Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 225)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ce texte de l’Exode (livre 4, chapitre 15, verset 22), met Calvin dans tous ses états. Il dit que Séphora est une femme folle et téméraire : « Il est sans cervelle celui qui se sent porté à imiter ce qu’a fait cette femme idiote ! » Et plus bas : « Je voudrais que les lecteurs réalisent clairement que Séphora ne s’était proposé rien de moins que d’exercer le ministère divin. Voyant son fils péricliter, elle frémit, elle bougonne, et ce n’est pas sans indignation qu’elle jette le prépuce par terre. Or, il est certain que tout cela provenait d’une impuissance de l’âme. Car, elle en veut à Dieu et à son mari d’être forcée de répandre le sang de son fils. Ajoutons que même si, dans les autres circonstances, elle s’était bien conduite, elle fait preuve là d’une extrême témérité en circoncisant son fils en présence de son mari, qui n’est pas un homme privé, mais le prophète par excellence de Dieu, le plus grand de tous. Ce qui lui était encore moins permis à elle alors, qu’à des femmes aujourd’hui en présence d’un évêque. »

Or, le même Calvin qui reproche à Séphora sa témérité et son impuissance d’âme, ne se rend pas comte qu’il fait cela par une grande impuissance d’âme, et par un besoin incroyable de dénigrement. Car, pour commencer par le commencement, Sephora n’a pas péché parce qu’elle a circoncis son fils en présence de son mari. Car, elle l’a fait cela parce qu’elle avait été forcée de le faire par Moïse, ou plutôt par Dieu. Car, même si Moïse était présent, il ne pouvait pas le faire lui-même, parce qu’il était extrêmement angoissé, et à bout de forces. Ce que l’Écriture dit : le Seigneur accourut, et voulut le tuer, signifie soit, comme l’explique le rabbi Abenezra, que le Seigneur avait envoyé à Moïse une très grave maladie, ou soit, comme l’expliquent les nôtres, qu’un ange lui apparut, avec un glaive en main, qui le menaça, et ne lui permit pas de se reposer tant que Sephora n’eut pas circoncis son enfant.

L’ange, alors, quitta Moïse. On ne peut donc pas douter que Moïse l’aurait circoncis lui-même s’il avait pu le faire. Mais, comme il ne le pouvait pas, il indiqua à sa femme de le faire. C’est ce que Calvin enseigne lui qui, ne sachant ce qu’il dit, milite contre lui-même : « Car si c’est forcée par Dieu et son mari qu’elle a agi ainsi, ce n’est pas par témérité qu’elle a pris sur elle de circoncire son fils en présence de Moïse. » Où donc est la témérité de Sephora, que Calvin juge inexcusable ? »

Que Sephora ait circoncis son enfant sans la volonté d’obéir à Dieu, et qu’elle ait projeté le prépuce par terre en grommelant contre Dieu et contre son mari, ce sont de purs mensonges sans aucun fondement, qui ne proviennent que d’un besoin de dénigrement. Car, l’Écriture ne dit rien de tel. Il y a un petit mot qui, interprété par Lyre, a pu tromper Calvin. Car après qu’elle eut dit : « Tu es pour moi un époux de sang », on lit : « et elle le laissa ». Lyra en conclut que Sephora avait quitté Moïse, s’était retirée de lui, indignée qu’elle était de la circoncision de son fils.

Mais, il se trompe Lyre et tous ceux qui le suivent, car les mots : « il le quitta », ne se rapportent pas à Séphora, mais à l’ange qui laissa Moïse, c’est-à-dire qui cessa de le tourmenter. Car, c’est après que Sephora eut circoncis l’enfant que l’ange prononça cette phrase. La preuve. Le mot hébreux étant de genre masculin, il ne peut pas convenir à Sephora. Il ne signifie pas non plus, au sens propre, quitter, abandonner, mais, accorder une rémission, c’est-à-dire cesser de persécuter, de vexer, de tourmenter. Ce qui convient parfaitement à l’ange qui, une fois apaisé par la circoncision, cessa de vexer Moïse. C’est pourquoi, la traduction grecque précise en mettant le mot ange. On peut aussi en déduire, qu’a plus à Dieu ce qu’a fait Sephora, que ce fut donc une chose juste et bonne.

Mais Calvin répondra : « L’ange a été apaisé par la circoncision que fit Sephora. Mais, c’est à tort et à travers, qu’on en déduit que ce qu’elle a fait avait été approuvé par Dieu. Car, alors il faudrait dire qu’a plu à Dieu le culte qu’exercèrent les Assyriens qui avaient été déportés en Samarie. » Mais quelle ressemblance y a-t-il entre ces deux choses ? Car, parce qu’ils avaient institué un faux culte, ces Gentils (1V Rois XV11) déportés de Syrie ont été massacrés par les lions. Sephora, elle, en circoncisant son fils, libéra Moïse du péril de mort.

Calvin répliquera peut-être qu’il ne parle pas du temps où ils adoraient de faux dieux et avaient été attaqués par des lions, mais du temps où ils adoraient en même temps le vrai Dieu et leurs idoles, et étaient à l’abri des vexations des lions. Voici ce que lui répondrai. Ces Gentils avaient été libérés des lions parce qu’ils adoraient le vrai Dieu après avoir été instruits par un prêtre israélite, comme il est dit au même endroit. Non donc parce qu’ils adoraient en même temps leurs dieux, mais parce qu’ils se servaient d’un rite qu’ils avaient inventé. Car, même si ces Gentils ne plaisaient pas à Dieu, ni ne pouvaient mériter quoi que ce soit, quand ils adoraient les idoles et Dieu en même temps, Dieu, cependant, voulut indiquer la grande différence qu’il y a entre le culte qu’il avait lui-même établi, et les superstitions impies des Gentils. Et voilà pourquoi il envoya des lions sur ces Gentils quand ils n’adoraient que des idoles, et retint les lions quand ils commencèrent à honorer Dieu d’un vrai culte.

En second lieu, on prouve la même vérité en se servant du passage où Calvin puise son argument principal. Mathieu, dernier chapitre : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant etc » Ces paroles ne sont dites qu’aux seuls apôtres qui ont été institués par le Christ, ministres du verbe et des sacrements. Il n’est donc pas permis à d’autres d’usurper ce ministère. » C’est ce qu’enseigne Calvin. Mais nous expliquons ce texte ainsi. Bien que le ministère de la parole et des sacrements soit propre aux apôtres et aux évêques, leurs successeurs, cela est permis à tous. Je dirai plus. Tous sont tenus, en cas de nécessité, d’enseigner et d’instruire les ignorants, surtout quand ils sont en danger de perdre le salut éternel. Nous avons l’exemple des actes 18. Aquila et son épouse Priscilla instruisirent soigneusement Appolonis, quand ils le virent prêcher sans connaître bien la foi du Seigneur. De la même manière, bien que le baptême relève du prêtre, il sera quand même permis, en cas de nécessité, aux laïcs, hommes ou femmes, de baptiser. Cela se fera avec encore plus de raisons, puisque la prédication est encore plus propre aux prêtres et aux évêques que le baptême. « Le Seigneur ne m’a pas envoyé baptiser mais prêcher. (1 Corinthiens 1) »

On le prouve, en troisième lieu, par des exemples de l’Écriture. Actes V111. Le diacre Philippe baptisait. Même s’il n’était pas un laïc, il n’était quand même ni apôtre, ni prêtre, ni évêque. Et, cependant, d’après Calvin, seuls les apôtres ont reçu du Christ le pouvoir de baptiser. Verset 20 : « Le Christ n’a pas mandé les femmes ou les hommes de baptiser, mais il a donné ce mandat à ceux qu’il a établis apôtres. » De plus, dans les Actes 1X, on lit qu’Ananie a baptisé Paul, lui qui n’était ni prêtre, ni diacre, mais un simple laïc. Cela s’est fait à la première année après la passion du Seigneur, à un moment où n’avaient pas encore été ordonnés aucun évêque, aucun prêtre, en dehors des apôtres. Et il n’y avait pas d’autres diacres que les sept. De même dans Actes X, on lit que saint Pierre a ordonné que soit baptisés Corneille et sa famille par les frères qui étaient venus avec lui. Il est probable que ces frères n’étaient que de simples disciples, non des diacres ou des apôtres.

De plus, Actes 11, avant qu’aucun évêque, prêtre ou diacre n’ait été ordonné, le jour même de la pentecôte, trois mille hommes ont été baptisés. Ce qui certes n’a pas pu se faire commodément par les seuls apôtres. Il a donc fallu que d’autres baptisent, qui n’étaient que laïcs. En effet, les 72 disciples n’étaient, à ce moment, que de simples laïcs. Car, le Seigneur n’ordonna pas de prêtres, si ce n’est à la dernière cène, où ne se trouvaient que les apôtres.

Quatrièmement. On le prouve par les témoignages et les exemples des pères. Tertullien (dans son livre sur le baptême) dit que le droit de baptiser revient en propre aux évêques et aux prêtres, et aussi aux diacres, au commandement de l’évêque. Puis, il ajoute : « Il est même permis aux laïcs de baptiser, car ce qui est reçu d’un égal peut être donné à un égal. » L’évêque Alexandre d’Alexandrie, avec l’église universelle, jugea valide le baptême que le jeune Athanase avec donné à d’autres enfants, au témoignage de Ruffin (livre 10, chapitre 14 de son histoire). Le concile de Nicée, au témoignage de sains Jérôme (dans son livre contre les lucifériens), statua que le baptême des hérétiques était valide, pourvu qu’il soit donné selon la forme de l’Église. C’est aussi ce qu’avait défini saint Étienne, pape et martyr, comme saint Cyprien le rapporte dans son épitre à Pompée. Or Étienne et les pères du concile de Nicée ne pouvaient pas ignorer que, dans certaines hérésies, il n’y avait pas de prêtres, que c’était donc des laïcs qui baptisaient, même si on les appelait prêtres.

Le concile Élibertanus qui fut célébré à cette époque, enseigne au canon 38, que les fidèles laïcs peuvent baptiser, quand une église est fort éloignée, et qu’un catéchumène est moribond. Saint Ambroise, ou l’auteur des commentaires sur les épitres de saint Paul, dit que, dans l’église primitive, il était permis à tous de prêcher et de baptiser, en raison du petit nombre des ministres. Et que, maintenant que les choses ecclésiastiques sont bien ordonnées, il n’est pas permis aux clercs ou aux laïcs de prêcher ou de baptiser. Or, il est certain que ce qui était permis dans la primitive église, en raison de la rareté des ministres, l’est encore aujourd’hui, en cas de nécessité.

Saint Jérôme, dans son dialogue contre les lucifériens, écrit : « Nous savons qu’il est permis aussi aux laïcs de baptiser, si la nécessité urge. » Saint Augustin (livre 2, chapitre 13, contre Parminianus), dit la même chose que le concile de Carthage 4, canon 11 auquel il a assisté en personne : « Que la femme ne présume pas baptiser, à moins qu’elle ne soit contrainte de le faire par une nécessité. » Même si dans les tomes des conciles, nous n’avons pas : à moins qu’elle ne soit contrainte par une nécessité, ce canon est cité par Pierre Lombard (livre 4, dist 6, ) et Gratien (canon mulier, dist 4). Enseignent la même chose sur les laïcs qui baptisent Gelasius (épitre 1), Isidore (livre 2, chapitre 24, des devoirs divins), et le Maître des sentences avec toute l’école, (livre 4, dist 6), et enfin, le concile de Florence.

À cet argument Calvin répond à sa façon habituelle : « Je ne vois pas par quelle forte raison on peut soutenir que depuis un grand nombre de siècles, depuis même le tout début de l’Église les laïcs baptisent en danger de mort, et en l’absence du ministre. » Or, il y a une raison éminemment puissante. Car, dans des choses de ce genre, que peut-on avoir de mieux que le consentement de toute l’Église, qui nous est parvenu depuis le tout début ?

Mais, écoutons quelle objection il a à faire à cela. Il nous objecte d’abord le mandat du Christ : allez, enseignez toutes les nations, lequel mandat ne s’adressait qu’aux seuls apôtres. Je réponds à cela qu’il n’est pas certain que cela n’ait été dit qu’aux seuls apôtres. Car, même si Matthieu ne fait mention que des onze apôtres, il est fort probable que beaucoup d’autres furent alors présents. Car, ces paroles semblent avoir été dites le jour de l’ascension, pendant lequel étaient avec les disciples cinq cents frères, comme l’apôtre l’atteste (1 Corinthiens XV.)

On pourrait ensuite répondre que les faits apostoliques expliquent ce mandat, puisque saint Étienne qui n’était pas apôtre, prêchait, ainsi que Philippe, qui n’était ni prêtre ni apôtre, mais qui prêchait et baptisait. Et d’autres ont fait la même chose qui n’étaient ni apôtres ni diacres, comme Ananie, et d’autres qui le déclarent ouvertement, à savoir que, en cas de nécessité, était permis à tous ce qui relève d’une certain ministre. La nécessité de propager l’Église exerçait sur tous une grande pression, d’autant plus qu’au début, les ministres étaient peu nombreux. La même nécessité urge aujourd’hui, en l’absence de prêtres.

Il objecte, en second lieu, qu’aux anciens eux-mêmes il n’apparaissait pas clairement que ce fût une bonne chose que les laïcs baptisent en cas de nécessité, même quand ils pratiquaient cette coutume ou qu’ils la toléraient. Et il le prouve par un texte de saint Augustin (livre 2, chapitre 13, contre Parmenianus) : « Si, poussé par la nécessité, un laïc confère un baptême, je ne sais pas s’il n’y aurait pas quelqu’un qui dirait pieusement que le baptême doit être réitéré. Si cela se fait sans véritable nécessité, c’est l’usurpation du travail d’un autre. Si la nécessité urge, c’est un péché véniel.»

Je réponds qu’il n’y a là aucun doute d’Augustin. Car, les premiers mots contiennent une phrase oratoire, mais pleinement affirmative. Car, c’est la même chose de dire : je ne sais pas si quelqu’un dirait pieusement et à moins qu’on puisse affirmer cela de façon impie. Les derniers mots parlent d’un péché véniel quand les laïcs ne font pas suffisamment d’effort pour trouver un prêtre qui baptiserait. Car, il n’y aucun péché quand ils baptisent, sans avoir trouvé un prêtre qu’ils ont vainement cherché.

Troisièmement. Il objecte le concile de Carthage 4, canon 100, où il est interdit à des femmes de baptiser. Je réponds que ce concile excepte le cas de nécessité, comme Pierre Lombard et Gratien l’ont démontré. Et même si le concile n’avait pas fait explicitement cette exception, il faudrait quand même comprend que ce cas est excepté. C’est comme quand l’apôtre interdit à la femme de parler dans l’Église (1 Cor X1V. 1 Tim 11), il est sous-entendu, sauf en cas de nécessité. La réponse de Calvin qui veut qu’il n’y a pas de nécessité pour le baptême, nous l’avons déjà réfutée dans la controverse précédente.

Quatrièmement. Il nous objecte Tertullien et Épiphane. Tertullien dit dans son livre sur les voiles des vierges : « Il n’est permis aux femmes, dans les églises, ni de parler, ni d’enseigner, ni d’asperger, ni d’offrir. » Et, (dans son livre sur le baptême) : « La femme ambitieuse qui a usurpé l’enseignement, qu’elle ne s’accorde pas aussi celui d’asperger. » Épiphane, quant à lui, (dans hérésie 42, qui est celle de Marcion), dit : « Il permet aux femmes de donner le baptême. » Et (dans hérésie 79), il dit que même « à la très sainte mère de Dieu, il n’a pas été donné de baptiser. Autrement, ce serait elle qui aurait baptisé Jésus au lieu de saint Jean Baptiste ».

Je réponds que les pères parlent ici du ministère public, non du ministère privé, en cas de nécessité. Car, après avoir dit que la femme ne pouvait pas faire telle ou telle chose, Tertullien joint le pouvoir de donner le baptême à celui d’offrir le sacrifice. Or, le sacrifice est toujours public. Donc, comme il n’est pas permis à la femme d’offrir le saint sacrifice, parce que c’est un ministère public, il ne lui est pas permis non plus, pour les mêmes raisons, de baptiser quelqu’un. Épiphane indique clairement qu’il parle du ministère public ordinaire. Car, à l’hérésie 79 où il dit qu’il n’est pas permis à la femme de baptiser, il dit, au même endroit, que cela n’est pas permis non plus aux diacres. Et, cependant, l’Écriture nous montre que cela a été permis à des diacres, dans des cas spéciaux.

Elle ne vaut pas la réponse de Calvin qui cite ces mots d’Épiphane : permettre aux femmes de baptiser est quelque chose de dérisoire. Car, par le fait même qu’il emploie les mots dérision ou moquerie, il indique assez clairement qu’il parle d’un ministère public. Car, ce serait une moquerie et une honte si une femme baptisait dans un temple en présence des hommes. Il ne faut pas s’étonner qu’il n’ait pas parlé du cas de nécessité, car il ne l’a pas ajouté non plus quand il a nié que les diacres puissent baptiser. Tous savaient très bien que des diacres avaient baptisé en cas de nécessité.

CHAPITRE 8

Le baptême des enfants contre les anabaptistes

Vient ensuite la sixième controverse sur ceux qui reçoivent le baptême. Toute cette question porte sur le baptême des enfants. Même si nous avons déjà prouvé, contre Calvin, que le baptême était nécessaire au salut des enfants, deux questions restent en suspens. La première. Avec les anabaptistes, les enfants sont-ils aptes à recevoir le baptême, ou, est-il permis de baptiser des enfants ? L’autre. Avec les luthériens et les calvinistes, quelle foi est nécessaire dans le baptême des enfants ?

La première question. Des hérétiques enseignaient, au temps de saint Bernard, qu’il n’était pas permis de baptiser les enfants. Saint Bernard rapporte cette hérésie et la réfute (dans son sermon 66 sur les cantiques des cantiques, et dans l’épitre 240.) Semblable est l’hérésie moderne des anabaptistes. Selon eux, il n’est permis de baptiser que les adultes qui demandent le baptême avec instance, et non les enfants. Tous les anabaptistes sont d’accord sur ce point, même si, sur d’autre sujets, ils diffèrent entre eux, comme l’atteste Calvin dans son instruction contre les anabaptistes.

Calvin rapporte aussi (livre 4, chapitre 10, verset 29), que Michel Servet et d’autres maitres anabaptistes soutenaient qu’on ne pouvait pas recevoir le baptême avant l’âge de trente ans, parce que c’est à cet âge que le Christ a été baptisé. Cette hérésie est apparue en 1527, comme Jean Cochlaue le rapporte dans ses actes de Luther. L’hérésiarque semble avoir été Balthasar Pacimontanus, qui a été ensuite brûlé à Vienne. Car, c’est ainsi que l’appelle Cochlaeus dans ses actes de Luther, en l’an 1528. Il dit, là, que Luther a écrit contre lui la même année. Mais, dans la question suivante, nous en reparlerons.

Les ministres de Transylvanie, qui, en l’an 1567, ont publié deux livres contre la trinité et l’incarnation du Seigneur, ajoutèrent, à la fin de leur livre, trente arguments contre le baptême des enfants. Apparait là manifestement la terrible rage de Satan contre le genre humain, car, non content d’avoir, par les luthériens et les sacramentaires, perdu d’innombrables âmes d’adultes, il veut aussi, par les anabaptistes, perdre les âmes des enfants. En plus de ces hérétiques, deux semblent avoir, indirectement, enseigné la même chose.

Dans sa préface de la paraphrase sur saint Matthieu, Érasme enseigne qu’on doit demander, quand ils deviennent adolescents, à ceux qui ont été baptisés dans l’enfance, s’ils ratifient la promesse que, dans leur baptême, d’autres ont faite en leur nom; et que s’ils ne la ratifiaient pas, on devait les laisser libres. Louis Vivès (annotations au ivre 1, chapitre 27 de la cité de Dieu) affirme qu’autrefois, on n’avait coutume de ne baptiser que des adultes, et seulement celui qui demandait le baptême, et qui en comprenait la signification.

Et pourtant, l’Église catholique a toujours enseigné qu’il fallait baptiser les enfants. Et c’est ce que le concile de Trente a défini (session 7, chapitres 12, 13, 14 sur le baptême), sous peine d’anathème. On prouve cette vérité par trois sortes d’arguments. Le premier tiré des Écritures, qui nous donnent trois arguments. Le premier, on le tire d’une figure de l’ancien testament. La circoncision était une figure du baptême. Cela est si évident que saint Paul appelle le baptême circoncision (Colossiens 11). Or, la circoncision était donnée aux enfants (Genèse XV11). Donc, pourquoi pas aussi le baptême ?

Cet argument les anabaptistes peuvent facilement l’éluder quand il est présenté par les luthériens et les calvinistes. Car, les luthériens et les calvinistes veulent que la forme du baptême soit la prédication, comme nous l’avons montré dans le livre précédent. Or, on ne peut pas dire cela de la circoncision. Il s’ensuit donc de là que les enfants pouvaient être circoncis mais non baptisés. Mais, quand cet argument est présenté par nous, qui ne requérons pas pour la forme les paroles de la prédication, ils ne peuvent pas l’éluder aussi facilement.

Le second argument on le tire de deux textes de l’Évangile, joints ensemble : Jean 111 : « À moins que quelqu’un ne renaisse de l’eau etc. » Ce texte montre que les enfants morts sans baptême périssent éternellement. Car, c’est la menace du Seigneur qui vaut pour tous. Mais nous n’avons pas encore de texte qui nous dit que les enfants peuvent être baptisés. Les anabaptistes disent que les enfants périssent parce qu’ils ne sont pas aptes à recevoir l’unique remède. Or, le Seigneur enseigne que les enfants ne périssent pas : « Laissez les petits venir à moi. Car, le royaume des cieux appartient à ceux qui sont tels. » Marc dit aussi que le Seigneur a embrassé et béni les petits enfants. Or, s’ils ne peuvent pas être sauvés, comment le royaume leur appartient-il, et pourquoi le Seigneur les a-t-il embrassés et bénis ?

À ce passage, on peut donner deux réponses. La première, celle des anabaptistes, à savoir que, dans les personnes des enfants, le Seigneur a béni l’innocence et l’humilité des enfants, non leur âge. Car, il n’a pas dit : c’est à eux qu’appartient le royaume des cieux, mais à ceux qui sont tels. Voilà pourquoi saint Augustin (livre 1, chapitre 19 de ses confessions), dit : « C’est l’humilité que tu as recommandée dans les enfants, notre roi, quand tu as dit : «le royaume des cieux appartient à ceux qui sont tels. » L’autre. L’évangéliste ne parle pas des petits enfants, mais de ceux qui ont l’âge de raison. Comme le note Tertullien, dans son livre sur le baptême, près de la fin. Le Seigneur a dit : laissez les enfants venir à moi. Ne peuvent venir que ceux qui sont un plus âgés. Les petits enfants on les porte, car ils ne peuvent pas venir par eux-mêmes.

Mais ni l’une ni l’autre n’est une réponse solide. Car, même si le Seigneur a recommandé l’humilité et l’innocence des enfants, comme l’enseigne avec raison saint Augustin, il a en même temps indiqué que l’enfance n’est pas étrangère au règne et au salut. Car, quand le Seigneur dit : laissez venir à moi les petits enfants, il parle, à la lettre, et historiquement, des vrais petits, que beaucoup lui offraient pour qu’il les bénisse, comme l’attestent les évangélistes, et que les apôtres empêchaient d’approcher. À ceux qui sont tels appartient le royaume des cieux, cette phrase doit certainement convenir aux vrais petits enfants. Et de plus, ces baisers et ces bénédictions donnés aux vrais petits, signifient que ces petits peuvent appartenir à la société du Christ et à son règne. Et comme Isaac et Ismaël sont, allégoriquement, deux testaments, comme l’enseigne Paul aux Galates 4, et ont été en même temps, historiquement, deux vrais hommes, de la même façon l’enfance est un type de l’humilité, et est cependant réellement apte au royaume des cieux.

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