Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 227)
Le douzième argument. « On croit de cœur à la justice, et de bouche se fait la confession pour le salut. » Romains X. Cela, les petits ne peuvent pas le faire. » Je réponds avec saint Augustin, au lieu cité, (livre 4, chapitre 24 sur le baptême), que les apôtres nous ont légué que les enfants étaient sauvés par le baptême, même s’ils ne croient pas de cœur et ne confessent pas de bouche. Car, même s’ils n’ont pas la foi actuelle, ils ont quand même le sacrement de la foi, comme, à l’opposé, le bon larron n’eut pas le sacrement de la foi, mais fut sauvé par la foi et la conversion à Dieu. On peut en conclure que, en cas de nécessité, la foi et le désir suppléent au défaut du baptême. Et, à l’inverse, le sacrement supplée au défaut de la foi actuelle propre.
Le treizième argument. « Comme les sacrements sont parfaits, ils requièrent des gens parfaits. Or, les enfants sont imparfaits, donc… » Je réponds que, si on les compare à la cause agente, les choses parfaites ne conviennent qu’aux parfaits. Car, seuls les artisans parfaits peuvent faire des œuvres parfaites. Mais si on les compare à la cause « passive, c’est-à-dire à la matière, ou au sujet, alors elles conviennent aux imparfaits, et non aux parfaits. De cette sorte, est le baptême par rapport aux hommes. Car, c’est un sacrement parfait qui perfectionne des hommes imparfaits. Il en est de même de la médecine corporelle. Un médicament parfait n’est pas donné à ceux qui ont une santé parfaite, mais à ceux qui ont une santé imparfaite, c’est-à-dire aux malades. Voilà pourquoi l’apôtre (Hébreux V1) dit qu’il appartient aux imparfaits d’être baptisés : « Laissant de côté l’enseignement primordial sur le Christ, tendons à la perfection, sans avoir de nouveau à poser le fondement de la pénitence, le baptême. »
Le quatorzième argument. « La cène du seigneur requiert une confession externe de la foi. Les enfants en sont donc exclus. Le baptême requiert aussi une confession externe, car il n’est rien d’autre qu’une profession de foi. » Je réponds que la cène du Seigneur autant que le baptême sont des professions externes de foi. On professe dons notre foi en les recevant, même si on ne dit aucun mot. Voilà pourquoi les enfants professent leur foi en étant baptisés. Ils feraient la même chose s’ils communiaient. Ce n’est donc pas pour cela que nous les écartons de la communion.
Le quinzième argument. « Les symboles du Christ sont ordonnés à sa commémoration et sa prédication. Les bambins ne peuvent rien faire de tout cela. » Je réponds que ceux qui reçoivent les symboles du Christ, par le fait même qu’ils les reçoivent, commémorent et prêchent le Christ. Et c’est ce que les tout petits font aussi. Car quand ils sont plongés dans l’eau, ils commémorent la mort et la sépulture du Christ. Quand on les sort de l’eau, ils commémorent sa résurrection. L’apôtre (Romains V1) ne requiert rien d’autre.
Le seizième argument : « La foi vient de l’audition, et l’audition de la parole de Dieu. » Si tu dis que les enfants ont la foi, tu montreras en eux la révélation d’une nouvelle foi que tu ne pourras jamais prouver par la parole de Dieu. » Je réponds que l’argument vaut contre les luthériens qui mettent la foi actuelle dans les enfants.
Le dix-septième argument. « Le Christ a été baptisé à l’âge de trente ans. » Je réponds avec le sermon de saint Grégoire de Naziance sur le saint lavement, que nous ne pouvons et nous ne devons pas faire tout ce que le Christ a fait de la même manière qu’il l’a fait. L’eucharistie, par exemple, il l’a donné au cénacle, après la cène et avant la passion. Nous la donnons, nous, dans les temples, avant la cène, et après la résurrection. Ajoutons que le Christ a différé son baptême jusqu’à l’âge de trente ans parce qu’il n’avait pas besoin de baptême, et parce qu’il n’était pas en danger de mort. Et aussi parce qu’il avait décidé que c’était dans son âge parfait qu’il se montrerait et prêcherait aux hommes. Dans son baptême, il commença à être connu par les miracles qui se produisirent. Nous, depuis notre naissance, nous avons toujours besoin du baptême; et nous ne connaissons pas la durée de notre vie. De plus, nous ne nous faisons pas baptiser pour nous faire connaître par le monde, mais pour ne pas périr éternellement. Ajoutons que le Christ a été circoncis le huitième jour, comme tous les autres Juifs. Et la circoncision était pour les Juifs ce qu’est pour nous le baptême.
Le dix-huitième argument. « Les baptisés revêtent le Christ. Explique comment les enfants pourraient revêtir le Christ ? » Je réponds que les enfants revêtent le Christ quand, par l’habitus de la grâce qui leur est infusé, ils rejettent le vieil homme, et revêtent le nouveau. Que cela puisse se faire sans un acte propre de l’esprit, saint Paul l’enseigne à Romains V : « Comme par la désobéissance d’un seul, plusieurs ont été constitués pécheurs, ainsi, par l’obéissance d’un seul, plusieurs ont été constitués justes. » Par le seul fait de naître d’Adam, le péché d’Adam est communiqué, même à ceux qui n’ont pas l’âge de raison. De la même manière, par le seul fait de renaître du Christ par le baptême, la justice du Christ est communiquée même à ceux qui n’ont pas l’usage de leur raison.
Le dix-neuvième argument. « Les sacrements de la nouvelle loi sont spirituels. Les enfants sont complètement charnels. » Je réponds que c’est précisément pour devenir spirituels qu’ils reçoivent des sacrements spirituels. Ils deviennent tels par un habitus, non par un acte.
Le vingtième. « Les apôtres sont des pêcheurs d’hommes, non d’enfants. » Réponds ainsi. Comme si les enfants n’étaient pas de vrais êtres humains. Et d’ailleurs pêcher ne signifie pas proprement baptiser, mais prêcher. Nous admettons que nous n’avons pas à prêcher à des bambins.
Le vingt-et-unième. « Ceux qui accèdent aux sacrements doivent faire un examen de conscience (1 Corinthiens X1). Or, les enfants ne le peuvent pas. Donc. » Je réponds que l’apôtre dit cela au sujet de l’eucharistie, qui requiert l’état de grâce. Autrement, il accède indignement à l’eucharistie, ne discernant pas le corps du Seigneur. Dans le baptême, un tel examen de conscience n’est pas requis. Car, quelqu’un peut y accéder en étant conscient d’avoir commis des péchés, pourvu qu’il en ait le repentir et le ferme propos de ne plus les commettre. Car, le baptême a été institué pour effacer les péchés. Il est vrai que, pour les adultes, un certain examen de conscience est requis pour qu’on n’y accède pas hypocritement, et qu’on ne conserve pas d’attaches au péché. Mais, pour les enfants, ce genre d’examen n’est pas nécessaire, puisqu’ils ne peuvent pas y mettre d’obstacles.
Le vingt-deuxième argument. « Celui qui veut devenir un chrétien, doit revêtir le nouvel homme, après avoir rejeté l’ancien. Les enfants ne peuvent pas faire cela. » J’ai déjà indiqué que cette assertion est fausse. Car, le mauvais est aussi un chrétien, pourvu qu’il reçoive le baptême et professe la foi du Christ.
Le vingt-troisième argument. « Le fidèle dispensateur donne la nourriture en son temps, et il regarde les moissons blanches, non les vertes. » Je dis que l’Église observe cela parfaitement quand elle donne le baptême aux bébés, mais non la communion. Car, c’est toujours le temps de recevoir le baptême, non toujours le temps de communier au corps et au sang du Christ. Les moissons blanches se disent des hommes disposés et aptes à recevoir le salut, comme sont les enfants. Ne sont pas toujours tels les adultes qui sont empêtrés par un lot de passions et de péchés.
Le vingt-quatrième. « On appelle véritablement frères ceux qui peuvent boire à la même coulpe. Or, les enfants ne le peuvent pas. » Je dis qu’on appelle frères ceux qui boivent à la même coupe, mais qu’on a une raison encore plus grande d’appeler frères ceux qui sont renés par le même baptême. Car, le baptême nous fait enfants de Dieu et frères du Christ, comme tous les autres régénérés. Boire à la même coupe n’est qu’un signe de fraternité. Voilà pourquoi l’apôtre dit l’un et l’autre du baptême 1 Cor X11 : « Vos avez été baptisés en un seul esprit et pour devenir un seul corps. » Et, au sujet de l’eucharistie, 1 Cor X : « Nous sommes nombreux à être un seul esprit et un seul corps. » Et, à l’inverse, boire à des calices différents, de façon à ce que certains boivent au calice du Christ et d’autres aux calices des démons, c’est un signe de diversité et de schisme.
Or, le fait de ne boire à aucun calice, comme c’est le cas des petits enfants, n’empêche pas la fraternité, qui peut s’obtenir autrement, par le baptême, puisqu’il nous rend frères sous un même père, et membres d’un seul corps. 1 Cor X11 : « Nous avons tous été baptisés dans un seul esprit pour devenir un seul corps. » Nous voyons la même chose dans les choses charnelles. Les enfants sont frères d’adultes, quand ils sont nés du même père, même s’ils ne mangent pas le même pain et ne boivent pas à la même coupe.
Le vingt-cinquième argument. « Celui qui ne reçoit que la partie externe d’un sacrement, ne reçoit rien. Or, les enfants ne sont que mouillés par l’eau, puisqu’ils sont privés de raison. Donc. » Je réponds que son assertion est fausse. Car, même si les enfants sont privés de l’usage de leur raison, ils ne sont pas privés d’une âme raisonnable et de ses puissances, dans lesquelles Dieu peut habiter par sa grâce, et habite effectivement quand ils sont baptisés, comme l’écrit saint Augustin, dans son épitre 57 à Dardanus.
Il dit qu’il est étonnant, mais pourtant vrai, que Dieu n’habite pas dans beaucoup de ceux qui le connaissent, comme les philosophes ( Romains 1 : « Bien qu’ils l’aient connu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu), mais habite dans ceux qui ne le connaissent pas, les petits enfants baptisés. Et (au livre 1, chapitre 9 sur les mérites et la rémission des péchés), il dit : « Il donne la grâce très mystérieuse de son Esprit, en l’infusant secrètement dans les enfants et les bambins. »
Le vingt-sixième argument. « Ne peut pas être envoyé au Christ celui qui n’a pas été préparé par saint Jean-Baptiste. » Je réponds que cela est vrai pour ceux qui ont besoin d’une préparation. Les enfants n’en ont pas besoin. Voilà pourquoi Jésus a dit en Matthieu X1X : « Laissez les petits venir à moi. » Il n’a pas ordonné qu’ils attendent jusqu’à ce qu’ils aient été préparés par saint Jean-Baptiste.
Le vingt-septième argument. « Le baptême est une aspersion avec une doctrine, et une imposition des mains. » Je réponds que l’apôtre n’a pas dit cela. Voici comment il a parlé : « Laissant l’enseignement élémentaire sur le Christ, élevons-nous à l’enseignement parfait, sans revenir sur les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes, et de la foi en Dieu, de l’instruction sur le baptême et de l’imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. »
Et le sens est le suivant : ne revenons pas aux fondements de la doctrine du baptême, et de l’imposition des mains, c’est-à-dire de la confirmation, car ces choses sont expliquées aux catéchumènes au tout début de leur initiation. Mais il nous faut maintenant tendre à des choses plus hautes. Il ne dit donc pas, en cet endroit, que le baptême est une aspersion avec une doctrine, mais il dit que la doctrine sur le baptême s’adresse aux commençants et n’appartient pas aux parfaits. Ce qui est contre les anabaptistes qui veulent que le baptême soit pour les parfaits.
Le vingt-huitième argument. « Le baptême est une mise à mort et une ablution avec l’invocation du nom de Jésus. (Actes XX11.) Je réponds que, même chez les enfants, le baptême est la mort des péchés. Mais l’invocation ne fait pas partie de l’essence du baptême. Elle n’est que convenable, mais il faut l’utiliser quand la chose est possible.
Le vingt-neuvième argument. « Le baptême est une purification du corps par l’eau dans la certitude de la foi, après avoir déposé la mauvaise conscience. » Hébreux X. Je réponds que l’apôtre ne donne pas une définition du baptême, mais il avertit celui qui veut accéder à Dieu d’avoir, en plus du baptême, la vraie foi et une bonne conscience. Car, c’est ainsi qu’il parle : « Accédons avec un vrai sentiment du cœur, dans la plénitude de la foi, les cœurs ayant été aspergés de la mauvaise conscience, et le corps ayant été purifié par une eau pure ».
Le trentième argument. « Le baptême est la déposition des saletés et des péchés, et un ensevelissement avec le Christ. » Colossiens 11. Je réponds que cela convient aussi aux enfants, parce qu’ils ont le péché originel. Car, c’est ce que nient les anabaptistes. Ce qui n’empêche pas saint Paul d’affirmer aux Romains V : « En qui nous avons tous péché. » Et Éphésiens 11 : « Nous étions, nous aussi, des fils de colère par nature. »
Le trente-et-unième argument. « Le baptême est une attestation de bonne conscience envers Dieu. » 1 Pierre 111. Je réponds que ce n’est pas l’essence du baptême, mais un effet du baptême. Or, dans les enfants, le baptême le produit cet effet fondamentalement, pour ainsi dire, et, à l’âge adulte, formellement. Il purifie, en effet, l’âme du péché, et c’est de cette purification que vient plus tard le témoignage de la bonne conscience.
Le trente-troisième argument. « Le baptême est un bain de régénération et de rénovation dans le Saint-Esprit. Tit 111 et Jean 111, Zacharie X11. Aucune de ces choses ne se rapporte aux enfants. » Je réponds qu’ils pensent que cela est faux parce qu’ils estiment que les enfants n’ont pas le péché originel. Voilà pourquoi ils nient que les enfants doivent être purifiés et régénérés.
Le trente-quatrième argument. « Les sacrements sont des nourritures solides. Les enfants n’ont besoin que du lait. » Je réponds que le sacrement de l’eucharistie est une nourriture solide, et c’est pourquoi il a été institué sous la forme du pain, et n’est pas donné aux enfants. Or, le baptême n’est pas une nourriture, mais une régénération qui convient parfaitement aux enfants. Car c’est le propre des enfants de naître, et donc de renaître. Voilà pourquoi saint Paul (Hébreux V1) dit que le baptême est pour les imparfaits.
Le trente-cinquième argument. « Il nous faut d’abord être animaux, ensuite spirituels. » 1 Cor 5. Les sacrements sont des instruments spirituels. Les enfants ne peuvent donc pas renaître. » L’argument consiste en ceci : les sacrements sont spirituels, ils ne conviennent donc qu’aux spirituels. Mais la conséquence de cet argument est mauvaise. Les sacrements sont spirituels pour rendre spirituels des hommes animaux, puisqu’ils ont le pouvoir de régénérer et de renouveler. Jean 111 et Tit 111.
Le trente-sixième argument. « Des adultes aveugles, sourds et muets personne n’osera jamais les baptiser. Encore moins des enfants qui ne peuvent ni marcher, ni entendre ni parler. » Je réponds en disant que ces adultes si, en quelle que façon que ce soit, ils peuvent indiquer leur désir d’être baptisés, on s’ils ont pu le faire avant de devenir malades, peuvent et doivent être baptisés, comme l’enseigne clairement le concile de Carthage 333, chapitre 34, et le concile d’Oranges 1, chapitre 12, et saint Augustin (livre 1, chapitre 26, des conjoints adultérins, des malades qui deviennent subitement muets. Si on ne peut pas savoir ce qu’ils veulent, on ne les baptise pas, car, pour ceux qui ont l’usage de leur raison, leur consentement est requis. Or, dans les enfants le consentement n’est pas requis, et celui des autres suffit. Pour les adultes aveugles, sourds et muets, nous ne savons pas s’ils ne mettent pas d’obstacle à la réception du sacrement. Mais, pour les enfants, nous le savons.
CHAPITRE 10
Que pensent les adversaires de la foi qui est requise pour le baptême des petits.
Il reste encore une question sur la foi avec laquelle les petits sont baptisés. Il y a, sur ce sujet, deux sentences extrêmes des hérétiques, au milieu desquelles se pose la sentence de l’Église catholique.
La première sentence est celle des luthériens qui attribuent aux enfants une foi actuelle, ou quelque chose de semblable. Luther d’abord. Dans sa captivité de Babylone (au chapitre du baptême), il dit : « Tous les sacrements ont été institués pour nourrir la foi. » De même : « Les sacrements ne justifient pas et ne sont d’aucun profit. Seule la foi justifie. » De même : « Les sacrements ne sont pas accomplis parce qu’ils sont faits, mais parce qu’ils sont crus. »
Il a vu que cela répugnait au baptême des petits enfants, et il se fait, alors cette objection à lui-même. «On opposera peut-être à ce que nous venons de dire, le baptême des petits, eux qui ne comprennent pas la promesse de Dieu, et qui ne peuvent pas avoir la foi du baptême. » Il répond en disant deux choses. La première. Les enfants croient. La seconde. Ils acquièrent la foi non par la vertu du sacrement, mais par les prières de l‘Église, et la foi de ceux qui offrent l’enfant au baptême. Et c’est ainsi qu’il explique ce qu’on a coutume de dire : les enfants sont secourus par la foi d’autrui. Qu’il parle d’une foi actuelle et non d’un habitus, les mots suivants le montrent : « Comme la voix de Dieu peut, tant qu’elle résonne, changer le cœur d’un impie, car, il n’est pas moins difficile changer le cœur d’un sourd et d’un impotent que celui d’un bébé, de même, par les prières de l’église qui offre et qui croit, le petit est changé par la foi infuse, est purifié et renouvelé. » Il est pourtant certain que quand un impie est changé par une parole du Verbe de Dieu, et veut être converti, il est changé dans un acte, non dans un habitus.
Le même Luther (dans son livre contre Cochlaeus, en l’an 23, dit : « Nous disons que, dans le baptême, les enfants croient par la vertu de la parole par laquelle ils sont exorcisés, par la foi de l’Église qui les offre, et par la foi de celui qui le demande par ses prières. Autrement, intolérables seraient les mensonges quand le baptiseur demande à l’enfant s’il croit, et ne le baptiserait pas si son répondant ne disait pas je crois. Pourquoi leur demande-il s’ils croient, s’il sait très bien, comme tout le monde, qu’ils ne croient pas, » comme argumente Cochlaeus.
Soit, nous savons que saint Augustin a parfois parlé ainsi. Mais nous cherchons, nous, une preuve dans les saintes lettres. Car nous devrons affirmer que les petits ne doivent pas être baptisés s’il est vrai qu’ils ne croient pas dans le baptême, pour ne pas nous moquer de la majesté des sacrements et des paroles. Nous devons nier aux petits l’erreur sophistique de la foi. »
Il parle évidemment de la foi actuelle, et non de la foi habituelle. Car ni Cochlaeus, ni saint Augustin, ni les scolastiques n’ont nié la foi habituelle dans les enfants. Et, ce qui est encore plus fort, Luther veut que la foi soit dans les bébés, avant le baptême, quand on les exorcise et quant on les interroge. La foi dont il parle ne peut être qu’actuelle, car la foi habituelle n’est pas infusée avant le baptême, mais dans le baptême. Il dit la même chose dans son livre contre les Vaudois quand il dit qu’il est préférable de ne pas baptiser les bébés plutôt que de les baptiser sans la foi. Car, si tu reçois un sacrement sans la foi, tu le reçois pour ton propre détriment. Et, il prouve cela par Marc, dernier chapitre : « Celui qui croit et sera baptisé. » Ce texte, il l’entend de la foi actuelle.
Cette sentence a paru difficile à accepter à tous les autres; et elle a engendré trois sectes diverses. Quelques-uns nièrent qu’il fallait baptiser les enfants, car ils croyaient, comme l’enseignait Luther, que, sans la foi, le baptême n’était d’aucun profit. Et parce que l’expérience leur montrait clairement que les enfants ne croyaient pas, puisqu’ils rechignaient, se débattaient et pleuraient quand ils étaient baptisés. Tels sont les anabaptistes, dont nous venons tout juste de parler.
D’autre ne nièrent pas qu’il fallait baptiser les enfants, mais ils nièrent que la foi était requise chez les enfants. Tels sont les sacramentaires, dont nous parlerons bientôt quand nous réfuterons l’autre proposition. Il y en d’autres, enfin, qui ne nient ni la foi ni le baptême des petits enfants, mais qui ont cherché à biaiser, et à clarifier la sentence de Luther. En 1536, les luthériens formèrent un conciliabule à Wittemberg, dont les actes sont reproduits par Cochlaeus (livre 3 de ses mélanges, 38, chapitre 2.)
Voici ce qui a été décrété dans ce pseudo synode. Il faut rejeter l’erreur de ceux qui pensent que les bébés peuvent être sauvés sans aucune action de leur part. Ensuite, même si nous ne comprenons pas quelle est l’action des tout petits, il est cependant certain qu’il y a en eux des tendances et des inclinations à croire, et à aimer Dieu, semblables à nos actes de foi et de charité. Et c’est ce qu’on doit comprendre quand on dit que les enfants croient.
Tous les luthériens semblent accepter cette nouvelle explication de la sentence de Luther. Philippe (dans ses lieux, en l’an 58, chapitre du baptême des petits), écrit : « Au sujet des petits enfants, il suffit de tenir que, par le baptême, leur est donné le Saint-Esprit qui effectue en eux, à leur façon, de nouveaux mouvements, de nouvelles inclinations vers Dieu. » Jean Brentius dit la même chose (dans son apologie de la profession de Wirtemberg, chapitre du baptême), ainsi que Davide Chitraeus, (dans son catéchisme, lieu 7, sur le baptême). De même Illyricus avec les centuriates (livre 2, chapitre 4, colonne 63, et centurie 5, chapitre 4, col 517). Il reproche à saint Justin et saint Augustin d’avoir dit que, dans le baptême, les enfants croient avec la foi d’un autre, non avec la leur. Enfin (pour omettre les autres) Martin Kemnitius (2 par examen du concile de Trente, canon 13, session 7, p. 258 et suivantes) dit qu’il est difficile d’expliquer et de croire comment les enfants croient. « Cependant, dit-il, la façon la plus simple de le comprendre est expliquée par la formule de concorde entre les théologiens de Saxe et de la haute Germanie, en 1536. » Et ce qu’il en dit ressemble à ce qu’a enseigné le concile de Wirtemberg, cité plus haut.
Il faut noter ici que c’est par fraude et artifice, et même par un gros mensonge, que Kemnitius affirme que cette sentence du conventicule de Wirtemberg concordait avec les assertions ci-haut citées de Luther. Et que le concile de Trente est en désaccord, à ce sujet, avec le concile de Vienne, parce que le concile de Vienne enseigne que, dans le baptême, sont infusés par Dieu les habitus de foi, d’espérance et de charité, alors que le concile de Trente aurait voulu enterrer ce décret sans en faire aucune mention. Ce mensonge, nous le dénoncerons plus loin.
L’autre sentence se porte jusqu’à l’autre extrême. Aucune foi n’est nécessaire aux enfants dans le baptême. Il semble que c’est ce que Luther a d’abord enseigné. Car, même si c’est avant l’apparition des anabaptistes qu’il a écrit les choses que nous avons citées, il écrivit un livre contre eux, en l’an 1538, quand ils apparurent. Et quand il arriva à cet argument de la foi des enfants, il dit qu’il importait peu que les enfants croient ou ne croient pas. Car, le baptême n’est pas fondé sur la foi de celui qui donne ou qui reçoit, laquelle est incertaine, mais sur le mandat et l’institution de Dieu. Il dit des choses semblables dans son homélie sur le baptême (années 37 et 40).
Mais ce principe de Luther n’est pas solide. Car, même si, de ce que le baptême ne dépend pas de notre foi mais de l’institution divine, il s’ensuit qu’il est toujours, de lui-même, efficace, il ne s’ensuit pas qu’il nous soit toujours, sans la foi, utile ou profitable. Car autrement, ceux qui se présentent au baptême sans sincérité ou sans renoncer au péché seraient quand même purgés par le baptême. Voilà pourquoi les sacramentaires suivirent Luther quand il écrivit que la foi n’est pas requise. Mais, c’est d’un autre fondement qu’ils vont le chercher, c’est-à-dire de la promesse faite à Abraham et à sa semence, ou de la prédestination divine.
Calvin (livre 4, chapitre 16), comme nous l’avons expliqué plus haut, aurait aimé défendre la première sentence de Luther, mais il n’a pas osé. Voilà pourquoi il parle ainsi (verset 18) : « Il n’aurait pas été assez sécuritaire d’enlever au Seigneur la possibilité de montrer comment cela devait être connu. » Et au verset 19 : « Non que je veuille témérairement affirmer qu’ils sont doués de la même foi que celle que nous expérimentons, ou qu’ils aient une connaissance de la foi tout à fait semblable à la nôtre. » Tu vois comment il rejette le décret de Wirtemberg ? Et, au verset 21, il ajoute : « Ceux que le Seigneur a daigné élire, s’ils émigrent de la vie présente avant d’avoir reçu le signe de régénération, il les renouvelle par la vertu du Saint-Esprit à nous donnée, de la façon qu’il considère convenable. »
Théodore de Bèze a des choses semblables (dans sa confession, chapitre 4, article 48), et Pierre le martyr (dans les chapitres 1 et 2 de la première lettre aux Corinthiens). Il dit là clairement que les enfants ne comprennent ni ne croient, et qu’ils sont quand même baptisés parce qu’ils avaient déjà été sanctifiés et faits membres de l’église par l’élection divine, et par la promesse faite aux parents. Et Wolfgang Musculus, qui a participé au conciliabule de Wirtemberg, et qui est ensuite devenu un sacramentaire, dit (dans les lieux communes, au titre du baptême des enfants) dit que Luther a écrit sans réflexion quand il dit qu’on ne doit pas baptiser les enfant si on ne peut prouver qu’ils ne croient pas; et que c’est ce qui a donné naissance à l’anabaptisme.
La troisième sentence est celle des catholiques. Les enfants n’ont pas la foi actuelle, mais ils ne sont quand même pas dénués de toute foi, puisqu’ils ont la foi habituelle, qu’ils croient par la foi d’un autre, et dans la réception elle-même du sacrement. Pour prouver tout cela d’une façon ordonnée, je vais énoncer les propositions suivantes.
2018 12 14 fin 2018 12 23 debut
CHAPITRE 11
On déclare quelle est la foi qui est requise dans le baptême des petits enfants, et on réfute les erreurs des adversaires.