Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 228)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La première proposition. Les petits enfants n’ont pas la foi actuelle. Ce qui est contre la première sentence de Luther. Preuve. Le Deutéronome (1) et saint Jean (dernier chapitre) enseignent que les enfants ne savent pas la différence entre le bien et le mal, sans jamais exclure le temps du baptême. C’est donc sans aucun témoignage de l’Écriture que Luther fait cette affirmation. Deuxièmement. Les pères rejettent cette sentence, comme saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières) qui dit que les enfants sont sanctifiés sans qu’ils sachent ce que c’est que la sanctification, et saint Augustin (dans son épitre 57 à Dardanus), qui rit de cette sentence de Luther, comme étant « quelque chose qui fait injure au gros bon sens. » Et, (dans son épitre 23, traité 80, sur saint Jean, et son livre 4, chapitre 24 sur le baptême, et dans son livre 1 chapitre 20 sur les mérites et la rémission des péchés), il dit que les enfants n’ont pas la foi, laquelle réside dans la connaissance; qu’ils n’ont pas non plus le sens de la foi; qu’ils n’ont donc pas ce que saint Paul appelle : « croire de cœur pour obtenir la justice. »

Tous ces textes nous font comprendre avec quelle impudence Kemnitius a proféré le mensonge suivant (pate 258) : « Sur cette question, Luther et saint Augustin enseignaient la même chose. » Nous venons en effet de montrer que Luther attribuait aux enfants la foi actuelle. Or, en plusieurs endroits, saint Augustin a parlé contre cette conception de la foi des enfants. Et que dire de ce que Luther lui-même, dans son livre contre Cochlaeus, reconnait que, à ce sujet, il a saint Augustin contre lui. Et, cependant, l’effronté Kemnitius a voulu, par son mensonge, faire concilier Luther et saint Augustin, malgré saint Augustin et malgré Luther.

Troisièmement. La preuve par la raison. Car la foi ne peut naître dans la pensée que d’une révélation divine, qui vient soit immédiatement de Dieu, soit par le moyen de la parole prêchée ou lue. Luther ne dit pas que la foi est donnée aux enfants de la première manière, mais de la deuxième, puisqu’il dit qu’ils croient par la vertu de la parole de l’exorcisme, avec l’aide des prières de l’église. Et de plus, la première manière n’est pas ordinaire, mais extraordinaire et très rare, et elle n’est probablement concédée qu’aux prophètes et aux apôtres. Car, comme dit saint Paul (Romains X) : la foi vient de l’audition, parlant du moyen ordinaire d’engendrer la foi. Or, si la foi était communiquée immédiatement à tous les enfants, ce serait alors la façon ordinaire de la communiquer; et on pourrait dire qu’au moment où ils sont baptisés, les petits enfants sont des prophètes.

Que la foi ne vient pas aux petits enfants de la deuxième façon, l’expérience nous l’enseigne. Car si les paroles de l’exorcisme engendraient la foi, les enfants devraient l’entendre et la comprendre. Or, c’est le contraire qui se passe. L’exorcisme ne se rapporte donc pas à l’enseignement de la foi, mais à l’expulsion des démons. C’est donc placer un nouveau miracle dans les oreilles et dans l’esprit des enfants. Ne vaut pas non plus ce que Luther attribue à la foi et aux prières de ceux qui l’offrent. Car, il arrive parfois que les offrants, les parents et les baptisés eux-mêmes soient des infidèles, ce qui n’empêche pas que le baptême soit donné aux enfants véritablement et utilement, comme saint Augustin l’enseigne dans l’épitre 23. Et il n’existe pas, dans la foi et les prières des offrants, une puissance assez grande pour obtenir infailliblement des miracles. Et puis, si Dieu fait un miracle dans l’esprit des enfants en le rendant capable de croire pour obtenir la justice, pourquoi ne le fait-il pas aussi dans la langue, pour qu’ils confessent avec leur bouche en vue de leur salut ? Ce ne serait pas plus difficile pour Dieu, témoin l’âne de Balaam,(Nombres XX11) de les faire parler avec sagesse.

Quatrièmement. On le prouve avec la raison donnée par saint Augustin dans son épitre 57. « Comme il est prouvé par les lamentations, les mouvements désordonnés du corps que les enfants ne veulent pas être baptisés et détestent l’eau qu’on leur impose, ils seraient, s’ils comprenaient vraiment ce qui se passe, coupables d’un grand sacrilège, et seraient plus pollués que purifiés. »

La deuxième proposition. Pendant qu’ils sont baptisés, les enfants n’ont aucun mouvement nouveau, aucune inclination semblable aux actes de toi et d’amour. Ceci est contre ce qu’ont imaginé les membres du concile de Wirtemberg, Philippe, Kemnitius et les autres luthériens. On le prouve en disant que cela répugne à la parole de Dieu. Car, ils veulent que ces motions des enfants soient sans connaissance, mais soient quand même appelées foi, même si improprement; et que c’est de cette façon que les enfants ne sont pas justifiés sans la foi. Mais, dans toute l’Écriture, on ne rencontre jamais le mot foi dans ce sens, c’est-à-dire désignant une pensée dénuée de sens et de connaissance. On voit plutôt le contraire. Romains X : « La foi vient de l’audition. » Hébreux X1 : « Nous comprenons par la foi que les siècles sont adaptés à la parole de Dieu. » Et ainsi des autres passages.

En second lieu, cela répugne à la raison. Car, ces mouvements ou motions ou actes sont dans le corps ou dans l’âme. S’ils sont dans le corps, ils ne peuvent pas être semblables aux actes de foi et d’amour qui sont dans l’âme. Car, on ne dit pas que les choses corporelles sont semblables aux choses spirituelles, sinon métaphoriquement ou par analogie. Et de plus, il ne peut pas se faire que ces impulsions ou inclinations à croire en Dieu ou à l’aimer soient corporelles, puisque Dieu est un objet très spirituel et très relevé, que l’esprit peut à peine atteindre. S’ils sont dans l’âme, on ne peut pas, sans se contredire, soutenir qu’ils ne connaissent rien. Quel est donc le mouvement de l’intelligence si ce n’est l’intellection ? Car, l’intelligence ne peut pas se mouvoir autrement qu’on comprenant, comme l’œil sans voir, et l’oreille sans entendre. Et comment la volonté peut-elle être encline à vouloir quelque chose, sans que précède une connaissance ? Puisque la volonté n’a pas d’autre objet qu’un bien connu.

Troisièmement. C’est quelque chose qui répugne à Luther lui-même. Car, dans les lieux cités, Luther met dans les tout petits cette foi dont il a souvent dit qu’elle justifie à elle seule. Or, il est certain que la foi qui justifie n’est pas un mouvement dénué de connaissance. Car, autrement, même les bêtes pourraient être justifiées. Luther, en effet, a voulu que la foi naisse, dans les petits, des paroles de l’exorcisme. Il ne décrit donc pas une foi dépourvue de connaissance. De plus, il voulait que les petits aient la foi avant le baptême, pour qu’ils puissent vraiment répondre au ministre qui les baptisera : je crois. Et les auteurs de cette opinion disent que c’est par le baptême que sont donnés aux enfants ces mouvements. Comme Philippe (lieu cité) : « L’Esprit Saint leur est donné par le baptême, qui effectue en eux de nouveaux mouvements et inclinations. » Et de même Kemnitius (page 250) : « L’esprit de régénération est infusé dans les enfants quand ils sont baptisés. Et il opère en eux de saints mouvements. » C’est donc faussement qu’il affirmait plus haut que Kemnitius pense comme Luther.

Quatrièmement. Cela répugne à la doctrine et aux principes communément admis par tous les luthériens. Il n’est rien en effet, pour eux, de plus certain et de plus généralement admis que l’homme est justifié par la foi seule; et que les sacrements ne sont rien d’autre que des instruments qui excitent et nourrissent la foi. Or, il est certain que si ces mouvements sans vraie foi des enfants suffisaient pour la justification, il serait faux que seule la foi justifie l’homme. Ils ne pourront pas dire que ces mouvements sont la foi, car quand ,dans la matière de la foi, ils parlent de la justification, ils entendent toujours par foi, la compréhension de la divine miséricorde, ce qui ne peut se faire sans connaissance. De plus, comme, selon eux, ces actes sont excités immédiatement par Dieu, et non par les sacrements, qui, à la manière d’un sermon, provoquent la foi par les sens externes, il est certains qu’est détruit le principe qui veut que les sacrements ne justifient qu’en excitant la foi à la manière d’un sermon. Si donc quelqu’un porte un jugement correct à partir du principe de la justification par la seule foi, la sentence de Luther (qui attribue aux enfants la foi) est moins absurde que celle du concile de Wirtemberg qui accorde aux enfants un mouvement de l’esprit dénué de connaissance et de sens. IL est vrai que Luther a imaginé un faux miracle, mais, une fois admis, tout se tient. Les autres imaginent aussi un miracle qui, une fois admis, détruit leurs principes, et milite ouvertement contre le gros bons sens.

La troisième proposition. Les enfants ne sont pas justifiés sans foi d’aucune sorte. Ce qui est contre les sacramentaires. Et on le prouve ainsi. D’abord, parce que l’Écriture enseigne que la foi est un moyen nécessaire au salut. Jean 111 : « Celui qui ne croit pas est déjà condamné. » C’est de ce texte que se sert saint Augustin pour prouver que les enfants baptisés ont la foi à leur façon ( au livre des mérites et de la rémission des péchés, chapitre 33). Car, en ce passage le Seigneur ne parle pas du précepte de la foi, auquel ne sont évidemment pas tenus les tout petits, mais d’un moyen de salut. Car, avant, il avait dit : « Comme Moïse a élevé un serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, pour que quiconque croit en lui ne périsse pas, mai ait la vie éternelle. » Regarder le serpent d’airain ne fut pas tant un précepte qu’un moyen de salut. De la même façon, la foi qui est présentée comme nécessaire dans ce passage, est moins un précepte qu’un remède.

En second lieu, on le prouve par Hébreux X1 : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. » De même, Romains 111 : « Nous jugeons que l’homme est justifié par la foi. » Ce que saint Paul répète souvent, afin de bien l’inculquer. Comment donc les enfants pourraient-ils être justifiés et plaire à Dieu sans la foi ? Mais Calvin et le martyr disent : « Si Dieu a prédestiné des enfants, et leur a promis d’être leur Dieu, il leur donnera certainement le Saint-Esprit, et les justifiera par un moyen connu par lui, même si ce n’est pas par la foi. Je réponds que la prédestination ne s’accomplit que par les moyens que nous a révélés l’Écriture. L’apôtre aux Romains V111 les explique assez précisément ces moyens quand il dit : « Ceux qu’il a prédestinés il les justifiés. Ceux qu’il a justifiés, il est a glorifiés. » Le même apôtre, dans la même épitre, (chapitres 3 à 10), ne soutient rien d’autre que la justification ne s’obtient pas sans la foi. Voilà pourquoi attribuer aux enfants une justification sans la foi et sans la vocation, c’est-à-dire sans le baptême, par lequel seul peuvent être appelés les enfants, qu’est-ce autre qu’inventer, contre la parole de Dieu, une nouvelle justification.

La quatrième proposition. Pendant le baptême sont infusés aux enfants les habitus de foi, d’espérance et de charité. Ce qui est tout à fait certain de par l’autorité des conciles et des docteurs. Car, même si on s’est demandé pendant un certain temps si c’était par la grâce sanctifiante que les enfants recevaient ces habitus, l’opinion commune fut toujours à l’effet que c’était par le baptême que ces habitus étaient infusés. Comme l’enseignent saint Thomas ( 3 par question LX1X, art 6), et Scot, Durand, Gabriel, et presque tous les autres (dans 3, 10, 23). Et le concile général de Vienne (Clément 1, la sainte trinité et la foi catholique), définit que cette sentence est plus probable, et plus conforme aux témoignages des anciens théologiens que des nouveaux.

Le concile de Trente n’a pas enterré cette définition, comme l’insinue Kemnitius en un mensonge audacieux, (2 par examen, page 261). Car, même si le concile de Trente n’a pas fait mention du concile de Vienne, il a repris sa sentence et l’a définie comme certaine. Car, à la session V, dans le décret sur le péché originel, il définit que les enfants sont justifiés dans le baptême, de telle sorte que s’ils meurent dans cet état, il n’y a rien qui leur retarde l’entrée du ciel. Ensuite, à la session 6, chapitre 7, le concile définit que, dans le baptême, sont infusés à demeure, avec la rémission des péchés, tous les dons comme la foi, l’espérance et la charité.

Troisièmement. On le prouve avec les pères qui, bien qu’ils ne parlent pas expressément de ces habitus, disent la même chose avec d’autres mots. Tous les grecs et plusieurs latins disent que le baptême est une illumination, et que ceux qui sont baptisés sont illuminés. C’est dans ce sens que saint Augustin (traité 44 sur saint Jean) explique que quand l’aveugle né fut oint, il est devenu comme un catéchumène; et que, quand il a été illuminé, il a été comme baptisé. On ne peut douter que les pères disent cela à cause de la foi reçue dans le baptême, qui est une lumière du cœur, comme l’explique saint Thomas (3 par question LX1X, art 5).

On déduit la même chose des Actes XV : « Purifiant leurs cœurs par la foi. » Et de plus, seule la foi, parmi les vertus théologiques, relève de l’intelligence; et c’est dans ces vertus théologiques que consiste la justification qui est acquise dans le baptême. Or, on ne reçoit pas l’acte de foi, lequel, chez les adultes, précède comme une disposition. Car, les petits enfants n’ont aucun acte de foi. Le baptême illumine donc par mode d’habitus infus. Ajoutons que saint Augustin (dans son livre sur les mérites et la rémission des péchés, chapitre 26, à la fin), affirme que les enfants ne sont pas seulement purgés par le baptême, mais aussi illuminés, ce qui ne peut se faire que par la foi.

Quatrièmement. On le prouve par la raison. Car, on dit que les enfants sont vraiment baptisés, et sont des fidèles, comme l’enseigne saint Augustin, dans le même livre, au chapitre 23, et le concile de Trente, (session 7, canon 13 sur le baptême.) C’est par l’habitus de foi, et non par l’acte de foi qu’on dit de quelqu’un qu’il est fidèle. Car, autrement, quand nous dormons, ou quand nous ne pensons pas aux vérités de foi, nous ne serions pas des fidèles. Voilà pourquoi, au lieu cité, quant il dit que les petits enfants sont des fidèles, il ajoute : « Cela leur est acquis par la vertu du sacrement, et la réponse des offrants. » Il dit là clairement que les enfants sont appelés des fidèles tant par l’habitus qui est infusé par la vertu du sacrement, que par un acte de foi étranger. De même, Dieu habite en nous par la foi et la charité. Éphésiens 111 : « Le Christ habite dans vos cœurs par la foi. » Et Jean V : « Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu en lui. » Or, que Dieu habite dans les petits enfants baptisés, saint Augustin l’enseigne dans l’épitre 57 à Dardanus. Les petits ont donc ces dons, au moins comme habitus.

De plus, Dieu infuse à ses petits enfants une grâce secrète, comme l’enseigne saint Augustin (livre 1, chapitre 9, livre cité). Mais, la grâce de justification infusée dans nos cœurs, de l’aveu de tous les théologiens, est ou la charité, ou la foi, ou l’espérance, ou une qualité avec laquelle sont infailliblement unies ces trois vertus.

La cinquième proposition. Les enfants croient en acte, en partie réellement quand ils sont baptisés, et en partie par la foi d’un autre. La première partie vient de saint Augustin (livre 1, chapitre 27, livre cité). Il dit là que, pour les petits enfants, être baptisés c’est croire, parce que cette action est une profession de foi. Il dit des choses semblables dans l’épitre 23. Il en est comme des saints innocents dont l’Église dit qu’ils n’ont pas professé leur foi en parlant, mais en mourant. Sur ce sujet, il ne peut y avoir aucune controverse.

L’autre partie est contre la témérité de Kemnitius, d’Illyricus et des autres qui soutiennent que c’est une erreur papiste d’affirmer que les petits enfants sont baptisés dans la foi de l’Église. Le consensus des pères suffit pour prouver cette assertion. C’est ce qu’enseignent Justin (question 56), Denys l’aréopagite (hiérarchie ecclésiastique, dernier chapitre), saint Ambroise, ou quiconque est l’auteur (chapitre X1 aux Hébreux), saint Augustin (livre 3, chapitre 23 sur le libre arbitre), où il dit que la sentence de toute l’Église. De même (dans les épitres 23, 57 et 105, livre 4, sur le baptême, chapitres 24 et 25, et semons 10 et 14, sur les paroles de l’apôtre). Prospère, sur la vocation des Gentils (livre 2, chapitre 8), et saint Bernard, sermon 66 sur les cantiques des cantiques, et le concile de Trente (session 7, canon 13.)

Il faut noter, ici, que c’est de deux façons que la foi est requise dans le baptême. La foi actuelle qui précède le baptême, comme une disposition. Et c’est cette foi qui est exigée des catéchumènes, quand on leur demande de réciter le symbole, et qu’on leur pose des questions pour tester leur foi. Cette foi, selon le jugement de graves docteurs, ne provient pas, la plupart du temps, de l’habitus de foi mais d’une aide spéciale de Dieu. Voilà pourquoi les pères ne donnaient pas le nom de fidèles aux catéchumènes qui possédaient cette foi. L’autre foi est celle qui est consécutive au baptême, et qui est une part essentielle de la justification, qui n’est pas en acte, mais en habitus. Et c’est cette foi qu’ont ceux qu’on est en train de baptiser, quand ils répondent à celui qui leur a demandé : que demandes-tu, la foi qui accorde la vie éternelle, comme le déclare le concile de Trente (session 6, chapitre 7, et dans les livres qui traitent du baptême).

Quand donc les pères disent que les petits sont baptisés dans la foi des parents, ils ne parlent pas de la foi au premier sens, mais au second. Et quand nous disons que les petits enfants sont baptisés dans la foi des parents, ce n’est pas au sens que les petits seraient justifiés formellement, ou seraient fidèles par la foi d’un autre, comme l’interprètent à tort et à travers Kemnitius et Illyricus (dans les lieux cités), où ils citent de travers Habacuc 11 : « Le juge vivra de sa foi. » Car, aucun catholique n’a jamais enseigné que les petits vivaient d’une foi étrangère, mais de la foi habituelle. Le sens n’est pas non plus, comme l’explique Luther, que les petits obtiennent une foi qui les justifierait par la foi des offrants et les prières de l’Église. Car, la foi justifiante les petits l’ont infuse par l’opération du sacrement, non par l’œuvre d’un ministre ou de l’Église opérant. Le sens est donc que la foi actuelle, qui est requise comme disposition au sacrement, les petits ne l’ont pas comme étant la leur propre, mais celle d’autrui.

Tu diras : de quel profit est pour les petits enfants, une foi étrangère. Je réponds qu’elle est d’un grand profit. C’est d’abord cette foi qui les amène au baptême. Car, les adultes qui ne croient pas ne se présentent pas au baptême. Et si aucun de ceux qui ont la charge d’un enfant ne croit, l’enfant ne sera pas baptisé. Donc, comme la foi de chacun est utile parce qu’elle est la cause de leur baptême, de la même façon, la foi des autres est profitable à un petit enfant, parce qu’elle est la cause de son baptême. On sait aussi que l’incroyance d’un père fait beaucoup de mal à un enfant, puisqu’elle est la cause que l’enfant ne sera pas baptisé. Or, c’est de cette utilité dont parle Prosper au lieu cité. L’autre utilité est que, de cette façon, ils honorent Dieu, et l’adorent, pourvu qu’ils professent la foi et renoncent à Satan, au moins par la bouche d’autrui. Dieu voit d’un bon œil cet hommage présenté par d’autres, quand les petits ne peuvent pas le faire. Et c’est ce que saint Augustin inculque souvent dans les lieux cités.

Le premier argument de Luther est contre la première proposition. (si les enfants ne croyaient pas….) Je réponds qu’il n’y là aucun mensonge, car, celui qui répond « je crois » signifie que l’enfant croit non par un acte propre, mais étranger. C’est ainsi que parle saint Augustin dans son sermon 10 sur les paroles de l’apôtre : « Notre mère l’église prête aux enfants les pieds des autres pour qu’ils viennent, le cœur des autres pour qu’ils croient, et la langue des autres pour qu’ils confessent. » Cela n’est pas une injure, puisqu’Ils sont accablés par le péché d’un autre, c’est-à-dire qui a été contracté par un autre, même s’il est vraiment et proprement en eux.

Au second argument tiré de Matthieu XV111 (celui qui scandalisera l’un de ces petits qui croient moi) donc, les petits croient. Je réponds que les petits dont parle l’Évangile ne sont pas des bébés, mais des jeunes enfants, capables de parler et de marcher. Car le Seigneur les appelle à lui; et ce sont des petits qui peuvent être scandalisés. Or, venir aux pieds de Jésus et être scandalisés ne convient pas aux enfants à la mamelle.

Le troisième argument contre la seconde proposition : « Jean-Baptiste a exulté dans l’utérus, Luc 2. Il ne faut pas s’étonner de ce que les enfants aient de nouveaux mouvements. » Je réponds qu’un cas particulier ne constitue une règle générale, comme l’atteste saint Augustin, en parlant de ce texte (épitre 57). Et parce que Kemnitius dit qu’il ne veut pas prouver, avec cet exemple, qu’il en est ainsi pour tous les enfants, mais seulement que cela peut être, je réponds que saint Jean Baptiste n’a pas eu un mouvement sans aucune connaissance, comme eux l’imaginent. Comme saint Ambroise et Bède le témoignent, dans leurs commentaires de ce texte, saint Jean a reconnu la présence du Seigneur, et c’est pour cela qu’il a exulté. Et quand l’évangile lui-même dit qu’il a exulté de joie, il nous fait suffisamment comprendre qu’il ne fut pas privé de connaissance.

Le quatrième argument est contre la proposition suivante : les enfants peuvent se sauver, parce que le Seigneur a dit : celui qui ne recevra pas le royaume des cieux comme un enfant…Il faut donc que les enfants reçoivent la foi, et avec elle l’Esprit Saint. Or, conne ils ne peuvent pas recevoir la foi avec la connaissance, ils ont donc un nouveau mouvement sans la connaissance. Je réponds que la dernière conséquence ne vaut rien, car les enfants peuvent recevoir et reçoivent effectivement l’habitus de foi, qui n’est pas une foi avec connaissance, et qui n’est pas non plus un mouvement sans connaissance.

CHAPITRE 12

Quels sont les effets du baptême, vrais ou faux ?

Vient ensuite la septième controverse qui porte sur les effets du baptême. Elle comporte deux questions. Une sur les vrais effets que reconnaissent les catholiques, et une autre sur les faux effets que les adversaires attribuent au baptême.

Les vrais effets, selon les catholiques. Ils sont au nombre de trois. Le premier. Le baptême enlève et efface toute peine et toute faute. Le deuxième. Par l’œuvre opérée, il confère la grâce, mais non les choses divines par lesquelles l’homme est vraiment et formellement justifié. Le troisième, il imprime un caractère indélébile, à cause duquel le baptême ne peut pas être réitéré. Voir les saints pères, come saint Jean Chrysostome (homélie 1 aux néophytes) : le baptême rend l’âme belle, splendide et aimée de Dieu; il la contresigne avec le sceau de Dieu, la rend cohéritière du Christ, et lui ouvre les portes du ciel.

Les adversaires nient le premier effet. Car, ils disent que, par le baptême, les péchés ne sont pas vraiment enlevés, mais seulement non imputés. Ils nient aussi le second effet, car ils ne veulent pas que l’homme soit justifié dans le sacrement par l’œuvre opérée, mais seulement par la foi. Ils nient absolument le troisième, et c’est pour cela qu’ils ne peuvent pas trouver une bonne raison qui empêche de réitérer le baptême. Mais des deux derniers effets nous avons suffisamment parlé dans la dispute des sacrements en général. Il ne nous faut parler que du premier. Et ce sera la première question : le baptême enlève-t-il vraiment les péchés ?

Les adversaires, eux, énumèrent cinq effets du baptême. Le premier. Que le baptisé ne peut pas se damner, même s’il le voulait, à moins qu’il ne veuille plus croire. Le second. Que le baptême libère de l’obéissance à la loi divine. Le troisième. Qu’il libère de l’observance des lois humaines. Le quatrième. Qu’il libère de tous les vœux. Le cinquième. Que le souvenir du baptême à lui seul libère des péchés qui sont commis après le baptême. Il est évident que ce ne sont pas tant des effets du baptême que des erreurs des luthériens. Et c’est avec raison qu’ils ont été condamnés par le concile de Trente (session 7, canons 6 à 10.) On traitera de ces effets dans la question suivante.

CHAPITRE 13

Le baptême enlève vraiment les péchés

Au sujet de la première question, il y eut la très antique hérésie des origénistes, selon laquelle les péchés ne sont pas enlevés par le baptême, mais seulement recouverts; et sont finalement enlevés par la mort. C’est ainsi que parle l’origéniste Proclus, d’après Épiphane, hérésie 64. Ce même Épiphane présente aussi, au même endroit, une réfutation de cette hérésie tirée du livre sur la résurrection de saint Méthode. Les messaliens reprirent ensuite la même hérésie, au témoignage de Theodoret (dans son livre 4 sur les fables des hérétiques). Il y en eut d’autres qui soutinrent la même hérésie au temps de saint Grégoire le grand, comme il le rapporte lui-même dans le livre 9, dans la lettre 30 à la patricienne Theocdiste.

Et, à notre siècle, tous les luthériens ont enseigné la même chose. D’abord Luther (deuxième article sur les choses que Léon X a condamnées en l’an 20) : « Nier que, après le baptême, demeure dans l’enfant le péché lui-même, c’est fouler aux pieds en même temps saint Paul et le Christ. » Puis, dans l’assertion de cet article : « Autre chose est remettre tous les péchée, autre chose enlever tous les péchés. Le baptême remet tous les péchés, mais n’en enlève aucun. Il commence à les effacer. »

Jean Calvin a des choses semblables dans son antidote du concile de Trente (session 5), où il réfute le décret sur le péché d’origine : « Le péché demeure vraiment en nous, et il n’est pas, par le baptême, éteint aussitôt en un seul jour. Mais, parce que la culpabilité est effacée, il n’est pas imputé. » Il dit la même chose (livre 4, chapitre 15, verset 10 et 11). Philippe dit la même chose dans son apologie de la confession d’Augusta, article 2), en proférant un insigne mensonge : « Augustin dit que le péché est remis par Dieu, non pour qu’il ne soit plus, mais pour qu’il ne soit pas imputé. » Luther avait affirmé la même chose (dans son assertion 2, article 2), et Jean Roffensis l’avait convaincu de mensonge, en lui démontrant que saint Augustin n’avait jamais di cela. Ce livre de Roffensis a paru en 1523, et pourtant, le même Philippe répète le même mensonge en l’an 1530. De plus, Cochlaeus atteste (dans sa discussion sur la conférence d’Augusta, article 2) que Philippe a été convaincu par Eck, et qu’il a reconnu avoir mal cité saint Augustin. Et pourtant ce mensonge si souvent réfuté, ils le présentèrent encore (dans le livre de la concorde latine, page 59, en l’an 1580), et ils le répètent toujours quand ils réimpriment cette apologie.

Martin Kemnitius (dans son examen, cinquième session du concile de Trente, page 430 et suivantes), soutient la même chose, mais avec un peu plus de ménagement. Il reconnait que, dans le baptême, tous les péchés sont remis, effacés et détruits, et qu’il ne reste que les restes du péché originel. Il ajoute cependant après, que ces reliques sont quelque chose de mauvais, et le mal du péché, que l’Écriture appelle péché, et qui peut condamner l’homme si Dieu voulait l’imputer. Ce qui veut dire que le péché est remis dans le baptême, non parce qu’il est enlevé ou effacé, mais parce qu’il n’est pas imputé.

Contre cette erreur très grave et très pernicieuse, le concile de Trente, à la session 5, a promulgué un décret qui affirme que, par le baptême, est réellement enlevé tout ce qui, dans l’homme, a trait au péché. Il faut observer là que le fondement de la doctrine de nos adversaires n’est rien d’autre que ceci. Ils pensent que la concupiscence qui demeure dans les baptisés jusqu’à la mort, est un véritable péché, même si nous n’y consentons pas, et même si elle nous répugne. Une discussion sur la concupiscence n’a pas sa place ici, car nous l’avons déjà traitée dans la dispute sur le péché originel.

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