Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 231)
Il est à noter, également, que, dans son examen, Kemnitius a présenté de travers le canon 10 et la position des catholiques. En effet, à la page 223, il dit que les catholiques affirment que, même après une vraie pénitence, l’homme ne peut pas retourner à la grâce du baptême, et à l’alliance que le Seigneur a contractée avec nous dans le baptême.
Mais les catholiques enseignent juste le contraire. Nous soutenons que, par une vraie pénitence, un homme peut retourner à la grâce du baptême et à l’alliance que Dieu y a contractée avec nous. Ce que nous nions c’est que cela puisse se faire par les mêmes instruments de l’alliance, c’est-à-dire par le baptême ou sa commémoration. Car, cela ne peut se faire que par un autre sacrement. Car, même si, dans la plupart des cas, les péchés ne sont point effacés par le sacrement de pénitence au point où ne restent plus de peines temporelles à expier, ce sacrement peut avoir le pouvoir d’effacer toutes les peines, et ramener quelqu’un à une grâce tout à fait semblable à celle du baptême.
Au même endroit, Kemnitius (pages 235, 236) dit que le concile n’a pas osé condamner expressément la sentence de Luther parce que, dans une si grande lumière de l’évangile, il craignait le jugement des oreilles pieuses. Il l’a donc déformée pour condamner une sentence déformée. Il dit qu’il l’a déformée parce que le concile a dit anathème à ceux qui enseignent que les péchés commis après le baptême sont remis par le seul souvenir du baptême reçu. Et cela vaut aussi pour ceux qui, sans faire pénitence, persévèrent dans leurs crimes, et continuent comme avant. Même à ces gens-là, il suffit qu’ils se souviennent tout d’un coup qu’ils ont été baptisés pour être justifiés de nouveau. Et, il a joute que cette sentence est épicurienne, et qu’elle est condamnée par les siens.
Or, en voulant montrer que le concile a déformé la sentence de Luther, le bon Kemnitius déforme la sentence du concile par un mensonge énorme. Car, dans le canon 10, le concile ne dit pas que, selon les luthériens, un seul souvenir du baptême, même superficiel, efface les péchés, car il dit explicitement : par le seul souvenir et la foi du baptême. Quand Kemnitius cite le concile, il omet le mot foi, et joute le mot superficiel. Voilà comment, en enlevant et en ajoutant, il a déformé la sentence du concile. Car, comme à son accoutumée, le concile a décrit la sentence de Luther en peu de mots, et l’a condamnée avec beaucoup de mots.
Il faut noter qu’une démonstration de la vérité catholique et une réfutation de l’erreur des luthériens, ne relève pas de ce chapitre mais de la dispute à venir sur la pénitence. Nous nous contenterons de prouver en quelques mots que ceux qui ont péché après le baptême ne peuvent pas retourner au navire du baptême, mais ont besoin d’un autre remède. D’abord par l’apôtre Paul Hébreux 1X : « Il est impossible à ceux qui ont été illuminés d’être appelés de nouveau à la pénitence. » L’apôtre ne veut pas dire ici que les baptisés pécheurs ne peuvent pas retourner à la pénitence en aucune façon, ce qui est l’erreur des Novatiens, que nos adversaires n’approuvent pas.
Ce qu’il veut dire c’est qu’ils ne peuvent pas être rénovés par la pénitence comme le sont ceux qui sont baptisés. C’est ainsi que l’expliquent saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, et d’autres commentateurs. Kemnitius lui-même admet cette interprétation (dans son examen du canon suivant, page 240), comme les mots employés le prouvent : illuminés, rénovés, et crucifiant le fils de Dieu. Ces mots, en effet, sont propres au baptême, par lequel nous sommes illuminés et rénovés, et nous imitons la mort du Christ.
Quelqu’un dira peut-être en faveur de Kemnitius qu’il prouve, en cet endroit, qu’on ne peut pas réitérer le baptême. Soit ! Mais, il ne prouve pas que l’homme ne peut pas retourner à la réconciliation par la seule mémoire du baptême. Or, ce passage le prouve amplement. Car, même s’ils ne veulent pas répéter l’aspersion de l’eau, les adversaires veulent répéter l’efficacité du baptême, de sorte que c’est vraiment par le baptême que sont remis les péchés commis après le baptême. Et ils le sont avec la même facilité, la même perfection, la même plénitude qu’avant. De façon à ce que la seconde réconciliation ne soit pas plus difficile et plus laborieuse que la première.
Et c’est précisément ce que l’apôtre nie. C’est pour cela qu’il n’a pas voulu dire qu’il était impossible d’être de nouveau rénové par la pénitence, c’est-à-dire par le baptême. Or le but que se proposait l’apôtre était de détourner les baptisés des péchés. Et le raisonnement qu’il utilisait pour parvenir à ses fins était qu’ils ne pouvaient plus être réconciliés avec la même facilité. Or, pour les luthériens, la facilité est la même. Elle est même plus grande dans la seconde réconciliation que dans la première, puisqu’il est plus facile de simplement se souvenir du baptême que d’être baptisé réellement.
On le prouve aussi par les témoignages des pères qui, aux baptisés pécheurs, imposèrent toujours de très dures pénitences avant de les réconcilier, comme le montre le sermon de saint Cyprien au sujet de ceux qui ont apostasié pendant la persécution, et d’autres qu’il n’est pas nécessaire de nommer, puisque Calvin (livre 3, chapitre 4, verser 38), rapporte que presque tous les anciens dont les livres nous ont été conservés ont péché par excès de sévérité. Il confesse donc que les anciens ne partageaient pas l’opinion qui veut que la seconde réconciliation soit plus facile que la première.
On le prouve également par la raison. Il n’y a aucune équité à supposer que la route qui même à la grâce du Christ soit aussi facile pour ceux qui pèchent avant le baptême que pour ceux qui pèchent après. Car, les premiers ignoraient Dieu, les autres le connaissaient. Les premiers n’avaient pas la grâce, les seconds l’avaient. Car, même si, avant le baptême, les catéchumènes connaissaient Dieu par la foi, et étaient souvent brûlants de charité, toutes ces choses appartenaient à la grâce du baptême. Car, la doctrine du catéchisme est une disposition au baptême; et la grâce et la charité que l’on repère en eux, procèdent du vœu du baptême.
Mais réfutons brièvement leurs objections.
Son premier argument, Luther le tire de la promesse de Jésus en Marc : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » Cette promesse demeure toujours, et est toujours vraie. Voilà pourquoi celui qui, en péchant, s’éloigne de Dieu et de l’alliance du baptême, sera certainement sauvé s’il recommence à croire et à embrasser l’alliance du baptême. Et Luther le confirme en disant que, dans l’ancien testament, quand les juifs revenaient à la pénitence pour être réconciliés avec Dieu, ils se rappelaient la sortie d’Égypte.
Je réponds que cet argument ne vaut rien, car même si la vérité de la promesse est perpétuelle, elle est cependant conditionnelle, non absolue. Autrement, tous les apostats seraient sauvés. Car, on exprime aussi la vérité quand on dit d’eux : ils ont cru et ils ont été baptisés. Il faut donc ajouter la condition, c’est-à-cire s’ils demeurent dans la foi et dans l’alliance du baptême, ils seront sauvés. S’ils ne sont pas fidèles, ils ne seront pas sauvés par ce moyen, mais par un autre. Car, celui qui, par le péché mortel, est sorti de l’alliance du baptême, ne peut pas y revenir une deuxième fois, par la seule pensée ou par le seul souvenir du baptême. En effet, être baptisé de nouveau et retourner ainsi au pacte contracté avec Dieu au baptême, ce n’est permis en aucune façon. On peut le démontrer par l’exemple de la foi et des autres vertus. On ne dit pas, en effet, qu’il retourne à la foi celui qui se rappelle avoir déjà cru, mais seulement celui qui recommence à croire en acte.
Et la confirmation avec la sortir d’Égypte ne prouve rien. Car, ils ne se souvenaient pas de cette sortie parce que, par ce souvenir, leurs péchés étaient purgés, mais pour que, en se rappelant un bienfait si insigne, ils se reprocheraient leur ingratitude envers Dieu, et se provoqueraient ainsi à faire pénitence. Nous ne nions pas que le souvenir du baptême ait pour nous le même effet. Ajoutons que si la sentence de Luther était vraie, les Juifs devraient plutôt rappeler à leur pensée la circoncision, qui leur servait plus de baptême que la sortie d’Égypte.
Le deuxième argument de Kemnitius. Quand les saintes lettres parlent de l’effet du baptême, elles usent autant le temps passé que le présent ou le futur. Le baptême a donc le pouvoir d’effacer les péchés passés, présents et futurs. Il prouve ainsi l’antécédent. Dans Tite 111, il est dit au passé : « Il nous a sauvés par le lavement de la régénération. » Dans Marc, dernier chapitre, cela est dit au futur : « Celui qui croit et qui sera baptisé sera sauvé. » Et dans Éphésiens V : « La purifiant par le lavement de l’eau. » Saint Augustin (livre 1, chapitre 33, du mariage et de la concupiscence) commente ainsi ce passage : « On doit entendre ainsi la phrase de Paul (la purifiant par le lavement de l’eau) : par le même lavement de régénération et par la parole de sanctification, toutes les mauvaises actions des régénérés sont effacées et assainies, non seulement les péchés passés, qui sont remis maintenant dans le baptême, mais même ceux qui seront commis plus tard par ignorance ou faiblesse. Non pas que le baptême soit répété à chaque fois qu’on pèche, mais, par le fait même qu’il a été une fois donné, non seulement les péchés passés mais aussi les péchés futurs sont pardonnés. » Et Kemnitius que tout cela est clairement expliqué dans Romains V1.
Je réponds qu’il n’existe aucun texte d’Écriture qui prouve que le baptême efface les péchés futurs ou même présents, c’est-à-dire les péchés que nous commettons présentement nous tous qui avons été baptisés. Et quant au texte de Marc qu’il nous objecte, ou il faut l’entendre du salut réalisé, c’est-à-dire de la gloire éternelle. Cela est certes une chose future. Mais ce n’est pas un effet, mais la fin du baptême. Or, c’est de l’effet du baptême que nous dissertons présentement, l’effet du baptême qui est la rémission des péchés passés. Sa fin est la vie bienheureuse future, selon Paul aux Romains V1 : « Maintenant libérés du péchés, devenus serviteurs de Dieu, vous avez votre fruit pour la sanctification, et la fin qui est la vie éternelle. »
Ou en l’entend du salut en espérance, c’est-à-dire de la grâce de justification, qu’il est certain qu’on reçoive au baptême. Elle est donc, en quelque sorte, future par rapport au baptême, mais elle porte sur les péchés passés, non futurs. Exemple. Si quelqu’un prend tel médicament, il guérira. Cela indique que la guérison viendra après le médicament. Mais la guérison d’une maladie déjà contractée, non à contracter plus tard.
Le texte de saint Pierre qu’il nous objecte (1 Pierre 111 : il nous a sauvés par le baptême) n’a rien à voir avec la présente dispute, car saint Pierre ne compare pas le baptême avec les péchés, mais le temps du Christ avec celui de Noé. Et il dit que, comme au temps de Noé, le déluge a sauvé huit hommes par l’arche, c’est de la même façon qu’au temps du Christ, le baptême sauve les croyants. On peut facilement expliquer le texte de saint Paul qu’il nous objecte (Éphésiens V : la purifiant …). Car ce « la purifiant » ne s’applique pas à tous les hommes, mais aux différentes personnes qui forment l’Église. En effet, le Christ purifie son église à tous les jours par le lavement de l’eau, parce que, à chaque jour, il y a des baptisés qui sont purifiés de leurs péchés passés, non futurs.
Si quelqu’un veut appliquer ce texte à chaque homme en particulier, on peut dire alors que, dans le baptême, sont effacés les péchés futurs, non immédiatement, mais médiatement. Parce que, par la grâce que reçoit celui qui est baptisé, il obtient le pardon des fautes vénielles qu’il fera plus tard, s’il le demande. Et de plus, par le caractère du baptême, il a droit au sacrement de pénitence, par lequel les péchés mortels sont aussi purgés. Car, ceux qui n’ont pas été baptisés ne peuvent pas recevoir les autres sacrements. Et c’est ce que veut dire saint Augustin dans le texte cité par Kemnitius. Car, tout ce que saint Augustin dit c’est que les péchés futur sont purgés d’une certaine façon, car, sans la réception du sacrement du baptême, ne pourront rien faire les autres sacrements qui ont le pouvoir d’effacer les péchés. Voici en effet ce qu’il dit : « De quel profit serait la pénitence avant le baptême… »
Voilà pourquoi quand le même Augustin parle de l’effet immédiat et propre du baptême, il développe longtemps le contraire. Et sans son épitre 23 à Boniface, il écrit : « L’enfant du Christ ne perd pas la grâce une fois reçue, si ce n’est pas sa propre impiété, s’il devient méchant avec l’âge. Car, alors, il commencera à avoir des péchés qui ne sont pas enlevés par la régénération, mais qui seront assainis par une autre cure. »
Et l’objection qu’il nous fait avec le texte de saint Paul V aux Romains, est hors saison. Car, dans ce chapitre, l’apôtre n’enseigne pas comment sont remis les péchés après le baptême, mais comment ont doit s’en garder. Il dit, en effet, que, par le baptême, l’homme meurt aux péchés, pour vivre désormais en Dieu. En conséquence, l’homme une fois rené dans le Christ doit veiller avec soin pour ne pas être contaminé de nouveau, et ne pas périr. Mais, en quoi cela se rapporte-t-il au sujet présent ?
Le troisième argument est du même Kemnitius. L’alliance de Dieu avec l’homme est perpétuelle, Isaïe L1V : « Est-ce que leur infidélité évacuera la fidélité de Dieu ? » 11 Timothée. Paul 11 : « Si nous ne croyons pas, lui demeure fidèle, il ne peut pas se renier. » Jérémie 111 : « Tu as forniqué avec plusieurs amants, reviens quand même à moi, dit le Seigneur. » Donc, l’alliance contractée par Dieu avec nous dans le baptême n’est jamais rompue au point de ne pouvoir plus y retourner, et de ne pouvoir plus la renouveler.
Et il confirme par Galat 111 et 1 Cor X11, où l’apôtre rappelle ceux qui sont tombés après le baptême, à la promesse de la grâce du baptême. Il ajoute ensuite que la nature même de cette promesse montre cela. Car, la promesse du baptême est : « Pour que justifiés par la grâce du Christ vous soyez des héritiers de la vie éternelle. » Tim 111. Voilà le mode général d’opération de la justification après une chute quelconque. Nous sommes donc toujours justifiés par le baptême.
Je réponds que, sans aucune pudeur, Kemnitius joue avec les Écritures, et abuse de leurs témoignages. Car le texte d’Isaïe L1V contient une promesse absolue, de toujours choyer son église. Cette promesse-là ne dépend d’aucune condition, car le mariage entre le Christ et l’église est tout à fait indissoluble. De la même façon, le passage de l’épitre aux Romains contient une promesse absolue d’envoyer le Messie au monde. Or, la promesse du baptême n’est pas une promesse absolue, mais conditionnelle, parce qu’elle inclut la condition de foi et de persévérance.
Le passage de Timothée plaide en notre faveur, car, quand l’apôtre dit : « si nous ne croyons pas, il demeure fidèle, il ne peut pas se renier », ce texte signifie que Dieu est fidèle parce que qu’il fait ce qu’il a promis quand il récompense les bons et punit les impies. Car il avait ainsi promis : « Si nous persévérons, nous vivrons avec lui. Si nous le renions, il nous reniera. » C’est donc une promesse conditionnelle. Le texte de Jérémie 111 enseigne que les hommes rentrent en grâce s’ils retournent à Dieu. Mais il n’enseigne pas que Dieu reçoit les pécheurs de n’importe laquelle façon, ni par les mêmes instruments (le baptême) avec lesquelles il les avait d’abord reçus. Le texte de Galates 111 est hors de propos. Car, en cet endroit, saint Paul n’enseigne pas comment sont justifiés les impies tombés après le baptême, comme l’imagine Kemnitius, mais que les hommes sont justifiés par la grâce du Christ, et non par la circoncision ou par les autres œuvres de la loi. Et il le prouve cela en disant que ceux qui sont baptisés revêtent le Christ.
Le passage des Corinthiens (1, X11) ne se rapporte en aucune façon à notre propos. Saint Paul dit seulement que nous sommes tous un seul corps, parce que nous sommes tous baptisés dans le même Esprit. Il ne dit pas un mot sur ceux qui sont tombés dans le péché après le baptême. Donc, un argument tiré de la nature de la promesse du baptême est un sophisme inepte. Car, même si le baptême promet le salut par le Christ, et même si après n’importe laquelle chute tous sont justifiés, il ne s’ensuit pas que c’est par le baptême que sont justifiés ceux qui le sont après une chute post baptismale. Car, être justifié par le Christ a un sens beaucoup plus large que l’être par le Christ dans le baptême. Les sacrements de pénitence, d’eucharistie, d’extrême onction ne promettent-ils pas, eux aussi, le salut par le Christ ?
Le quatrième argument est de Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 3). Dans le baptême, nous est communiquée la pureté du Christ. Or, cette pureté demeure toujours telle quelle, et n’est entachée par aucune souillure. Donc, demeure toujours la vertu du baptême qui nous a été accordée une foi pour toutes, et nous pouvons toujours y retourner et être justifiés par elle. Il le confirme avec l’aide des pères, qui blâmaient ceux qui retardaient le baptême jusqu’aux derniers moments. Car plusieurs avaient été trompés par l’erreur de ceux qui enseignent que le baptême n’efface que les péchés passés. Ils ne voulaient donc être baptisés qu’à la fin de leur vie, au moment où ils ne pouvaient plus pécher. Mais les pères réprouvèrent cette erreur. Ils croyaient donc que le baptême effaçait aussi bien les péchés futurs que les péchés passés.
Je réponds que l’argument de Calvin est basé sur un faux fondement, à savoir que nous sommes justifiés par la grâce du Christ qui nous est imputée. Cette grâce, en effet, a toujours la même valeur, et elle n’est souillée par aucune saleté. Mais, il est faux que c’est par elle que nous soyons formellement justifiés. Nous ne sommes pas justifiés, en effet, par une justice propre et inhérente qui demeure toujours telle quelle, qui n’est ni détruite ni abolie par les fautes, quand nous péchons. À la confirmation je réponds qu’elle nous est favorable. Car, si les pères avaient cru ce que croit Calvin, ils auraient, quand ils blâmaient ceux qui retardaient le baptême, donné comme raison que le baptême efface aussi bien les péchés futurs que les péchés passés. On aucun n’en a jamais soufflé mot. Ils ont plutôt donné de toutes autres raisons. Comme saint Basile (dans le sermon 13 sur l’exhortation au baptême, saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le saint lavement), et saint Jean Chrysostome (homélie 1 sur les actes). Ils exhortaient à ne pas différer le baptême à cause de l’incertitude de l’heure de la mort, et à cause des bonnes œuvres que fait faite le baptême.
Le cinquième argument de Calvin se trouve au même endroit, verset 4. Le pouvoir des clefs ne peut pas être séparé du baptême. Donc, ceux qui tombent après le baptême sont réconciliés par la vertu des clefs, par le baptême. Il prouve ainsi l’antécédent. Le pouvoir des clefs ne s’exerce pas sans une prédication de l’évangile, par laquelle nous annonçons aux impies que la purification des péchés se fait par le sang du Christ; que le signe et le témoignage du sang du Christ répandu est le baptême. Le pouvoir des clefs ne s’exerce donc pas sans le baptême.
Je réponds. Si cet argument avait quelque valeur, il prouverait aussi que nul n’est réconcilié que par l’eucharistie, ou son souvenir. Car, l’eucharistie est aussi un signe, et un témoignage du sang du Christ répandu. Mais, cet argument ne prouve rein, d’abord parce qu’il est faux que le pouvoir des clefs ne s’exerce pas sans la prédication de l’évangile, parce que purifier les impies par le sang du Christ a un sens plus large que les purifier par le baptême. C’est toujours le sang du Christ qui purifie, il est vrai, mais c’est par des instruments divers qu’il est appliqué. Tantôt par le baptême, tantôt par d’autres sacrements. Et parfois, sans aucun sacrement, par la foi et la vraie conversion, ou par le martyre, comme il a déjà été dit.
CHAPITRE 19
Les erreurs sur le baptême de Jean
Vient ensuite la huitième controverse qui porte sur la comparaison entre le baptême du Christ et celui de saint Jean. C’est de quoi parle le premier canon de la septième session (sur le baptême) du concile de Trente : « Si quelqu’un dit que le baptême de Jean avait la même vertu que le baptême du Christ, qu’il soit anathème. » Sur cette controverse, les erreurs sont au nombre de trois. Nous présenterons d’abord les erreurs et les opinions. Nous énoncerons ensuite et nous prouverons la vérité. Enfin, nous réfuterons les objections.
Les erreurs. Ce fut l’antique erreur du Petilien donatiste de penser que les baptêmes du Christ et de saint Jean étaient la même chose. Il distinguait trois degrés de ce baptême. Jean baptisait dans l’eau, le Christ dans l’Esprit, et le paraclet dans le feu. Or, il soutenait que ces trois baptêmes appartenaient au même et unique baptême, comme le rapporte saint Augustin (livre 2, chapitre 32, 34, 37, contre les lettres de Petilien.)
À notre époque, au début de sa prédication, Luther distinguait clairement le baptême de saint Jean de celui du Christ, car dans sa dispute sur le baptême de la loi, de Jean et du Christ, éditée en l’an 20, il établit trois différences entre ces baptêmes. La première. Le baptême de Jean n’était pas un sacrement; celui du Christ était et est un sacrement. La deuxième. Celui de Jean ne remettait pas les péchés; celui du Christ remet les péchés. Le troisième. Ceux qui avaient été baptisés par le Christ devaient être baptisés de nouveau; non ceux qui avaient été baptisés par le Christ. Du reste, cette doctrine qui ne concordait pas avec la doctrine luthérienne sur les sacrements, ne plut guère aux disciples de Luther, car tous enseignèrent le contraire, à savoir que le baptême de saint Jean était un sacrement, qu’il remettait les péchés, et que ceux qui avaient été baptisés par sain Jean n’avaient pas à être rebaptisés.
C’est ce qu’enseigne Melanchton (lieux, en 58, le baptême de Jean) : « Même s’il y avait une différence, car c’est le Christ, qui allait souffrir, que saint Jean prêchait, et celui qui avait déjà souffert que prêchaient les apôtres, le ministère était quand même le même, et avait les mêmes effets dans les croyants. » Il rétracte donc ici ce qu’il avait enseigné en l’an 22 (sur le baptême) à savoir que le baptême de Jean a été un signe de mortification, et celui du Christ un signe de justification. Et que c’était pour cela que les baptisés de Jean ont du être baptisés de nouveau.
Disent la même chose Philippe, Alesius, et Lossius, tous luthériens, dans leurs commentaires du chapitre 1 de saint Jean. La même chose Martin Bucer et David Clytraeus, (chapitre 111 sur Matthieu), Jean Brentius (homélies 21 et 2 sur Luc), ainsi que les centuriates (centurie, chapitre 1, colonne 156, et chapitre 10, colonne 361.) De même, Nicolas Selneccerus ( 2 pédagogie, sur le baptême). De même Zwingli (dans son livre sur la vraie et fausse religion, chapitre sur le baptême), et Calvin, dans son antidote sur le concile, (ainsi que dans livre 4, chapitre 15, versets 7 et 8).
Et, enfin, Martin Kemnitius (partie 2 de son examen, page 175 et suivantes). Il convient, avec les autres, que le baptême de Jean remettait les péchés, et était le même sacrement que celui du Christ qui était administré par les apôtres. Mais, il n’a pas osé trancher la question suivante : ceux qui ont été baptisés par saint Jean devaient-ils être baptisés de nouveau par le baptême du Christ ? Car, après avoir posé la question et donné les différentes opinions, il dit, à la page 190 : « Laissons donc cette question de côté, puisque chaque opinion a de bonnes raisons à faire valoir. » En parlant ainsi, il agit avec une prudence cauteleuse, car il n’avait pas à rejeter la première sentence de Luther et de Philippe, ou celle qui est venue après et qui est acceptée par la plupart des luthériens. Il s’est aussi libéré d’une question épineuse, qui faisait suer beaucoup de ses coreligionnaires : pourquoi fallait-il que soient baptisés de nouveau ceux qui avaient été baptisés par saint Jean.