Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 230)
La deuxième. Le concile a voulu définir que la justification, qui se fait dans le baptême, dépendait, comme d’une condition, de l’accomplissement de la loi. Et, comme le concile ne dit pas cela expressément, il le déduit de cette façon : le concile a en vue les paroles de saint Paul (Galates V) : « Celui qui se circoncise est tenu à observer toute la loi. » Ces paroles n’expriment pas la pensée de saint Paul, mais la pensée et l’erreur des pseudos apôtres, qui pensaient que, pour obtenir la grâce de Dieu, les circoncis devaient observer toute la loi. Or, les pères du concile pensent la même chose sur la grâce du baptême, à savoir qu’elle dépend de l’accomplissement de la loi du Christ.
Il invente ensuite deux sophismes du concile sur ce dogme, qu’il réfute ensuite. Le premier est que nous renonçons à Satan dans le baptême, et que nous promettons de servir Dieu. C’est de là que le concile soutient que la grâce du baptême ne dépend pas de la seule foi, mais aussi de la condition de la loi. Le second, parce que nous ne sommes pas baptisés dans Moïse, mais dans le Christ, c’est-à-dire, non dans la loi, mais dans l’évangile. Or, pour indiquer que la grâce du baptême dépend de l’observation de la loi, les pères du concile ont remplacé le mot évangile par le mot loi.
Mais chacune de ces affirmations est mensongère. La sentence de Luther a été par lui si clairement et si souventes fois expliquée qu’on ne peut lui trouver aucune excuse ni aucune atténuation. Car, c’est ainsi qu’il parle dans son livre sur la liberté chrétienne : « Le chrétien n’a besoin d’aucune œuvre, d’aucune loi, puisque, par la foi, il est libéré de toute loi. » De même dans son argument tiré de l’épitre aux Galates : « L’art chrétien suprême et la sagesse chrétienne suprême est de ne pas connaitre la loi, d’ignorer les œuvres, et toute la justice active. » Et plus bas : « La loi n’a rien à voir avec l’homme nouveau. »
Il dit souvent des choses semblables dans son commentaire de l’épitre aux Galates, et dans son livre sur les vœux monastiques, et ailleurs. Ils sont forcés, bon gré mal gré, de dire cela. Car, comme ils estiment que la loi est impossible à observer, et que toutes les œuvres même les plus saintes sont des péchés, il est certain que si le salut était conditionné par l’observance de la loi, personne, d’après leur sentence, ne se sauverait. Donc, en dépit de ses tergiversations et de ses mensonges, Kemnitius est forcé de reconnaitre, à moins de vouloir devenir un papiste, que les chrétiens ne sont pas obligés d’observer la loi, de façon à ce que leur salut dépende de son observance. Or, c’est précisément cela que le concile condamne et anathématise.
Et pour en venir à deuxième proposition de Kemmitius. Il ment quand il dit que le concile enseigne que la grâce du baptême dépend, comme d’une condition, de l’observamce de la loi. Car, le concile ne dit pas cela, et ne l’insinue en aucune manière. C’est plutôt le contraire qu’il soutient dans différentes paroles en un grand nombre d’endroits, et surtout à la session 6, chapitre 8, où il dit que, avant la grâce de la justification, il n’y a aucun mérite. Et, dans le même canon 7 sur le baptême, le concile dit textuellement que c’est du baptême que nait l’obligation d’observer la loi du Christ. On en conclut de toute évidence, que, pour obtenir la grâce du baptême, il n’est pas requis, comme condition, d’avoir observé la loi, mais seulement la ferme résolution de l’observer après le baptême. Ce que le concile d’Oranges 2 avait enseigné bien avant au canon 23.
De la supposition que fait Kemnitius au sujet d’une phrase tirée de l’épitre aux Galates, je réponds, d’abord, que le concile de Trente n’a ni cité ni nommé l’épitre aux Galates. Je dis, ensuite, que dans l’épitre aux Galates, que saint Paul exprime sa propre pensée ou celle des autres, il n’est pas dit qu’il fallait observer la loi avant la circoncision, mais seulement après. Le sens naturel de ses paroles : « J’atteste que tout homme qui se circoncise est tenu à observer toute la loi. » J’ajoute aussi que, quand Kemnitius prétend que saint Paul parle selon la fausse idée que se font les pseudos apôtres (ce que dit aussi Calvin, au canon 7), c’est une corruption manifeste de l’Écriture. Car Paul parle sérieusement au point de dire : j’atteste que tout homme. Si ce que dit saint Paul est faux, comme le prétendent Kemnitius et Calvin, il a donc été un faux témoin.
Enfin, les deux sophismes qu’il s’objecte à lui-même au nom du concile, sont les songes d’un fiévreux. S’il avait parlé en état de veille, et à tête reposée, il aurait inventé des arguments qui auraient eu au moins quelque apparence de vraisemblance. Mais ceux-là n’ont même pas l’ombre d’ un semblant de vraisemblance. Car, que, dans le baptême, nous renoncions à Satan, et que nous promettions de ne pas le servir, cela n’implique, en aucune façon, que la grâce du baptême dépende, comme d’une condition, d’avoir observé la loi. Mais plutôt le contraire. Car, par cette renonciation et cette promesse, nous professons que, avant le baptême, nous avons servi Satan et non Dieu. Le concile emploie les mots « loi » du Christ et non « évangile » pour indiquer les œuvres qu’elle prescrit, pour condamner l’erreur des luthériens qui veulent que l’évangile ne soit qu’une promesse de grâce, et non aussi la promulgation d’une loi nouvelle. Comme le Christ a dit : « Enseignez toutes les nations, …leur enseignant d’observer tout ce que je vous ai prescrit. » Voilà pourquoi saint Paul parle de la loi du Christ (1 Cor 1X) : « Comme si je n’étais pas sous une loi, alors que je suis dans la loi du Christ. » Et, aux Romains V11 : « De tout cœur je sers la loi de Dieu. »
Troisième note. L’erreur qui est condamnée au canon 7, selon laquelle les chrétiens ne sont point des débiteurs de la loi au point où leur salut dépende de son observance, cette erreur doit être réfutée dans la dispute sur la justification, comme étant son lieu propre. Entre temps, on peut présenter des témoignages percutants de l’Écriture. En Matthieu X1X, il est dit : « Si tu veux accéder à la vie, observe les commandements. » Romains V111 : « Nous ne sommes pas des débiteurs de la chair, pour vivre selon la chair. Car, si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Si par l’esprit, vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez. » 11 Corin V : « Il faut que nous soyons tous examinés devant le tribunal du Christ, pour que chacun apporte ce qu’il a accompli dans son corps, comme il l’a accompli, en bien ou en mal ». Galates V1 : « Ne vous trompez pas, on ne rit pas de Dieu. L’homme récoltera ce qu’il a semé. » Enfin, l’Écriture répète souvent que chacun sera jugé d’après ses œuvres.
Mais la réponse que donne Luther (commentaire au chapitre 111 de l’épitre aux Galates) à tous ces textes est tout à fait paradoxale : « Quant on te tend des pièges avec des arguments tirés de l’Écriture en faveur des bonnes œuvres, il te faut simplement répondre : toi, tu mets en avant avec insistance le serviteur, c’est-à-dire l’Écriture qu’il t’a laissée; moi, je mets en avant le Seigneur qui est le roi des Écritures. » Brillante réponse ! C’est comme si le Christ et l’Écriture étaient se contredisaient, au lieu que ce soit le Christ qui parle par les Écritures. Pour ne pas rappeler que celui qui parle ainsi de la bible et du Christ c’est ce même Luther qui (dans son livre sur l’abrogation de la messe, et dans presque tous ses écrits), armé de la seule Écriture, méprise tous les pères, tous les conciles, tous les docteurs, tous les saints, tous les mystiques, tous les théologiens, l’église universelle, et la coutume de la terre entière.
CHAPITRE 16
Les hommes ne sont pas, par le baptême, libéré de l’obligation d’observer les lois ecclésiastiques.
C’est ce que décrète le canon 8, et il a été défini contre Luther qui ( dans son livre de la captivité de Babylone, et souvent ailleurs) enseigne que ni le pape, ni aucun homme ne peuvent décréter une seule syllabe qui oblige en conscience des hommes baptisés. Il faut ici noter que c’est d’une façon différente que les hommes sont libérés de l’obéissance aux lois divines et de l’obéissance aux lois humaines. Car, les lois divines, ils affirment qu’elles obligent les hommes en conscience, de sorte que leur inobservance constitue un péché. Mais ils ajoutent que ces prévarications ne leur sont pas imputées. Et que c’était donc comme s’ils étaient dispensés de l’observance de ces lois.
Or, les lois humaines, ecclésiastiques ou politiques, ils affirment qu’elles n’obligent pas en conscience, sauf en cas de scandale ou de mépris, et surtout celles qui sont prohibées par la loi divine. De telle sorte que la transgression, même volontaire, d’une loi humaine non seulement n’est pas imputée à péché, mais n’est, selon nos adversaires, nullement un péché. Voilà pourquoi Kemnitius (dans son antidote) et Calvin (dans son examen) rejettent tous les deux le canon 8, et prennent la défense de la sentence de Luther.
Mais parce que nous avons déjà réfuté cette erreur dans la dispute sur le souverain pontife, et dans le livre 2 des sacrements en général, (au chapitre 31 sur les cérémonies), il suffira de démontrer que l’obligation d’observer la loi humaine n’est pas contraire au baptême. On le fera, cela, en réfutant leur objection qui se formule ainsi : « Par le baptême nous sommes adjugés à la servitude divine. Nous sommes donc libérés de tous les autres liens. Et c’est ce que les Écritures enseignent souvent. » Matthieu, dernier chapitre : « Allez, enseignez… » 1 Cor V11 : « Vous avez été achetés à prix, ne devenez pas serviteurs des hommes. » Coloss 11 : « Si, avec le Christ, vous êtes morts aux éléments de ce monde, en quoi êtes-vous encore tenus aux décrets du monde, selon les commandements et les doctrines des hommes ? » Ézéchiel XX : « Ne marchez pas dans les préceptes de vos pères. » Matthieu XV : « C’est en vain qu’ils me rendent un culte avec des commandements humains. » Voilà ce que nous objecte Kemnitius. Il en ajoute un autre qui avait suffit, à lui seul, à Calvin : « Il y a un seul législateur (Jacques, chapitre 1V) qui peut perdre et sauver. S’ils nous démontrent, dit Calvin, que cela est faux, nous ne refuserons pas de nous soumettre à leurs lois. »
Or, il n’y a pas à démontrer que ce que dit saint Jacques est faux, puisque rien n’est plus vrai, mais que de ce vrai interprété de travers, ils ont déduit quelque chose de faux, de pernicieux, et qui répugne à la parole de Dieu. Car, saint Jacques parle du législateur suprême, qui impose des lois qu’il ne reçoit de personne; qui peut perdre, absoudre ou sauver ceux qu’il a condamnés; qui n’a besoin de personne, et qui ne peut être empêché par personne. Un tel législateur nous admettons qu’il n’y en a qu’un seul, que ce n’est ni le pape, ni l’empereur, mais seulement Dieu. Mais on ne peut pas en déduire qu’il n’y a pas, parmi les hommes, et sous le législateur suprême, de vrais législateurs, qui donnent à leurs sujets des lois qu’ils reçoivent de Dieu.
Que ce soit cela le sens de saint Jacques, c’est tout le contexte qui le montre. Car, saint Jacques voulait prouver que les hommes ne devaient pas être détournés de leur chemin par d’autres hommes. Et il le prouve cela en disant que la loi de Dieu l’interdit : « Celui qui fait dérailler son frère, le détourne de la loi, comme si la loi n’était pas bonne. Et il prouve qu’il ne faut pas détourner quelqu’un de la loi en disant : « Celui qui détourne de la loi, juge la loi. Celui qui juge la loi, n’est pas un observateur de la loi, mais un condamnateur de la loi. » Que nul ne doive juger la loi, il le prouve en disant qu’il n’y a qu’un seul Législateur, qui ne reçoit sa loi de personne d’autre.
On peut tirer aussi cette autre preuve de l’Écriture pour prouver qu’elle n’est pas contraire à elle-même, car, elle donne souvent le nom de juge et de législateur à des hommes. Proverbes (V111) : « C’est par moi que les rois règnent et que les législateurs font des lois justes. » Psaume 11 : « Instruisez-vous, vous qui jugez la terre. » Matt XX111 : « Unique est votre père qui est dans les cieux. » De même : Votre seul maître est le Christ. » Mais l’apôtre se donne quand même le nom de père, (1 Cor 1V) et de maitre (11 Thimotée 1.)
Et aux autres arguments qui ne sont que de Kemnitius, je réponds que, par le baptême, nous sommes assignés par Dieu à la servitude, et que nous sommes donc libérés de la servitude contraire. La servitude contraire, celle qui est vouée aux hommes, n’est pas une obéissance ou un service, mais l’esclavage du diable et du péché. Elle seule nous empêche de servir Dieu; l’autre aide au lieu d’empêcher. Voilà pourquoi, aux Romains V1, il est dit : « Après avoir été libérés du péché, --non des hommes---nous sommes devenus des serviteurs de Dieu. » Et l’apôtre prescrit souvent aux esclaves, d’obéir à leurs maîtres après avoir reçu le baptême; aux enfants, d’obéir à leurs parents, aux hommes privés, aux magistrats, civils ou ecclésiaux. Éphésiens V1, Colossiens, 111, Romains X111, Hébreux X111, et ailleurs.
Au premier texte tiré du dernier verset de saint Matthieu, je réponds. Si Kemnitius savait comment concevoir un argument, il aurait du argumenter ainsi : le Seigneur ordonne aux baptisés d’observer tous les préceptes qu’il a enseignés aux apôtres. Or, une de ces lois est que nous observions les lois des prélats. Luc X : « Qui vous écoute, m’écoute. » Il milite donc contre la parole du Seigneur, et contre la profession du baptême, en ne voulant pas s’astreindre à l’observance des lois ecclésiastiques. Car, même si le Seigneur en Matthieu (dernier chapitre), n’a pas ordonné. en toutes lettres, les lois de l’église, il l’a fait implicitement, et d’une manière générale.
Au second argument tiré de 1 Corinthiens V11, l’apôtre, je réponds qu’il n’interdit pas d’une façon générale, toute servitude humaine, car il l’approuve ailleurs comme quelque chose d’utile pour l’humilité, mais seulement dans la mesure où elle est contraire au service divin. Ce qui arriverait si quelqu’un servait dans des choses qui sont contraires à Dieu, ou si l’homme servait d’abord et avant tout pour l’homme, au lieu de servir l’homme à cause de Dieu. C’est ce que dit encore plus clairement saint Paul (aux Coloss 111). Il commande, là, aux esclaves, de servir leurs maîtres, comme ils le feraient pour le Christ, de façon que, dans le maître qu’ils servent ce n’est pas tellement un homme qu’ils considèrent que le Christ lui-même, pour l’amour duquel les hommes se soumettent volontairement à d’autres hommes. Nous avons déjà répondu aux autres citations dans le dernier chapitre du deuxième livre sur les sacrements en général.
CHAPITRE 17
Les vœux n’ont pas été annulés par le baptême
La quatrième proposition. Le baptême n’a pas annulé tous les vœux. C’est ce que décrète le canon le canon 9 du concile de Trente. Ce canon est contre le Luther de la captivité de Babylone, chapitre du baptême, et du livre des vœux monastiques, et contre Calvin (dans son antidote), Kemnitius (dans son examen, chapitre 9) qui enseignent que le baptême libère l’homme de tous les vœux monastiques, faits avant ou après le baptême, à l’exception de celui qui est fait lors du baptême, quand nous promettons d’observer la loi de Dieu.
Su quoi se basent-ils ? Sur ceci. Dans l’ancien testament, Dieu a légiféré sur les vœux, sur le temps, la manière de les faire, et sur les choses vouées à Dieu. Or, dans le nouveau testament, le Christ et les apôtres n’ont prescrit rien d’autre que la promesse à faire dans le baptême. Ensuite, nous voulons vouer à Dieu des choses qui sont prescrites ou qui ne sont pas prescrites. Si elles sont prescrites, il est inutile de les vouer à Dieu, puisque, dans le baptême, nous avons promis d’observer tous les préceptes. Si, elles ne sont pas prescrites, nous militons contre le baptême, qui nous a libérés de toutes les inventions humaines. Enfin, dans le baptême, nous vouons à Dieu plus de promesse que nous ne pourrons remplir. Il est donc un idiot celui qui fait un vœu, et il fait une injure au baptême, comme si le vœu qui a été fait là n’était pas suffisant.
Mais ces fondements sont très fragiles. Car, en répondant d’abord au premier, que le Christ et les apôtres n’ont rien prescrit au sujet des voeux, il n’y a pas lieu de se surprendre puisque les vœux relèvent du droit naturel, comme le montre le vœu du patriarche Jacob (Genèse, XXV111). Mais il est faux que l’apôtre n’ait rien dit des vœux. En 1 Timothée V, saint Paul, au consentement de tous les interprètes, parle du vœu de continence, là où il dit que sont condamnées les veuves qui se marient, parce qu’elles avaient annulé leurs promesses solennelles.
Je réponds ensuite qu’on peut aussi bien vouer à Dieu les choses qui sont prescrites que celles qui ne le sont pas, pourvu qu’elles soient bonnes; et que ce n’est pas en vain qu’on voue à Dieu des choses commandées, parce que par un vœu quelqu’un est plus lié au commandement, et est plus certain de pouvoir l’accomplir; et aussi, parce que ce qui se fait en vertu d’un précepte et en vertu d’un vœu relève de deux vertus différentes, et est donc plus excellent que ce qui n’est fait que par obéissance. Et vouer une chose non prescrite ne va pas contre la profession du baptême, parce que, comme nous l’avons dit plus haut, le baptême libère du péché, non des autres choses, comme sont les vœux, qui aident à éviter les péchés, et qui nous rendent plus soumis à Dieu, et nous lient davantage à lui.
On ne peut pas dire non plus que les vœux sont des inventions humaines, puisqu’ils sont commandés dans l’Écriture (psaume LXXV) : « Faites des voeux et accomplissez-les. » On ne peut pas non plus répondre que les vœux sont quelque chose qui appartient exclusivement à l’ancien testament, car les livres des psaumes et l’Ecclésiaste lèguent des enseignements moraux qui conviennent à tous. Et c’est plutôt la violation des vœux qui milite contre le baptême, car nous nous engageons dans le baptême, à observer tous les commandements de Dieu, alors qu’un de ces commandements est d’observer les vœux fais à Dieu.
Je réponds au troisième, que c’est faussement que les adversaires nous accusent de promettre, dans le baptême, plus que nous ne pouvons tenir. Car, cela s’oppose aux paroles de Jésus qui, dans Matthieu X1, appelle sa loi un joug suave et un fardeau léger. Cela s’oppose aussi aux paroles de saint Paul qui dit, aux Romains V111, que le Christ est mort pour que la justice de la loi soit accomplie en nous. Cela est contraire aussi au concile d’Orange 11, chapitre 25, où il est défini qu’un homme baptisé peut observer tous les commandements du Christ; ainsi que contre le sermon de saint Basile « veille sur toi », et des autres pères qui enseignent tous que c’est un blasphème de soutenir que les commandements de Dieu sont impossibles à observer.
Nous ne pensons pas non plus que la promesse faite au baptême est insuffisante. Car même si elle est suffisante pour sa fin, qui est de sauver l’homme, il est permis d’ajouter quelque chose pour que quelqu’un soit plus facilement et encore mieux sauvé. En effet, le baptême est n’est pas insuffisant parce qu’il est plus avantageux de communier après avoir reçu le baptême, au témoignage même de nos adversaires. La parole de Dieu n’est pas, non plus, insuffisante parce qu’il est préférable de recevoir le sacrement après avoir entendu la parole, plutôt que de n’écouter que la seule parole. Enfin, si les Hébreux, dans la circoncision, promettaient d’observer la loi de Dieu, et pouvaient quand même, vouer à Dieu, en plus, toutes sortes de choses, comme Kemnitiius l’admet, on ne peut pas dire que la promesse de la circoncision était insuffisante, pourquoi donc les chrétiens ne pourraient-ils pas vouer quelque chose à Dieu, même si, dans le baptême, ils ont promis d’observer toute la loi de Dieu ? Et pourquoi dire que la promesse du baptême est insuffisante ?
Mais que cela suffise. Des vœux nous en avons suffisamment parlé dans la dispute sur les moines.
CHAPITRE 18
Les péchés qui se font après le baptême ne peuvent pas être remis par la seule remémoration du baptême.
La cinquième proposition. Il ne peut pas se faire que par le seul souvenir et la seule foi dans le baptême reçu, les péchés soient remis, mais est nécessaire le sacrement de pénitence. C’est ce que décrète le canon 10 du concile de Trente. Ce canon est contre Martin Luther (livre de la captivité de Babylone, chapitre sur le baptême), Calvin (livre 4, chapitre 15 versets 3 et 4, et dans son antidote), et Kemnitius (dans sa censure du canon 10.)
Ils enseignent que le baptême ne justifie pas autrement qu’en plaçant sous nos yeux la promesse, et en excitant ainsi la foi, qui seule justifie. Et c’est delà que leur vint l’idée que celui qui pèche après le baptême peut, en se remémorant le baptême, renouer avec la grâce première du baptême. Car, comme le baptême met sous nos yeux la promesse c’est ce que fait la commémoration du baptême après sa négation. En effet, le rappel du baptême suscite la foi, et apporte ainsi la justification. C’est ce que nous voyons dans les autres choses. Car, si, en voyant, avec ses yeux, une image de la crucifixion du Christ, quelqu’un est porté à aimer le crucifié, il obtiendra certainement un résultat semblable s’il se souvient de l’image qu’il a vue, même s’il ne l’a plus devant lui.
Ils en déduisent aussi que le sacrement de pénitence n’est rien d’autre que le baptême répété par le souvenir et la foi. Et, comme après le baptême, il ne reste plus de satisfaction à faire, et ne sont pas nécessaires les indulgences, ni non plus le purgatoire après cette vie, ils pensent aussi qu’après la pénitence, c’est-à-dire après le souvenir du baptême, il n’y a plus de peintes temporelles du péché.
Ils concluent en plus que saint Jérôme (au chapitre 111 d’Isaïe, et dans son épitre à Démétriade), et avant lui Tertullien (livre sur la pénitence) n’ont pas parlé correctement quand ils ont dit que la pénitence était une seconde planche, (une épave) après le naufrage. Car le navire du baptême ne se fracasse jamais. Ce sont les pécheurs qui sortent de ce navire. Et quand ils reviennent à résipiscence, ils n’ont pas besoin d’une épave ou d’une planche, car ils peuvent retourner au même navire, qui les attend, intègre et intact. Voilà quelle est leur sentence, et elle est assez douce et accommodante pour ne pas déplaire à Épicure lui-même.
Or, les catholiques enseignent bien autre chose. Ils affirment, d’abord, que par le baptême, les péchés son remis par l’œuvre opérée, c’est-à-dire par la vertu du sacrement, comme nous l’avons montré auparavant. Ils en déduisent que l’efficacité du sacrement ne s’étend pas au futur, mais seulement au passé. Il remet les péchés commis avant et non encore pardonnés, c’est-à-dire ceux qu’il découvre dans l’âme au moment du baptême. Le souvenir du baptême est certes utile pour rendre grâces à Dieu, et pour servir de frein aux péchés, mais il ne suffit en aucune façon à la justification.
Ils en concluent aussi que la grâce du baptême perdue ne peut pas être récupérée par un nouveau baptême; mais qu’il faut chercher un autre remède plus ardu et difficile, qui est le sacrement de pénitence, après lequel demeurent les peines temporelles dues au péché. D’où vient l’utilité des indulgences, du purgatoire. Ils en déduisent aussi que les pères ont eu raison d’appeler le sacrement de pénitence la deuxième planche après le naufrage, car ceux qui font pénitence ne retournent pas au navire du baptême, mais naviguent à force bras, comme ceux qui, après un naufrage, s’agrippent à une épave, et se laissent porter par le courant.