles n’ont pas non plus le pouvoir de justifier comme l’ont les sacrements. Qu’elles sont donc inférieures aux sacrements, et qu’on ne doit approuver aucun rite qui milite contre la parole de Dieu. Qu’il ne faut pas les multiplier au point que, par leur nombre excédentaire, elles offusquent la religion qu’elles doivent servir.
Dans les vignes, en plus des raisins, les agriculteurs convoitent aussi les pampres, avec lesquelles ils ornent et protègent les raisins. Mais si les pampres croissent trop, elles sont un obstacle plutôt qu’un une aide. On les coupe donc. C’est ainsi qu’on doit se comporter envers les rites, au dire de saint Augustin (épitre 119, chapitre 13.) Nous sommes d’accord avec les adversaires là-dessus.
Notons, ensuite, que toute la controverse consiste en six chapitres. Le premier. Y a-t-il des cérémonies instituées par Jésus-Christ ou les apôtres, qui ne sont pas dans l’Écriture, mais que nous connaissons par la seule tradition ? Le deuxième. Est-ce que les cérémonies qui ne sont pas des sacrements possèdent une vertu spirituelle qui leur permet de repousser les démons ? Le troisième. L’Église peut-elle instituer de nouvelles cérémonies ? Le quatrième. Peut-elle les instituer de façon telle que les fidèles soient tenus, en conscience, de les observer ? Le cinquième. Ces cérémonies sont-elles des choses bonnes et méritoires, et une certaine partie du culte divin ? Le sixième. Les sacrements doivent-ils être célébrés et administrés en latin ?
À toutes ces questions, les catholiques répondent affirmativement; et les luthériens et les calvinistes, à l’exception du troisième, répondent négativement. Sur le troisième, ils ne sont même pas d’accord entre eux. Car, Luther (dans son livre sur la formule de la messe, dans son livre des cérémonies pieuses, et dans la confession d’Augusta, articles 15, et 26), Philippe (dans ses lieux, au titre des cérémonies), et Illyricus (dans son apologie de la confession d’Autuerpiensis, chapitre 10, ) et l’ensemble des luthériens reconnaissent que l’Église peut instituer certaines cérémonies pour l’érudition, la splendeur et l’ordre de l’Église, pourvu que soit absente l’obligation ou l’idée d’un culte.
Calvin (livre 4, chapitre, 10, verset 11), soutient que cela n’est permis en aucune façon, et Brentius (dans la confession de Wirtemgerg, au chapitre des cérémonies) semble penser de la même manière. Il dit, en effet, que l’Église peut instituer la façon de faire les sermons, les lectures, les fêtes, et d’autres choses qui selon célébrées d’après des mandats ou des exemples de l’Écriture. Mais qu’il n’est pas permis de commencer de nouveaux rites pour ombrager la vérité qui a déjà été mise en lumière dans l’évangile. Exemples : allumer des cierges, se servir d’étendards ou de croix, pour signifier la victoire du Christ.
Kemnitius enseigne assez ouvertement la même chose à la page 166. Car, après avoir dit que c’était une question ardue, celle qui veut qu’on se demande s’il est permis aux hommes d’ajouter, pour un motif quelconque, d’autres rites à ceux que le Christ a institués, il répond qu’il ne faut rien ajouter ni enlever à l’institution divine; et que ceux qui le font semblent agir ainsi parce qu’ils pensent que les cérémonies instituées par le Christ ne sont ni appropriées ni suffisantes.
CHAPITRE 31
On explique et on défend la vérité
Pour expliquer et prouver la vérité, nous aurons recours à certaines propositions. La première. Le Christ et les apôtres ont institué certaines cérémonies que nous ne tenons d’aucune Écriture, mais de la seule tradition. On le prouvera plus au long quand il sera question de chaque cérémonie en particulier. Nous le prouverons brièvement maintenant en rappelant que le sacrement du chrême est sacrosaint, comme l’affirme saint Augustin (livre 2, chapitre 104, contre les lettres de Petilianus.) Or, les sacrements seul Dieu peut les instituer. C’est donc le Christ qui a institué le sacrement du chrême.
Et pourtant, nous n’avons jamais dans l’Écriture de mention du chrême. De même, en 1 Corinthiens X1, l’apôtre dit : « Les autres choses, je les disposerai quand je reviendrai. » Et, cependant, il n’a rien écrit, après cela, sur le rite du sacrement de l’eucharistie, dont il était question à cet endroit. Et il n’est pas crédible qu’il n’ait pas tenu sa promesse, ou que ses autres lettres aient été perdues. Voilà pourquoi saint Augustin affirme dans l’épitre 118, que parmi les autres lois des apôtres, il y en avait une qui prescrivait que nous devons recevoir l’eucharistie à jeun. Que c’est cela, avec d’autres rites que l’Église observe, que l’apôtre avait promis quand il a dit : les autres choses, j’en disposerai à mon retour.
Saint Basile (livre sur le Saint-Esprit, chapitre 27) énumère plusieurs choses, comme le signe de la croix, instituées par les apôtres, et qui ne nous sont parvenues que par la tradition. Saint Cyprien (livre 2, épitre 3), enseigne que le mélange de l’eau et du vin dans l’Eucharistie, a été institué par le Christ. Saint Augustin enseigne la même chose (livre 3, chapitre 21 sur la doctrine chrétienne). Or, nous ne trouvons pas cette chose écrite dans l’Écriture. Mais, de cela, en un autre temps.
La seconde proposition. Certaines cérémonies ont une force spirituelle. De cela aussi, c’est ailleurs qu’il nous faudra parler. Pour l’instant, limitons-nous au signe de croix. Les pères affirment souvent qu’il nous faut armer notre front, et le munir contre toutes les astuces des démons; et que sa vertu est admirable.
Voir Tertullien (au début du Scorpion), Origène (homélie 6, au chapitre XV de l’Exode), Cyprien (livre 4, épitre 6), Lactance (livre 4, chapitres 26, et 27), saint Grégoire de Naziance (dans son discours 1 contre Julien), saint Grégoire de Nysse (dans la vie de Grégoire le thaumaturge), Épiphane (hérésie 30), saint Jean Chrysostome (homélie sur la divinité du Christ), Ephrem (dans son livre sur l’armature spirituelle), Palladius (dans son histoire lausiaque, chapitres 2 et 54), saint Jérôme (dans sa vie de Hilarion), Sulpice dans sa vie de saint Martin, saint Augustin (livre XX11, chapitre V111 sur la cité de Dieu), Prudence (dans son hymne avant le sommeil), Paulin (Noël 8).
Et, au nom des autres, écoutons Athanase (dans son livre sur l’incarnation et le salutaire avènement de Jésus-Christ) : « Par le signe de la croix, tous les enchantements, les charmes et les incantations sont repoussés, et les poisons rendus inefficaces. » Et plus bas : « Qu’il vienne celui qui veut faire l’expérience de ces choses, et qu’il se serve du signe de la croix contre les impostures des sorciers, et les prodiges de la magie, comme en se moquant d’eux. Qu’il invoque le nom du Christ, et il verra comment, par la crainte de ce signe, les démons s’enfuient, les oracles des idoles se taisent, les formules magiques et les poisons perdent leur pouvoir. »