Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 233)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

À ces passages, Calvin, à sa manière accoutumée, n’a pas d’autre réponse à donner qu’un hautain mépris. Car, (livre 4, chapitre 15, verset 7) il parle ainsi : « Voilà pourquoi ne trouble personne le fait que les pères aient fait une distinction entre les deux baptêmes. Car, ce « caillou » ne devrait pas avoir assez de poids pour ébranler la certitude de l’Écriture. Qui écouterait Chrysostome plutôt que Luc ? Il ne faut pas accepter l’argutie d’Augustin : c’est en espérance qu’ont été effacés les péchés par le baptême de Jean, mais en réalité para celui de Jésus.» N’avons-nous pas plus de raisons de dire, nous : qui écouterait un Calvin plutôt qu’un Chrysostome, et un Augustin, et tant d’autres saints et savants pères ?

Dans son examen, au lieu cité, Kemnitius, dans presque toute sa dispute, s’efforce de montrer que la première question n’est pas nécessaire, et qu’il importe donc peu de savoir ce que tel père ou tel autre père a dit. Mais, ce n’est pas ce que disent les pères. Car, loin de penser qu’il s’agisse d’une chose de peu d’importance, saint Jérôme dit, dans son dialogue contre les lucifériens, que ceux qui confondent les deux baptêmes cheminent vers un dogme pervers; et qu’en attribuant au baptême du serviteur plus qu’il ne lui revient, ils détruisent le baptême du Seigneur.

Saint Augustin (livre 2, chapitre 37 contre les lettres de Petilien) dit que le baptême de Jean n’est pas celui du Christ, qu’il n’en est aucune partie ou degré. Et il ajoute que ceux qui pensent le contraire tombent dans une opinion impie et sacrilège. De même, Cyrille d’Alexandrie (livre 2, chapitre 57 sur Jean), appelle téméraires ceux qui pensent le contraire.

On prouve ensuite la vérité par la personne et la mission de saint Jean. Saint Jean était le précurseur du Seigneur, et n’était venu que pour préparer ses voies. C’est ce qu’avait prédit l’ange en Luc 1 : « Il marchera avant lui dans la vertu et l’esprit d’Élie pour convertir les cœurs des fils et les pères, et préparer au Seigneur un peuple parfait. » Et c’est aussi ce qu’avait prédit son père : « Tu marcheras devant la face de Dieu pour préparer ses voies. » Luc 1. Et il l’atteste cela en citant le prophète Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert. Préparez le chemin du Seigneur. »

Or, il est certain que préparer la voie au Sauveur, ce n’est pas donner le salut, ou justifier, mais disposer à recevoir le Sauveur. Autrement, c’est lui qui aurait été le Sauveur, non son précurseur. Voilà pourquoi son père Zacharie dit, en désignant son travail propre : « pour donner la science du salut au peuple. » Il n’a pas dit : pour donner le salut, mais la science du salut. Car, Jean avait enseigné comment on trouverait le salut, en croyant au Christ, en le montrant du doigt, et en disant : « Voici l’agneau de Dieu qui efface le péché du monde. »

CHAPITRE 22

Après le baptême de Jean, il était nécessaire de recevoir celui de Jésus

La troisième proposition : après le baptême de Jean, il fallait recevoir le baptême du Christ. Ce qui est contre Kemnitius, qui met cela en doute, et contre Calvin et les autres qui le nient. On le prouve d’abord par les paroles de Jean, de Matthieu 111, de Luc 111, de Marc 1 : « Moi, je baptise dans l’eau. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. » SI cela se rapporte à la réception du baptême de Jean et du Christ, nous comprenons très bien que ceux que Jean a baptisés doivent être de nouveau être baptisés par le Christ. Qu’il y ait eu, là, la réception de deux baptêmes, c’est la sentence commune des interprètes, comme, par exemple, de saint Ambroise, de Bède, d’Hilaire, de saint Jérôme, de saint Jean Chrysostome.

On le prouve ensuite par l’histoire des actes et de l’évangile. Comme nous le lisons dans Marc 1, Matthieu 111 et Luc 111, tout Jérusalem, toute la Judée, toutes les régions du Jourdain avoisinantes allaient se faire baptiser par saint Jean. Ils devaient donc être rares ceux qui, à cette époque, n’avaient pas été baptisés par Jean. Or, après l’ascension du Seigneur, le premier jour de la pentecôte, saint Pierre commença à prêcher la nécessité du baptême du Christ pour tous les hommes. « Faites pénitence, dit-il, allez, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus. » Et ce jour-là même, trois mille furent baptisés; et un peu après, cinq mille, en plus de ceux qu’a baptisés Philippe et les autres disciples dans différentes parties de la Judée et de la Samarie (Actes 11, 1V, V111).

Comme beaucoup d’entre eux avait déjà été baptisés par saint Jean, il est donc inévitable qu’un grand nombre aient été baptisé de nouveau par Pierre. S’il est vrai que tous les habitants de Jérusalem ont été baptisés par Jean (Marc 1), comme est-il croyable que, parmi ces milliers que Pierre baptisa, aucun n’ait été déjà baptisé par Jean ?

On le prouve ensuite par un passage précis des actes (X1X), où saint Paul ordonne de baptiser au nom du Seigneur deux cents hommes qui déclaraient n’avoir reçu que le baptême de saint Jean. Pour expliquer ce texte les adversaires ont cogité au moins dix explications. La première. Que dans ce texte, le mot baptême est pris métaphoriquement, tant pour le baptême de saint Jean que pour celui du Seigneur. C’est ce qu’a imaginé Zwingli (dans son livre sur la vraie et la fausse religion, chapitre du baptême). Il a décidé que, dans ce chapitre des actes, le mot baptême signifiait doctrine. Le sens serait donc : ces deux cent hommes qui n’avaient été instruits que dans la doctrine de Jean l’ont été ensuite dans la doctrine de Jésus. La deuxième. Le mot baptême est pris métaphoriquement. Dans le premier cas, il signifie doctrine, et dans l’autre les dons du Saint_Esprit, qui ont commencé à être institués plus tard, dans la doctrine du Christ.

Ces deux explications peuvent être suffisamment réfutées par un seul argument. C’est sans aucune raison qu’ils détournent de leur vrai sens des mots clairs et historiques, pour leur donner un sens impropre. Car, il n’est pas permis, surtout dans des récits historiques, d’imaginer des tropes à plaisir. Autrement, il n’y aurait plus rien de certain dans l’Écriture.

La troisième. Le baptême de Jean signifie la doctrine, le baptême du Christ signifie un vrai baptême. Et ces hommes n’avaient été baptisés qu’une seule fois, et cela, par Paul, non par Jean. C’est ce qu’enseigne Henri Bullinger, dans le chapitre 19 des actes. La quatrième est le contraire de la précédente. Le baptême de Jean est pris au sens propre, mais celui du Seigneur est pris dans un sens impropre, celui de doctrine. C’est ce qu’enseigne Kemnitius (2 par, examen, pages 198, 199. Il tente même d’attirer à lui saint Ambroise (livre 1, chapitre 3 sur le Saint-Esprit, et glose sur le chapitre 19 des Actes.)

La cinquième est celle de Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 18). Le baptême de Jean est pris au sens propre, celui du Christ dans un sens impropre, c’est-à-dire qu’il ne signifie pas la doctrine, comme le veut Kemnitius, mais les dons du Saint-Esprit. Ces trois explications, en plus d’imaginer à plaisir des tropes dans un récit factuel, admettent une équivoque révoltante dans le même chapitre, et en peu de lignes. Il n’est pas vrai, comme le prétend Kemnitius, que c’est là l’explication de saint Ambroise ou de la glose. Car, saint Ambroise (dans le chapitre 111 aux Galates, et dans le livre 1, chapitre 3 sur le Saint-Esprit), dit en toutes lettres que, sur l’ordre de saint Paul, ces ceux cents hommes ont vraiment été baptisés. Ce qu’admet Kemnitius à la page suivante, qui, dans deux pages, se contredit donc en citant saint Ambroise.

La glose dit seulement que ces hommes ne furent pas rebaptisés, car les paroles de Paul correspondaient à la doctrine de saint Jean. La glose ne nie pas là qu’ils aient été vraiment rebaptisés sur l’ordre de Paul, mais elle nie que ce fut un baptême d’immersion. L’anabaptisme est la répétition du même baptême. Ces hommes n’ont pas été baptisés deux fois par le même baptême, mais par des baptêmes différents. Car les paroles de saint Paul leur firent comprendre que les deux baptêmes étaient différents, et c’était aussi ce qu’avaient enseigné saint Jean Baptiste.

La sixième explication. Le mot baptême est toujours employé au sens propre, mais il ne s’agit toujours que du baptême de saint Jean. En effet, dans ces mots (après avoir entendu cela, ils furent baptisés au nom du Seigneur) ils ne veulent pas voir un récit de Luc racontant ce qu’ont vraiment fait ces hommes après avoir entendu l’enseignement, mais ce qu’avaient coutume de faire les disciples de Jean après l’avoir entendu prêcher, à savoir qu’ils étaient baptisés par Jean au nom du Christ à venir. Nicolas Selnecerus cite et loue cette interprétation (dans la partie 2 de sa pédagogie).

Mais, si elle parait ingénieuse, elle n’est ni pieuse, ni même probable. Car, Paul dit d’abord que Jean avait baptisé le peuple, et il ajoute ensuite que ce même Jean avait, en baptisant, averti le peuple de croire dans le Christ futur. Si donc les mots (après avoir entendu, ils furent baptisés) se rapportent au peuple à qui prêchait saint Jean, il s’ensuivrait ou que le même peuple a été baptisé deux fois par saint Jean, ou que saint Paul n’aurait pas raconté cela. Ce qui est absurde, dans les deux cas.

De plus, ces deux cents hommes ont été, sur l’ordre de saint Paul, baptisés du baptême du Christ, ou ils ne l’ont pas été. S’ils ont été baptisés, c’est ce que nous soutenons. S’ils n’ont pas été baptisés, que vient faire ce récit de saint Paul ? Elle serait un hors-d’œuvre. Car, la seule raison que donne saint Paul quand il a ordonné de baptiser ceux qui n’avaient été baptisés que du baptême de saint Jean, est que saint Jean lui-même avait prêché le Christ. Il voulait leur faire comprendre, par là, que le baptême du Christ était, lui aussi, nécessaire.

La septième explication. Le mot baptême est pris au sens propre dans tout le chapitre, et ces deux cents hommes ont été baptisés deux fois. Mais c’était parce qu’ils n’avaient par reçu le vrai baptême de saint Jean, mais un baptême corrompu et adultérin quant à la forme, c’est-à-dire, sans le nom de l’Esprit Saint. C,’est ce qu’enseignent les centuriates (centurie 1, livre 2, chapitre 6, colonne 496), et Bucer (dans 111 Matthieu). Cette sentence se rapproche de celle de saint Ambroise. Car (Galates, 111, et livre 1, chapitre 3, sur le Saint-Esprit), il dit que ceux que saint Paul a baptisés n’avaient pas été baptisés par un vrai baptême de saint Jean, mais par un baptême qui ne faisait qu’en porter le nom.

Cette explication se base sur un faux fondement, à savoir, que saint Jean baptisait au nom de la très sainte Trinité, ou à tout le moins, au nom du Christ à venir, ce qui, comme nous l’avons expliqué, ne peut pas être vrai. Dans ce texte, saint Ambroise dit seulement que ces hommes n’avaient pas reçu le vrai baptême de saint Jean. Il ne dit pas que s’il avait été vrai, ils n’auraient pas eu à être rebaptisés, comme le soutiennent nos adversaires. Car c’est plutôt le contraire qu’on découvre en le lisant. Car, dans le chapitre 111 de saint Luc, il dit que le baptême de saint Jean fut, dans l’eau, un baptême de pénitence et non de grâce, différent donc de celui du Christ, qui apportait la grâce puisqu’il était constitué d’eau et d’Esprit Saint.

La huitième explication. Le baptême de ces deux cents avait été corrompu, non à cause de la forme, mais d’incidents qui n’avaient pas été institués dans la doctrine du Christ, parce qu’ils ignoraient le Saint-Esprit et la doctrine du Christ. C’est ce qu’enseigne Otho Brunfelsius (dans ses annotations au chapitre 19 des Actes.) On réfute cette explication en disant que l’ignorance ne viole pas le baptême. Et c’est d’ailleurs ce que reconnait Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 18) quand il dit que « tous les fleuves du monde ne suffiraient pas. s’il fallait corriger ce genre d’ignorance par un nouveau baptême ».

La neuvième. Ceux deux cents hommes ont été vraiment rebaptisés, mais d’une mauvaise façon, et par erreur, et cela, avant l’arrivée de saint Paul. C’est ce qu’enseigne Musculus (dans les lieux, le baptême). Mais cette explication corrompt le texte. Car, il est tout à fait clair que c’est Paul qu’ils ont écouté, et que c’est lui qui les a baptisés. La dixième est celle de Kemnitius (3 par examen, pages 196 et 202). Il dit que ce texte est d’une très grande obscurité, puisqu’il est compris de si diverses façons par les docteurs; que quelle que soit la vraie explication, on ne peut donc rien en déduire de certain, puisqu’on ne prouve pas des dogmes avec des passages ambigus.

Nous nous opposons, nous, à toutes ces dépravations. Premièrement. Si on expliquait ce texte simplement et naturellement, et sans le préjudice d’une opinion préconçue, on y trouverait, sans contredit, le sens que nous y voyons nous-mêmes. Deuxièmement. Le consentement unanime des pères cités plus haut, et surtout de saint Augustin, qui enseigne toujours, dans les lieux cités, que ces hommes ont vraiment été baptisés de nouveau. Et c’est ce qu’enseignent tous les anciens commentateurs des Actes, comme saint Jean Chrysostome, Bède et Oecumenius.

On ne peut, non plus, dire que ce passage est ambigu parce que les hérétiques en donnent des explications divergentes. Car, cette ambiguïté ne nait pas de la nature de la chose, c’est-à-dire de l’obscurité du livre, mais de leur acharnement à défendre leurs erreurs.

Si ce texte était vraiment ambigu, comment les pères pourraient-ils s’entendre sur un même sens ? Et s’il faut appeler ambigus tous les textes que tous n’expliquent pas de la même façon, on ne pourra rien prouver avec des textes de l’Écriture. Car, il n’y a pas un texte dont quelqu’un ne puisse contester le sens, s’il agit avec prévention et obstination.

CHAPITRE 23

On réfute les objections

Le premier argument vient de Calvin (dans son antidote, dans son institution, et dans les lieux ci-haut cités) : dans le baptême de Jean et dans celui de Jésus, il y a eu la même doctrine, le même rite, et l’obtention de la même grâce. C’était donc le même baptême, et l’efficacité était la même. Il prouve l’antécédent ainsi. En ce qui a trait à la doctrine, saint Jean prêcha que le Christ était l’hostie offerte pour nos péchés (Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.), ce qui est le résumé de toute la doctrine chrétienne. Quant au rite, il baptisa dans l’eau et au nom du Christ, comme l’attestent les Actes X!X. Quant à l’offrande de la grâce, les deux baptisèrent dans la pénitence, et pour la rémission des péchés (Luc 111, Actes 11. »

Je réponds que cet argument est fondamental pour nos adversaires, et que s’en sont servi Kemnitius, Philippe et d’autres. Or, en ce qui a trait à la doctrine, nos adversaires se trompent de deux façons, c’est-à-dire dans l’antécédent et dans la conséquence de l’argument. Il n’est pas vrai que la doctrine de Jean et celle du Christ aient été les mêmes, si ce n’est que Jean ne prêcha rien qui fut contraire à ce qu’a prêché Jésus. En effet, saint Jean ne parla pas de la résurrection du Christ, et il ne dit rien de précis sur sa passion. Car, l’image de l’Agneau de Dieu pouvait ne signifier que l’innocence et la douceur du Christ, même s’il n’avait pas été victime.

Ensuite, la doctrine n’a rien à voir dans l’essence et la vérité d’un sacrement. Autrement, les hérétiques, qui ont une fausse doctrine, auraient de faux sacrements. Ce qui est l’erreur des donatistes et des calvinistes, et ce qui est rejeté par les luthériens. Comme la diversité de doctrines ne fait pas des baptêmes différents, de la même façon, la similitude de doctrines ne fait pas un baptême unique semblable.

Quant au rite, nous avons démontré qu’il n’y a eu de similitude que dans la matière. Quant à l’offrande de la grâce, ce que Calvin dit est faux : « Les deux sont des baptêmes de pénitence faits en rémission des péchés. » Car le baptême de saint Jean est souvent appelé un baptême de pénitence (Matt 111, Marc 1, Luc 111, Actes 13 et 14.) Or, le baptême de Jésus n’est jamais appelé un baptême de pénitence, mais un bain de régénération (Tite 3).

L’objection faite à partir de textes des Actes ne convainc personne. Car, saint Pierre ne dit pas que le baptême du Christ est un baptême de pénitence, c’est-à-dire qui amènerait à la pénitence, comme le faisait le baptême de saint Jean Baptiste. Mais il dit que, avant ce baptême, est requise la pénitence comme une disposition à ce baptême. Voici ses paroles : « Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé ! » Or, la pénitence se comporte donc différemment dans les deux baptêmes. Car, la pénitence suit le baptême de Jean, comme son effet. Mais, dans le baptême du Christ la pénitence précède le baptême, comme sa disposition.

En ce qui a trait à la rémission des péchés, cette rétribution est attribuée au baptême du Christ comme son effet immédiat. Actes 11 : « Que chacun de vous soit baptisé pour la rémission des péchés ! » Et, Éphésiens V : « La purifiant dans le lavement. » Et Tite 111 : « Il nous a sauvés par son lavement. » Or, au baptême de Jean, jamais n’est attribuée la rémission des péchés, comme son effet immédiat et prochain. Le seul texte que les adversaires peuvent citer est celui de Marc 1 et de Luc X11 : « Prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. » Mais, ici, la rémission des péchés n’est pas attribuée au baptême, mais à la pénitence, provoquée par le baptême.

Voici donc quel est le sens de ce passage : Jean a prêché un baptême de pénitence, c’est-à-dire qui incitait et invitait à une pénitence, qui, si elle était obtenue comme il convient, procurerait la rémission des péchés. C’est ainsi que l’expliquent même ceux qui attribuent plus de choses que nous au baptême de Jean, comme saint Basile et saint Grégoire de Nysse. Et d’autres, comme Tertullien (livre du baptême), saint Augustin (livre 5, chapitre 10 contre Donat), saint Grégoire (homélie 20 sur les égangiles). Ainsi que Bède (chapitre 111 de Luc) qui enseigne : « La rémission des péchés réfère au baptême du Christ, non de Jean. On dit que Jean Baptiste a baptisé dans la pénitence, et a prêché le baptême futur du Christ, qui se ferait pour la rémission des péchés ».

Le second argument de Kemnitius (page 183). Par gradation, l’apôtre enseigne, au sujet du nouveau testament, là où il y a du corps, un Esprit, un espoir d’appel, un Seigneur, un père, une foi, il y a aussi un seul baptême. Or, toutes ces choses étaient présentes au moment de la prédication de saint Jean Baptiste. Semblable donc était le baptême.

Je réponds que si cet argument avait quelque valeur, il prouverait qu’au temps de David et de Moïse aussi, le baptême du Christ était présent. Car, alors il y avait un seul et même corps d’Église, la même espérance, la même foi, et le même Dieu. Cet argument prouverait également que chez les hérétiques ne se trouve pas le vrai baptême du Christ, car il n’y a pas un corps, un seul esprit, une seule foi. L’apôtre ne prouve donc pas que là où est le même Dieu, la même foi, le baptême est le même, mais il prouve que les chrétiens doivent conserver, avec une grande diligence, l’unité de l’esprit, et le lien de la paix, parce qu’ils sont un seul corps, qu’ils ont un seul esprit, une seule foi, un seul Dieu, une seule espérance, et un seul baptême.

Le troisième argument dont Kemnitius (page 183) n’est pas peu fier, est le suivant. La consolation la plus suave des chrétiens est d’avoir un seul baptême avec comme seule tête le Christ. Or, cette consolation périt si le baptême de Jean n’est pas le même que celui du Christ. Car, le Christ a été baptisé par saint Jean Baptiste, et nous le sommes nous, par le baptême du Christ.

Je réponds que n’est pas une bonne consolation celle qui enlève de la gloire au Christ, ou l’injurie ou le méprise. Nous ne pouvons pas attribuer au Christ le baptême du Christ sans faire une injure au Christ. Car, comme le baptême du Christ est un baptême de régénération et d’adoption filiale, si on l’attribue au Christ, c’est faire comme s’il avait besoin de régénération et d’adoption filiale. Ce qui serait certes un énorme blasphème, puisqu’il est Fils par nature, et qu’il a toujours été, depuis sa conception, très saint et plein de grâce, au point de ne pouvoir plus croitre en grâce.

Il dira peut-être, avec son maître Luther (Galates 111, et dans son homélie sur le baptême), que le Christ fut saint par lui-même, mais que, cependant, parce qu’il a reçu nos péchés, il fut aussi voleur et meurtrier à cause des péchés des voleurs et des meurtriers, et même le plus grand pécheur de tout l’univers. Il avait donc besoin d’un baptême pour la rémission des péchés avant tous les hommes, parce qu’il le recevait pour les autres hommes.

Mais toutes ces paroles ne sont que d’insupportables blasphèmes envers le Christ. Car, même si le Christ a porté le poids de nos péchés, on ne peut pas l’appeler un voleur, un meurtrier, un immonde, un fornicateur, un athée, un hérésiarque, comme l’appelle impudemment Luther, sans pouvoir citer aucun texte de l’Écriture ni des pères. Car, on n’appelle pas voleur celui qui paye ce que devait le voleur, mais celui qui a dérobé un bien étranger. Pour une raison semblable, le Christ a effacé nos péchés par les œuvres de ses vertus, non par la vertu d’un sacrement qu’un autre lui a administré.

Tu diras. Le christ aurait pu recevoir son baptême non pour être régénéré et adopté comme fils, mais pour une autre raison, comme il a accepté la circoncision dont il n’avait pas besoin, et comme il a accepté le baptême de Jean, qui était un baptême de pénitence, même s’il n’avait pas besoin de pénitence, et comme il a reçu l’eucharistie dont il n’avait pas besoin.

Je réponds que quoi qu’il en soit de tout cela, il est certain qu’il était plus glorieux pour le Christ de ne pas accepter le baptême de Jean que de l’accepter. Quand il confère le baptême au lieu de l’accepter, il se montre comme l’empereur ou le roi de son armée, celui qui imprime son caractère dans les autres. Et s’il l’acceptait, il semblerait être réduit au rang de simple soldat. Ce doit donc être pour nous une plus grande consolation de revêtir le Christ par le baptême et de nous configurer à la similitude de sa mort, que d’être purifiés avec lui.

Le quatrième argument est au même endroit. Quand il a été baptisé par Jean, le Christ, par le contact de sas chair, a sanctifié les eaux. Et, de plus, il a voulu la présence visible du Saint Esprit sous la forme d’une colombe, et la voix audible de la grâce et du bon plaisir divin, choses qui sont invisiblement présentes dans notre baptême. Ce baptême n’était donc pas différent du nôtre.

Je réponds que les pères ont présenté diverses raisons pour lesquelles le Christ a voulu être baptisé par Jean. La première est un exemple d’humilité. Comme il l’a dit lui-même en Matthieu 111 : « Laisse faire. C’est ainsi qu’il nous faut accomplir toute justice. » Au sujet de cette cause, voir saint Augustin (enchiridion, chapitre 49), saint Bernard (sermon 4 sur l’épiphanie). La deuxième. Pour qu’il corrobore le baptême de saint Jean, comme étant bon et agréable à Dieu, comme l’enseigne saint Jérôme (Matthieu, chapitre 111).

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