Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 232)
Parmi les catholiques, il y a eu deux opinions sur le baptême de saint Jean. L’une est erronée, et l’autre fort improbable. La première fut celle de Pierre Lombard qui (au livre 4, dist 2) distingue deux sortes de baptisés par Jean. La première est de ceux qui mettaient en ce baptême leur espoir et n’avaient aucune connaissance du Saint-Esprit. La seconde est de ceux qui ne plaçaient pas leur espoir dans le baptême de Jean, et qui avaient une connaissance du Saint-Esprit. Or, ces derniers, selon Pierre Lombard, n’eurent pas être baptisés de nouveau par les apôtres du Christ. En plus des arguments que nous présentons plus bas contre les hérétiques, on peut réfuter cette sentence par des arguments que le maitre et tous les catholiques acceptent. Car, du consentement universel, le baptême du Christ, après sa promulgation, obligeait tous les hommes. Or, le baptême de Jean n’est pas le baptême du Christ, comme l’enseigne le maitre par sa distinction elle-même. Donc ceux qui ont été baptisés par Jean doivent être baptisés par le Christ. Voilà pourquoi saint Thomas (3 part question 38, dernier article) écrit que cette opinion est complètement déraisonnable.
L’autre opinion est que le baptême de Jean fut un certain sacrement, comme l’étaient les sacrements de l’ancienne loi. C’est ce qu’a enseigné le maître, au lieu cité, et beaucoup de scolastiques, y compris saint Thomas. Mais ce n’est pas sans raison que saint Thomas, ensuite, enseigné le contraire (3 par quest 38, art 1). Car, les sacrements de l’ancienne loi commencèrent avec la loi, et durèrent autant qu’a duré cette loi. Et le sacrement de saint Jean commença à la fin de la loi, et ne dura qu’un an ou un peu plus. Saint Thomas a donc eu raison de dire que le baptême de saint Jean n’appartenait pas aux sacrements de l’ancienne loi mais plutôt à ceux de la nouvelle, comme étant une préparation de cette dernière.
Tu diras que le baptême de saint Jean ne fut ni un sacrement de la loi ancienne ni un sacrement de la loi nouvelle, mais qu’il fut un sacrement intermédiaire. Mais, cela ne peut pas être, car il ne peut pas y avoir un sacrement intermédiaire entre les sacrements de deux lois sans qu’il y ait eu aussi une loi intermédiaire. Or, entre la loi ancienne et la nouvelle, il n’y eut pas de loi intermédiaire, car après l’abrogation de l’une, l’autre lui a immédiatement succédé. Voilà pourquoi si le baptême de Jean était un sacrement, il le serait forcément de la loi ancienne ou de la loi nouvelle. Car, pour être un sacrement, il ne suffit pas qu’il signifie le baptême du Christ, ou la grâce qui devra être donnée par le baptême. Car, même le déluge et la mer rouge (1 Cor X) ont signifié le baptême, et la manne l’eucharistie, ce que ne fait pas d’eux des sacrements, mais de simples figures de sacrements.
CHAPITRE 20
Le baptême de Jean ne fut pas un sacrement semblable à celui du Christ
Pour expliquer et prouver cette vérité, trois propositions sont requises. La première. Le baptême de Jean ne fut pas un sacrement semblable au baptême du Christ. Ce qui est contre Philippe, Calvin, Kemnitius et les autres, qui enseignent que le ministère de Jean le Baptiste et des apôtres a été le même. Le baptême de saint Jean a été institué par lui. Il n’était donc pas un sacrement, et surtout pas de la loi nouvelle. La conséquence va de soi, car aucun mortel ne peut instituer un sacrement, encore moins un sacrement de la nouvelle loi, comme nous l’avons prouvé plus haut avec des témoignages des adversaires.
On prouve ainsi l’antécédent. Dans l’Écriture, on l’appelle souvent « le baptême de Jean. » Matthieu 111 : « Voyant beaucoup de personnes venir à son baptême, Jean… » Matth 21 : « Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? » On lit la même chose dans Marc X1, Luc XX, Actes 1, 18n 19. Cette dénomination ne peut pas signifier seulement que saint Jean était le ministre de ce baptême, mais son auteur. Autrement on aurait pu aussi appeler le baptême du Christ le baptême de Pierre, de Paul, de Philippe et des autres. Ce que l’Écriture prend bien garde de ne pas dire, pour qu’ils ne semblent pas être les auteurs du baptême, comme saint Augustin l’explique (livre 5, chapitre 13 sur le baptême.)
Tu diras : le baptême de Jean ne semble-t-il pas avoir été institué par Dieu plutôt que par saint Jean ? C’est ce que saint Jean lui-même confesse: « Celui qui m’a envoyé baptiser m’a dit. » Je réponds avec saint Augustin (au lieu cité, chapitres 9 et 13) et Tertullien (livre sur le baptême), où il traite cette question proposée par le Christ : le baptême de Jean vient-il de Dieu ou des hommes. Et il répond que le baptême de Jean a été institué par Dieu mais par le moyen de saint Jean. Car, Dieu ne lui a donné qu’une inspiration, et c’est dans cette inspiration que se trouvait le commandement divin. Mais le rite employé pour baptiser n’a pas été prescrit par Dieu, c’est saint Jean lui-même qui l’a déterminé. On a donc raison de dire que le baptême de Jean lui appartenait en propre.
Deuxièmement. Dans le baptême du Christ, ce n’est pas seulement l’eau qui fait partie de l’essence du rite ou du sacrement, mais aussi l’invocation de la sainte trinité, comme il a été prouvé plus haut. Les adversaires ne pensent pas autrement, du moins dans la pratique, quand ils baptisent. Or, le baptême de saint Jean n’avait par l’invocation de la sainte trinité. Il n’était donc pas un sacrement semblable à celui du Christ.
On prouve l’antécédent en disant que même si les centuriates prétendent que saint Jean Baptiste baptisaient au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, aucun texte de l’Écriture n’enseigne cela, ni aucun témoignage des pères. Il y en eut certains qui pensèrent que saint Jean avait utilisé certains mots en baptisant, comme au nom du Messie à venir. Et cela, à cause des paroles de saint Paul (Actes X1X) : Jean baptisait le peuple dans un baptême de pénitence, pour qu’ils croient en celui qui viendrait après lui. C’est ce qu’enseignent saint Ambroise (livre 1, chapitre 3 de la sainte trinité), saint Jérôme (chapitre 11 de Joël), et Hugues de Saint Victor (livre 2 sur les sacrements, partie 6, chapitre 6).
Mais ces pères, surtout les deux derniers, précisèrent qu’il ne baptisait pas au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et que c’est pour cette raison que son sacrement n’était pas un sacrement parfait. Ajoutons qu’il est fort improbable que saint Jean Baptiste n’ait utilisé aucun mot. Mais les paroles de saint Paul qu’on vient de citer ne signifiaient certes pas que saint Jean baptisait au nom du Messie futur, mais incitait plutôt le peuple à croire dans le Messie qui était déjà là. Car, saint Jean Baptiste a baptisé Jésus avec le même rite qu’il employait pour les autres. Et ce serait ridicule de penser qu’il l’a baptisé au nom du Messie à venir.
Troisièmement. Le baptême du Christ est un sacrement du nouveau testament. C’est donc par l’auteur du nouveau testament qu’il a été institué. Les adversaires ne peuvent pas nier cela, car Philippe (dans les lieux, en 58, le nombre des sacrements) dit que le baptême et la cène du Seigneur, ainsi que l’absolution, sont des sacrements institués dans la prédication du Christ, et c’est pour cela qu’ils sont des sacrements proprement dits. Et Kemnitius, dans la définition du sacrement proprement dit, pose une troisième condition, à savoir qu’il soit commandé et institué dans le nouveau testament. Or, le baptême de saint Jean Baptiste ne fut pas institué dans la prédication du Christ, ni demandé par le Christ, mais par saint Jean, avant que commence à prêcher l’auteur du nouveau testament.
Quatrièmement. Le baptême du Christ ne peut pas être répété, comme, aujourd’hui, tous l’enseignent, à l’exception des anabaptistes. Or, ceux qui avaient été baptisés par saint Jean ont reçu l’ordre de se faire baptiser de nouveau. Ce n’était donc pas le baptême du Christ que saint Jean administrait. L’antécédent les calvinistes et d’autres le nient. Mais cela est prouvé dans la troisième proposition. De plus, s’il admettait l’antécédent, Kemnitius nierait la conséquence. Car il estime, lui, comme nous l’avons déjà dit, que ceux qui avaient été baptisés par Jean ont pu être baptisés de nouveau parce que même si le ministre est le même quant à la substance, il diffère quant à la signification.
En effet, Kemnitius distingue trois sacrements qui effectuent la même chose, dans une signification différente : la circoncision, le baptême de Jean et le baptême du Christ, la circoncision signifiant le Messie à venir, le baptême de Jean, le Messie qui vient et qui est déjà là, et le baptême du Christ, le Messie déjà venu. Il en déduit que comme les circoncis devaient, à la venue de saint Jean, être baptisés de son baptême, pour qu’ils professent croire au Messie à venir, même s’ils étaient justifiés par la circoncision, de la même manière ceux qui avaient été baptisés par saint Jean devaient être baptisés par le baptême du Christ pour professer qu’ils croient au Messie venu, même s’ils étaient déjà justifiés par le baptême de saint Jean.
Et contre les arguties de Kemnitius qu’il nous objectait avec des citations de saint Augustin (livre 5, chapitre 9 sur le baptême), il est à noter que saint Augustin tire la conséquence que nous tirons nous-mêmes, et que nie Kemnitiius : « Nous lisons dans les actes des apôtres (livre 5, chapitre 9 sur le baptême), que ceux qui avaient été baptisés par saint Jean ont été baptisés par saint Paul pour aucune autre raison que parce que le baptême de Jean n’était pas celui de Jésus. »
De plus, si le raisonnement de Kemnitius avait quelque valeur nous prouverions que ceux qui avaient été baptisés par les apôtres avant la passion et la résurrection du Sauveur auraient du, eux aussi, être baptisés de nouveau après la résurrection. Car, le baptême du Christ avant sa passion signifiait la passion future du Christ, et c’est après qu’il a vraiment signifié la passion qui avait eu lieu.
2018 12 23 fin
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CHAPITRE 21
Le baptême de Jean n’avait ni la même force ni la même efficacité que le baptême de Jésus
La seconde proposition. Le baptême de Jean n’avait ni la même force ni la même efficacité que n’eut le baptême de Jésus. Car, on ne se demande pas si le baptême de Jean a pu remettre les péchés à cause de la foi et de la piété de ceux qui le recevaient, ou à cause de la contrition que faisait naître la prédication enflammée de Jean. Cela a pu facilement se faire, et c’est ce que laissent entendre ces paroles de Marc 1 : « Prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. »
Certains pères, comme saint Basile (livre 1, chapitre 2 sur le baptême), saint Grégoire de Nysse (dans son panégyrique de saint Basile), l’auteur des questions sur le nouveau testament (question 9, tome 4 des œuvres de saint Augustin), et saint Augustin (livre 5, chapitre 10 sur le baptême), même s’ils estiment que ces mots doivent être compris autrement, ne pensent pas qu’on doive entrer en guerre contre ceux qui enseignent que le baptême de Jean remettait les péchés d’une certaine façon, pourvu qu’ils admettent qu’il y a une grande différence entre le baptême de Jean et celui de Jésus.
La question qui se pose est donc la suivante : est-ce que le baptême de Jean fut efficace comme celui de Jésus, c’est-à-dire, remettait-il les péchés, comme celui de Jésus, par la vertu même du sacrement, ou par l’œuvre opérée ? Les adversaires. Eux, attribuent la même efficacité aux deux baptêmes. Or, voici ce qu’a statué le concile de Trente (session 7, chapitre 1, sur le baptême) : « Si quelqu’un dit que le baptême de Jean a eu la même vertu que celui de Jésus, qu’il soit anathème ! » Et il donne comme preuve des textes de l’Écriture. Car, en Marc 1, Jean distingue son baptême de celui du Christ en disant qu’il ne baptise, lui, que dans l’eau, tandis que le Christ baptisera dans l’Esprit-Saint : « Je vous ai baptisés dans l’eau. Il vous baptisera, lui, dans l’Esprit Saint. »
Les adversaires, comme Philippe, Calvin et Kemnitius, répondent à cet argument scripturaire que Jean Baptiste a voulu distinguer son ministère externe du ministère interne du Christ. Voilà pourquoi ils disent que la rémission des péchés était donnée dans le baptême de Jean, mais que c’était le Christ qui la donnait par le ministère de Jean. Et, il donne comme exemple ce texte de saint Paul (Corinthiens chapitre 4) : « J’ai planté, Apollon a arrosé, et Dieu a donné la croissance. »
Mais il est facile de réfuter cette explication. Car, c’est au passé que saint Jean baptiste parle de son ministère, et celui de Jésus il le présente comme futur : (Je vous ai baptisés, il vous baptisera). Or, saint Paul, dans le texte cité par Kemnitius, ne dit pas : j’ai planté, Apollon a arrosé, et Dieu donnera la croissance, mais Dieu « a « »donné la croissance. Et de plus, chez les évangélistes (Matthieu, chapitre 3, Lue chapitre 3), c’est le présent qui est employé pour saint Jean (je vous baptise dans l’eau), et le futur pour Jésus (il vous baptisera).
Kemnitius essaie de combattre notre sentence de deux façons. La première. Il dit, à la page 191, que, par le baptême du Christ dans le Saint-Esprit, et par le feu, il faut entendre l’effusion des dons visibles, qui a été faite au jour de la pentecôte. Il le prouve, cela, pour le mot feu, autant par le témoigne du Christ que celui de saint Pierre, qui employèrent tous deux la même phrase que celle de saint Jean. Dans les actes 1, le Christ dit à ses apôtres : « Jean a baptisé dans l’eau, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint, après plusieurs jours. » Et Pierre acte X1 : « Je me souviens des paroles du Seigneur : « Jean a baptisé dans l’eau, vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint. » Le baptême de Jean n’est donc pas opposé au baptême de Jésus, mais le baptême d’eau, dans lequel n’est pas donné visiblement l’Esprit-Saint, est opposé à l’effusion visible des dons qui se faisaient sans l’eau, dans la primitive église après le baptême, quand les apôtres imposaient les mains.
Cette première solution n’est pas suffisante. Car, tout d’abord, le mot feu ne nous empêche pas de voir le sacrement du baptême dans les paroles de Jean : « Il baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. » Car, presque tous les commentateurs le comprennent ainsi. Et ils disent que le mot feu a été ajouté parce que, après le baptême du Christ, vient la tribulation, c’est-à-dire, le feu du divin jugement, et celui du purgatoire. Et, dans la primitive église, l’Esprit Saint était donné après le baptême sous forme visible, par l’imposition des mains des apôtres. Voir saint Hilaire, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome dans leurs commentaires respectifs du chapitre 3 de Matthieu, saint Ambroise et saint Bède, dans leurs commentaires sur le chapitre 3 de saint Luc.
En ce qui a trait aux paroles du Christ et de Pierre, il n’est pas sur qu’elles avaient le même sens que celles dites par saint Jean Baptiste. Le Seigneur a pu faire allusion aux paroles de saint Jean Baptiste, mais leur donner un autre sens, comme le fait souvent saint Bernard quand il s’approprie des paroles de l’Écriture, et même saint Paul quand en Tite 1, il cite Épiménide en donnant un autre sens à ses paroles : les crétois sont toujours des menteurs. Ce témoignage est vrai. Voilà pourquoi les pères appliquent les paroles de Jean au sacrement du baptême du Christ. Et pourtant, les paroles du Christ et de Pierre ne peuvent se rapporter qu’à la mission du Saint-Esprit.
Et si nous admettons que les paroles de saint Jean Baptiste, du Christ et de Pierre ont exactement le même sens, il nous faudra dire alors que l’Écriture distingue trois baptêmes. Un, par l’eau seulement, et cela, c’est celui de saint Jean-Baptiste, lequel est toujours présenté comme un baptême d’eau, pour le distinguer du baptême du Saint-Esprit. Un autre, dans l’Esprit et dans le feu seulement, et non dans l’eau, ce qui est la visible mission du Saint-Esprit, qui ne contient pas seulement les langues de feu, mais la charité, et la grâce infusée par l’Esprit-Saint, qui est signifiée par ces symboles externes. Comme l’admet aussi Kemnitius page 192, Donc, le baptême d’eau de Jean ne se distingue pas seulement du baptême de feu, c’est-à-dire de la forme visible du feu, mais aussi du baptême spirituel, c’est-à-dire, de la grâce interne infusée par l’Esprit-Saint.
Un troisième est à la fois dans l’eau et dans l’Esprit Saint, et c’est le sacrement de baptême du Christ, que Jean 111 dit être dans l’eau et dans le Saint-Esprit. Nous voyons donc que les paroles de Jean, quelle que soit la façon dont on les comprend, distinguent toujours le baptême de Jean comme étant seulement externe et corporel, du baptême du Christ, qui est en partie spirituel, et en partie corporel, consistant ou de l’Esprit et du feu, ou de l’eau et de l’Esprit.
Il reste donc à examiner l’autre solution de Kemnitius. Après avoir vu que la première était insuffisante, il est revenu, à la page 193, à la position commune, selon laquelle les paroles de Jean Baptiste (il vous baptisera dans l’esprit saint et dans le feu) se rapportent à l’opération interne du Christ dans le baptême de Jean. Et parce que le temps futur (il vous baptisera) semble répugner à cette explication, Kemnitius s’efforce de montrer que la même Écriture parle de l’opération du Christ au présent et au passé. Il cite donc Jean 1 : « C’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. » Et cependant, il ne baptisait pas alors par lui-même, mais par ses apôtres. Il baptisait donc par saint Jean.
IL cite aussi : « De sa plénitude nous avons tous reçu. » Ce qui est dit au passé. Le Christ opérait donc, par une opération interne, même avant qu’il commence à baptiser par ses disciples. Ensuite Matthieu 111. Pour que nous comprenions que le ministère de saint Jean Baptiste n’était pas sans efficacité, c’est pendant que saint Jean Baptiste baptisait que le Saint Esprit est apparu sous la forme d’une colombe. Il ajoute aussi les paroles de l’ange : « Il convertira beaucoup de fils d’Israël à leur seigneur Dieu. » Phrase qui nous montre assez clairement que le ministère de saint Jean Baptiste n’était pas dépourvu d’efficacité.
Mais on peut réfuter cela sans trop d’effort. Car, en premier lieu, Kemnitius n’explique jamais pourquoi tous les évangélistes ont mit le mot baptiser au futur : il baptisera, s’il est vrai qu’il opérait déjà intérieurement quand saint Jean Baptiste opérait extérieurement. Ensuite, les textes cités ne sont pas appropriés. Car, le « voici celui qui baptise dans l’Esprit Saint » ne signifie pas que le Christ baptisait quand saint Jean prononçait ces paroles, mais que quand le Christ baptise, ce n’est pas dans l’eau seule qu’il baptise, comme saint Jean Baptiste, mais dans l’Esprit Saint, comme l’explique très bien saint Augustin (traité 13 sur saint Jean, et ailleurs).
On peut dire la même chose du prochain texte cité : « voici l’agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. » Il veut dire que le Christ enlèvera les péchés du monde quand il sera immolé comme un agneau sur la croix. Et non qu’il les enlevait au moment où saint Jean-Baptiste baptisait. Et cet autre : « De sa plénitude nous avons tous reçu. » Il signifie que la grâce dont était doté saint Jean-Baptiste émanait du Christ, comme, d’ailleurs, celle de tous les autres saints. Mais qu’est-ce que tout cela a à voir avec le baptême de saint Jean ? Car, même si la grâce du Christ était donnée à tous les saints par les mérites prévus de la mort du Christ, elle n’était cependant pas donnée par le baptême de Jean, mais par une autre voie et par d’autres instruments.
Ensuite, la colombe qui est apparue pendant que saint Jean baptisait, n’attestait pas l’efficacité du ministère de saint Jean, comme l’écrit imprudemment et témérairement Kemnitius, Car, autrement, il faudrait conclure que le ministère de saint Jean a été efficace aussi pour le Christ, puisque c’est seulement pendant que Jean baptisait que le Saint-Esprit s’est montré. Mais, cela c’est une impiété et un blasphème. Car, il n’avait pas besoin de l’efficacité du baptême de Jean l’agneau innocent qui efface les péchés du monde, au témoignage même de saint Jean-Baptiste.
Cette colombe signifiait donc l’innocence et la pureté du Christ, et que c’était lui qui sanctifierait et purgerait les eaux, et qui, par les eaux et l’Esprit-Saint, régénèrerait les hommes. Et ensuite, les paroles de l’ange dans saint Luc ne portent pas sur le baptême de Jean, mais sur ses prédications. Personne, en effet, ne nie que saint Jean ait prêché avec efficacité, et ait converti plusieurs pécheurs à Dieu. Mais autre est émouvoir les cœurs des hommes par la prédication de la parole, autre est les purger par le baptême. Que cela suffise pour le premier argument.
On le prouve ensuite par les témoignages des pères. Origène (livre 5, chapitre 6, épitre aux Romains), affirme et prouve par quelques arguments que le baptême de Jean ne remettait pas les péchés, et que c’est en cela qu’il se distinguait du baptême du Christ. C’est aussi ce qu’enseignent les autres grecs. Justin (question 37 aux orthodoxes), saint Grégoire de Naziance (sermons sur les saintes lumières), saint Jean Chrysostome (homélie 1- et 12 sur Matthieu, et homélies 1 et 40 sur les actes). Ainsi que l’auteur des homélies sur Marc (que l’on trouve dans le tome 2 de saint Jean Chrysostome, homélie 1). Cyrille d’Alexandrie (livre 1, chapitre 57 sur Jean). Il traite de ce sujet explicitement, et il dit que le Saint Esprit avait prévu que des hommes téméraires ne distingueraient pas le batême de Jean de celui de Jésus; et que c’est pour cette raison qu’il a inspiré à saint Jean de dire qu’il ne baptisait, lui, que dans l’eau.
Disent la même chose saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10 sur la foi), Theophylacte chapitre 111 Luc. Enfin saint Basile. Même si, dans le livre 1 du baptême, il dit que le baptême de Jean procurait la rémission des péchés, il dit, cependant, au même endroit : « Autant l’Esprit Saint est supérieur à l’eau, autant celui qui baptise dans l’Esprit Saint est supérieur à celui qui baptise dans l’eau, Jean Baptiste. » Et dans le sermon 13, qui est une exhortation au baptême, il dit : « Saint Jean a prêché un baptême de pénitence, le Seigneur annonce le baptême plus excellent de l’adoption des fils. Le baptême de Jean était un baptême pour les commençants, celui du Christ, pour les parfaits. Le premier détournait du péché, l’autre unissait à Dieu, l’apparentait à Dieu. »
Ces textes nous font clairement comprendre que saint Basile n’attribuait pas au baptême de Jean la même efficacité que celui de Jésus. Il enseignait plutôt que celui de Jean n’avait aucun pouvoir de justifier, si ce n’est par la pénitence et la contrition. Et c’est ainsi qu’on doit entendre les paroles de saint Grégoire de Nysse.
Les latins. Tertullien, dans son livre sur le baptême : « Le baptême de Jean ne conférait rien de céleste, mais il initiait aux choses célestes en incitant à la pénitence. » Et plus bas : « S’il avait été céleste, il aurait donné l’Esprit Saint et la rémission des péchés. » Et plus bas : « Il se comportait donc comme un baptême de pénitence, comme pour préparer à la sanctification et à la rémission des péchés qu’apporterait le Christ. »
Ces textes nous font comprendre comment il faut entendre ces paroles du même auteur qui se trouvent au début du livre : « Et il n y a pas de différence entre ceux que Jean a baptisés dans le Jourdain, et ceux que Pierre a baptisés dans le Tibre. » Car, il ne parlait pas de tout le baptême, mais seulement de la matière; et il enseigne qu’il importe peu quelle est la personne qui baptise avec de l’eau.
Les autres pères latins ne parlent pas autrement. Saint Cyprien (dans son sermon sur le baptême du Christ), saint Hilaire (au chapitre 11 de Matthieu), Optatus (livre 5 contre Parmenianus), saint Ambroise (préface du psaume 37). Le baptême du Christ il l’appelle l’œil des grâces, parce qu’il donne la grâce, et celui de Jean, l’œil des supplices, parce qu’il n’était qu’un baptême de pénitence. Saint Jérôme (dans son dialogue contre les lucifériens, dans son épitre 83 à Océan, et dans son chapitre de Joel.) Disent la même chose Innocent 1 (épitre 22, chapitre 5), saint Léon (épitre 4, chapitre 6), saint Grégoire (homélies 7 et 20 sur les évangiles). Ensuite saint Augustin (épitres 48 et 163, enchiridion, chapitre 49, livre 11 contre les lettres de Petilien, chapitre 37, et livre 3, chapitre 76, livre 5 contre les donatistes, chapitres 9, 10 et 15, sur le baptême unique, chapitre 7 sur l’unité de l’église, chapitre 18 traité 5, sur saint Jean et ailleurs.