Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 223)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Deuxièmement. David était un homme fidèle, mais, dans le psaume 1, il disait : « J’ai été conçu dans les iniquités, ma mère m’a conçu dans les péchés. » Et saint Paul, qui était fils de saints, comme il l’affirme en 11 Corinth X11, et pourtant, en Éphésiens 11, dit : « Nous étions, nous aussi, par nature, des fils de colère. » Ils répondront que cela est dit de la corruption de la nature, et du péché qui réside réellement à l’intérieur, non de la culpabilité, qui n’est pas dans les fils des fidèles, puisque le péché je leur est pas imputé. Mais, il est certain qu’être fils de colère a le sens d’être coupable. Seul n’est pas un fils de colère celui-là qui n’est pas sujet à la peine et à la vindicte. Or, il n’est pas soustrait à la peine celui à qui le péché n’est pas imputé. Voilà pourquoi l’apôtre n’a pas dit : nous sommes des fils de colère, mais nous étions des fils de colère. Et, cependant, selon les adversaires, le péché demeure toujours, même après le baptême.

Troisièmement, les textes de saint Paul sur le péché originel sont généraux. Romains V : « En qui tous ont péché. » Et 11 Corinthiens XV : « Le Christ est mort pour tous, donc tous sont morts. » On ne peut pas entendre ces textes d’un vice de nature, et non d’une faute. Autrement, personne n’aurait de péché. On ne peut pas dire, non plus, que les fils des fidèles contractent le péché originel, mais qu’il leur est remis très tôt, avant leur naissance. Car, si les fils des fidèles sont ainsi sanctifiés parce qu’ils sont les fils de fidèles, ils commencent donc à être saints au moment même où ils commencent à être fils de fidèles. Et ils commencent à être fils de fidèles au moment où ils commencent à être. Ils n’ont donc jamais le péché originel, ce qui est contre saint Paul, et contre les adversaires eux-mêmes, qui admettent le péché originel, et qui ne se rendent pas compte qu’ils disent des choses contradictoires.

Quatrièmement. Le fondement de nos adversaires est en opposition avec l’axiome de tous les pères, et même de tous les chrétiens, qui est qu’on ne nait pas chrétien, mais qu’on le devient. Voir saint Jérôme (épitre 7 à Laetamus), Tertullien (apologie, chapitre 17, à la fin), etc. Or, selon Jean Calvin et le martyr, on nait chrétien, on ne le devient pas. Mais, voyons leurs arguments.

Genèse XV11 : « Je serai ton Dieu, et celui de ta semence après toi. » Cela est dit à Abraham et à sa postérité. Mais, nous, par le Christ, nous succédons à la postérité d’Abraham. Car, le Christ a dissous le mur en pierres sèches qui nous séparait du peuple de Dieu. Je réponds que cette promesse (comme nous l’avons montré plus haut dans la question de la différence entre les sacrements de l’ancienne loi et de la loi nouvelle,) ne fut pas, littéralement, une promesse de rémission des péchés, mais d’une protection particulière et d’une félicité terrestre.

Cependant, au sens mystique, ce fut aussi une promesse spirituelle et de rémission des péchés et de vie éternelle, et c’est à nous qu’elle s’adressait. Et elle ne descend pas en nous par une génération charnelle, mais par la régénération spirituelle du Christ. En effet, saint Paul (Romains 4 et 9 , et Galates 3 et 4) enseigne que les vrais fils d’Abraham ne sont pas ceux qui sont ses fils par la chair, mais qui sont les fils de Dieu, c’est-à-dire qui imitent Abraham dans sa foi. Selon l’apôtre, nous commençons donc à être fils d’Abraham, quand nous commençons à être fidèles. Ce que les enfants ne font que quand ils sont baptisés. Car, pour eux, être baptisés c’est croire, comme le dit saint Augustin (livre 1, chapitre 27, livre sur les mérites et les récompenses des péchés).

De plus, la raison enseigne la même chose. Car, par la génération charnelle, nous ne pouvons pas devenir fils d’Abraham, puisque, de toute évidence, nos parents ne descendent pas d’Abraham. Nous le pouvons parce que le Christ a été un vrai fils d’Abraham. Nous commençons donc, nous aussi, à être fils d’Abraham quand nous commençons à être fils ou frères du Christ. Or, il est certain que cela ne peut se faire que par le baptême. D’où Jean : « Qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » Et Jean 111 : « Il vous faut naître de nouveau. » Voir saint Augustin (épitre 200 à Asellicus).

Ils objectent ensuite cette autre parole de l’Apôtre ( 1 Corinthiens 7) : « Si vos fils étaient impurs, maintenant ils sont saints. » Je réponds avec saint Augustin (livre 3, chapitre 12, des mérites et de la rémission des péchés). Cette sainteté des fils ne peut pas, comme le veulent les adversaires, signifier que les fils deviennent saint pas le baptême. Car, au même endroit, saint Paul dit que le conjoint infidèle est sanctifié par le conjoint fidèle. Et, cependant, il faudrait être fou pour penser que, sans conversion au Christ et sans baptême, le conjoint infidèle pourrait parvenir à la rémission des péchés par le seul fait d’être uni à un conjoint fidèle.

Les pères donnent, à ce texte, trois explications. La première. Il appelle saints les fils, comme ayant une certaine sainteté civile, du fait qu’ils sont légitimes, et non des bâtards. Cette explication est attribuée à saint Ambroise, à saint Thomas, et à saint Anselme, dans les commentaires qu’ils ont faits sur ce texte. Le martyr réfute cette explication, car les fils seraient légitimes, même si les deux conjoints étaient infidèles. Et, cependant, l’apôtre dit que naissent saints les fils d’un conjoint fidèle et d’un conjoint infidèle, parce que l’infidèle est sanctifié par le fidèle. Il faut donc, dans ce passage, reconnaitre une autre sainteté. Mais, il cherche à tort de prendre en faute cette explication. Car, autre est le rapport entre deux infidèles, et autre entre un époux fidèle et une épouse infidèle. Car, quand les deux conjoints sont infidèles, le mariage est surement légitime, en tant que contrat civil. On ne peut mettre cela en doute. Comme on ne le peut pas non plus quand les deux sont fidèles.

Or, quand un conjoint est fidèle et l’autre infidèle on pouvait douter, à cause de la disparité de culte, si le mariage était légitime. Car, le fidèle semble être pollué par la cohabitation avec un infidèle. Voilà pourquoi l’apôtre enseigne aux chrétiens que même là, le mariage est légitime; que l’infidèle ne pollue pas le fidèle, mais que, au contraire, c’est le fidèle qui sanctifie l’infidèle. Car la foi a plus de pouvoir que l’infidélité. Qu’il y ait, dans une telle disparité de cultes, un mariage légitime il le prouve en disant que leurs fils ne sont pas considérés comme impurs, infâmes ou bâtards, mais saints, c’est-à-dire, légitimes, et libres de toute vile ignominie.

L’autre explication veut que les fils de ces époux sont dits saints parce qu’ils sont consacrés à Dieu par le conjoint fidèle, deviennent chrétiens par le baptême, et sont éduqués dans la crainte de Dieu. Car l’apôtre exhorte les époux chrétiens à ne pas se séparer de leurs conjoints infidèles, si les infidèles veulent demeurer avec les fidèles. Et il donne, comme raison, que l’infidèle est sanctifié par le fidèle, c’est-à-dire en se convertissant à la foi, ou en étant un candidat à la foi, dans la mesure où il n’a pas en horreur la manière chrétienne de vivre de son conjoint, et où il permet que les enfants soient baptisés et soient éduqués chrétiennement. Cela ne se ferait surement pas si un infidèle ne voulait pas habiter avec un fidèle, ou si l’infidèle n’était pas sanctifié par le fidèle. Car, les enfants, alors, suivraient le conjoint infidèle, et seraient impurs et infidèles. C’est ainsi qu’expliquent ce texte Tertullien (livre 2 à son épouse), saint Jérôme (livre 1 contre Jovinien, et épitre 153 à Paulin), saint Augustin (livre 2, chapitre 26 des mérites des péchés, livre 3, chapitre 12, et livre 3 sur le sermon sur la montagne, chapitre 27.

Pierre le martyr trouve de son goût cette explication, et il croit pouvoir, avec ce passage, stabiliser son hérésie. Car, il arrive souvent que celui qui reçoit des fils de la prostitution, prenne soin d’en faire des chrétiens, et les éduque dans la crainte de Dieu, comme saint Augustin a fait lui-même avec son fils Adeodat. Et, à cause de cela, personne ne considèrerait comme sainte l’union d’un chrétien avec une prostituée. Saint Paul déclare qu’est sainte l’union d’un fidèle avec un infidèle, parce qu’en naissent des fils saints. C’est pour une raison valable que Pierre réprouve cette explication. Car l’union avec une prostituée est, en soi, une chose mauvaise, et ne peut donc pas être rendue sainte par l’union avec un fidèle. Elle ne peut pas non plus être louée ni approuvée, même s’il en naissait des fils qui deviendraient un jour chrétiens. Car, on ne peut pas faire le mal pour qu’en provienne du bien. Or, dans Romains 111, le mariage entre des infidèles est une chose bonne, et il peut dont être meilleur si l’un des deux devient croyant. Et la persévérance dans ce mariage peut donc être recommandée et persuadée, à cause du bien qui en résulte : le baptême et l’éducation chrétienne des enfants.

La troisième explication est de ceux dont parlent saint Ambroise et saint Augustin, dans les lieux cités. Ils disaient que le conjoint infidèle était sanctifié par le conjoint fidèle, parce qu’il apprenait à conserver les lois du mariage, et à ne pas abuser du mariage. Car, les infidèles qui ignorent Dieu, même s’ils sont dans un mariage légitime, ne s’abstiennent pas de l’acte du mariage au temps de la menstruation, et ne conservent pas toujours un mode naturel. Ce qui pollue le mariage, et rend impurs les fils à leur naissance. De cette pollution sont libérés les enfants, par le fait que l’infidèle consent à habiter avec un fidèle, et à conserver les règles d’un chaste mariage.

Le troisième argument est de Calvin. Le baptême n’est pas profané quand il est donné à des impurs, comme le sceau d’un roi n’est pas profané quand il scelle un faux document. Je réponds que le baptême n’est pas profané quand il est donné à des impurs, mais que, au contraire, il les purifie et les sanctifie. Car, il n’est pas, comme le rêve Calvin, le sceau d’une grâce déjà reçue, mais l’instrument qui confère la grâce qui est alors donnée.

Le quatrième argument. Les enfants des Juifs qui mouraient avant le huitième jour, ne pouvaient pas être circoncis, et cependant, il n’est pas vraisemblable qu’ils aient tous péri. Ils étaient donc sauvés sans la circoncision. On peut faire le même raisonnement pour le baptême chez les chrétiens. Les enfants sont sauvés sans le baptême. Je réponds que tout cet argument repose sur des choses incertaines. Car, d’abord, beaucoup parmi les pères, (comme nous l’avons dit plus haut) nient que la circoncision ait été donnée comme un remède contre le péché. Nous ne savons donc pas si, avant le huitième jour, les enfants des Juifs avaient un remède, et de quelle nature il était. Mais la circoncision n’est pas comme le baptême.

Maintenant, a été déterminé par le Christ un remède certain et commun à tous, et extrêmement facile, en dehors duquel il n’est pas permis d’en imaginer un autre. Ce qui arrivait autrefois, on ne peut pas le savoir avec certitude, puisque l’Écriture n’en souffle mot. Ce que nous savons avec certitude de la bible c’est que tous naissent pécheurs, et que tous ne peuvent être sauvés que par la passion du Christ appliquée par des moyens certains, comme saint Augustin l’enseigne (dans ses trois livres sur les mérites et la rémission des péchés, et dans ses quatre livres sur l’origine de l’âme.)

Le cinquième argument. Si le baptême est nécessaire, un immense nombre d’enfants périra sans faute de leur part, ce qui semble étranger à la miséricorde de Dieu. Ce fut l’argument de Pierre le martyr, et de catholiques comme Cajetan, Gabriel, et d’autres qui n’enseignent pas que les fils des chrétiens sont nés saints, mais qui s’efforcent de trouver des remèdes pour les petits, en dehors du baptême. Nous répondons, avec saint Augustin (livre 2, chapitre 12, sur le don de la persévérance), avec Prosper (livre 2, chapitre 8, sur la vocation des Gentils). Les jugements de Dieu sont occultes et impénétrables. On se demande pourquoi tant d’enfants périssent. Mais ses jugement ne peuvent être que très justes. Car, même si c’est sans leur faute que les petits ne sont pas baptisés, ce n’est quand même pas sans leur faute qu’ils périssent, puisqu’ils ont le péché originel.

Ceux qui imaginent un autre remède en dehors du baptême, militent ouvertement contre l’évangile, les conciles, les pères, et le consensus de l’église universelle. Car, comme saint Augustin le dit (épitre 28) quand les enfants sont moribonds, on ne se presse pas et on ne court pas, pour leur administrer le baptême, pour une autre raison que parce qu’on sait qu’il n’existe pas d’autre remède. Ceux qui s’imaginent ces choses ne semblent pas comprendre que le soin des enfants relève plus de Dieu que des parents; et que le Christ a affirmé que son baptême était nécessaire. Il savait très bien, le Christ, que beaucoup seraient privés de ce moyen sans faute de leur part. Et il lui était facile de pourvoir à ce que tous les enfants le reçoivent, comme il le fait pour tous les élus.

Ce que Bucer et le martyr disent, à savoir que les enfants prédestinés sont sauvés même sans baptême, c’est une grande ineptie, comme saint Augustin le montre (livre 3, chapitre 10, de l’origine de l’âme). Ceux que Dieu a prédestinés il leur a fourni très efficacement, les remèdes pour le salut. Si donc ceux qui meurent dans l’enfance sont baptisés, ils sont prédestinés; s’ils ne le sont pas, ils sont réprouvés.

CHAPITRE 5

À quel temps le baptême a-t-il commencé à être nécessaire ?

C’est une question que se posent les théologiens. Comme nous n’avons pas là-dessus de controverses avec les hérétiques, je présenterai, en quelques propositions, la sentence qui me semble la plus probable.

La première proposition. Le baptême a été institué avant la passion du Seigneur. On ne peut nier que le Christ ait fait usage d’un certain baptême avant sa passion. Car, en Jean 111 et 1V, on nous raconte que le Christ baptisait par ses disciples. Mais on peut fortement douter que ce baptême ait été semblable à celui que nous avons présentement. On peut penser qu’il ne fut, comme celui de saint Jean-Baptiste, qu’une préparation au sacrement du baptême qui a été institué après. Saint Jean Chrysostome (homélie 28 sur saint Jean), Theophylacte (chapitre 3 sur Jean) disent ouvertement que ce baptême des disciples de Jésus ne remettait pas les péchés, qu’il fut dans l’eau seule sans l’Esprit Saint. Qu’il n’y avait pas de différence entre le baptême de saint Jean Baptiste et celui des apôtres du Christ avant la passion du Christ, les deux étant une préparation à la foi. Voilà pourquoi le Christ ne baptisait pas lui-même, mais par ses disciples, car il ne lui convenait pas de baptiser sans le Saint-Esprit.

Saint Léon semble penser de la même façon (épitre 3, chapitre 4, aux évêques de Sicile) : « La qualité elle-même de l’œuvre enseigne que les grâces devaient être généralement les grâces seulement le jour légitime, c’est-à-dire le jour de la résurrection, où est née et la vertu de la fonction et la sorte d’action. Pour confirmer cela, vaut surtout le fait que le Seigneur Jésus-Christ, après être ressuscité des morts, a livré à ses disciples, dans lesquels tous les chargés d’église étaient enseignés, et la forme et le pouvoir de baptiser en disant : allez, enseignez toutes les nations. Baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Il aurait pur leur enseigner cela avant sa passion, mais il voulait leur faire comprendre que la grâce de la régénération a commencé à sa résurrection. »

Ce que nous venons de dire est quand même plus probable. Et c’est ce qu’enseignent officiellement saint Cyrille (livre 2, sur Jean, chapitre 57 et suivants), et saint Augustin (traités 13 et 15 sur saint Jean, et épitre 108 à Seleucianus), et Hugues de Saint Victor (livre 2 sur les sacrements, par 6, chapitre 4. » C’est, chez les théologiens, la sentence la plus commune, à la suite du Maître des sentences, (1V dist 3). Et la raison est d’abord parce qu’on disait que le Christ baptisait, alors que ce n’était pas lui qui baptisait, mais ses apôtres, comme l’explique l’évangéliste. Ce baptême du Christ était donc proprement un baptême du Christ, et se distinguait du baptême de saint Jean, autrement on n’aurait pas dit que c’était le Christ qui baptisait ceux que les apôtres baptisaient, mais que c’était saint Jean qui les baptisait. Or, pour être un baptême propre au Christ, il aurait fallu qu’il ait été dans l’eau et le Saint-Esprit, et non dans l’eau seule. L’Écriture, en effet, met toujours cette distinction entre le baptême et Jean et celui de Jésus : Jean ne baptisait que dans l’eau, tandis que Jésus baptisait dans l’eau et le Saint-Esprit. Il ne convenait pas, non plus, que le Christ instituât une vaine cérémonie, ou usurpât la charge de Jean, qui était de ne baptiser qu’avec de l’eau. Ajoutons que saint Jean dit de Jésus : «C’est celui qui baptise dans l’Esprit-Saint. »

On prouve la même chose avec les Actes X1X. On lit là qu’on été rebaptisés ceux que Jean avait baptisés. Mais, on ne nous dit jamais qu’ont été rebaptisés ceux que les apôtres avaient baptisés. Et il est très probable que les apôtres n’ont pas été baptisés avant la passion du Christ. Troisièmement, les pères enseignent à l’unanimité, que quand le Christ baptisa dans le Jourdain, il a donné aux eaux le pourvoir de sanctifier. Voir Tertullien (livre contre les Juifs, le chapitre de la passion), saint Hilaire (canon 2 sur Matthieu), saint Ambroise (livre 2, chapitre 12, sur Luc), saint Jérôme (dans son discours sur les lucifériens), saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières) Bède (chapitre 3 sur saint Luc.) Mais, il est certain que les eaux n’ont eu le pouvoir de sanctifier qu’au temps où elles commencèrent à être la matière du baptême.

Enfin, le fondement de la sentence contraire n’est pas solide. La seule chose qu’ils présentent c’est saint Jean Chrysostome et Theophylactus de saint Jean V11 : « Le Saint-Esprit n’était pas encore donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié. » Mais on doit entendre ce passage de la plénitude de l’Esprit Saint qui a commencé à être donnée visiblement à la Pentecôte. Autrement, tous les saints auraient eu l’Esprit Saint même avant la passion du Christ.

Seconde proposition. Le baptême du Christ a été institué quand le Seigneur a été baptisé par saint Jean dans le Jourdain. Il est à noter qu’au au sujet du moment où le Christ institua le baptême, il y a plusieurs opinions parmi les scolastiques. Mais celle-ci est la plus commune et la plus vraisemblable, et c’est celle que nous suivons. C’est également ce qu’enseignent le catéchisme de Trente, et le Maître des sentences ainsi que saint Thomas d’Aquin (livre 1V, dist 3), et d’autres. Nous ne voulons pas dire, évidemment, qu’au jour de son baptême, Jésus a enseigné la matière et la forme du baptême. Ce qui est manifestement faux. Mais qu’il a, alors statué et décrété ce qu’il a déclaré par la suite en Jean 111, et, en un autre temps, à ses disciples : que l’eau serait la matière du baptême, et que la forme serait l’invocation des trois personnes de la trinité.

Il a déterminé que les eaux seraient la matière du sacrement de baptême quand il daigna, par le contact de sa chair très pure, la consacrer et l’illustrer, comme l’enseignent les pères cités. Il a déterminé en même temps la forme quand, dans son baptême, toute la trinité est apparue sensiblement (Matthieu 111). Car, quand le Christ fut baptisé, les cieux se sont ouverts, et la voix du père résonna. Le Saint-Esprit apparut sous la forme d’une colombe, et le Fils de Dieu lui-même, dans la chair qu’il avait assumée, était présent. Et, selon le témoignage de saint Hilaire de Poitiers. Et c’est alors que fut proclamé l’effet du baptême institué par le Christ : le ciel s’ouvre sur les baptisés, ils sont adoptés comme des fils par le Père, et ils sont remplis du Saint-Esprit.

La troisième proposition. Avant la mort du Christ, le baptême ne fut nécessaire ni d’une nécessité de moyen, ni d’une nécessité de précepte. On le prouve ainsi. Jusqu’à la mort du Christ, la loi ancienne resta en vigueur, car le Christ l’a observée jusqu’à sa mort. En effet, la veille de sa mort, il observa la cérémonie de l’agneau pascal. Et (en Matthieu XX111), il ordonna que les Juifs observent et fassent ce que les scribes enseignaient de la chaire de Moïse. La circoncision aussi, si elle avait été donnée comme un remède contre le péché, demeura en vigueur jusqu’à la mort du Christ. Le baptême du Christ ne fut donc pas, en tout temps, nécessaire au salut. Entre temps, les hommes, même les enfants, pouvaient être justifiés sans ce sacrement. Voilà pourquoi ces paroles du Christ (à moins que quelqu’un ne renaisse de l’eau et du Saint-Esprit) ne signifient pas que le baptême a été nécessaire à partir du moment où Jésus parlait à Nicodème. Elles signifient qu’il sera nécessaire dans la loi nouvelle, quand auront pris fin les cérémonies légales, comme l’explique correctement saint Bernard, (dans son épitre 77 à Hugo).

C’est de la même façon qu’on doit expliquer ce qu’a dit Fulgence (dans son livre sur la foi à Pierre, chapitre 3 : « À partir du moment où le Christ a dit : à moins que quelqu’un ne renaisse…personne ne pouvait être sauvé sans le baptême. Il ne parle pas du temps où Jésus parlait à Nicomède, mais du temps de la nouvelle loi. Et ce passage en Luc XV1 (« La loi et les prophètes jusqu’à Jean. ») ne signifie pas que la loi avait cessé alors quant à son obligation et sa vitalité, mais quant à la prédication. Car, saint Jean Baptiste fut le dernier des prophètes. Voilà pourquoi il ajoute : « C’est depuis lui que nous annonçons la bonne nouvelle du royaume des cieux. »

De plus, à la mort du Christ, cessèrent l’efficacité des cérémonies et de toute la loi. Cessèrent donc l’obligation et la vertu de la circoncision. La loi ancienne fut donc en vigueur jusqu’à cette époque. Qu’à la mort du Christ ait cessé la vertu de la loi, on le voit dans Matthieu XXV11 : « Le voile du temple s’est déchiré. » Jean X1X : « Tout est consommé. » Ainsi que saint Paul (Romains V11) : « Vous êtes morts à la loi par le corps du Christ. » En effet, presque toutes les cérémonies de la loi étaient des figures du Christ (Col 2, Hebr X). Or, c’est par sa mort, que le Christ a accompli l’œuvre de la rédemption.

La quatrième proposition. C’est au jour de la pentecôte que le baptême du Christ a commencé à être nécessaire d’une nécessité de moyen et de précepte. Il est à noter que la loi ancienne a cessé d’elle-même à la mort du Christ, car c’est alors que cessa sa raison d’être. Mais parce que les Juifs ignoraient cela, elle a continué à être en vigueur jusqu’à la proclamation publique de l’Évangile. Cependant, la loi évangélique et les sacrements chrétiens agirent en secret et furent de grand profit même avant la mort du Christ, mais ils ne devinrent obligatoire qu’après leur promulgation solennelle, comme le dit le concile de Trente sur le baptême (session 6, chapitre 4). Et la raison en est que la promulgation est de l’essence de la loi, comme saint Thomas l’enseigne (paragraphe 2 question XC, article 4.)

La promulgation solennelle de la loi nouvelle a été faite le jour de la Pentecôte. On le prouve ainsi. Parce que la loi ancienne est restée en vigueur jusqu’à la mort du Christ. Et, de la mort du Christ jusqu’à la pentecôte, les apôtres n’ont pas parlé en public au peuple. Deuxièmement. La loi nouvelle ne pouvait pas être promulguée avant que ne soient complétés tous les mystères de la rédemption. Or, ces mystères ne furent complétés qu’à l’ascension de notre Seigneur. Troisièmement. La loi ancienne fut promulguée solennellement au mont Sinaï, le cinquantième jour après la pâque des Juifs. La nouvelle loi devait donc être promulguée, elle aussi, le cinquantième jour après la pâque des chrétiens.

Car, cette promulgation de la loi ancienne fut une figure de la promulgation de l’évangile, comme l’enseignent saint Augustin (épitre 149), saint Léon (sermon 1 sur la pentecôte), et d’autres. Quatrièmement, à la première prédication de saint Pierre (Actes 11), le jour même de la pentecôte, toutes les conditions d’une promulgation solennelle étaient rassemblées. Car, elle a eu lieu dans la vie reine Jérusalem, en présence d’hommes de toutes les nations, comme l’atteste saint Luc. Elle a été faite par le prédicateur suprême de l’évangile, saint Pierre; et dans ce sermon se trouvent contenus les chapitres principaux de toute la doctrine chrétienne. Enfin, c’est alors que commença l’usage des sacrements.

CHAPITRE 6

Le baptême du sang et du feu

La question qui se pose maintenant est la suivante : le baptême de l’eau peut-il être remplacé par le baptême du sang (le martyre) tant pour les adultes que pour les enfants. Et, chez les adultes, par une vraie conversion du cœur. Kemnitius (2 par examen, pages 90, 91, 92) admet ces trois baptêmes, et dit que les anciens avaient finement distingué trois baptêmes : celui du sang, du feu et de l’eau. Mais, c’est dans l’explication qu’il en donne, qu’il s’éloigne des catholiques. Il ne veut pas que ce soit le martyre ou la pénitence qui remette les péchés comme le fait le baptême d’eau, mais seulement la foi, que, pendant le martyre et la pénitence, le Christ accueille. Car, c’est elle seule qui justifie.

Illyricus aussi (centurie 5, chapitre 1, colonne 517, dit que « contre la parole de Dieu, et en injuriant le baptême, Prosper a égalé le martyre au baptême. » Mais il n’apporte aucun argument. Kemnitius donne comme preuve que le martyre et la pénitence sont nos œuvres. « Il est donc absurde et impie d’accorder à nos œuvres une valeur égale au sang du Christ et à la vertu du baptême. »

Il le confirme par un passage tiré de saint Augustin (livre 4, chapitre 22, contre les donatistes) qui dit que ce n’est pas par sa passion que le bon larron a obtenu la rémission de ses péchés, mais par sa foi dans le Christ. Corrigeant ainsi saint Cyprien, qui avait enseigné le contraire. Je réponds que la sentence de Kemnitius est non seulement fausse, mais milite contre elle-même, et n’est pas dénuée de mensonges. Car, comme le même Kemnitius enseigne souvent, comme son maître Luther, que dans le baptême d’eau seule la foi justifie, ne se contredit-il pas quand il dit que le martyre et la pénitence ne remettent pas comme le baptême, puisque, en eux, seule la foi justifie ?

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