Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 222)
Les fondements de ces auteurs sont deux. D’abord, l’autorité des apôtres, qui baptisaient au nom du Christ (actes 8, 10 et 14.) Ensuite, parce que dans chacune des personnes divines, se trouve implicitement les deux autres. Car, qui dit Père, dit en même temps Fils, et l’Esprit de sa bouche. Celui qui dit Christ dit oint, c’est-à-dire Père, oint, c’est-à-dire le Fils et l’onction, c’est-à-dire l’Esprit-Saint. Celui qui dit Esprit-Saint dit Père et Fils de qui il procède.
Mais le fondement principal de tous ces auteurs qui viennent après saint Ambroise, est l’autorité de cet Ambroise. Or, si saint Antoine n’avait pas vraiment voulu dire ce que ces paroles semblent signifier, le fondement principal de leur opinion s’écroulerait. Mais quoi qu’il en soit, il est certain qu’il faut rebaptiser sous condition ou pas, si le baptême a été donné au nom du Christ, au d’une autre personne, comme l’enseignent avec raison les docteurs les plus graves (1V dist 3).
Voici donc la vraie formule du baptême : (Moi) je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Même si le mot moi (ego) n’est pas de l’essence du baptême, il ne faut cependant pas l’omettre, puisqu’il est prescrit par l’Église. Mais, s’il est omis, le baptême est valide, car la personne qui administre le baptême est suffisamment exprimée dans le je (sous-entendu en latin). Que ce soit là la formule vraie et nécessaire du baptême on le tire de l’évangile. Mais pas seulement de l’évangile, car il nous avons aussi recours à la tradition et aux déclarations de l’Église. C’est ce qu’il faut noter contre Calvin et les autres hérétiques, qui prescrivent et utilisent la même formule dans l’administration du sacrement du baptême, eux qui ne veulent admettre que l’Écriture, et non la tradition. Dans l’évangile, nous n’avons qu’un seul témoignage : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Si nous ne considérions que ces seules paroles, elles ne nous obligeraient certes pas à dire quand nous prêchons : je vous enseigne. Mais elles sembleraient suffire si nous baptisons et prêchons, même si nous n’exprimons pas par des paroles que nous faisons cela.
Pour une raison semblable, on ne déduit pas de ces seules paroles qu’il faille dire : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Car on peut expliquer ce passage ou de la foi en la trinité, pour que nous baptisions dans la foi de la trinité, ou de l’autorité, c’est-à-dire pour que nous baptisions par l’autorité de Dieu, comme quand on lit en Marc : en mon nom, ils chasseront les démons. Mais si nous ajoutons à ce texte l’autorité de l’Église, il apparaitra clairement que tous ces mots appartiennent à l’essence du Baptême.
Car, d’abord, il faut dire : je te baptise, ou quelque chose de semblable qui exprime l’action du ministre, comme l’enseigne le concile de Florence, dans son instruction aux Arméniens. Le pape Alexandre 111 enseigne la même chose, ainsi que tous les catéchismes, et tous les rituels, même les plus anciens. Ils en expliquent même la raison car, les paroles (au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit) même quand elles sont prononcées à voix haute, ne signifient pas, d’une façon précise, ce qui doit être signifié par le sacrement. Car un lavement peut être fait pour se rafraîchir ou pour se soigner d’une maladie. Et même pour ces choses on demanderait à bon droit l’aide de la trinité. Il faut donc ajouter : je te baptise, mot qui, en vertu de l’usage ecclésiastique, signifie la purification des taches pas tant de la chair que de l’esprit. Il faut aussi exprimer une autre personne que celle du ministre. C’est ce que nous faisons par le pronom : te. Personne, en effet, ne peut se baptiser lui-même.
Il faut ensuite exprimer les trois personnes. Deux autres papes enseignent aussi cela : Pélage (dans le canon si revera et dans le canon multi sunt) et Zacharie (canon in synodo, sur la consécration, dist). Ils affirment tous deux que le baptême n’est pas ratifié s’il est donné au nom du Seigneur, ou au nom du Christ. Il faut que les trois personnes divines soient nommées. Voir le canon 49 des apôtres, saint Denys (dans la hiérarchie ecclésiastique, chapitre 2), saint Justin (apologie 2) Origène (chapitre V1 aux Romains : « Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ ».)
Il dit lui aussi qu’un baptême donné au seul nom de Jésus n’est pas valide. De même saint Athanase (sermon 3 contre les Ariens, prés du milieu). Il dit là qu’il n’y a de parfaite initiation que dans les noms des trois personnes divines. Saint Basile dit la même chose (dans son livre sur le Saint-Esprit, chapitre 12) et Dydime l’aveugle, (livre 2 sur le Saint-Esprit, pas loin du début.) Voir aussi saint Greégoire de Nysse (dans son livre sur le baptême, avant le millieu). Saint Jean Chrysostome (chapitre V aux Éphésiens sur « les purifiant par le lavement ». Saint Grégoire de Naziance (dans son discours sur le saint lavement), près de la fin, saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10), Et trhophylacte (dans Matthieu, dernier chapitre. )
Les latins. Tertullien (dans son livre contre Praxeas, et dans son livre sur la couronne du soldat), Saint Cyprien (dans son épitre à Jubaianus), saint Hilaire (dans son livre sur les synodes, vers la fin), saint Ambroise (dans son livre sur les sacrements, chapitres 3 et 7, et dans ses livres d’initiation aux mystères, chapitre 4). Saint Jérôme (chapitre 4, aux Éphésiens), Siricius (dans son épitre à Innocent 1 22), saint Augustin (livre 6, chapitre 25 sur le baptême). Léon dans l’épitre 4 à Fulgence, sur l’incarnation et la grâce du Christ, chapitre 11, saint Grégoire livre 9, épitre 61.
Valent peu de chose les arguments que nous avons cités en faveur de ceux qui soutiennent qu’est valide un baptême conféré au seul nom du Christ. Le premier était l’exemple des apôtres. Certains parmi les scolastiques soutiennent que les apôtres ont agi ainsi en vertu d’une dispensation spéciale du Christ. Mais, comme ni l’Écriture, ni les conciles, ni aucun père ne parlent de cette dispense, a plus de poids l’opinion de ceux qui nient que les apôtres aient baptisé en d’autre nom qu’en celui du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ce qui est confirmé par les actes des apôtres, chapitre 19.
Car, quand certaines personnes dirent à Paul : nous n’avions même pas entendu dire qu’il y avait un Esprit saint, il leur répondit : dans quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Par ces paroles, il indique que, en son temps, l’Esprit-Saint avait coutume d’être nommé dans la forme du baptême. Et comme il est certain qu’il n’a jamais été donné au seul nom du Saint-Esprit, il s’ensuit qu’il était donné au nom des trois personnes. Ajoutons que comme dans les constitutions apostoliques sont condamnés ceux qui baptisent autrement qu’au nom des trois personnes divines, que les plus anciens pères, voire ceux qui ont connu les apôtres ou leurs disciples comme Denys et Justin, prescrivaient la même formule du baptême, il n’est pas croyable que les apôtres aient baptisé autrement.
Saint Luc dit, dans les actes (chapitres 2, 10 et 19), que les apôtres baptisaient au nom du Seigneur Jésus. On peut entendre cela de plusieurs façons. On dit peut-être qu’ils baptisaient dans la foi du Seigneur Jésus, par l’autorité du Seigneur Jésus, par un baptême institué par Jésus, ou en fin au nom du Seigneur Jésus, mais aussi au nom du Père et du Saint-Esprit. Et pour recommander davantage le nom de Jésus, ils disaient peut-être : je te baptise au nom du Père, de son Fils Jésus-Christ, et du Saint-Esprit. Et c’est ainsi que me semblent avoir compris ce passage saint Hilaire, saint Basile, saint Fulgence. Car, saint Hilaire (dans son livre sur les synodes, près de la fin) énumère divers textes de l’Écriture qui semblent se contredire si on ne les entend pas correctement. Et parmi ces textes il ajoute aussi celui-là. Il dit que, selon Matthieu, les apôtres ont reçu l’ordre de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mais que les actes des apôtres rapportent qu’ils baptisaient au nom du Christ. Et même si Hilaire n’explique pas comment il faut entendre ces textes, cependant, de sa manière de parler, et des autres exemples contradictoires qu’il cite, on peut déduire qu’il pensait que les apôtres avaient baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Autrement, comme il le dit, ils auraient commis le crime de prévarication de la loi divine à eux donnée. Luc aurait exprimé la chose en termes brefs, en ne parlant que du nom du Christ, mais sans nier le nom des autres personnes divines.
Dans l’incarnation et la grâce du Christ (chapitre 11), Fulgence dit clairement que les apôtres baptisaient au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et que c’était cela baptiser au nom du Seigneur Jésus (actes) ou dans la mort du Christ (Romains V1). Saint Basile (dans son livres sur le Saint-Esprit, chapitre 12,) écrit que, par le nom du Fils, on doit entendre toutes les trois personnes; que quand l’Écriture dit que les apôtres ont baptisé au nom du Christ, on doit comprendre que c’est au nom de trois personnes qu’ils baptisaient et non au nom de la seule personne du Fils. Quand il dit que quand on ne nomme qu’une seule personne on parle en réalité des trois, il veut expliquer la phrase de saint Luc, mais ne prescrit pas la forme du baptême. Et c’est de cette façon que veulent qu’aient parlé Ambroise et Bède, car saint Ambroise semble suivre de près saint Basile, puisqu’il présente les mêmes témoignages, et fait souvent siennes les pensées de ce saint docteur. Et il est certain que le catéchisme romain unit, sur cette question, saint Ambroise à saint Basile.
Au second argument, je réponds que ne suffit pas, dans le baptême, une mention implicite des trois personnes, parce que le Seigneur dans l’évangile, et tous les pères en font une mention explicite, et aussi, parce que les sacrements sont des signes externes et visibles. Il faut donc que l’invocation des trois personnes divines soit exprimée oralement de façon à être comprise. Et il ne saurait suffire qu’une seule personne soit exprimée oralement, et que les autres ne soient conçues que mentalement. Ce qui se produirait si on ne les invoquait qu’implicitement.
CHAPITRE 4
La nécessité et l’institution du baptême
Nous venons de parler de la cause matérielle et de la cause formelle du baptême. Il nous faut parler, maintenant de sa nécessité, qui se rapporte à la cause finale.
On ne peut absolument pas soutenir que le baptême est nécessaire au salut à cause du mandat divin du Christ. Car c’est ce qu’enseigne Calvin (dans son antidote du concile, session 7, canon 5). La question qui se pose est la suivante : le baptême est-il nécessaire en tant que moyen pour le salut, de sorte que qui n’est pas baptisé périsse, même si c’est par ignorance qu’il a désobéi au précepte. Le problème se pose surtout pour les enfants qui ne sont capables ni d’obéir ni de désobéir. Il y a, en fait, trois questions. La première. Le baptême est-il nécessaire ? La deuxième. Quand commence-t-il à être nécessaire ? La troisième. Peut-on y suppléer par le martyre, ou la pénitence, qu’on appelle baptême de sang ou de feu.
C’est sur la première question qu’a portée autrefois, l’hérésie pélagienne. D’après saint Augustin (livre des hérésies, chapitre 69), les pélagiens enseignaient que le baptême n’était pas nécessaire pour la rémission du péché originel, mais seulement pour l’obtention du royaume des cieux. Mais nos hérétiques pélagiens d’aujourd’hui sont beaucoup plus audacieux. Ils nient que le baptême soit nécessaire non seulement pour la rémission du péché originel, mais même pour l’obtention du royaume des dieux.
Le premier à avoir nié cela est Wiclif, comme l’atteste Thomas Waldensis, (tome 2, chapitre 96). Ensuite, Zwingli (dans la vraie et fausse religion) nie clairement que le baptême soit nécessaire au salut, puisqu’il n’est rien d’autre qu’un symbole externe. Martin Bucer (chapitre 111 de Matthieu) enseigne la même chose, mais en se basant sur un autre fondement, à savoir, parce que les enfants prédestinés sont sauvés même sans le baptême, et parce que les réprouvés sont condamnés même avec le baptême.
Jean Calvin (dans son antidote sur le concile, session 6, chapitre 5, et dans son livre 4, chapitre 16, versets 24 et 25 de ses institutions) enseigne que les enfants des fidèles sont, sans le baptême, saints et membres de l’église, et qu’ils sont sauvés s’ils meurent. Et la raison en est qu’il pensait qu’aux fils des fidèles n’était pas imputé le péché originel, et cela, en vertu de l’alliance que Dieu a faite avec Abraham (Genèse XV11) : « Je serai ton Dieu, et celui de semence. » Car, par le Christ, nous succédons à la postérité d’Abraham. Pierre le martyr (chapitre 7, 1, aux Corinthiens) enseigne la même chose, en commentant ces paroles : « Autrement vos fils seraient impurs, maintenant ils sont purs. » Il dit là clairement que les fils des fidèles sont sauvés sans le baptême, en présentant les mêmes arguments que ceux de Calvin. Henri Bullinger, le successeur de Zwingli dit la même chose en commentant le même passage. Il semble quand même y avoir une certaine différence entre Calvin et Bullinger. Calvin ne rend saints avant le baptême que ceux qui naissent de parents fidèles, tandis que Bullinger (dans son livre sur le testament, ou l’alliance du Dieu unique et éternel) enseigne qu’il suffit que les parents (ancêtres) aient été fidèles pendant un certain temps, même si les parents immédiats (le père et le mère) ne le sont pas. Selon l’opinion de cet hérésiarque, presque tous les enfants sont sauvés, car, rares sont ceux qui n’ont pas eu un fidèle, parmi leurs ancêtres.
Contre ces erreurs, le concile de Trente (session 7, canon 2) statue : « Si quelqu’un dit que le baptême n’est pas nécessaire au salut, qu’il soit anathème ! » On prouve ainsi cette vérité. D’abord, par la parole de Dieu. Jean 111 : « À moins que quelqu’un ne soit rené de l’eau et de l’Esprit-Saint, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu. » Ces paroles ne résonnent pas comme un précepte, mais comme un moyen, comme le démontre saint Augustin (dans son livre 1, chapitre 30, sur les mérites et la rémission des péchés), où il explique ce passage avec beaucoup de précision. Comme on le voit par la raison qu’il en donne : « Car ce qui est né de la chair est chair » et « il vous faut donc naître de nouveau » Le seigneur enseigne que les hommes sont nés charnels et pécheurs, et, à cause de cela, serviteurs du péché. Un remède est donc nécessaire contre ces mots, et ce remède c’est le baptême.
La figure du serpent que le Seigneur lui-même présente l’a pleinement convaincu. Le seigneur veut donc que le remède contre la mort éternelle soit de renaître par la foi et pas son baptême, comme autrefois le serpent d’airain fut le remède unique contre les morsures des serpents. Donc, le « à moins que quelqu’un ne renaisse etc. » signifie : à moins que tu ne manges, tu ne vivras pas; ou, à moins que tu ne prennes le remède prescrit par le médecin, tu ne guériras pas. Ce qui ne signifie pas tant un précepte qu’un moyen nécessaire. Ce n’est pas non plus cela que les adversaires contestent. Mais, par de nombreuses explications divergentes, ils s’évertuent à tant corrompre ce passage, qu’il n’y voit plus que l’eau soit nécessaire.
Calvin, dans son antidote, au lieu cité, dit d’abord, que, selon certains pères, l’eau signifiait la mortification. Kemnitius dit la même chose (dans on examen, canon 2, session 7). Et il nomme Saint Basile qui, par eau, entend la mortification. Mais cela est parler pour ne rien dire. Car, saint Basile (chapitre 15 de son livre sur le Saint-Esprit), n’explique pas littéralement ce que signifie le mot eau, (Jean 111), mais supposant qu’il signifie une eau vraie et naturelle, il se demande pourquoi l’eau est jointe au Saint-Esprit dans le baptême. Et, la raison qu’il en donne c’est que l’eau signifie la mortification des péchés, et l’esprit la résurrection des vertus.
Ensuite, Calvin dit que, dans ce passage, l’eau est une épithète de l’Esprit, et le sens est : il faut naître de l’Esprit qui purifie à la façon de l’eau. Mais, cette explication, nous l’avons déjà réfutée (dans le livre 2 sur les sacrements, au chapitre 3. » Nous y avons présenté quinze témoignages de pères qui voient dans ce texte l’eau du baptême. Ce que nous avons ensuite confirmé par des raisonnements.
En plus de cette explication de Calvin qu’il ne rejette pas, Pierre le martyr (chapitre V11 aux Corinthiens) en présente une autre, à savoir qu’il ne faut pas forcer le rôle du « et ». Car, il suffit que les hommes renaissent de l’Esprit saint, comme il est dit en Romains X : « On croit de cœur pour la justice, et on fait verbalement la confession pour le salut. » On a ici la même proposition « et », mais la foi du cœur et la confession orale ne sont pas également nécessaires.
Mais, cela aussi, c’est une pitoyable dérobade. Car, d’abord, la confession orale et la foi du cœur ne se réfèrent pas à la même fin, mais à l’effet. Car, la foi du cœur est nécessaire pour acquérir la justice, et la confession orale pour ne pas perdre le salut. Or, dans le baptême, le Saint-Esprit et l’eau appartiennent à la même génération. Voilà pourquoi ces passages ne sont pas semblables, même s’ils ont tous deux le « et ». Et s’ils allaient au bout de leur raisonnement, il leur faudrait aussi admettre que pour renaître, l’eau suffit sans le Saint-Esprit. Ce qui est l’absurdité même. Ce que dit le martyr, il le dit sans preuve, quand il dit que le Christ veut que nous ne renaissions que de l’Esprit, en omettant l’eau. Car le « et » rend les deux nécessaires. Autrement, l’un ou l’autre suffit à lui seul, que ce soit l’eau ou le Saint-Esprit.
Zwingli (Marc, chapitre 1) explique le baptême par la prédication. Jean Brentius explique par la pénitence le « à moins que vous ne naissiez de nouveau. » Et, selon lui, le sens de la phrase serait : « À moins que quelqu’un ne fasse pénitence, il n’entrera pas dans le royaume des cieux. » Et Jean Wiclif, au témoignage de Thomas Waldensis (tome 11, chapitre 101), entend par l’eau de Jean 111, l’eau qui a coulé du côté percé du Christ. Et, selon lui, le sens serait : Si quelqu’un ne renait pas de l’eau qui coulera de mon côté, c’est-à-dire, de ma passion….
Mais ces élucubrations et ces imaginations sont faciles à écarter. D’abord, d’après l’interprétation unanime que les pères ont donnée de ces passages Et comme ils sont expliqués de manière si différente par les auteurs de notre temps et ceux d’autrefois, des hommes prudents ne pourraient rien faire de mieux, même s’ils n’étaient pas chrétiens, que d’en appeler au jugement des anciens, qui ont commenté ces textes avant nos présentes disputes. On les réfute aussi avec l’axiome qui est commun aux théologiens, qui veut que nous interprétions l’Écriture selon le sens naturel et propre des mots, à moins d’aboutir à une absurdité. Or, les adversaires ne peuvent pas montrer que nous débouchons sur une absurdité quand nous entendons le mot eau au sens d’eau. Non certes sur une absurdité, mais plutôt sur la réfutation de leurs hérésies.
Troisièmement. Si par eau nous n’entendons pas de l’eau, il sera difficile de statuer que le sacrement du baptême inclut de l’eau. Ce que pourtant affirment, aujourd’hui, tant les hérétiques que les catholiques. Car, les autres passages cités où il est fait mention du baptême (actes 111, Éphésiens V), prouvent bien que les hommes puissent être baptisés dans de l’eau, mais non qu’ils ne puissent pas l’être par d’autres liquides. Et ces passages aussi, ils pourront les détourner de leur vrais sens pour en faire des métaphores, comme ils ont fait pour l’autre. C’est donc avec raison que le concile de Trente (session 7, canon 2) anathématise tous ceux qui tournent ce passage en métaphore, et ne l’entendent pas de l’eau naturelle et véritable, comme les mots l’expriment.
On prouve ensuite cette vérité avec la tradition de l’Église et des pères. Car, l’Église a toujours pensé que les enfants périraient s’ils quittaient cette vie sans le baptême. Nous avons d’abord le témoignage du concile de Carthage et de Milet dans les lettres 90 et 92 de saint Augustin, dans laquelle est condamnée la sentence de ceux qui pensent que les enfants sont sauvés sans le baptême. À quoi correspond le concile de Trente (session 6, canon 3, session 7, canon 5).
En second lieu, nous avons les témoignages des souverains pontifes. De Siricius (épitre 1 à Himéricus, chapitre 2) et d’Innocent 1 (épitre 26, au concile de Milet). Ils enseignent que les enfants périraient s’ils mouraient avant le baptême. De même, de saint Léon 1 (épitre 80, ou 78 aux évêques de Campanie) où il dit qu’il faut baptiser tous ceux qui sont en danger de mort, pour qu’ils ne soient pas privés de la nécessaire libération.
Troisièmement. Nous avons les témoignages de tous les pères qui enseignent tous la même chose. Irénée (livre 3, chapitre 10), Origène (Romains, chapitre 6), saint Grégoire de Naziance (sermons sur le saint lavement), saint Basile (sermon 13 sur l’exhortation au baptême), saint Cyprien (livre 3, épitre 8 à Fidus), saint Ambroise (livre 2 sur Abraham, dernier chapitre), saint Jérôme (livre 111, contre les pélagiens), saint Augustin (livre 1 sur les mérites et la rémission des péchés, chapitre 16, 23, 24, 27, et épitre 18, livre 2, chapitre 12, sur l’origine de l’âme, et livre 3, chapitre 9), Prospère, livre 2, chapitre 8, la vocation des Gentils, saint Fulgence, chapitre 30, sur la foi à Pierre, saint Bernard (sermon 66 sur les cantiques des cantiques), et Pierre de Cluny (dans son épitre contre les pétrobrusiens, qui traite proprement de ce sujet.)
Mais écoutons un ou l’autre témoignage de saint Augustin, au nom de tous les autres (livre 3, chapitre 9 sur l’origine de l’âme) : « Ne crois pas, si tu veux être catholique, ne dis pas, n’enseigne pas que, avant qu’ils soient baptisés, les enfants puissent parvenir à l’indulgence des péchés originels. » Et dans l’épitre 20 à saint Jérôme il dit : « Celui qui dit que sont vivifiés aussi dans le Christ les enfants qui sortent de cette vie sans la participation du sacrement, va contre la prédication des apôtres, et condamne toute l’Église. On se dépêche et on se hâte de faire baptiser les enfants, parce qu’on croit que, sans le baptême, ils ne peuvent pas être vivifiés dans le Christ ».
Troisièmement. On le prouve avec une raison tirée du fondement des adversaires. Leur fondement, en effet, est que les fils des chrétiens naissent libres du péché originel, non parce qu’ils ne l’ont pas, mais parce que, étant fils de saints, il ne leur est pas imputé. Ce fondement, on peut facilement le renverser. Jacob et Esaü furent tous deux des fils de l’excellent père Isaac, mais il hait Esaü avant qu’ils aient fait du bien ou du mal (Romains V111). Les fils des saints ne naissent donc pas saints.
Pierre le martyr répond (dans son commentaire de 1 Corinthiens V11) que, quand ils sont prédestinés, les fils des saints naissent saints. Cependant, parce que nous ignorons, nous, ceux qui sont prédestinés, nous avons bon espoir pour tous les fils des saints, jusqu’à ce que, par leurs mauvaises œuvres, les réprouvés ne montrent leur réprobation. Réponse inepte ! Car, s’il en est bien ainsi, il sera indifférent de naître d’un fidèle ou d’un infidèle, et on espèrera le salut de tous les enfants, car il arrive très souvent que les fils des fidèles soient réprouvés, et les fils des infidèles prédestinés. De plus, si les fils des fidèles non prédestinés ne naissent pas saints, Pierre le martyr se trompe quand il affirme que Calvin a suivi la promesse de la Genèse XV11 « Je suis ton Dieu, et celui de ta semence. »
Le martyr répondra que cette promesse n’est pas universelle, mais qu’elle ne se réalise que dans les prédestinés. Et cela est donné gratuitement. Or, les paroles de l’Écriture sont absolues, et, dans tout le chapitre, il n’est fait aucune mention de la prédestination. Et, enfin, cette promesse est rendue vaine, si on y ajoute la prédestination comme condition. Car, les parents ou les fils ne peuvent tirer de là aucune consolation, puisqu’Ils ignorent s’ils sont prédestinés. C’est comme si un roi disait à quelqu’un : je donne cette ville à toi et à ta postérité, à condition qu’il me plaise de l’accorder à ta postérité.