Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 221)
Il faut cependant observer que même si le culte de l’ancien testament a été corporel, il n’a pas plus à Dieu sans qu’il ait été aussi spirituel. Et c’est pour cela que Dieu a demandé aussi aux Juifs un culte spirituel, comme Isaïe 29 nous l’a montré. Mais ceux qui rendaient ce culte spirituel à Dieu ce n’est pas en vertu de l’ancien testament qu’ils le faisaient, mais en vertu du nouveau, auquel ils commençaient déjà à participer. Car, il est bien connu que la crainte était le propre de l’ancien testament, et l’amour celui du nouveau. Dieu demandait quand même aux Juifs de l’aimer de tout leur cœur, et cela, les saints de l’ancien testament le faisaient par la grâce du nouveau testament. Pour une raison semblable, bien que le culte chrétien soit principalement spirituel, il ne peut pas exister, dans ce pèlerinage terrestre, sans être aussi corporel. Et voilà pourquoi il admet des sacrements et des cérémonies qui sont au service du culte spirituel.
Le huitième argument, au verset 15 : « Tout ce que les œuvres ont en fait de recommandation, elles l’ont toutes à cause de l’obéissance que Dieu seule regarde, comme l’attestent les prophètes : Je n’ai pas prescrit des sacrifices et des victimes, mais seulement que vous entendiez ma voix quand vous l’écoutez (Jérémie V11, Rois X1). Dieu veut-il un sacrifice, ou plutôt qu’on obéisse à la voix du Seigneur ? Ce ne sont donc pas les cérémonies que Dieu n’a pas instituées qui lui plaisent, ou qui peuvent être méritoires. » Il confirme au même endroit son argument en disant que nos cérémonies ne sont pas seulement non méritoires, mais inutiles, car elles sont comprises par peu de personnes.
Je réponds que son antécédent est faux, et manifestement contraire à toutes les Écritures. Car le sacrifice d’Abel a plu à Dieu, (Hébreux X1), même s’il ne l’avait pas commandé. Et (aux Corinthiens V11) : « Celui qui ne se marie pas fait mieux. » Et, au même endroit, au sujet de la veuve : « Elle sera plus heureuse si elle demeure vierge. » Et, cependant, au même endroit, il déclare que ce n’est pas un précepte de ne pas se marier. Et (aux Corinthiens 1X), il soutient qu’il lui aurait été permis de vivre du bien de ceux à qui il prêchait, mais qu’il a préféré vivre de son travail, pour avoir une plus grande récompense. C’est bien ce que signifient ces paroles : « Il est préférable pour moi de mourir plutôt que quelqu’un évacue ma gloire. »
Ensuite, ces textes de l’écriture mettent l’obédience avant les sacrifices. Mais cela ne nous permet pas de conclure : donc les sacrifices non commandés n’ont aucune valeur, pourvu qu’ils soient offerts avec foi et dévotion, puisque c’est le contraire que l’Écriture nous montre, comme nous l’avons déjà démontré. Je réponds à la confirmation que les cérémonies de l’Église sont faciles à comprendre en gros. Si certaines cérémonies ne sont pas comprises par tous comme le grand nombre des vêtements et des signes dans la messe, elles ne manquent pour autant d’utilité, même pour les ignorants, puisqu’elles enseignent la vénération et le respect envers les choses sacrées. Il est certain que les Juifs comprenaient peu. Ce qui ne veut pas dire qu’ils les recevaient pour rien.
Le neuvième argument, au verset 17 : « L’Église n’a-t-elle pas dit que la loi prescrite une seule fois demeure ? Ce que je te prescris, tu l’observeras et le mettra en pratique. Et au proverbe 30 : tu n’ajouteras ni n’enlèveras rien à la parole de Dieu, de peur qu’on t’accuse et que tu sois reconnu menteur. » Je réponds que Dieu n’interdit pas n’importe laquelle addition. Car, que par verbe on entende les livres sacrés, ou les préceptes moraux, ou judiciaires ou cérémoniaires, nous trouvons toujours qu’une addition a été faite. Car, après le deutéronome, où nous avons cette prohibition, tous les autres livres sacrés ont été écrits, autant historiques que prophétiques, et tout le nouveau testament.
De même, dans les prophètes, et dans les livres de Salomon, il y a beaucoup de préceptes moraux qui semblent bien avoir été ajoutés au pentateuque. Et David a ajouté le précepte judiciaire suivant, à savoir que soit réparti équitablement le butin de guerre entre ceux qui ont combattu et ceux qui ont gardé les bagages (1 Rois 30).
Ils ajoutèrent aussi les lois cérémoniales postérieures pour les nouvelles fêtes (Esther 1X, Judith dernier chapitre, et 1 Macchabées 4. ) Ce que Dieu prohibe c’est donc une addition qui est une corruption. Et tu n’ajouteras ni n’enlèveras rien, c’est comme s’il disait : observe intégralement et parfaitement ce que je te prescris. On le comprend, cela, par la raison qui est donnée (proverbes 30) : « De peur qu’on ne t’accuse et que tu sois reconnu menteur. »
Or, on ne peut pas appeler faussaire ou menteur celui qui a institué une nouvelle cérémonie, pourvu qu’il n’y ait, en elle, rien qui soit contraire aux cérémonies divines. Est dit menteur et faussaire celui qui corrompt les paroles ou les préceptes de Dieu. Or, cette corruption peut se faire de deux façons. Une première. Si quelqu’un ajoute aux paroles ou aux préceptes de Dieu quelque chose qui les corrompe. Comme si, dans les sacrifices du Christ, on offrait le pain sans le vin, ou du miel ajouté au vin et à l’eau.
Une deuxième. Si quelqu’un revendiquait pour la parole de Dieu un livre canonique, composé par lui, ou pour sacrement une cérémonie inventée par lui. Ou s’il enlevait du nombre des vrais livres ou des vrais sacrements, un livre canonique ou un des sept sacrements. C’est ce péché que commettent les hérétiques quand ils nient que beaucoup de livres sont canoniques, et quand ils enlèvent cinq sacrements du nombre des sacrements.
La corruption nous la voyons dans la monnaie. On appelle faussaires ou faux monnayeurs ceux qui corrompent les monnaies, en ajoutant de l’argent ou en en enlevant; ou qui présentent comme de vraies pièces d’argent des pièces fabriquées par eux. Rien de tout cela ne se trouve dans les cérémonies de l’Église. Le dixième argument, verset 23. Il le tire de trois exemples de l’Écriture (4, Rois 17). Ceux qui habitaient la Samarie ont été déchiquetés par des bêtes parce qu’ils adoraient Dieu avec des cérémonies nouvelles que Dieu n’avait pas instituées. (4, Rois 16).
Achaz a été blâmé pour avoir posé un nouvel autel dans le temple, dans le but d’orner le temple. Et pourtant nous voyons, dit Calvin, que cet esprit audacieux a été détesté pour aucune autre cause que, dans le culte de Dieu, les inventions humaines sont d’impures corruptions. Au 4 Rois 21, le crime de Manassé a aggravé encore l’offense, puisqu’il construisit un nouvel autel à Jérusalem.
Je réponds à tous ces exemples, que, à son accoutumée, Calvin est de mauvaise foi. Car, aux Rois 1V, 17, on ne blâme pas les Samaritains parce qu’ils adoraient Dieu avec de nouvelles cérémonies, mais parce que, étant des Gentils, ils ne craignaient, au début, ni n’adoraient Dieu, ni ne connaissaient la loi de Dieu. Quand ensuite ils ont connu la loi de Dieu, ils commencèrent à adorer en même temps Dieu et leurs idoles.
Et Achaz a été blâmé (1V Rois XV1) non parce qu’il avait érigé un nouvel autel, mais parce qu’il avait ordonné que soit construit dans le temple de Dieu un autel semblable à celui des idoles. Il déplaça l’autel du Seigneur, pour mettre en sa place l’autel des idolâtres, afin que ce dernier occupe la meilleure place. Ensuite (1V, Rois, XX1), Manassé ne fit pas seulement mettre un nouvel autel dans le temple, mais un autel dédié aux aux idoles. C’est ce que dit l’Écriture : « Il érigea, dans le temple, des autels pour toute la milice du ciel dans deux parvis entourés de portiques ». Et, plus bas : « Il plaça aussi une idole du bois sacré, qu’il avait faite dans le temple du Seigneur. » Car, faire un nouvel autel dans le temple du Seigneur n’aurait pas été un crime.
Nous voyons, en effet, (111 Rois V111), que Salomon a ordonné que la partie médiane du parvis fût sanctifiée pour y offrir des holocaustes. Car, l’autel d’airain, sur lequel il aurait du les offrir, ne suffisait pas pour une si grande quantité de victimes. Salomon, en effet, avait offert en holocauste vingt-deux mille bœufs et cent vingt mille brebis. Et voilà pour Calvin.
Mélanchton traite les écritures avec la même mauvaise foi. Car, (dans l’apologie de la confession d’Augusta, article 15,), il présente ces arguments en plus des autres. Le premier. Ezéchiel XX : « N’entrez pas dans les préceptes de vos pères. » Il n’est donc pas permis d’instituer de nouveaux cultes sans un mandat de Dieu. » Mais Ézéchiel parle de leurs pères idolâtres, car il est dit ailleurs Proverbes XX11 : « Ne transgresse pas les termes qu’ont établis tes pères. »
Philippe argumente ainsi : « S’il est permis aux hommes d’instituer des cultes, on devra approuver les cultes de tous les peuples, et même ceux qu’à institués Jéroboam. » Brillant, en effet ! C’est comme s’il était permis d’émettre une loi injuste du fait qu’il est permis d’en instituer une neuve. Il ajoute ensuite Daniel, au chapitre X1 : « Il signifie que les nouveaux cultes humains seront formés par l’antichrist. C’est ainsi que Moïse adora Dieu dans son lieu, et un Dieu que ses pères n’avaient pas connu. » Cela est un argument génial ! C’est comme si c’était la même chose d’adorer le vrai Dieu avec un nouveau culte, et adorer un nouveau Dieu, un Dieu faux et fictif.
2018 12 02 fin
Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 18 mars 2019.
Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps
JesusMarie.comSaint Robert Bellarmin
Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.
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2018 12 14 debut
NEUVIÈME CONTROVERSE GÉNÉRALE
LES SACREMENTS EN PARTICULIER
LE BAPTÊME ET LA CONFIRMATION
expliquée en deux livres
LIVRE PREMIER
LE SACREMENT DU BAPTÊME Les choses qu’on a coutume de disputer sur le baptême, on peut les ramener à neuf chapitres. Le premier : le nom et la définition. Le second : la matière. Le troisième : la forme. Le quatrième : la nécessité. Le cinquième : le ministre. Le sixième : ceux qui le reçoivent. Le septième : les effets. Le huitième : la comparaison entre le baptême du Christ et celui de saint Jean-Baptiste : cette comparaison porte surtout sur les effets. La neuvième : le rite, et les cérémonies. En expliquant ces controverses, nous poursuivrons surtout deux buts. Le premier : défendre contre l’antidote de Calvin et l’examen de Kemnitius les canons du concile de Trente de la septième session. Le deuxième : mieux comprendre et réfuter plus efficacement les sentences et les arguments des hérétiques de notre temps.
CHAPITRE 1
Le nom, la définition et les parties du baptême
Sur le nom du baptême, il n’y a pas de dissension, car tous utilisent le mot que l’on trouve souvent dans l’Écriture. Baptisma signifie, au sens propre, immersion. Car, le baptême se fait ordinairement par immersion, et cela, afin de représenter l’ensevelissement du Seigneur, selon Colossiens 11 : « Nous sommes ensevelis en lui par le baptême. » Les pères lui ont donné beaucoup d’autres noms. Voir Clément (le pédagogue, livre 1, chapitre 6), saint Grégoire de Naziance (sermon sur le baptême), saint Jean Chrysostome (homélie sur les baptisés).
Ils donnent au baptême les noms d’illumination, de grâce, de don, de sceau, de mystère, d’expurgation, etc. Mais le nom le plus important et plus fréquent est illumination. En plus des trois pères cités, utilisent ce mot tous les autres pères grecs postérieurs, et, avant eux tous, Denys l’aréopagite (dans les hiérarchies ecclésiales, chapitre 2) et même l’apôtre Paul (Hébreux V1) : « Il est impossible à ceux qui ont été une fois illuminés. » Et, a chapitre X : « Rappelez-vous les premiers jours au cours desquels, après avoir été illuminés, vous avez soutenu le grand combat des passions. » Voilà pourquoi saint Cyrille de Jérusalem appelle ses catéchèses sur le baptême des catéchèses d’illuminés. On dit avec raison que le baptême est une illumination, parce que, dans le baptisé, est infusé l’habitus de foi.
En ce qui a trait à la définition, saint Thomas (3 par question LXV1, article 1) en présente quelques-unes. Le catéchisme romain en donne une excellente tirée de l’Écriture : « Le baptême est le sacrement de la régénération par l’eau, dans la parole de vie. » Cette définition provient en partie de saint Jean 111, en partie de saint Paul aux Éphésiens V. On indique d’abord le genre en disant que le baptême est un sacrement. On ajoute ensuite de la régénération, qui est la différence spécifique, et qui le distingue des autres sacrements de la loi nouvelle. Car, même si on ne dit pas que les autres sacrements régénèrent au sens propre, ils justifient quand même l’impie, et surtout la pénitence. Or, la justification d’un impie, et surtout d’un hérétique, ou d’un apostat, diffère peu ou en rien de la régénération. Voilà pourquoi saint Paul dit dans Galates 1V : « Mes petits enfants, que j’enfante de nouveau. » Mais, quand on ajoute par l’eau, la différence devient évidente. Car, la réconciliation des pénitents ne se fait pas par l’eau, mais par la réformation des mœurs, et elle est comme un rappel des enfers.
Il faut aussi observer, à ce moment-ci, que le sacrement du baptême n’est pas l’eau elle-même, qui est une chose qui demeure toujours telle quelle, mais l’ablution, qui est une chose transitoire. Le baptême est donc le sacrement de la régénération par l’eau, c’est-à-dire un signe externe sanctifiant par l’aspersion de l’eau. On ajoute enfin : dans la parole de vie, pour exprimer la forme du sacrement, qui est la partie principale de l’essence.
Dans ses lieux (sur le sacrifice, année 58), Philippe définit ainsi le baptême : « Le baptême est un signe que Dieu agit avec nous, et nous reçoit en grâce. » Mais, cette définition convient à tous les sacrements, et même à la prédication qui n’est pas un sacrement. Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 1) le définit ainsi : « Le baptême est un signe d’initiation, qui nous rend capables d’entrer dans la société de l’église, pour que, après avoir été entés dans le Christ, nous soyons comptés parmi les fils de Dieu. » Cette définition a plusieurs défauts. Elle n’est pas une définition essentielle, car elle ne touche à aucune partie essentielle du baptême. Elle n’exprime, non plus, ni l’effet ni la fin principale de ce sacrement. Car, selon les catholiques et selon l’Écriture, la fin principale est de justifier et régénérer. Or, selon Calvin, (comme il ajoute au même endroit), la fin principale est de nourrir la foi, à la façon d’un document scellé. Or, cette fin, il est certain qu’il ne la mentionne pas dans sa définition. Il n’indique que la fin secondaire qui est d’attester la confiance que nous devons avoir en Dieu et l’Église, et être ainsi reconnus et comptés parmi les enfants de Dieu.
J’ajoute que cette définition convient aussi pour la circoncision. Car, la circoncision était un signe d’initiation qui faisait entrer les Juifs dans la société de leur église, et qui les insérait dans le Christ. Car, même si on appelle synagogue l’assemblée des Juifs quand on veut la distinguer de l’Église du Christ, elle était toutefois l’Église, la vraie église de Dieu, avant qu’elle renie le Christ. Même s’il ne fut un homme du temps de la synagogue que dans ses derniers jours, le Christ a toujours été la tête de toute l’Église. Et en tant qu’homme qui devait venir et souffrir, il était déjà la tête à laquelle les Hébreux étaient unis par la foi. Ils étaient donc déjà insérés dans le Christ. Voilà pourquoi saint Paul (1 Corinthiens X) dit que, dans le désert, les Juifs ont tenté le Christ. Et, dans l’apocalypse X111, on dit : l’agneau depuis l’origine du monde. La même définition semble aussi appartenir à la parole de Dieu prêchée. Car, c’est par la parole de Dieu que nous sommes initiés, que nous nous rassemblons en Église, et que nous nous insérons dans le Christ.
CHAPITRE 2
La matière du baptême
Au sujet de la matière, il n’y a jamais eu de dissension, même si un bon nombre d’erreurs ont existé et existent encore à ce sujet. La première erreur fut celle des manichéens qui, au témoignage de saint Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 46), ne pensaient pas qu’il fallait se servir d’eau pour le baptême, parce que, en tant que chose corporelle, l’eau n’avait pas été créée par Dieu, mais par le démon. Les marcionistes furent plus conciliants. Car, même s’ils croyaient que l’eau était l’œuvre d’un principe mauvais, non du Dieu bon, ils s’en servaient quand même pour baptiser, à cause du précepte du Christ. Dans son livre 1 sur les fables hérétiques, Theodoret rapporte avoir vu un vieux marcioniste qui reconnaissait qu’il fallait employer de l’eau pour accomplir le mystère, mais qu’il la haïssait à un pont tel qu’il préférait, pour ne pas sembler avoir besoin du créateur, nettoyer son visage avec de la bave plutôt qu’avec de l’eau.
La seconde erreur fut celle de Seleucius et de Hermias, qui excluaient l’eau du baptême. Et cela, d’après l’autorité des Écritures, qui partout où elles comparent le baptême de Jean à celui de Jésus, affirment toujours que Jean baptisait dans l’eau, et le Christ dans l’Esprit Saint et le feu (Matth 111, Luc 111, Jean 1, Marc 1, Actes 1.) Rapportent cette erreur Philastrius (dans son livre sur les hérésies), et saint Augustin (dans son livre des hérésies, chapitre 59.) La troisième erreur est celle des Jacobites, qui, à la place de l’eau, imprimaient au fer rouge la figure du Christ sur les fronts. C’est ce que rapporte Bernard de Luxembourg, dans son catalogue des hérétiques. La quatrième erreur est celle des Paulicianiens qui, au témoignage d’Euthymius 2 par panoplie tit 21), lors du baptême, substituaient à l’élément eau les paroles suivantes : je suis l’eau vive.
La cinquième erreur fut celle de Luther. Quand on lui demanda (colloques et symposiums chapitre 17) si, en l’absence de l’eau, on pouvait baptiser avec du lait ou de la cervoise, il répondit d’abord, qu’il fallait remettre cela au jugement divin. Puis, il ajouta que tout ce qui peut porter le nom de bain est apte au baptême. Or, il est certain, et personne n’en a jamais douté, qu’on peut prendre un bain de vin, de lait ou de cervoise.
Contre toutes ces opinions délirantes, le concile de Trente a statué (session 7, canon 2) qu’est requise, pour le baptême, de l’eau véritable et naturelle. Ce qui nous fait comprendre deux choses. La première. Aucun autre liquide que l’eau naturelle ne peut être la matière du sacrement du baptême. La seconde. Toute eau naturelle et vraie, même accidentellement altérée et changée, est une matière idoine. C’est l’Écriture elle-même qui nous le prescrit. Jean 111 : « De l’eau et de l’Esprit Saint. » Et c’est de là qu’est née la jalousie des disciples de saint Jean. En effet, ils virent le Christ baptiser dans l’eau par ses disciples, comme saint Jean Baptiste faisait. Actes V111 : « Voici de l’eau. Qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ? » Éphésiens V : « Par le baptême (lavement ) de l’eau dans la parole de vie. » Et dans 1 Cor X, saint Paul compare le baptême à la mer rouge, et dans 1 Pierre 111, saint Pierre compare le baptême au déluge. Enfin, les prophètes ont prédit expressément le baptême de l’eau. Comme Ézéchiel (chapitre 36) : « Je répandrai sur vous de l’eau pure. »
Pourquoi Dieu a-t-il choisi l’eau de préférence à d’autres créatures ? Les auteurs répondent en décrivant les différentes propriétés de l’eau. Voir saint Thomas (3 par quest LXV1, art 3) et Guillaume le parisien (livre sur les sacrements, chapitre sur le baptême.)
Les raisons alléguées par Seleucius ne concluent en rien. Car l’Écriture ne dit pas que la différente entre le baptême de saint Jean-Baptiste et celui de Jésus était que l’un était dans l’eau et l’autre dans l’Esprit Saint, mais que l’un était dans l’eau seul, et l’autre dans l’eau et le Saint-Esprit, comme le dit saint Jean 111 : « Voilà celui qui vient par l’eau et le sang, non dans l’eau seulement, mais dans l’eau et le sang. » Ce qu’il ajoute de Matthieu 111 et de Luc 111, ne signifie pas le feu en tant qu’élément, comme l’ont sottement pensé les jacobites, mais un feu céleste et divin. C’est pour cela qu’il est uni à l’Esprit Saint. Ce feu peut signifier les langues de feu qui descendirent sur les apôtres ou le feu du purgatoire, comme l’enseigne saint Jérôme (Matthieu chapitre 3), et Bède (chapitre 33 de Luc), ou le feu du divin jugement, comme l’explique saint Hilaire (canon 2 en Mathieu), ou le feu de la tribulation dans cette vie, qui ne manque à aucun baptisé, comme l’explique l’auteur de l’œuvre non terminée (au chapitre 11 de Matthieu.)
Sur ce canon, Kemnitius ne note qu’une seule chose : il n’est pas nécessaire que l’eau soit exorcisée et bénie. Il suffit que l’eau soit vraie et naturelle. Mais, il n’a pas raison. Car, même si la bénédiction de l’eau n’est pas requise à la substance du sacrement, cette bénédiction de l’eau a été instituée pour de bonnes raisons, comme nous le dirons plus loin.
CHAPITRE 3
La forme du baptême
Même si, dans la pratique, presque tous admettent, à notre époque, la forme du baptême, --ce qui est le signe d’une providence toute spéciale de Dieu qui empêche, par là, qu’un grand nombre ne périsse,--- il y eut quand même et il y a encore d’assez grosses erreurs. La première, au temps des apôtres. Celle de ceux qui baptisaient au nom de trois pères ou de trois fils ou de trois paraclets. Le canon 48 des apôtres rapporte et condamne cette erreur. La seconde fut celle des gnostiques qui, au témoignage de saint Irénée,(livre 1, chapitre 18), baptisaient au nom du père inconnu, dans la vérité de la mère de tous, et dans le nom de Jésus descendant. La troisième fut celle des Cataphryges, et des paulianistes qui ne baptisaient pas au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, comme Innocent 1 l’atteste (épitre 22, chapitre 5). Voilà pourquoi le concile de Nicée a ordonné qu’ils soient rebaptisés. (canon 19, et canon 8 de Laodicée).
La quatrième erreur fut celle des Ariens qui baptisaient au nom du Père par le Fils dans le Saint-Esprit. Nicéphore (livre 13, chapitre 35) raconte qu’a voulu baptiser un certain évêque arien du nom de Deuterius, mais que, par un miracle divin, l’eau est subitement disparue. D’autres ariens ne conservent pas la véritable forme du baptême, comme on le voit dans le concile d’Arles 1, canon 8. Quand des ariens revenaient à l’église, on devait leur demander avec quelles paroles ils avaient été baptisés, car, tous n’étaient pas baptisés de la même façon. Plusieurs d’entre eux rebaptisaient les catholiques, comme l’atteste saint Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 49).
La cinquième erreur fut celle des Eunomiens. Ils disaient : que soit baptisé le serviteur un tel du Christ, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et ils osaient rebaptiser les latins qui avaient été baptisés par les mots : je te baptise etc… C’est le concile du Latran sous Innocent 111 qui rapporte et condamne cette erreur au chapitre 4. Le concile ne condamne pas la formule grecque, car elle est substantiellement semblable à la nôtre. Mais il condamne l’erreur des Grecs qui, sans raison et sans cause, osaient condamner notre formule.
La septième erreur est celle de Luther, de Brentius, et de Zwingli. Ils enseignaient qu’il était permis d’user de notre forme, mais ils pensaient qu’elle n’était pas nécessaire à la substance du baptême. Dans son livre sur la captivité de Babylone (chapitre sur le baptême), Luther affirme que, quels que soient les mots qu’on utilise, le baptême est valide, pourvu qu’il ne soit pas donné au nom de l’homme, mais du Seigneur. Il ajoute même que si un ministre impie ne le donne pas au nom du Seigneur, le baptême serait quand même valide s’il est reçu au nom du Seigneur.
Zwingli (dans son livre sur la vraie et fausse religion, chapitre su baptême, vers la fin) enseigne ouvertement que, dans le baptême, n’était pas nécessaire une forme verbale déterminée. Même s’il ajoute ne pas interdire que soient employées les formules reçues. Voilà pourquoi certains Zwingliens, (comme le rapporte Jean Eckius dans son homélie 10 sur le baptême), baptisaient « aux noms » du père, du fils et du Saint-Esprit, ce qui est le l’arianisme manifeste. Car, dans l’Écriture, le nom signifie le pouvoir et l’autorité. Marc, dernier chapitre : « En mon nom, ils chasseront les démons. » Jean 5 : « Je suis venu au nom du mon Père. » Comme il y a une seule déité trois personnes, il y a aussi un seul nom, une seule autorité.
Voilà pourquoi saint Ambroise (livres 2 sur les sacrements, chapitre 7) et saint Jérôme (Éphésiens chapitre 4) notent que, dans le baptême, il se fait une triple immersion, mais qu’on ne dit pas : aux noms, mais au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Jean Brentius (dans son catéchisme, au chapitre sur le baptême) écrit : « Il y aurait un vrai baptême si, après que le catéchumène ait récité le symbole de la foi, le ministre disait : je viens d’entendre la confession de ta foi, que tu crois en Dieu le père, en Dieu le Fils et en Dieu le Saint-Esprit. Dans cette confession je t’asperge avec de l’eau, pour que, par ce sceau, tu sois sur d’être inséré dans le Christ. Va en paix. Il conseille cependant d’utiliser la forme reçue. Il donne un bon conseil, car autrement, il n’y aurait pas de baptême.
En plus de ces erreurs, se trouve aussi l’opinion de plusieurs catholiques qui pensent que suffit, au baptême, l’invocation d’une seule personne divine, et surtout du Christ. C’est ce que semblent penser saint Ambroise (livre 1, chapitre 3u sur le Saint-Esprit) et Bède (au chapitre X des actes) qui cite ces paroles de saint Ambroise. Saint Bernard (épitre 340 à Henri) enseigne que lui semble valide le baptême que quelqu’un confère par ignorance en disant : au nom du père, de la sainte et vraie croix. De même, Hugues de saint Victor (livre 2, partie 6, chapitre 2 sur les sacrements) et le maître des sentences (livre 4, sent dist 3), et enfin, le pape Nicolas dans son épitre aux Bulgares. Il ne définit rien, mais présente l’autorité de saint Ambroise, et semble l’approuver.