Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 226)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L’autre solution n’est pas plus solide. Car les mots employés par les évangélistes signifient à la fois bambins et enfants. Le mot grec employé par saint Luc signifie enfants. Et c’est ce mot qu’il emploie pour désigner ceux que l’on portait et qui étaient incapables de marcher, dans la phrase : on lui apportait aussi les enfants (brephè). Le mot venir est donc employé au sens large, et il signifiait plutôt accéder à, approcher. Mais, cet argument qui possède une certaine solidité, est très faible quand il est présenté par les calvinistes. Car, ils ne veulent pas entendre du baptême ce passage du saint Jean. Si on enlève ce texte, l’autre texte qui est le seul dont se sert Calvin, ne peut convaincre personne. Car, les anabaptistes peuvent répondre que, selon les principes de Calvin, les enfants appartiennent au Christ ou parce qu’ils naissent saints, ou parce qu’ils sont prédestinés. C’est à Calvin à trouver une réponse à ces objections des anabaptistes.

Le troisième argument on le trouve où il est dit que des familles entières ont été baptisées, comme dans Actes 1V, où il est dit que Lydia a été baptisée et toute sa maison. On dit la même chose, au même endroit, du geôlier de la prison : « il a été baptisé incontinent lui, et toute sa maisonnée. » Et, dans 1 Corinthiens 1, Paul dit : « J’ai baptisé la maison de Stéphane. » Or, il est certain que, quand il est question de maisons entières, il est rare qu’il n’y ait pas d’enfants. Cet argument, Calvin l’a employé lui aussi, mais c’est un argument qui n’est que probable, pas totalement convainquant. Voilà ce qu’on peut dire des saints livres.

La deuxième classe d’arguments contient des témoignages d’église qu’elle a toujours présentés et conservés comme une tradition venant des apôtres. Même un Philippe se sert de cet argument (dans ses lieux, chapitre sur le baptême des enfants) qu’il a mis le premier en liste, comme étant le plus solide. Mais les anabaptistes ont raison d’éclater de rire. Car, si la tradition, le témoignage de l’église antique vaut pour cette question, pourquoi ne vaut-elle pas aussi pour les autres, comme le purgatoire, l’invocation des saints ? Cet argument est donc le nôtre, non celui des adversaires.

Nous avons d’abord le témoignage de Denys l’aréopagite qui (au livre de sa hiérarchie ecclésiastique, denier chapitre, dernier par) affirme que ce sont les apôtres qui nous ont transmis de baptiser les enfants. Saint Justin enseigne la même chose, ou quiconque est l’auteur des questions, dit à la question 56, que les enfants qui sont baptisés sont sauvés, les autres non. Saint Irénée (livre 2, chapitre 49) dit que sont sauvés tous ceux qui renaissent dans le Christ, les vieux, les jeunes, les enfants, les bébés. » Origène (livre 5, chapitre 6 aux Romains) dit : « L’Église a reçu des apôtres la tradition de donner le baptême aux enfants. » Saint Cyprien (livre 3, épitre 8 à Fidus) écrit à Fidus que ce n’est pas non seulement à lui mais à tout le concile qu’il a semblé bon que les enfants soient baptisés, même avant le huitième jour. Saint Jérôme (livre 3 contre les pélagiens, à la fin) dit que les enfants sont baptisés et qu’ils sont libérés de tout péché. » Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le saint lavement), saint Basile (dans son exhortation au baptême), saint Jean Chrysostome (homélie 1 aux néophytes), saint Augustin livre X sur le Genèse, chapitre 23 : « La coutume de notre mère l’Église de baptiser les petits ne doit jamais être méprisée, ni jugée superflue. Il faut y croire ni plus ni moins que si c’était une tradition qui vient des apôtres. »

Le même saint Augustin (livre 4, chapitre 24 sur le baptême), répète de nouveau que le baptême des enfants est une tradition apostolique. Et (au livre 1, chapitre 26 des mérites et de la rémission des péchés), il dit que les pélagiens n’ont pas osé nier le baptême des petits, quand ils s’aperçurent que, s’ils le niaient, ils déclareraient la guerre à toute l’Église. Voir aussi Prosper (livre 2, chapitre 8 de la vocation des Gentils) qui, comme saint Jérôme et saint Augustin, s’est servi principalement, contre les pélagiens, de cet argument pour prouver la transmission du péché originel. Car, les enfants étaient baptisés pour la rémission des péchés alors qu’ils n’avaient aucun péché actuel.

Le concile de Milet, parmi ses autre canons, a celui-ci : « Il a plu au concile d’anathématiser ceux qui nient qu’il faille baptiser les enfants qui viennent de naître. » Le concile de Gerundens, célébré en l’an 1000, statue, au canon 5, qu’on peut baptiser les enfants le jour même de leur naissance, s’il y a un danger de mort. Le concile 2 de Bracarens (canon 7) approuve aussi le baptême des enfants. Ainsi que le concile général de Vienne, comme nous l’avons dans Clementina 1, sur la sainte trinité et sur la foi catholique.

À ces témoignages s’ajoutent les décrets des souverains pontifes sur cette question. Saint Clément, dans la constitution apostolique, (livre 6, chapitre 15, ), Siricius, (épitre 1 à Himérius, chapitre 2), Innocent 1, épitre 26 au concile de Milet, saint Léon 1 à l’évêque d’Aquila, 84, ou 86), saint Grégoire 1, livre 111, épitre 9 à Jean Curalitanus, Innocent 3, (épitre à l’évêque d’Arles), ainsi que le chapitre majores, sur le baptême et son effet. Tous ces témoignages nous font découvrir la fausseté qu’a prononcée Louis Vives quand il affirma que les anciens n’avaient baptisé que des adultes, et jamais d’enfants.

La troisième classe d’arguments provient de la raison. La première. Les bébés peuvent être sauvés; or, en dehors de l’Église il n’y a pas de salut. Il est donc nécessaire qu’ils entrent dans l’église. La première proposition on la prouve par l’Écriture déjà citée : Matthieu X1X : « Le royaume de Dieu appartient à ceux qui sont tels. » Ensuite, par l’exemple des saints innocents, que l’église considère comme des martyrs et des saints, comme on l’a prouvé au chapitre 6. Et s’ils peuvent participer aux péché d’Adam, pourquoi pas à la grâce du Christ. Autrement la faute aurait plus de pouvoir que la grâce. Mais c’est le contraire qu’enseigne l’apôtre aux Romains V1.

La seconde proposition est très certaine. On lit en effet en Matthieu X11 : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. » Voilà pourquoi, dans le symbole, nous joignons la foi dans l’église à la foi dans la rémission des péchés. On compare aussi l’église à l’arche de Noé. Comme ceux qui n’étaient pas dans l’arche ont péri, périssent de la même façon ceux qui, aujourd’hui, ne sont pas dans l’Église, comme le dit saint Jérôme dans son épitre à Damase, sur le mot hypostase. L’atteste aussi le célèbre adage de saint Cyprien, dans son livre sur l’unité de l’Église : « Il n’a pas Dieu pour père celui qui n’a pas l’Église pour mère. » Voir aussi saint Augustin (livre 4, chapitre 1 sur le baptême). Ensuite le concile du Latran, chapitre 1, sous Innocent 111 : « Il y a une seule église universelle des fidèles, à l’extérieur de laquelle personne n’est sauvé. »

Nous avons donc à établir que les enfants doivent entrer dans l’église. Ils ne peuvent le faire cela qu’en recevant le baptême. Il est donc nécessaire qu’ils soient baptisés. On peut prouver la proposition par Romains V111 : « Ceux qu’il a prédestinés, il est a appelés. Ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés. Ceux qu’il a justifiés, il les aussi glorifiés. » Ce texte nous montre que toute prédestination porte le nom de justification et glorification; que personne n’est glorifié avant d’avoir été auparavant justifié, que personne n’est justifié avant d’avoir été avant appelé, que personne n’est appelé selon le propos, avant avoir été prédestiné. Or, chez les enfants, cet appel ne peut se faire que par le baptême. Car, on dit qu’ils sont appelés quand ils sont inscrits dans le registre des appelés. De plus, dans les Actes 11, on dit : « Ceux qui reçurent la parole ont été baptisés, au nombre d’environ trois mille. »

Voilà pourquoi, à l’unanimité, les pères distinguent les catéchumènes des fidèles, et enseignent que ceux qui sont encore privés du baptême ne sont pas encore dans l’église, et ne peuvent pas être appelés des fidèles. Voir le sermon de saint Grégoire de Naziance sur le saint lavement, saint Jean Chrysostome (homélie 24), saint Cyrille (livre 12, chapitre 50 sur saint Jean), saint Augustin (traité 4 sur saint Jean), et le concile de Florence dans son instruction aux Arméniens. De plus, l’homme ne peut être uni au Christ et à l’Église que par la foi ou le sacrement, ou par l’un et l’autre. Or, les bambins, du consentement même des anabaptistes, ne peuvent pas être unis au Christ et à l’Église par la foi. Ils doivent donc l’être par le sacrement.

La deuxième raison. Si les bambins ne peuvent pas être baptisés, c’est parce qu’ils seraient empêchés par une interdiction venant de Dieu, du sacrement, du ministre, du récipiendaire, de l’Église qui, par le baptême, acquiert un droit sur les hommes, ce qui ne semble pas pouvoir se faire sans leur volonté propre. Or, on ne peut dire aucune de ces choses. Car, il n’y a aucune prohibition divine. Le sacrement ne dépend que d’une institution divine. Autrement, il ne serait pas certain, et n’apporterait pas de solide consolation. Il est toujours efficace par lui-même, et opère la même chose, qu’il soit donné à un adulte ou à un enfant. Le ministre peut asperger un enfant et prononcer les paroles sacrées comme il le fait pour les adultes. De la part du récipiendaire, il est certes requis chez les adultes une disposition qui vient de la foi actuelle et de la conversion à Dieu. Mais, chez les bébés, ces choses-là ne sont pas requises. Chez les adultes, on exige cette disposition pour deux raisons. La première. À cause des péchés actuels qui se sont ajoutés au péché originel. Car, le péché qui est commis en détournant de Dieu la volonté propre, requiert, pour être remis, que la volonté propre se retourne vers Dieu.

La deuxième. Parce que Dieu agit avec les choses en respectant leur nature. Voilà pourquoi celui qui a l’usage de son libre arbitre n’est justifié par Dieu que s’il concourt en donnant son assentiment avec ce même libre arbitre. Mais aucune de ces choses n’est exigée pour le baptême des enfants. Car, ils n’ont pas l’usage de leur libre arbitre et ils n’ont pas péché en détournant de Dieu leur volonté propre. Ils n’ont qu’une aversion habituelle qui peut être enlevée par l’infusion de l’habitus de charité. Et, comme ils péchèrent par la volonté d’un autre, il est juste qu’ils soient justifiés par la volonté d’un autre.

N’est donc pas une objection l’obligation qui résulte du baptême. Car, il n’est obligé qu’à ce que, de toute façon, il est obligé ou il doit être obligé. Car, tous sont tenus, sans le baptême, à observer la loi divine et à renoncer au diable et à ses pompes. De plus, tous sont tenus à recevoir le baptême, et cela, par un commandement divin. Tous sont donc tenus de se soumettre à l’Église et à ses préceptes. La seule différence qui existe entre les adultes et les enfants, c’est que les premiers, parce qu’ils dépendent d’eux-mêmes, doivent se soumettre à l’Église de leur propre volonté. C’est par une volonté étrangère, qui leur tient lieu de raison, que les enfants doivent adhérer à l’église.

Aucune injure ou injustice n’est donc faite aux enfants quand ils sont baptisés, même s’il s’ensuit l’obligation d’obéir à l’église. Et les enfants qui n’ont ni parents ni tuteurs, et qui sont baptisés par un étranger, ne peuvent pas non plus se plaindre. Car ceux qui les baptisent le font pour leur bien. Si quelqu’un rencontre par hasard un homme grièvement blessé, qui ne peut ni parler ni penser, le transporte dans une maison, et demande à un médecin de le guérir, le bénéficiaire de ces actes de charité ne pourra certainement pas se plaindre d’avoir à récompenser le médecin en question. Et s’il se plaint et ne veut rien lui donner, il sera condamné par tout juge juste.

CHAPITRE 9

On réfute les 36 objections des anabaptistes

Il vaut la peine de réfuter les trente-six arguments des ministres de Transylvanie.

Le premier. « Dans les livres saints, on ne trouve nulle part le baptême des bébés. Nous n’en avons ni commandement, ni exemple. » Cet argument a une grande force contre les luthériens, qui ont souvent recours à ce genre d’argument. Mais, contre les catholiques, il ne vaut rien. Car, même si nous ne trouvons pas un mandement clair de baptiser les enfants, on le déduit quand même de l’Écriture, comme nous l’avons montré plus haut. Ensuite, la tradition des apôtres n’a pas, pour nous, une autorité inférieure à celle des Écritures. Car, les apôtres ont parlé par le même Esprit qui les faisait écrire. Que ce soit une tradition apostolique nous le savons de la même façon que nous savons que le nouveau testament a été écrit par les apôtres : par les témoignages de l’antique église.

Le second argument. « Il a été commandé d’enseigner d’abord, et de baptiser ensuite. Il faut donc instruire les enfants avant de les baptiser. » Je réponds que l’ordre que le Seigneur a établi, c’est celui qui devait être observé pour la conversion des Gentils. On les catéchise d’abord, puis on les baptise. On leur fait comprendre ensuite que la foi et le baptême ne suffisent pas, mais qu’il faut aussi l’observance de la loi et les œuvres bonnes. Voilà pourquoi il ajouté : « Leur enseignant d’observer toutes les choses que je vous ai prescrites. » Cet ordre doit être conservé, quand il est possible de le faire, comme l’église l’observe scrupuleusement quand des adultes viennent à la foi.

Mais, si par une incapacité humaine ou un manque d’eau, on ne peut pas les observer toutes ou pas toutes dans le même ordre, il est certes préférable de conserver quelque chose plutôt que rien du tout. Exemple. Si quelqu’un est dans le désert sans eau, avec un homme mourant, il pourrait l’instruire, l’enseigner pour l’amener à croire. Il ne pècherait pas contre le précepte du Seigneur : allez, enseignez etc. car, cela c’est quand on peut le faire. Donc, comme les enfants ne sont pas capables de recevoir un enseignement, mais sont capables de recevoir le baptême, on change l’ordre pour eux, et on les baptise d’abord de peur qu’ils ne périssent s’ils sont privés de cet unique secours. Ce n’est qu’après que vient l’enseignement.

Si un adulte venait à la foi, et si, pour une juste cause, le baptême était retardé, il faudrait quand même lui enseigner et lui dire qu’il est tenu d’observer la loi de Dieu. Il serait bien fou celui qui prétendrait qu’un catéchumène n’a pas à observer la loi du Seigneur, et à vivre vertueusement, sous prétexte que le Seigneur avait demandé de ne parler, qu’après le baptême, de l’observation de la loi.

Le troisième argument. « Saint Paul (1 Corinth 1) se glorifie et rend grâce à Dieu de n’avoir baptisé que Caius et Crispus, et la maison de Stéphane. Vois, par ce texte, à quel point est nécessaire le baptême des bébés. Il y a aussi le fait que le Christ n’a jamais baptisé aucun adulte. Je réponds que les adversaires disent, mais ne prouvent pas, que le Christ, Jean et Paul n’ont pas baptisé d’enfants. Mais c’est le contraire qui semble le plus probable, au moins pour Paul et Jean. Car, dans la maison de Stéphane où saint Paul a baptisé, il est fort probable qu’il y ait eu des enfants.

Quant à saint Jean, c’est tout Jérusalem, et même toute la Judée qui allait le voir pour être baptisé par lui (Matth 111 et Marc 1. » Qui peut affirmer que dans toute cette multitude, il n’y en ait pas eu au moins un à lui apporter son enfant ? Le Christ, ne baptisait pas par lui, mais par ses apôtres (Jean 1V). La sainte Vierge et saint Pierre ont certainement été baptisés par le Christ, comme l’enseigne Nicéphore (livre 2, chapitre 3 de son histoire), Euthymius (Jean, chapitre 3).

Mais, admettons qu’il en a été comme ils le disent, que le Christ, Jean et Paul n’ont baptisé aucun enfant, on ne doit pas en conclure qu’il ne faut par, pour autant, qu’il ne pas baptiser les enfants; ou qu’ils n’ont jamais été baptisés dans la primitive église ? Parce qu’ils avaient à faire des choses plus importantes, le Christ et saint Paul laissaient à d’autres le soin de baptiser, (Jean 1V, Actes 1X.)

Le quatrième argument. « Les réprouvés ne doivent pas être baptisés. Parmi les enfants, il y en a beaucoup qui sont réprouvés. Il faut donc s’abstenir de les baptiser pour que, par notre ignorance, ils ne profanent pas le sacrement. » Je réponds d’abord qu’avec ce même argument, on pourrait prouver qu’il ne faut pas baptiser les adultes. Ensuite, il a raison de dire que cet argument réfute Calvin et Bucer, et d’autres, qui veulent que le sacrement soit un sceau de la bienveillance éternelle de Dieu. Mais il ne vaut rien pour nous. Car, même si l’enfant était un réprouvé, il a vraiment été justifié quand il a été baptisé, et le sacrement n’a donc pas été profané, puisqu’il a été en lui comme il est dans les élus, un signe de la grâce véritable et efficace.

Le cinquième argument. « Celui qui ne croit pas doit être écarté du baptême. » Actes V111 : « Su tu crois, cela est permis. » Or, les enfants ne croient pas. Deutéronome 1 : « Ils ne savent ni le mal ni le bien. » Je réponds que cet argument est une démonstration contre les luthériens, qui estiment que le sacrement n’est rien d’autre qu’un instrument pour nourrir la foi. C’est dans le chapitre suivant que nous parlerons de ceux qui pensent ainsi. Et c’est là que nous réfuterons cet argument. Je dis, entretemps, que suffit à l’enfant la foi d’un autre, comme lui a été dommageable le péché d’un autre.

Le sixième argument. « Forcer les hommes à recevoir le baptême c’est attribuer à un sacrement plus que ce qui lui revient; et c’est corroborer l’opinion du pape, qui enseigne que, sans le baptême, personne ne peut être sauvé. Je réponds que si cet argument vaut quelque chose c’est contre les calvinistes, non contre les catholiques.

Le septième argument. « L’eau doit être unie à l’Esprit (Jean 111), comme la foi au baptême. Marc, dernier chapitre : « Celui qui croira et sera baptisé. » Or, les enfants sont fermés à l’Esprit, et ne peuvent pas croire. » Je réponds que, en ce qui a trait à l’Esprit, ce texte de saint Jean n’enseigne pas qu’on doive sentir l’action du Saint-Esprit, comme le croient les anabaptistes, mais seulement que, dans le baptême, la vertu de l’eau doit venir du Saint-Esprit. Et, comme l’eau lave extérieurement, l’Esprit-Saint lave lui aussi intérieurement, ce qui peut se faire même dans quelqu’un qui dort ou qui ne sent rien. Car, ce lavage et cette rénovation intérieure se fait par l’infusion d’habitus, qui peuvent être infusés sans que nous ne fassions aucun acte.

En ce qui a trait à la foi, le texte de saint Marc (allez prêcher) s’applique très certainement aux adultes. Car prêcher à des bébés serait une stupidité. Ajoutons que les anabaptistes sont forcés de reconnaitre cela s’ils veulent être logiques avec eux-mêmes. Car, ils enseignent que les enfants sont sauvés sans la foi et le baptême, comme Mélanchton l’atteste (dans lieux, baptême des enfants). Ajoutons que ne manque pas la foi qui leur est nécessaire, comme nous l’avons dit plus haut, et comme nous le dirons plus bas.

Le huitième argument. « L’église n’est obligé de croire qu’aux articles de foi. Or, le baptême des enfants n’est pas un article de foi. Elle ne doit pas donc pas obliger les enfants à se faire baptiser. » Je réponds qu’il appartient à la foi que les enfants puissent être baptisés. Car, même si on ne trouve pas cela en toutes lettres dans l’Écriture, on le trouve dans la tradition apostolique. On peut, aussi, le déduire des Écritures, comme nous l’avons déjà dit. Cet argument ne vaut que pour les Zwingliens et les calvinistes, qui n’admettent pas la tradition, et pensent que le baptême n’est pas nécessaire. Et dans le passage cité : si quelqu’un ne renait de l’eau et l’Esprit Saint, il ne voit que des métaphores.

Le neuvième argument. « Si on doit baptiser les enfants, on doit aussi leur donner la communion, comme le montre l’antiquité qui fut obligé d’interdire aux enfants ces vains lavements et ces cènes. » Je réponds que le baptême et la communion n’ont pas la même raison d’être. Car, le baptême est nécessaire aux enfants, qui, autrement périraient éternellement s’ils mouraient sans lui. Mais, la communion, comme les autres sacrements, ne sont nécessaires qu’aux adultes, après le baptême. C’est ce que montrent leur nature et leurs effets. Car, l’eucharistie a été instituée pour conserver et nourrir la vie spirituelle acquise dans le baptême, comme, dans les choses corporelles, le fait la nourriture pour conserver la vie animale. Comme on peut vivre un certain temps sans nourriture tant que la chaleur naturelle ne commence pas à consumer l’humeur vitale, de la même façon, sans eucharistie, la vie spirituelle peut se conserver tant que la chaleur de la concupiscence n’aura pas consumé l’humeur de la grâce et des vertus. Chose qui n’arrive certes pas chez les enfants, mais seulement chez les adultes.

C’est afin d’indiquer que l’eucharistie n’était pas pour les enfants, que le Seigneur n’a pas voulu l’instituer avec du lait, qui est leur unique nourriture, mais avec du pain et du vin, qui appartiennent en propre aux adultes. Certains anciens, cependant, pour des raisons bien à eux, enfonçaient l’eucharistie dans la bouche des enfants. Mais leurs raisons ne prévalurent pas, et l’Église n’adopta pas cette coutume. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

Le dixième argument. « On ne donne pas le baptême sans pénitence (Actes 2, et Marc 1). Or, les enfants ne savent pas faire pénitence. » Je réponds que la pénitence est nécessaire dans le baptême des adultes, à cause des péchés actuels commis par les adultes. Mais, pour le péché originel, on n’a pas à faire pénitence. Car, quelqu’un ne fait pas correctement pénitence pour un péché qu’il n’a pas commis, et qu’il ne pouvait pas commettre. Or, le péché originel, ce n’est pas nous qui le commettons, mais nous l’héritons d’Adam par une propagation naturelle. Voilà pourquoi, à Romains 9, il est dit des enfants : « Qui n’ont fait rien de bon ni de mal. »

Le onzième argument : « Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le baptême) conseille de différer le baptême jusqu’à ce que les enfants puissent répondre de leur foi. Saint Augustin (dans son livre sont livre 1V sur le baptême contre les donatistes), écrit que le baptême des bébés n’a pas été statué par un concile, et qu’il a commencé au temps d’Origène. » Ils ajoutent le témoignage de Trismegiste, des sybilles et de Musculus. Je réponds que saint Grégoire de Naziance désirait qu’on retarde le baptême jusqu’à l’âge de trois ans, pour que les enfants puissent donner une certaine réponse, à l’exception cependant, du danger de mort. Car il veut, en cas de danger, qu’on les baptise n’importe lequel temps. Et il le prouve par la circoncision et par d’autres arguments. Saint Grégoire de Naziance a donc deux choses contre les anabaptistes. Une première. On peut baptiser les enfants à n’importe lequel temps. Une deuxième. On ne peut pas le retarder au-delà de trois ans. Or, il est certain que les enfants de trois ans n’ont pas encore l’usage de raison, ne peuvent ni croire, ni faire pénitence, ni accomplir les autres choses que demandent les anabaptistes.

Ajoutons que ce conseil que donnait saint Grégoire de Naziance n’a pas reçu l’approbation des pères. Car l’utilité est infime, et immense le péril qu’encourent les enfants en retardant leur baptême jusqu’à l’âge de trois ans, en raison du grand nombre des morts infantiles. On doit répondre la même chose à Tertullien qui (dans son livre sur le baptême, vers la fin) donnait le même conseil qu’a donné plus tard saint Grégoire de Naziance. Et saint Augustin est cité de travers et faussement par les anbaptistes. Car ce n’est pas pour infirmer le baptême des enfants que saint Augustin dit qu’il n’a été imposé par aucun concile, mais pour montrer qu’il est plus ancien que tous les conciles.

Voici, en effet, ce qu’il dit (dans son livre 4 sur le baptême des enfants : « Ce que l’Église universelle tient, et ce qu’elle a toujours retenu, sans qu’aucun concile ne l’ait décrété, on a raison de croire qu’elle n’a pas pu agir ainsi sans l’autorité d’une tradition apostolique. » Ces paroles réfutent aussi le mensonge voulant que le baptême des enfants ait commencé au temps d’Origène. Saint Augustin parle de tradition apostolique. Et le témoignage du luthérien Musculus nous n’en faisons pas plus de cas que de ceux des anabaptistes. Trismégiste et les sybilles ne parlent pas du baptême du Christ, mais d’un certain lavement païen qui ne nous concerne pas.

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